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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 13:55

Premier volet de notre série sur la dissection du programme du FN.

 

FNEduc-1L’état des lieux du FN est sans équivoque et rejoint de ce fait tous les partis : l’Education Nationale est en crise. Le FNJ explique que « son bilan est chaque année plus accablant », convoquant les classiques du genre avec raison l’illettrisme, PISA, le classement de Shanghai et évoquant même, plus rare quand on parle du sujet, du nombre de doctorants et de brevet, très en retrait par rapport à nos voisins allemands. Le site des séniors insiste quant à lui davantage sur le coût sur les finances publiques : 60 milliards d’euros par an et 1,3 millions de fonctionnaires en comptabilisant notamment les titulaires, les stagiaires et les personnels administratifs que le FN compare à la baisse de niveau, à l’illettrisme, la violence et bien évidemment… la pression des islamistes sur la vie quotidienne des enfants (difficile à dire car ça me démange mais je reviendrai sur ce point après puisqu’il est développé, vous pensez bien, dans ce « programme »).

Le programme se place, dès son état des lieux face à une ambigüité : il semble dire que le fonctionnement de l’Education Nationale pèse trop sur les finances publiques par rapport à sa piètre efficacité tout en réclamant comme le fait les FNJ « la restauration de l’école républicaine ». Cette impression est d’ailleurs renforcée sur l’argumentaire des FNJ qui dès les premières lignes évoque le « mammouth (…) tel défini par l’ancien ministre Claude Allègre ».  Une école saine et efficace serait-elle possible avec un budget moindre ou en restreignant un ministère « le plus dépensier et le plus consommateur d’emploi » ? Si l’on lit plus loin, les mesures sont agrémentées d’estimations sur le budget entre « coût estimé » et « gain estimé ». Sans pour l’instant se pencher sur la manière de chiffrer et sur le détail, notons qu’un rapide calcul donne un coût de mesures du FN à 3,229 milliards d’euros et un gain de 2,4 milliards d’euros, soit une balance des dépenses déficitaires de 800 millions d’euros… Il semble donc suspect d’insister aussi lourdement sur ce ministère « dépensier » et consommateur d’ « emplois » quand ses propres mesures n’inspirent guère à l’économie… Le FNJ renforce cette position en déclarant : « la logique actuelle de la politique éducative s’articule principalement autour des suppressions de postes de professeurs malgré que le nombre d’élèves ne cesse d’augmenter » (sic). Au FN on ne lésine pas sur les moyens : on dit que l’école va mal et on n’hésite pas à passer aux cas pratiques pour le démontrer !

 

FNEduc-3En tous cas, si l’école est moribonde, le FN a trouvé son coupable. Et sur ce coup, personne ne lui en voudra : les pédagogistes issus de Mai 68 et l’ultralibéralisme anglo-saxon. Philippe Mérieu, dont il rappelé qu’il est membre de EEV, est accusé d’avoir imposé « une conception de l’éducation centrée sur l’enfant », lui-même invité « à former son propre savoir ». Rappelant que ce pédagogisme est responsable de « la suppression de la sélection, des note et d’un savoir objectif », il a, selon le FN, encouragé « une vision égalitariste et uniformisatrice » en détruisant ce que les pédagogistes « appelaient de manière péjorative la culture bourgeoise ». Le site officiel dénonce aussi les « lieux de vie » que son devenus les établissements et le dévoiement de la mission des professeurs réduits à être des « animateurs sociaux ». Qu’ajouter de plus à cela ? Pas grand-chose pour être honnête ! Il est vrai que si les pédagogistes gardent un pouvoir de nuisance et d’influence non négligeable au sein de l’Education Nationale au regard de leur impopularité en dehors, force est de constater qu’ils sont en passe de perdre la bataille et que plus personne ou presque n’ose prétendre que le niveau monte sans passer pour un illuminé peu crédible. Même Mérieu est revenu sur sa théorie du « il ne faut pas comparer » (toutefois, le Monsieur persiste et signe en disant, concernant la maîtrise de la langue française, que si les élèves sont moins bons en orthographe, ils ont un vocabulaire plus riche que leurs aînés (sic !). Pire il attribue la responsabilités de ces échecs de l’Ecole à la société de consommation et certainement pas aux centres de formations qui durant des années ont empêché les professeurs d’enseigner la grammaire ou pire l’orthographe « les sciences des ânes »… Incurable Mérieu). De ce fait, le Front National ne prend pas un risque démesuré : il colle à la vindicte populaire qui estime à juste titre que l’école est en panne sans pour autant renier la stratégie de la dénonciation systématique. Pire : son argumentation est d’autant plus crédible que cette déliquescence de l’Education Nationale n’a jamais été enrayée par quelque ministre qu’il soit de droite ou de gauche (depuis 81, se sont succédés 5 ministres de gauche et 7 droite pour 15 années d’exercice pour chacune des sensibilités).

 

FNEduc-4Toutefois, les attaques du FN se portent également sur l’ultralibéralisme anglo-saxon, critique assez peu entendue ou plutôt peu développée dans les médias « grand public ». Le FNJ dénonce ainsi une « autre vision tout aussi nuisible, et importée des Etats-Unis » : « la global culture ». Ses méfaits ? vouloir « rentabiliser l’apprentissage » et « écarter toutes les matières considérées comme coûteuses et impropres à la consommation ». Le Front National dénonce donc cette école de la « standardisation », s’appuyant sur le constat du philosophe Jean-Claude Michéa (NDLR : philosophe franchement engagé contre la gauche)  pour qui « les nécessaires adaptations au monde moderne ne sont qu’un paravent à la mise en place du capitalisme total ». Ainsi l’enseignement des techniques et des nouvelles technologies deviennent un enseignement prioritaire au détriment de l’histoire et de la littérature qui connaissent un allègement considérable. Là encore, difficile d’être en désaccord sur ce point. D’ailleurs c’est un argument qui est d’une redoutable efficacité contre la Gauche, qui, par la complaisance du pédagogisme, a fait entrer dans la bergerie, le loup anglo-saxon et son enseignement au rabais centré sur les TICE au détriment de la transmission des savoirs : les salles pupitres en sont la preuve la plus accablante, à hauteur de 35000 euros l’unité, à raison de une à deux salles par établissement, et à destination principalement des élèves en difficulté, c’est-à-dire ceux qui maîtrisent le moins la langue française… Dès lors, face à cette école publique qui refuse de remplir ses missions, quel autre recours existe-t-il que celui des cours particuliers, et la Droite cette fois-ci y a mis du sien avec la défiscalisation partielle des heures payées par les familles à cet effet ou encore une école à deux vitesse, l’une gratuite qui aboutit à une ghettoïsation et un dépérissement du savoir, et une autre, payante, qui forme les élites de demain… tout ce qu’en somme les Etats-Unis ont fait de pire dans leur système éducatif. L’argument est solide.

 

Une analyse incontestable, accablant tant à Droite qu’à Gauche. L’exercice n’était, encore une fois, guère périlleux pour le FN qui se retrouve dans son articulation rhétorique favorite. Mais alors que propose-t-il de neuf, de nouveau, de révolutionnaire pour réussir là où tous les gouvernements de droite comme de gauche ont échoué alternativement ?

Tout d’abord, le FN pioche ses mesures dans le clan des «républicains », à savoir Brighelli, Polony et tutti quanti. Un copier-coller conforme et qu’à présent ni à droite, ni à gauche on a osé appliquer à la lettre pour des raisons de lobbys idéologiques (à gauche, les pédagogistes tentent de faire passer l’égalitarisme pour du « progressisme » et à droite, on se dit que l’application de telles mesures ne feraient nullement diminuer le budget alloué à l’Education sans compter les défenseurs du capitalisme avant tout qui adulent le virage anglo-saxon qui tente de faire de l’éducation un outil de formation utilitariste pour les entreprises…) : « remise à plat de tous les programmes scolaires », « le coefficient de l’histoire relevé pour les classes S et STI »,  « méthode syllabique » abandonnée « totalement » (NDLR : il faut rappeler que si elle est en théorie abandonnée, dans la pratique, les professeurs de écoles adaptent plutôt une méthode mixte, laissant notamment la « globale » sévir en maternelle comme première approche à la lecture… avec comme conséquence inévitable l’accroissement de l’illettrisme, de la dyslexie avec la confusion de mots à la lecture, et bien évidemment l’anéantissement de l’orthographe…), la remise à l’honneur de la dictée jusqu’en seconde, la redécouverte des auteurs classiques et l’abandon de « l’étude poreuse d’auteurs médiocres contemporains », l’étude par auteur et mouvement littéraire au lieu de celle par genre actuellement en place. 

 

FNEduc-7Concernant les évaluations, le FN propose un test de maîtrise de la langue et de l’écriture Française et la validation des acquis en calcul des quatre modes opératoires, qui doivent être imposés à la fin du CM2 pour conditionner ainsi le passage en sixième, mesure déjà réclamée par… Jean-François Copé. Par ailleurs, « l’obtention du brevet doit conditionner le passage des élèves en seconde ». Enfin, la revalorisation du baccalauréat passe selon le FN par l’abandon de l’objectif des 80% d’une classe d’âge au bac (puisque ce n’est pas, selon le FN un objectif, mais un des critères de correction), « l’instauration d’une note plancher pour une base de savoirs fondamentaux non compensable », et la fin des options « inutiles » (qui soit dit en passant permet à une trentaine de bacheliers d’obtenir plus de vingt sur vingt en moyenne…).

Par ailleurs, le FN entend faire en sorte « que le système scolaire retrouve les mérites de la sélection » avec notamment l’attribution « des bourses au mérite en fonction des notes », dont le coût est estimé à 19 millions d’euros.

 

Mais parmi ces propositions alléchantes, qui répondent en grande parties aux exigences du clan des Républicains, se cachent quelques mesures pour le moins ubuesques, cocasses, et pour certaines franchement douteuses :

 

En histoire, la remise à plat du programme implique des précautions pour le moins suspectes : « tous les thèmes devront être dépolitisés et cesser de nourrir les amalgames douteux qui justifient une quelconque haine à l’égard de la France ». Ce qui revient à dire qu’actuellement, l’étude de l’histoire en France nourrit des amalgames douteux qui justifient la haine à l’égard de la France ? La pensée se veut tout aussi suspicieuse par la suite en estimant que cette refonte de programmes devait être entreprise par des « chercheurs et des professeurs soucieux de transmettre un savoir plutôt qu’un endoctrinement idéologique ». Le FNJ accuse donc de manière explicite les professeurs d’histoire de ne pas être respectueux de la neutralité en cours… un discours que l’on entendait fréquemment dans la bouche de Jean-Marie Le Pen, notamment au sujet d’un de ses sujets favoris : la décolonisation. Plus récemment, Louis Aliot s’est ému le 31 mars dernier face aux « Les principales fédérations de l’Education viennent de lancer un appel anathème contre les « thèses de l’extrême droite » car elles estiment que celles-ci n’ont pas leur place à l’Ecole ». Tout en précisant que « Le Front National récuse toute appartenance à l’extrême droite et a toujours montré son attachement aux règles démocratiques et aux valeurs de la république française », Louis Aliot s’offusque (mais pourquoi puisqu’il le dit lui-même, le FN n’est pas d’extrême droite…) en « s’inquiétant de plus en plus de ces prises de position discriminatoires qui visent à exclure aujourd’hui plus de 20 % de Français »… Et le vice-président du Parti d’affirmer que « la neutralité dans l’Education recouvre aussi la neutralité politique de son personnel ».


FNEduc-13Que faut-il donc comprendre au juste ? Que l’école républicaine n’a pas à condamner les thèses de l’extrême droite, comme celles qui par exemple ont remis en cause pendant des années la shoah ? Ou celles qui estiment que la décolonisation était une erreur et que la France n’a pas à rougir de la guerre d’Algérie ? Ne peut-on pas, tout bêtement, estimer en France que nous n’avons pas à vivre comme Œdipe avec le poids de colonialisme sur nos épaules qui feraient des Français des coupables éternels comme l’argumentent benoitement les idiots utiles des fondamentalistes, j’ai nommé certains (irr-)responsables Verts, tout en reconnaissant que la parenthèse coloniale a été aussi la conséquence du commerce indécent et immoral des hommes, que les Historiens ont rebaptisé « triangulaire » ? Plus que cette divergence sur l’appréciation historique, les accusations du FN sur l’enseignement de l’Histoire sont non seulement, fallacieuses, graves, mais elles ne sont rien à côté de ce qu’ils proposent : la refonte des programmes. Avec quel angle de vue ? Celui de la vision historique du FN ? Un parti construit à l’origine autour de nostalgiques de Vichy, de révisionnistes, d’anti-décolonisation ou encore de ceux qui proclament que la France est la fille aînée de l’Eglise, prenant pour origine le baptême de Clovis, en sous-estimant le souffle des Lumières et la Révolution française ? Est-ce cette version de l’Histoire que les « éducateurs » du FN veulent inculquer à nos élèves ? On se souvient alors du laboratoire de Vitrolles où à sévi Madame Mégret et surtout son mari, son cerveau inéligible, qui surent, à leur manière, revisiter l’Histoire façon FN, comme le soulignait Renaud Dély dans son livre publié il y a douze ans, Histoire secrète du Front National  à propos du changement du nom de rues de la ville nouvellement conquise :

« A François Mitterrand, au président sud-africain Nelson Mandela, à l’ancien Premier Ministre suédois Olof Palme, à l’ancien chef d’Etat chilien Salvador Allende, ou à la militante anti-apartheid assassinée Dulcie September, succèdent, pour baptiser avenues, places ou squares, les noms de Marguerite de Provence (reine de France, 1221-1295), de Mère Teresa, des Tambourinaires (musiciens traditionnels provençaux à ou encore des Ségobriges (nom des Celtes qui peuplaient autrefois la Provence…). »


FNEduc-8On se souvient aussi de l’affaire des bibliothèques de Vitrolles et ce cri d’alarme de la CGT de l’époque, cité sur un groupe Yahoo :

« Le syndicat CGT des fonctionnaires territoriaux de Vitrolles souhaite alerter les professionnels et amis des bibliothèques et de la lecture publique sur la volonté exprimée par l'élue à la culture de la municipalité Mégret de prendre le contrôle direct des acquisitions de la bibliothèque municipale. » L’élue en question, « Madame Marandat, Adjointe à la Culture » souhaitait alors organiser des réunions avant chaque commande de livres » et mettre en place « un comité de lecture, dont elle assumera personnellement la présidence. »

Cette même Madame Marandat qui s’expliquait :

« Il s'agit de combler les carences. Le pluralisme est un devoir. Il s'agit d'offrir l'éventail des sensibilités. La bibliothèque est très bien pourvue en ouvrages d'une certaine sensibilité et très mal en ouvrages d'une autre sensibilité. Dans le domaine des sensibilités politiques il y avait un gouffre dans lequel il fallait aller. »

C’est donc cela la refonte des programmes version FN ? N’est-ce pas davantage une « révision » de l’Histoire qui est proposée ici même ? Et on dit que le Front National a changé ? Certaines de ses idées semblent pourtant tenaces.

 

Autre « subtilité » du programme Education :

FNEduc-9« Le FNJ défend avec ardeur l’investissement de l’école dans les langues anciennes comme le grec et le latin, mais également les langues « émergentes », et c’est là que cela tourne à la faribole : « telles le russe, permettant tout à la fois de contrecarrer le monopole de l’anglais, celui de la culture globish, et d’accompagner en actes, même auprès de notre jeunesse, le nécessaire partenariat stratégique français avec la Fédération de Russie si le Front National parvenait à arriver au pouvoir en 2012 »

Le russe, une langue émergente ? Un partenariat stratégique français avec la Fédération de Russie si le FN arrivait au pouvoir ? Prenez le programme de l’Education Nationale et vous avez celui de la stratégie des Affaires Etrangères vue par le FN !

Il est vrai que les attitudes de la Russie envers la Tchétchénie, méchant opposant indépendantiste musulman, et donc islamiste (sic, au cas où on oserait me citer hors contexte et surtout hors compréhension de l’ironie…), ses accointances avec les personnalités les plus fréquentables du monde économique et diplomatique, et ses vétos successifs à l’ONU en partenariat avec la Chine, ont tout pour rassurer les Français… Apprenez donc le russe, jeunes prodiges !

 

Autre mesure phare, la suppression pure et simple de la carte scolaire qui « a montré son échec ». Encore une belle manière de rectifier les inégalités sociales ! Un dispositif qui selon le FN « devrait permettre d’accroître une certaine mixité sociale conditionnée par un retour à l’élitisme » ! Mais comment la suppression de la carte scolaire pourrait-elle favoriser la mixité sociale et permettre aux plus défavorisés d’atteindre l’excellence ? Réponse du FN « Les enfants de toutes les couches sociales doivent pouvoir accéder aux établissements publics d’excellence à condition qu’ils satisfassent au niveau requis ». Facile ! Et comment fait-on quand on n’a pas eu Voltaire ou Molière au biberon ? N’est-il pas assurément plus aisé d’avoir le « niveau » quand on habite dans un quartier où le mètre carré excite les banquiers ? A cela, rien n’est dit. La méritocratie au FN, tu l’as ou tu ne l’as pas. La loi génétique.

 

FNEduc-11Evidemment je pourrais parler des mesures pour l’université, de la formation professionnelle (qui se dit valorisée mais quand on dit que le brevet conditionne le passage en seconde, cela suppose que ceux qui n’ont pas le niveau, iront donc, comme actuellement dans les filières professionnelles… Encore une fausse bonne idée qui sanctifie au pilori la mal-aimée depuis plus de trente ans déjà ! ). Mais comme il m’est impossible d’être exhaustif (quel courage à vous lecteurs d’en être déjà arrivés là !), je vais bien évidemment m’intéresser à la grande marotte de Marine Le Pen et du FN version 2011 : le communautarisme et la gangrène islamiste qui souillent notre école, comme je vous l’avais fait miroiter en teasing (ne cèderais-je pas par cet anglicisme à la globish culture ? Diantre !)

 

« L’école est devenue l’otage des revendications communautaires. Ces dernières s’exercent aussi bien

sur les tenues vestimentaires et dans les cantines que dans les manuels d’histoire, de français et de sciences, alors que ce sont elles qui doivent s’imposer à tous les Français, quelle que soit leurs origines culturelles ou leurs convictions religieuses. Le rapport Odin rendu par l’inspection de l’Éducation nationale en 2006 avait mis en lumière de graves atteintes aux règles élémentaires de laïcité : il est plus que temps d’en prendre acte. »

 

Alors avant toute chose, rendons à César… et corrigeons : le rapport dont il est question n’est pas l’œuvre d’un mystérieux Monsieur Odin mais Jean-Pierre Obin, intitulé Les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires et publié en juin 2004… Passons sur ces approximations mais qui nous laissent précautionneux quant aux sources du FN. Notons que ce dit rapport avait bien mis en lumière des atteintes à la laïcité, mais il précisait :

 

« Le panel d’établissements visités ne constitue donc en aucun cas un échantillon représentatif des établissements français, ni sur le plan de l’étude ni d’ailleurs sur aucun autre. Tel n’était pas en effet notre choix »

 

Et le rapport de préciser :

 

« Cette étude ne peut donc prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements. » (NDLR : Le soulignement n’est pas de mon fait).

 

FNEduc-10Alors s’il n’est pas question de minorer les coups de canifs faits à la laïcité, comme je l’avais expliqué il y a trois ans à propos de l’analyse de ce rapport (peu importe le nombre : toute atteinte à la laïcité est une atteinte de trop), il ne faudrait pas non plus dramatiser, comme le dit l’auteur du rapport. L’école de la République fonctionne parfaitement concernant la laïcité dans son immense majorité comme le montrent deux exemples de 1995 et de 2004, quand il aura fallu un simple rappel de la loi à François Bayrou et Jacques Chirac pour dissiper les polémiques sur le voile à l’école (la promulgation de la loi proposée par Jacques Chirac n’était qu’une exégèse de la loi de 1905…)

 

En d’autres termes, s’il faut être vigilent et contrer toute tentative d’atteinte à la laïcité, ces exactions ne sont pas telles en nombre qu’elles puissent figurer dans un programme politique car ce serait leur donner une importance qu’elles n’ont pas dans les faits. Aussi quand le programme du FN ose dire que l’école est « l’otage » des communautarismes, le FN ne se contente pas de caricaturer. IL MENT.

 

Les programmes et les tenues vestimentaires : il suffit de renforcer les règlements intérieur sur les identités nationales sur les T-shirts (notamment les drapeaux érigés pour se « faire identifier ». Pour le reste la loi sur la laïcité dans les établissements publics suffit amplement à assurer dans 99% des cas en France la neutralité.

« Dans cette arène des luttes, seules les traditions d’enseignement françaises sont occultées » : calomnies et pur mensonge. La Bible est à l’étude des cours de français de sixièmes, les jours fériés suivent le calendrier judéo-chrétiens et les absences confessionnelles sont de rares exceptions (mais il est normal d’accepter l’absence pour L’aïd quand on accepte le lundi chômé pour les communiants ; à moins de le refuser pour tous !)

 

« Le FNJ exige que l’enseignement de l’histoire ne soit plus sujet des pressions communautaires tant sur la période de l’esclavage et de la colonisation que dans l’apprentissage de la Deuxième guerre mondiale. Ainsi, toutes les caricatures d’une France esclavagiste, colonisatrice et collaborationniste doivent cesser pour faire place à la complexité des faits, ordonnée dans un esprit de neutralité. »

 

Que ce soit bien clair : l’enseignement public ne subit aucune pression communautaire. A peine perçoit-on des tentatives, vivement réprouvées par une loi déjà existante. Nul besoin d’en rajouter une louche. Le prétendre, c’est MENTIR (même si comme partout, dans l’éducation nationale comme dans la poste, la police, les banquiers ou les épiciers, il y a des brebis galeuses…)

Ensuite il est toujours intéressant de voir que le FN s’offusque des caricatures sur l’esclavage, la colonisation ou la collaboration… Des sujets qui pourraient fâcher un certain électorat ?

Mais à part cela, l’électorat du FN a changé...

 

« La littérature ne doit plus être l’otage de pressions idéologiques émanant d’associations communautaires ou de laïcards extrémistes » : Encore un mensonge… Appréciable de voir le vocable "laïcards" est appliqué à certains professeurs… Défendre la laïcité au FN c’est surtout être neutre…. Dès lors que les traditionnalistes catholiques ne s’en trouvassent pas dindon de la farce !

 

« Pas de viande hallal dans les cantines » : argument recevable mais rappelons ces initiatives sont rares, isolées même si elles doivent être réprouvées et condamnées, par la justice s’il le faut.

 

« Interdiction du port du voile ou des kippas dans l’enceinte de l’école. » : Hérésie puisque la loi l’interdit déjà. Cela revient au pléonasme de Marine Le Pen qui veut que la Constitution française indique qu’elle interdise le communautarisme quand elle se déclare déjà une et indivisible…. Pourquoi ne pas alors avoir évoquer l’interdiction des croix catholiques qui pendent autour du cou ?

 

FN08 - 29725-manif-anti-fn-7Pour conclure, que retenir de cette explication de textes ? D’une part, le diagnostic du FN sur l’Education Nationale ne souffrira d’aucune polémique et pour cause : s’inscrivant dans la droite ligne d’une pensée main-stream, elle-même fortement inscrite dans une dénonciation très marquée, le FN s’épanouit là dans sa rhétorique naturelle qui vise à critiquer à gros boulets rouges, avec l’art de tirer sur les ambulances. Les méthodes pour y remédier ont au moins le courage de prendre à bras-le-corps celles proposées par les initiateurs de ces critiques, le clan des Républicains,  ce que ni droite ni gauche ne peut faire, compte-tenu des lobbys et des idéologies qui emprisonnent leurs pensées et qui se placent tel un boulet à leur pied. Pour autant dire que le FN propose des solutions adaptées aux maux que vit l’Education Nationale serait d’un enthousiasme exagéré et surtout d’une grande malhonnêteté intellectuelle : Non l’école n’est pas cernée en permanence et partout par l’islamisme, non toutes les cantines de France ne sont pas tentées par des menus hallal, non le russe n’est pas une langue émergente et un partenariat rapproché à la Russie ne serait pas compatible avec nos valeurs républicaines, non les cours d’histoire dispensés en France ne sont pas en majorité gangréné par une partialité visant à dénigrer l’héritage, l’influence ou la culture de la France, non l’abolition de la carte scolaire ne favorisera pas la mixité sociale…

 

En faut-il davantage pour montrer l’inefficacité, la dangerosité et la posture opportunément alarmiste du programme du FN et de Marine Le Pen en matière d’éducation ?

 

PS : notons pêle-mêle parmi d’autres mesures que je n’ai pas eu l’occasion de développer ici : supprimer les heures de vie de classe, la réforme de la loi Falloux et Astier afin « que les collectivités territoriales ne soient pas limitées dans le financement des travaux et des équipements (matériels pédagogiques des classes) » des établissements privés bien évidemment (et donc de confession catholique dans 90% des cas), le fonctionnement des conseils d’administration des universités devront se passer des représentations qualifiée d’« injustifiées » comme syndicats d’étudiants ou le  personnel administratif (!), les chèque scolaire et formation… 

 

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 20:03

programme-regional-mca-idf2010L’argument qui revient sans cesse dès que l’on évoque la montée dans les sondages du FN ou dès que l’on veut décrédibiliser celui-ci, c’est qu’il se contente d’évoquer les peurs, d’agiter le chiffon rouge et qu’il n’apporte aucune solution. Ce fut assez vrai dans les années 90 avec un parti à la ligne directrice un peu floue, fluctuant entre la haine viscérale contre les « socialo-communistes », vocable couramment employé par le fondateur du FN et qui plaçait de facto son parti à l’extrême « droite », c’est-à-dire du côté des capitalistes (et l’on retiendra comme idées, jusque 2002 la liberté de licenciement ou encore la négociation des salaires) et surtout la préférence nationale, qui le plaçait franchement à l’extrême républicain tout court, et qui fut travaillé par le félon, Bruno Mégret, dans le laboratoire de Vitrolles, au grand désespoir du grand chef, qui crut un instant que son bras droit allait devenir la calife à la place du calife… (je reviendrai sur le concept de préférence nationale dans un autre post).

Les idées du Front national étaient surtout circonscrites autour de l’immigration, le reste n’étant qu’un patchworking fait surtout de dénonciation, voire de calomnie, étayée par des chiffres sans aucune référence à quelconque étude. Ainsi, au lieu d’arguments fondés sur la logique et la démonstration scientifique des études, Jean-Marie leur préférait des effets de manches sous la forme de formule rhétorique comme ce fameux syllogisme qui lui valut tant de succès : « 3 millions d’immigrés, c’est 3 millions de chômeurs en trop ». Raccourci ô combien productif sur les petits esprits, les béotiens et ceux qui ignorent évidemment notamment que dans les immigrés cités, et sans même savoir comment les identifier, il y a des inactifs et aussi beaucoup de salariés du secteur secondaire quand le chômage était principalement sensible dans le secteur tertiaire…).

Une idéologie, même la plus nauséabonde, des slogans parmi les plus sulfureux et quelques sorties médiatiques de dérapage incontrôlé : voilà en quoi se résumait le programme du Front National jusque 2002. Depuis, les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. Certes, l’idéologie qui consiste à semer la discorde les Français et faire la chasse au bouc-émissaire, focalise les esprits. Certes la propagande est toujours orchestrée autour d’affiches et de slogans pour le moins douteux comme celle-ci qui fut censurée durant les Régionales :

 

FN04 - affiche islam

 

Mais les dérapages incontrôlés du père appartiennent désormais au passé. On lui a demandé de tenir sa langue. Marine a pris soin de se démarquer clairement de ses errements antisémites. Et surtout, le Front National s’est doté d’un programme. Finies les émissions où l’on voyait Jean-Marie Le Pen peiner à justifier ce que son bras droit de l’époque, Jean-Claude Martinez, avait concocté,  sans qu’il n’en maîtrisât véritablement les finalités. Aujourd’hui, chaque sujet est épluché, un par un, fait l’objet d’un état des lieux, de réformes, et d’un devis. Qu’on le veuille ou non, l’argument selon lequel le FN ne fait que dénoncer sans rien proposer comme le répétèrent de concert les membres de l’UMP pendant les cantonales, ne tient plus véritablement. Qu’on se le dise, on ne pourra donc plus l’agiter comme un ...., prétexte à contourner le débat de fond. Le parti de Marine Le Pen a des idées, des propositions. Soit : disséquons-les et évaluons les.


Pour cette série consacrée au programme, j’ai pris trois sources : le site du Front National (1)  qui le décline sur vingt-cinq thèmes, des plus courants comme l’économie, la politique étrangère ou encore la famille jusqu’au plus cocasse comme « les anciens combattants ». Celui crée à l’initiative de Louis Aliot, vice-président du Front National et compagnon de la présidente Le club « Idées Nation » (2) qui a bon goût de mettre en bandeau L’éducation des enfants de Clovis selon Alma Tadema, comme pour rappeler que le FN place Clovis comme le fondement de la Nation française, histoire de rassurer les traditionnalistes qui avaient pu avoir l’impression d’être laissé sur le bord de la route (mais Monsieur Aliot les avaient déjà rassurés puisqu’il avait appelé le 15 janvier les militants du FN à participer à la Marche pour la Vie comme je l’avais expliqué ici-même sur les relations tumultueuses entre le FN et la laïcité).

 

Club Idées Nations

 

Et enfin le site des FNJ (3), le parti des jeunes, qui a développé kyrielles d’idées et d’argumentaires qui complètent parfaitement les analyses des « séniors ». Les bases étant posées, mettons-nous à la tâche avec le premier sujet, celui qui a toujours été LA PRIORITE du Mouvement Démocrate : Demain lundi ce sera au tour de L’EDUCATION.

 

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6 mai 2011 5 06 /05 /mai /2011 05:57

Quatre ans de Sarkozysme : bail à renouveler ou mise en vente ?

A louerC’est une belle demeure située en plein centre de Paris. La crémaillère fit grand bruit, il y a quatre ans, Place de la Concorde. Un ballet ininterrompu de chanteurs morts ou de chanteurs à mourir (d’ennui), ou encore destinés à mourir (artistiquement) ne s’étaient pas fait priés pour inaugurer les le nouveau bail. A l’époque, l’état des lieux mentionnait une bâtisse vieillissante, poussiéreuse, archaïque dans ses fondations. « A rénover » avait-on pris la peine de marquer sur l’annonce. Des travaux depuis, il y en a eu. Des tas. Des tonnes. Souvent le projet a été modifié pour laisser place à la même chose, quand il n’en est pas resté au simple devis, faute de financement. Si bien qu’à un an du  terme de ce bail, il serait temps de se poser la véritable question : le bail présidentiel est-il renouvelable en l’état ou une mise en vente s’avère-t-elle nécessaire ?

La visite s’ouvre sur un patio superbe, qui rappelle les débuts, l’état de grâce. A l’époque, par cette porte dérobée, sur la droite, se trouvait le passage conduisant vers les cuisines du restaurateur Fouquets, remercié depuis parce que cela jasait au-delà du buisson, dans la rue. D’ailleurs , c’est tout le personnel de maison qui a connu des va-et-vient impromptus : Fillon I, Fillon II, Fillon III ; sans compter les mini-remaniements, dus au personnel devenu dérangeant comme la petite Michèle. D’aucuns se sont dit que c’était sans doute le majordome qu’il fallût changer. Mais le locataire n’en démordit pas. Il avait, il faut dire, fait du choix de son petit personnel un véritable enjeu de Cour. Débauchant à sa gauche, détroussant le Centre, et déboussolant sa Droite, il avait imaginé une petite équipe au garde-à-vous, qui lui jurerait allégeance, affidés qu’ils étaient tous, jusqu’à renier leurs valeurs. Mais revenons-en au patio.

Sur les murs trônent encore les unes et les éditos élogieux qui foisonnaient. Il n’en figure qu’une maigre partie ici, tant les dithyrambes ne cessèrent de s’enchaîner des semaines durant. Même les plus railleurs, qui accusèrent leurs homologues de servir la soupe présidentielle en monopolisant l’espace médiatique autour d’un seul personne, se mordirent la queue en ornant leur « une » du nouveau locataire, semaine après semaine. Une sorte de fascination.

En avançant un peu plus loin, vous découvrez la pièce principale de cette construction bourgeoise, un rien baroque par son côté m’as-tu-vu et sa pendule Rolex qui trône majestueusement à côté de la bibliothèque verte (tous les exemplaires de la Pléiade, si ennuyeux et inutiles quand on veut travailler véritablement, ont été classés sans suite au grenier. Ne restent que cet exemplaire de Zadig & Voltaire et un disque de Renaud « tous coupables... sauf Carlos Ghosn ? » ). C’est dans cette pièce que le locataire y a rangé ses plus beaux trophées : la réforme des Universités, celle des droits de succession, celle de la Constitution…. En revanche au-dessus de la cheminée, la chose déglinguée que vous voyez là était un bouclier, le bouclier fiscal. Branlant comme pas un depuis son érection sur le mur, il finit par tomber comme on le pressentait un beau matin. Car c’est peu de dire que le séjour ressemble parfois à un véritable champ de ruine : la table dite du « travailler plus pour gagner plus », pierre d’angle de la nouvelle décoration, fut annoncée avant même l’emménagement. Notre nouveau locataire fit feu de tout bois pour l’imposer. Las, elle couta bien plus qu’elle ne rapporta. Il n’en reste à présent que quelques copeaux qui raviront la cheminée dès les premières lueurs de l’automne.

La porte-fenêtre donne une belle vue, malheureusement gâchée aujourd’hui par les écuries d’Augias, anciennement baptisées Bercy. Le nettoyage se fit attendre. En vain : il se fait attendre. Et se fera attendre. Pire, la dette devient abyssale. Attenantes à la maison principale, les écuries menacent les fondations. L’édifice est à surveiller de près.

A l’étage, les chambres… Enfin moins une. En effet la première chambre nuptiale fut très vite condamnée. Les fenêtres étaient restées grandes ouvertes et l’extérieur y fit des ravages.

La seconde est beaucoup plus harmonieuse. Complètement insonorisée. On eut juré que le locataire y avait élu villégiature sur l’aile gauche de la résidence avant de constater, sans le moindre doute possible, qu’elle se plaçait parfaitement à droite.

La chambre d’ami, elle, a vu de nombreux visiteurs. Certains reviennent avec assiduité comme Brice ou la pièce rapportée du trottoir d’en face le petit Eric (n’allez tout de même pas dire qu’il travaillait sur le trottoir !), ou encore Claude, qui se fait de plus en plus présent au domaine. En revanche, d’anciens locataires, pourtant favoris, n’y ont plus accès comme le grand Eric, banni pour Banier.

chapelleDans la cour, en face des écuries, le domaine peut compter sur sa chapelle. Jamais assez remplie et honorée pour notre hôte. De Latran à Ryad, en passant par la béatification de Jean-Paul II, elle se remplit à chaque occasion avec ferveur laissant parfois un couloir communiquant avec la propriété principale, ce que les anciens locataires s’étaient pourtant toujours refusé à faire. Il faut dire que notre résident a besoin d’espace depuis que sa cave est occupée. Cinq fois par jours. Et tous les vendredis à l’en croire. Il l’a même désignée comme la cause de tous ses problèmes d’installation, de tous les défauts de fabrication de la maison et de tous les incuries dont il était pourtant le seul responsable. A force d’y raviver la braise, il risque à terme d’y mettre complètement le feu. Et la vague Marine s’imposera alors comme le seul recours. Et le Déluge après un incendie a toujours représenté un risque pour les fondations…

Pour conclure, un petit conseil de l’agent immobilier : si vous trouvez un autre locataire, plus fiable, avec de meilleures garanties, n’hésitez pas ! Prenez-le !

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 18:24

bin laden dead mort time squareLe 13 septembre 2001, Jean-Marie Colombani, alors Directeur du Monde, signait un éditorial rendu célèbre. Evoquant les attentats qui touchèrent New York, il écrivit cette sentence qui restera dans l’histoire : « Dans ce moment tragique où les mots paraissent si pauvres pour dire le choc que l’on ressent, la première chose qui vient à l’esprit est celle-ci : nous sommes tous Américains ! ».

La guerre des mots avait eu lieu entre Libération qui présenta sa une sans titre (un comble pour ce journal qui en faisait sa marque de fabrique) comme pour montrer que les événements étaient indicibles et l’édito de Colombani qui explique que les mots sont trop « pauvres » pour exprimer le choc. A coup sûr, il avait trouvé la formule.

Dix ans sont passés. Oussama Ben Laden vient d’être tué d’une balle dans la tête. Dix ans plus tard. Mais aujourd’hui, nous pouvons le dire : nous ne sommes pas tous Américains.

Tout d’abord, il y a ces scènes de liesse dans les rues de New York, que nous avons découvertes, abasourdis, en nous levant lundi matin. Une joie, dépourvue de pudeur, qui éclata dans la rue, jusque très tard dans la nuit, et même jusque Washington. Je me souviens des manifestations de joie, le lendemain du 11 septembre 2001 dans certains pays arabes. Certes, ces manifestations avaient été parfaitement instrumentalisées, surtout dans des pays où il est quasiment impossible de s’exprimer dans la rue, y compris pour exprimer sa joie. Mais elles avaient profondément choqué l’occident, et tout particulièrement les Américains, touchés alors dans leur chair, et qui voyaient dans ce spectacle cruel, une double peine. Comment dès lors accepter pareille démonstration quand dix années plus tard, celui que l’on qualifia de « cerveau de ses attentats » est abattu d’une balle dans la tête (tout un symbole pour ce cerveau) ? Pourquoi ne pas faire preuve de réserve aussi ? On peut comprendre que les proches des victimes puissent ressentir un soulagement, une joie, qu’ils aient au fond d’eux un sentiment de vengeance assouvi. C’est humain. Mais de telles manifestations ne font pas honneur à un pays civilisé comme les Etats-Unis. Surtout dans un contexte où l’alerte terroriste est à son maximum : une telle provocation était-elle utile ? Un peu de dignité eut été préférable, comme en Europe où les réactions furent plus mesurées… Certains diront que c’est l’Amérique qui avait été touchée, pas l’Europe, et que la comparaison ne vaut pas entre la mort de plus de 3000 humains et celle d’un seul homme. Pourtant il est des symboles qu’il convient parfois de travailler. Obama n’a pas particulièrement cherché à montrer la voie au peuple américain.

Bien au contraire : en proclamant « Justice est faite », il a laissé la voie à ces manifestations de joies démesurées et déplacées. Et ses précautions qui visaient à rassurer sur la nature des opérations (Ben Laden devait être capturé, pas nécessairement tué), ou à se prémunir d’un quelconque relâchement en rappelant que la menace n’a pas pour autant disparu, n'ont guère convainu. Il est clair que l’annonce spectaculaire d’Obama, qui scelle d’ores et déjà sa réélection, avait tout du happy end d’un blockbuster américain, le plus long que les studios d’Hollywood n’ait jamais produit.

« Justice est faite » : comment peut on accepter cette sommation quand la justice se résume à une balle dans la tête ? Est-ce la réponse la plus appropriée à un pays civilisé ? « Œil pour œil » : la justice divine doit-elle l’emporter sur la justice des hommes ?

Soyons honnête : un procès n’aurait pas apporté grand-chose en terme de connaissances historiques. Il n’y a qu’à voir comment le français se revendiquant d’Al Quaïda s’était comporté lors de son jugement. Mais quand bien même : même si elle est imparfaite rien ne remplace une décision de justice. Le désir de vengeance relève de l’humain ; celui de la condamnation relève de la société. On attendait pour un tel criminel que la société s’occupât de son sort.

Et que dire de François Fillon, Premier Ministre de Nicolas Sarkozy, qui reprend servilement l’expression sur le plateau de France 2 : « Pour les victimes, justice est faite » ? Dans un pays qui a aboli la condamnation à mort en 1981, cela fait un peu désordre… Mais vingt-quatre heures après avoir célébré à Rome la béatification de Jean-Paul II, il faut croire que l’esprit de la République a pris de l’ostie dans l’aile !

Non décidément, non, nous ne sommes pas tous Américains dix ans après.

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25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 19:46

FNplume 3Les sondages s’égrainent les uns après les autres avec la même terrifiante conclusion : Marine Le Pen est incroyablement bien assise à la première ou à la deuxième place si le premier tour des Présidentielles avaient lieu en ce moment. Lorsque Harris Interactive avait sorti son sondage choc voilà deux mois, que n’avait-on pas entendu sur le manque de sérieux de cette hypothèse. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde sur ce point. Indiscutable.

Ce n’est pas une surprise : aucune des configurations ne permet pour l’instant d’exclure Marine le Pen du second tour. Ce n’est pas une surprise car c’était déjà le cas en 2002. Les sondages de sorties d’urne étaient très serrés et quelques tuyaux bien placés expliquaient, incrédules, que Jospin et Chirac s’échangeaient, par intermittence, et selon les lieux, la première ou la troisième place, Jean-Marie Le Pen étant lui toujours placé à la deuxième. Qu’on ne s’y trompe pas : quand le Front National est bien placé, aucun candidat ni aucune combinaison ne peut imaginer contrarier sa présence au deuxième tour compte-tenu de notre mode d’élection à deux tours, qualifiant les deux premiers. Au lieu de s’interroger sur la stérilité des réponses apportées au mal frontiste, au lieu de se remettre en question sur la carences des politiques proposées, au lieu tout simplement de traiter le FN comme il doit l’être, c’est-à-dire un parti non pas fasciste ou nazi, caricature qui a tant décrédibilisé ses auteurs (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a ni fasciste, ni nazillon dans leurs rangs, entendons-nous bien comme le montre l’actualité récente sur laquelle nous reviendrons…), certains se sont mis en tête, non sans bêtise de changer… le mode électoral.

FNplume 2Ainsi Terra Nova, think tank de gauche, propose de changer l’élection présidentielle en permettant à chaque électeur non pas de choisir un candidat, mais de les noter tous en fonction de ce chacun estime de ces capacités à assumer la présidence de la République (baptisé le « jugement majoritaire »). Etonnant système déjà proposé en juin 2008 et qui démontrait que le gagnant du premier tour aurait été… François Bayrou ! Il serait tentant de céder aux délices exquises qui placent en vainqueur le défenseur de ses idées. Mais il serait plus juste et ô combien plus honnête de reconnaître l’hérésie d’une telle procédure. Bien évidemment, cette méthode aurait tendance à décrédibiliser ceux qui recueilleraient le plus d’opinion définitives en leur défaveur. Nul doute qu’à ce petit jeu, Marine Le Pen se placerait à la dernière position, ce que ne manque pas de montrer Opinion Way qui a simulé une enquête comparative auprès d’un panel (Notons la quatrième place de François Bayrou… derrière Borloo et De Villepin…). Non content de tronquer le mode électif, Terra Nova va plus loin en préconisant qu’en sus des signatures requises (500, limite qui empêcha en 2007 les candidatures de Dupont-Aignan et de… Corinne le Page, deux futurs soutiens de… François Bayrou !), les candidats devraient recueillir… 1 million de signatures de citoyens !

FNplume 1Analysons. Tout d’abord, Terra Nova, Think tank de gauche est pleinement partial. De toutes évidences, ce mode électif n’a qu’un seul but : empêcher le Front National d’atteindre le second tour. Alors de deux choses l’une : soit ce parti développe des thèses et des idées tellement nauséabondes et antirépublicaines qu’il se doit alors d’être interdit. Soit, il est tout ce qu’il a de démocratique, auquel cas, on ne change pas les règles quand le jeu ne tourne pas en sa faveur. Ce qui nous amène à notre deuxième point : une élection, c’est le moment de choisir. Faire un choix dans une multitude d’offres mais aussi malgré les contraintes. Si le candidat parfait existait, cela se saurait. Et noter tout le monde, plutôt que de choisir un nom, c’est se dérober. Et la démocratie ne peut se résumer en une moyenne de dérobades. Enfin, la dernière mesure qui vise à rassembler un million de signatures est tout bonnement inefficace et liberticide. Comment de la sorte ne pas renforcer le bipolarisme, ce qui ne déplairait assurément pas à Terra Nova, socialoconvaincu ? En quoi cela empêcherait la candidature de Marine Le Pen, puisque le FN brasse plusieurs millions de voix, quelle que soit l’élection. L’objectif est très clairement d’empêcher la multiplication des candidats puisqu’il a été décidé que la défaite de Jospin en 2002 était seulement dû à cette multiplicité de l’offre. Faut-il rafraichir la mémoire à Terra Nova ? Lui rappeler que cette multitude de candidats était la conséquence d’un candidat PS qui annonça, grande classe, sa candidature par fax (ça donne envie !), et qui lança à Lille (à Lille !!!) lors de son premier meeting que sa campagne ne sera pas socialiste ? Lui rappeler que si autant de candidats se sont présentés et ont été choisis par tant d’électeurs de gauche c’est que la proposition du PS ne répondait nullement à ses attentes, qu’ils soient très à gauche pour ceux qui ont voté Taubira par exemple, ou plus proche du centre comme ceux qui ont voté Chevènement ? Et qu’au-delà de  cette configuration c’est au moins autant l’abstention, synonyme d’écœurement des électeurs et du non intérêt que suscita cette campagne centrée sur la sécurité, et que n’a jamais su dynamiser Lionel Jospin, que l’éclatement des candidatures qui causa l’élimination du Premier Ministre sortant ?

D’autres « propositions » émanent de ceux qui veulent changer les règles du jeu pour « empêcher » une candidature de Marine Le Pen comme le rehaussement du nombre de signatures à 600 au 700, l’organisation de primaire ou encore la propagande pour décourager ceux qui provoquerait la dispersion des voix.

FNplume 4Dans tous les cas, toutes ces tentatives sont non seulement vaines (car un parti qui prétend obtenir jusqu’à 23% des voix peut assurément vaincre de telles embuscades), mais pire tueraient à court terme la pluralité politique de la politique française. A l’exception notable des européennes et à un degré moindre des régionales, aucune élection française ne propose de proportionnelles. Mais la présidentielle présente un atout : elle est au centre de l’attraction. On sait que pendant cinq années, on va confier le pays à une personne, et par le changement vicieux de calendrier voulu par Jospin et précipité par la dissolution de l’Assemblée en 1997 par Chirac, le Parlement suivra la tendance comme cela s’est toujours vérifié. Le premier tour est donc l’occasion de voter pour que sa voix soit représentée au moins une fois par quinquennat. C’est l’occasion unique de montrer que la France est plurielle et envoyer un signe fort au futur élu qu’il faudra compter avec tous ceux qui ne se sont pas rassemblés sur son nom au premier tour. Pour l’avoir oublié, Nicolas Sarkozy vit à présent la peur au ventre, avec le spectre d’une élimination dès le premier tour en 2012. Et rien ne dit qu’il briguera à nouveau à la présidence si les conditions étaient les mêmes dans six mois.

FNplume 5Encore une fois, il ne faut pas vouloir jouer aux apprentis sorciers et changer les règles du jeu de la démocratie quand celle-ci s’obstine à faire émerger ceux qu’on ne voudrait pas voir. Cette fameuse démocratie est fragile : et les pays arabes enfin libérés du joug de leur dictateur réciproque vont le vivre à leur dépens. Ce n’est pas parce que c’est déjà fait qu’il ne faut rien faire. L’Iran a connu sa révolution en chassant le Shah du pouvoir. Elle a hérité de bien pire sous le vernis de la démocratie. C’est une chose précieuse et fragile qui ne s’entretient que d’une seule manière : le débat, la pédagogie, les idées. On ne combat pas le Front National en faisant de lui une victime (il en a fait son carburant) mais en le combattant sur le terrain de idées. C’est en montrant que son diagnostique est caricatural, en montrant que sa politique est celle de l’ostracisme, que sa stratégie est celle du bouc-émissaire, que ses solutions sont démagogiques, que ses raccourcis sont sans fondement, que ses chiffres ne sont étayés par aucune étude impartiale que l’on combat le Front National.

FNplume 6C’est donc dans cette perspective que j’ai décidé de m’atteler à la tâche. Parce que les intentions de votes pour Marine Le Pen sont trop hautes et durables, parce que son influence est réelle et parce que la droite est devenue si poreuse, parce que les Ménard et autres Zemmour ont le vent en poupe en dégainant des arguments ineptes et contestables par la raison, et parce qu’à une pensée unique en a succédé une autre, que j’ai décidé de consacrer une partie de mes articles à disséquer le programme du FN et à démontrer ses inepties. C’est aussi parce que Marine Le Pen s’engage dans nos sillons, ceux que François Bayrou avait creusés, qui annonçaient une troisième voie qui se démarque du bipartisme mais sans tomber dans le cynisme du populisme et du nationalisme, sans tomber dans l’europhobie, ou sans prier de mille dieux fielleux le choc des civilisations, qu’il faut combattre le mal par la racine. Le PS et l’UMP se fourvoient depuis trop longtemps. Le FN n’apporte aucune solution mais annonce de plus amples catastrophes. Alors luttons. Plume à la main.

 

Addenda du 27 avril :Le Monde assure depuis ce week-end la promotion de la proposition de Terra Nova. Quelle surprise quand on sait que ce même journal avait publié un retentissant "Impératif démocratique" à la veille du premier tour des présidentielles de 2007, édito qui expliquait tou bonnement que le seul deuxième tour démocratiquement recevable était un match entre le PS et l'UMP, Royal contre Sarkozy. Ou comment le Monde contribue au bipartisme et à la bipolarisation du système politique français...

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 21:58

JMLPEtonnant jugement rendu ce jour par Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front National et Président d’honneur du dit-parti qui qualifie les exactions des intégristes Chrétiens de dimanche dernier à l’égard du Piss Christ de « légitime défense » dans son Journal de Bord n°226, disponible sr le site du FN (et qui fait suite aux déclarations déjà douteuses de Bruno Gollnisch…)

Pour rappel le droit français considère deux aspects dans la « légitime défense » : l’offense et la défense.

Répondons à Jean-Marie Le Pen point par point :

L’offense doit être :

-          actuelle : le danger est imminent : en quoi une œuvre conçue et exposée depuis des années la rend-elle dangereuse de manière imminente ?

-          illégale : Piss Christ qu’elle qu’en soit l’appréciation esthétique ou artistique de chacun est un produit de l’art (« produit » étant le terme le plus neutre que l’on puisse utiliser pour qualifier un travail polémique et contesté) et ne rentre nullement dans l’illégalité puisque le seul reproche que l’on puisse lui faire est de blasphémer, sacrilège qui n’est plus puni par la loi française depuis… la révolution française !

-          réelle : l'agression ne doit pas être putative, c’est-à-dire qu’elle est supposée avoir une existence légale, ce qui exclut pour la raison citée ci-dessus le blasphème que représenterait Piss Christ.

La défense, quant à elle, doit être :

-          nécessaire si bien qu’il n'y a aucun autre moyen de se soustraire au danger : on pouvait tout simplement ne pas se rendre voir l’œuvre, l’ignorer…

-          concomitante : la réaction doit être immédiate. Or Piss Christ a été conçue et exposée depuis plusieurs années… Et Avignon l’avait déjà reçue…

-          proportionnée à l'agression : produire un cliché / détruire le cliché. Et-ce là une réaction proportionnée ? Pourquoi ne pas avoir produit un cliché ou une caricature de l’œuvre pour mieux la dénoncer ?

Bref. La Légitime défense ne peut aucunement s’appliquer ici pour qualifier des exactions terroristes d’intégristes chrétiens qui n’ont aucune excuse valable pour justifier leur acte. Cette défense auprès d’un tribunal n’aurait aucune chance d’aboutir. Pire, en légitimant cet acte et en prétendant de manière imaginative ce qui serait advenu si un symbole juif ou musulman avait subi pareil sort, Jean-Marie le Pen place à part la religion chrétienne. Comme si elle se plaçait au-dessus des principes de la république. Au dessus de la laïcité même ? Plus que jamais il est temps de le rappeler : la posture laïque du Front National n’est qu’imposture !

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 15:01

Serait-on entrer dans l’ère de tout religieux ? Cela relève-t-il du simple phénomène de mode ou va-t-on devoir durablement conjuguer la vie politique avec ? Toujours est-il que jamais sans doute depuis 1905 on n’avait entendu parler de laïcité. Débat, affaire Piss Christ, béatification de Jean-Paul II… Tout s’enchaîne et le religieux s’invite aux festivités d’un débat public qui n’avait guère besoin de cela pour s’animer. Face à cette agitation, certains se veulent les fervents défenseurs de la laïcité. Mais dans ce jeu de dupe, il n’est pas sûr que ceux qui en parlent le plus soient ceux qui la défendent la mieux.

 

Laique 1Prenez par exemple, Nicolas Sarkozy. C’est lui qui a imposé le débat sur la laïcité, qui s’avérait en réalité un débat sur l’islam. A propos des musulmans, son ami et Ministre de l’Intérieur est allé beaucoup plus loin, sans jamais n’avoir été repris par l’Elysée, ce qui laisse à penser qu’il exprimait tout haut ce que le Président pensait tout bas : « C'est vrai que l'accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème » ou encore : « Les Français veulent que les nouveaux arrivés adoptent le mode de vie qui est le leur [et ne leur imposent pas] des pratiques qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale ». On se saurait être plus clair… et plus stigmatisant à l’égard d’une religion en particulier. Combien de fois sur les plateaux de télévision a-t-on entendu Copé et tous ses disciples affirmer que la seule religion qui posait problème (sous entendu vis-à-vis de la laïcité) était l’islam


Laique 6Pourtant la semaine dernière, l’on apprenait que Valérie Précresse avait envisagé la probabilité de faire bûcher des étudiants juifs après un confinement pendant la journée afin de respecter la pâque juive qui leur empêche toute activité quand il fait jour (en tous cas pour les plus orthodoxes d’entre eux…). Ce week-end, Frédéric Mitterrand condamnait les exactions d’intégristes chrétiens à Avignon qui détruisirent le Piss Christ, tout en reconnaissant que « l’une des deux oeuvres pouvait choquer certains publics » comme pour donner des circonstances atténuantes à cet acte. Pire, lundi soir sur Itélé, dans Elysée 2012, Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly, fief sarkozien, n’a pas hésité à aller plus loin dans son commentaire en ne condamnant nullement la destruction de l’œuvre mais en s’apaisant longuement et en direct (donc sans montage) sur le blasphème que représentait cette œuvre, lui qui fut présenté au début de l’émission comme un catholique pratiquant : « Attention à ne pas faire porter par l’art des sujets qui ne sont pas forcément les siens et attention aussi au respect des religions. On sort d’un débat, d’un drôle de débat sur l’identité nationale, sur les racines de la France, sur nos racines, sur ce qui fait finalement notre culture , notre histoire,  ces substrat territorial extrêmement fort sur lequel on vit, et aujourd’hui, il y a des faits comme cela. Certes, c’est de l’art, mais en même temps, on blesse. Et on blesse beaucoup de gens. Et on n’a pas le droit de le faire gratuitement. On n’a pas le droit de le faire pour blesser. Et moi je suis très sensible à cela, parce que je crois que quand on a des convictions, on a aussi finalement besoin que  tout ce dont (sic) on croit soit respecté et là les images allaient vraiment très très loin loin. » On appréciera la syntaxe hasardeuse de la relative.


Cette saillie incontrôlée du catholique qu’il est et qui semble prendre le pas sur le laïque républicain qu’il est censé incarner en tant qu’élu du Peuple français n’est pas sans faire penser à la sortie catastrophique de Chirac lors de l’affaire de caricatures de Mahomet qui avait osé condamner  « les provocations manifestes susceptibles d'attiser dangereusement les passions ». Et le Président d’alors d’ajouter : «Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité. Si la liberté d'expression est un des fondements de la République, celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance et de respect de toutes les croyances ». Chirac ou comment celui-ci voulut rétablir l’interdiction du blasphème dans le Droit français. Ce ne fut pour autant pas une divine surprise quand on se souvient de la célébration des 1500 ans du baptême de Clovis, que Chirac organisa en grande pompe avec le Pape, le tout payé par les deniers publics, affirmant pour l’occasion qu’il était l’origine de la France, s’asseyant sur l’héritage républicain de la révolution française qui fit tant de mal à la religion chrétienne…


Laique 5Feu Jean-Paul II qui ressuscite dans ceux de l’actualité, mettant plus que jamais en exergue les petits arrangements avec la laïcité. Hier, le porte-parole du Gouvernement fit l’annonce du déplacement de François Fillon (en place de Nicolas Sarkozy) à Rome pour la béatification du défunt pape. Plus grave encore fut l’explication qui accompagna l’annonce : « la France est la fille aînée de l'Eglise. Il semble normal, même dans un Etat laïque, que l'Etat soit représenté à un événement aussi important, aussi essentiel et pour une personnalité qui aura autant marqué l'après-guerre dans le monde. » Rappelant une fois de plus (de trop ?) l’ « héritage chrétien » de la France, il trancha net : « ce n'est pas parce qu'on est attaché à la laïcité, qui est un acquis républicain exceptionnel et l'un des éléments de notre vivre-ensemble, que l'on doit oublier d'où nous venons. » « Fille aînée de l’ « Eglise », « d’où nous venons » ? Je croyais que notre République était née un 14 juillet 1789 du côté de la Bastille et que nos principes venaient d’un certain 26 août de la même année… Cette même déclaration qui dit à l’article III que « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation », et non dans la Religion…

 


Laique 7Mais à tout Seigneur, tout honneur, les champions de la revendication de la préservation de la laïcité restent le Front National. Le meilleur pour la fin et on préfère toujours l’original à la copie. J’avais ici même montré sans difficulté la posture et même l’imposture de la laïcité à la Marine avec des positions récentes, quand il m’eut été plus simple de plonger dans l’Histoire du Front National qui est le parti le plus anti-laïque qui soit (ne serait-ce qu’en la présence de Bernard Anthony au Bureau Politique du FN jusqu’en 2006 et qui mit toute son énergie à faire en sorte que le parti de Jean-Marie Le Pen représente sa vision intégriste du catholicisme). Bruno Gollnisch est l’incarnation même de cette branche traditionaliste qui peuple les rangs du FN avec fidélité, prenant part à leur côté à la Marche pour la vie ou en se rendant régulièrement le Dimanche à Saint Nicolas du Chardonnet qui depuis plus de vingt ans est occupé illégalement par les disciples de Monseigneur Lefebvre, excommunié,  qui y dispensent une des lectures les plus littéralistes et les plus dures de l’extrémisme chrétien. Le candidat malheureux à la succession de Jean-Marie Le Pen y est allé de son chapelet pour évoquer ce week-end l’affaire Piss Christ :

« Je tiens à exprimer mon entier soutien à tous ceux qui protestent en Avignon, ville marquée par l’admirable héritage des chefs de la chrétienté, contre l’exposition qui y est faite d’une prétendue  œuvre d’art consistant en la photo d’un crucifix plongé dans l’urine de l’ artiste.
Qu’on ne vienne pas ici m’opposer la liberté d’expression (…) d’abord, parce que, si cette liberté existe, elle vaut aussi –et surtout– pour ceux qui expriment leur légitime dégoût.
 » (…) « Enfin, parce que cette ignominie n’est pas l’action d’un provocateur isolé ; elle est, du fait du financement public, IMPOSEE aux croyants qui sont aussi des contribuables, jusqu’à nouvel avis. L’exposition est accueillie dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle appartenant à la ville, subventionné également par la région et par l’Etat »

Puis plus poète que jamais le numéro 2 du FN, qui évoque par ailleurs  « l’auteur de cette saloperie » conclue : « Cette insulte a pour elle l’écume de pseudo-cultureux dont l’arrogance n’a d’égale que l’absence de talent. Y répondre est parfaitement légitime. »


Laique 2« Y répondre est parfaitement légitime » : on appréciera les velléités démocratiques du Front National. D’ailleurs sur son blog, il ajoute que les œuvres ont été « légèrement vandalisées » ! Un sens de l’euphémisme assez marqué chez le député européen ! On appréciera aussi la politique de l’arroseur arrosé qui reproche implicitement les manquements à la … laïcité, cette œuvre ayant été exposée dans un lieu financé par l’Etat… Le financement public qui finance les blasphèmes… une drôle de conception d’un manquement à la laïcité selon Monsieur Gollnisch qui ressemble en tous points à celle d’un de ces intégristes « courageux » puisque anonyme qui a publié sur Le Post un article du même acabit hier, venant faire la « lumière » sur le sous-entendu du Gollnisch (billet que j’ai eu le temps de copier-coller avant qu’il s’ait été censuré ; je garde à votre discrétion l’adresse de la page aujourd’hui disparue) :

« Dimanche, des chrétiens ont détruit la reproduction Piss Christ" à Avignon. Ces gens ont agi courageusement en application de l'article 35 de la déclaration des droits de l'homme et des citoyens de 1793  :

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Mais de quel droit s'agit il ? Et bien de la laïcité, née de la loi de 1905 et de l'égalité entre citoyens. Cette photographie a été financée par le ministère de la culture, la région PACA et la ville d'Avignon. Si l'état est censé être séparé de la religion, il doit également garder une neutralité y compris dans l'art. »

Laique 3Et l’anonyme si courageux de rappeler a contrario que « la France finance des centres de culture islamique à Paris, Roubaix et Marseille ainsi que des abattoirs halal »  en concluant : « Ces chrétiens sont des héros pour avoir détruit une "œuvre" sponsorisée par un état ouvertement christianophobe. Ils n'ont fait qu'appliquer la déclaration des droits de l'homme en refusant l'oppression »


Bruno Gollnisch sors de cette plume, oserait-on dire ! (en plaisantant bien évidemment…).


En tous cas, si Bruno n’est sans doute pas l’auteur de cette diatribe, l’hommage et l’inspiration sont indéniables et il y a tout lieu de croire que sa conception si singulière de la laïcité fait des émules. Et comment pourrait-il en être autrement quand on lit le billet qu’écrivirent les Jeunes pour Gollnisch à l’issue de la désignation de Marine Le Pen à la Présidence du FN, à qui il reprochait une conception de la laïcité trop rigoriste (billet que j’avais déjà évoqué dans ces colonnes) :


«Le discours présidentiel d’hier, en définissant la laïcité comme le confinement de la religion à la vie privée, s’interdit de rattacher la nation à des principes supérieurs. (…) Invoquer la laïcité contre la prolifération des mosquées, c’est s’interdire du même coup de pouvoir construire des églises en France, c’est encore s’offusquer du caractère ostentatoire de nos clochers et de nos calvaires. Reléguer la religion à la vie privée, et ne vouloir lui conférer aucune expression publique, c’est renier 1500 d’histoire de France où le christianisme a pénétré notre civilisation, notre philosophie, notre calendrier, notre tissu social, nos traditions. »

Et ces fameux jeunes avec Gollnisch d’ajouter :

« Cette conception de la laïcité, qui n’est pas une juste distinction entre le domaine temporel et le domaine spirituel, mais bien une séparation des deux sphères là où l’islam les confond toutes les deux, est donc, au même titre que l’Islam, contraire à l’âme et au génie français. »

 

Quand je vous le disais que la laïcité, ce ne sont pas ceux qui en parlent le plus qui la défendent le mieux…

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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 15:31

influents 1Robert Ménard est décidément impayable. Sa tournée médiatique prend des allures de parcours du combattant. Il s’invite partout et partout on l’invite pour la sortie de son livre scandale Vive Le Pen. Pour quelqu’un qui affirmait hier soir sur le plateau de Canal plus ne pas avoir besoin de marketing, c’est tout de même assez impressionnant. Le livre, personne ne l’a lu. Ou presque. Il sortira le 21 avril 2011. Toujours pas de plan marketing non plus (sa dérobade sur l’avancée de la sortie parce qu’on en parle sans l’avoir lu ne prend pas : il devait sortir le 5 mai, date anniversaire du second tour !). Toujours est-il que Robert Menard le martèle : il n’est pas question de faire l’apologie du programme du Front national, absent de la trentaine de pages de son opus, mais de dire qu’en France il n’est pas de bon ton de dire certaines choses. Et qu’évoquer certains thèmes comme ceux de l’islam et de l’immigration revient à être taxé de Lepeniste. Soit. C’est vrai que Robert Menard est privé de parole, lui qui officie sur RTL et sur Itélé… Le problème qui est ici posé n’est pas tant que Monsieur Menard veuille se faire l’avocat du diable que de se demander si ce qu’il dit a un rapport avec l’information, lui qui est journaliste, et s’il a la légitimité pour imposer des points de vue aussi péremptoires. Ce fut l’enjeu de l’altercation qui eut lieu il y a une semaine sur le plateau de Mots Croisés quand il croisa le fer avec Ariane Chemin et Edwy Plenel :

 

 

En effet, où se trouve l’information quand les doxas sont annoncées au nom du bon sens populaire, au nom de ce que pense tout le monde ? Les joutes verbales de Menard, comme celles de Zemmour ressemblent grandement à celle du café de commerce, ou à celles des diners de familles qui se terminent en engueulade comme l’a suggéré avec subtilité les Guignols hier soir, en inversant le rôle du raciste puisque c’est devenu un sport national :

 

   

La sagesse populaire est-elle à même d’établir la vérité ? L’émotion doit elle se substituer à la rationalité ? Le populisme se fait-il nécessairement le vecteur de la voix du Peuple ? Il est permis d’en douter surtout qu’au cliché, Zemmour ajoute sa touche personnel, avec la caution de l’Histoire, ou plutôt de sa vision historique, propre à embrouiller le profane et à impressionner le béotien comme l’avait formidablement grimé sous ses propres yeux Nicolas Canteloup un samedi soir :

 

 

Et quand les images éculées, les étiquettes, et le brouillage des références ne suffit plus, il ne reste plus qu’à broder, broder, broder, comme ce matin sur RTL dans l’ineffable Z comme Zemmour :

 

 

Impressionnante présence des deux phénomènes pour deux agitateurs qui se disent persécutés et qui se plaignent de ne pas pouvoir bénéficier de la liberté d’expression. On peut en effet s’inquiéter de l’influence grandissante de ces deux figures de proue d’une certaine droite, assez inquiétante, qui use et abuse des armes de la rhétorique pour faire de la persuasion. Aucune argumentation logique te fondée sur des chiffres. La rhétorique de Zemmour et de Ménard est une poétique de la sagesse populaire qui ne croit que ce qu’il voit, omettant tout ce qui échappe à son champ visuel, c’est-à-dire l’intégralité du monde moins lui… Cette influence, que d’aucuns en d’autres temps aurait qualifié de lepénisation des esprits, va crescendo. C’est justement leur omniprésence que dénonce avec justesse Nicolas Domenach, dénonçant par ailleurs le catastrophisme de leurs prédictions qui font passer les idées du Front national pour « rafraichissantes » :

 

 

 

influents 3

Pour autant, Domenach touche là un point sensible. Car s’il est vrai que Zemmour et Ménard ont beau jeu de passer pour les Caliméros eux qui ont les micros tendus à foison, quand ils ne sont pas carrément soutenus par de puissants cadres de l’UMP comme Zemmour, devenu porte-parole de cette droite qui « s’assume » depuis qu’il a été condamné par la justice pour discriminations racistes, il ne faudrait pas oublier que Domenach, lui-même, qui incarne la pensée pour le moins inverse, n’est pas privée d’antenne ou de tribune entre l’hebdomadaire Marianne, la Grande Edition chaque midi sur Canal Plus ou encore le Ca se Dispute le week-end sur Itélé où il fait face à… Eric Zemmour comme pour mieux affuter ses armes directement face à son adversaire !

Le vrai problème réside dans cette notion d’experts qui est venue troubler le jeu médiatique depuis quelques années. Il n’est plus une émission d’information, de débat ou de divertissement qui ne font appel à eux. Ces experts sont polymorphes : diplômé, écrivains, journalistes, éditorialiste, certains s’autoproclamant « polémiste »… Et ils s’invitent aux meilleures tables de France : du jité aux quotidiennes de Canal plus, d’itélé à C dans l’air, des émissions sportives à celles de divertissements… peu importe le sens pourvu que l’on ait la parole. Chacun assène d’un ton péremptoire sa vérité. Parfois même avec arrogance. Qui n’est pas sidéré par les convictions inébranlables de Christophe Barbier quand il déboule sur plateau comme s’il détenait la vérité elle-même ! Le problème c’est que ces experts n’ont, d’une part, pas l’apanage de cette vérité et que ce n’est que dans la confrontation des idées qu’elle jaillit. Et d’autre part, leur statut d’expert tient parfois davantage à une opération cosmétique qu’à une véritable qualité démontrée. Ainsi, Tariq Ramadan s’invite sur les plateau comme docteur en théologie et comme professeur à Oxford, quand Antoine Sfeir des Cahiers de l’Orient ne cesse de dénoncer cette imposture : le Jury de sa thèse a démissionné car il refusait de cautionner la vision idéologique de celui qui faisait l’apologie du créateur des Frères Musulmans, son grand-père Al Bana, et il ne l’a obtenu qu’avec un autre, dépêché en urgence, avec la mention « passable » ce qui n’est guère flatteur pour une thèse… Quant à sa chaire de théologie à Oxford, il n’y intervient qu’en tant que vacataire ponctuel… On se souvient aussi dans un autre registre que François Hollande était venu commenter la défaite de l’équipe de France de Football au championnat d’Europe de 2008 sur M6 ou encore des débats techniques entretenus par Cohn Bendit sur la même équipe après la bérézina d’Afrique du Sud…

influents 5Et pourtant, malgré aussi peu de qualité pour parler de certains sujets, certains influents médiatiques s’autorisent tout : commenter, expliquer, donner leur vérité. Lorsque l’on dénonce leur litanie systématique, ils rétorquent que la pensée unique s’est aujourd’hui inversée. Et quand on ose leur demander leur légitimité, ils crient à l’arrogance ou, pire, expliquent qu’ils parlent comme des citoyens. A cela personne n’ose répondre car dans toute démocratie, il faut laisser la parole au citoyen. La différence c’est que le citoyen que je suis n’a pas les micros de RTL, France Inter, Europe 1, Itélé, Canal Plus pour s’exprimer ! Leur omniprésence dévoie le jeu démocratique. Et influence à long terme la pensée. Et par là même les élections.

Leur Influence se mesurera avec le temps mais on peut d’ores et déjà dire que ces influents qui surfent sur la vague populiste sont déjà populaires.  Et comment ne le seraient-ils pas dans une société devenue nombriliste comme jamais, comme lors de la présidentielle 2007, qui vit les émissions de débat entre candidats disparaître au profit de face à face factice avec les Français devant des millions de téléspectateurs où chacun entonnait son « Et moi, et moi, émoi », à chaudes larmes ? L’autre n’a plus d’importance dès lors que le moi est brossé dans le sens du poil.

Il devient urgent de ce système comme il est important d’être honnête, d’avoir de vrais arguments, de cesser de se contenter de l’émotionnel pour laisser place au rationnel.

influents 4Pour autant, il ne faut pas pour autant jouer le jeu des influents médiatiques en les censurant ou en contournant certains sujets ; ce sont des sniffeurs de la peur comme l’a bien décrit Daniel Schneidermann. Bien au contraire il faut s’armer de courage, faire preuve d’honnêteté et poser les problèmes. Avec clarté et pédagogie. Sans avoir peur d’aller à rebrousse-poil même si  l’on peut parfois, au détour d’un diagnostique flatter ceux qui ont des idées nauséabondes. On peut parfaitement avoir parfois les mêmes diagnostiques que les extrémistes. Pour l’avoir oublié, la France a vu le Pen accéder au deuxième tour. La grosse différence réside dans les solutions et les recours. Et c’est bien là que l’on reconnait les humanistes.

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 15:14

Laicité SARKO5Babel. Une évocation mythique. Celle de cette tour que construisirent les hommes qui ne parlèrent qu’une seule langue. Tour qui toisait les cieux et qui narguait Dieu. Ce dernier, courroucé d’être ainsi menacé voulut la détruire : « Allons! Descendons mettre le désordre dans leur langage, et empêchons-les de se comprendre les uns les autres ». C’est ainsi que l’Eternel, comme le surnomme la Bible  « a mis le désordre dans le langage des hommes, et c'est à partir de là qu'il a dispersé les humains sur la terre entière ».

Quelques siècles plus tard, l’Ephémère, comme on le surnomme en France, en a fait autant. Voyant que les Français construisaient depuis plus de siècle une tour, frappée de la devise « Liberté, égalité, fraternité », il se mit en tête de tout détruire, et de mettre le désordre. Afin que les Français ne se comprissent plus. Les uns contre les autres.

L’on avait finalement sous-estimé l’épisode que nous venions de vivre avec le débat sur la laïcité. Ou le pseudo-débat sur la laïcité. Ou le débat sur une pseudo-laïcité. Nous ne savons plus très bien. A y regarder de plus près, la catastrophe politique s’avère en réalité une catastrophe sociale, électorale et plus encore une catastrophe de civilisation.

Laicité SARKO1Reprenons les faits. Tout d’abord, il y eut cette terrible secousse et ses répercussions ininterrompues. Depuis le discours au Latran, en passant par Riyad. Depuis « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur » jusqu’aux Français qui « à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux », des « Auvergnats » qui sont un problème dès lors qu’ils ne sont tout seuls jusqu’à la « croisade » de Nicolas Sarkozy en Lybie… Magnitude 10 sur l’échelle des Nationalistes et des intégristes. Puis il y eut le tsunami… D’abord l’alerte que représentèrent les intentions de votes pour 2012, avec Marine Le Pen qui fut placée précipitamment en tête avant de durablement le président sortant à la troisième place, celle du c**. Avant la terrible vague Marine qui s’abattit avec fracas lors des cantonales. De nombreuses victimes surtout à droite.

Les secours se firent attendre en vain. Bien au contraire, les victimes se firent incendiaires : appel à voter blanc, quitte à faire gagner le FN face à la gauche, débat sur la laïcité maintenu, propos outranciers pour ne pas dire plus du nouveau Ministre de l’Intérieur dont la logorrhée n’aurait pas déplu aux deux Bruno,  Gollnisch et Mégret… Dès lors l’impensable se produisit : l’incident nucléaire en cascade avec le réveil des intégristes. De tous poils. On fit croire que les islamistes avaient peuplé la France. Bien au contraire, ce sont les intégristes de tous bords qui se réveillèrent comme ce week-end à Avignon :

 

 

La triste vérité c’est qu’en croyant simplement siphonner le Front National, en voulant dégonfler la baudruche enflammée de Marine, en souhaitant semer la peur pour récolter dans les urnes, Nicolas Sarkozy n’a pas imaginé aller beaucoup plus loin. A force de diviser pour mieux régner, d’ostraciser et de mettre à dos tous les Français entre eux, et notamment par le prisme de la religion, le président des Français, faut-il le rappeler, a tout simplement réveillé la Bête. Et la Bête n’est ni seulement Marine Le Pen et sa cohorte de fidèles, ni mêmes les Salafistes et son agent masqué Tariq Ramadan, qui n’en sont que des membres, mais bien l’intégrisme dans son ensemble qu’il a ravivé. Le climat délétère et nauséabond qui règne en France n’a pas seulement déraciné la culture musulmane française au point de nous la rendre étrangère : il a rappelé que dans un tel contexte, le choc des civilisations, celui que souhaitent si ardemment les intégristes juifs, chrétiens et musulmans, pouvait s’ouvrir. Nicolas Sarkozy, en apprenti sorcier maladroit a ouvert la brèche. Ne restait plus qu’à s’y engouffrer.

Ce scénario était malheureusement prévisible. Car Nicolas Sarkozy n’agit pas en idéologue. Sans quoi l’intégrisme chrétien n’aurait pas pu s’y engouffrer. Ou en tous cas pas de la sorte. Il n’est qu’un agitateur cynique qui tente d’utiliser la religion pour mieux canaliser la société. Pi(t)re : sa vision politique de la religion se substitue à une réelle politique sociale, fidèle à sa droite ligne libérale. C’est en tous cas, ce qu’expliquait fort bien Caroline Fourest en 2008, chez nos amis Belges :

 

 

  Laicité SARKO2Les conséquences de cette triple catastrophe qui n’a rien de naturel sont terribles : car si les intégristes sont réveillés et prêts à bondir et à foncer sur la porte de notre république laïque au bélier, le reste de population, pas forcément religieux, parfois athée, baigne malgré lui dans ce climat de suspicion généralisée. C’est ainsi que se révéla l’affaire des cinq étudiants Juifs qui auraient demandé une dérogation pour passer en décalé le concours de grandes écoles. Si Valérie Pécresse confesse avoir exploré toutes les possibilités (notamment celle qui visait à confiner en quarantaine les étudiants toute la journée afin qu’ils bûchent sur le même sujet la nuit venue, ce qui est sans doute déjà de trop…), rien n’a été fait qui puisse être en contradiction avec la laïcité. Mais dans ce contexte où les Musulmans sont à ce point montrés du doigt, toute suspicion d’exception pour d’autres religions prend des proportions hallucinantes comme le rappelle Arielle Schwab, présidente de l’Union des Etudiants Juifs de France qui dit à propos de cette affaire : « Il y a bien un effet de «deux poids deux mesures», mais il existe seulement parce que la communauté musulmane est stigmatisée. »(Ceci étant dit, il faudrait lui rappeler qu’à l’avenir son Union, et toutes ses consœurs qu’elles soient d’obédience chrétienne, musulmane, bouddhiste ou autres devraient s’abstenir de formuler la moindre demande en l’espèce. De même les membres du Gouvernement rester fermes et refuser a priori tout demande de ce genre au lieu de tergiverser. Cela éviterait tout problème…).

Laicité SARKO4Même dans mon collège, dans la paisible banlieue rurbaine de Lille, les secousses se sont fait sentir en sixième où, conformément aux textes officiels, je dispense une séquence sur les textes fondateurs avec la Bible. On ne peut pourtant pas dire que la religion y soit un sujet de préoccupation majeure. Pourtant, certains élèves de sixième se sont fait l’écho de commentaires de parents pour le moins surprenants : « il n’est pas normal que l’on étudie la Bible dans un collège public et laïque », « ce n’est pas laïque d’étudier la Bible en Français, c’est au professeur d’Histoire de le faire », ou encore « j’ai eu une mauvaise note, mais c’est normal, ma mère m’a dit qu’on n’était pas très religieux » ! Des parents ont même refusé de signer la copie parce qu’ils étaient opposés à ce que les textes de la Bible soient enseignés ! Moi, soupçonné d’enfreindre la laïcité ! J’ai cru rêver ! Faut-il rappeler que les textes de la Bible font partie du programme de sixième dans une perspective purement culturelle et non cultuelle et que par-là même le cours ne se substitue nullement à quelconque catéchisme ? Faudrait-il dans ce cas interdire l’étude des textes de Chrétien de Troyes, Marot, Ronsard, Voltaire, Molière, Racine pour leurs références constantes à la religion ? Doit-on alors ne plus étudier aucune peinture du Moyen-âge ou de la Renaissance ? On le voit, la confusion entre culture humaniste et religiosité est réelle et la laïcité, dans ce climat délétère est plus absconse que jamais.

A présent le mal est fait. Plus que jamais, restons vigilants. Face à l’intégrisme. Bien évidemment.  Mais surtout face à l’ignorance, son terreau. Car la meilleure manière de sortir vainqueurs de fous de Dieu n’est assurément pas de jouer la surenchère ou d’avancer des arguments de manière péremptoire. C’est avant tout en faisant preuve de pédagogie et en éclairant les Lumières de la connaissance. C’est cette Lumière qui avait éclairci le chemin qui mena vers la Révolution. Ne l’oublions pas.

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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 21:57

La Présidentielle a toujours suscité un intérêt particulier. En témoigne la faible abstention par rapport aux autres élections, puisque c’est le seul scrutin à faire se déplacer autant de personnes autour des urnes : sur les quatre derniers scrutins, la participation moyenne des européennes est de 45,72%, pour les législatives 69,62%, pour les régionales 58,23%, pour les cantonales 57,55, pour les municipales 69,4 et enfin pour les présidentielles 80,33%... Il n’y aura pas de photo finish. Notre cinquième république, par la volonté d’un seul homme amoureux devant l’éternel du plébiscite, s’articule entièrement autour du scrutin présidentielle. Même si en théorie, le président est celui qui a le moins de pouvoir politique interne. Mais doté d’ubiquité, omniscience et d’omnipotence, Nicolas Sarkozy a été à la hauteur de la participation du scrutin… au moins quantitativement. C’est toujours cela.

FN01 - courbe sondageToujours est-il qu’à quelques mois de cette présidentielle, c’est-à-dire 12 mois exactement, la campagne a donc été officiellement lancée. Et cela ne date pas d’hier ! C’est toujours malheureux dans une démocratie de voir la spectre de la prochaine élection poindre alors que le mandat n’est pas terminé. On se lamentait déjà des silences de DSK dès 2009… Conséquence du passage à un quinquennat qui n’ a visiblement pas que des avantages . Il n’y a qu’à voir Obama aux Etats-Unis pour s’en convaincre : Il a prêté serment en janvier 2009 et annonce sa candidature à sa succession en mars 2011. Le système des démocraties modernes a de quoi laisser songeur : les hommes politiques sont des candidats perpétuels, et consacrent au moins autant de temps si ce n’est plus à faire campagne qu’à se placer au chevet des Français. L’électif a pris le pas sur l’exécutif et le législatif. Il ne faut pas s’étonner que les Français rechignent à aller voter alors que la chose politique ne les a jamais autant intéressés.

femme fatale200Mais c’est justement là que le bât blesse : cet intérêt est en trompe l’œil. On se souvient des éditoriaux dithyrambiques sur la participation en hausse en 2007… Elle ne fut guère suivie par la suite. Ce fut l’unique exception d’une constante macabre qui plombe nos élections depuis plus de quinze ans : chaque scrutin voit le nombre de suffrages exprimés décroître de manière drastique depuis quinze ans, battant records sur records. On le sait : le sursaut de 2007 n’avait rien de démocratique : il n’était que la conséquence de la peoplisation du scrutin présidentiel avec deux candidats qui rendaient grâce à la sentence si savoureuse de Fabius anticipant sa défaite aux primaires socialistes d’alors : « Je préfère dire Voici mon programme que mon programme, c'est Voici » (Le Temps, le 6 septembre 2006). Cette sur-médiatisation des hommes et de l’intime sonnait avec l’évaporation des idées et de la politique, ou plutôt qu’évaporation, je choisirais le mot « cosmétisation ». On se souvient d’une Ségolène Royal, qui choisissait les siennes en fonction du succès de celles des autres, qu’elle enrubannait d’un ruban rose pour lui donner des teintes socialistes. Les drapeaux français aux fenêtres pour copier les coups de pieds nationalistes donnés sous la table par Sarkozy pour flatter l’électorat lepéniste, la sixième république réclamée par Bayrou, comme ce fut parfaitement expliquer dans La Femme fatale, l’opus sulfureux de Bacqué et Chemin qui fut poursuivi en Justice par l’intéressée, sans n’avoir jamais été convaincu de quelconque digressions imaginaires… mais quel électeur a-t-il véritablement lu les programmes des 9 candidats à l’élection de 2007, afin de procéder à un choix objectif ? Qui l’a déjà fait dans une autre élection ? Force est de constater que le citoyen se contente des tracts et des messages publicitaires qui y sont martelés. Pire il se réfère à la seule chose qui vaille dans ce paysage politique dressé par les médias : l’étiquette.

internet1Fi des programmes, des idées et des valeurs. Trop techniques, trop développés, jargonnant… Tous les reproches ont été faits pour céder à la procrastination et à repousser au lendemain la lecture des programmes. A la Saint Glin-glin au final. Ne restent alors que les impressions, le qu’en dit-on et qu’en dira-t-on, la couleur politique… Bref tout ce qui en somme classe un candidat pour le reconnaître mais assurément pas pour le connaître.  A l’heure où l’information est à portée de mains pour le citoyen, symbole de la réussite d’une démocratie, ce dernier se complait à la paresse, à l’essentiel, à l’instantané, et finalement, n’en connait pas davantage sur les programmes et nos élus, que ses ancêtres dotés du minitel ou encore d’une bonne vieille encyclopédie. Pire, il croit être mieux informé quand il se trouve surtout intoxiqué… Les nouvelles technologies rendent l’information accessible à tous, pléthorique et même exhaustive à certains égards. Encore faut-il que le citoyen sache faire la part des choses, dispose du temps et de la culture pour confronter les flux de renseignements qui lui parviennent afin de dégager une information. Car l’information n’est pas la transmission d’un discours, mais le produit de la vérification de l’authenticité et de la véracité de celui-ci.

A ce petit jeu-là, qui connait véritablement la politique économique du PS qui scande les dérives du capitalisme ? Propose-t-il comme il semble le faire croire une alternative à ce monde qui se résumerait à une économie de Droite et une économie de Gauche comme il prétend le dire ? Ou accepte-t-il la même loi du marché que l’UMP en prétendant la moraliser ou en changer les principes, ce que d’aucuns connaissant un tant soit peu la loi de Bruxelles et de Strasbourg ne peut que s’en gausser ?

PSC’est dans ce contexte de flou artistique, où l’estampillage domine fièrement, où la forme se substitue à la forme, où être socialiste évoque davantage de choses que de proposer une mesure concrète susceptible d’être utile au citoyen, que le PS a présenté son « programme » la semaine dernière. Nous reviendrons plus tard sur son contenu. Et plus bas ici même sur sa réelle influence sur le candidat à venir. Mais d’ores et déjà, défiant toutes les lois du réalisme et de la crédibilité, un sondage est paru sur l’impression ressentie par la population à propos de ce programme. Trois jours après sa parution ! Les passionnés de politique fiction l’ont rêvé, BVA l’a fait pour eux : en temps réel, le PS sort son programme et croit deviner qu’il va enthousiasmer tout le monde ! Alors même que pas un Français n’a lu une ligne de programme depuis des lustres, alors même que les citoyens rechignent à lire même les tracts, de plus en plus légers distribués sur les marchés ou reçus dans les boîtes aux lettres, BVA croit bon de faire un sondage trois jour après sa revue médiatique d’un programme, dont on ne sait pas quel sera le guide, pour une élection qui aura lieu dans 12 mois ! Mais de qui se moque-t-on ? Veut-on déjà nous écrire la présidentielle à venir ? En 2002, on nous avait vendu un Jospin/Chirac qui fut massacré par une abstention critique, une dispersion des candidatures (17 candidats !) et un Premier Ministre d’alors qui a fait une bien drôle de campagne pour un futur président (ouvrir une campagne socialiste en prétendant qu’elle portera mal son nom… à Lille qui plus est, boutades en séries jusqu’au délit de vieille gueule, et j’en passe). En 2007, le Royal/Sarkozy avait été quelque peu secoué par un François Bayrou désireux de montrer que Mougeotte et Le Lay, grands commandeurs de TF1 et voyants extralucides voulant imposer leur marc de café, avaient tort de croire que le seul choix acceptable pour notre République se situait dans l’alternative unique UMP/PS. Veut-on à nouveau nous imposer un canevas, tout prêt, avec un ennemi annoncé, en la personne de Marine LePen pour nous boucler la trilogie du film annoncé ?

cigaleAu-delà de la réception de ce programme, si tant est qu’il y ait déjà eu réception, encore une fois, que penser de cette opération médiatique du PS ? Comment peut-on imaginer un seul instant que le futur candidat du PS, va s’adapter sans changer une ligne à cette feuille de route sauf à faire croire que la primaire socialiste n’a que faire des valeurs et pourrait se résumer à un simple casting ? A ce jeu-là, Ségolène la sémillante l’emporte devant Martine, et Hollande le Dukanisé explose DSK… En sortant son programme, le PS vient de dévoiler une réalité bien triste pour notre démocratie : le choix du candidat n’est qu’une affaire de nom, d’image que dis-je de sondage puisque le fond est lui statué 12 mois avant… Le reste ne serait que cosmétique…

La bataille est lancée : au-delà des couleurs partisanes, des valeurs que défendent chacun, et des personnalités qui s’opposeront , les futurs candidats devront en outre ferrailler à la présidentielle qu’on veut imposer aux Français. Dans ces conditions, la loi électorale française sent le moisi. La Présidentielle commence douze mois avant ? Comptons dès à présent le temps de parole… ou plutôt le temps de « couverture » médiatique accordé à chacun. Car à ce rythme, les fourmis risquent d’être dépourvues quand la bise sera venue… Les cigales, fort fardées, n’auront plus qu’à adouber les voix qui auront fait leur destinée…

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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