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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 10:14

Vincent Peillon et François Hollande lors d'une visite à Trappes, le 3 septembre 2012 (T.CAMUS/AFP).

 Vincent Peillon et François Hollande lors d'une visite à Trappes, le 3 septembre 2012 (T.CAMUS/AFP).

 

Mais pourquoi François Hollande avait-il prévu de faire son discours pour l’école le jour même du vote de la ratification du traité européen ? S’il voulait masquer ce chantier pourtant essentiel pour l’avenir, nul doute qu’il ne s'y serait pas pris autrement.

 

Pourtant, le Président l’a rappelé, l’école c’est l’essence même de notre nation, et sa maladie, maintes fois diagnostiquée, affaiblit nos forces vitales :

 

"Chaque fois que cette Education Nationale connaît un échec, subit une agression, peine à atteindre ses objectifs, c'est tout le pacte républicain qui est mis à mal."

 

Des premières décisions décevantes

 

Lors de la campagne présidentielle, j’avais sévèrement jugé la partie congrue réservée à l’éducation par le futur président, lui qui s’était contenté de radoter sous la forme d’un gimmick la création de 60.000 postes supplémentaires, évoquant de manière évasive une refondation de l’école urgente par la grâce d’un Vincent Peillon aussi abstrait qu’impressionniste dans ses objectifs.

 

La gauche semblait à nouveau se complaire dans la dépense publique avec la création de postes en réponse pavlovienne après dix ans où la droite s'était évertuée à supprimer des postes par pure idéologie. 

 

La concertation lancée cet été avait accouché en début de semaine d’un rapport, baptisé avec force et volontarisme "Refondons l’école de la République". Qu'en a retiré le président de la République ? Force est de constater que tant sur les objectifs que sur l’art de la synthèse, dont il s’est pourtant fait plus une spécialité, et même une réputation, François Hollande a déçu.

 

Concernant les premières décisions d’importance, le président a rappelé son "plein accord au projet d’enseignement de la morale laïque", tout en précisant que "la première vocation de l’école c’est de transmettre un savoir, une connaissance". Ces deux points en guise de préambule pourraient sonner comme autant de truismes puisque l’on va à l’école pour apprendre et que l’école est gratuite et laïque depuis Jules Ferry.

 

Un manque de précision

 

Mais celui qui n’a pas suivi précisément le parcours chaotique de notre chère Éducation nationale depuis 30 ans ne peut comprendre en quoi ces rappels sont essentiels dans la marche à suivre. Surtout quand on sait que les affaires de signes ostentatoires qui ont réussi à troubler l’équilibre républicain, bien aidé par le Conseil d’État qui s’était plus que fourvoyé dans l’affaire de Creil en 1989, avaient contraint l'État à légiférer en mars 2004.

 

Surtout quand on sait combien la transmission du savoir était devenue polémique, les "pédagogistes" préférant noter les savoir-faire, et envoyant aux reliques les connaissances qu’ils entendaient circonscrire aux bibliothèques bourgeoises, au même titre que l’orthographe, rebaptisé "science des ânes" par leurs ayatollah dans les formations de l’IUFM auxquelles j'ai pu assister.

 

Ces instituts de formation justement, qu’il fallait réformer mais que la droite a décidé avec une crasse bêtise de supprimer, privant les primo arrivants d’une formation digne de ce nom, mais dont le retour, sans ajustement, planait telle une épée de Damoclès. Et sur ce point, François Hollande s’est montré clair… sans être pour autant précis :

 

"ll ne s'agira pas de revenir aux écoles normales, pas davantage aux IUFM. Nous allons faire du neuf : avec les écoles supérieures du professorat et de l'éducation, autour de l'idée de la professionnalisation."

 

Pas d’IUFM mais des ESPE. Mais qu’entend-il par l’idée de professionnalisation ? Le président évoque bien des stages plus spécifiques et s’il entend conserver le concours comme seul accès à la profession (et le monde de l’Éducation peut respirer), il propose d’y intégrer l’évaluation des savoir-faire. Mais pour quelle part ? Et quid de l’évaluation de "la motivation et des qualités nécessaires au métier" évoquées dans le rapport remis ?

 

Peu de propositions sur la crise des vocations

 

De la même manière, on peut légitimement parler de flou artistique concernant le recrutement de 10.000 enseignants par an, malgré un questionnement salutaire : "Qu’est ce qu’une nation (…) qui décourage les vocations ? Ça ne peut être la France".

 

Le verbe est de qualité, mais les réponses apportées ne sont pas à la hauteur, loin s’en faut. Car pour endiguer la crise des vocations, qu’a-t-il d’autre à proposer que 6.000 "emplois Avenir Professeur" pour créer un pré-recrutement ?

 

Encore prend-il la peine d’éviter de dégoûter les futurs postulants en promettant d’améliorer leurs conditions d’entrée dans le métier. Mais en quoi la création de postes amènent-elle l’accroissement d’une vocation ? Le nombre de candidats aux concours ne permet déjà plus de pourvoir les postes proposés notamment en mathématiques, alors en quoi 6.000 postes de plus aideraient à l’affaire ? En quoi rassureront-ils celui qui voit, depuis le début de l’année, une violence redoublée à l’égard des enseignants et qui trône avec majesté à la une de tous les JT vespéraux ?

 

D’ailleurs, concernant cette violence, François Hollande reste avare en propositions se contentant de rappeler la création déjà effective d’assistants de prévention et de sécurité, et qui visiblement ne sont pas encore opérationnels à suivre l’actualité. Le président promet : "Mais l’État devra répondre à cette menace de la violence". Oui, Monsieur le Président, elle le "devra" surtout quand il ne s’agit plus de menace mais de passages à l’acte concrets…

 

Une vision du redoublement incohérente

 

Mais plus grave encore, certaines orientations dévoilées ne sont pas seulement opaques : elles apparaissent d’emblée comme nocives, certaines ayant déjà fait la preuve de leur inefficacité, voire leur dangerosité.

 

Ainsi, François Hollande dit faire sienne la proposition du rapport visant à "remplacer le redoublement" et que lui résume en "le nombre devra être réduit". Ce postulat purement idéologique est fondé sur une mauvaise analyse et, plus grave, relève d’une profonde incohérence.

 

L’erreur vient du fait de continuer à faire croire que l’on redouble en France alors qu’en réalité, on redouble de moins en moins, et notamment au collège. En 2012, une classe de 6e compte un, tout au plus deux élèves ayant une année de retard. Nous sommes donc loin du fantasme qui impose tel un cliché.

 

La motivation des détracteurs du redoublement est que ceux qui redoublent réussissent moins que les autres, ce qui est un pléonasme, puisque l’élève qui a redoublé a le plus souvent des difficultés pour comprendre ou assimiler. Et surtout, le constat oublie tous ces élèves qui ont une maturité moins précoce que la normale et qui ont besoin de davantage de temps pour comprendre les choses.

 

Pourquoi ne pas respecter leur rythme d’apprentissage, alors que l’on ne cesse par ailleurs de nous rabattre les oreilles avec les rythmes scolaires, histoire de réduire les vacances de ces "feignasses de profs" ?

 

Il veut concilier les opposés

 

Autre orientation mortifère, celle de l’évaluation telle qu’elle se pratique et qui est qualifiée de "notation-sanction". Le rapport préconisait littéralement de l'abolir quand François Hollande demande lui de la diversifier. Mais au nom de quelle idéologie changerait-on la notation sinon à vouloir créer un énième placebo pour casser le thermomètre et pour tenter de faire croire que "tout va bien Madame La Marquise" ?

 

Quand la note est mauvaise, ce n’est pas le système qui est défaillant mais l’apprentissage ! On confond les causes, les conséquences et les moyens.

 

Cette folle dérive nous a déjà amené la note de vie scolaire au collège, qui vaut chaque trimestre pour une moyenne équivalente au français ou à l’anglais. Ou encore le socle des savoirs et des connaissances, qui tente de remplacer les notes même si on entend le contraire et qui est loin d’être compréhensible pour les parents, critère qui semble motiver la volonté des rapporteurs du rapport de faire la peau à la note sur 20.

 

La réalité, c’est que François Hollande a fait une synthèse absconse en ce qu’elle semble vouloir concilier les opposés : d’un côté, il réaffirme que la mission première de l’école est la transmission des savoirs, et de l’autre, il n’entend les évaluer que de manière positive. Ou comment réconcilierPhilippe Meirieu et Jean-Paul Brighelli.

 

On ne peut pas avoir une exigence forte d’un côté et un laxisme pour masquer les insuffisances de l’autre. La tentation de l’évaluation de type "école des fans" aboutit aujourd’hui à la création de cours d’orthographe et de syntaxe dans les IUT faute d’un niveau de maîtrise suffisant de la langue.

 

Les responsabilités des élèves occultées

 

Le rapport remis à François Hollande, et qu’il a finalement accepté sans broncher, occulte pourtant une donnée fondamentale : il accable l’école, son système, son fonctionnement, trouvant des circonstances atténuantes, mais oublie que la principale raison de l’échec scolaire est l’absence d’apprentissage pur et simple.

 

Les responsabilités de l’élève sont complètement occultées, et seule l’école, ce grand mot tiroir où l’on range tout son linge sale, devient l’unique et seule coupable.

 

On n’apprend plus le calcul mental parce que c’est trop contraignant et parce que l’on a machines capables de le faire, elles qui ont été conçues par des ingénieurs qui eux ont les bases et qui exploitent la misère intellectuelle de ceux qui ne les ont pas. Cynisme d’un cercle vicieux qui fait du savoir le cadet des soucis de l’Éducation nationale.

 

Ainsi, on remet en cause cette autorité du savoir du professeur en dénonçant "une pédagogie frontale traditionnelle" en regardant du côté de la Finlande et en oubliant que le 2e pays le plus performant en matière éducative est la Corée qui pratique une pédagogie complètement inverse.

 

Les équipes pédagogiques affaiblies

 

Après avoir fait tant d'efforts pour cacher l’absence de savoir, voilà que l'on pense donc désormais à abolir les notes. Et pourquoi alors ne pas donner aussi aux parents la possibilité "d’avoir le dernier mot" en termes de passage et d’orientation y compris en classe de seconde, comme le préconise le rapport ?

 

Ou comment véritablement enlever tout moyen aux équipes pédagogiques de mettre à profit leur expertise et les priver de toute autorité puisque leurs décisions sont assimilées à de l’autoritarisme...

 

Alors François Hollande a beau jeu de déplorer que l’école ait été tellement "affaiblie dans ses prérogatives". Mais pourquoi n’a-t-il pas eu le courage de s’opposer à certaines préconisations ? Pourquoi aussi en avoir adoptées certaines tout aussi mortifères ?

 

Le retour aux neuf demi-journées au primaire, l’enseignement de la morale laïque ou la volonté, ô combien nécessaire, de rendre pérenne les contrats des personnels non enseignants qui accompagnent les élèves handicapés ou en grande difficultés aux côtés des professeurs, ne suffisent pas à faire de cette refondation de l’école "façon François Hollande" une réussite programmée.

 

Bien au contraire, les orientations du président amènent davantage d’interrogations et d’inquiétudes que de promesses pour l’avenir. 

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9 octobre 2012 2 09 /10 /octobre /2012 10:13

Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée, alors porte-parole de François Hollande, sur le plateau de LCI, le 8 mars 2012, Boulogne-Billancourt (SIPA).

Bruno Le Roux, président du groupe PS à l'Assemblée, pense qu'il y aura une "majorité claire" de gauche pour voter le traité (SIPA).

 

TSCG. Alors qu’il ne fait aucun doute qu'une large majorité de députés votera en faveur de la ratification du traité européen cet après-midi à l’Assemblée nationale, la bataille fait rage pour savoir si la gauche emportera la mise avec ses seules forces. Depuis quelques jours, certains députés de la majorité, et notamment les Verts, ont annoncé leur refus de voter pour.

 

Considérant que le traité était insuffisant à leur yeux. Mais estimant certainement aussi qu’il n’y avait pas besoin de leur soutien, sachant que l’UMP se réjouit déjà de voter un traité préparé de longue date par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel et que François Hollande n’aura finalement amendé que de manière homéopathique, contrairement à sa promesse de campagne.

 

Les frondeurs ne sont pas toujours animés par la bonne foi : combien sont ceux qui refusent de voter la ratification du traité quand ils voteront pour l’adoption du budget 2013, pourtant entièrement fondé sur les critères dudit traité ? L’incohérence avait été relevée au nez de Jean-Vincent Placé, qui l’avait esquivée au prix de digressions grossières. Le manque de cohérence est à souligner et il n’est pas bien certain que tous les députés de gauche n’aient pas d’autres idées en tête en procédant de la sorte.

 

L'Assemblée n'est pas une chambre partisane à réflexes pavloviens

 

Pour autant, comment accepter que Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée, ait cru bon d’envoyer une missive à l’ensemble des députés de la majorité en leur rappelant qu’il était impératif de respecter scrupuleusement la consigne de groupe en faisant état d’un "règlement" :

 

"Je tiens à te rappeler que l'article 17 de notre règlement prévoit que l'unité de vote est la règle. Les députés qui adhérent au groupe s'engagent à adopter et respecter un mode de fonctionnement collectif. Les questions qui engagent le groupe sont librement débattues mais, une fois la position du groupe arrêtée, la discipline de vote et d'expression est une règle impérative."

 

Comment réduire à ce point l’Assemblée nationale à une chambre pavlovienne qui vote non selon le bien-fondé d’une loi mais au nom de motivations purement partisanes ? Notre pouvoir législatif se résumerait-il à un enregistrement automatique d’un projet provenant directement de l’Élysée ? Assumée d’une manière tellement ostentatoire, cette position est d’un cynisme qui insulte la démocratie et dénature les prérogatives originelles de l’Assemblée nationale.

 

La question ne devrait pas être de savoir si la ratification sera adoptée avec les seules voix de gauche. L’essentiel est tout de même de savoir comment l’on procède pour respecter les termes du traité, avec la réduction du déficit public à hauteur de 3% du PIB dès 2013, quand on sait que le FMI envisage pour l’an prochain une croissance réduite en comparaison des projections établies de manière trop optimiste par le gouvernement Ayrault.

 

Les lubies partisanes de l'hydre bipartite sont stériles

 

En d’autres termes, il est plus intelligent de se demander comment on lutte contre la crise plutôt que de s’écharper pour savoir s’il aura fallu l’UMP pour ratifier le traité. Et quand bien même ce serait le cas, comment ne pas se réjouir de voir que l’immense majorité s’entende et travaille de concert sur un sujet aussi important que l’Europe ? Doit-on subir encore et toujours les turpitudes stériles de l’hydre bipartite quand le sujet ne l’impose même pas ?


Et d’ailleurs, il est éprouvant et exaspérant de voir que le PS (tout comme l’UMP au temps où ce parti avait les manettes) reproduit éternellement les mêmes erreurs. Car la gauche a déjà payé cher de privilégier des lubies partisanes au détriment d’un accord sur des valeurs et sur le "travailler ensemble".

 

N’est-ce pas le PS qui a préféré ignorer le geste historique de François Bayrou dans l’entre-deux tours de la présidentielle ? N’est-ce pas le PS qui a maintenu, en dépit de toute éthique et à la gloire d’un esprit partisan, la candidature de Nathalie Chabanne aux législatives, elle qui finira par déboulonner le président du MoDem ? N’est-ce pas pourtant elle qui votera contre la ratificationquand François Bayrou aurait voté pour ? On appelle cela l’ironie du sort. Cette leçon vaut bien une minorité sans doute.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 10:12

Francois Baroin au Palais de l'Élysée le 08/02/2012 (CHESNOT/SIPA)

Francois Baroin au Palais de l'Élysée le 08/02/2012 (CHESNOT/SIPA)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’entretien accordé au présentateur de France 2 a parfaitement dissipé les doutes sur les motivations de François Baroin, qui sont loin d’être intéressées comme l’on a pu l’entendre ici ou là. Et ce ne sont pas tant les explications qui nous ont fourni la clef de l’énigme que sa réaction aux récentes déclarations de Jean-François Copé.

 

Baroin a clairement marqué sa désapprobation vis-à-vis de Copé

 

En effet, à Laurent Delahousse qui l'interrogeait quant à l'influence du choix stratégique de Copé ("racisme anti-blanc", affaire du "pain au chocolat") sur sa décision de soutien à François Fillon, François Baroin a répondu ceci :

 

"Mais évidemment, moi je suis un chiraquien, profondément. Et je suis un humaniste et un profond républicain. Et je sais d’où vient l’UMP, j’en ai été un des fondateurs, j’en ai été le porte-parole, j’en ai été le secrétaire général.

 

Je suis un responsable politique actif. L’UMP c’est la réponse de la droite et du Centre au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, avec Le Pen présent. Donc c’est la réponse de la droite et du centre au refus de tous les extrémismes. Tous ces discours, ces petites phrases sont toxiques. Elles sont dangereuses. Et elles altèrent le pacte républicain. Et j’ajoute que c’est une erreur d’analyse. Donc évidemment je ne partage pas l’analyse de Jean-François."

 

La réponse est forte et risque de peser dans l’élection à venir. Elle semble d'ailleurs dessiner deux clans : d’un côté, ceux qui respectent le pacte républicain originel de l’UMP, à savoir le combat sans ambiguïté contre l’Extrême droite, et de l’autre ceux qui sont prêts à piocher quelques idées ou quelques déclarations dans le répertoire du FN, quitte à rompre le pacte qui a fondé le parti.

 

Une nette condamnation des dérives extrémistes au sein de l'UMP

 

Deux courants antinomiques et incompatibles. Comme en attestent les maux de la discorde employés par l’ancien Ministre du budget : des petites phrases "toxiques", "dangereuses" qui "altèrent le pacte républicain". Des mots lourds de sens et que l’on croirait empruntés à la bouche de la majorité présidentielle actuelle.

 

Mais au-delà de l’aspect stratégique qui est exposé ici, la condamnation de François Baroin est d’autant plus puissante et convaincante qu’il déplore ce qu’il appelle une "erreur d’analyse", quand d’autres, dans son parti, y compris François Fillon dans l’affaire du "racisme anti-blanc" se contentent de protéger Jean-François Copé en expliquant qu’il n’y a pas sujet "tabou". Un réflexe qui semble étranger à François Baroin, qui lui en préfère un autre aux relents plus "républicains" : 

 

"Mais nous n’avons pas à aller sur ce terrain-là. Ce ne sont pas nos mots, ça n’est pas notre dictionnaire, et j’ajoute que ça nous affaiblit. Et j’ajoute que ce sont des discours de minoritaires. On doit rassembler."

 

La bataille sémantique promet d’être houleuse la semaine où certains revendiquaient justement l’usage de certains mots ou certaines expressions expliquant qu’ils n’étaient pas la propriété privée de Marine Le Pen. Ce qui rappelle la même périlleuse situation de Nicolas Sarkozy quand, dans l’entre-deux tours, il avait pillé le programme du Front national en proposant la présomption de légitime défense pour la police.

 

Copé mis à l'amende, Sarkozy innocenté : une indulgence suspecte

 

Nicolas Sarkozy justement et sa fin de campagne... Car si François Baroin condamne le tournant pris par Jean-François Copé, nul ne peut ignorer qu’il se place pourtant dans la droite lignée des derniers jours de la campagne présidentielle. Une analyse face à laquelle, encore une fois, François Baroin s'inscrit en faux :

 

"Certains pensent que Nicolas Sarkozy a monté à la fin de l’élection présidentielle avec ce type de discours. C’est pas vrai. Il est remonté profondément par sa force vitale exceptionnelle, par son énergie hors du commun, par son caractère de combattant infatigable, par la peur d’une aventure socialiste aussi."

 

Comment François Baroin peut-il clouer Copé au pilori et excuser Nicolas Sarkozy, pourtant passé maître dans l'art de siphonner l'électorat du Front national en empruntant sa sémantique, ses valeurs et des pans de programme ? Une mansuétude suspecte. Et qui prend tout son relief à la fin de l’interview :

 

"Quand on a été au gouvernement et qu’on a appartenu à la majorité dans la période qu’on a traversée, on assume tout et moi, comme Ministre de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de François Fillon, j’assume tout ce qui s’est fait."

 

Puis quand Laurent Delahousse insiste en lui demandant : "Même cette dernière ligne droite qui était peut-être un peu trop droitière selon certains ?", François Baroin semble chercher ses mots, lui d'habitude si sûr de lui, dodelinant la tête, son corps trahissant son embarras, puis finissant par dire : "J’assume tout mais on a été battus."

 

La confidence en est presque troublante. Sans doute parce qu’elle est humaine. Oui François Baroin n’a pas le choix. Et François Fillon non plus. On ne peut renier un gouvernement auquel on a participé de la même manière que l’on ne peut renier une campagne que l’on a soutenue. On se souvient ce qu'il en a coûté au PS quand ses cadres avaient lâché Ségolène Royal après le second tour, certains n'ayant même pas attendu la fin du scrutin.

 

La fidélité avant les principes

 

La fidélité doit l’emporter parfois sur les principes. Et ce même si finalement, François Baroin, par son hésitation, montre à quel point il est difficile de TOUT assumer. Mais renier ce que l'on a soutenu serait très mal venu à un moment où il faut rassembler toutes les forces de droite. Sans ostracisme. 

 

La campagne pour la présidence de l’UMP ne peut se payer le luxe d’être oedipienne : on ne tue pas le père impunément. Alors il faut assumer l’héritage. La tête haute. Même si les joues sont au moins rouges que les fesses meurtries par la défaite.

 

Car François Baroin n’est pas dupe : "mais on a été battu". Comme pour rappeler que la dérive droitière n’a finalement pas triomphé. Comme pour montrer qu’il sera temps, sitôt la tête de la présidence de l'UMP décidée, de fixer d’autres caps et d’enterrer un patrimoine bien encombrant. 

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 10:12

JF Copé publie début octobre un livre-programme

Jean-François Copé et son livre "pour une droite décomplexée". Il y parle de "racisme anti-blanc". (FAYOLLE PASCAL/SIPA)

 

Cette fois c’est officiel : Jean-François Copé n’a pas seulement l’envie de briguer la présidence de l’UMP. Il entend désormais annexer le Front national, ses électeurs et surtout, surtout, son programme. Le disciple Copé veut dépasser le Maître Sarkozy.

 

Le racisme anti-blanc, en version "viennoiserie"

 

Après l’affaire du racisme anti-blanc, qui aura vu l’ensemble des cadres de la droite, Fillon en tête, perdre l’occasion de montrer une bonne fois pour toute que les errances de Sarkozy durant la présidentielle, qui avait fait un hold-up sur les valeurs du FN n’étaient que souvenirs macabres à oublier, Jean-François Copé a fait encore plus fort vendredi soir à Draguignan dans son meeting.

 

Déclinaison sur le même thème, mais en recette briochée cette fois-ci :

 

"Il est des quartiers, où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan. Il est des familles de France qui vivent en silence leur souffrance et à qui personne ne parle jamais autrement qu’en les stigmatisant et en les traitant de tous les noms au point qu’ils sont obligés aujourd’hui de baisser la tête et de partir s’ils le peuvent le plus loin possible alors qu’ils sont citoyens de la République française."

 

Déclaration faite à Draguignan, terre de Marion Maréchal Le Pen. Plus qu’un symbole : un programme.

 

L’argument par l’exemple. L’appel à l’émotion et au pathos. Flatter l’auditoire dans ses instincts primaires. Et surtout piéger ses adversaires en retournant contre eux leur argument, car combien de musulmans pourraient se sentir légitimement concernés par ce réquisitoire à double sens si on inversait la donne en utilisant la même phrase : "Il est des familles de France qui vivent en silence leur souffrance et à qui personne ne parle jamais autrement qu’en les stigmatisant et en les traitant de tous les noms au point qu’ils sont obligés aujourd’hui de baisser la tête et de partir s’ils le peuvent le plus loin possible alors qu’ils sont citoyens de la République française" ?

 

Des accusations d'autant plus douloureuses que le candidat à la présidence de l'UMP accusent ses bourreaux des maux mêmes dont ils souffrent. La rhétorique selon Copé est redoutable. Les sophistes doivent applaudir dans leur tombeau.

 

Donc si l’on résume bien, ceux qui ne sont pas français volent des consoles de jeux dans certains quartiers. Mais en outre, ceux qui font le ramadan volent les pains au chocolat des pauvres enfants français… Mais alors c’est donc bien sûr : le problème en France, c’est que les Français sont terrorisés par ceux qui les volent et les soudoient et qui ne peuvent donc qu’être musulmans puisqu’ils respectent le ramadan.

 

Une stigmatisation qui n'a qu'un seul nom : le racisme

 

Jean-François Copé ne peut se réfugier derrière une lutte contre l’intégrisme ou encore celle contre la délinquance. Personne ne serait assez manichéen pour nier en effet qu’il existe dans certains quartiers des zones de non-droit où des terroristes de la pensée prônent un racisme anti-blanc ou tentent d’imposer la charia.

 

Mais c’est une chose que de considérer que cela existe et il en est une autre de faire comme si cela était un problème existentiel et primordial en ces temps de crise. Ces digressions n’ont aucun rapport avec les maux actuels de notre République qui ont davantage à faire contre la dette et l’absence de croissance.

 

Ce détournement est caricatural, grossier et vulgaire. C’est clairement l’expression d’un ostracisme à l’encontre des citoyens qui pratiquent une religion. C’est même à y regarder de plus près, une véritable atteinte à la laïcité, puisque Jean-François Copé différencie un culte plutôt qu’un autre, suggérant implicitement que ceux qui volent seraient nécessairement musulmans. Il pourra toujours rétorquer qu’il n’a jamais dit que tous les musulmans étaient voleurs mais la ficelle serait sans doute un peu trop grosse.

 

Une vision manichéenne de la société

 

Les Français et le pain au chocolat, les musulmans et le vol : voilà la vision binaire et manichéenne de la société qu’a à offrir Jean-François Copé pour la droite française. Cette fameuse droite qui se réclame du Général de Gaulle qui a lui-même combattu les Nazis qui n’ont pas eu d’autres discours à l’encontre des Juifs. Cette fameuse droite qui a déjà cautionné Nicolas Sarkozy qui, dans son deuxième clip de campagne des présidentielles, avait distillé de manière subliminale un panneau douane écrit en arabe.

 

Cette même droite qui, à l’image de Fillon, préfère protéger les siens plutôt que de dénoncer des clichés racistes insupportables. Cette même droite que l’UDI de Jean-Louis Borloo continue de ne considérer comme seul interlocuteur possible et qui attire tant de militants du MoDem. Cette même droite qui abrite le maire du 8ème arrondissement de Paris et qui amalgame homosexualité, pédophilie, polygamie ou encore inceste.

 

Cette droite-là n’est assurément pas républicaine. Cette droite-là n’est qu’un cheval de Troie dans notre République. Une imposture qui cache des idées nationalistes et xénophobes et qui confirme à Marine Le Pen que plus que jamais 2017 sera son heure, surtout à un moment où les électeurs de l’UMP pensent que l’alliance avec le FN est nécessaire.

 

Jean-François Copé n’a pas seulement tenus des propos dégueulasses : il a sali la France, sali la politique, sali les valeurs républicaines.

 

Ne reste à Fillon que la condamnation. Sans états d’âme. A moins de ne considérer que l’UMP ne devienne bientôt l’UMPN.  

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:11

Christine Boutin à l'Assemblée nationale le 2 octobre 2012 (Sipa)

Christine Boutin à l'Assemblée nationale le 2 octobre 2012 (Sipa)

 

Christine Boutin est sur tous les fronts en ce moment. Même si la Madone des Yvelines n’est plus députée, elle n’en demeure pas moins un des principaux hérauts de la fronde qui s’agite contre le projet de loi qui tente d’ouvrir le mariage aux homosexuels, quitte à assimiler elle aussihomosexualité et polygamie, en chœur avec Civitas.

 

Rassurez-vous, la bigote qui radote n’a pas l’intention de ranger au placard son bâton de pèlerin. Pour autant, c’est pour une tout autre raison la présidente du Parti chrétien démocrate fait la une de l’actualité en ce jour : la quête du dimanche a été fructueuse à en croire "Valeurs Actuelles" à qui elle confie sans état d’âme qu’elle a monnayé son retrait à la course présidentielle contre la somme rondelette de 800.000 euros ! L’histoire ne nous dit pas si une fois l’argent jeté au sol, elle se jeta sur le sol pour les ramasser tel Judas mais l’affaire mérite d’être lue en détail :

 

"J'ai passé une alliance avec Nicolas Sarkozy en février, quand j'ai retiré ma candidature à la présidentielle. En le soutenant, je renonçais aux 800.000 euros de financement public de ma campagne [prévus par la loi pour les candidats du premier tour ayant obtenu moins de 5% des suffrages exprimés], somme que j'avais déjà dépensée. Nicolas Sarkozy s'était engagé à ce que cette somme me soit remboursée par l'UMP."

 

Que vaut l’alliance faite à Dieu, quand celle de l’UMP se veut si généreuse avec ses apôtres ? Charité bien ordonnée commence par soi-même et on se souvient que Christine Boutin avait déjà dû renoncer à ses 9500 euros mensuels pour une mission, dont on disait déjà à l’époque qu’elle aurait pu compenser un limogeage mal digéré du gouvernement Fillon.

 

Alors les agneaux de Dieu et autres moutons de Panurge bêleront que l’enrichissement n’est pas personnel. Elle-même confie que cette somme ne sert qu’à compenser les 800.000 euros que l’État aurait donnés à ceux qui n’atteignent pas la barre fatidique des 5%.

 

Et les 500 signatures, Madame Boutin ?

 

Mais Christine Boutin ment par omission. Car elle oublie juste de rappeler que pour obtenir ses 800.000 euros, encore fallait-il être en mesure de concourir et par-là même de présenter ses 500 signatures. Or ces homélies endiablées sont restées dans toutes nos chastes oreilles car la bigote menaça Nicolas Sarkozy en personne de la bombe nucléaire si elle venait à être empêchée.

 

Madame Boutin n’avait pas à négocier avec l’UMP une somme à laquelle elle ne pouvait pas légitimement prétendre. Et que vaut à présent, à l’aune de ces révélations, ce ralliement de cœur, sur des valeurs partagées avec le désormais ancien président de la République si ce n’est une sombre histoire de financement déguisé de son parti politique ?

 

Et si les partis politiques arrêtaient d'en financer d'autres ?

 

Les 800.000 euros prévus par l’État sont prévus pour les candidats qui font entièrement campagne. Madame Boutin avait, elle, déjà dépensé tout son pactole avant même le début officiel de la présidentielle ? Diantre ! À l’avarice, la gourmandise s’ajoute pour enrichir les péchés aux capitaux si opulents de la bigote…

 

La morale n’est pas sauve, mais de cette histoire sans doute faut-il tout de même en tirer une moralité : et si on interdisait enfin les partis politiques de financer d’autres partis politiques ? Histoire d’en finir une fois pour toute avec un contournement de la loi qui n’a que trop duré.

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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:10

Francois Lebel a célébré le mariage entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, le 2 février 2008 (FACELLY/SIPA).

 Francois Lebel a célébré le mariage entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, le 2 février 2008 (FACELLY/SIPA).

 

Et voilà la question du mariage gay qui revient sous les feux des projecteurs. Le maire du 8e arrondissement de Paris, François Lebel, à qui l’on n’avait bien évidemment rien demandé, a cru bon d’écrire un édito sur le projet de loi ouvrant le mariage aux homosexuels dans son journal municipal du mois d’octobre.

 

Quand certains y parlent de manifestations sportives, d’éclairage public ou encore du ramassage des ordures, en somme tout ce dont la mairie a à sa charge, d’autres préfèrent étendre leur champ de compétences et commenter un projet de loi. Et d'une façon on ne peut plus polémique, c’est le moins que l’on puisse dire :

 

"Si le tabou immémorial du mariage hétérosexuel vient à sauter, qui et quoi s'opposera désormais à ce que d'autres tabous le concernant, bien moins anciens, bien moins universels, ne tombent à leur tour ?"

 

Puis il ajoute :

 

"Par exemple : comment s'opposer demain à la polygamie en France, principe qui n'est tabou que dans la civilisation occidentale ? Pourquoi l'âge légal des mariés serait-il maintenu ? Et pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l'inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde ?"

 

Avant de conclure qu’à titre personnel il ne procédera "personnellement, à aucun mariage de cette nature".

 

Il doit être sanctionné

 

Alors bien évidemment, il n’y a aucune raison qu’un citoyen, élu du peuple de surcroit, et qui sera amené à célébrer des mariages, ne puisse s’exprimer sur ce débat sociétal, même s’il est pour le moins cocasse de le faire dans un bulletin municipal.

 

D’ailleurs, ce sont souvent les opposants au projet qui souhaitent voir s’ouvrir le débat : Christine Boutin et l’Institut Civitas par la voix de son héraut Alain Escada ne cessent de le réclamer à cor et à cris. Et il est légitime de penser que sur un sujet sociétal l’on puisse en débattre. Mais encore faudrait-il que ce débat ne soit pas biaisé par des amalgames scandaleux qui avaient déjà saupoudré l’épisode douloureux du Pacs.

 

Et tous ceux qui seraient amenés à soutenir les propos de François Lebel devront être sévèrement sanctionnés, soit par leur parti, soit par la justice si l’homophobie est incontestable. Comme par exemple le CNIP, le Centre national des indépendants et paysans, présidé par le député-maire de Chôlet Gilles Bourdouleix, qui a apporté son "total soutien" au maire du 8e.

 

Le CNIP, un parti qui vient de rejoindre la nouvelle confédération centriste de Jean-Louis Borloo (UDI)… Quand on sait que toujours à l’UDI, Jean-Christophe Fromantin affirme qu’il ne procédera pas au mariage d'homosexuels en invoquant la liberté conscience, ou encore qu’Edouard Fritch combat ce projet en expliquant qu’en Polynésie la laïcité ne peut s’appliquer au même titre que la métropole, l’on se dit que ce nouveau courant centriste fleure bon l’humanisme.

 

Confusion entre une identité et une pratique

 

La démonstration de François Lebel est clairement scandaleuse, mais encore faut-il l’expliquer avec pédagogie. Car il n’est rien de pire que de hurler aux loups sans prendre le temps de démonter la mécanique frauduleuse d’une pensée qui puise sa substantifique moelle dans l’intégrisme le plus crasse.

 

Cette déclaration est fondée sur une comparaison grossière, qui nourrit traditionnellement la pensée réactionnaire et populiste sur la question, et qui consiste à mettre sur le même plan l’homosexualité, la consanguinité, la pédophilie, l’inceste et la polygamie au nom du "tabou".

 

Le mot "tabou" lui-même relève de l’escroquerie sémantique puisqu’il permet d’y ranger n’importe quoi : on peut ainsi estimer que la sodomie est un sujet tabou, que le cocuage l’est aussi, ou encore la pornographie pour ne citer que des thèmes qui ne se circonscrivent pas à une sexualité particulière. Pour autant, ces "tabous" sont légalisés en France, sans que cela ne provoque d’émois susceptibles de remettre en question l’illégalité de l’inceste et des autres délits cités par le maire du 8e.

 

Mais le plus grave dans les propos de Monsieur Lebel réside dans cette généralisation de certains à confondre ce qui relève de l’identité et ce qui relève de la pratique. Et cette confusion doit être systématiquement dénoncée parce qu’elle contribue à alimenter l’homophobie latente de telles déclarations.

 

L'homosexualité n'est pas un délit

 

Ainsi, on ne choisit pas d’être homosexuel de la même manière que François Lebel n’a pas choisi d’être hétérosexuel.

 

L’homosexualité, qui n’est ni un délit, ni une maladie mentale, comme ce le fut avant 1981 au plus tard, fait partie de "ce que l’on est" et non pas de "ce que l’on fait". Et si la République n’a pas le droit de différencier selon l’identité des citoyens, elle peut parfaitement légiférer sur les pratiques.

 

Aussi, il est invraisemblable et fallacieux de mettre sur le même plan l’homosexualité et la polygamie (ne parlons même pas du reste qui touche à la provocation haineuse), l’un étant une identité, l’autre étant une pratique souvent traditionnelle ou simplement grivoise chez d’autres.

 

Mais le plus grave dans l’histoire, c’est que les propos de Monsieur François Lebel font suite à ceux de Monseigneur Barbarin, puis à ceux de Robert Menard, d’Ivan Rioufol et bien évidemment à ceux d’Alain Escada de l’Institut Civitas, l’initiateur et le distributeur officiel des arguments d’un débat vérolé.

 

Ceux qui pensaient que l’intégrisme catholique n’avait aucune influence en France peuvent passer au mea culpa : il n’est pas plus venimeux qu’un venin qui se distille sans que l’on n'y prenne garde.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 10:00

François Bayrou lors de l'université d'été du Modem, à Guidel, le 28 septembre 2012 (GUMEZ/SIPA)

François Bayrou lors de l'université d'été du MoDem, à Guidel, le 28 septembre 2012 (GUMEZ/SIPA)

 

Traditionnellement, les universités de rentrée du MoDem fleurent toujours des lendemains qui chantent. Que ce soit celles de Seignosse qui en 2007 marquèrent la naissance du Mouvement démocrate, dans un puissant souffle d’espoir ou bien celles de 2011 à Giens qui annonçaient la présidentielle à venir. L’édition 2012 ne ressembla en rien aux précédentes. Quand 600 à 800 adhérents se réunirent à Guidel en Bretagne (contre 2000 habituellement), Jean-Luc Mélenchon transformait l’essai dans les rues parisiennes, avec une manifestation qui a réuni plusieurs dizaines de milliers d’opposants au traité européen. Sans oublier le hors-cadre politique avec l'interpellation spectaculaire de Nikola Karabatic...

 

Lavage de linge sale en public

 

Mais au-delà de cette transparence médiatique, ces universités de rentrée resteront surtout celles du règlement de compte organisé le samedi soir en séance plénière et à laquelle, à la surprise de bon nombres d’adhérents, furent conviés les journalistes, tout heureux d’assister à ce lavage de linge sale que l’on réserve traditionnellement aux cercles familiaux à huis clos. 

 

 

Il faut dire que le moment était attendu. Les ateliers s’égrainèrent entre vendredi après midi et samedi soir sans qu’il ne soit question de la seule problématique qui occupait l’esprit des militants du MoDem : quel avenir pouvait-on envisager pour le parti centriste à l’heure où l’UDI est sur le point de réussir l’OPA de la décennie ? Les coulisses et les discussions informelles n’étaient obsédées que par cela.

 

Samedi soir donc, aux alentours de 19 heures, la séance débuta. Ne manquait le divan à en croire militants :

 

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ou bien encore les journalistes :

 

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Sur place, les intervenants se succédèrent un à un pour parler. De tout, de rien. Leur reproche. Leurs espoirs. Leurs volontés. Chacun y allant de bon cœur. Il faut dire que, depuis 5 ans, et l’enchaînement incessant et obsédant des défaites, qui vit le MoDem partir de presque 7 millions de voix et plus de 50.000 adhérents en 2007 pour aboutir à dix fois moins 5 ans plus tard, personne n’avait pu véritablement parler et oser parler. Parce qu’il y avait toujours la prochaine élection à construire.

 

Des militants déçus

 

Mais aussi et surtout parce que toute la stratégie du mouvement n’avait qu’un objectif, unique, et admis de tous : le destin présidentiel de François Bayrou. Toutes les échéances électorales furent ainsi minorées, improvisées avec amateurisme, occultant que le succès présidentiel se construit sur une armée d’élus.

 

Alors, chaque été, il ne fallait surtout pas tomber dans la sinistrose pour ne pas enrayer le nouvel élan à venir. Municipales 2008, européennes 2009, régionales 2010, cantonales 2011, présidentielles et législatives 2012 : un calendrier démentiel qui empêchait toute réflexion.

 

Septembre 2012 arrive donc à point nommé. Avec, à venir, plus de 20 mois sans scrutin. Une aubaine pour celui qui pense à construire ou reconstruire.

 

Alors les reproches tombent. Les regrets se dévoilent. Et l’animosité finit parfois par électriser l’atmosphère.

Les déroutes sont passées au crible sans concession :

 

 Capture-d-ecran-2012-10-30-a-11.01.47.png

 

Les discours de nos cadres jugés avec sévérité :

 

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Capitaine abandonné

 

Et les appels se multiplient en toute contradiction, la salle se séparant en deux camps, fidèle à la fracture que connaît aujourd’hui le MoDem : ceux qui, dans le sillon de Jean-Marie Vanlerenberghe présent dans la salle, souhaitent que le MoDem rejoigne l’UDI, et se recentre à droite (sic) et ceux qui, dans celui de Jean-Luc Bennahmias, se revendiquent de la majorité présidentielle quand celle-ci n’a pas besoin de nous. Et François Bayrou, au centre, qui proclame indépendance et liberté, mais qui oublie qu’en capitaine abandonné, sa voix ne porte plus et ne peut plus influer.

 

Pour autant, l’on attend alors de François Bayrou, ou des cadres du Mouvement des réponses. En vain. Dans la salle, on s’étonne et s’impatiente. De réponses, il n’y en aura point encore :

 

Capture d’écran 2012-10-30 à 11.02.01

 

Le spectacle est effarant pour ceux qui, sur place ou à distance, le suivent : François Bayrou ne dit mot et regarde impassiblement les adhérents se contredire et s’entre-déchirer. Expliquer que la comédie a assez duré. Démontrer que leur cohabitation n’est plus possible. Au point de laisser transparaître sur les réseaux sociaux des animosités que l’on croyait réservées à des opposants politiques :

 

Capture d’écran 2012-10-30 à 11.02.09

 

Non, c’est bien au sein du MoDem que l’on ne se comprend plus. Que l’on explique tout simplement, avec toute la sincérité de ceux qui ont tant cru à cet idéal, que l’on ne peut plus continuer d’aller sur la même route avec des itinéraires qui défient les points cardinaux.

 

Alors François Bayrou allait-il ENFIN comprendre ? Allait-il enfin venir à bout de sa cécité pour voir que le point de non retour était arrivé, qu’il fallait à présent trancher ? Que nenni.

 

Capture d’écran 2012-10-30 à 11.02.16

 

Le pâtre demanda à ses brebis de rester groupées et s’enorgueillit de cette franche discussion comme seule la famille centriste ose le faire. Mais que valent ces "discussions" quand on approche du divorce ? François Bayrou fait mine de rien, persistant à dire que l’on peut penser différemment et vivre ensemble, fidèle à l’adage dont il est si fier quand, à la tribune de la création de l’UMP en 2002, il osa dire, malgré les huées et les quolibets : "Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien."

 

Pourquoi tant d'obstination ?

 

Seulement voilà, François Bayrou a oublié qu’il ne s’agit pas de pensées différentes qui pourraient être complémentaires. Il est question de directions contradictoires qui voient l’une soutenir le gouvernement Ayrault, quand l’autre entend entrer en opposition considérant qu’elle ne peut travailler qu’avec la droite.

 

Comment peut-on faire vivre sous le même toit des familles qui se disputent même les murs porteurs ? Au nom de quoi ? D’une sémantique qui permet à chacun de se protéger sous le si pratique vocable "centriste" ? Dans un mouvement, il est important d’être vigilant sur les valeurs qui rassemblent mais il est essentiel, sinon vital de l’être sur celles qui séparent.

 

Pourquoi cette obstination chez François Bayrou ? Sans doute peut-on relire les propos, un peu acides certes, de Maurice Leroy, cité dans "Bayrou l’obstiné" de Rodolphe Geisler, paru au printemps dernier :

 

"Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre son système. En fait, je n’ai compris qu’après 2007 que François Bayrou ne voulait pas d’un vrai parti politique. Dans les autres partis, il y a de vrais bureaux politiques, de vrais conseils nationaux, etc. Pas chez Bayrou. Chez lui c’est la démocratie hall de gare. Il a conceptualisé le bordel. Comme ça, il garde le pouvoir. Et le candidat, c’est toujours lui !"

 

Et si le véritable problème, en effet, était bien cela ?

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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 09:59

Jean-Vincent Placé, invité de l'émission

Jean-Vincent Placé à "On n'est pas couché" du 29 septembre 2012 (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

 

Et si pour une fois, l’on commençait par la fin ? Et si pour une fois, les derniers mots prononcés résumaient à merveille ce que tant de phrases alambiquées traduisaient si mal ? Et si pour une fois la phrase lapidaire l’emportait sur le si long entretien tenu à bâtons rompus avec les polémistes ?

 

Samedi soir, Laurent Ruquier lança en guise de conclusion ces quelques mots pour raccompagner Jean-Vincent Placé dans les coulisses d’ "On n’est pas couché" : "Les idées collectives avant les ambitions personnelles."

 

L'ambition plus forte que les convictions

 

Mais naïf est celui qui imaginerait lire ces quelques mots au premier degré. La puissance de la formule puise sa force ici dans celle de l’antithèse, qui elle même s’abreuve au ruisseau de l’ironie. Surtout faisant suite à la touchante, mais si peu crédible confession du président du groupe des Verts au Sénat, selon laquelle il préférait ne pas être ministre, pour qu’ainsi les idées et les combats des Verts puissent influencer durablement la marche gouvernementale.

 

Parce que ceux qui ont assisté au combat, car ce fut assez musclé, qui a précédé entre Natacha Polony, Aymeric Caron et lui-même, ne pourront qu’en déduire que, s’il y a incontestablement des convictions chez les Verts, l’ambition leur est infiniment supérieure.

 

En réalité, il y eut deux moments dans la séquence politique de ce samedi : du "non" au traité européen et de la pertinence de la participation au gouvernement Ayrault.

 

Le passage de Jean-Vincent Placé à "On n'est pas couché" du 29 septembre 2012 (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Sur le "non" au traité décidé par les Verts, le sénateur de l’Essonne tenta d’être pédagogique, ce qui, de son propre aveu, n’est pas une qualité innée. Qu’il se rassure, il fut assez clair en expliquant qu’il ne pouvait pas cautionner le fait de se priver de marges de manœuvres et d’investissement (référence à la fameuse barre des 3%, qui impliquera une politique d’économie) surtout en temps de crise. Pour lui, une politique de gauche s’accommode mal de la rigueur budgétaire, renouant avec le mythe de cette gauche dispendieuse faisant fi de la dette, véritable tonneau des Danaïdes.

 

Dire "non", oui mais en quel nom ?

 

Pour aussi claire qu’elle fut, son analyse ne fit pourtant pas l’économie des certaines zones d’ombre quand il tenta d’expliquer que les partisans de chaque camp ne défendaient pas nécessairement la même cause. Non sans pertinence quand il montra que le "non" de Mélenchon n’était pas le même que celui des Verts, refusant au référendum les vertus prétendues de la démocratie. Pour Jean-Vincent Placé, les questions complexes ne sauraient se résumer à des réponses simplistes et manichéennes, telles que "oui" ou "non".  

 

Mais qu’il fut plus obscur de comprendre en quoi le "oui" de Fillon ou de Copé était différent de celui de François Hollande, au nom d’une sibylline politique des "petits pas" engagée par le président de la République, et qui laissera perplexe plus d’un citoyen à l’écoute. La manie de classer chez les libéraux les cadres de la droite, en exonérant ainsi ceux de la gauche a certainement dû faire beaucoup rire Jean-Luc Mélenchon et ses amis.

 

C’est à ce moment précis que le si sûr de lui Jean-Vincent Placé trébucha. À en perdre l’équilibre jusqu’au bout. À la question de savoir si les Verts auraient engagé le même bras de fer avec le gouvernement si le "oui" n’était pas assuré, sachant que l’UMP voterait pour un traité que Nicolas Sarkozy avait en grande partie concocté avec Angela Merkel, le sénateur esquiva en qualifiant de désobligeante cette interrogation. Avant de sécher complètement sur la question qui fâche : comment les Verts peuvent-ils être contre le traité européen, et voter pour le budget 2013 dont l’essence même résulte des restrictions budgétaires du dit traité ?

 

Les écologistes, avaleurs de couleuvres depuis mai 2012

 

Ce fut alors le début d’un long chapitre sur la pertinence de la participation des écologistes dans un gouvernement, contraints et forcés à renoncer jour après jour à leurs idéaux, depuis le nucléaire, jusqu’à l’affaire Nicole Bricq en passant par le droit de vote des étrangers et le cas des Roms. Comment les Verts peuvent-ils perdurer à avaler tant de couleuvres si ce n’est à vouloir préserver des postes d’influence quitte à perdre tout ou partie des militants ?

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Vincent Placé échoua, durement et terriblement, à démontrer que les Verts ne perdaient par leur âme à avoir pactisera avec Hollande.

 

Tout d’abord, il expliqua qu’il ne pouvait pas imposer les éléments du programme d’Eva Joly car la démocratie avait tranché. En d’autres termes, le faible score obtenu par les Verts les empêche de pouvoir imposer leurs combats. Mais quand la démocratie a ainsi tranché, pourquoi alors vouloir la contourner en acceptant d’intégrer un gouvernement qui ne respectera pas vos principes ?

 

Des principes qui étaient pourtant non négociables, comme le rappela Aymeric Caron quand il proposa en guise de preuve irréfutable cette déclaration de Cécile Duflot en mars 2011, et qui ne laisse planer aucun doute sur la victoire de l’ambition sur les convictions : "On n’imagine pas des ministres écologistes dans un gouvernement avec la gauche qui ne participerait pas à un engagement de la sortie du nucléaire."

 

Aymeric Caron et Jean-Vincent Placé dans

Aymeric Caron et Jean-Vincent Placé dans "On n'est pas couché" (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Les convictions ne sont rien face à un beau fauteuil de ministre

 

Alors bien évidemment, le président du groupe écologiste au Sénat a le beau rôle en jouant la carte de la sincérité en reconnaissant qu’être nommé ministre lui aurait fait plaisir, ou encore qu’il avait tenu à être présent à la Bastille sur la scène aux côtés de François Hollande, histoire que l’on pense à lui. Il a des ambitions et ne s’en cache pas. Tout en jouant la carte de la modestie en affirmant, avec le masque de la sincérité, qu’il préférerait ne pas être ministre et voir sa cause avancer.

 

Mais quelle crédibilité accorder à ces confessions, et comment ne pas y voir des concessions purement hypocrites ? Depuis mai 2012, aucune des décisions de Verts ne cadre avec l’adage selon lequel les idées collectives passent avant les ambitions personnelles. Aucune. Et ce n’est pas l’opportunisme modeste décliné par Jean-Vincent Placé samedi soir sur le plateau de Laurent Ruquier qui permettra d’affirmer le contraire.

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29 septembre 2012 6 29 /09 /septembre /2012 09:58

Les restes du camp de Roms incendié à Marseille, le 28 septembre 2012 (A-C. POUJOULAT/AFP).

 Les restes du camp de Roms incendié à Marseille, le 28 septembre 2012 (A-C. POUJOULAT/AFP).

 

Marseille se serait certainement passé d’une telle publicité. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des habitants de la cité des Créneaux, dans les quartiers nord de la ville, excédés par la présence d'un camp de Roms qu’ils avaient tentés de faire démanteler, en vain, ont décidé de se faire justice eux-mêmes.

 

Un comportement injustifiable

 

La police a été appelée à la suite des tensions qui opposaient Roms et habitants du quartier. Ces derniers seraient allés demander aux Roms de quitter le camp. Impossible à l’heure qu’il est d’imaginer la nature des pressions qui ont pu être exercées, mais quand on sait qu'une fois les habitations de fortune évacuées, la police a de nouveau été contactée en raison du déclenchement d’un incendie qui a ravagé les restes du camps, on est en droit de s’inquiéter.

 

Interrogés par des journalistes de France 2 ce vendredi, deux habitants expliquent face caméra assez cyniquement qu’ils ont dû faire “un petit nettoyage”, “pour faire propre”. Les images laissent entrevoir des vestiges calcinés et des jouets d’enfants laissés à l'abandon. Mise en scène de l’image qui aide à la dramaturgie : il faudrait bien se garder d’être dupe sur pareil procédé. L’affaire est suffisamment grave pour ne pas céder au manichéisme.

 

Pour autant, comment ne pas être horrifié par la méthode employée par ces habitants qui ont décidé de se faire justice eux-mêmes ? Comment pouvons-nous accepter que des citoyens en arrivent à effrayer d'autres êtres humains avant de brûler les restes de leur campement ? Est-ce là les valeurs de fraternité que notre République promeut ?

 

Aucune condamnation de ce geste ?

 

Apparemment, oui, selon Samia Ghali, sénatrice-maire PS des XVe et XVIearrondissements, qui visiblement n’a toujours rien compris à l’exigence éthique du non-cumul des mandats. Celle qui s’était déjà singularisée en demandant le recours à l’armée pour calmer la criminalité dans les rues de Marseille, en août dernier, a rajouté une ligne à une légende qui commence à devenir encombrante pour la gauche.

 

L’élue s’est ainsi refusée à condamner l’acte des habitants, se contentant seulement de ne pas le cautionner. Ouf, on respire : “Je ne le condamne pas, je ne le cautionne pas, mais je le comprends, quand les pouvoirs publics n'interviennent plus."

 

Comment une élue du suffrage universel peut-elle oser ne pas condamner un tel geste, un tel crime, qui consiste à vouloir se faire justice soi-même ? Quel autre message Samia Ghali envoie-t-elle aux Français si ce n’est que la police et la justice sont inefficaces et qu’ils vaut mieux régler ses comptes, œil pour œil, dent pour dent ?

 

Comment une élue de la République peut-elle ainsi clairement adouber l’émotion et la subjectivité mauvaise conseillère quand seule la raison doit guider les âmes dans de telles situations ?

 

Une élue indigne de sa fonction

 

Sami Ghali est indigne de la République et de ses valeurs. Électoraliste et populiste dans sa réaction, inhumaine à l'égard des Roms qui restent tout de même les seules victimes de la nuit dernière, elle fait honte aux valeurs de ceux qui sont élus pour être les gardiens de nos valeurs.

 

Bien évidemment, il serait trop facile de dire que dans cette affaire il y a les gentils Roms d’un côté, et les affreux habitants de l’autre. Nul n’ignore que la cohabitation devient impossible quand les Roms décident de s’installer, sans autorisation, et sachant qu’ils n’ont aucune activité légale pour financer leur quotidien. Il serait tout aussi irresponsable de fermer les yeux sur les vols qui ont été constaté dans le quartier.

 

Mais les citoyens n’ont pas à se faire justice eux-mêmes, surtout avec des méthodes quasi criminelles et barbares. Leurs propos rappellent même des sombres pans de notre histoire quand on entend certains qui parlent de lieux “salis” par la présence des Roms, et que le feu a visiblement servi à “nettoyer un peu les lieux”.

 

Et quand on voit l’inacceptable se dérouler, il n’y a pas d’autres messages à apporter que de condamner. Vivement. Et sans ambiguïté. Pour ensuite tenter de comprendre comment l’on a pu en arriver là. Sans n’oublier aucun point de vue.

 

Et sans doute faudra-t-il que le PS s’interroge sur Samia Ghali, qui, dans l’affaire, s’est fait le héraut d’un acte inacceptable. En toute indignité.

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 09:57

Une semaine après avoir mis en émoi la France entière et même les Français de l'étranger, “Charlie Hebdo” était attendu au tournant. L'an passé, une semaine après avoir vu leur local soufflé par un incendie, les rédacteurs n'avaient pas hésité à mettre en “une” un baiser goulu entre un des dessinateurs et un musulman, en titrant "L'amour plus fort que la haine". 

 

 

Cette fois-ci, Charlie Hebdo a fait encore plus fort. Mais n’en déplaise à ses détracteurs, il l’a fait dans la finesse de la dérision. Certainement inspirés par les commentaires assez embarrassés de l'ensemble de la classe politique et des soi-disant experts en tous genres qui prêchent davantage pour leur paroisse qu’ils ne cherchent à éclairer nos Lumières, les caricaturistes ont cette fois-ci décidé de sortir deux éditions.

 

 

La première édition dispose d'une une d'un blanc immaculé, seulement bardée de la mention "Journal responsable", avec un contenu vierge de tout dessin, à l'exception de la griffe des dessinateurs de la rédaction et d’un édito. La seconde, plus traditionnelle, est baptisée "Journal irresponsable" et renoue avec la caricature en grimant un homme préhistorique inventant l'humour avec une torche dans une main, et de l'huile dans l'autre. Puisque la sentence est tombée : faire de l’humour sur certains sujets est devenu impossible car la matière est décrétée inflammable. Sans discussion possible.

 

L'intégrisme, un paravent devant les musulmans de France

 

Quelle meilleure réponse “Charlie Hebdo” pouvait-il apporter à la polémique, la fausse polémique qui a embrasé la France entière la semaine dernière ? Si en 2006 et 2011, il avait fallu à nouveau brocarder l'intégrisme la semaine suivant le numéro choc, ce ne fut pas nécessaire en 2012. Et pour cause.

 

Les musulmans de France, malgré les cris grossièrement éhontés des instances représentatives de l'islam, ont malgré tout suivi leur appel au calme. Prenant même sur eux l'interdiction de manifester leur désapprobation dans la rue, à l'exception notable de quelques dizaines de manifestants à Paris et place Richebé à Lille qui furent vite éconduits par des policiers pédagogues et seulement soucieux de faire respecter l'interdiction, ce qui n'occasionna que la vérification de l'identité des contrevenants.

 

Preuve s'il en fallait que l'immense majorité des musulmans de France est parfaitement en phase avec notre liberté d'expression, contrairement à ce que laisserait croire l'interprétation absurde d'une poignée d'intégristes, comme toutes les religions en comptent. 

 

La (très) grande famille des indignés

 

Non, l'indignation ne venait pas d'où l'on voulait bien le croire. Peu nombreux étaient ceux qui ont tenu à défendre Charlie il y a sept jours. Accusé de vouloir mettre “de l’huile sur le feu”, d’attiser un conflit initié par treize minutes d’un montage absurde et d’un amateurisme confondant pompeusement baptisé "L’innoncence des Musulmans" ou bien encore l’argument du pauvre d’esprit quand il n’a plus rien à dire de vouloir faire du fric.

 

Charb tenant le numéro de

Charb tenant le numéro de "Charlie Hebdo" qui a mis le feu aux poudres, le 19/09/12 (F. DUFOUR/AFP).

 

Etonnant cette fascinante obstination chez certains à accabler les autres de leurs propres obsessions. Comme si un journal n’avait pas vocation à vendre du papier. Entre vacuité de l’argumentation malsaine et charité envers les intégristes bien ordonnée.

 

Des deux numéros proposés par Charlie, celui baptisé "Journal responsable" est de loin celui qui marquera les esprits. Car il fallait oser proposer un journal complètement vide. L’édito, seule production ou presque proposée par le numéro le dit :

 

"Afin de satisfaire Laurent Fabius, Brice Hortefeux et Tariq Ramadan, Charlie Hebdo ne mettra plus d''huile sur le feu', ne 'soufflera plus sur les braises' et ne sera plus jamais 'irresponsable'."

 

À elle seule, cette phrase est un vrai trésor. Ne serait-ce que parce qu’elle met dans le même camp les politiques qui se sont montrés réservés voire hostiles au numéro de la semaine précédente et Tariq Ramadan autour de leur "argumentaire". Dans ce fameux camp où l’on retrouve aussi Copé ou Besancenot, cités plus loin, et où l’on glosait sur le fait que Charlie était même contraint de compter parmi ses soutiens une certaine Marine Le Pen.

 

Comme si cela suffisait à décrédibiliser ceux qui se voulaient garant de la laïcité face aux intégristes et fervent défenseur de la liberté d’expression, un des piliers de notre République. Car il n’est pas bien sûr qu’être accompagné de Tariq Ramadan soit l’assurance d’un garant moral, lui qui a fait du double discours un art à la fois subtil et pernicieux.

 

Symbolique du "Journal responsable"

 

Mais dans ce numéro vierge (tout un symbole), le tour de force de Charlie est de montrer à tous ceux qui étaient critiques et qui avaient accusé l’hebdomadaire de plus viles intentions, que s’il venait à rompre avec ce qui a fait sa tradition, son essence, sa raison de vivre, à savoir la caricature des religions, non seulement il faisait la part belle aux intégristes, ne faisant plus contrepoids, mais il n’avait plus de raison d’être. Ses colonnes seraient vidées de leur substance. Un Charlie qui oublie la subversion de la caricature, n’est plus qu’un seize pages de… rien du tout.

 

Et l’édito de se terminer sur cette sombre perspective pour ce journal qui, non content de voir ses lecteurs fondre comme neige au soleil, s’est vu vilipendé, mis au pilori, brûlé vif sur la place publique pour avoir osé faire son travail :

 

"Un intellectuel tunisien avait déclaré 'vous ne devez pas renoncer à la libre critique. Si vous cédez, ce sera fini.' Ne vous inquiétez pas, ce sera bientôt fini".

 

Quel sens accorder à cette sortie : la fin de l’ère critique, synonyme d’une époque qui, en refusant le recul critique, finit par mettre sur le même plan l’infâme et le respectable ? La fin de l’opposition à l’intégrisme, qui risque de voir la voie se dégager à présent ? Ou encore la fin de Charlie qui se meurt à petit feu ?

 

Pour se prévenir d’un tel risque, Charlie Hebdo aura donc proposé deux numéros pour le prix… de deux ! De quoi renflouer les caisses, railleront les cyniques. Pour une fois, Charlie aura pris les devants, de manière claire et assumée. Car, quitte à être accusé, autant être coupable de quelque chose.

 

Longue vie à toi Charlie.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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