Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 09:47

Valérie Trierweiler et Ségolène Royal (FEFERBERG/ EVRARD/AFP).

Valérie Trierweiler et Ségolène Royal (FEFERBERG/ EVRARD/AFP) 

 

On a souvent tendance à croire que l’émission de Laurent Ruquier mélangeait un peu trop les genres pour être réellement prise au sérieux. Certains lui contestaient même son "moment politique", généralement placé en début d’émission, soit parce qu’un des polémistes n’était pas assez à gauche, ou alors trop engagé sentimentalement avec un membre influent de la vie politique, soit parce que l’humour et le people s’invitaient lourdement à des débats qui demandaient davantage de sérieux.

 

Ne mélangeons pas "people" et "politique"

 

Pour autant, la rentrée d’"On n’est pas couché", hier soir, a accouché d’un moment savoureux, qui tord quelque peu le cou aux préjugés sur la question. L’on passera vite sur l’arrivée d’Aymeric Caron qui, malgré un talent incontestable, a toutefois surjoué une agressivité de pacotille (ce qui n’altère en rien ses nombreuses remarques d’une incontestable et savoureuse justesse) pour s’intéresser au plat principal de l’émission.

 

Et ceux qui ont cru qu’Olivier Falorni était celui-là se sont lourdement trompés. En effet, Anna Cabana, journaliste pour "Le Point" et Anne Rosencher, sa consœur à "Marianne" (co-auteures du livre "Entre deux feux", qui retrace les conséquences nucléaires du tweet de celle que l’on ne sait plus comment appeler) ont pu constater que présenter un livre politique chez Ruquier n’est en rien comparable à une après-midi sur le divan de Michel Drucker.

 

Et l’émission de montrer que l’on n’était certainement pas prêt à confondre people et politique, Aymeric Caron allant même jusqu’à qualifier le best seller de cette fin d’été de "soap opera".

 

Il faut dire que l’appréciation d’une série de livres sur le triangle impossible Royal/Hollande/Tierweiler a de quoi laisser dubitative la profession journalistique et les citoyens par la même occasion. Dire qu’il y a débat est un euphémisme. Jean-Michel Aphatie avait pour le moins déconsidéré ce journalisme lors de la rentrée du "Grand Journal", ne voyant pas grand intérêt à un événement qui ne relevait pas du champ politique. Bruno Roger-Petit, ici même, lui avait répondu que bien au contraire, l’on n'avait peut être pas tout encore vu et que ce n'était pas le moment de circuler, justement.

 

Royal et Trierweiler, sujet digne d'intérêt (ou pas)

 

Maurice Szafran, PDG de l’hebdomadaire "Marianne", avait quant à lui délivré cet été (Marianne du 25 août) une analyse plus fouillée dans un édito qui présentait les bonnes feuilles de l’ouvrage, édito qu’il faut lire sans occulter le fait qu’une des co-auteures, Anne Rosencher, travaille pour l’hebdomadaire.

 

Et si l’on ne s’attarde pas trop sur une plume dont la complaisance est parfois tellement obséquieuse qu’elle en devient grotesque (“avec une grande finesse psychologique”, “travail étonnant d’écrivain”, “elles narrent, grâce à la force d’une remarquable enquête et d’une écriture aussi travaillée qu’épurée”…), Maurice Szafran a tout de même eu l’honneur d’argumenter deux points d’importance sur la légitimité d’un tel ouvrage. Parlant du travail des auteurs, il affirme ainsi qu’elles se “contentent de révéler, de raconter, de mettre en perspective. Travail indispensable de journalistes. (…) À un livre politique, il ne faut pas davantage demander”.

 

Mais au-delà de l’objet livre lui-même, l’éditorialiste s’est efforcé de théoriser sur le travail même du journalisme, témoignant d’un acte manqué, celui qui, réussi, aurait permis d’éviter le “tweet fatal” : “Comment ? En racontant, tout simplement. En racontant comment Valérie Trierweiler s’est infiltrée dans une campagne électorale où, selon les préceptes hollandais, elle n’avait rien à faire…”.

 

Exploitation mercantile d'un drame bourgeois

 

Angle pour le moins intéressant mais qui fait l’économie, et non des moindres, de l’échelle du temps. Car ce qui aurait eu la dimension d’une œuvre journalistique en mars 2012 ne devient plus, à l’automne, que l’exploitation mercantile et impudique d’un drame bourgeois, qui aurait davantage sa place en une d’un de ces tabloïds que l’on lit dans une salle d’attente du médecin ou chez le coiffeur.  

 

C’est sur ce terrain qu’Anna Cabana et Anne Rosencher ont dû argumenter sur le plateau de Laurent Ruquier samedi soir. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles n’ont convaincu personne, ni les polémistes, ni Laurent Ruquier – qui n’est pourtant pas le dernier à se régaler de détails croustillants – ni les invités, et encore moins le spectateur, médusé de voir la piètre argumentation de celles qui étaient hier soir sur le banc des accusées.

 

La première des pierres fut jetée par Patrick Chesnais qui, avec la spontanéité d’un citoyen lambda, a remis les deux journalistes devant la dure réalité de l’objet du livre qu’elles ont commis : “Vous ne croyez pas que tout le monde s’en fout ? Ca ne sortira pas de Paris…”. Le propos est sans doute cruel, mais il est d’une vérité troublante : en quoi un tweet, qui relève d’une querelle amoureuse, peut-il relever du champ politique ?

 

Qu’est-ce donc que cette affaire sinon les tumultes chaotiques de la Cour de l’Elysée et d’une rivale qui rêvait d’y être ? En quoi cette décadente peinture du microcosme parisien de la haute société peut-il décemment avoir une influence sur le traité européen qui sera signé prochainement, sur les économies qui seront nécessaires sur le budget 2013 pour respecter les engagements de notre pays vis à vis de Bruxelles, et sur la réforme de la formation initiale des enseignants, dont la promesse ressemble de jour en jour à l’arlésienne ?

 

Le succès commercial tient lieu de légitimité journalistique

 

À cela Anna Cabana n’eut qu’une réponse, qu’elle répéta tout au long de son passage, un gimmick qui sentait tant le réchauffé qu’on l’imagine décliné à toutes les sauces dans les soirées parisiennes où elles déambulent, fières de leur “coup” : “Le livre marche du feu de Dieu !”.

 

Le succès commercial tiendrait donc lieu de bouclier de légitimité. On a fustigé, en d’autres lieux et en d’autres temps, la télé-réalité pour des arguments de même acabit. D’ailleurs, Natacha Polony, en harmonie totale avec son nouveau confrère sur le sujet, lança en fin de séquence un tonitruant “Closer et Voici aussi, ça se vend” pour rappeler la bassesse de l’argumentation, et davantage encore la piètre portée de l’objet dont elles s’enorgueillissent de plateaux en micros.

 

Raillant des incursions déplacées et burlesques de Corneille et de Racine, Aymeric Caron rappela, non sans talent, qu’il y avait tromperie sur la marchandise, puisque l’on vendait de la pièce de boulevard pour un morceau noble de tragédie.

 

Claude Brasseur, en verve, en rajouta une louche avec une franchise désarmante : “Tout ça ce sont des histoires de bonnes femmes qui m’emmerdent”. Au-delà de la goujaterie de l’expression, comment ne pas, en effet, déceler ici la futilité de ce qui se veut être de l’analyse politique ? Car les deux journalistes n’en démordent pas : ce tweet a tout d’une affaire politique, qui mérite développement et analyse. “C’est le deuxième boulet de Hollande. Ça intéresse les gens ça !”, s’époumone alors Anne Rosencher.

 

Flatter le voyeurisme du public ne justifie pas tout

 

Mais en quoi le fait que cela “intéresse les gens”, surtout quand cela flatte leur voyeurisme et leur propension à s’émouvoir des rivalités des notables de notre pays, rend-il ce livre légitime dans la perspective politique qu’il entend offrir ? A partir de quand peut-on même affirmer qu'en focalisant sur certains événements, c’est le jeu médiatique qui influence et par là même manipule l’appétence des citoyens pour un tel sujet ?

 

En d’autres termes, l’intérêt pour une affaire qui a tout d’un pet de nonne circonscrit au 7ème arrondissement de Paris pourrait-il dépasser ses frontières si les médias ne relayaient pas à outrance l’affaire, eux qui sont concentrés dans le même périmètre ? Reflète-t-on ici la France telle qu’elle pense, telle qu’elle sent, telle qu’elle est ?

 

Maurice Szafran avait donc raison : ce livre pose véritablement le problème du rôle du journaliste dans la société. Mais de toutes évidences, il n’apporte pas les bonnes réponses. Bien au contraire. Tout n’est que fourvoiement et mascarade.  

Partager cet article
Repost0
9 septembre 2012 7 09 /09 /septembre /2012 09:48

Un professeur dans un collège près de Rennes le 23 septembre 2011 (D. MEYER/AFP)

 Un professeur dans un collège près de Rennes le 23 septembre 2011 (D. MEYER/AFP)

 

Deux affaires de violence envers des enseignants viennent d’éclabousser l’actualité. Et dans les deux cas, les parents jouent un rôle central.

 

Dans l’affaire de Poitiers, c’est la mère d’un élève qui est venue contester une observation et qui, furieuse, en est venue aux mains en pleine classe.

 

Dans celle de Bordeaux, c’est l’élève qui a frappé l’enseignant (et une assistante d’éducation par la même occasion) parce qu’il reprochait à l’équipe éducative d’avoir prévenu ses parents à la suite d'une altercation survenue en classe, et durant lequel il contestait le contenu d’un cours sur la politique marocaine, s’estimant plus légitime que le professeur.

 

La légitimité du prof remise en cause

 

Deux cas qui sont loin d’être isolés : la violence n’a jamais été aussi présente dans les établissements, et aujourd’hui, davantage qu’avant, les enseignants deviennent parfois les victimes de cette violence. Mais au-delà de ce phénomène de délinquance, il paraît important de se pencher sur les relations qu’entretiennent enseignants et professeurs à l’heure où ils semblent de plus en plus souvent devoir régler leurs différends jusqu’à la barre d’un tribunal.

 

L’autonome de solidarité laïque, qui protège les enseignants contre les risques inhérents à leur activité professionnelle, et notamment s’ils doivent se défendre devant la justice, en est un exemple flagrant. En 2001, la cotisation était de 15 euros à l’année. Aujourd’hui elle est de 39 euros… C’est dire si les affaires se sont multipliées en très peu de temps.  

 

Aujourd’hui, parents et enseignants paraissent opposés comme jamais. Et jamais, les premiers n’auront autant pris de place dans l’activité professionnelle des seconds.

 

L’affaire de Bordeaux évoque la contestation d’un cours par l’élève. Et seulement lui. Pour autant, le plus souvent, ce sont les parents qui contestent le cours. Certains viennent en réunion parents - professeurs, le programme à la main, pour demander des explications ou même rappeler au professeur ce qu’est son travail. Alors qu’ils n’ont eux-même jamais eu la moindre formation en la matière.

 

Un comble qui peut être très mal vécu par l’enseignant, qui débute, et qui peut être légitimement peu sûr de lui à ce stade de la carrière. Même les plus chevronnés peuvent mal vivre ces épisodes qui se déroulent souvent devant l’élève, qui, voyant son professeur humilié et en position de faiblesse, en profite par la suite pour reproduire, même indirectement, la jouissance du sentiment de supériorité qu’il a alors ressenti.

 

Le programme scolaire contesté

 

Le rapport Obin de 2004 rappelait au ministre de l’Éducation que les contestations pouvaient aussi porter sur des contenus parfaitement réglementaires mais qui entraient en contradiction avec les convictions des parents : ainsi, certains élèves refusent de dessiner des perpendiculaires car elles sont en forme de croix, d’étudier les églises romanes car elles ont un caractère religieux, d’autres dispensent leurs enfants d’aller à la piscine car la piscine est mixte ou fréquentée par des personnes "impures".

 

D’autres, enfin, contestent la théorie de l’évolution de Darwin, revendiquant, comme cela se fait aux États-Unis, que la théorie créationniste (qui fait de la genèse et d’Adam et Eve une origine incontestable) soit mis en concurrence dans les manuels scolaires comme une vision de l’humanité parmi d’autres…

 

Mais le cas le plus fréquent des frictions entre les enseignants et les parents concerne tout ce qui relève de la sanction. Il est loin le temps où l’enfant, penaud, rentrait à la maison en présentant sa punition, qui était doublée par la "leçon" que lui donnait son père ou sa mère.

 

Si cette solidarité entre adultes peut être préservée dans la grande majorité des cas, elle demeure incertaine dans d’autres, ce qui prend alors rapidement des proportions démesurées.

 

Des parents de plus en plus procéduriers

 

J'ai fréquenté quatre établissements au cours de mes onze années d'enseignement. J'ai rencontré un bon millier de parents d’élèves et moitié moins de collègues, avec notamment les formations. Les expériences relatant les incidents pourraient remplir des pages et des pages et suffisent à polluer les repas du midi à la cantine, moment privilégié pour expurger les contrariétés et autres humiliations subies.

 

L’an passé, un parent, s’exprimant dans un langage SMS, écrivait en substance sur un carnet de liaison à l’encontre d’un enseignant : "si vous faisiez votre travail, vous auriez vu que ma fille prêtait de la colle et qu’elle ne parlait pas. Arrêtez de gueuler dessus."

 

Un autre refusait que son enfant aille en heure de colle, prétextant un rendez-vous médical, et lorsque l’enseignant demandait alors un justificatif pour décaler la colle, il a pu lire le mot suivant : "la loi ne nous oblige pas à fournir de certificat. De toutes façon, ma fille ne fera pas sa colle. Et si vous n’êtes pas content, nous porterons plainte pour harcèlement".  

 

Le principal problème, c’est que les parents sont devenus procéduriers et menacent de porter des affaires en justice. Et l’administration craignant tout remous, elle préfère faire le dos rond au lieu de soutenir les équipes pédagogiques. Quand elle ne les somme pas de ne surtout rien dire, au nom d’un devoir de réserve bien pratique, et qui fait des écoles des sanctuaires pour y taire la vérité elle-même.

 

Les profs s'autocensurent

 

L’enseignant n’a plus aucune liberté et chacun de ses actes est soupesé à l’aune de la jurisprudence ou des peurs fantasmées. On demande ainsi de ne plus pratiquer l’humour en cours de peur qu’il soit mal interprété. L’humour peut pourtant désamorcer certains problèmes…

 

Il est interdit d’écrire que certains comportements sont "paresseux" ou qu'un élève "fait preuve de paresse" même quand cela est justifié. Les appréciations dans les carnets doivent être calibrées et comporter forcément des aspects positifs. Certains principaux refusent la note de zéro et modifient même les notes sur les fichiers devenus électroniques de peur que les parents ne contestent la note.

 

D’ailleurs, une légende prétend que le zéro est interdit quand il s’agit en réalité d’une appréciation pour le moins grotesque d’une notice de l’inspection qui, depuis, a été réexpliquée par les inspecteurs eux-mêmes.

 

Dans les établissements, les fédérations de parents d’élèves deviennent de véritables opposants aux syndicats de professeurs, certains conseils d’administrations s’étant transformés en de véritables guerres de tranchées.

 

Ainsi, certaines d’entre elles, ont estimé qu’il n’était pas normal que lors des voyages scolaires le coût de l’accompagnateur soit pris en charge par les familles. Aujourd’hui, les établissements sont donc contraints de puiser dans les fonds de réserves pour organiser des sorties, certains ayant finalement renoncé à tout déplacement faute de moyens. Y compris lorsque les organismes annoncent que pour dix élèves, le voyage de l’accompagnateur est gratuit, car, dit-on dans ces associations, ce prix a donc été ajusté et finalement il en a couté indirectement aux familles…

 

Un rapport de force qui s'est inversé

 

Les parents d’élèves ont pris une place prépondérante dans tous les domaines : ils peuvent refuser le redoublement, imposer une orientation, contester une sanction. Si bien que ceux qui ont l’expertise ne sont tout simplement plus les derniers maillons de la chaîne de décision. Et l’on se demande encore pourquoi notre école est malade…

 

De la même manière, c’est sous la pression des parents d’élèves qu’a été instaurée en 2005 la note de vie scolaire, qui consiste en une note sur 20, qui ne sanctionne pas, puisque son but est seulement de valoriser l’assiduité (alors que la loi rend obligatoire l’école) et le comportement. Une note qui vaut autant dans la moyenne qu’une moyenne de notes de français ou de mathématiques !

 

Dans certaines classes, cette note de vie scolaire avoisine les 20 pour l’ensemble des élèves, pour qui il suffit d’être présent. Et les absents pourront toujours faire noter sur le carnet "raisons personnelles" que l’on classe comme "absence justifiée" dans les bilans.

 

Sans doute fallait-il replacer les parents dans l’école, pour ne pas laisser les enseignants les seuls décisionnaires. Combien d’erreurs d’orientation ont été validées par les seules équipes pédagogiques, il y a quelques décennies, par la lubie de certains ?

 

Pour autant fallait-il en arriver là ? Peut-on à ce point laisser les parents faire la pluie et le beau temps, alors qu’ils n’ont pas l’expertise pédagogique ? Les parents ne devraient-ils pas être responsables de l’enfant et les enseignants de l’élève ? Pourquoi avoir voulu créer l’amalgame entre les deux ?

 

Autant d’interrogations qui, tant qu’elles ne seront pas résolues, poseront des problèmes qui ne participent nullement à la réussite scolaire. Bien au contraire.

Partager cet article
Repost0
4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 09:46

Une salle de classe du collège Georges Charpak de Goussainville (Val-d'Oise), le 25/06/2009 (CHAMUSSY/SIPA).

 Une salle de classe du collège Georges Charpak de Goussainville le 25/06/2009 (CHAMUSSY/SIPA).

 

RENTRÉE SCOLAIRE. La rentrée est souvent synonyme de galère pour les parents. La course aux fournitures scolaires laisse un goût amer dans la bouche, d’autant que chaque année, une hausse des prix est constatée.

 

Serpent de mer qui occulte que bon nombre d’établissements comptent à présent des associations de parents d’élèves parfaitement rodées qui proposent des colis de fournitures, directement sourcés par l’équipe pédagogique pour 60 euros tout compris.

 

Intéressant quand on sait que l’allocation de rentrée scolaire a augmenté de 25%, comme François Hollande l’avait promis durant sa campagne, perpétuant l’hérésie qui voit des parents d’un élève de CP recevoir presque autant (à 20 euros près) que ceux qui voient leur dernier arriver en 3e…

 

Un équipement qui a un coût

 

Mais la rentrée de certains de nos amis belges risque de laisser des traces et la colère qu’elle engendre n’est pas prête de s’éteindre. La semaine dernière, le journal "La Tribune" nous apprenait que deux écoles flamandes avaient décidé d'inscrire un iPad sur la liste des fournitures obligatoires pour la rentrée !

 

Une initiative qui, selon le quotidien, "a provoqué la colère de certains parents, et qui tourne au bras de fer" et que désormais doit arbitrer le ministère de l’Éducation flamand. Deux possibilités sont offertes aux parents : acheter un iPad neuf pour 465 euros ou en louer un à 165 euros par an…

 

En France, cette situation semble peu probable surtout à une époque où l’on demande aux équipes pédagogiques d’être de moins en mois exigeantes vis-à-vis de la liste des fournitures. Au point d’arriver à un certains non-sens : ainsi, en ZEP, il est pratiquement impossible de demander aux familles de financer quoi que ce soit durant l’année.

 

Les équipes de français sont donc contraintes de puiser dans les budgets pour acheter des séries entières de livres de poches. Ainsi, quand l’année s’achève, les élèves n’ont plus un seul livre dans leur chambre puisqu’il y a bien longtemps aussi que les établissements fournissent aussi les manuels scolaires…

 

L’Éducation nationale s'y met peu à peu

 

Pour autant, des "opérations iPad" ont déjà vu le jour dans notre pays. Mais à la charge de l’Etat, c’est à dire financées par nos impôts. L’opération “Ordicollèges” mise en place par François Hollande en Corrèze avait ainsi alimenté les polémiques durant la présidentielle, cette couteuse séquence pour le département ayant tôt fait de faire de ce département la "Grèce française" pour la droite…

 

Au-delà de la polémique, cette initiative s'inscrit dans la volonté de l’Éducation nationale d'intégrer les nouvelles technologies dans les programmes, elle qui a souvent eu la réputation d'être à la traîne. Nommées TICE (Technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement), elles ont vraiment connu leur essor au début des années 2000 avec la création des salles pupitres, dont les tables ne sont composées que d'un poste PC.

 

Aujourd'hui, tous les établissements sont connectés et la craie et autres tableaux noirs laissent progressivement leur place au "TBI", le tableau blanc interactif. Et le livre est porté disparu au profit des écrans.

 

Faut-il se réjouir de cette place devenue prépondérante dans l’Éducation nationale ? Comme très souvent sur pareil sujet, il n'est pas de position manichéenne si l'on veut, un tant soit peu, toucher du bout du doigt l'objectivité.

 

L'informatique ne doit pas être une fin en soi

 

Incontestablement, l’école se devait de rattraper un retard qui devenait grotesque. Dans les années 1990, il fallait proposer pour les étudiants à l’université des cours de traitement de textes en maîtrise (Master I) afin qu’ils rédigent leur mémoire… Et que dire de ceux qui à l’époque avaient recours à des secrétaires pour la mise en page, à partir d’un manuscrit, au sens étymologique du terme.

 

Les élèves de ces années ont tous connu des modules de mathématiques au collège ou des logiciels d’orientation sur le "TO7", qui est à l’informatique ce que le Minitel est à l’Internet.

 

Aujourd’hui, l’usage de l’informatique et de l’Internet est primordial dans la plupart des matières et des options et notamment la DP3 (découverte professionnelle, d’une durée de 3 heures en classe de 3e), qui permet d’accéder à des bases de données qu’aucune bibliothèque ne proposerait même en rêve (vidéos présentant des professions, fiches de paye, textes de loi ou encore accès à des petites annonces professionnelles…).

 

Mais la contamination est telle à présent qu'Internet et l’informatique deviennent un recours privilégié et surtout systématique pour les professeurs et les élèves, qui en arrivent à refuser toutes autres activités, ou pour le moins à dénigrer toutes celles qui n’y ont pas recours.

 

On voit aussi des heures de permanence passées au CDI (centre de documentation et d'information) où l’on joue aux jeux vidéos sur Internet, malgré les nombreux filtres mis en place pour maîtriser la navigation. On voit aussi des élèves demander à aller sur un ordinateur pour faire un exposé sur l’histoire égyptienne oubliant que les livres et les encyclopédies suffiraient à leur "soif de curiosité".

 

Et si les guillemets s’imposent, c’est justement parce que la recherche s’assèche progressivement : l’élève devient un consumériste qui doit avoir un résultat, immédiatement et sans effort. Aujourd’hui, quand un élève ne connaît pas le sens d’un mot, il demande à l’enseignant de le renseigner. Ou alors il demande à aller sur l’ordinateur. Et si un impertinent ose lui demander d’aller consulter un dictionnaire, il préfère battre en retraite. Le paroxysme a été atteint avec l’émergence de Wikipédia, les enseignants piégeant les élèves, et vice versa.

 

Privilégier l'encadrement humain aux machines

 

Le problème, c’est que les formateurs de l’Éducation nationale ou leurs proches jouent aux ingénus, sommant chacun de ne pas stigmatiser ce manque d’appétence pour la lecture ou pour "l’objet livre", évoquant une conséquence logique du temps qui change.

 

Le centre national de documentation pédagogique (CNDP) estime même que le langage SMS doit ouvrir des perspectives pédagogiques aux enseignants, rendus coupables d’ostraciser ce langage. Il martèle qu’il n’est pas l’ennemi des écrits scolaires contrairement à ce que chacun peut observeravec bon sens.

 

Le problème n’est donc pas dans l’évolution de l’Éducation nationale vers les nouvelles technologies, mais davantage dans cette idéologie qui pousse à faire d’elles une finalité en soi.

 

Les classes pupitres ont ainsi été réservées dans les ZEP pour les classes en difficulté. Comprenez par "en difficulté" des classes dont le taux d’illettrisme dépasse les 15% de la moyenne nationale. L’informatique est donc un placebo tentant de faire oublier que les élèves ne maîtrisent pas l’écrit pour démontrer qu’ils ont tout de même des compétences.

 

Mais que valent ces compétences quand un élèves s’entête à dire que sa phrase est correcte puisque son traitement de texte n’a rien souligné ? Ces salles pupitres, financées par le Conseil général pour les collèges, et par le Conseil régional par les lycées, ont un coût d'autant que son usage quotidien nécessite une ou plusieurs personne(s) qualifiée(s).

 

Des dépenses dispendieuses à un moment où l’on a préféré supprimer des postes d’enseignants ou d’assistants d’éducation pour faire quelques économies. Des machines plutôt que l’encadrement humain. Les élèves savent ainsi envoyer des mails, mais ils sont illisibles pour celui qui maîtrise la langue.

 

Aider l'élève à mieux maîtriser l'outil Internet

 

L’usage d’Internet, par exemple, est un outil extraordinaire pour celui qui maîtrise déjà la langue et le savoir : il décuple sa capacité à trouver l’information et à enrichir ses connaissances. Mais il n’a pour vocation qu’à enrichir. Pas à créer. À moins d’être autodidacte. Et encore. L’arrogant n’admettra jamais qu’il disposait de quelques bases pour être autonome.

 

Pour autant, le rôle de l’enseignant est majeur dans la maîtrise de l’outil internet : à lui de doter l’élève de compétence lui permettant de trouver, hiérarchiser et apprécier l’information, ne se contentant pas des "top list" des moteurs de recherches, mais en comparant et en faisant usage de recul critique quant à la source.

 

Les nouvelles technologies ne doivent donc pas être une idéologie. Il faut avoir le sens des valeurs et savoir différencier le noble du pratique : l’écriture à la main doit être la priorité de l’école car c’est le seul endroit où elle est pratiquée pour un adolescent. Il en est de l’informatique comme de la pédagogie : elle n’est qu’un moyen par une finalité en soi.

Partager cet article
Repost0
24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 09:45

Des militants MoDem lors d'un meeting de François Bayrou le 25 mars 2012 à Paris (CHESNOT/SIPA)

 Des militants MoDem lors d'un meeting de François Bayrou le 25 mars 2012 à Paris (CHESNOT/SIPA)

 

L’été a déjà fait son œuvre. Les corps et les esprits ragaillardis par les rayons de soleil se rassemblent, comme chaque année pour la rentrée politique. Procession rituelle qui oscille, sans jamais trancher, entre l’envie de faire de l’image, lisse et belle à déguster sur papier glacé, et celle de faire entendre sa voix pour ouvrir de nouvelles discussions. Eternel débat entre ceux qui veulent nettoyer leur linge sale en famille et ceux qui osent, au moins durant la trêve que représente ce moment, exposer des problématiques qui font diverger les pensées sans séparer l’essentiel de ce qui les regroupe.

 

La guerre des maux

 

Europe Ecologie - les Verts ne s'est jamais posé la question. Leurs débats n’ont toujours eu d’internes que le nom. Chacun, libre de sa parole, évoque son point de vue, son analyse de la situation, son ressenti face aux performances de leur part. Sans censure. Quitte à le faire imprudemment, même pendant les périodes électives. Les autres s’en réjouissent, se gaussent et les raillent, préférant les éléments de langage qui, à vouloir tout polir, finissent par ne plus rien dire. Langue de bois, réjouis-moi.

 

Cette semaine, pour le tenue des journées d’été d’EELV, les médias ont tout particulièrement tenu à mettre en exergue la guerre des maux entre Daniel Cohn-Bendit, trublion devant l’éternel, et Eva Joly, candidate malheureuse à la dernière élection présidentielle, qui semble davantage dénoncer un bashing à son égard, plutôt que de faire sa propre autocritique.

 

Pourtant, il est une tribune plus discrète, publiée dans  "Libération", que l’œil du conseiller national MoDem que je suis, a trouvé autrement plus intriguante. Sous le titre "Démocrates et écologistes, à quand le premier dialogue ?", Christine de Crémiers, ancienne vice-présidente du MoDem Paris et membre à présent du conseil d’orientation politique d’EELV semble appeler de ses vœux une collaboration entre les forces du centre et celles de écologistes.

 

Pourtant, au-delà de la querelle de personnes qu'engendrera la proposition d'un ancien membre de l'équipage qui a quitté le navire quand le MoDem commençait à prendre l'eau pour rejoindre des ponts plus accueillant électoralement parlant, il convient tout de même de se pencher sur cette possibilité. Surtout à un moment où le bipartisme se partage avec vorace gourmandise tous les pouvoirs de l’exécutif et du législatif, presque sans partage, laissant au seul FN la possibilité de voir la politique autrement. Hérésie républicaine.

 

Dans sa tribune, l’actuelle membre du conseil d’orientation politique d’EELV rappelle qu'"écologistes et démocrates ne se sont presque jamais parlés", expliquant :

 

"Beaucoup de valeurs les rapprochent. Pourtant, les démocrates issus de l’ancienne UDF et les écologistes, aujourd’hui presque tous rassemblés dans EELV, ne se fréquentent pas. Un certain nombre de barrières ont empêché leur rencontre."

 

Au rang des valeurs communes, l’ancienne vice-présidente du MoDem Paris cite pêle-mêle une attirance pour la décentralisation, la méfiance vis-à-vis de l’Etat jacobin, la dénonciation de la dette (qu’elle soit financière ou écologique, précise-t-elle tout de même) que l’on fait peser sur les générations à venir, celle de la déviance ultralibérale…

 

À l’inverse, elle tente de définir deux barrières : la première, sociétale, explique que  "la droite modérée, surtout version chrétienne démocrate" considère trop souvent l’écologiste comme un "hippie des années 60, irresponsable utopiste aux mœurs dissolues", tout en précisant que l’évolution des mentalités notamment sur l’homosexualité ou l’égalité hommes/femmes avait, en partie comblé le fossé. La seconde, économique, rappelle avec justesse que les tenants de la décroissance s’accommodaient assez mal des visées de ceux qui préféraient canaliser le capitalisme. Même si Christelle de Crémiers se veut optimiste sur ce dernier point, assurant en Cassandre que la Chine et l'Inde précipiteront " le choc pétrolier final".

 

Des interrogations communes

 

Enfin, d’un point de vue politique, elle montre que les deux courants "se posent les mêmes questions existentielles au moment où ils doivent prendre la décision douloureuse de s’allier avec un des deux grands partis pour avoir des élus. Ils savent que toute alliance réduit la qualité démocratique et la production d’idées nouvelles, mais ils savent aussi que, pour faire vivre leurs idées, un réseau d’élus et un groupe parlementaire sont nécessaires."

 

Aussi séduisante que soit la proposition de Christelle de Crémiers, et que beaucoup au MoDem, parmi les anonymes actifs qui participent à la vie du Mouvement, sans nécessairement être entendus du haut de la pyramide, impassible, partagent depuis de nombreuses années, il semblerait pourtant que l’ancienne vice-présidente du MoDem Paris ait omis quelques aspects qui semblent rendre la tâche plus ardue qu’elle ne semble l’envisager (et la rumeur qui court, qui court à Paris depuis juillet d’un rêve à deux entre Bayrou et Cohn Bendit pour les Européennes de 2014 n’y est sans doute pas pour rien).

 

D’une part, quand il s’agit de réconcilier, ou plutôt de réunir les deux courants, il faudrait tout de même savoir de qui l’on parle. Christelle Crémiers prétend ainsi que les écologistes sont "aujourd’hui presque tous rassemblés dans EELV". Affirmation péremptoire qui est au moins doublement suspecte. Il existe d’autres écologistes, qu’ils soient indépendants (et Nicolas Hulot sait ce que cela lui aura coûté) ou bien qui n’aient pas réussi à se greffer comme CAP21 (Et Corinne Lepage sait aussi ce que cela lui aura coûté).

 

Quelle représentativité ?

 

Par ailleurs, une question reste fondamentale : combien de militants se sentent-ils représentés par les députés ou leur ministre qui ont bénéficié d’un accord sur lequel le mouvement écologiste aura tant perdu sur le fond, pour s’enorgueillir de la forme ? Se sentent-ils encore comme militants d’EELV ou plutôt, et c’est sans doute la question qui fâche le plus, considèrent-ils Duflot et consorts comme faisant encore partie de leur formation politique ?

 

De la même manière, Christine de Crémiers propose une définition pour le moins floue de ce qu’elle appelle "démocrates" et ce à plusieurs reprise dans sa tribune : "La droite modérée, dite orléaniste", "assemblés dans l’UDF, puis dispersés, les héritiers de la droite modérée", "démocrates, se sont répartis dans plusieurs formations politiques de la droite et du centre, le Modem, le Nouveau Centre, l’Alliance centriste, le courant centriste de l’UMP, le PRV". Droite orléaniste ? UDF ? Héritier de la droite modéré ? Alliance Centriste ? Nouveau Centre ? Courant centriste (sic) de l’UMP ? Autant de noms de baptême que je récuse, en ma qualité de conseiller national du MoDem. Une énumération qui se veut exhaustive, sans doute pour ne froisser personne, mais qui ressemble à une auberge espagnole qui abrite tout et son contraire, jusqu’au plus improbable des bonimenteurs venus refourguer sa camelote.

 

Qu’on se le dise : le "démocrate" en France était, jusqu’en 2012, cette force insufflée par François Bayrou, qui s’inscrivait dans l’indépendance et l’autonomie face au bipartisme pour proposer une vision "apartisane" de la politique française, fixant ses valeurs et ses objectifs non autour de dogmes impénétrables (le salarié ou l’entreprise, la finance ou la décroissance, la production ou le dialogue social), mais autour d’une seule obsession : sert-elle avant tout les citoyens ?

 

Jusqu’en 2012… Car la problématique du MoDem était circonscrite à la réussite présidentielle de son leader. L’échec de 2012 sonne donc la fin de cette volonté d’indépendance. Et aujourd’hui la question qui se pose pour les militants du MoDem est la même que celle que se posent les Verts : il y a ceux qui s’obstinent à l’indépendance quand le verdict du bipartisme a sommé un jugement sans concession quitte à se résoudre à ne jamais être en position d’agir en élu, il y a ceux qui veulent garder leur indépendance mais travailler à gauche, leur alter ego mais à droite, ceux qui veulent faire revivre l’UDF, quand les parcours de chacun ont varié à l’infini y compris sur l’échelle des valeurs. Une mère n’y retrouverait plus ses petits… Sauf François Bayrou qui entend, pourtant, être le garant de chacun, et qui prétend que l’on peut s’abriter sous le même toit quand tous les membres de cette famille se disputent jusqu’aux murs porteurs…

 

Les militants "démocrates" ont au moins ce point commun avec les écologistes : ils ne savent plus où ils en sont. Sauf que leurs leaders ont choisi Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy. Au-delà de ce choix qu’ils partagent en effet, l’imbroglio est total, la tête de chacune des deux formations étant au moins autant supportée que contestée.

 

Mais au-delà de ce désordre, qui n’est que la conséquence du bipartisme cannibale et qui laisse une alternative peu satisfaisante aux autres, à savoir participer et renoncer à son identité, ou faire vivre ses valeurs et ne plus exister, quid des valeurs qui nous séparent, écologistes et démocrates, et que semble occulter Christelle de Crémiers ?

 

Quels objectifs ?

 

EELV regrette-t-il de ne pas avoir voté la loi contre les signes ostentatoires à l’école en 2004 ou contre la dissimulation du visage dans l’espace public en 2009 ? Dans la même veine, veulent-ils toujours faire du multiculturalisme la réponse à nos impasses républicaines plutôt que de proposer l’universalisme, ce qui implique un combat sans concession contre le communautarisme et l’intégrisme ?

 

Dans un autre domaine, les Verts continent-ils de voir en Mérieu l’homme qui a tout compris à l’école ? De prétendre que l’école française est élitiste ? Trop concurrentielle ? Que l’école est un lieu de vie ?

 

Les Verts continent-ils de penser qu’il faudrait supprimer le 14 juillet ? Que la dépénalisation du cannabis est la seule manière de lutter contre ce fléau ? Et quid du nucléaire ?

 

La liste serait longue encore s’il l’on voulait s’astreindre à l’exhaustivité. Vouloir travailler ensemble, autour de valeurs communes, et écologistes et démocrates en possèdent, n’est pas dénué de sens. Assurément. Mais quid de nos différences qui semblent si profondes ? Avec quels objectifs : réfléchir ou gouverner ? Critiquer ou mettre les mains dans le cambouis ? Et surtout qui sont réellement ces écologistes ou ces démocrates ? Les bayrouistes ? Les Mamèristes ? Les Cohn-Benditistes ? Ou bien encore leurs détracteurs qui n’en veulent plus ? Ceux qui en veulent encore mais avec une autre stratégie ?

 

Autant de questions, si vastes et sans réponses, qui montrent que la réflexion peut évidemment se poursuivre. Mais que le jour où écologistes et démocrates, uniront leur force pour présenter un projet commun, n’est sans doute pas pour demain matin. Tant qu’ils ne sauront pas eux-mêmes qui ils sont et où ils vont.

Partager cet article
Repost0
7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 09:39

François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 

Alors que l’été ensorcelle les citoyens en sommeil, en distillant ses (rares) rayons de soleil pour les plonger dans une torpeur méritée après une année si agitée, les vice-présidents du MoDem appliquent à la lettre les recommandations de leur chef. Au dernier Conseil national, le 30 juin dernier, François Bayrou leur avait passé le relais… Sans pour autant laisser vacante la présidence du mouvement contrairement aux rumeurs qui avaient circulé après sa défaite aux législatives :

 

"Les déclarations ne servent plus à rien : ce que nous avions à dire a été dit. Les Français l’ont acté qu’ils l’aient suivi ou pas. Mais désormais c’est le réel qui va trancher. Le réel qui va être plus éloquent que tous les discours. J’ai donc envie de ne plus être en première ligne pendant les mois qui viennent. Je ne sais pas combien de temps durera cette période. Je continuerai à exercer une fonction de président c’est-à-dire en charge des grandes orientations du Mouvement qui est le nôtre."

 

Et le Béarnais d’en conclure :

 

"Je demanderai aux vice-présidents d’assumer leur fonction de médiation, c’est-à-dire de présence en première ligne médiatique, car il va falloir que notre présence soit incarnée."

 

Pour autant, on attendait que les cadres du MoDem s’expriment sur les sujets qui ont agité la classe politique cet été, comme l’affaire des heures supplémentaires dont la fiscalisation a failli être rétroactive, le plan de licenciement de PSA, ou bien encore l’ouverture du mariage aux homosexuels sur lequel Dominique Bertinotti, secrétaire d’État déléguée à la famille, a reconnu jeudi 2 août sur Europe1 que le débat promettait d’être animé. Mais il n’en fut rien ou si peu.

 

Une question de survie

 

Au contraire, c’est sur la stratégie du MoDem que se répandent ceux dont on attendait du fond et qui finalement se singularisent sur la forme. Une vétille pour les Français. Une question de survie pour un mouvement qui a connu un échec retentissant lors des dernières élections légilatives, avec notamment la défaite de son créateur.

 

Le premier à lâcher les chevaux fut Robert Rochefort. Et quoi de plus normal quand on sait que l’homme a cru jusqu’au dernier moment que Jean-Marc Ayrault allait faire appel à lui pour composer son gouvernement. La rumeur dit même qu’il avait fait ses cartons dans son bureau de Bruxelles. En accordant un entretien au quotidien "La Croix", il n’a fait que reformuler ce qu’il avait déjà exprimé par ailleurs : il est disponible pour participer à l’action gouvernementale si jamais l’on voulait faire appel à lui, comme il l'explique lorsqu'on lui demande si le MoDem pouvait travailler avec François Hollande :

 

"La réponse est oui. Il y a suffisamment de questions importantes pour trouver des points de rencontre. C’est dans l’intérêt de la France que François Hollande élargisse son équipe. Nous sommes la première pièce politique disponible pour son élargissement. (…) Les possibilités sont là, il faut juste que François Hollande exorcise sa peur de mécontenter Jean-Luc Mélenchon."

 

On ne saurait être plus clair. Si clair que d’autres vice-présidents au MoDem ont peu goûté le met proposé par Rochefort, c’est le moins que l’on puisse dire. Jean-Marie Vanlerenberghe a même exprimé, avec la retenue rhétorique qu’il convient en pareille situation, histoire de ne pas faire croire que l’on lave son linge sale sur la place publique, un profond désaccord, et, bien au-delà un désengagement du mouvement dans un tel désir :

 

"J'appelle Robert Rochefort à plus de prudence : il ne peut s'exprimer qu'à titre personnel, notre dernier conseil national n'ayant jamais validé un rapprochement avec la gauche. Au nom du MoDem, je suis d'ailleurs en contact avec d'autres centristes pour, je l'espère, créer une formation politique libre et indépendante."

 

La situation pourrait désoler les militants du MoDem. Elle n’en demeurait pas moins inéluctable.

 

Le fameux conseil national auquel fait référence le sénateur et ancien maire d’Arras avait délivré les clefs à ceux qui avaient pu y assister. Dans son allocution liminaire et dans tous les discours qui suivirent, François Bayrou avait composé la problématique et éludé l’énigme :

 

"Réfléchissez aux alliances, je suis en accord avec cela. Est-ce que ces alliances doivent être dans un seul sens ? Alors on entendra des gens qui pensent que réellement il faut franchir le pas et aller à gauche, des gens qui pensent que maintenant il faut vraiment franchir le pas et aller à droite, on discutera, on débattra de ce sujet. Vous pensez bien que tel n’est pas mon sentiment. Abandonner notre idée que la bipolarisation est nuisible pour la vie politique française, me paraîtrait une faute à l'encontre de l’idée que nous nous faisons du pays. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’entendre."

 

Une équation impossible

 

Même si la démarche de Robert Rochefort, fidèle à celles de Jean-Luc Bennahmias, et Jean-Marie Vanlerenberghe, puisent leur vie dans la même sève, à savoir admettre que les vélléités maintes fois déclinées par le MoDem de créer une troisième voie libre et indépendante ont échoué – compte-tenu de nos institutions et de son calendrier –, comment peuvent-elles se coupler au sein d’une même formation ? Équation impossible, utopique même, à laquelle tente de se raccrocher François Bayrou.

 

Le président du MoDem a d'ailleurs balayé d’un revers toute tentative visant à contredire sa ligne politique, sa destinée :

 

"Mais moi tant que je serais vivant, je ne renoncerais pas à l’idée que notre courant politique n’est pas soluble dans l’un ou dans l’autre des deux camps."

 

Et l’homme du Béarn d’occulter les débacles électorales. Des péripéties à l’entendre :

 

"Moi, comme homme, je dis qu’il faut être de la race des de Gaulle et des Mendès et des Churchill et de ceux-là. Que ce qui compte, ce n’est pas tant l’intérêt, si c’était l’intérêt on avait autre chose à faire. Ce qui compte c’est : est-ce que tu es enraciné dans la vérité de ce que tu crois et de ce que le pays attend ? Alors, si tu es enraciné dans ce que tu crois, et dans ce que l’Histoire va imposer, alors va au combat, prends tous les risques, va jusqu’au bout et qu’est-ce que ça peut foutre après tout qu’électoralement, momentanément, cela soit une difficulté ? Qu’est-ce que ça peut faire ?"

 

Le verbe est haut. La tribune émeut provoquant alors un tonnerre d’applaudissement. L’envolée touche la grâce. Mais le politique n’atteint pas en pragmatisme, même pas de la pointe de la plume, le poète.

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont été de la chair à candidats, et j’en fais partie (j'étais candidat aux législatives dans le Nord), et qui se sont ramassés, faute d’un leader assez humble pour prendre son téléphone et expliquer qu’il allait soutenir Hollande ? On aurait dit : "il est passé à gauche" rétorque-t-il lors du même conseil national : la belle affaire !

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont cru que le MoDem voulait faire de la politique autrement ? Qui faisait qu’une idée n’était pas de droite ou de gauche mais qu’elle n’était que parce qu’elle était au service des Français ? Qui voulait redonner au citoyen sa force de décision politique en replaçant le Parlement à sa juste place, celle qui décide ?

 

Bayrou, l’éternel incompris 

 

 

À quel moment Bayrou a-t-il tout fait pour sanctifier l'élection présidentielle, la rencontre d’un homme et son peuple, renonçant à l’audacieux pari d’une Ve République, se réconfortant dans la promesse d’un destin qui tenait au mysticisme ? Tout, dans le programme du MoDem et dans ses valeurs, dirigeait Bayrou vers un régime parlementaire quand il n’a proposé, en guise de programme, que le gage de n’avoir été qu’un Cassandre soi-disant visionnaire. Un titre honorifique, point de programme en cette reconnaissance. 

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont travaillé au siège, et qui, au moment de faire les bilans, se sont faits remercier sans même que François Bayrou et Marielle de Sarnez n’aient daigné affronter de face la réalité de LEUR échec ?

 

Derrière l’ombre de président de MoDem se cache en vérité celle d’Alfred de Vigny chez François Bayrou. Sainte-Beuve avait décrit le poète, reclus seul dans sa tour d’ivroire, en philosophe reculé du monde, engendrant ses plus belles oeuvres. François Bayrou n’est pas différent. Philosophe face au sophiste Nicolas Sarkozy, il a fait jaillir de sa plume l’encre de la fureur dans la justesse, dénonçant comme aucun autre les affres de l’enfant barbare dans "Abus de pouvoir".

 

Mais l’homme est une hydre à deux têtes. Vigny laisse sa place à Mallarmé qui s’appitoie auprès d’Eugène Lefébure en juillet 1865 :

 

“Si tu savais quelle douleur j’ai quand il me faut délayer ma pensée et l’affaiblir, pour qu’elle soit intelligible, de suite, à une salle de spectateurs indifférents”.

 

Bayrou, l’éternel incompris. Trop supérieur pour le scutin universel. "Pour lui, l’idéal serait d’être nommé", me confiait récemment un collaborateur du mouvement. L’élu d’ailleurs choisi par le commun des mortels, le mystique n’en finit plus de dire, qu’un jour ou l’autre, le monde reconnaîtra qu’il avait raison :

 

"Désormais c’est le réel qui va trancher. Le réel qui va être plus éloquent que tous les discours. (…) C’est pourquoi la période de silence que je vais traverser avec plaisir dans les mois qui viennent, elle doit mis à profit pour approfondir, pour que les gens au fond se demandent si ce que nous auront à dire de l’avenir quand ils auront découvert que c’était nous qui disions la vérité."

 

Entre temps, le MoDem reste attaché à SA destinée, celle de son président, les tentatives de dépassement étant vite absorbées pour l'"intérêt commun". Prétexte pour museler tout le monde. Comme d’habitude.

 

Entre fan club et idéologie égocentrée, le MoDem s’abime et se déchire. Car il est une certitude, Monsieur Bayrou, ne vous en déplaise :  non, assurément non, dans de tels antagonismes, nous ne pourrons pas nous entendre. 

Partager cet article
Repost0
5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 09:38

Roger Federer lors du match qui l'opposait à J.M. Del Potro, aux JO de Londres, le 3 août 2012 (AMENDOLA/SIPA).

Roger Federer lors du match qui l'opposait à J.M. Del Potro, aux JO de Londres, le 3 août 2012 (AMENDOLA/SIPA).

 

La victoire fut douloureuse, ô combien douloureuse. Et pourtant, on aurait tort de croire que Roger Federer jouait vendredi sa bête noire, en demi-finale du tournoi olympique, sur le Center Court de Wimbledon. Certes Juan Martin Del Potro est bien l’homme qui l’avait terrassé sur le central de Flushing Meadow, en finale de l’US Open en 2009, alors que personne ne voyait perdre le Suisse. Cette défaite, en cinq manches, avait même empêché l’Helvète de boucler un grand chelem sur deux ans, puisque tenant à Roland Garros et à Wimbledon la même année, il avait remporté dans la foulée en 2010 l’Open d’Australie. Depuis, il y eut des blessures pour l’Argentin.

 

Un match record

 

Mais depuis son retour, Roger s’est toujours rappelé à son bon souvenir en le battant systématiquement, méthodiquement. Rien pour cette année, les deux joueurs s’étaient affrontés déjà à cinq reprises : Open d’Australie, Rotterdam, Dubaï, Indian Wells et Roland Garros. Et à chaque fois celui qui allait redevenir n°1 mondial en juillet avait pris le dessus.

 

À Paris, pourtant, l’alerte avait déjà été chaude. L’Argentin, se rappelant qu’en 2009, il avait failli faire tomber le Suisse en demi-finale en menant 3-1 dans le cinquième set, avait mené deux manches à rien. Mais le physique trop fragile de celui que l’on surnomme la Tour de Tandil (sobriquet né de sa grandeur – presque 2 mètres – et de sa ville de naissance en Argentine) avait réduit ses espoirs à néant et Federer avait déroulé dans les trois derniers sets après une belle frayeur : 3-6 6-7 6-2 6-0 6-3.

 

Cette fois-ci, le suspense aura tenu jusqu’au bout. Les mauvaises langues auraient tort de considérer que le format aura sauvé la mise de Del Potro puisque les Jeux olympiques, contrairement aux grands chelems, se jouent en deux sets gagnants. Car en l’emportant 19-17 dans l’ultime manche, le Suisse et l’Argentin auront pour ainsi dire jouer cinq manches. 4h29.

 

Un record pour un match au meilleur des trois sets depuis les 4h02 du  fameux Nadal/Djokovic en demi-finale de Madrid en 2009, que beaucoup considèrent comme la victoire à la Pyrrhus de l’Espagnol. Touché dans sa chair après ce combat, il avait non seulement concédé la finale à Federer le lendemain, mais surtout avait dû rendre les armes pour la seule fois de sa carrière 15 jours plus tard à Roland Garros face à Söderling, les genoux en capilotade.  

 

Federer a eu peur

 

Vendredi, comme ce fut déjà le cas lors de son premier tour face à Alejandro Falla, Federer a eu peur. Et cela s’est vu. Incroyable sensation pour l’amateur de tennis de voir ce monument du tennis trembler au moment de conclure. L’homme aux 17 titres du grand chelem, aux 7 Wimbledon, qui est au sommet de la hiérarchie pour la 289e semaine (record de Sampras battu depuis 2 semaines à une longueur encore respectable de celui, mixte, de Steffi Graf dont le règne s’étendit sur… 377 semaines) n’a en effet rien pu faire, quand à 9 partout il put, enfin, breaker l’Argentin pour la première fois du match après 3h45 de jeu.

 

Il y a six ans, du temps de sa grandeur où il perdait moins de cinq matchs à l’année, Roger Federer n’aurait jamais laissé passer l’occasion. Il aurait commencé par deux ou trois services gagnants histoire d’écœurer son adversaire. En 2012, le Suisse n’est plus capable de mettre la tête sous l’eau de sa victime aussi facilement. En panne de premières, il donnait le signe à son adversaire qu’il y pensait. C’en fut assez pour Del Potro qui appuya encore plus fort ses coups pour s’offrir un break blanc. Tout était alors à refaire. Comment le Suisse venait-il le laisser s’échapper pareille occasion, lui qui venait, enfin, de prendre le service imprenable de son adversaire ?

 

La faute à des défaites qui se sont accumulées. La faute à des adversaires qui ont, progressivement fait sauter le verrou, en l’emprisonnant côté revers, pour l’attaquer plein champ sur son côté coup droit, son coup le plus redoutable pourtant, qui chancelle à présent quand il est pilonné dessus. La faute à l’expérience aussi qui lui permet de lire dans l’esprit de ses adversaires comme dans un livre, et de sentir le moment comme aucun autre. Conscient que "le" moment est arrivé, cette conscience, loin de lui assurer un coup d’avance, le fait trembler, là, où, un jeunot jouerait sans réfléchir.

 

Simplement humain

 

Aujourd’hui, l’émotion guide sa main quand l’instant devient tendu. Historique aussi puisque chaque victoire n’en finit plus de rajouter un chapitre au roman déjà fleuve de son incomparable carrière. Déjà à Wimbledon, ses victoires furent douloureuses, comme face à Julien Benneteau où il passa plusieurs fois à deux points de la défaite, ou encore en finale face à Murray, qui pendant longtemps aura détenu les clefs de la finale, et qui, jusqu’au bout, aura fait trembler le Suisse, en sauvant notamment une première balle de match.

 

On voyait Dieu en lui, on le voit tout simplement humain. Et c’est sans doute ce qui le différencie d’un Nadal dans cet éternel débat qui s’ouvre régulièrement pour savoir pourquoi on préfère la Suisse à l’Espagnol : bien sur le recordman de Roland-Garros pleure, lui aussi à chaque grande victoire. Mais cette humanité ne vient qu’à la toute fin du match, quand le masque vient de tomber, comme le verdict. Dans les échanges, pas un signe de fragilité ne vient colorer l’ensemble. Chez Federer, malgré le palmarès, les fêlures sont vives. Il n’est plus de victoires faciles. Comme si chaque pierre apportée au collier lui donnait davantage le vertige, bien plus qu’à ceux qui le suivent depuis plus d’une décennie.

 

Vendredi, à la presse suisse, il l'avouait : "Pour être honnête, j’ai imaginé la défaite. Je sais que, après une telle déception, j’aurais eu du mal à remobiliser mes esprits pour une médaille de bronze. Je devais gagner aujourd’hui." Imaginer la défaite en plein match ? Comment un champion en arrive-t-il à confier ce que tous les entraîneurs vous défendent de faire ?

 

Un destin à la Steffi Graf

 

Son destin en fin de carrière ressemble à celui de Steffi Graf, celle qui est considérée comme la plus grande championne de tous les temps, avec son Grand chelem en 1988 (assorti d’une médaille d’or à Séoul la même année) et ses 22 titres du grand chelem. Bousculée par les Sabatini Fernandez, puis humiliée par Seles, enfin ringardisée par Davenport, Hingis et les Williams qui pointaient, déjà, le bout de leur nez, la championne avait su, à chaque fois, composer avec l’énigme pour trouver, seule, la solution. Petit à petit, elle s’était adaptée pour faire de ses bourreaux d’un moment, des victimes en devenir.

 

Mais au fil du temps, chaque combat semblait puiser sa force dans le mental de la championne. Tant et encore. Si bien que chaque victoire approchée semblait la rendre plus fragile encore. L’Allemande ne fit plus jamais dans la facilité, celle qui lui permit notamment en 1988 de boucler la finale la plus rapide de l’histoire du jeu en 38 minutes. 

 

 

Et à partir de 1995, chacune d’elle ressemblait à un exploit tant l’Allemande semblait à fleur  de peau, balbutiant son coup droit quand elle s’approchait de son but. Qui a oublié les larmes qui coulèrent sur ses joues en 1995, en 1996 et encore en 1999 quand elle venait de renvoyer Hingis à ses études ? À l'époque, Steffi Graf avait confié à "Tennis Magazine", que l’expérience ne l’aidait pas et que, bien au contraire, lui faisait prendre conscience des moments qu’il ne fallait surtout pas rater, la lucidité du sage, troublante, que l’insouciance de la jeunesse méprise avec dédain.

 

Aujourd’hui, le Suisse vit pareille situation. Son palmarès n’est pas un matelas de confiance dans lequel il peut puiser quand le moment devient difficile.

 

Conscience dans l'accomplissement

 

L’insouciance avait fait de lui un Dieu. La conscience dans l’accomplissement le réduit à l’état d’humain. L’émotion surgit et vient faire douter la détermination et la certitude. Mais Dieu que la victoire n’en a alors que plus de saveur ! Pour Federer bien évidemment. Et que dire des amateurs de tennis qui se frottent les yeux pour ne pas croire qu’ils sont en plein rêve : Roger, après avoir été divin, est redevenu humain. Mais toujours un trophée entre les mains. 

Partager cet article
Repost0
3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 09:37

Jiaudo Wu

La pongiste Jiaduo Wu joue sous les couleurs de l'Allemagne (I.INOUYE/SIPA).

 

Dans l’anonymat de la multitude des disciplines des Jeux olympiques, certains matchs ont retenu l’attention en tennis de table, alors que le tournoi débutait son deuxième tour : Qiangbing Li affrontait Mo Zhang , Xue Li défiait Jian Fang Lay. Puis au-delà de ces matchs "fratricides", on voyait également Jiao Li, Yuan Tian, Yifang Xian, Jie Li, Jiaduo Wu et combien d’autres encore pointer le bout de leur nez… Depuis quand une délégation, fût-elle la plus forte de la discipline, en l’occurrence la chinoise, a-t-elle le privilège de présenter huit voire dix de ses compatriotes en compétition ?

 

Pourtant, contrairement aux apparences, aucune de ces pongistes n’est chinoise. Du moins officiellement. Dans l’ordre de leur apparition, elles sont autrichiennecanadiennefrançaise,australienneluxembourgeoisehollandaisecroatefrançaisehollandaise à nouveau et allemande. Sauf qu’en y regardant de plus près, il suffit de s'attarder sur le lieu de naissance de chacune de ces athlètes pour voir qu’il y a anguille sous roche : respectivement Pékin, Shi Jia Zuhang, Boshan De Zibo Sh., Wengzhou, Shangaï, Qingdao City, Shenyang, Baoding, Sichuan et enfin Linhai-Zhe Jiang. Des noms de villes bien exotiques pour les pays cités…

 

Une concurrence telle que les Chinoises vont à l'étranger

 

En réalité, sur les 64 joueuses participant au tournoi, 24 sont originaires de Chine !

 

Le phénomène n’est pas nouveau et ne se circonscrit pas à l’épreuve féminine. En Chine, la concurrence est telle que les quotas imposés par la Fédération internationale ne permettent pas à tous les athlètes chinois de concourir pour les championnats du monde, ou encore les Jeux olympiques. Si bien qu’à moins de faire partie des génies de la discipline, il ne reste plus à ces pongistes qu'à se tourner vers d’autres pays, enclins à les accueillir pour tenter d’endiguer la vague chinoise, qui fait la main basse sur toutes les compétitions internationales depuis plusieurs décennies.

 

La situation en devient cocasse, car certains matchs ressemblent à s’y méprendre à un championnat de Chine. Benoit Paire, tennisman français qui vient de faire son entrée parmi les 50 premiers joueurs du monde, n’avait pas un classement suffisant pour se qualifier pour Londres. Aussi c’est de la tournée américaine qui débute sur ciment, et qui est naturellement désertée par les meilleurs, qu’il suit les Jeux olympiques le soir, à l’hôtel, après ses matchs. Et regardant un de ces matches "format championnat de Chine", il ne put s’empêcher de tweeter cette semaine :

Le phénomène est devenu tel que la Fédération internationale de tennis de table a dû réagir… mais un peu tard. En 2008, elle a voté un nouveau règlement interdisant les changements de nationalité pour les athlètes de plus de 21 ans. Parallèlement, la règle encadre sévèrement les "transferts" ayant lieu avant cet âge, en exigeant une "période de qualification" de sept ans pour un changement de nationalité entre 18 et 21 ans ; de cinq ans entre 15 et 18 ans, et de trois ans pour les joueurs de moins de quinze ans.

 

Problème majeur : ce nouveau règlement ne concernait pas les Jeux olympiques…

 

Des naturalisations loin d'être confinées au tennis de table

 

Tous les sports ont connu des vagues de naturalisation. Le football et l’athlétisme ont vu le Qatar et Brunei acheter à coups de millions de dollars des athlètes déjà confirmés au plus haut niveau mondial, pour se créer artificiellement une culture sportive, à l'image des cités lacustres qu'ils ont déjà créées à Dubaï. En janvier dernier et dans le cadre des championnats du monde de handball, qui seront organisés en 2015 au Qatar, ce dernier avait tenté de débaucher Nikolaj Markussen, Danois de nationalité, avec à la clef un chèque à sept chiffres pour l'inciter à quitter son maillot national… Proposition déclinée par l’intéressé, qui ne se voyait pas tourner le dos au Danemark natal.

 

Qu’il est loin le temps où les naturalisations n’étaient que la conséquence d’une condition de réfugié politique, comme c'était le cas pour la Tchécoslovaque Martina Navratilova, dont l’exil aux États-Unis avait ému le monde entier en 1975, alors qu’elle était simplement autorisée à jouer un tournoi sur le territoire US. Elle était retournée dans son pays en 1986 seulement, lors de la Fed Cup, sous les couleurs américaines et aux côtés de Chris Evert, ce qui restera un grand moment d’émotion pour celle qui était devenue l’une des plus grandes sportives de sa discipline.

 

Aujourd’hui, les naturalisations ne sont qu’une affaire de gros sous pour des pays en mal de résultats. Plutôt que d’utiliser cet argent à développer des structures sportives dans les territoires et d’aider la jeunesse à se découvrir une âme de champion.

 

Et si l'on interdisait tout simplement les naturalisations ? Autant demander de supprimer le fric dans le sport...

Partager cet article
Repost0
1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 09:37

La judokate Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani à son arrivée à Londres, le 25 juillet 2012 (M.NAAMANI/AFP).

 La judokate Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani à son arrivée à Londres, le 25 juillet 2012 (M.NAAMANI/AFP).

 

Le feuilleton interminable sur le voile islamique aux JO aura rendu son verdict. Il est sans appel pour les femmes.

 

Après de multiples rebondissements, la judokate saoudienne Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani a été autorisée à concourir la tête voilée, dans le cadre du tournoi des +78 kg. Nul doute que les caméras risquent de s’intéresser de près à un combat qui n’aurait focalisé sinon aucune attention.

 

D’aucuns pourraient s’émouvoir que l’on discute encore autour du voile aux Jeux olympiques puisque le CIO avait déjà annoncé le 23 juillet dernier qu’il autorisait deux athlètes saoudiennes à participer voilées à la compétition. Le comité s’était alors fendu d’un communiqué qui avait de quoi laisser perplexe :

 

"Le CIO est heureux d'annoncer qu'il a reçu la confirmation du Comité olympique d'Arabie Saoudite que deux femmes participeront pour l'Arabie Saoudite aux jeux Olympiques de Londres cet été".

 

Et c’est bien là le hic : l’Arabie Saoudite avait donc fait de cette autorisation une condition sine qua non pour qu’elle envoie des athlètes femmes aux JO pour la première fois de l’histoire. D’où le communiqué, étonnamment enthousiasmé, et les conclusions qu’en avaient tiré certains : par cette décision, le CIO a permis aux femmes de concourir et donc de s’émanciper.

 

Le CIO cède devant l'Arabie Saoudite

 

Ahurissante inversion des valeurs ! En quoi autoriser des femmes à concourir avec un voile, contrainte qui est imposée par le pays, peut-il concourir à l’émancipation des femmes ? Comme le soulignait alors Fabienne Broucaret, journaliste indépendante et auteur de l’ouvrage "Le sport, dernier bastion du sexisme", quand la FIFA en avait fait de même pour le football au début du mois, il ne faudrait pas oublier d’où provient la demande :

 

"Du point de vue des femmes, c’est un leurre de penser que cela va aider à les émanciper. Il faut voir d’où vient la demande : du Koweït, de l’Arabie Saoudite... des pays où les droits des femmes sont bafoués au quotidien, où elles ont parfois même jusqu’à l’interdiction de conduire !"

 

Mais les fédérations sportives préfèrent rester sourdes à la condition des femmes dans ces pays et croire que céder à ces revendications revient à leur donner une liberté, celle de concourir, oubliant qu’elles contribuent aussi grandement à rendre légitime une ligne politique qui ne garantit pas les mêmes droits aux hommes et femmes, et finalement à les priver de liberté tout court.

 

D’autant que ceux qui arguent que ce n’est l’histoire que d’un "voile" se fourvoient : les autorités saoudiennes ont imposé d’autres obligations à l’envoi de femmes aux JO (une demande du CIO, faut-il le préciser, et non pas de l’Arabie Saoudite qui, apparemment, n’a pas cherché à "médiatiser" par elle-même cette première historique…) : en sus du code vestimentaire strict, ont été imposés un accompagnement permanent des athlètes femmes ainsi qu’une interdiction de se mêler aux hommes. La "liberté", en somme. Et l’"égalité", surtout.

 

Un problème de sécurité

 

Si elle a pu défiler "librement" lors de la cérémonie d’ouverture, la judokate Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani a toutefois buté sur une autre institution, la fédération de judo, qui n’autorise pas le hijab. Les règlements du judo imposent à ses combattants de se présenter tête nue sur le tatami. Une question de sécurité. Et puis, certainement aussi, une question de culture. Au judo, l’adversaire combat à armes égales, en simple kimono ceinturé. Sans autres signes de quelque nature que ce soit.

 

La délégation saoudienne a décidé de suspendre la décision de faire concourir son athlète à l’autorisation de la Fédération de judo. Officiellement, l’on apprend que les discussions ont été menées par le CIO auprès de cette dernière. Mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère sachant qu’il existe un règlement ?

 

Et si le spectre de l’attentat de Londres qui éclata le lendemain de la désignation de Londres comme ville hôte olympique avait guidé l’esprit olympique, par crainte d’un climat qui serait devenu lourd ? Ne serait-ce pas là céder à une menace invisible ? Le conditionnel s’impose mais les interrogations n’en demeurent pas moins légitimes. Finalement, la Fédération Saoudienne a obtenu gain de cause. A moins que ce ne soit le CIO, l’on ne sait plus très bien.

 

L’affaire est d’autant plus lourde que c’est le père de l’athlète qui, en réalité, avait menacé d’empêcher sa fille de concourir. Tout un symbole que cette décision du CIO et qui dépasse assez largement l’esprit olympique. Trop largement. Le CIO a perdu sur tous les plans : religieux, politiques et culturels.

 

Les valeurs de l'olympisme bafouées


Il aura profané la neutralité que la charte olympique impose en termes de religion (n’évoquons pas la laïcité, et son concept français sachant qu’il n’est pas entendu de la même manière outre manche et outre atlantique) : "aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique."

 

Et la charte de préciser :

 

"Les Comités nationaux olympiques doivent préserver leur autonomie et résister à toutes les pressions, y compris, mais sans s’y restreindre, les pressions politiques, juridiques, religieuses ou économiques qui pourraient les empêcher de se conformer à la Charte olympique."

 

Résister à toute pression religieuse… Une réussite de toute évidence.

 

Il aura contredit sa volonté d’interdire de diffuser des messages politiques comme il l’imposepourtant à tous les athlètes. En autorisant non pas la liberté de porter le voile, mais son obligation par certaines délégations, il aura légitimé ceux qui font de la religion ou de ses signes ostensibles une tribune politique fondée sur l’instrumentalisation de la foi.

 

Enfin, il aura bafoué la culture du judo en lui préférant de manière parfaitement arbitraire la culture d’une nation. Depuis quand, aux Jeux olympiques, les valeurs d'une nation supplantent-elles celles du sport ?

 

Mais, et c’est sans doute le plus grave, dans les tous les cas, c'est évidemment la cause féminine dans le monde qui vient de connaître un recul. Désormais, ceux qui contrôlent leur liberté ont le pouvoir de décider, même quand ils gambadent sur les terres prétendues de l’universalisme. Prétendues, car l’olympisme, depuis longtemps, a bien perdu de ses idéaux.

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 09:34

Alain Escada lors d'une manifestation à Toulouse le 19 novembre 2011 (E.CABANIS/AFP)

 Alain Escada lors d'une manifestation à Toulouse le 19 novembre 2011 (E.CABANIS/AFP)

 

L’intégrisme catholique est souvent raillé et le sujet de moquerie. Jugé ringard, il incarne souvent sa propre caricature, ce qui l’empêcherait d’être audible. Il est vrai que la France a entretenu une liberté de parole anticléricale, depuis la Révolution française et davantage encore depuis la loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État.

 

À tel point d’ailleurs que lorsque "Charlie Hebdo" fut assigné par la Mosquée de Paris, l’UOIF et la Ligue islamique mondiale après la parution des caricatures de Mahomet, il suffit à maître Richard Malka de rappeler tout ce que l’hebdo avait grimé sur le dos des catholiques pour remettre à sa juste mesure des dessins dont certains n’étaient même pas drôles, comme cela est raconté dans le documentaire "C'est dur d’être aimé par des cons" à propos de l’affaire.

 

Une exposition médiatique croissante

 

Pour autant, ceux qui croient encore, et qui affirment que l’intégrisme catholique est minoritaire et dérisoire, car sans écho, notamment en comparaison avec son homologue musulman, se trompent lourdement. Sa force de frappe est réelle ciblant le cœur de notre République, chez nos députés parfois davantage enclins à céder à leur foi qu’à la raison, luttant notamment contre la "christianophobie", comme l'ont fait des députés UMP fin 2011. Et si Christine Boutin s’est révélée le porte-parole le plus charismatique de la branche traditionnaliste de l’Église, d’autres forces émergent avec encore plus de puissance, et en sombrent gravement dans l’intégrisme.

 

En effet, Christine Boutin n’est plus seule à hurler aux loups dans son bois : Alain Escada est arrivée avec fracas dans nos médias, à grandes enjambées. Pourtant discret, ce bouquiniste belge de 42 ans est en réalité un ancien membre du Front national belge, rappelant ainsi que, s’il est un parti, même au-delà de nos frontières, qui n’a rien de laïque, c’est bien le Front national qui reste un repaire privilégié pour les nostalgiques qui prient à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dont Bruno Gollnisch est un fidèle parmi les fidèles.

 

Ancien candidat aux élections législatives, Alain Escada est devenu secrétaire général de Civitas, qu’il qualifie lui même de "lobby" ayant pour tâche de "coaliser tous ceux qui pourraient vouloir participer à une riposte catholique". Créé lors du schisme lefebvriste, Civitas est un institut, clairement intégriste, qui s’est fait connaître dès 1988 en manifestant contre le film de Martin Scorsese "La Dernière Tentation du Christ", période durant laquelle fut incendié le cinéma Saint-Michel, attentat qui fit une victime, preuve de la vive tension qui régnait alors.

 

Des manifestations fréquentes

 

Aujourd’hui encore, les arts semblent toujours le cœur de cible privilégié de Civitas qui fut à la tête de la fronde contre le "Piss Christ" à Avignon, puis contre deux pièces de théâtre "Sur le concept du visage du fils de Dieu" et "Golgota Picnic" à l’automne dernier à Paris. Des manifestations qui se sont invitées dans les médias français. Et, pour faire parler la voix catholique face à des débats polémiques comme celui qui s’ouvre sur le mariage ouvert aux homosexuels, c’est Alain Escada qui a pris petit à petit la place de Christine Boutin.

 

Le Belge maitrise parfaitement la rhétorique et sait parfaitement se faire entendre dans les débats comme le montre la dernière édition de "Ça vous regarde" diffusée sur la LCP le 5 juillet dernier :

 

Escada et la rhétorique intégriste par snoopyves1

 

Mais Alain Escada se défend d’être intégriste :

 

Pour Escada, Civitas pas intégriste par snoopyves1

 

Amusante justification que l’on retrouve parmi ceux qui manifestent sous la bannière de Civitas et dont la définition de "non-intégriste" paraît pour le moins tortueuse :

 

Je ne suis pas intégriste... je peux mourir en... par snoopyves1

 

Encore une fois, la démesure pourrait en effet confiner ses actions dans l’ordre du dérisoire. Mais elles font moins sourire quand on sait par exemple que les manifestants d’octobre dernier avaient des couteaux sur eux quand ils se sont faits arrêtés, que la destruction du "Piss Christ" avait été effectuée à coups de marteau pendant que l’on avait séquestré le garde du musée ou encore quand ils menacent et surtout… agissent.

 

Des élections à venir

 

Civitas, sous la houlette d’Alain Escada, continue ainsi tranquillement son ascension médiatique, n’hésitant pas même à couper le documentaire "Et la laïcité dans tout ça", diffusé par France 2 le 15 mai dernier pour assurer la propagande et la notoriété naissante de son gourou.

 


Et la laïcité dans tout ça ? par Valeurs-Chretiennes

 

Après avoir diffusé des autocollants et des vidéos qui en disent long sur la qualité des débats qui attendent les Français d’ici quelques mois, l’institut prépare "une session d'été" au Château de Couloutre, à la fin du mois de juillet selon leur site Internet avec, en programme, des intitulés de conférences qui permettent agréablement de prendre la température en cet été : "Comment faire échec aux revendications subversives du lobby homosexuel ?", "Inscrire dans la Constitution la séparation de l'Église et de l'État : une provocation anticatholique", "Les arguments à connaître contre l'euthanasie" ou encore "Par ce signe, tu vaincras : mot de conclusion de la session".

 

Plus inquiétant encore, reste ce dernier colloque qui en dit long sur les velléités de Civitas : "Se faire élire pour agir à l'échelon local"… Sur leur site Internet, le texte "L'engagement municipal de 2014 : un devoir pour les catholiques" semble clair. Qu’on se le dise, ceux qui croient encore que les intégristes catholiques sont circonscrits à la caricature et au dérisoire et que seul l’intégrisme musulman représente une réelle menace devraient relire l’Évangile de Luc, pour ne pas se mettre la poutre dans l’œil…

Partager cet article
Repost0
16 juillet 2012 1 16 /07 /juillet /2012 09:33

Députés socialistes lors des questions au gouvernement le 24 janvier 2012 (CHESNOT/SIPA)

Députés socialistes lors des questions au gouvernement le 24 janvier 2012 (CHESNOT/SIPA)

 

"Travailler plus pour gagner plus". Le gimmick en toc qui avait rythmé la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 avait fait tourner la tête à plus d’un citoyen. Pour autant, la réalité fut tout autre : la mesure n’apporta pas les effets escomptés et ce fut en guise des effets d’aubaine qui se firent sentir. Combien d’emplois n’ont pas été créés alors que le travail était effectué par des heures supplémentaires ? Le meilleur exemple reste l’école publique, car pendant que l’on supprimait dans le vif, sans regarder dans le détail, 70.000 postes, l’on encourageait (quand on ne contraignait pas) les enseignants à accepter heures supplémentaires sur heures supplémentaires.

 

Aujourd’hui, le gouvernement Ayrault prend ses responsabilités en voulant tordre le coup à un dispositif qui n’a plus lieu d’être quand le chômage menace de dépasser les 10%. Avec justesse.

 

Aussi, les ténors de l’UMP, qui, à l’image de Henri Guaino ce matin sur I-télé, pleure la défiscalisation des heures supplémentaires, se trompe de cible. Et alimente, si besoin en était, la cynique histoire du crétinisme bipartite.

 

La retroactivité de la mesure, un scandale

 

En revanche, il est des critiques qui prennent largement du sens. Et notamment celles qui s’élèvent contre le caractère rétroactif de la taxation. Comme celle de Christian Estrosi ou bien encore deGilles Carrez, le président UMP de la commission des finances.

 

À l’origine, la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires devait être discutée à la rentrée parlementaire afin de la mettre en place pour le budget 2013. Mais la semaine dernière, des députés socialistes, sans doute un peu trop zélés, ont tout simplement déposé un amendement pour avancer le débat et pour qu’ainsi le dispositif devienne rétroactif pour prendre effet dès le 1e janvier 2012.

 

Le caractère rétroactif de la fiscalisation des heures supplémentaires serait tout proprement scandaleuse. Encore une fois, il n’est nulle question de la discuter sur le fond puisque, d’une part, elle s’impose en situation de crise comme la nôtre, durant laquelle tout doit être mis en œuvre pour avant tout créer des emplois et d’autre part, elle faisait partie du programme de François Hollande et des députés PS, deux projets qui ont été choisis par les Français en majorité dans les urnes. Dont acte.

 

Le problème, c’est qu’en décidant de la rendre rétroactive, elle prend les citoyens par surprise, certains s’étant engagés à accepter de faire des heures supplémentaires parce qu’elles étaient justement défiscalisées. Voilà 7 mois que les Français peuvent faire des heures supplémentaires à l’image de ce qu’il faisait depuis 5 ans et on vient leur annoncer que l’on change la règle du jeu ?

 

Pire, en faisant voter cette mesure en tapinois au moins de juillet, alors que les Français partent en vacances, on a l’impression qu’en un instant, l’envie de concertation maintes fois répétée par Hollande et Ayrault et son gouvernement ne prévaut plus.

 

Le caractère rétroactif de cette mesure serait d’une déloyauté sans nom. Les enseignants, pour ne prendre que cet exemple, n’auraient même plus l’occasion de prendre des dispositions pour économiser en vue de l’augmentation de l’impôt à prévoir : les ressources humaines sont actées en juin et la création des postes dans l’éducation nationale va considérablement diminuer le recours aux heures supplémentaires.

 

Et qui ne sait que ce dispositif profitait avant tout aux classes moyennes, que François Hollande avait pourtant promis samedi de préserver ? Monsieur le président, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les députés, il est toujours temps de vous rappeler que le changement, cela peut être maintenant. Et d’enterrer le caractère rétroactif de la fiscalisation qui si elle venait à être maintenue, pourrait laisser des citoyens amers. Tant sur le fond, que sur la forme. 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche