Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 10:07

Tous les deux ans, Linkfluence répertorie les blogs politiques qui comptent en France pour les analyser en fonction de leurs réseaux et les placer ainsi sur une carte en fonction de leur influence mais aussi de leur proximité.

La méthodologie est simple si l’on en croit lemonde.fr : « Pour représenter les blogs, Linkfluence a choisi une méthode informatique : ils ont repéré une série de sites importants et ont ensuite demandé à des "robots" d'explorer les liens entrant ou sortant de ces sites. »

Forcément, quand on tient un blog politique comme je le fais depuis plus de 3 ans et 400 articles, il est toujours tentant, voire narcissique d’y jeter un coup d’œil pour voir où l’on se trouve… En 2009, je ne devais pas être si influent que cela puisque je n’y étais pas présent. Il n’en est pas de même en 2011, puisque je suis bel et bien présent comme le démontre la cartographie suivante :

  cartographie blog2

A première vue, je vois que je suis situé plus à droite que les blogs de mes collègues. Etrange. Serait-ce dû à mes positions sur l’Education Nationale ? Peut-être. Je me vois en revanche au centre de la carte, ce qui selon le Monde.fr signifie que mon site bénéficie d’un grand nombre de liens… La belle affaire.

Qu’est-ce donc ce galimatias-là ? Me voilà donc dans la peau de Monsieur Jourdain. Je prends donc une leçon auprès de mon maître d’internet :  « Chaque point correspond à un blog ou un site. Cliquer dessus affiche son nom et ses liens entrant et sortant. La position de chaque site dépend de ses liens avec d'autres sites : plus deux sites ont de liens en communs, plus ils sont proches. »

C’est à ce moment là que je tique : « plus deux sites ont de liens en communs, plus ils sont proches. »


Selon Linkinfluence, je serai donc proche… du FRONT NATIONAL ! Encore heureux que j’aie été coloré en orange pour montrer mon appartenance idéologique originelle ! Pire, mes écrits opérant des liens pour étayer mes propos contribueraient à renforcer l'influence de l'extrême droite sur la toile !


Mais par quel raccourci honteux, et, disons-le franchement, stupide, peut-on déduire qu’en fonction des liens entrants et sortants deux sites se sentent proches l’un de l’autre, quand les fameux robots, uniquement focalisés sur le quantitatif ont omis d’analyser un détail, et non des moindres : LES MOTS ! LES IDEES ! LES THESES !

Dans mon article précédent publié sur le Nouvelobs, un internaute me faisait la remarque que l’école avait sacrifié le français pour les mathématiques… Belle illustration de ce qu’est devenue aujourd’hui l’analyse aveugle des chiffres, sans mots, sans idées, sans âme en somme !

Alors comment en est-on arrivé là ? Eh bien tout simplement depuis que je me suis mis en tête de m’attaquer au programme du Front National pour ainsi en faire la pédagogie de sa nocivité. Et comment faire une enquête sérieuse si en effet je ne prends pas mes sources sur les sites mêmes du dit parti ? Mes « liens sortants » comme ils sont appelés sont autant de matière sur laquelle j’amène le lecteur, et moi-même, à réfléchir pour montrer à quel point derrière un ravalement de façade, se dresse la même bicoque aux fondations rongées par la haine.


Mais de tout ceci, Linkfluence n’en a cure. Sur de son fait, il prétend dresser ainsi le réseau de l’extrême droite, et finit par en déduire qu’en quelques années, le nombre de blogs a diminué quand l’influence prise par l’extrême droite a explosé. Quand on voit la rigueur de la méthodologie, il y a de quoi s’inquiéter…


Le pire dans tout cela c’est qu’il semblerait en effet qu’un grand nombre de trolls frontistes ou assimilés pullulent sur les sites d’informations pour monter au créneau défendre Marine Le Pen. Le site du Figaro notamment s’est vu assailli. Et certains sites d’information comme 20minutes ferment aux commentaires tout article relatif à la Présidente du FN pour éviter les débordements. D’où l’intérêt d’être vigilent sur la méthode et la pédagogie au risque de ne pas prendre au sérieux une menace réelle. La fin ne justifie pas toujours les moyens.

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 19:03

bayrouCe n’est pas toujours facile d’être chrétien, catholique, pratiquant tout en étant un des défenseurs les plus acharnés de la laïcité. Pourtant, François Bayrou se revendique autant de l’un que de l’autre. Incompatible railleront certains et il en sera en 2012 comme il en fut en 2007 ou encore en 2009 lors des Européennes. Seulement si la laïcité se mesurait à l’aune de sa non croyance, voire de son athéisme, nul doute que certains de nos femmes et hommes politiques en seraient le meilleur garant. Las, ce n’est pas à cela que l’on reconnait les plus fervents défenseurs de la loi de la séparation de l’église et de l’état. Il suffit de voir notre Président de la République, qui n’a rien d’une grenouille de bénitier et qui n’a pas hésité à faire l’étalage dans un livre d’une nocivité sans nom La République, les Religions, l’espérance des avantages de la laïcité ouverte (quand l’adjectif "laïque" doit être un adjectif relationnel et non avec épithète comme le suggère également Jean Baubérot), qui n’ pas hésité à se déclarer en 2003 pour un financement des lieux de culte afin de mieux « contrôler » l’Islam de France et qui n’a pas hésité surtout à faire allégeance au Pape l’été dernier comme pour expier ses fautes dans l’affaire des Roms. Non, véritablement, non, ce n’est pas à sa mécréance que l’on peut jauger votre laïcité.

Pour François Bayrou, il en va de la foi comme de la laïcité : les racines sont profondes, les intentions sont sincères, mais la pratique peut parfois laisser planer quelques doutes. Et ce sont dans ces brèches que ses détracteurs préfèrent entrer en y mettant une lumière ostentatoire, oubliant qu’au-delà du lièvre débusqué, la tanière est pourtant irréprochable dans ses moindres recoins.

Car s’il est un homme qui insiste, sans coup férir, sur les bienfaits de la laïcité, c’est bien le député béarnais. Chacun de ses livres y consacre un ou plusieurs chapitre (s). Avec à chaque fois, une position sans ambigüité. D’autant plus limpide qu’il n’a guère recours à des nègres pour les écrire, une rareté dans le monde politique.

« La France est laïque. Ce n’est pas seulement un choix politique, c’est devenu notre caractère national. Je le dis d’autant plus que je suis croyant, et même pratiquant comme on dit. En même temps, du même mouvement, je suis défenseur et je serai protecteur absolu de la laïcité. La laïcité, c’est ce qui permet aux croyants de différentes religions, de différentes confessions, aux incroyants et aux agnostiques de vivre ensemble sans que nul n’ait la tentation d’imposer aux autres la loi de sa communauté. La Laïcité, c’est ce qui sépare la foi de la loi. », dit-il dans Projet d’Espoir.


Bayrou1A Nicolas Sarkozy qui voulait modifier la loi de 1905, François Bayrou répondait avec fermeté un NON définitif dès 2007, dans Confidences : « Il y a plein de communes qui financent la construction de mosquées. Vous faites un bail emphytéotique, comme on dit, de 99 ans, et puis la question est réglée. C’est permis par la loi, mais l’idée que l’Etat se mêle par exemple de payer les imams est une idée que je ne trouve pas laïque ».

Et c’est d’ailleurs dans l’adversité et la condamnation que souvent François Bayrou trouve de la hauteur, morale et civique, comme ce fameux soir, où plus que tout autre présent sur le plateau, il avait clairement démasqué les mensonges des prophètes du Président, l’un niant par ignorance, l’autre par tartufferie :

 

 

 

 

Même Jean-Luc Mélenchon, pourtant avare en compliments, et qui n’est pas du genre à se laisser impressionner sur la question de la laïcité, comme le montre avec brio sa démonstration de force face à Marine Le Pen, la nouvelle convertie de la sainte laïcité, sur le plateau de BFM le 14 février dernier, le confessa dans… Valeurs Actuelles le 11 décembre 2008 (cela ne s’invente pas) :

«  Le comportement de Bayrou évoque le PS des années 1980. Il a une vraie rigueur sur les questions importantes. Il peut gagner en 2012. C’est un littéraire, ça s’entend à l’oreille, ce n’est pas une de ces têtes d’oeufs technocrates qui encombrent le devant de la scène. Sur la laïcité, il a su trouver les mots justes. Mais il était crédible parce qu’il a eu le même comportement à l’égard du dalaï-lama que du pape. Les socialistes étaient aphones une fois de plus. (…) Mes chers camarades ont préféré faire les clowns à Nantes avec des écharpes autour du cou aux causeries religieuses du dalaï-lama. »

 

Bayrou2Alors irréprochable François Bayrou sur la laïcité ? Certains de ses détracteurs le contestent et ne cessent de pointer un décalage entre des prises de position régaliennes et moralement inattaquables et des pratiques plus diffuses. Il faut bien avouer que certaines de ses décisions passées l’ont rendu suspect aux yeux de certains.

