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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 17:38

000003La classe politique est impitoyable. Ceux qui tutoient les sommets pour exercer le pouvoir sont épiés dans leurs moindres gestes, leur moindre silence, pour être pris à la gorge, puisque notre pays a choisi le combat frontal et stérile du bipartisme. Ceux qui prennent du recul, le temps de la réflexion, à l’inverse, traversent le désert et n’existent plus aux yeux de ce monde-là.

 Mais dès qu’ils reviennent, et que leur voix se fait entendre, voire se fait reprendre, en bref, dès q u’ils recommencent à compter, on leur saute à la gorge avec une frénésie qui dissimule mal la peur du danger…

François Bayrou a l’habitude de ces figures imposées. Et pour cause. Son entrée en politique ne date pas d’hier : il est devenu conseiller général à l’âge de 30 ans… il y a presque 30 ans justement… Aussi, des coups il en a pris. Des adversaires il en a connu. Et des polémiques il en a surmonté.

Mais depuis qu’il a décidé de son indépendance, il est un leitmotiv qui s’invite au débat politique qu’il entend porter. Comme une sorte de toc que ses adversaires prennent un malin plaisir à voir se manifester. Dès que François Bayrou occupe l’espace médiatique, dès que son discours séduit l’oreille, dès que son verbe chatoie une langue devenue universellement de bois, il voit ressurgir la réécriture de son passé, la sur-interprétation de ses positions, la mise en légende de son personnage. Et comme il fait peur, on efface l’impression du héros en quête de vérité pour le grimer grossièrement en ogre opportuniste. La fable est alors sommée d’endormir tout le monde.

 

000002En 2007, pointé à 24% dans les sondages, à quelques dixièmes de Ségolène Royal, il avait subi un acharnement méthodique rappelant qu’il avait toujours été à droite

En 2008, Nicolas Domenach rappelait comment le Président était irrité par le Béarnais, et quelle énergie il déployait pour écraser ce moucheron qui lui empoisonnait la vie

En 2009, alors qu’il perce à 14% d'intentions de vote lors des européennes, et que son livre Abus de pouvoirdevient un vrai phénomène de librairie, et une référence qui ne laisse planer plus aucun soupçon sur son rôle d’opposant à Nicolas Sarkozy, on l’attaque au bas de la ceinture sur ses croyances

Aujourd’hui, en plein mois d’août, il sort un livre à valeur présidentielle. Pas un programme. Mais un engagement sous la forme d’un projet d’idées, qui tente de dire la vérité et d’apporter quelques directions qu’il estime capitales à la survie de notre pays. Il revient dans le jeu médiatique. Et l’on s’acharne, déjà, à réécrire sa biographie, avec raccourcis et mauvaise foi, pour tuer dans l’œuf tout emballement éventuel à l’heure où chacun peaufine encore sa peau dorée par le soleil.

Alors il faut faire preuve de pédagogie. Expliquer. Rappeler les faits. Évoquer la parole des hommes. Ces mots sans lesquels les actes sont manipulables à souhait.

 

François Bayrou est-il un homme de droite ? Son parcours en lui-même ne permet nullement de procéder à un tel raccourci. Participer à un gouvernement de droite ferait donc de vous un homme de droite ? Alors Françoise Giroud était de droite. Elle qui fut ministre sous la présidence de Giscard d’Estaing, elle qui appela à voter… François Mitterrand en 1974. De la même manière, Martin Hirsch, qui fut président d’Emmaüs France, est forcément un homme de droite, lui qui participa activement à l’ouverture orchestrée par Nicolas Sarkozy.

Et puis après tout, jouons de l’absurde : François Mitterrand lui-même n’a-t-il pas participé au gouvernement des secrétaires généraux voulu par le Général de Gaulle avant l’installation du gouvernement provisoire à Paris dès 1944 ? Il est assurément un homme de droite lui aussi…

 

000001Soyons sérieux. François Bayrou n’a toujours revendiqué qu’une seule étiquette : celle du centrisme.Qu’elle ait été baptisée CDS, FD, UDF ou bien encore MoDem.

Inutile de se mentir. Pendant plusieurs décennies, le centre claudiquait en ne marchant que d’une seule patte : celle de droite. Et certains en sont apparemment nostalgiques

Pour autant, il faudrait tout de même rafraîchir la mémoire de ceux qui l’ont un peu trop sélective. Dès 2002, François Bayrou marque sa rupture avec l’ère Chirac. La raison de son ire : la création d’un parti unique, l’UMP, qui visait à absorber en son sein toute les sensibilités, pour les broyer, les centrifuger, en un smoothiecensé tout emporter sur son passage.

Dès 2004, les députés UDF quittent le groupe parlementaire de droite, le PPE, à Bruxelles. Alors que son opposition au gouvernement de Dominique de Villepin se fait de plus en plus pressant, François Bayrou concrétise l’indépendance de l’UDF, lors du congrès extraordinaire de Lyon, qui fit alors de l’UDF un "parti libre", quand Gilles de Robien en appelait à revenir à une alliance à droite. Et, cerise sur le gâteau, le 16 mai 2006, François Bayrou vote la motion de censure déposée par le groupe PS à l’Assemblée nationale à l’encontre du gouvernement de Villepin. Une première pour un député centriste.

 

Pourtant, de ces années de rupture, qui montrent et démontrent le changement de cap opéré par François Bayrou, ses opposants ne veulent rien en dire ou presque. Pire, ceux qui lui concèdent le mettent sur le compte de l’opportunisme. Mais qu’avait-il à gagner personnellement de cet isolement qui lui valut d’être abandonné par ses cadres ? On ne cesse de l’entendre comme si cela montrait son erreur, quand cela montre surtout le cynisme ambiant. Point de maroquin possible dans cette stratégie.

Alors, ceux qui glosent à n’en plus finir sur l’opportunisme en sont pour leurs frais : leur argument n’aura de force que s’il est répété à l’envi, en priant Coué par tous les Saints.   

 

001Leur reste alors de savonner la planche que le Béarnais s’est employé à découper contre vents et marées. Rappeler que la réforme de la loi Falloux lui valut un million de manifestants dans la rue. Certes. Mais occulter de dire que la réforme voulue par François Bayrou ne concernait que les bâtisses vétustes, et que depuis il a assumé ce qu’il considère être un quiproquo, en prenant sa part de responsabilité. Une rareté pourtant, ce mea culpa, chez les politiques.

 

Ses détracteurs répètent aussi qu’il "fait en effet partie de ceux qui ont toujours soutenu la construction de l'U.E. libérale"sous le prétexte qu’il a voté pour Maastricht et le traité de Lisbonne.Mais dans ce cas, combien d’hommes politiques français ont œuvré à cette construction "libérale" ? Étonnant comme les temps ont changé : jadis, on se cachait de ne pas avoir voté contre l’Europe en 1992. Aujourd’hui, on fait la chasse aux sorcières pour débusquer ceux qui ont toujours gardé le cap sur la question…

 

Les détracteurs de l’Europe ont beau jeu de crier au loup : il est toujours plus facile de pratiquer la politique de la terre brûlée en prenant l’Europe comme bouc-émissaire, plutôt que travailler pour corriger les défauts de celle qui, jusqu’à preuve du contraire, nous protège plus qu’elle nous asphyxie.

 

Bay5Dire que François Bayrou n’est pas légitime quand il parle de la dette, parce qu’il a participé au gouvernement Balladur en rappelant que pendant cette période (1993-1995) "le déficit a toujours été supérieur à 3% et la dette est passée de 46 à 55,5% du P.I.B". Et oubliant bien évidemment que le Béarnais n’y a pas été en qualité de ministre des Finances et/ou de l’Économie mais en qualité de ministre de l’Éducation, à une époque où la France traversait déjà, on l’a oublié, une des plus grandes crises économiques qu’elle ait eu à gérer en trente ans. Et puis c’est bien connu : on n’a rien à apprendre du passé, y compris éventuellement de ses erreurs, puisqu’on vous ressert des pages jaunies par le temps pour discréditer vos idées pour le futur.

Enfin et surtout, dénoncer l'alliance du MoDem avec le PS à Lille lors des municipales de 2008, quand le maire d’Arras fait la démarche inverse pour les sénatoriales à venir. Éreintante rengaine qui est ressortie à toutes les sauces et qui a tout du syllogisme. Tu fais alliance à gauche à Lille, tu fais alliance à droite ailleurs, alors tu es une girouette.

 

 Dans ce monde manichéen du bipartisme, qui s’arroge toute la puissance du pouvoir du jeu des chaises musicales, dans cette fête éternelle où l’on est sûr d’être servi, puisque l’on déçoit à tous les coups, et que si l’on repart bredouille au local, on récupère le glaive au national, les Français sont aveugles. Et les borgnes sont les rois.

 Mais notre système politique serait-il devenu à ce point stérile, vain et inutile qu’il est inenvisageable de considérer que l’on puisse avoir de bonnes idées, un bon programme même s’il l’on n’est pas du même bord politique ?


Bay6C’est étonnant comment ceux qui se revendiquent des valeurs républicaines, et qui savent parfois (pas toujours) s’associer pour lutter contre le FN, utilisent finalement des arguments de la même veine, pour accabler ceux qui refusent de voir perdurer la politique politicienne des batailles partisanes. Il faut choisir son camp. Coûte que coûte. Et l’on va reprocher au côté de la force obscure de mettre les Français les uns contre les autres ? Êtes-vous légitimes à faire la morale quand dans votre propre camp, celui des républicains, vous êtes incapables de reconnaître les qualités et le vrai, même quand il vous brûle la cornée ?

La plume de François Bayrou en appelle à la poésie d’Aragon pour raisonner ceux qui s’abreuvent dans l’encre noire du manichéisme, Styx du bipartisme : "Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat". Et de rappeler aux imprudents : "Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie."

Quant aux impudents qui font des caricatures, et qui à propos d’autres en déduisent le dérisoire, ils montrent à coup sûr qu’une telle fougue dans le blâme cache mal la peur qui les ronge. Décidément, François Bayrou est un homme qui fait peur… Comme l’épée de Damoclès qui menace les certitudes des bien-pensants.

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 20:29

00001La laïcité est devenue, on le sait, le nouveau cheval de bataille du Front national. En tous cas dans les discours. Car dans les faits, on le sait en auscultant au plus près les positions et autres déclarations des cadres de ce parti : c’est avant tout une croisade contre l’islam qu’il engage.

Les preuves s’accumulent. Mais il est toujours plus savoureux d’en sortir une de derrière les fagots, bien terrée.

Mercredi 17 août, Stéphane Ravier, Membre du Bureau Politique du FN, Conseiller régional de PACA, a pris la plume pour discréditer l’ancienne candidate PS à l’élection présidentielle, toujours en lice pour les primaires, Ségolène Royal, sous le titre péremptoire "Ségolène Royal, candidate à la Présidence de la République communautaire de France".

 

Mais que lui reproche-t-il au juste ?

 

"Ségolène Royal s’est d’ores et déjà discréditée auprès des fils et filles de la République et enfants de la Bonne Mère, après s’être rendue dans les quartiers nord de Marseille dans le but exclusif de rompre le jeûne du Ramadan avec les associations musulmanes". Et Monsieur Ravier d’en déduire : "Ségolène Royal sort du cadre politique et donc laïc qui est le sien pour se joindre à la pratique partielle mais publique de l’un des cinq piliers de l’Islam".

 

Sa condamnation tombe sans coup férir : "Ségolène Royal foule ainsi aux pieds le principe constitutionnel de laïcité en adoptant une attitude communautariste à la fois irresponsable et dangereuse !"

 

Mais en quoi le fait de se rendre auprès d’une communauté musulmane pour parler notamment des enjeux de la présidentielle et certainement de ses rapports avec la laïcité devrait-il être une entrave au principe de la laïcité sous la fallacieux prétexte que la présidente de la Région du Poitou-Charentes a décidé de profiter du moment de la rupture du jeune pour ce faire ? En quoi est-elle à ce moment-là en contradiction avec la laïcité ? Cette dernière empêche-t-elle tout lien avec le religieux ? Ou empêche-t-elle tout simplement l’influence que l’une, la sphère publique, pourrait avoir sur l’autre notamment financière ? Partager un repas fût-il la rupture du jeûne, et fussiez-vous une élue du peuple, vous amènerait-il à mélanger les genres ?

 

FN05 - ClocloL’anecdote est d’autant plus savoureuse que Stéphane Ravier ne fut pas aussi regardant le 15 août 2010 quand il encourageait tous les Français à fêter l’assomption, en titrant… "Fièrement Français" : "En cette sombre période de repentance obligatoire, de dénigrement de notre Histoire, d’encouragement au communautarisme source de racisme anti-français, de rejet de notre identité nationale, de négation de nos racines chrétiennes au profit d’un islamisme conquérant conséquence d’une immigration massive […] Stéphane Ravier […] souhaite à tous les patriotes, à tous les nationaux, à tous les catholiques, à toutes celles et ceux qui ont la France au cœur et aux tripes, un 15 août de fierté nationale !"

Et l’élu du sud de conclure : "Que cette journée, symbole de Grandeur et de Spiritualité, soit une journée de fête et de joies pour tous nos compatriotes attachés à leur culture, à leurs traditions, à leur identité, à leur fierté d’être Français !"

On le voit, la fierté d’être Français c’est donc de fêter un rite catholique. Le catholicisme est donc, selon Monsieur Ravier, la culture française, sa tradition, son identité… Et cette fois-ci, il n'est nulle question de s'offusquer qu'un élu y prenne part.

 

On le voit, le combat pour la laïcité débute là où commence l’islam.


En choisissant la laïcité comme cheval de combat, le FN se croyait bien armé. Las, en guise de destrier, il n’a enfourché qu’un cheval de Troie…

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 15:53

  En intégralité l’article paru le 17 août dans une version customisée sur Le Plus Nouvel Obs pour respecter la charte éditoriale. Découvrez ici sa version non coupée avec davantage d'extraits tirés du nouveau livre de François Bayrou, sorti ce jour 2012, Etat d’urgence.

 

Bay5On le disait discret. Absent. Dans le désert. Bien évidemment, l’actualité l’invitait à revenir de temps en temps sur les plateaux ou dans les colonnes de journaux. Mais François Bayrou, pour dire la vérité, a pris le temps de la réflexion. Son dernier livre, Abus de pouvoir remontait à Mai 2009. Dénonçant la politique menée par Nicolas Sarkozy, et plus généralement égrainant les raisons pour lesquelles les valeurs défendues par le locataire de l’Elysée n’étaient pas celles du Président du MoDem, ce livre qui fut un véritable succès de librairie, connut aussi la rançon de sa gloire. Sorti en pleine campagne européenne, il alimenta la critique des adversaires politiques qui accusèrent François Bayrou, qui n’était pourtant pas candidat, à faire campagne contre Sarkozy quand il se devait de la faire pour l’Europe. Daniel Cohn Bendit en tête, lui qui, avec d’autres, firent fi d’un programme et des idées déclinés chaque soir par ceux qui postulaient effectivement à siéger à Strasbourg et Bruxelles. Le jeu politique est parfois cruel, surtout quand il grossit le dérisoire et occulte l’essentiel. Ce fut, ce soir du 9 juin, le véritable début de la traversée du désert qu’on lui prédisait tant depuis 2007.

 

Pourtant, alors que la rentrée politique se prépare en coulisse, François Bayrou a décidé de revenir dans l’arène. Tout l’été. Sans discontinuer.

Rappelant qu’il fut le premier à s’inquiéter de la candidature de Christine Lagarde au FMI, quand l’UMP tout entier et une bonne partie du PS, de concert, vantaient les mérites de celle qui sera, et c’était prévisible, éclaboussée dans les énièmes rebondissements du tribunal « arbitraire » de l’Affaire Tapie.

Qu’il fut aussi en première ligne quand cette décision fut prise à la hâte, au détriment des principes d’égalité que garantit la Justice française.

Que l’euro était la seule voie possible pour résister à la Crise et que ceux qui crient au loup en voulant en sortir sont inconscients au mieux, menteurs au pire.

 

L’heure est d’importance. Pour le monde secoué par la crise, qui n’épargne personne, même les plus forts, en témoignent les Etats-Unis qui ont vu leur note dégradée et les Chinois, leurs créanciers, qui s’inquiètent de voir compromis leurs investissements. Pour l’Europe moderne, qui traverse sa première crise économique et qui se voit tester sur ses principes fondamentaux de solidarité. Pour la France aussi, puisque 2012 sera marquée par la Présidentielle, élection centrale de la Cinquième République, la seule qui offre la majorité pour gouverner un pays depuis l’inversion du calendrier et surtout la seule qui semble encore concerner tous les citoyens.

 

002C’est avec la conscience de la gravité du moment que François Bayrou, sort alors ce jeudi 18 août, 2012, Etat d’urgence. L’occasion pour lui de revenir un peu sur le passé. Et notamment sur 2007, quand on le dépeignait en Cassandre, lui qui, finalement, y voyait assez clair :

« Dans la campagne 2007, j’ai voulu mettre au centre des débats la dette et les déficits qui l’alimentent. Certains considéraient que c’était pour une élection présidentielle un bien noir message. Pourtant, sept millions de Français l’ont entendu. »


Quatre ans plus tard, Nicolas Sarkozy tente de faire adopter sa règle d’or… François Bayrou n’est donc plus seul sur la question de la dette, rejoint sur les chemins de la vérité par ceux qui se sont trompés. D’ailleurs, il n’a jamais été seul comme il tient à le préciser :

 

« On m’a dit seul. C’était faux. Mes amis, les vrais, mes compagnons d’âme et de combat, les vrais, ne m’ont jamais manqué. Mais être taxé de solitude, c’est plutôt bon signe. »

 

Il y aura toujours ceux qui rappelleront au Béarnais que bon nombre d’amis, et d’élus, l’ont délaissé au cours de ses années. Et François Bayrou ne s’en cache pas, même pour y décrire sa peine :

 

« Nombre des parlementaires qui m’accompagnaient en 2007, offusqués que je ne suive pas le nouveau pouvoir, se sont, au moins pour un temps, séparés de moi. Ce ne fut ni agréable ni réjouissant. Mais si tu n’es pas capable de tout risquer quand l’essentiel est en jeu, à quoi bon la politique ? »

 

Bay6Et s’il reconnait volontiers que s’il fut «  une seule chose difficile, c’était de ne pouvoir me faire comprendre de ceux qui avaient partagé mes combats », il ajoute, sur de son fait : « Mais à mes compagnons qui ne me suivaient pas, qui ne me comprenaient pas, je n’en ai pas voulu (…) J’ai toujours cru qu’une fois le chemin fait et les écailles tombées des yeux, nous nous retrouverions, bien contents. »

 

Mais alors, qu’est-ce qui peut bien rendre si confiant François Bayrou ? Serait-il simplement guidé par une conviction intime, comme aiment à le railler ses détracteurs ? Aurait-il changé de cap ? Ou tout simplement détiendrait-il la clef que semble chercher en vain, candidats, postulants, ou participants à la primaire ?


Rien de tout cela. A ceux qui croient encore aux promesses, aux solutions prêtes à penser, aux programmes qui ouvrent les yeux des citoyens, François Bayrou offre une leçon de réalisme et de vérité :

« Il y a deux conception de la démocratie : la démocratie de séduction (…) et la démocratie de conscience. »

 

Pour François Bayrou, la première se complait en des temps de prospérité quand la seconde s’impose d’elle-même dans l’état d’urgence. La crise actuelle n’offre donc pas d’autre choix.

 

On pourra toujours lui reprocher un manque de magie, un manque de rêve. Mais est-ce donc cela la politique, vendre du rêve ? Ou serait-ce davantage guider le peuple vers davantage de raison, surtout en ces temps où la Crise ne donnera aucune chance aux bonimenteurs et aux faiseurs de miracles ? « Nous avons choisi une ligne de conduite : nous dirons la vérité. ». Et le président du MoDem d’en invoquer Orwell : « En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire »

 

Pour autant, la bonne appréciation d’une situation ne fait pas un programme et apporte encore moins des solutions. On a souvent reproché à Bayrou d’exceller dans la dénonciation, usant et abusant de l’élégance de sa prose pour condamner avec finesse et fermeté, plume de fer dans un encrier de velours, ce qui se détachait de la raison et du bon sens, et Abus de Pouvoir pût-il en témoigner dans sa charge contre les  errances sarkozyennes. 2012, Etat d’urgence rectifie le tir. Avec précision. Et au-delà du diagnostique, offre des solutions. Plus qu’un programme, un engagement.  

 

école2 - TERA ses yeux, la gravité de la situation impose des choix draconiens en termes de priorité. Et à ceux qui multiplient les idées et les propositions en les déclinant de mille faux, à ceux qui choisissent de privilégier le dérisoire pour mieux faire oublier ses manquements, ou encore à ceux qui choisissent la stratégie éternelle du bouc émissaire, François Bayrou n’évoque que deux thèmes. Deux domaines pour remédier immédiatement à l’état d’urgence que la France traverse. A court terme, la production, à moyen terme l’éducation.

« Je suis arrivé à la conclusion que nous avons devant nous deux questions d’urgence nationale, et deux seulement. La première : produire en France. Retrouver la production dont nous avons perdu des pans entiers, pour reconquérir l’emploi et pour équilibrer nos comptes. Et le seconde : rendre à la France la meilleure éducation du monde. (…) Toute les difficultés qui nous paraissent insurmontables proviennent de ce double échec. »


Les autres questions prendront leur place, naturellement dans le débat public, mais François Bayrou tient à préciser :

« Je connais leur importance et ne les perdrai pas de vue, même si je les sais dépendants des deux questions de notre survie, la production et l’éducation ».

 

La production répond à des enjeux imminents : celui de nos finances publiques, de la balance commerciale et plus largement de la dette. Dans sa mire, l’Allemagne. Notre voisin outre rhin, était au plus bas dans les années 2000, quand la France prospérait encore des fruits d’une croissance retrouvée. L’état d’urgence fut alors décrété sous la forme de l’agenda 2010, initié par Schröder, avant que Angela Merkel ne confirme son orientation. En 2011, ironie du sort, François Bayrou rappelle que la France n’en finit plus de voir le chômage grimper quand « Ceux qui licencient en Allemagne aujourd’hui ce sont les agences pour l’emploi » !


Les propositions avancées par Bayrou s’inspirent donc de la recette allemande, dont l’industrie n’a jamais cessé de se diversifier et d’offrir un label de qualité à l’image des messages publicitaires qui vantent le sérieux à l’allemande et qui s’est fondée en grande partie sur l’assainissement des finances publiques.

Le lecteur pourra à sa guise en découvrir le  cheminement en lisant le livre, mais à ceux qui seraient avides de propositions, en ces temps de y’a qu’à et il faut, en voici un petit concentré qui délectera les palais les plus délicats : encourager la production en France en simplifiant l’administratif et en détruisant le barrage fiscal des moyennes entreprises créatrices d’emplois, créer un label comme il en existe pour le commerce équitable ou encore l’agriculture Bio pour sensibiliser le consommateur et responsabiliser des achats qui garantiront ses emplois, deux points de TVA supplémentaires, plus de flexibilité dans l’embauche, l’ajout de deux tranches imposables pour les revenus les plus élevés…


PSA ceux qui l’accuseraient de parler d’entreprise, François Bayrou les accuse de manichéisme :

« Il n’y a pas de reconquête possible du produire en France sans reconquête de la confiance entre salariés et entreprises. Chefs d’entreprise, encadrement, organisations patronales, syndicats, dans ce grand pays où l’on parle tant, paraissent incapables de s’asseoir autour d’une table, de débattre et de négocier, dès qu’il s’agit de décisions collectives. Tout y est vécu sur le mode du soupçon, de l’affrontement, du conflit. La compréhension mutuelle paraît interdite. C’est une immense faiblesse. Cela empêche des audaces sociales qui sont pourtant la clef des grandes réussites. »

 

Une position d’autant plus équilibrée que François Bayrou n’omet surtout pas de préciser :

« Je ne crois guère, chiffre à l’appui, à la diminution drastique du nombre de fonctionnaires. »

 

Mais il ne peut y avoir de sursaut sans une population correctement formée. L’Education est alors auscultée dans ses moindres détails… Là aussi, le diagnostique est inquiétant. Mais combien de livrent glosent sur cette déchéance. François Bayrou va plus loin en proposant des solutions. Qui risquent de ne pas passer inaperçu, surtout qu’il n’avance pas masqué : « On m’accusera d’être « réac ». Tant mieux. »


Rappelant que c’est « un choix de priorité que de protéger l’éducation en maintenant, sur une longue période, les moyens qui lui étaient alloués », il lance aux fossoyeurs de l’éducation nationale, qui préfèrent mettre en valeur ses faiblesses plutôt que de résorber ses faiblesses : «  dois-je rappeler, à ceux qui trouvent que l’enseignement est trop cher, quel serait le coût de l’ignorance ? »

 

école1Puis il propose quelques pistes, qui dénotent déjà avec les orientations prises tant à droite qu’à gauche : la fin de l’idéologie des perpétuels petits groupes quand la vocation de l’école est d’amener à l’autonomie des élèves, des programmes stabilisés pour la cohérence et votés par le Parlement pour en soustraire l’amphigouri jargonneux, un collège qui ne contente pas d’être unique, « inique », mais qui des recours effectifs aux décrocheurs non pour les exclure définitivement mais pour ne pas grossir encore davantage le rangs de ceux qui quittent l’école sans savoir lire, écrire et compter, la réévaluation des objectifs et non le nivellement par le bas auquel on procède pour cacher la misère de nos résultats, une Terminale en forme de propédeutique à l’Université, la détection des enseignants qui réussissent pour transmettre leurs expériences tout en garantissant la liberté pédagogique de chaque professeur qui pourra adapter sa propre méthode sans se voir imposer une idéologie par un ministre…


Reste la question qui se pose pour gouverner : avec quelle majorité Bayrou pourrait-il travailler s’il venait à être élu ? Le Président du MoDem n’élude pas cette interrogation légitime.


D’une part, il rappelle qu’en cet état d’urgence, le clivage droite/gauche est une alternative obsolète, faite pour animer les débats politiques en temps de prospérité. Dénonçant les promesses intenables déjà faites par la droite et la gauche, entre la réduction d’impôt et l’improbable appel à la croissance sans solutions des uns, et la dépense toujours accrue avec pour seule recette la Providence pour les autres, François Bayrou n’y va pas par quatre chemins : « Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie. ».


Il précise :

« Les deux camps (…) sont avec le temps devenus prisonniers de groupes de pression qui ne leur laissent pas le choix. ». avant de prédire : « Si la guerre des deux perdure, c’est la certitude de l’échec et, partant, la certitude du clash. ».

 

Pour voir chacun des deux troupes s’affronter dans l’hémicycle, avant de déclamer de manière moins mécanique dans les couloirs quand les masques de la comédie sont tombés, François Bayrou sait qu’individuellement, une bonne majorité de chacun des deux clans rejoignent sa vision et les idées qu’il propose.

 

004Et ce qui était séduisant en 2007, devient impératif pour 2012 : l’opposition pavolovienne clan à clan provoquera la perte de la France, qui ne s’en sortira qu’avec une union nationale :

« Quand on sait que des efforts devront être consentis, chacun des citoyens doit avoir la certitude que les décisions prises ne seront ni partiales ni partisanes, qu’elles ne serviront ni intérêts de groupe, de classe ou d’idéologie. Le pluralisme de la majorité garantira que les décisions seront nécessairement d’intérêt général ».

Bayrou en réfère même à Aragon pour illustrer la nécessité d’une telle union : « Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat ». Rappelant que le redressement de l’Allemagne ne put se faire qu’en faisant travailler, main dans la main, les ennemis jurés de la CDU et du SPD… « Les politiques abandonnent leur confort et leurs habitudes, leurs préventions et leur égotisme, acceptent de partager l’effort et même la possible impopularité. ».


Mais pour ce faire, il faudra bien évidemment que certains acceptent de délaisser la politique des clans, sans pour autant se renier. Un enjeu ambitieux. Mais pour François Bayrou, c’est à ce prix, et seulement à ce prix, que l’état d’urgence, qui « est précisément le temps pendant lequel on peut encore faire quelque chose » laissera sa place à des temps plus apaisés.

 

Bay01

 

On pourra toujours reprocher à François Bayrou de ne pas avoir chiffré ses propositions, et même de ne pas avoir tranché notamment concernant le financement de la CSG par la TVA comme le préconise depuis des années Jean Arthuis, mais 2012, Etat d'urgence n'est pas un programme. Pas même un acte de candidature. Juste un engagement qui laisse entrevoir un projet. La voie qu'il espère voir la France emprunter. De là à se voir en guide, il y a un pas que François Bayrou ne franchit pas encore...

 

Et n'oubliez pas l'article consacré à la partie Education du livre, commenté et analysé ICI

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 09:41

Bay6Depuis quelques années, un toc vient perturber le débat électoral, laissant s’inviter des thèmes et des slogans qui flattent les instincts primaires sans pour autant parler de l’essentiel. En 2002, il fut question d’insécurité ou du sentiment d’insécurité, quand la France d’alors quittait sans le savoir les rives prolifiques de la croissance pour aborder sans précautions les falaises les plus dangereuses de la Crise. En 2007, la campagne fut tout d’abord cosmétique avant de s’enliser dans un travailler plus pour gagner plus qui fit long feu. Et de décliner à nouveau le tout sécuritaire à grands coups de Kärcher pour siphonner les voix de la force obscure… Et depuis quelques mois, alors que se profile 2012, l’islam semble l’ennemi juré, le bouc émissaire choisi pour expliquer la récurrence de nos maux. Une dérive qui n’a pas échappé à François Bayrou, qui publie ce jeudi, 2012, Etat d’urgence :

« Je pense que les temps sont lourds, qu’ils sont des relents d’années 30. Et l’on retrouve d’ailleurs les mêmes tentations, noires. On détestait le juif, on déteste le musulman. Et encore, on n’a pas tout vu. On ciblait l’étranger, rital ou pollack, on cible un autre étranger, arabe, berbère ou africain. »

 

Pour autant, pas question de se voir les Français se voir voler les vrais débats à l’heure où le temps est compté :

« Je suis arrivé à la conclusion que nous avons devant nous deux questions d’urgence nationale, et deux seulement. La première : ‘produire en France’. Retrouver la production dont nous avons perdu des pans entiers, pour reconquérir l’emploi et pour équilibrer nos comptes. Et le seconde : rendre à la France ‘la meilleure éducation du monde’. ».

Et d’ajouter :

« Toute les difficultés qui nous paraissent insurmontables proviennent de ce double échec. »

 

Revoilà donc l’ancien Ministre de l’Education enfourcher le cheval de bataille qu’il affectionne tant : l’école. Et François Bayrou d’être l’homme qui murmurait à l’oreille des enseignants. Et il s’en rappelle à son bon souvenir :  « Le monde enseignant a pour une large part voté pour moi en 2007. »

 

Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, François Bayrou sait combien la campagne est rude et comment les adversaires s’ingénient à instrumentaliser le passé et l’Histoire, pour décrédibiliser l’avenir. Aussi, humblement, le Président du MoDem s’astreint au droit d’inventaire.

 

Bay3De ses années passées au Ministère, il ne garde pas le souvenir noir qui semble ronger ceux qui ont été, contraints ou forcés, à tenir la baraque Rue de Grenelle, bien au contraire :

« J’ai été un ministre de l’Education profondément heureux, en un ministère où on l’est rarement. Je ne crois pas exagérer en disant que le monde de l’école l’a compris ? Pas seulement le monde enseignant : l’enquête d’opinion qui étudie régulièrement la satisfaction des parents par à l’école atteignait, à l’issue des quatre années où j’ai exercé cette responsabilité, le plus haut degré de satisfaction jamais enregistré ».

 

De ces années, il n’évoque qu’une affaire. Sans doute celle qui restera malgré lui marquée dans l’opinion, et que ne cessent de brandir ses adversaires ou les Tartuffe, docteur es opportunisme :

« L’affaire Falloux m’a coûté, mais elle m’a beaucoup appris. Elle a mis de centaines de milliers de personnes dans la rue contre un texte qui ne méritait pas tant d’indignité, puisqu’il visait seulement à permettre aux collectivités locales d’aider l’enseignement privé à réparer ses bâtiments ou à en construire si besoin. Ce qui se faisait et se fait sans le dire tous les jours par diverses ruses juridiques. Disons de suite que je portais la responsabilité de cet échec. J’ai voulu batailler et remporter la bataille. J’étais jeune et gascon. La vie s’est chargée de me corriger les excès de l’un et l’autre de ses états. »

 

école1On le voit, pas de dérobade ici. François Bayrou assume son manque de pédagogie qui concourut, selon lui, à un malentendu malheureux. D’autant plus malheureux, qu’il est constamment brandi pour discréditer une laïcité pourtant largement revendiquée, assumée et même épousée :

« J’étais un fils de la laïque (…) Et je me trouvais accusé par ceux que j’aimais le plus, pas seulement par l’opinion anonyme, mais par des femmes et des hommes que j’avais connus et aimés filles et garçons, de trahir l’idéal qui m’était le plus cher. C’était un quiproquo. Et le quiproquo m’était plus blessant qu’aucune accusation fondée. »

 

Mais comme il le dit, « par chance, le quiproquo a pu être levé ». Et le monde enseignant ne lui en a pas tenu rigueur. François Bayrou en explique les raisons :

« Je n’ai jamais cessé de le défendre, dans sa réputation et dans ses valeurs. Trois de mes enfants ont choisi à leur tout de faire leur métier de cette vocation ».

 

2012 Etat d’urgence n’est de ce point de vue là pas en reste. Non content de replacer l’éducation au centre des débats, il entonne un refrain, que les politiques et les médias, ont depuis longtemps, trop longtemps, cessé d’ânonner au profit d’une oraison funèbre qui cloue les professeurs au piloris des incapables, des profiteurs ou pire des privilégiés :

« Jamais depuis cent ans au moins l’école –ceux qui la font, ceux qui y sont- ne s’est sentie à ce point incomprise et rejetée. Méprisée. Prise pour cible. Vilipendée. (…) Les enseignants ont encaissé offense sur offense, traités de fainéants, d’absentéistes, d’incompétents, par tout ce que l’univers politique et médiatique compte de juges et de procureurs à la petite semaine. »

La sortie spectaculaire sur la question de Ségolène Royal lors de la campagne 2007 illustre parfaitement le propos, et montre que même à gauche, la rupture est entamée.

 

Mais les raisons qui ont poussé certains à se voir crédibiliser dans ce type de diatribe ne tient pas qu’à l’aveuglement et à la mauvaise foi. Il est aussi indéniablement une des conséquences collatérales de la faillite de l’école tout entière. Une école qui ne parvient plus à atteindre ses objectifs, une école qui laisse 20% de ses élèves entrer en sixième sans maîtriser les fondamentaux, et une école qui échoue à les faire progresser puisque les mêmes proportions quittent le système scolaire sans diplôme et sans formation.

Pire, l’école n’est plus hermétique aux différences sociales qui fracturent notre société : « Bourdieu jadis n’avait pas tort. Désormais, il a terriblement raison. Dans une école au rabais, seuls les héritiers tireront leur épingle du jeu ».

 

Bay1« Chansons » reprendront en hommage à Madame Jourdain, ceux qui ont mille fois entendu ces discours de compassion tout en voyant voir s’appliquer des pansements sur des plaies béantes, et le docteur devant administrer le traitement de devenir l’unique responsable de tous les maux. A droite, on connait la chanson. Mais en est-il différemment à gauche quand on prétend vouloir remettre les postes des enseignants qui ont été supprimés sous la droite, sans changer la ligne pédagogique et pire, en envisageant même un allongement de la durée de travail des enseignantset en remettant aux principaux et autres proviseurs la liberté pédagogique que l’on volera aux professeurs ?

 

Pour François Bayrou, il est temps de prendre les problèmes les uns après les autres. Avec vérité. En replaçant l’enseignant au centre de la transmission des savoirs.

 

Aussi quand droite et gauche évoquent à l’unisson la remise en question des 18 heures de cours, François Bayrou s’offusque :

« Demain c’est leur temps de travail qui sera attaqué, à la suite, « naturellement », d’une « large concertation ». Dont on connait le résultat à l’avance puisqu’il a été décidé à l’avance (…). Personne pour expliquer qu’une heure de cours, ce sont des heures de préparation, de corrections, de lectures, de butinage intellectuel, pour essayer tous les jours un peu mieux, de comprendre ce qu’on enseigne, et de mieux l’enseigner. C’est comme si on disait que les journalistes, à dater de l’année prochaine, devront être plus présents en permanence au journal, ou les députés en permanence à l’Assemblée, ou les comédiens 35 heures sur la scène. Où trouveraient-ils, auprès de qui, la matière de leurs articles, la substance de leurs discours, l’émotion de leur jeu ? »

Et le Président du MoDem d’expliquer :

« Il est des métiers pour qui le travail, c’est la présence effective. Et d’autres pour qui la présence au poste de travail n’est que l’accomplissement de toute une préparation extérieure. »

 

article examenQuand la droite et la gauche s’accrochent sur la question des postes, François Bayrou tempère : « La question des moyens n’est pas pour moi la question principale. Cependant c’est une question qui compte ». Et le Béarnais de replacer la véritable économie faite par le Gouvernement Sarkozy sur le dos des enseignants à son niveau le plus juste : le presque néant : « Les coupes sévères qui ont été faites dans les emplois publics n’auront au bout du compte permis que de bien faibles économies(…) 0, 5 milliard, 0,3% du déficit ! »

 

Aux plus hargneux sur cette question, certainement les plus aveugles, il enfonce même le clou : « Et dois-je rappeler, à ceux qui trouvent que l’enseignement est trop cher, quel serait le coût de l’ignorance ? »

 

Non, définitivement non, la question des moyens n’est pas la priorité.Raison de plus pour ne pas continuer ce déchiquetage, d’autant que l’on est sur le point de ronger l’os. Pas question non plus de promettre les créations d’emplois par milliers comme semble le faire la gauche, sans donner d’autres moyens pour rétablir nos Finances publiques que de s’en remettre à la Providence. On se souvient qu’en 2008, Ségolène Royal, elle-même, avait porté un regard sévère sur ses propres promesses qu’elle estimait irréalisables au bout du compte…

 

Pour François Bayrou, la priorité est donc de réhabiliter le professeur de lui rendre le respect qui lui est dû. Et nul besoin pour cela des artifices dont on veut nous vanter les mérites depuis des années, et qui participent encore et plus à la dangerosité de la situation :

« Tout enseignant doit être respecté dans sa classe. Et ce qui doit le protéger , ce n’est ni un deuxième enseignant, ni un surveillant, ni un policier, mais l’Education nationale tout entière et le prestige rendu à sa mission. »

Comme il l’écrivait il y a vingt ans, déjà, dans son premier ouvrage La Décennie des mal-appris : « Marre qu’il faille être à la fois Tarzan et Socrate pour faire cours dans l’école française ». « Je n’ai pas changé d’avis. » conclut-il…

 

Bay4Au-delà de ce principe fondamental, la pédagogie rentre en jeu. Comme souvent, à ce petit jeu, chacun a ses idées, ses aspirations et veut laisser sa trace. Les pédagogistes de Mérieu etles Républicains de Brighelli tentent d’intercéder pour vaincre dans cette bataille des idéologies. Une réforme contredit l’autre. A en perdre son latin. Hors de question de reproduire cette hérésie qui compte pour beaucoup dans la déficience de nos résultats, y compris sur des sujets aussi cruciaux que les méthodes de lecture, qui ont animé de manière pavlovienne les débats ces dernières années :

« Comme tout le monde, j’ai mes idées sur les bonnes, moins bonnes, et très mauvaises méthodes d’apprentissage de la lecture. Ou du calcul. Mais c’est condamner à mort une méthode que de prétendre l’imposer par une décision du sommet. J’avais dit cela à Gilles de Robien lorsqu’il décida d’imposer par un ordre ministériel le retour généralisé à la méthode syllabique. (…) Mais surtout accepter qu’un ministre s’autorise à imposer une méthode, c’est accepter qu’un autre ministre prenne deux ans après la décision contraire, et, par exemple, impose de sa propre autorité ma méthode globale. »

 

Pour le reste, François Bayrou propose certaines mesures qui risquent de faire grincer des dents. Il n’en a cure : « On m’accusera d’être ‘réac’. Tant mieux. »

 

Rappelant qu’il existe « un objectif précis : la transmission des fondamentaux »,  il « affirme donc que tous les moyens intellectuels de l’école doivent être dirigés vers ce but simplissime : garantir la lecture, l’écriture et le calcul mental à 100% des élèves au moment de l’entrée en sixième. »

 

Concernant la formation et l’évaluation  des professeurs, discréditée à l’époque de l’IUFM, et en réaction vile et stérile anéantie par la droite, François Bayrou propose : « l’étude systématique du travail accompli par les enseignants qui obtiennent les meilleurs résultats avec le même type d’élèves. Et le partage de leur démarche pédagogique. » L’évaluation des professeurs, que veulent imposer certains au nom de la méritocratie, « ne doit pas être autre chose que la méthode pour repérer les pépites dans la mine d’or. »

 

Concernant les décrocheurs, perturbateurs, que le collège unique, inique, a laissé prospérer sans y remédier dans les classes, il propose « un recours effectif » : «  Il faut que la sanction ouvre la voie à d’autres pédagogies, d’autres surveillances, d’autres prises en charge psychologiques. Non pas sous forme d’éviction définitive, mais dans le but de ramener dans la scolarité normale un élève effectivement rétabli dans un meilleurs équilibre et dans une meilleure capacité scolaire. »

 

Bay5Les programmes scolaires, quant à eux, doivent être lisibles et compréhensibles de tous et seront de ce fait « arrêtés après un débat au Parlement, qui obligera les rédacteurs à rien y écrire de jargonneux»

Le nivellement par le bas du niveau des élèves pour cacher la misère de nos résultats est terminé : « Les objectifs de l’école, du collège, du lycée, au lieu d’être perpétuellement dévalués doivent se voir réévalués. ».

Et François Bayrou ne lésine pas alors sur les moyens : « A la question : mais que faites-vous des élèves en échec à chaque niveau ? (…) une scolarité de rattrapage adaptée. On dira que cela coûte cher ? Cela coûte moins cher que 20% d’échecs sans recours. »

Concernant la pédagogie, il dénonce aussi « toute l’idéologie dominante à l’école, (…) des petits groupes, y compris même à l’université. », remettant clairement en cause les inflexions successives des ministres de l’Education depuis une décennie. « La formation à l’autonomie devant le savoir » doit être la priorité.

Enfin, parmi les mesures les plus notables, relevons la dimension propédeutique que doit revêtir la classe de Terminale afin de préparer au mieux les futurs étudiants.

 

Ajoutez à cela, l’école des parents, l’arrêt des réformes successives et leur fixation dans le temps et vous aurez le concours complet de l’homme qui murmurait à l’oreille des enseignants. Qui osera dire aujourd’hui que la campagne présidentielle qui s’annonce ne s’intéresse pas à notre école ?

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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 09:06

203Sept ans après le mariage de Bègles, une nouvelle tentative voit le jour. C’est en effet à Cabestany, une petite commune de plus de 8000 habitants du Languedoc Roussillon que sera organisé en novembre ce qui sera alors le deuxième mariage homo en France, après l’annulation de celui que célébra Noël Mamère dans un tumulte dont tout le monde se souvient encore, le maire écopant même d’une suspension pour avoir enfreint la loi. Jean Vila, maire communiste de Cabestany assure qu’il a retenu la leçon de l’affaire de Bègles : « Ce mariage ne sera pas annulé et le maire ne sera pas suspendu. Je prends toutes mes précautions pour que d'autres maires puissent célébrer ces unions sans être embêtés ».


Le maire se garde bien la nature de ces précautions et l’Histoire nous dira si cet acte politique, expression qu’il assume parfaitement, sera vaine, médiatique ou si elle sera un second coup de boutoir pour enfoncer la porte entr’ouverte d’une loi sur le mariage homosexuel dont le rejet en juin dernier ne fit pas l’unanimité y compris au sein de la droite.

 

204La question brûlante n’est d’ailleurs plus de débattre sur la pertinence ou la nécessité d’une telle loi, d’autant que l’opinion publique semble avoir tranché en faveur d’une loi, comme elle existe déjà dans l’Espagne pourtant si catholique qui accueille à partir de cette semaine les JMJ.

EN revanche, il est toujours intéressant de décortiquer les réactions qui suivent ce type de déclarations. Evidemment, elles ne font pas légion en plein cœur du mois d’août. Mais il il y en une qui ne s’est pas fait attendre. Et pour cause : l’homme est de la région, sa compagne vient d’interrompre ses vacances auprès de lui pour rejoindre Paris et souffler sur les braise de la Crise, et surtout son Parti a tantôt eu un discours d’opprobre avant de le rendre plus cosmétique sur le dos des Musulmans envers la question homosexuelle : je parle bien évidemment de Louis Aliot du Front National.


Ecoutons le Perpignanais, par ailleurs conseiller régional frontiste et vice-président de son parti, qui s’oppose bien évidemment au projet lancé par le maire communiste de Cabestany : « Le Front National 66 condamne l’initiative publicitaire du maire communiste de Cabestany qui, à des fins de publicité personnelle et politique, s’apprête à violer la loi républicaine en procédant à un mariage gay. Le FN rappelle son attachement aux fondements du mariage qui doit rester l’union entre un homme et une femme. Il devient de plus en plus évident que derrière cette revendication communautariste pointe le débat sur l’adoption d’enfants. Enfin, le FN dénonce cette violation de la loi par un élu de la République et demande aux autorités de prendre leurs responsabilités ».


202La rhétorique est bien connue : l’instrumentalisation publicitaire est dénoncée et il est question de « violer la loi républicaine », et de « violation de cette loi ». Marianne est souillée, on l’aura bien compris.

 Par ailleurs, onnotera l’obsession du FN, quant à la question du mariage homosexuel qui ne veut y voir qu’un sous-marin à l’adoption : « Il devient de plus en plus évident que derrière cette revendication communautariste pointe le débat sur l’adoption d’enfants. « . EN quoi cela est-il évident ? A quel moment Jean Vila, qui n’est même pas nommé, tout juste brocardé du titre « maire communiste », comme si cela suffisait à le discréditer, a-t-il ne serait-ce que suggéré l’adoption dans ce projet de mariage ?


Mais le plus important dans cette déclaration reste cette expression maintes fois utilisée par les opposants de tous poils à tout ce qui touche de près ou de loin à la question homosexuelle, du PACS, à la loi sur le mariage : « revendication communautariste ».

Pour tous les opposants à une loi, la revendication du mariage gay relèverait du communautarisme. Le mot est d’autant plus efficace qu’il ne bénéficie d’aucune entrée dans le dictionnaire. Il est pourtant très en vogue pour dénoncer tout ce qui bouge, qu’il soit homo ou musulman.


Mais qu’est-ce donc le communautarisme ? Pierre-André Taguieff directeur de recherche au CNRS, Paris-CEVIPOF avait publié une tribunedans Le Figaro du 17 juillet 2003 pour tenter une définition :
Tout d’abord, le philosophe explique que le communautarisme implique un repli sur soi, sur sa « communauté » : « Le terme ‘communautarisme’ [désigne], avec une intention critique, toute forme d'ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi, dans un contexte culturel dit «postmoderne» où l'«ouverture», et plus particulièrement l'«ouverture à l'autre», est fortement valorisée. »


201Puis il décrit ce en quoi consiste le projet communautariste : « Par ailleurs, le «communautarisme» est défini par ses critiques comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d'un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe (telle «communauté»), bref à contrôler les opinions et les comportements de tous ceux qui appartiennent en principe à ladite ‘communauté’. »
Résumons, le communautarisme implique un repli sur soi, qui fait qu’un groupe veuille se singulariser de l’ensemble des autres. Mais n’est-ce pas exactement l’inverse qui est en jeu avec la demande des homosexuels d’être mariés ? N’aspirent-ils pas à être comme tous les autres citoyens français ? Ne revendiquent-ils pas tout simplement l’application d’un des piliers de notre devise, l’égalité, à partir du moment où l’homosexualité n’est plus un délit depuis plus de trente ans ? Exiger un statut à part de l’union homosexuelle relèverait du communautarisme. Ici, c’est tout le contraire.

Par ailleurs, le communautarisme implique une certaine standardisation, qui fait qu’un code est édicté à l’ensemble du groupe comme un signe d’appartenance. Mais depuis quand ceux qui demandent à légiférer pour le mariage homosexuel exigent-ils que TOUS LES HOMOS SE MARIENT ? laisser le choix à quelqu’un n’est certainement pas lui imposer la chose. En revanche, ne pas lui laisser le choix, c’est l’inviter à se replier et à ne s’épanouir qu’en communauté…
En d’autres termes, c’est bien le refus d’une loi en faveur du mariage homosexuels qui serait l’invitation de la Nation au communautarisme, elle qui se veut une et indivisible.
Monsieur Aliot, non content de faire parler ses obsessions au détriment de la raison, manifeste donc un contresens manifeste. Mais il est vrai que dans un parti où tout le monde doit produire le même discours, et où on se retrouve seul contre tous, il n’est pas bien sûr que l’on soit les mieux placés pour faire bataille contre le communautarisme…
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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 19:49

 

102Nouvelle polémique en cette période creuse pour l’actualité politique. En plein été, le collectif Regards citoyen a publié la semaine dernière une étude sur l’absentéisme des députés. C’est en tous cas ce que veulent bien en retenir les médias. Le collectif précise son action sur le site nosdeputés.fr qui en publie les résultats : « Regards citoyens a mené une étude à partir des données de NosDeputes.fr visant à évaluer les impacts, positifs comme négatifs, de l'application des sanctions encourues par les députés ne participant pas suffisamment aux travaux de l'Assemblée nationale, notamment aux réunions des commissions. ».

Au-delà des chiffres qui seuls semblent retenir depuis deux ans l’attention, c’est bien le système de des sanctions financières sur l'indemnité de fonction des députés manifestant des absences répétées aux réunionsde leur commission permanente le mercredi matin ou aux scrutins solennels en hémicycle qui est l’enjeu principal de cette publication. Une système adopté par les députés eux-mêmes le 27 mai 2009.


Pour autant, et ce tout comme l’année dernière, certains n’ont pas manqué d’y voir un classement répertoriant l’absentéisme de nos élus. Le Président de l’Assemblée Nationale s’est déclaré profondément choqué par l’étude du collectif, estimant que « la volonté de transparence ne peut tout justifier ». « Il est particulièrement choquant, estime Bernard Accoyer, que les auteurs de cette étude s'arrogent le droit de 'retracer' les agendas parlementaires ou de vérifier la teneur des excuses présentées par les députés pour justifier de leurs absences »…


Patrick Balkany, qui n’en est plus à une polémique près et qui est arrivé en tête des chiffres publiés cette année (avec notamment une absence totale les mercredis de commission) s’en est offusqué dans les colonnes de l’Express, dénonçant l’ « enfantillage » d’une telle initiative : « Pointer la présence ou non des députés, comme celle des enfants à la maternelle, à une Commission qui n'est qu'un aspect du travail parlementaire, relève de l'enfantillage ».

 

 103A l’inverse, Manuel Valls en a profité pour marquer des points en vue de la primaireen taclant son concurrent direct aux places d’honneur Arnaud Montebourg sur son compte Twitter: « Je ne donne pas de leçons mais je suis présent à l'AN je viens de présider une mission sur la nationalité et je suis moi aussi en campagne! »

 

On le voit, l’étude publiée en plein milieu d’une période dominée par la presse people qui prend tout son essor sous les rayons du soleil et par des sujets qui s’attardent davantage sur les bouchons et le prix de l’essence que sur les enjeux politiques, n’est pas tout à fait passée inaperçue.

 

On peut parfaitement comprendre la complainte de Bernard Accoyer qui explique que, comme pour tous salariés, certaines absences sont justifiées par une situation qui peut toucher à l’intime et qui relève donc de la vie privée : « Certains de ces motifs peuvent en effet être relatifs à des questions confidentielles concernant la vie privée, à commencer par leur état de santé », précise-t-il. « Le respect de la vie privée est un principe de valeur constitutionnelle et les députés y ont droit comme tous les citoyens. La volonté de transparence ne peut tout justifier. »

 

Po101urtant, Bernard Accoyer a-t-il raison d’accabler l’étude elle-même ? Lui-même esquisse aveuglément une subtilité, qui lui a sans doute échappé et qui pourtant sonne juste : « je déplore les conclusions qui sont tirées d'une compilation mécanique de données statistiques »… Les chiffres sont pourtant accompagnés de larges commentaires comme on peut le vérifier. Et seuls les médias n’en extraient que la donnée statistique. Alors serait-ce l’étude qui mérite d’être montrée du doigt ou l’exploitation mal avisée qui en serait faite ?

D’ailleurs, assez courroucé de voir ses intentions ainsi détournées, le collectif a tenu a rajouté un paragraphe à son étude : « Regards Citoyens tient à rappeler que cette étude ne constitue pas un ‘classement des absentéistes de l'Assemblée nationale’. Notre collectif cherche simplement à réaliser le travail de transparence démocratique qui devrait normalement incomber à l'Assemblée nationale. ». Et les auteurs d’ajouter : « La liste des députés sanctionnables (sic) pour absences le mercredi matin en commission est fournie en annexe de ce rapport pour accréditer les propos développés ». En d’autres termes, la fameuse liste n’est là que pour étayer les éléments de l’étude et non comme pièce principale visant à condamner qui que ce soit.


On peut tout de même se demander pourquoi les députés sont aussi susceptibles quant à la transparence qu’ils ont eux-mêmes adopter. Il semble parfaitement justifié, dans une démocratie, que les élus répondent de leur temps consacré à un mandat pour lequel ils sont rétribués confortablement (ne polémiquons pas là-dessus : les députés italiens sont bien mieux lotis que les Français).

 

Mais il serait démagogique d’en déduire qu’un député assidu fait davantage son travail que celui qui est absent. Les prises d’antenne sur la LCP et sur France 3 montrent que l’assiduité ne ri me par forcément avec efficacité…

 

104De la même manière, un Député est élu par une circonscription, et son rôle est aussi d’être au plus proche de ses concitoyens pour mieux les représenter au sein de l’assemblée parisienne.

Pour autant, à raison de deux jours obligatoires de présence dans l’hémicycle, on peut estimer que le député a le temps de retourner dans sa circonscription. Surtout quand il bénéficie de la gratuité du train, et même en première classe

Mais le vrai problème ne serait-il pas en réalité le cumul des mandats ?Combien sont-ils ainsi députés maire ? Combien continuent-ils d’être actifs dans un cabinet d’avocat par exemple pour évoquer une profession assez prisée au Palais Bourbon ?

 

La vraie révolution n’est pas de créer un système d’amendes, qui n’est que trop rarement appliqué et qui fait polémique dès lors que l’on demande son application. La vraie révolution serait de demander à un député de ne s’occuper que de sa tâche de député pendant sa législature.

 

Un bon député n’est pas celui qui est plus assidu mais bien celui qui n’occupe que la fonction de député quand il vient d’être élu.

 

Et de vaines promesses, comme elles ont été prononcées ou même votées au sein des partis ne suffiront plus. Seuls une inscription dans la loi pourra apporter la clarté et la transparence que le citoyen d’une démocratie en bon état de marche est en droit d’attendre.

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15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 09:40

Huit mois après avoir fait du gringue à Cuisine TV Morin2pour ses vœux, Hervé Morin distribue des préservatifs sur les plages de France pour défendre l’idée : "L’Euro te protège." Fallait y penser.

Le président du Nouveau Centre enfile les sorties médiatiques comme des perles afin de redorer son blason, lui qui bénéficie d’ une notoriété assez terne pour un ancien Ministre qui aura tenu plus de trois ans son portefeuille. Pour quelqu’un qui se dit éventuellement prêt à relever le défi de la présidentielle, l’élection d’un homme par excellence, la tâche parait même ardue puisque, à l’exception d’une pointe à 33% d’opinion favorable en 2009 et 2010, Hervé Morin stagne aux alentours de 25 %. Pire le nombre de personnes qui ne se prononcent pas l’emporte largement, autour de 60% en 2007 et encore à 38% aujourd’hui. Une conclusion s’impose : Hervé Morin laisse les Français indifférents.


Pourtant, il serait bon de se pencher quelque peu sur la personnalité d’Hervé Morin. Surtout s'il venait à se mêler aux débats de la prochaine présidentielle, faute d'avoir pu négocier davantage. Inutile pour cela de remonter très loin dans la biographie du bonhomme. Le dernier lustre suffit à nous éclairer.

 

Morin3Fidèle disciple de François Bayrou lors de la Présidentielle de 2007, le député-maire d'Epaignes n’avait pas d'homélies assez rudes pour condamner la conduite de Nicolas Sarkozy, en rappelant notamment que les atteintes aux personnes avaient augmenté de manière substantielle depuis 2002, alors que l'ancien Maire de Neuilly officiait Place Beauvau, qualifiant le futur "Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale" de "gadget électoral", soulignant que le favori "était incapable de se rendre en banlieue alors qu’il avait prêché au Ministère de l’Intérieur pendant cinq ans." Sans oublier de marteler : "Le seul vote utile pour ceux qui n’ont pas envie de Nicolas Sarkozy, c’est Bayrou". La messe était dite.


Certains s'amusaient à dire qu'il était de loin le plus bigot et le plus fougueux pour accabler Nicolas Sarkozy de tous les maux. Il en sera légitimement récompensé pour justifier l'ouverture du nouveau locataire de l'Elysée avec un maroquin de trois longues années à la Défense. Le baptême fut vite expédié aux côtés des autres convertis de Kouchner à Besson. Miracle. Hervé Morin, comme par enchantement, avait retrouvé sa boussole. Lui qui affola les girouettes en ne reconnaissant plus, durant les quelques mois de campagne, la gauche de sa droite, à le croire.

   

 

 

 

Morin5La légende du Tartuffe venait de naître. Restait à bâtir sa paroisse. Il accusa François Bayrou d'apostasie, et bâtit son temple dès la rentrée 2007. Il reprit à son compte les textes sacrés et charma l'ensemble des disciples de celui qu'il avait quitté. Peu importe que les assemblées, composées seulement d'élus et de si peu d'adhérents, pussent se tenir dans une cabine téléphonique.

 

Tartuffe fut adoubé Seigneur des lieux. Mais afin de ne pas être taxé de secte, le Nouveau Centre dut participer aux législatives. Et comment procéder, quand on est pleinement inféodé au parti de la majorité présidentielle ? Facile. Il suffit tout simplement de jurer fidélité au saint des Saints et de négocier quelques circonscriptions afin de pouvoir bénéficier du financement public en réunissant 1% des voix dans un minimum de 50 circonscriptions. Restait à trouver des ouailles pour les ordonner dans ces fameuses chapelles qui attendaient preneur.

 

 

 

 

Esquisser un bout de paradis, et voyez comme l'église se remplit. Tartuffe s'en tira à bon compte. Pendant trois années, bon an, mal an, Tartuffe prospéra sans faire de bruit. Il faut dire qu'il ne rédigeait pas la messe. Il la lisait seulement. Psalmodie à la gloire de l'Unique. Avec ce qu'il faut d'ombre et de discrétion sur une dé-classification partielle des documents relatifs à l'affaire Karatchi et ses juteuses contributions au financement probable de la Présidentielle de 1995. Secret d'alcôve.


Mais, fin 2010, Sarkozy mit fin à son Vatican II. Fi de l'ouverture. Retour au dogme pur et dur. Exit les petites paroisses témoin. Place aux cathédrales en pierres dures. Notre Tartuffe, bien mal loti, revêtit alors son costume de lumière, qu'il affectionne tant. Changement de veste. Il tire à boulets rouges et blasphème à tout va :

 

 

 

Retour à la case départ. L'excommunié repart en croisade. Il croise évidemment quelques amis. Mais ces félons veulent toujours être Judas quand lui se réserve la place du Christ. Alors il souhaite rompre le pain seul...

Ainsi vous fut brossé le portrait de Tartuffe, le faux centriste. Faux centriste car, pour lui, il n'y a point de tergiversation :le chemin de la vérité est à droite selon Hervé Morin. L'ère des schismes n'est qu'illusoire. A quelques mois de l'élection présidentielle, le chemin de croix est connu. Partout, on annonce la guerre des Centres. Avec l'envie pour tous d'être le seul à tenir le bâton du pèlerin...

C'est vrai que Tartuffe et Saint Borloo ont tous deux rompu avec Saint Nicolas. Mais le premier a montré sa divine capacité à prêcher pour toutes les paroisses, quitte à faire participer la famille et les chauffeurs, le second peine à faire croire que son pèlerinage aura bien lieu.

 

Le premier martèle que le centre est à droite, fidèle à son girouette interne, Borloo a depuis longtemps fait ce choix, lui qui faillit devenir Premier ministre il y a peu... Pourtant, le centre c'est bien la voie du milieu, non ?

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 10:46

MarianiOn aurait tort de croire que la Droite populaire ne s’occupe que du terrain sécuritaire et de l'immigration. L’un de ses piliers inscrit dans sa charte est le social. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy avait conseillé à ses frondeurs un peu trop zélés sur le territoire déjà géré par Patrick Buisson de s’y atteler davantage.

 

Et à y regarder de plus près, on voit que les députés fondateurs du collectif y mettent une ardeur particulière, comme Georges Mothron, maire d’Argenteuil qui s’est singularisé pour avoir fait voter un arrêt antimendicité dans sa ville et pour avoir fait usage du Malodore pour repousser les SDF

Depuis ce week-end, c’est Thierry Mariani qui s’est penché au chevet du social. Normal, puisqu’il est ministre chargé des Transports. Sa proposition est clairement sociale : il désire organiser un fichier des allocataires sociaux afin de lutter contre les fraudes.

 

À l’heure où Madame Lagarde, tout juste sortie du gouvernement pour se placer sur le trône du FMI, vient de voir son avenir s’assombrir, comme il était prévisible, dans l’affaire de l’arbitrage de l’affaire Tapie pour "complicité de détournement de biens publics" et "complicité de faux", la sortie médiatique tombe à pic. Comme souvent à l’UMP.

 

Le problème, encore une fois, c’est que la démagogie, c’est un peu comme la rumeur : vous pouvez bien la démonter et démontrer le faux, il en restera toujours quelque chose dans l’opinion.

 

Mariani2Car évidemment Thierry Mariani, c’est Robin des bois. Dans la forêt de la Présidentielle, il met tout en œuvre pour sauver son Richard, un Lion affamé qui craint pour son trône. Et tous les coups sont permis, même celui qui consiste à occulter la fraude bien plus importante chez les employeurs que chez les allocataires, comme le rapport du MECSS l’avait souligné en juin dernier, relevé notamment sur Marianne.

Mais Thierry Mariani et l’UMP aussi – puisque Xavier Petit Jean Bertrand a abondé dans son sens ce lundi – savent trop bien que, sur ces sujets, la maxime de Madame Jourdain, femme du Bourgeois gentilhomme, primera toujours sur la recherche de la vérité : "Il le gratte par où il se démange." Dénoncer les salauds de pauvres qui volent sera toujours plus porteurs que de s’attaquer aux plus puissants.

 

"Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de Cour vous rendront blanc ou noir." Robin a quitté Sherwood et hante les bois de La Fontaine.

 

Mais le peuple n'y voit rien dans le crépuscule vespéral de la forêt, bien loin des clairières de la lucidité. Pour eux, Mariani reste Robin des bois, qui récupère les bourses pour les redistribuer aux braves gens.

 

Mais le Robin de la droite n’est pas celui de Sherwood. Quand le sauveur de Richard Cœur de Lion volait aux riches pour redistribuer aux pauvres, Robin de la Droite prétend que les voleurs sont les pauvres, les pestiférés, pour voler au secours de son Richard, Lion avide de garder sa couronne et prêt à marquer au fer noir tous les animaux qu’il estime touchés par la peste. Robin s’invite dans la forêt de La Fontaine :

 

À ces mots on cria haro sur les pauvrets.

Un Mariani quelque peu clerc prouva par sa harangue

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Se faire aider par autrui ! Quel crime abominable !

 

Hardi. Quelle dextérité dans la duperie !

 

Mariani3D’autant que, Mariani, à qui on ne la fait pas, avait bien anticipé la grogne de ses éternels détracteurs : équilibrons les choses en s’attaquant aussi aux fraudeurs du Haut. Les promesses n’engagent que ceux qui le croient. Le corbeau Mariani avait parfaitement retenu la leçon de Maître Renard Pasqua, l’ancêtre de ces bois…

Et un homme averti en vaut deux. Rappelons pour la vigilance de chacun la récente polémique concernant les grands groupes pétroliers. Ces derniers étaient accusés de ne pas répercuter de manière égale la baisse et la hausse des prix de l’essence en fonction des fluctuations du prix du baril. Pourtant, Eric Frère Tuck Besson crut presque Total sur parole au nom d’une étude de la DGCCRF qui portait sur quelques mois, quand celle de l'ESG Research Lab publiée le 6 juillet analysait les deux dernières décennies…

 

Deux poids deux mesures, avez-vous dit ?

 

On le sait bien, Robin est fidèle à son souverain. Il met tout en œuvre pour que son Richard retrouve son trône. Et le dos des gueux est suffisamment large pour assurer ses arrières…

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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 20:26

humour1994. Classe de terminale. Mon professeur de philosophie arrive l’air amusé, avec le rictus de celui qui sait d’avance la réaction qu’il va susciter. Nous nous asseyons et il attend patiemment le silence de la salle. Il lève la tête et lance sur un ton tout autant péremptoire que provocateur : "Les blagues les plus drôles sont racistes."


Dix-sept ans, plus tard, Gilbert Garelli, un consultant en informatique, applique ce dogme à la lettre. Il se lance dans un mail, pensant être irrésistible :

"Afin di préparer la prochaine réunion UMP di la Colle qui devrait si tenir li lundi 26 septembre, ji vous propose comme ordre di jour d’étudier le programme di PS (...). Ji tiens à vous informer que la grande mosquée di Strasbourg qui vient d’ouvrir ses portes pour li ramadan pourra accueillir 200 fidèles. Ji vous propose di préparer un voyage di pèlerinage pour li 15 août à la dite mosquée. Mesdames, prévoyez un foulard. Ji vous souhaite un bon ramadan."


Mon professeur de philo n’y voyait finalement pas si clair que cela. Même s’il n’avait jamais dit que toutes les blagues racistes étaient nécessairement drôles… 


L’affaire aurait pu en rester là, comme de millions de pourriels qui envahissent nos boîtes de réception. Seulement, Monsieur Garrelli n’est pas qu’un consultant en informatique. C’est un conseiller municipal UMP. Quelques jours plus tard, la boutade se transforme en quasi affaire d’État : le comique potache est suspendu par son parti.


Fort heureusement, nous sommes au mois d’août. On imagine pareille scène en plein milieu de la présidentielle :

- La gauche hurle au loup, montant en épingle l’affaire, pour montrer que le discours de l’UMP est de plus en plus tendancieux.

- L’UMP répond qu’elle a suspendu le conseiller et qu’elle en a tiré les conséquences.

- SOS Racisme monte au créneau et annonce qu’un recours en justice est probable.

- Ménard et Zemmour affirment que, décidément, on ne peut plus rien dire en France, le premier griffonnant sur un post-it les épreuves (intégrales cela va sans dire) de son nouvel opus Vive Garelli, le second défilant de Paris Première à iTélé en passant par RTL en dénonçant l’acharnement des affreuses associations anti-racistes, qu’il souhaitent voir privées de toute subvention.

- Jean-Marie Le Pen sous-entend qu’on ne peut pas plaisanter de la même manière sur les fidèles de Mahomet que sur les catholiques, qui doivent encaisser des caricatures bien plus terribles.

- Marine Le Pen défend la position de son père tout en estimant que cette affaire n’a aucune importance…


Esquisse d’une campagne qui s’annonce délétère et d’un monde politique qui s’enlise dans l’exacerbation, le manque de nuances et le triomphe des symboles, même quand ils ne représentent pas toujours quelque chose.


Fort heureusement donc, nous sommes au mois d’août. Et nous avons le temps de poser de véritables questions. Car cette affaire doit s’appréhender comme il se doit : sans lui donner une importance démesurée, et laissant le potache et le grossier à l’anecdotique serpent de mer qui se résume à la sempiternelle question : "Peut-on rire de tout ?" Mais en s’interrogeant tout de même sur le statut de l’élu afin de savoir s’il est un citoyen comme les autres.


Sur la question de l’humour, écoutons les justificationsde notre comique en herbe : "Dans les Guignols de l'Info, la marionnette de Ben Laden remplace aussi le ‘e’ par des ‘i’ ", rétorque-t-il en assénant : "Je ne suis pas du tout raciste."


Grimer un accent relève-t-il du racisme ? En 1987, les Nuls avaient fait pourtant un sketch hilarant, parodiant le slogan de la SNCF de l’époque : "SNCF, c’est possible", en usant du même artifice et du cliché de l’épicier arabe chez qui on trouve tout :

 



 

Racistes, les Nuls ? Évidemment non ! Mais l’ensemble de l’œuvre plaide pour le trio, alors que l’UMP peut difficilement hériter du bénéfice du doute, surtout après les blagues douteuses sur les Auvergnats, qui valurent au ministre de l’Intérieur de l’époque une condamnation par la Justice :

 

 



 

Pierre Desproges qui avait le sens de la formule avait vu juste : "On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde." On le comprend davantage à la lumière de ses sketchs, notamment celui sur les juifs qui avait tout ce qu’il faut pour être détourné de ses intentions premières… Des risques de l’ironie…

 

 

 

La grosse différence entre ces sketchs et la blague dénuée de talent de notre élu, c’est que les premiers utilisent les clichés pour mieux dénoncer le racisme. Ce dont ne peut se targuer notre informaticien. Et il n’est pas le seul. Certains, grossiers en herbe, utilisent un premier degré graveleux comme fonds de commerce, ce qui remplit les salles, mais flatte, aussi, les xénophobes de tout poil. Pas sûr que notre informaticien ait été plus lourd...

 

 

 

Finalement, la blague lancée par Gilbert Garelli avait vocation à être drôle.

L’est-elle ? Incontestablement, non !

Sa blague voulait-elle flatter un racisme caractérisé ? Sans doute pas.

Est-elle choquante ? Trop peu de talent pour en tirer pareille conclusion.

Tout juste peut-on trouver douteux l’occurrence au voile… Mais les clichés de Michel Leeb sont sans doute encore plus méprisants envers les Africains.


La seule question qui vaille ne concerne pas tant la blague elle-même, mais son auteur : ce qui est pardonnable pour un citoyen lambda est-il acceptable quand on est élu ? Un élu est-il finalement un citoyen "normal" ? La question est d’autant plus savoureuse que François Hollande, en campagne dans la primaire socialiste, a tenté de distiller cette image. Histoire de faire proximité, diront ses détracteurs.


Il faut dire que la filière est porteuse. Finie l’époque où Georges Marchais faisait de la politique sans avoir le bac en poche, venant du milieu ouvrier. Dans le système, les énarques en sont les souverains… aveugles. Et les borgnes couronnés par la vie civile tentent de s’y faire couronner rois : Delanoé, Raffarin, Bayrou, Marine Le Pen, Besancenot…

Pour autant, la situation n’est pas aussi rose que semble ne le croire François Hollande. Les boulettes deviennent le plat recherché par tous les gourmets internautes qui se chargent de sa production en masse.


Lors d’une campagne électorale, un élu me confiait il y a quelques mois : "Notre situation devient terrible. On ne peut plus rien dire de peur de la perche." La perche ? "Oui, la perche, le micro qui se situe au-dessus d’une caméra. C’est comme cela que l’on appelle le micro caché. On contrôle tout ce qu’on dit. Même quand on rit de quelque chose, on se méfie..."

Rachida Dati est une experte depuis qu’elle est ministre. Pire. Ses soirées antérieures à ses mandats font les délices des palais amoureux de graillon graveleux. Ou de la future ministre, qui joue de l'auto-dérision à grands coups de Kärcher...

 

 

 

On peut tout de même se demander si l’on ne fait pas parfois feu d'une allumette cassée. Combien de fois des blagues foireuses, des lapsus, des raccourcis nous ont amenés à dire des propos qui, sous la lumière des projecteurs, seraient taxés d’énormités ? Serait-ce alors la rançon de la gloire ?  Sans doute, estimeront certains. C’est surtout l’occasion de moudre du grain quand son opposant ne propose rien d’autre à avancer. Un cache-misère, quand on a peu d’arguments à proposer. Histoire de faire du bruit d’une flatulence incontrôlée.


Il faut tout de même être clair : à partir du moment où Gilbert Garelli décide de diffuser un mail au-delà de ses proches, tout en connaissant le contexte délétère dans lequel il s’inscrit de par son appartenance à l’UMP, qui laboure gravement sur les sentiers de l’extrême droite depuis quelques années, il n’y a guère de raison d’être surpris.


Toutefois, soyons clairvoyants : celui qui a accepté la sentence envers notre informaticien n’est autre que Lionnel Lucca, député de sa circonscription . Tout juste faudrait-t-il ne pas voir la paille d’un lourdaud, quand on occulterait la poutre de son censeur…

Publié par Yves Delahaie, sur Le Plus – Nouvel Obs le 8 août 2011

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 09:06

pisto4Décidément, les championnats du Monde d’athlétisme se suivent et se ressemblent en termes de polémique. Après la sensationnelle affaire autour du sexe de la coureuse de 800 mètres Caster Semenya en 2009 - que l'on soupçonnait d'être un homme, qui devint alors championne du Monde - l’Afrique du Sud risque à nouveau de faire parler d’elle.

 En effet, lundi dernier à Lignano, pour sa dernière course qualificative pour les Mondiaux, l’athlète amputé des deux jambes, Oscar Pistorius, a obtenu son ticket pour Daegu, en parcourant le tour de piste dans le temps impressionnant de 45’07’’, soit 18 centièmes sous les minimas A imposés par l’IAAF, la fédération internationale d’athlétisme. Ce sera la première fois qu’un athlète handicapé, ayant déjà fait carrière en handisport (il est quadruple champion olympique de sprint), participera à un championnat international pour athlètes valides…


Et quel chemin parcouru pour parvenir à cette récompense ! Oscar, né sans péronés, a été amputé à seulement onze mois. Il débute logiquement sa carrière d’athlète en handisport, mais la recherche lui permet de s’équiper de deux prothèses en carbone. Une révolution technique qui va commencer par faire du bruit, dès lors que le Sud-Africain décide de courir aux côtés de valides.

En 2008, alors que se dessinent les Jeux olympiques de Pékin, les spécialistes décident de se pencher sur son cas, pour savoir si l’athlète est favorisé par rapport aux valides, ou si la technologie en carbone lui permet seulement d’exploiter au mieux ses qualités physiques intrinsèques. Une affaire assez épineuse, et qui aboutit dans un premier temps aux conclusions de l’Université des Sports de Cologne, qui estime alors que les fines prothèses en fibre de carbone utilisées par Pistorius procurent au Sud-Africain un avantage sur les athlètes valides. L’IAAF n’a donc pas le choix et interdit donc Pistorius de participer à une compétition hors handisport.

pisto1Entre temps, le Tribunal arbitral du Sport intervient en faveur de l’athlète en mai de la même année, et l'autorise à nouveau à courir. Trop tard pour qu’il puisse se qualifier chez les valides, puisqu’il échouera à 70 centièmes des minimas requis. Il ramène tout de même trois médailles d’or de Chine, aux Jeux paralymiques, en 100, 200 et 400 mètres.

Depuis, les polémiques vont et viennent au rythme des rapports que rendent les différents spécialistes, qui se contredisent les uns après les autres. En aveugle, l’IAAF préfère laisser courir le Sud-Africain, au bénéfice du doute plutôt que de le léser le cas échéant. A vrai dire, la Fédération ne prenait pas, jusque mardi dernier en tous cas, un risque démesuré, tant les performances du Sud-Africain n’étaient pas au niveau des meilleurs athlètes.

Car avec 45’07, non seulement celui que l’on nomme "Blade Runner" ("le coureur aux lames") s’est qualifié pour ses premiers championnats du monde avec les valides, mais il signe la quinzième meilleure performance mondiale de la saison, avec un temps qui lui aurait permis d’obtenir la 5ème place aux JO, et la 4ème à Berlin aux précédents Mondiaux…


pisto2Alors évidemment, la légende que construit Oscar Pistorius est extraordinaire. A l’image de la réaction de Sebastian Cœ, ancien recordman du monde du 800 mètres, et co-organisateur des Jeux olympiques de 2012, et qui après la performance de mardi se réjouissait de la possibilité de voir l’athlète se qualifier pour Londres, qualifiant même l’événement de "fascinant".

 

Pourtant, on ne peut qu’être sceptique face à la situation. Qu’adviendra-t-il si Pistorius venait à courir encore plus vite ? Ses progrès sont déjà considérables, puisqu’il a gagné plus d’une demi-seconde sur son record personnel. Et l’on est en droit de se demander s’ils sont autant dus à ses capacités physiques qu’à la technique toujours plus performante de ses fameuses lames.

 

L’éthique du sport de haut niveau se fondant avant tout sur l’équité des conditions, la suspicion est de mise, même si elle ne doit en rien altérer l’admiration face à la détermination et la bravoure de ce personnage hors-normes, qui aurait refusé une invitation pour Pékin, même après la décision du Tribunal du Sport, souhaitant gagner son billet sur le tartan.

 

Il n’en est pas toujours de même dans les autres sports. Ainsi, au tennis, la situation est assez différente. Comme en athlétisme, les athlètes peuvent le pratiquer en handisport, quelque soit leur niveau de handicap au niveau des jambes, grâce à un fauteuil adapté. La seule différence avec le tennis traditionnel réside dans les deux rebonds auxquels les athlètes ont le droit, afin de compenser leur manque de réactivité et de vitesse.

Depuis peu, les pratiquants en fauteuil qui le souhaitent peuvent parfaitement participer aux tournois réservés aux valides avec leur chaise adaptée. Une spécificité que j’ignorais, quand j’ai pris part en décembre dernier au tournoi de Ronchin, dans la banlieue de Lille.

Avant mon match, je vois que mon adversaire, qui boîte énormément, se plaint du terrain qui nous est réservé, évoquant des bosses, et obtient que l’on déplace un match en cours, pour prendre leur place…


pisto3Cavalier, me dis-je alors…Puis,  en un instant, je compris les raisons des exigences, que je croyais démesurées, de mon adversaire, quand il se retourna pour me dire : "Au fait, on vous a dit ? Je joue en fauteuil." Devant mon air certainement interloqué, il tenta alors de me rassurer : "Mais ça ne change rien aux règles, j’ai juste le droit à deux rebonds."

Inutile de préciser que la sensation est étrange, dès les premières balles. Cela s’est très certainement vu sur mon visage, d’autant que dans la peur de commettre un impair, on reste plutôt silencieux dans ce genre de situations. Le sentiment est même mitigé, quand après une amortie, votre adversaire se rend tranquillement sur la balle, puisqu’il a jusqu’à la limite du troisième rebond pour la reprendre…

Mais il avait bien raison : cela n’a absolument rien changé. Les échanges étaient évidemment différents, surtout en termes de tactique mais sur le terrain, nous étions deux joueurs qui pratiquions la même discipline et dont la règle était : "Être le dernier à remettre la balle dans le court…" Avec la même détermination, la même volonté de gagner, les mêmes reproches après avoir raté l’immanquable.


Pour autant, la différence avec l’affaire Pistorius, c’est que le fauteuil ne présente aucun avantage par rapport aux valides, bien au contraire : la vitesse et le temps de réaction sont considérablement diminués, l’agilité des mains doit être décuplée puisqu’il faut à la fois tenir la raquette et faire tourner les roues, il faut savoir anticiper les distances, car après deux rebonds, la balle atterrit beaucoup plus loin, les balles hautes deviennent compliquées à jouer si elles ne sont pas frappées au sommet du rebond…

D’ailleurs, alors que mon adversaire du jour m’avouait faire partie des quinze premiers Français en fauteuil, il ne sera classé que 40ème cette saison chez les valides, le tout premier classement accordé après les non-classés…

 

Cette expérience montre qu’il est parfaitement possible d’effacer le handicap par le prisme du sport. Les valides peuvent parfaitement imaginer pratiquer aux côtés des athlètes handisport. Mais peut-être pas au même niveau de performance que celui qu’ils atteignent dans leur catégorie spécifique. Surtout quand sans appareillage, ils sont très loin du niveau qui leur est possible d’atteindre avec, comme c’est le cas dans les disciplines où le physique prend une importance considérable. Car il y aura toujours un doute pour savoir si l’aide technique pallie ce que les muscles normalement sollicités sont censés produire dans la pratique, ou si elle en fait davantage.


Mais entre la perspective sportive et la dimension humaine, il convient de trancher. Et il n’est pas bien sûr que la polémique ait autant d’importance que l’engouement et le formidable espoir que représentera la participation d’Oscar Pistorius aux championnats du Monde de Daegu…

Publié par Yves Delahaie, sur Le Plus – Nouvel Obs le 25 juillet 2011

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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