Et au premier rang d’entre elle, la fameuse réforme de la Loi Falloux, qu’il soumet à l’hémicycle en 1993 concernant le financement des établissements privés.  Son projet propose de permettre aux collectivités locales de financer sans restriction la construction et l'entretien des établissements d'enseignement privé. Pour lui, il n’y avait pas entrave à la laïcité car il considérait que l’on ne devait pas faire de différence entre un élève du public et un élève du privé. En cause la vétusté de certaines infrastructures du privé , qui, faute de financement, menaçaient de s’écrouler et de blesser des élèves et des enseignants. Il payera ce qu’il confessera être une erreur au prix cher : un million de personnes défileront dans la rue pour y défendre, selon eux, les principes de la laïcité.


Puis arriva 2004. Cela faisait déjà bien longtemps que le Président de l’UDF d’alors avait rompu les ponts avec la Droite traditionnelle en général et la politique chiraquienne en particulier. La raison de son ire ? La volonté du Président de la République d’édifier un grand parti unique, l’UMP, alors même qu’il avait élu avec davantage de voix de gauche le 5 mai 2002. Bayrou y voit la volonté d’instaurer un système bipartite à l’américaine, quand lui estime que la France et surtout la voix des Français est plurielle : « En France, les partis majoritaires ne sont pas majoritaires (…). Les partis majoritaires sont minoritaires. Au mieux, ils sont à trente, au plus bas ils sont à seize. Et ce sont ceux-là qui trustent, qui monopolisent la représentation. Ce n’est pas juste et ça empêche que les Français aient confiance dans le débat », confesse-t-il à l’équipe du PoliTIC’Show le 21 octobre 2006. Est-ce la raison pour laquelle il s’abstient de voter la loi contre le port de signes ostentatoire à l’école voulue par Chirac alors qu’il s’était montré contre le port du voile dans les établissements scolaires quand il était Ministre de l’Education ? Le Président du MoDem s’en défend auprès des Etudiants journalistes de Sciences-Po le 27 avril 2011, qui lui affirmaient qu’ils avaient du mal à le suivre  : « Je suis contre le port de signes religieux ostentatoires à l’école. La société française ne supporte pas que la règle religieuse soit supérieure à la règle civile. Mais cela selon moi, relevait non pas d’une loi, mais du règlement intérieur des établissements. » Il est vrai que la loi de 2004 ne faisait que renforcer la loi déjà existante dans le domaine. Et Bayrou se rappelle surement qu’en 1995, quand il était Ministre, une simple circulaire avait largement suffi.


Cela montre en tous cas, que même paré des meilleures intentions, François Bayrou est attendu au tournant. Sans doute parce qu’on le sait très martial sur la question et ses remontrances sonnent parfois comme des leçons de morale que les pourfendeurs de la laïcité ont dû mal à digérer. Surtout parce qu’on sait que la matière religieuse est une zone éminemment sensible chez ce catholique pratiquant, et que la moindre attaque sur la question le blesse plus que tout. Ad hominem.


Bayrou4Dominique Paillé s’en est parfaitement souvenu, lui qui fut son bras droit avant d’être irrésistiblement attiré par les Sirènes Sarkozyennes qui promettaient des maroquins si glorieux comparés aux traversées du désert promise au Béarnais. Dans son pamphlet, Les habits neufs des faux centristes, il promit en avril 2009, de déshabiller le troisième homme de la Présidentielle en le rhabillant pour l’hiver par la même occasion. Et d’attaquer froidement sur les croyances de son ancien ami : sur la réforme de la loi Falloux, il dégaine : « Il tenait là un sujet de combat idéologique, conforme à ses engagements chrétiens » avant de conclure « il ne m’a jamais pardonné ma laïcité militante ». Mais sa plus forte charge sur la foi de l’homme est inscrite dans un chapitre intitulé « Dieu sait tout, Bayrou est son prophète » quand il assène : « J’ai pu constater qu’au cours de cette période de retraite (…) il avait passé une très grande partie de son temps à la messe ou en méditation à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, la paroisse dont dépend sa résidence parisienne ». Ou de rappeler qu’il passait « le plus clair de son temps rechercher l’éclairage divin pour arrêté position ». Il ajoute tout en nuance «  François Bayrou est une sorte d’autiste dont le seul interlocuteur dans les phases d’introversion est Dieu » avant de conclure : «  car c’est aussi un aspect à la fois sympathique et anxiogène du personnage : le dilettantisme. Persuadé que la Providence lui réserve un destin exceptionnel, il s’exonère à bon compte du travail et d’un investissement personnel indispensable à la réussite ». Rappelons que dans son livre qui connut un anonymat assez conforme à la qualité de l’écriture, il était question de rappeler ce qu’était le Centre… On le voit, les violences faites aux personnes ont bel et bien progressé sous l’ère Sarkozy.

Mais la plus lourde humiliation que subit sur la question de la foi François Bayrou, resta cette tribune sarcastique des plus violentes quand on sait la piété du personnage, faite par Daniel Cohn-Bendit à Toulouse en marge des Européennes :

 

 

 

La réaction, on le sait, fut sanguine avec en réponse la fameux clash de l’émission d’Arlette Chabot à quatre jours du scrutin. Preuve s’il en était de Cohn-Bendit savait là où il touchait (il avait d’ailleurs repris la confidence de Nicolas Domenach qui racontait cette fameuse théorie sur les candidatures à plusieurs chiffres de la Présidentielle).

Pour autant, Bayrou manque-t-il à la laïcité parce qu’il croit comme tentent de le distiller ceux qui veulent le voir trébucher ? Il ne nie en bloc et le rappelle avec clairvoyance dans Abus de Pouvoir :

« La vie a fait que je suis engagé pour défendre la laïcité et que je suis croyant. Et même ‘pratiquant’, comme on dit. C’est comme ça. C’est ma vie. Et je n’y vois aucun paradoxe, au contraire. Pour moi, c’est une seule et même logique de libération, d’émancipation, particulièrement lorsqu’on se reconnaît dans le christianisme, puisque le Sauveur a lui-même ouvert cette voie révolutionnaire : ‘Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu’. »

Bayrou l’a dit et répété : c’est parce qu’il est si croyant qu’il est si laïque, comme le côté pile et le côté face d’une même pièce. Se rappelant que sa foi en la laïcité lui garantit avant tout sa liberté de croire tout simplement.

Publié par Yves Delahaie, sur Le Plus – Nouvel Obs le 4 juillet 2011.

Partager cet article
Repost0
30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 20:43

article examenLa fraude aux examens est devenue un sujet très à la mode dans les médias. Je précise bien "à la mode" et "dans les médias", car il n’est pas bien sûr que l’arrivée des nouvelles technologies change quelque chose aux épreuves du bac et du brevet qui se déroulent en ce moment-même. Il faut dire que l’affaire du sujet de mathématiques est venue corroborer les "craintes" de la presse qui n’avait eu de cesse avant les épreuves de créer un probable futur marronnier journalistique : la fraude.

 Des journaux télévisés aux manchettes des quotidiens, de l’Édition Spéciale sur Canal + qui s’est fait une spécialité des gorges chaudes des déboires de l’Éducation nationale aux magazines d’information (enfin, information est sans doute pour certains un bien noble mot…), tous n’avaient qu’une obsession en tête : la triche. Au point de rappeler des "nouvelles" dispositions : portables éteints, sacs au fond de la salle, sortie accompagnée aux toilettes, tables séparées, feuilles de brouillon colorées et dépareillées d’une place à l’autre…

Nouvelles ces dispositions ? Laissez-moi rire : voilà dix ans que j’enseigne et que je surveille le brevet et que ces recommandations sont applicables et appliquées. Pire quand j’ai passé le bac en 1994, il en était de même (et pourtant c’est le dernier bac de la génération A, B, C, un dinosaure pour certains de nos lecteurs !) et même si à l’époque on expérimentait davantage le Bi-Bop que le surf sur smartphone, il était de toutes les façons interdit de manipuler quelque autre matériel que celui préconisé par les sujets, à savoir une calculatrice pour les mathématiques et la physique seulement. On est donc très loin de la nouveauté annoncé à grands coups de titres rabatteurs !

 

D’ailleurs, il suffit de se pencher sur l’affaire qui secoue la France, la fraude au bac de maths, pour vite s’apercevoir que la triche n’a pas eu lieu pendant l’épreuve mais bel et bien avant l’épreuve, ce qui signifie que le téléphone n’a été qu’un moyen de communication qui a remplacé le main à la main encore plus discret à l’époque. Tout juste le message a-t-il été diffusé à un public plus large…

 

Encore eût-il fallu prendre pour argent comptant qu’il s’agissait bel et bien du véritable sujet et non d’un fake, au point d’y consacrer sa dernière nuit de révision quitte à tout perdre… Il n’est pas bien sûr que la fuite ait avantagé quantité d’individus… Ce qui rend d’autant plus absurde l’idée saugrenue du ministre d’annuler l’exercice incriminé, le plus facile qui plus est.

 

Encore une fois, en quoi ceux qui n’ont pas fraudé ont été impacté dans cette fuite, puisqu’il s’agit d’un diplôme et non d’un concours ? À quand la demande de certains contribuables de demander l’annulation d’une partie des impôts sur le revenu parce que certains réfugient une partie de leur pactole dans des paradis fiscaux (et cette analogie ne doit rien au fait que Monsieur Chatel est un ancien cadre de l’Oréal, je ne suis pas aussi cynico-sarcastique tout de même !) ?

 

Toujours est-il que ce matin-même, le brevet de français s’est déroulé dans la France entière. Avec la même sempiternelle feuille de recommandations. Quant aux parents, qu’ils ne soient pas inquiets d’un éventuel esclandre qui viendrait saboter l’épreuve de leur rejeton. Improbable scénario puisque les directives sont claires (cliché pris ce matin même !) :

photo

Veuillez tricher sans déranger ! Il faut tout de même bien avouer que l’on marche tout de même un peu sur la tête parfois dans ce pays, non ?

 PS : dernière minute, il est demandé d'orthographier le terme "acquitter" au tableau pour la dictée...Un mot si rare et si barbare... Il faut comprendre...

Partager cet article
Repost0
25 juin 2011 6 25 /06 /juin /2011 20:14

Premier billet sur le thème de la rhétorique de nos chers politiciens. Et maître parmi les maîtres, débutons notre revue par le tenant du titre, j’ai nommé Nicolas Sarkozy.

La conférence de presse du G20 la semaine dernière avec Angela Merkel a accouché d’un tour de force, passé relativement inaperçu. Pourtant, la réponse du Président à un journaliste du Monde relève d’un artifice verbal des plus brillants de sa, déjà, longue carrière :

 

 

 

 

Décortiquons le phénomène : tout d’abord, il part d’un argument de logique des plus implacables : 1 contre 40000. Anne Lauvergeon seule face à 40000 employés ! Quelle que soit la nature de la comparaison, le différentiel chiffré engendre un tel déséquilibre qu’il est largement suffisant pour convaincre. Aussi la sentence qui suit est implacable : "la crédibilité de la filière nucléaire française ne se réduit pas à l’action d’une personne quelle qu’elle soit".


Mais le plus fort reste à venir.

 

Le journaliste du Monde pose une question sur la direction d’Areva. Nicolas Sarkozy fait lui une comparaison entre l’entreprise Areva et la rédaction du Monde. Et file même sa comparaison en expliquant que le changement de direction du Monde ne changerait pas pour autant la crédibilité des journalistes.

Arrive alors la question rhétorique assassine : « Dois-je comprendre, d’après votre question que c’est tout le travail des journalistes qui est mis en cause parce qu’on change de Directeur ? » : JAMAIS le journaliste n’a pourtant affirmé pareille chose ! Incroyable tour de force : Nicolas Sarkozy fait dire à son contradicteur un argument qu’il n’a jamais dit. Par un syllogisme implicite, il sous-entend que si le journaliste estime que le départ d’Anne Lauvergeon changeait quoi que ce soit à Areva, il en serait de même si on changeait la Direction du Monde à propos de la ligne éditoriale. Ce que, encore une fois, le journaliste n’a JAMAIS dit ! Nicolas Sarkozy ne se contente pas de faire une analogie. Il la produit et l’attribue à son contradicteur pour mieux lui rétorquer que l’argument est donc fallacieux. Le tout lors d’une conférence de presse, devant le monde entier, à un moment où le journaliste ne pourra pas répondre ! Ecoutez bien les crépitements des photographes au moment où il échafaude sa stratégie, comme pour mieux saisir l’extase qui envahit son visage, comme s’il était conscient que sa rhétorique allait faire mouche, sans coup férir :

 

 

 

 

Pourquoi une telle hargne ? Tout simplement parce que Môssieur le Président n’a pas supporté l’insolence de la question. Comment un journaliste français, du Monde de surcroît dont la renommée dépasse largement les frontières, a-t-il osé résister à l’allégeance naturelle due à sa fonction ? Oser remettre en question les propos rassurants de Nicolas Sarkozy sur la crédibilité du nucléaire français ? Vous n’y pensez pas. L’approche fut taxée au prix fort, d’un soufflet qui laisse une trace indélébile sur la joue. Ne l’oubliez jamais, journalistes, opposants, ou simples débatteurs : au moment d’affronter Nicolas Sarkozy, il faut être préparé, et reconnaître au quart de tour les tours de passe-passe rhétorique de Nicolas Sarkozy… au risque de ne pas s’en relever.

 

Partager cet article
Repost0
23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 23:54

luc chatelQuel tintamarre pour une histoire de sujet éventé du baccalauréat !

Un seul exercice aurait été transmis via une photo postée sur des réseaux sociaux. Un exercice de 4 points, visible et pris au sérieux par combien de potentiels bacheliers ? Un exercice qui ne valait que 20% de la note d’une seule matière, et qui en outre est le plus aisé (celui consacré aux probabilités)… Et que décide Luc Chatel (ou l’Elysée, car il y a bien longtemps que l’ancien cadre de l’esthétique n’en finit plus de prouver qu’il n’est qu’un ministre cosmétique…) ? Annuler l’exercice… et donner le bac à 9/20 de moyenne ! Un bas au rabais !

Au nom de quoi ?

Est-il nécessaire de rappeler que le bac n’est pas un concours mais un diplôme ? Par définition, il suffit d’avoir 10 pour l’obtenir. Donc si des candidats ont bénéficié d’une fraude, ils n’ont en AUCUN CAS pénalisé ceux qui n’en ont pas bénéficié eux ! Cela ne change rien à la performance de ceux qui n’ont rien su de ces fuites ! Alors qu’annuler purement et simplement un exercice condamne tout le monde ! Mais quelle foudre hérétique est venue frapper Luc Chatel au point de briser l’éthique d’un examen ?

Soyons lucides : ce n’est pas le bac qui traverse une crise. C’est le ministre qui n’est pas à la hauteur…

Partager cet article
Repost0
14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 14:18

fourestOmniprésente dans les médias, de France culture à C dans l’air, du 13h15 le dimanche sur France 2 au quotidien Le Monde, de feue La Semaine Critique jusqu’à Charlie Hebdo en son temps, Caroline Fourest, à seulement 35 ans, a déjà un carte de visite qui « en impose ». En 2010, le site Enquête et débat répertoriait les chroniqueurs les plus médiatiques en comptabilisant leur temps de présence sur les radios et télévisions : elle y apparaissait alors en 9ème position, certes loin derrière Eric Zemmour, mais avec un peu plus de 24 heures de présence cumulée dans l’année, uniquement en qualité de chroniqueuse, et surtout en représentant la seule femme de ce club très fermé… Mais contrairement à certains de ses confrères présents dans ce classement, Caroline n’a pas écrit ses essais une fois la renommée faite : ce sont ses écrits qui lui ont permis d’être là où elle est. Dès 1998, à seulement 23 ans, elle co-écrit avec Fiammetta Venner, sa partenaire de plume et de vie, Le Guide des sponsors du Front national et de ses amis, avant de signer l’année suivante, toujours en duo un très remarqué Les Anti-pacs ou la dernière croisade homophobe qui retraça la campagne antipacs animant les rues de Paris et l’Assemblée à coups de bible dans l’hémicycle, avant une enquête en 2001, qu’elle écrivit seule cette fois, Foi contre choix : La Droite religieuse et le mouvement Pro-life aux États-Unis. Ces trois premiers opus signèrent la marque de fabrique de Caroline Fourest, son combat sans merci contre quatre fléaux de la société : l’extrême droite, l’homophobie, le fanatisme et l’intégrisme religieux et par ricochet les ligues anti-avortement. Le décor est planté.

Et le déferlement peut alors commencer. Car c’est un véritable acharnement qui s’abat sur Caroline Fourest, enquête après enquête, émission après émission, chronique après chronique. De contestations en insultes, de lapidation en mise à mort, de délation en calomnie, rien ne lui est épargné. Il suffit de taper son nom sur Google pour y voir se déverser des torrents de boue… une expression qu’elle utilisa récemment à propos de l’affaire DSK. C’est dire la puissance du phénomène.  Commentaires anonymes, lettres ouvertes, émission, lynchages hystériques, attaques homophobes ou délirantes, livres, tout est permis pour se défouler sur Caroline qui malgré tout continue de publier et d’être invitée, au micro ou sur les plateaux, renforçant les suspicions de connivence et de conspiration autour du microcosme médiatique chez les paranos en tous genres… D’où cette question légitime : pourquoi tant de haine ?  

Fourest 1Ses premiers détracteurs sont évidemment ceux qui sont dans son cœur de cible. Ceux dont elle décrit les tics et les trucs pour mieux les décrypter. Ceux qui, démasqués, n’en finissent plus de crier à l’infamie pour se justifier. Leurs attaques sont prévisibles. Elles n’en demeurent pas moins le plus souvent grossières. Le FN sortit l’artillerie lourde quand il diffusa son adresse et son digicode pour lui passer l’envie d’écrire sur le parti de Jean-Marie Le Pen, comme elle le rappelle dans son dernier livre enquête consacré à l’héritière Marine. Une pratique éprouvée aussi par quelques jihadistes suite à l’affaire des caricatures quand elle sera placée avec Taslima Nasreen sur la liste des douze personnes à abattre, diffusée sur un site anglais… Des intimidations qui firent suite aux cœurs de bœufs que son amie, Fiammetta, recevait régulièrement pour avoir osé enquêter sur les milices anti-avortement. Chez les Fourest/Venner, la vie se décline sur le mode Damoclès…

Ce sont ses papiers contre l’intégrisme qui lui attirent le plus de foudre, prétextes à des accusations aussi farfelues que contradictoires. Christine Boutin qui fut au cœur de son enquête sur les Antipacs l’accusa de cathophobie. Tariq Ramadan et surtout ses fervents supporters n’en finissent plus de classer parmi les plus islamophobes quand ils ne l’accusent pas, pour certains, de faire le jeu d’Israël. Certains zélés juifs, eux, l’accusent de trainer dans la boue… Israël comme en 2009 quand elle écrivit un billet dans le Monde intitulé Israël contre Obama, dans lequel elle écrit :

« A force d’utiliser les colonies comme boucliers humains, Israël entretient un fanatisme qui n’est pas le moindre de ses ennemis « intérieurs ». Tsahal est infiltrée par des militaires orthodoxes combattant au nom de Dieu et non plus au nom de la nation. La violence disproportionnée avec laquelle l’armée israélienne a répondu au harcèlement des roquettes du Hamas trahit cette perte de raison. ».

Alors, Caroline Fourest  islamophobe ? Antisémite ? Cathophobe ? Dans Libres de le dire, un livre d’entretiens qu’elle publia avec Taslima Nasreen, Caroline Fourest témoigna de ce paradoxe :

« Quand je ne critiquais que le catholicisme ou la droite religieuse américaine, j’étais adorée par l’extrême gauche. Les journaux comme Politis saluaient mes livres comme « précis, fouillés » et me présentaient comme une « spécialiste de l’intégrisme ». Quand j’ai commencé à critiquer le fondamentalisme musulman en particulier Tariq Ramadan, tout a changé. Les articles du même hebdo ironisaient sur les qualités de « spécialiste de l’intégrisme. J’ai perdu beaucoup d’amis et beaucoup d’alliés. Notamment ceux avec qui j’ai lutté contre Christine Boutin ».

fourestmarTape sur mes ennemis mais surtout touche pas à mon pote en somme. Femme de gauche, c’est aussi donc de son propre camp qu’elle reçoit les attaques parmi les plus acerbes. Notamment depuis la publication de La Tentation obscurantiste, où Caroline Fourest fait une analyse sans concession de cette gauche qui en étant plus anticolonialiste qu’antifasciste en perd parfois un peu son âme en flirtant sans s’en rendre compte avec les intégristes de tous poils… Noël Mamère qui aurait pu voir en elle une alliée suite au mariage illégal de Bègles de deux homos en fit les frais comme le rappelle Claude Askolovich dans un article consacrée à Caroline et Fiammetta et intitulé Les hussardes publié dans le Nouvel Observateur :

« L’autre dimanche avant une manifestation, elle s’est présentée à Noël Mamère : « Caroline Fourest, j’étais Présidente du Centre gay et lesbien ». Le regard du député vert, boutefeu du mariage homo, s’est éclairci : une lesbienne, une présupposée copine, donc ! Elle l’a scotché d’une réplique : « Tant que vous irez vous faire applaudir par les islamistes au congrès de l’UOIF, vous pouvez marier tous les homosexuels que vous voulez, vous n’aurez pas mon soutien ».

Chacun de ses contradicteurs, meurtri dans ses convictions l’accusent de marcher pour l’adversaire. Car dans ce monde cynique, il est inenvisageable de se positionner dans la nuance. Le manichéisme est de mise, et celui qui refuse le jeu prend le risque de trahir un camp ou l’autre. Toutes ces attaques sont viles et stériles : si Caroline Fourest peut engranger autant de critiques contradictoires de la part de tous les intégrismes c’est tout simplement parce qu’elle les combat tous. Sans exception. Pascal Boniface, auteur le mois dernier d’un livre intitulé Les Intellectuels Faussaires, n’a donc décidément rien compris quand il l’accuse subrepticement au fil des dix-huit pages qu’il consacre à la chroniqueuse de s’acharner sur l’islam notamment en la citant dans Tirs croisés, un ouvrage qu’elle a co-écrit avec Fiammetta et qui condamne sans nuance les trois intégrismes chrétiens, musulmans et juifs :

«L’intégrisme musulman est le plus virulent des trois. Caroline écrit notamment que « Si l’islam n’a pas le monopole de la violence, il est le seul à bénéficier d’un stock de bombes humaines ».

Sauf que Monsieur Boniface omet de dire que dans ce même chapitre, les deux auteurs ajoutent :

 « L’islamisme occupe effectivement la pole position chez les intégristes. Il est actuellement le mieux placé pour exercer ses diktats et terroriser ceux qui lui résistent. Mais cette force n’est pas liée à une différence de fond avec ses homologue juif et chrétien. Le pouvoir de nuisance des intégristes dépend avant tout des résistances qu’il rencontre. (…) Ce surcroît de nocivité n’a rien à voir avec la religion mais avec l’instrumentalisation politique de la religion. Au risque de décevoir ceux qui voudraient croire à une barbarie propre à l’islam, le Coran n’est pour rien dans le retard démocratique et séculier des pays musulmans. ».

Fourest4Ce même Pascal Boniface accuse d’ailleurs Caroline Fourest de tronquer les citations qu’elle opère. Ou de l’hôpital qui se fout de la… charia charité! Dans la série « mauvaise foi », il l’accuse aussi d’avoir petit à petit abandonné l’éclectisme de son combat contre l’intégrisme pour se focaliser sur un seul et unique :

« C’est qu’elle va peu à peu abandonner le combat contre les intégristes chrétiens pour celui infiniment plus porteur médiatiquement contre l’islamisme. Elle va devenir une sorte de pasionaria de la lutte contre l’islamisme »

Etonnante sentence quand on sait que Pascal Boniface date ce revirement à la sortie de Frère Tariq, publié en 2004, quatre années avant que ne sorte Les Nouveaux soldats du Pape qui évoque les trois courants sulfureux du catholicisme contemporain que sont l’Opus Dei, La Légion du Christ et les traditionalistes.  A moins que Tariq Ramadan n’ait décidé de prêcher à Saint-Nicolas du Chardonnet depuis peu…

 Il l’accuse aussi de fournir mensonges et autres contre-vérités en ne faisant référence presque exclusivement qu’à Frère Tariq justement, dans la pourtant longue et impressionnante bibliographie de Caroline Fourest  (en dehors également d’un mention à propos d’un jugement à propos d’un procès opposant Antoine Sfeir et… Tariq Ramadan). Et de reprendre les différends exposés notamment dans l’émission On n’est pas couché de Ruquier, dans une première émission avec Ramadan comme invité en septembre 2009, puis une seconde avec Fourest en avril 2010, émission durant laquelle elle dut subir la mauvaise foi et l’acrimonie si évidente de Zemmour et Naulleau qu’elle fut notée par Ruquier lui-même (les deux futures victimes de la « liberté d’expression » de la rentrée 2011 (sic) n’avaient pas digéré d’avoir été qualifié de deux « buses » par Caroline Fourest qui les accusaient d’interviewer Ramadan sans tenir compte de son double langage en se contentant de badiner avec lui sur son ouvrage grand public et ses déclarations du jour, dans lesquelles il prend un soin dès lors qu’elles s‘offrent au plus grand nombre de s’écarter le plus possible de ses prêches autrement plus obscures qu’il enregistre sur cassette…). Face à l’accusation de Tariq Ramadan et aux réfutations de Caroline Fourest, Pascal Boniface aurait-il fait un contre-enquête pour déceler le faux du vrai ? Que nenni ! Il préfère donner la prime de la bonne foi au prédicateur suisse. Sans autre forme de procès. C’est sans doute cela ce que Pascal Boniface appelle la rigueur universitaire qu’il semble opposer aux contre-vérités de Caroline Fourest qu’il trouve un peu surcôtée pour « quelqu’un  qui n’a qu’un diplôme de troisième cycle comme bagage »… (car l’empirisme et l’enquête de terrain n’ont aux yeux de ce grand chercheur qu’est Pascal Boniface qu’une importance moindre à l’égard des titres honorifiques… Et ce n’est pas Monsieur Ramadan qui le contredira, lui qui a un titre de docteur… qu’il obtint bien qu’avec une simple mention « passable », sa thèse sur son grand-père, Al Banna, fondateur des Frères Musulmans ayant été jugée de prime abord un peu trop partiale et manquant par trop de recul critique…).  Mais rassurez-vous, ce n’est pas comme si Monsieur Boniface avait quelques comptes à régler avec Caroline Fourest, notamment de son témoignage à charge qu’elle déposa contre lui dans l’affaire qu’il perdit face à Mohamed Sifaoui…

Caroline Fourest aurait donc fait de l’islamisme une marotte trop suspecte. Au point d’être de islamophobe ? La thèse a en tous cas été confortée par le Réseau Voltaire, mais il faut dire que son créateur, Thierry Meyssan n’a plus tout a fait le même regard depuis L’Effroyable imposture… Et quelle posture depuis qu’il est en tête de gondole de toutes les librairies Tawhid, spécialisées dans les ouvrages fondamentalistes, ou encore en Jordanie, comme le révèle Fiammetta Venner dans l’incipit de L’ Effroyable Imposteur

Fourest5Et cette attaque est d’autant plus crédible qu’au même moment Riposte Laïque l’accuse de faire le lit… de l’islamisme ! Il faut dire que l’association née de ReSPUBLICA a décidé de faire une fixation au point de confondre combat pour la laïcité et lutte contre l’islam, en témoigne l’apéro saucisson-pinard qu’elle a sinon co-organisé, au moins parfaitement relayé en assurant une bruyante promotion. Il suffit d’ouvrir la page d’accueil de leur site pour s’en apercevoir… On se croirait dans la petite boutique de Marine Le Pen ! Ici l’occupation des titres anti-islam est sans commune mesure ! A priori, la réputation de Fourest suite à son Frère Tariq aurait dû faire d’elle une alliée. Las, patatras. Tout s’effondra après de l’affaire Fanny Truchelut. Cette charmante femme tenait un gîte, quand un jour une femme voilée vient pour un séjour dans l’une de ses chambres. Incommodée par le voile, Madame Truchelut demanda à cette femme de ne pas déambuler dans les couloirs avec son voile et exigea qu’elle le retirât. S’en suivit une plainte pour discrimination…. qui aboutit logiquement en faveur de la plaignante. Quoi de plus normal puisque dans un établissement commercial privé, le principe de laïcité ne s’applique pas. Caroline Fourest, fidèle à ses principes laïques mais aussi à ceux qui défendent la liberté de chacun, ne prit pas fait et cause pour Madame Truchelut. Riposte Laïque, d’articles en lettres ouvertes, en fit une affaire personnelle au point de faire de Caroline Fourest sa cible préférée. Ou comment devenir à la fois islamophobe, à la limite du soutien à Israël et militante pro islamiste… Car dans ce monde manichéen des intégristes, on ne peut pas être pour la loi interdisant la burqa dans les espaces publics et le voile à l’école et contre l’interdiction du foulard pur et simple… Aujourd’hui, il ne se passe pas une semaine sans que Caroline n’ait les horreurs de la plume trempée dans l’encre noire du Styx des rédacteurs de Riposte laïque, au même titre que Fiammetta Venner qui put lire le 2 mai dernier en titre : "La Licra sous-traite à Fiammetta Venner le sale boulot d’insulter et de diffamer Riposte Laïque." Tout est dans la mesure, comme vous pouvez l’appréciez…

L’autre reproche fait à Caroline Fourest, quand on n’a plus d’arguments pour lui faire défendre l’intégrisme adverse de sa paroisse consiste à la déclarer hostile à toutes les religions. C’est en substance ce qui lui reprocha Marine Le Pen en septembre dernier sur le plateau de La Semaine Critique présentée par FOG.

 

 

Bien essayé, mais il faudrait tout de même que Marine le Pen prît la peine de lire, ou de faire lire les ouvrages de ceux qu’elle veut décrédibiliser… Et en ouvrant simplement le dernier, celui qui fut écrit avant sa biographie, elle aurait pu lire qu’elle refuse l’amalgame entre intégrisme et religieux et qu’elle fait un distinguo très net, là où Taslima Nasreen, écœurée et surtout terrorisée par sa destinée si tragique, a perdu tout espoir de voir la moindre trace de modération dans la religion, quelle qu’elle soit.

Mais comme il est de coutume, le débat d’idées ne suffit pas toujours à assouvir la soif de discrédit et de revanche de certains détracteurs. Haro sur la vie privée. Trop facile pour une Caroline Fourest qui ne cache pas sa relation avec Fiammetta sans pour autant en faire une tribune ostentatoire.

 

 

Et cela semble une obsession pour certains à lire les commentaires homophobes qui dégoulinent de toutes les vidéos ou articles la citant ou encore en constatant les recherches automatiques de Google en tapant son nom :

 Fourest7

 

Féministe, de gauche en dénonçant le gauchisme et le manque de courage de son propre camp, laïque exigeante (c’est-à-dire partisane d’une laïcité sans adjectif épithète, en simple adjectif relationnel contrairement à Sarkozy ou à Baubérot pour citer les plus influents dans cette dérive), lesbienne, combattante contre les intégrismes et l’extrême droite en général… On comprend pourquoi la liste de ses ennemis est aussi étoffée !

Fourest2Alors je sens poindre les commentaires qui me reprocheront l’idolâtrie ou je ne sais quelle foutaise visant à me reprocher un manque de recul. Que ce soit bien clair : j’apprécie la rigueur intellectuelle et la vision de la laïcité de Caroline Fourest et je trouve absolument scandaleux ces torrents de boue déversés par l’ignorance, la jalousie ou la tyrannie d’une certaine pensée. Cela ne m’empêche pas, pour autant, d’avoir des points de divergence, comme le sort réservé aux mamans accompagnant les sorties scolaires, que Caroline Fourest ne souhaite pas astreindre au devoir de la laïcité et des signes ostentatoires. Point sur lequel je ne suis pas en accord, car en acceptant d’accompagner les élèves, elles ne sont plus alors des mères mais participent à un service d’utilité publique et doivent donc être assujetties au devoir de neutralité. C’est toute la différence entre cette attitude qui vise à mettre au pilori ceux qui ne pensent pas de la même manière et l’exposition saine et claire d’un débat entre personnes partageant les mêmes valeurs. Mais le pire dans tout cela, c’est que ce sont ceux qui en parlent le plus qui la lisent la moins…

Partager cet article
Repost0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 18:52

Jacques+Tati+Hulot1L’avènement de Monsieur Hulot en politique était attendu au tournant. Et ce depuis des lustres. En effet, c’était il y a exactement cinq ans (des lustres donc) que le désormais ancien salarié de TF1, et concurrent de Tahiti Douche à ses heures perdues, avait décidé de laisser planer un doute sur une éventuelle candidature en 2007. Coup de bluff, en déduiront certains, puisque la baudruche s’est assez vite dégonflée, après avoir fait signer aux véritables candidats un engagement écologique factice, qu’ils ont eu vite fait de désavouer, ou qu’ils auraient eu, suivant le destin que connut leurs aventures présidentielles respectives. Finalement, Monsieur Hulot en politique n’était pas très différent de celui qui était effrayé par la maison de la « modernité » dans Mon Oncle :

 

 

Depuis ce week-end, il n’est pas sûr qu’il se félicite de son revirement. Son baptême du feu fut assez rude, et  sa  réussite aux primaires écologistes fortement compromise. Son erreur ? Avoir voulu faire fi du mode de fonctionnement des Verts, de leur mode de pensée, de leurs valeurs intrinsèques même… Bien mal lui en a pris. Et voilà ce qui arrive quand on manipule maladroitement les Verts :

 

 

Il faut dire que Nicolas Hulot a fait fort. Très fort même. En ayant évoqué la pensée, même enterrée, d’un tandem avec Jean-Louis Borloo, il a provoqué un reflexe pavlovien chez les Verts : leur intégrisme politique. Autant ses frontières deviennent poreuses avec le PS, dès lors que tombent sonnant et trébuchant quelques maroquins, qui peuvent aller de quelques circonscriptions aux législatives, au poste de Présidence de Région, comme ce fut le cas en 1992 dans le Nord, alors que les Verts étaient minoritaires dans le Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais de l’époque, autant son aversion pour la Droite est claironnée, martelée, gravée dans le marbre pour l’éternel. Comme Eva Joly l’a si bien rappelé sur le plateau du Grand Journal hier soir, pour les Verts, l’écologie ne peut être incarnée par la droite (sic) :

 

 

Flagrant délit de faciès… Pour un parti qui combat les discriminations, on peut dire qu’ils élèvent au rang d’art la théorie du contre-pied. La mauvaise foi des Verts est ici au grand jour. La question n’est pas de savoir quel sera leur programme pour les français, mais quel score ils feront au sein de la gauche. D’ailleurs le congrès de La Rochelle a-t-il évoqué la problématique du nucléaire alors que l’Allemagne a décidé d’en sortir ? A-t-il été le théâtre d’une cellule de crise sur le bio alors que celui-ci connaît sa première crise avec la fausse contamination du concombre ? A-t-on pu parler de la volonté de dépénaliser le cannabis, à l’heure où le maire de Sevran estime que c’est le seul moyen de contrecarrer le marché parallèle et la mafia qui en découle des cités périphériques ? Rien de tout cela. Il n’a été question que de Cécile, se succédant à elle-même, de Nicolas qui fait des boulettes après avoir trop bu, et d’Eva qui saute sur l’occasion tel le charognard sur sa proie sanguinolente.

Mais le pire dans tout cela, c’est que non content de l’effet boomerang de sa naïve déclaration, Monsieur Hulot persiste et signe lors du débat lundi soir, mettant aux prises les quatre prétendant à la candidature verte, en estimant qu’il faut dépasser l’électorat traditionnel des Verts et que EEV était autre chose qu’un parti centré sur lui-même. Ou quand la candeur confine à l’entêtement.

Non, décidément Monsieur Hulot n’a rien compris. Pas plus qu’il ne savait servir au tennis durant ses vacances, ou comment appréhender son parapluie dans le jardin de sa sœur dans Mon Oncle, ce Monsieur Hulot des temps modernes est assurément assez gauche dans son tempérament… et pas suffisamment dans son for intérieur. Croire que l’on peut soutenir la cause écologiste en militant chez les Verts c’est comme croire qu’un Actimel va avoir un impact sur la santé. Sur le papier, c’est juste. En pratique, c’est hautement improbable. Corinne Lepage, on s’en souvient, l’avait appris à ses dépens. Car chez les Verts, on est de gauche avant tout. Et écologiste accessoirement. Et ce n’est pas Eva Joly, grande écologiste devant l’Eternel (sic), qui pourra prétendre le contraire…

Partager cet article
Repost0
23 mai 2011 1 23 /05 /mai /2011 20:26

LlodraEn novembre dernier, je m’enthousiasmais sur le fabuleux parcours de cet attaquant pur race qu’est Mickaël Llodra pendant le tournoi de Bercy où il avait battu un certain Novak Djokovic, véritable épouvantail du tennis mondial cette année en précisant qu’il était un des seuls tennismen français à être un contribuable tricolore et à ne pas contourner la loi fiscale comme 80% de ses homologues qui de Mauresmo à Tsonga ont préféré les délices exquises des bords du Lac Léman.  On pouvait alors le dire : à Bercy, Llodra c’est Géant !

Las. Quelques mois plus tard, à Roland Garros, Llodra c’est Guéant… Aujourd’hui, énervé, en manque de repères sur le tapis ocre assez hostile aux volleyeurs, et ce malgré des balles vives cette année, le Français a confirmé les impressions de mon entraineur qui depuis quelques jours m’avaient refroidi sur ce personnage « en apparence » sympathique, mais qui se révèle être une personne assez peu amène (du genre à exiger d’une bénévole lors d’un interclub de nettoyer les excréments de son chien qui s’est laissé allé sur le sol du club house…).  Alors qu’il contestait une décision d’arbitrage, il s’est lâché auprès du juge de chaise d’origine marocaine en lui lançant : « on n’est pas au souk ici. On ne vend pas des tapis sur un marché». Elégant, non ? Mais après les déclarations fracassantes et à l’envi de notre Ministre de l’Intérieur qui s’en étonnera ? En 2011, c’est aussi ça le charme à la française

Partager cet article
Repost0
17 mai 2011 2 17 /05 /mai /2011 17:21

Suite de l'enquête sur le programme du Front National. Après l'éducation, cap sur la politique familiale.

Le projet du FN a toujours considéré la politique familiale comme une donnée essentielle. D’inspiration assez conservatrice et somme toute complaisante avec son socle traditionnaliste, qui, jusqu’au départ de Bernard Anthony en 2006, était très dominant au Bureau Nationaliste. Même si son influence est à la décrue, surtout depuis l’avènement de Marine Le Pen au détriment de Bruno Gollnisch, elle n’a pas pour autant disparu. Et force est de constater que le programme du FN en 2011 concernant la politique familiale est en tous points ressemblants à celui que proposait le fondateur du Parti en 2002. Avec trois thèmes dominants : la priorité aux familles françaises, la position face au caractère sacré de la vie, et celle par rapport aux homosexuels.

 

FNProg - natalitéPour débuter, évoquons la priorité aux familles françaises. La section « Famille et enfance » s’ouvre sur un constat alarmiste de la société française : « Depuis de très nombreuses décennies, la France n’a plus de politique familiale. La relève des générations n’est plus assurée ». Et de lancer non sans sous-entendus : « La famille comme la Nation (…), certains veulent les dissoudre. » Depuis quand la relève des générations n’est plus assurée en France ? N’est-elle pas le pays, avec l’Irlande, qui possède le taux de Fécondité le plus élevé en Europe, autour de

 2 enfants par femmes quand par exemple l’Allemagne est tombée à 1,42 ? Est-il utile de rappeler que ce taux est proche du seuil de renouvellement des générations qui est de 2,1 pour les pays développés ? Et qui est caché derrière l’impersonnel « certains » ? Qui a intérêt à dissoudre la famille et la Nation en France ? Les accusations s’amoncellent sans pour autant éclaircir ces points :

« Naguère, quatre piliers supportaient l’édifice national : la famille, l’école, la religion et l’armée. » Et après avoir fait porter l’entière responsabilité de tous les maux à 1968, le FN d’en conclure : « La famille traditionnelle (…)  est en train de disparaître ». Etonnante nostalgie qui place sur le même plan, la famille, l’armée, l’école républicaine et la religion pour le parti qui se revendique de la laïcité… Par ailleurs, comment ne pas être scandalisé par ce véritable mensonge qui ressemble à s’y méprendre à une propagande malhonnête qui sonne le glas de la famille quand, outre le taux de natalité, les mariages ne cessent de croître en France ?

Tous les constats sur la famille sont alarmistes et surtout FALLACIEUX. Ils ne sont que purs mensonges fondés sur des croyances et des préjugés que le bon sens populaire aura tôt fait de corroboré autour d’un ballon de rouge au troquet. C’est aussi ça le populisme à la Marine Le Pen : du mensonge, de la caricature et de la mauvaise foi.

Mais il faut bien dire que le FN a une arme dans sa poche. Il pourra toujours contester les chiffres que je viens d’énoncer, émanant pourtant d’Instituts officiels comme l’INSEE ou l’INED, en prétextant que ces chiffres reflètent mal la réalité. Et pour cause, la réalité selon le FN de Marine Le Pen n’est pas celle de la France… mais celle des Français :

« De surcroît, la politique antifamiliale poursuivie a un objectif délibéré : substituer à la politique de démographie française, une politique de peuplement par l’immigration» Et le programme d’évoquer « l’effondrement des naissances françaises – il y a en effet environ 700 000 naissances d’enfants français sur un total de 830 000 naissances et le nombre d’enfants par femme française est plus proche de 1,70 que de 2 ».

FNProg - CAFSur quelles études sont fondées ces données ? Données qui montreraient que les femmes françaises seraient plus proches de 1,7 alors que le taux annoncé est de 2 ? Cela voudrait-il dire que des femmes non françaises, en nombre suffisant, pourraient faire augmenter ce chiffre jusque 0,3 point ? On n’ose imaginer que le FN en vienne à considérer que les femmes qui n’auraient pas d’origine française soient nécessairement non françaises… Encore une fois, on semble séparer les naissances de France et la naissance des Français. Logique pour un parti qui revendique la nationalité du sang et non la nationalité du sol.

Non seulement cette différence est douteuse et amène à se poser des questions sur la nature exacte de la différenciation qui est faite (nationalité ? origine ?) mais elle pose une question encore plus concrète concernant la source : sur quelle étude sont fondés ces chiffres alors qu’en France les études différenciant les origines, la religion ou la couleur de peau sont interdites…

Pour terminer, le FN national montre du doigt le mode d’attribution des prestations sociales qui sont fixées en fonction des conditions de ressources contrairement à ce qu’il se faisait en 1945… Toujours la nostalgie du passé qui vient parfumer le programme politique de la famille.

 

FNProg - VitrollesLes mesures du FN concernant ce domaine ressemble globalement à celles qu’il proposait depuis plus d’une dizaine d’années : la création d’un revenu parental, avec le  versement du SMIC pendant 3 ans pour le premier enfant, un renouvellement d’une durée de 3 ans pour le deuxième enfant et d’une durée de 10 ans pour le troisième enfant. Et comment financer tout cela serait-on tenté de se dire ? Car le FN annonce lui-même un coût estimé à 15 milliards d’euros.  Tout simplement avec la réduction « conséquente de certains dispositifs actuels ». Lesquels ? Une petite idée avec ce qui suit : « L’ensemble des prestations à la charge des CAF (Caisses d’allocations familiales) sera établi dorénavant sur des critères nationaux et familiaux et non plus presque exclusivement sociaux ». Cette fois-ci c’est clair. Ce que laissaient suspendre en filigrane les constats sur le ton de la désolation est écrit noir sur blanc : « des critères nationaux ». La politique de la « préférence nationale » est ici clairement exprimée. Un concept assez ancien et qui fit les beaux jours du père Jean-Marie dans les années 90 et qu’essaya même de mettre en œuvre un certain Bruno Mégret, ou plutôt sa femme Catherine, poupée gigogne de son mari rendu inéligible pour avoir « explosé » ses comptes de campagne aux Municipales de Vitrolles (ce qui ne l’avait pas empêché de perdre par ailleurs !). Renaud Dély l’évoque dans Histoires secrètes du Front National, paru en 1999 dans un chapitre intitulé « Vitrolles, laboratoire du mégrétisme »:

« Autre symbole de sa volonté de rupture, la création, au mois de janvier 1998, d’une allocation municipale de la naissance », sous la forme d’une prime de 5000 francs (NDLR : 750 euros) offerte par la mairie aux couples « français ou européens » pour « encourager la natalité ». Incarnation de la vision du monde mégrétiste, un beau bébé blond joufflu aux yeux d’un bleu étincelant annonce la bonne nouvelle aux Vitrollais sur tous les panneaux municipaux  de la ville sous le slogan « Bienvenue à Vitrolles ». Cette décision discriminatoire éphémère sera successivement cassée par le Tribunal administratif de Marseille puis par le Conseil d’Etat puisqu’elle est contraire à la Constitution dont elle bafoue le principe d’égalité ».

Le Front National est donc prêt à remettre cela 13 ans plus tard. Et on veut nous faire croire qu’il a changé ? Pour ce faire, il faudrait donc déroger aux principes de l’égalité. Comment alors passer à nouveau le cap du Conseil d’Etat ? En provoquant sa dissolution ? En changeant l’adage de notre République par Liberté et préférence Nationale en toute fraternité ? Ce n’est plus un quinquennat qui se dessine, ce serait un coup d’état…


FNProg - MarcheMais d’autres positions tombent en contradiction totale avec la législation en vigueur en France et notamment le fameux chapitre sur le caractère sacré de la vie. Cela a toujours été au cœur du FN, notamment par l’influence des traditionnalistes et autres habitués de St Nicolas du Chardonnet. Le programme du FN fait une large place à la défense de la vie : « nous nous engageons à demander aux Français, par voie référendaire à la fin du quinquennat, de promouvoir une Nation moderne soucieuse du respect de la dignité humaine par l’inscription dans les textes, qui fondent son existence et son développement, du caractère sacré de la vie et l’affirmation du droit de la personne à être protégée par la loi de sa conception à sa mort naturelle ». Cela revient donc à remettre en cause la loi Veil. Cette proposition, qui, on le voit, est allégée par la voie référendaire, s’accompagne d’autres initiatives de la part des cadres du parti : le 15 février dernier Marine Le Pen se prononçait contre le remboursement de l’IVG dans La Croix considérant qu’il existe suffisamment de moyens de contraception. Louis Aliot, lui en sa qualité de Vice-président du Front National, est allé plus loin puisqu’il a invité les militants du Front National à défiler dans la Marche pour la Vie, aux côtés, faut-il le rappeler, des intégristes traditionnalistes parmi les plus sectaires et les plus chevronnés sur la question de l’avortement.

FNProg - VeilDepuis quelques temps, on tente de nous faire croire que le Front National tentait de rompre les ponts avec les traditionnalistes, notamment depuis le départ de Bernard Anthony. Pourtant, ne faut-il pas voir sur ce point un attachement certain à leurs valeurs morales ? Pourquoi remettre en cause ce droit fondamental qu’a une femme d’avoir le choix ? Pourquoi priver les femmes françaises d’avoir ce choix ? L’argument du taux de natalité et du seuil de renouvellement des générations ne tient pas. Alors quelle autre raison peut-on invoquer concernant cette position si ce n’est de réaffirmer une appartenance à des valeurs morales ultra conservatrices, de celles qui défendent Christine Boutin ou la droite puritaine américaine ?

Toujours dans la même thématique, le FN propose « la déclaration prénatale de consentement à l’adoption (qui) permettra à tout couple ne pouvant pas avoir d’enfants d’adopter l’enfant à naître d’une autre femme qui ne désire pas le garder. » Tout ce qui en somme éviterait l’avortement.

 

Pour terminer, l’épineux problème de l’homosexualité. Il faut dire que le Front National n’a pas toujours eu la tolérance naturelle à son égard en attestent quelques déclarations fracassantes de Jean-Marie Le Pen parmi lesquelles un tonitruant « L'homosexualité n'est pas un délit, mais constitue une anomalie biologique et sociale », déclaré le 13 février 1984, dans L'heure de Vérité, sur Antenne 2 , ou encore plus récemment à propos du PACS en 2002 sur Jeunesplus.org: « La loi (...) n'a pas à légiférer au profit de lobbies organisés (moins de trente mille personnes dont un quart à Paris), prétendant imposer leurs comportements déviants en modèle social normatif » (On notera  comme d’habitude la sortie de chiffres officieux et reposant sur des études parfaitement indentifiables…). « Anomalie biologique et sociale », « comportements déviants » : difficile de faire plus sectaire. Le FN nouvelle vague est moins rédhibitoire sur la question et l’on voit même dans les cortèges des FNJ pas mal de jeunes gays rejoindre les rangs du Front National. C’est en ce sens que Marine Le Pen dans sa fameuse diatribe sur les prières de rue en décembre dernier avait ajouté cette phrase assez peu commentée par ailleurs : « J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc ». Autant la démarcation avec l’antisémitisme primaire d’une partie du FN canal historique avait déjà été amorcée, autant cet anathème lancé sur l’homophobie dans les cités est plus saugrenu de la part de la Présidente du Front National.


IEP - FN 3Un ralliement à la cause gay d’autant plus détonant qu’il avait causé quelques troubles lors de la campagne interne au parti qui avait vu certains soutiens de Gollnisch « reprocher » à la futur présidente de s’être entourée ou d’avoir été soutenue par des militants pro-gay ou pour le moins ouvertement homosexuels, comme on a pu le lire sur le site edeo qui n’est pas réputé il est vrai pour son ouverture d’esprit sur la question de mœurs… Pire Vénussia Myrtil, secrétaire départementale adjointe du FNJ des Yvelines et soutien « féroce » à Marine Le Pen (adjectif relevé par un Gollnischiste et dont je ne prétends pas expliquer les sous-entendus), révélait en octobre 2010 sur sa page Facebook une position pro-lesbianiste (Diantre !), féministe (Mon Dieu !) et… pro-avortement (Vade Retro Satanas !!!!)… Le site des Intransigeants, clairement tradi, qui entre-temps a dû fermer ses portes, ajoute même que l’accusée est « obsédée »… On le voit, la question de l’homosexualité  est loin de faire l’unanimité dans les rangs du FN…

D’ailleurs, cet intérêt soudain pour la cause homosexuelle s’organise surtout dans un front commun contre l’islam que l’on caricature en islamisme systématique. Un stratégie qui n’est pas neuve mais empruntée à deux de nos voisins européens, la Suisse et les Pays-Bas, comme l’explique un membre du Centre LGBT d’Ile-de-France :

« Ces dernières années, les mouvements populistes d’extrême droite, néerlandais en particulier, ont clairement pris la défense des gays et des lesbiennes agressés dans les banlieues par des jeunes néerlandais d’origine arabe et ont ainsi fait d’une pierre deux coups, rallier un certain nombre d’homosexuels qui se sentent abandonnés par une politique de la ville souvent indigente et allonger leur liste des victimes de la religion musulmane ».

Ce n’est donc clairement pas par esprit d’ouverture à la modernité que le FN s’intéresse donc aux Homos, mais bien pour satisfaire l’objectif prioritaire, à savoir la lutte contre l’Islam d’Europe. Raison pour laquelle le FN reste réfractaire et farouchement opposé au PACS, au mariage gay ou encore à l’homoparentalité, position qui permet aux Marinistes et aux Gollnischistes de se retrouver sans ambigüité :

FNProg - Gay« La famille doit se fonder exclusivement sur l’union d’un homme et d’une femme et accueillir des enfants nés d’un père et d’une mère. Nous nous opposerons donc à toute demande de création d’un mariage homosexuel ou d’une adoption par des couples homosexuels ».

 Un argumentaire des FNJ, rédigé par Antoine Mellies et intitulé : « LE MARIAGE HOMOSEXUEL, COMBAT DES LOBBIES, PAS DES HOMOSEXUELS », explique que les homosexuels ne sont pas même demandeurs de tels dispositifs, argument étayé brillamment par la position de deux pointures intellectuelles qui forcent le respect : Hervé Villard et Laurent Ruquier, cités comme étant « pourtant rouages éminent du Système ». Face à de tels arguments, il vaut mieux s’incliner…

 

A y regarder de plus près, il n’y a finalement guère de différence finalement entre le FN de papa et celui de 2012. Les positions restent conservatrices, portées sur les valeurs catholiques traditionnalistes, jetant l’opprobre sur les familles qui ne sont pas françaises de souche, remettant en question le droit fondamental qu’est la liberté de choix pour une femme d’avorter ou non, et remettant les gays si ce n’est à une clandestinité, pour le moins à un anonymat social, histoire de ne pas faire trop de bruit… à partir du moment où il partage l’anathème lancé sur l’islam d’Europe. Il n’est donc pas bien sûr que l’on puisse en déduire que le FN a réellement changé sur sa vision de la société…

Partager cet article
Repost0
12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 17:13

Quel capharnaüm suite aux déclarations fracassantes de Laurent Wauquiez ! Lui, le bon élève de la classe Sarkozy, le benjamin, le genre d’abonné au premier rang, toujours bien élevé, toujours bien coiffé, toujours tout sourire, que l’on a envie de baffer à la sortie de la récré. Incroyable scénario qui voit ce homme au parcours sans faute, à la rhétorique si policée, à la pensée toujours nuancée se faire prendre comme un débutant.

Oui tellement incroyable… que je n’en crois pas un mot. Pas un seul.

laurent-wauquiez-le-11-mai-2011-10456854njvlf 1713Revenons un peu sur les polémiques de l’UMP. Difficile d’en dresser une liste exhaustive depuis le début du quinquennat. Chaque semaine, des sorties, en apparence incontrôlées, viennent émailler le quotidien des médias, qui trop heureux se de mettre un peu de soufre sur la dent, en font leur choux gras en déclinant à l’envi ce mot devenu un tic de langage  : couac. Et force est de constater que le rythme s’accélérant, le couac est devenu le toc de l’UMP :  Des immigrés dans un bateau jusqu’au débat sur la laïcité, de la suppression du bouclier fiscal à celle de l’ISF, d’une laïcité « ouverte » prête à financer des mosquée jusqu’à le rétablissement d’un concours d’entrée en sixième type « certificat d’étude », des salles de shoot jusqu’à la possibilité envisagée de faire composer des étudiants juifs la nuit pour cause de Pâques juive, de la destitution possible de la nationalité française au sentiment de ne plus être chez soi, de la croisade en Lybie l’embauche à vie des fonctionnaires… Toutes ces sorties médiatiques qui ont alimenté la chronique et provoqué tollé sur tollé ne sont pas toutes l’œuvre d’anonymes députés de l’UMP en mal d’images, comme l’excentrique et non moins extrémiste Chantal Brunel ou encore l’inutile Christian Jacob. Non. Ils ont pour la plupart des noms biens connus, des fonctions parmi les plus hautes placées, des responsabilités qui montrent la confiance que Nicolas Sarkozy leur porte : Valérie Pécresse pour l’histoire des étudiants juifs, Jean-François Copé pour le certif’ et le débat sur la laïcité, Roselyne Bachelot pour la salle de shoot, Benoit Apparu pour la laïcité light ou laïcité zéro selon vos goûts,  Brice Hortefeux pour la destitution, et Claude Guéant pour… l’ensemble de son œuvre.

Et croyez-vous que tout ce joli monde se permettrait autant de dérapages, autant de polémiques, porteurs d’opprobre publique et de baisse dans les sondages avec la mansuétude de Nicolas Sarkozy ? Pensez-vous vraiment que tout ceci ne serait que le fruit d’un hasard et d’une totale improvisation ? En tous cas les médias semblent le croire puisqu’ils relayent chacune de ces polémiques. Et les opposants politiques n’en ont cure puisque cela donne de l’eau à leur moulin de la critique pavlovienne. Tout est beau dans le meilleur des mondes.

Sauf que tout ceci est parfaitement calculé. Avec deux mots d’ordre : tester l’opinion publique. Mais surtout que l’on en parle. Et ça marche.

Pour preuve, analysons la dernière en date, celle par laquelle j’ouvrais mon billet, celle de Monsieur Wauquiez.

En apparence, tout ressemble à une sortie de route : le style « l’assistanat, cancer de la société », les remontrances de Fillon qui affirme que la séquence sur le bilan des quatre ans vient d’être gâchée, la gauche, les Verts, Mélenchon, les faux-culs faux-centristes avec Daubresse en tête à queue avec le parti dont il est vice-président, le relais médiatique tambour battant… A l’unisson.

BuissonSauf que cette idée n’a pas eu que des opposants. Et les débats se multiplient pour savoir si c’est une bonne ou une mauvaise idée. Encore une fois, la droite se divise entre des libéraux qui veulent se droitiser et les autres qui jouent les offusqués. En arbitres, Fillon et Sarkozy viennent siffler la fin de la récré et tranchent en faveur des plus bruyants, ceux qui se sont plaints. « On en tiendra compte pour le programme de 2012 »… Le beau rôle. Officiellement on a gâché le bilan des quatre ans. Officieusement, qui a pu croire deux secondes dans l’entreprise de persuasion lancée par le gouvernement pour vanter quatre années d’incompétence ? En ces temps où les primaires socialistes et les affaires de jaguar prenaient trop de place, il était temps de reparler un peu de l’UMP. Le coup de com’ est parfaitement réussi.

D’autant, qu’en idiot utile, Martin Hirsh, papa du RSA, vient le rappeler et y ajouter sa graine :

 

 

 

Cette intervention est autrement plus efficace pour vanter le bilan des quatre ans, surtout de la part d’un débarqué plutôt amer, trop content de faire la leçon, plutôt que la campagne d’affichage et de publication organisée par Sarkozy et sa fine équipe de com’, non ?

Autre point subtile, notée par Nicolas Domenach. L’idée ne vient pas de Wauquiez, ce dernier n’étant que le porte-parole d’un conseiller et non des moindres : Patrick Buisson !

 

 

 

Pensez-vous vraiment que Monsieur Buisson se serait permis une telle sortie, même déguisé sous les oripeaux du délégué aux affaires européennes, sans en avoir averti le Président lui-même ? Quelle bonne blague !

Et à ceux qui douterait que l’Elysée soit capable de pareille manœuvre, sans doute faut-il rappeler ce passage de l’émission Complément d’enquête diffusée lundi soir sur France 2 et qui évoquait les stratégies pour le moins farfelues de Monsieur Buisson et qui ont tant de succès auprès du Président :

 

 

La stratégie est donc bien double ici : à court terme, créer du débat et quoi qu’il arrive avoir le bon rôle (celui qui arrête les polémiques quitte à renier les siens, ou au mieux, prendre l’idée au vol si la réception se veut positive), et faire doper le score du Front National en créant un climat délétère. C’est à présent une certitude : Wauquiez n’est qu’un prétexte, un simple vecteur d’une idée voulue par Sarkozy et soufflée par son conseiller Monsieur Buisson. Rentrant dans son logiciel politique qui condamne l’assistanat, l’idée a pu ainsi atteindre l’opinion publique et très vite dans les 48 heures un sondage d’opinion viendra confirmer ou infirmer l’opportunité d’une telle proposition de loi. C’est la stratégie du fusible : s’il tient malgré le court-circuit, il le laisse et l’utilise. S’il a sauté, il pourra le remplacer par un autre et dire qu’il était responsable de la panne. Ce qu’il ne dit pas c’est que l’incendiaire a un nom composé : Nicolas Sarkozy Buisson. 

Vous n’êtes pas encore convaincus ? Ne vous inquiétez pas ! A encore 11 mois de la Présidentielle, vous n’avez encore rien vu…

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche