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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 10:11

Christine Boutin à l'Assemblée nationale le 2 octobre 2012 (Sipa)

Christine Boutin à l'Assemblée nationale le 2 octobre 2012 (Sipa)

 

Christine Boutin est sur tous les fronts en ce moment. Même si la Madone des Yvelines n’est plus députée, elle n’en demeure pas moins un des principaux hérauts de la fronde qui s’agite contre le projet de loi qui tente d’ouvrir le mariage aux homosexuels, quitte à assimiler elle aussihomosexualité et polygamie, en chœur avec Civitas.

 

Rassurez-vous, la bigote qui radote n’a pas l’intention de ranger au placard son bâton de pèlerin. Pour autant, c’est pour une tout autre raison la présidente du Parti chrétien démocrate fait la une de l’actualité en ce jour : la quête du dimanche a été fructueuse à en croire "Valeurs Actuelles" à qui elle confie sans état d’âme qu’elle a monnayé son retrait à la course présidentielle contre la somme rondelette de 800.000 euros ! L’histoire ne nous dit pas si une fois l’argent jeté au sol, elle se jeta sur le sol pour les ramasser tel Judas mais l’affaire mérite d’être lue en détail :

 

"J'ai passé une alliance avec Nicolas Sarkozy en février, quand j'ai retiré ma candidature à la présidentielle. En le soutenant, je renonçais aux 800.000 euros de financement public de ma campagne [prévus par la loi pour les candidats du premier tour ayant obtenu moins de 5% des suffrages exprimés], somme que j'avais déjà dépensée. Nicolas Sarkozy s'était engagé à ce que cette somme me soit remboursée par l'UMP."

 

Que vaut l’alliance faite à Dieu, quand celle de l’UMP se veut si généreuse avec ses apôtres ? Charité bien ordonnée commence par soi-même et on se souvient que Christine Boutin avait déjà dû renoncer à ses 9500 euros mensuels pour une mission, dont on disait déjà à l’époque qu’elle aurait pu compenser un limogeage mal digéré du gouvernement Fillon.

 

Alors les agneaux de Dieu et autres moutons de Panurge bêleront que l’enrichissement n’est pas personnel. Elle-même confie que cette somme ne sert qu’à compenser les 800.000 euros que l’État aurait donnés à ceux qui n’atteignent pas la barre fatidique des 5%.

 

Et les 500 signatures, Madame Boutin ?

 

Mais Christine Boutin ment par omission. Car elle oublie juste de rappeler que pour obtenir ses 800.000 euros, encore fallait-il être en mesure de concourir et par-là même de présenter ses 500 signatures. Or ces homélies endiablées sont restées dans toutes nos chastes oreilles car la bigote menaça Nicolas Sarkozy en personne de la bombe nucléaire si elle venait à être empêchée.

 

Madame Boutin n’avait pas à négocier avec l’UMP une somme à laquelle elle ne pouvait pas légitimement prétendre. Et que vaut à présent, à l’aune de ces révélations, ce ralliement de cœur, sur des valeurs partagées avec le désormais ancien président de la République si ce n’est une sombre histoire de financement déguisé de son parti politique ?

 

Et si les partis politiques arrêtaient d'en financer d'autres ?

 

Les 800.000 euros prévus par l’État sont prévus pour les candidats qui font entièrement campagne. Madame Boutin avait, elle, déjà dépensé tout son pactole avant même le début officiel de la présidentielle ? Diantre ! À l’avarice, la gourmandise s’ajoute pour enrichir les péchés aux capitaux si opulents de la bigote…

 

La morale n’est pas sauve, mais de cette histoire sans doute faut-il tout de même en tirer une moralité : et si on interdisait enfin les partis politiques de financer d’autres partis politiques ? Histoire d’en finir une fois pour toute avec un contournement de la loi qui n’a que trop duré.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:48

Christine Boutin à Nice le 24 août 2012 (V. HACHE/AFP)

 Christine Boutin à Nice le 24 août 2012 (V. HACHE/AFP)

 

Lecteurs, je le sais, quand ma plume chatouille le papier, émoustillée par les affres de la bigote qui radote, laquelle est toujours en verve, vos yeux pétillent d’impatience. Nous avions laissé Christine Boutin, sur la route de Compostelle, brebis égarée en pleine présidentielle, un pétard mouillé à la main, en guise de bombe nucléaire.

 

Une nouvelle croisade

 

Puis les élections législatives passèrent sans que la présidente du Parti démocrate chrétien ne pût revenir à la lumière. Condamnée aux enfers de l’anonymat ? Point trop n’en faut pour le Petit chapelet rouge qui préparait son retour. Rien de tel, pour ce faire qu’une belle croisade comme elle sait parfaitement les organiser : celle contre le mariage des homosexuels.

 

Dès juin, elle avait tenu à s’inviter aux débats, à la veille de la gay pride, en enchainant les points presse, de BFMTV au Parisien, sans oublier RTL… Un marathon médiatique pour expliquer qu’il faudrait compter sur elle. Phénix des hôtes de ces bois dangereux qui veulent pourfendre la foi pour imposer la loi. Hérétiques, dont l’odieuse laïcité est le glaive, qu’il faut combattre. Ou bien encore transformer en lui adossant une épithète comme Christine Boutin le fit dans son programme présidentiel en lui accolant le doux qualificatif de "saine". "Saine laïcité". Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé. 

 

Mais, il faut le reconnaître, le petit chapelet rouge fait profil bas. Il n’est plus question de passionaria, ni même de passion. Et c'est elle qui le dit. Aurait-elle appris de l’épouvantable chapitre du PACS, son Sodome et Gomorrhe, pour en retenir une leçon de raison ?

 

Las. Il faut se méfier de l’eau qui dort, surtout quand elle est bénite. Alors bien évidemment, Christine Boutin explique qu’elle n’a rien contre l’homosexualité, qu’elle a même des amis homosexuels, et qu’elle aussi a un grand cœur et qu’elle peut comprendre les choses. Elle en profite même pour s’encanailler un peu sur le plateau de "C à vous", mardi soir (à partir de 25'25). Et puisque sa charité n’est point extensible, ce sont les vieux qui payeront la note de son, indulgence à l’égard des homosexuels, quand elle dit que les mariages célébrés entre seniors ne peuvent l’être que pour des raisons bassement pécuniaires.

 

Une arme secrète

 

D’ailleurs, si ça ne tenait qu’à elle, les homosexuels pourraient se marier, écoutant son grand cœur. Las, la nature, sa nature, l’a voulu autrement. Et il faut rester ferme dans les principes. Ferme sans fermeté. Car, de combat, elle ne veut pas. Apaisée, Christine Boutin préfère les vertus du dialogue, espérant convaincre, son bâton de pèlerin à la main, un à un, les indécis ou les ignorants, c’est selon. Et pour cela, elle a concocté une arme secrète. Un serpent, habile et malicieux qui viendra charmer les adorateurs de la démocratie. Un animal rusé qui viendra proposer un fruit beau et agréable à manger, qu’il suffira de croquer : le référendum.

 

Héraut des intégristes qui placent la foi au-dessus des lois en 1999, Christine Boutin revient treize ans plus tard comme défenseur de la tradition Républicaine en réclamant à cor et à cris un référendum. Elle qui déclarait au Nouvel Observateur en 1998 : "je suis d’abord catholique avant d’être élue" ! Jésus doit se retourner dans son tombeau. Et ses supplications n’en finissent plus de faire écho, ici ou .

 

Aussi doucereuse que puisse être cette musique, quelle mouche a donc piqué la bigote pour la voir vanter les délices exquises des vertus référendaires ? Prenez garde : le cheval de Troie vient de frapper à la porte. Ne déployez pas le pont-levis. La mascarade est grotesque, et je vais, avides lecteurs, vous la dévoiler sans plus attendre.

 

Car naïf serait celui qui pourrait croire un seul instant, que Christine Boutin serait devenue une adoratrice de la démocratie. Dieu la guide. Et Dieu seulement. Quelles que soient ses dénégations. Et si la démocratie peut ainsi lui rendre service, c’est qu’elle contient en ses gênes une faille et non des moindres : celle de la loi de la majorité. Ce que le peuple veut, la démocratie lui donne. Faille maintes fois exploitée par les intégristes de tous poils, comme le montrent et démontrent chaque jour les révolutions arabes après lesquelles les fondamentalistes finissent tôt ou tard par prendre le pouvoir.

 

Une campagne nauséabonde

 

Certes, aujourd’hui, l’opinion publique est nettement favorable au projet de loi dévoilé par Christine Taubira ce mardi. Mais les chiffres sont trompeurs. L’enquête de l’IFOP sur "les Français, les catholiques et les droits du couple homosexuel" d’août dernier montre que si les opinions favorables pour le mariage des homosexuels sont en hausse inintérrompue depuis plus de 20 ans (pour atteindre aujourd’hui 65%), celles concernant l’adoption par les couples homosexuels sont en baisse de 5 points à 53%. Et c’est là le maillon faible du projet.

 

Voilà pourquoi Christine Boutin chante à tue-tête qu’elle se réjouit que le gouvernement ait eu le courage de coupler les deux questions. Point de concession à l’adversaire ici, mais une stratégie qui vise à tout miser sur la question de la filiation pour faire basculer l’opinion publique. Et qui sait si le gouvernement sera aussi courageux et valeureux si les Français venaient à être hostiles sur la question…

 

Aujourd’hui, les opinions favorables sont au plus fort chez les Français et gageons qu’une campagne nauséabonde à souhait comme celle que propose Civitas à grands coups d’autocollantssuffiraient à faire changer les courbes. Du moins, Christine Boutin le croit elle.

 

Mais au-delà de ces perspectives fantasmée par le Petit chapelet rouge, certains se demandent même si cette question mériterait un référendum, voir si nos Sages du Conseil constitutionnel l’accepteraient. Car, quand on demande au peuple de trancher, encore faut-il que la question concerne l’ensemble des Français.

 

Or, il n’est pas bien sûr que le mariage de deux femmes ou de deux hommes ne modifient en quoi que ce soit les cérémonies unissant un homme et une femme ou bien la conception naturelle d’un enfant, à partir d’une cellule masculine et féminine. En quoi cela regarde les autres couples que de voir se célébrer des unions entre deux personnes du même sexe ? En quoi cela influe-t-il sur leur existence, sinon à vouloir se mêler de la vie des autres ?

 

C’est sans doute cela le véritable problème de la bigote : à force de regarder et de juger les autres, elle finirait par s’oublier elle-même…

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 09:13

Christine Boutin présente son programme pour la présidentielle, le 5 décembre 2011 (F.DUPUY/SIPA)

 Christine Boutin présente son programme pour la présidentielle, le 5 décembre 2011 (F.DUPUY/SIPA)


Je m’étais pourtant promis d’avoir définitivement refermé la page des aventures de "La bigote qui radote". J'étais ainsi persuadé que son alliance avec dieu Sarkozy l’avait embarquée à fond de cale de l’arche de l’UMP pour ne plus l’en faire ressortir avant cinq bonnes années. Au moins, me souffle-t-on à gauche (diantre, la voi(e)x du Diable).

 

Que fait François Hollande ?

 

Mais voilà, Christine Boutin, le Petit Chapelet rouge, est insatiable et sa soif de légende est plus grande encore. Sur le bûcher des législatives, la voici ressuscitée, revenue à la vie, publique, portant sa croix, son parti, le PCD (Parti chrétien démocrate).

 

Mais pour ce faire, elle pécha. Lourdement. Et Dieu seul sait si elle sera pardonnée pour ce péché d’orgueil. Car il fallut de l’orgueil pour la voir accepter l’invitation de France 2 ce lundi 28 mai aux "4 vérités". Pensez donc, un lundi de Pentecôte, un jour férié ! Qui célèbre la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, blasphème !

 

Aurait-elle à nouveau bu tout le vin de messe pour s’égarer de la sorte, elle qui sortit de ses gondslorsque Jean-Marc Ayrault décida d’étrenner son Conseil de Ministre le jeudi de l’Ascension ? La bigote préfèrerait-elle la montée de Jésus au Ciel à la descente du Saint-Esprit ? Ce serait oublier que sa croisade est parole d'Evangile. Et la bigote de présenter fièrement son minois pour déclamer une de ses homélies dont elle a le secret.

 

Parce qu’ il faut dire que l’heure est grave. Très grave même. La civilisation est en danger !

 

"Le mariage homosexuel, l’adoption homosexuelle, l’euthanasie, la manipulation de l’embryon… [François Hollande] a pris une position qui démolit complètement notre civilisation, je n’ai pas peur de le dire. Moi, cette civilisation qu’il nous propose, qui est la déstructuration de notre société, je m’y opposerai."

 

Et le Petit Chapelet rouge de conclure :

 

"Je pense que le quinquennat ne favorise pas la cohabitation, mais là il y a urgence. Il y a danger pour la société, il y a danger pour la civilisation, il y a danger pour la France pays des droits de l’homme."

 

La bigote n’y va pas avec le dos de la cuiller ! La gauche devient le Diable incarné, l’être démoniaque, habité par l’envie de massacrer notre société, notre patrie, notre civilisation. Le Petit chapelet rouge reprend son bâton de pèlerin pour repartir en croisade. Elle qui osa brandir la Bible à l’Assemblée.

 

"Catholique avant d'être élue"

 

Elle qui tint pendant 5 heures un discours fleuve pour honnir tant et plus les affres de Sodome et Gomorrhe : "Toutes les civilisations qui ont reconnu et justifié l’homosexualité comme un mode de vie normal ont connu la décadence ", explique-t-elle alors sous les applaudissements de la droite de l’époque.

 

La bigote y va même de sa définition anthropologique :

 

"Qu’est ce dont que l’homosexualité, sinon l’impossibilité à atteindre l’autre dans sa différence sexuelle ? Et qu’est-ce que l’impossibilité d’accepter la différence, sinon l’expression de l’exclusion." [1]

 

La bigote réécrit la table de lois et même l’Histoire en déclarant au site Atlantico : "Même notre devise : Liberté, Egalité, Fraternité expose des principes chrétiens." De la part de celle qui reconnait en Clovis le Père fondateur de notre Nation, bien davantage que les Révolutionnaires qui ont initié la loi de 1905, l’hostie est dure à avaler (et n’allez pas parler de pilule, hérétiques !).

 

Elle l’avait dit dans un numéro du "Nouvel Observateur" de novembre 1998 :  "je suis catholique avant d’être élue". Les lois du ciel sont, à ses yeux, supérieures à la loi des hommes. Pourtant, On envoie au bûcher de l’ostracisme les musulmans pour moins que çela dans l’arche de l’UMP. Mais la droite a les yeux de Chimène pour l’intégrisme chrétien, surtout s’il est tenté par l’autre Madone de la politique française, celle de St-Cloud.

 

C’est alors que, raisonnablement, Christine Boutin explique qu’en cas de duel PS/FN, elle laissera ses ouailles choisir, sans préceptes. Persuadée que les agneaux de Dieu ne se tromperont pas de pâtre. Mais de quel pâtre est-il question quand on sait par quel chemin elle a su s'aventurer ? Le Petit Chapelet rouge gardera son secret. En faisant la prière d’envoyer ses messagers à l’Assemblée pour y croiser le fer et éviter l’Apocalypse. Car, ne vous y trompez pas : quand, au printemps prochain, la loi sur le mariage gay sera discutée, la bigote ne sera pas très éloignée… le crucifix sur le cœur, le glaive à la main.

 

[1] Source : Caroline Fourest et Fiammetta Venner, "Les Anti-Pacs ou la dernière croisade homophobe".

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 20:20

C’est avec une grande tristesse, oui, une grande tristesse, lecteurs, et idolâtres des aventures de "La bigote qui radote" de voir la série se terminer prématurément. Oh, soyons honnête nous nous doutions que l’affaire serait pliée d’ici mi-mars, date limite de la remise des signatures au Conseil Constitutionnel… Mais tout de même, les au revoir ne sont jamais choses aisées.

 

Christine Boutin donne une conférence de presse le 21 novembre 2011 à son QG de Levallois (WITT/SIPA)

Christine Boutin donne une conférence de presse le 21 novembre 2011 à son QG de Levallois (WITT/SIPA).

 

Pensez donc ! "La bigote qui radote" est au "Plus" ce que "Martine" est à la littérature de jeunesse, Ulysse à la mythologie grecque ou encore le piment d’Espelette à la nourriture basque. Pire, nous terminons nos aventures sur une sixième aventure ! Le 6 ! Le 6 ! Le 6 ! Trois fois ! Diable sois-tu de la fête ! Fi de nos déchirures, l’apocalypse est donc survenue. Place à son récit. Aussi pénible soit-il. Le chemin du supplice.

 

La bigote s’en était donc allée sur la route de Compostelle à la quête de parrains. Elle avait déjà bien été baptisée une fois, mais Diable que la péripétie fut douloureuse ! Comme marquée au fer rouge. La fureur ne la quitta jamais. Et elle l’avait promis : la bombe nucléaire serait déclenchée si elle n’obtenait pas satisfaction. Diantre, le monde en eût tremblé, si la bigote ne radotait pas tant. Mais enfin le Petit Chapelet Rouge continua son chemin et s'en alla par le chemin le plus long, s'amusant à cueillir des risettes, à courir après des signatures, et à faire des bouquets des petites promesses qu'elle rencontrait.

 

Le loup, ce Nicolas Sarkozy n’en demandait pas tant pour courir tant et plus vite que la bigote. Et se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, en plaçant tant d’embûches et tant de troncs d’arbre sur la route de la bigote, qu’elle en fût déconfite.

 

La mèche était tout prête à être allumée. Le petit Chapelet y mit les formes et déclama son homélieen faisant de François Bayrou son arche de Noé. Dût-elle en manger son bréviaire et sa haine profonde pour la sainte Laïcité. On allait voir ce que l’on allait voir.

 

Mais le chemin faisant, les badauds se firent rares. L’herbe n’était pas si drue. Les chapelles de fortune pas si accueillantes. Et le déluge menaçait de ses nuages noirs persistants. La noyade menaçait la bombe elle-même.

 

C’est alors qu’arriva le messie. Le loup, dans sa grande générosité se montra clément, voyant que sa frange conservatrice lui faisait défaut en ces temps de famine. Nicolas, puisque tel était son nom, fit appel à son héraut, "Le Figaro", pour rassurer sa population : honni le mariage gay, honni l’euthanasie.

 

Transmission du glaive, la chapelle était sauve. Notre bigote qui se voyait ingérée, ressortit d’un bond du ventre du loup. ragaillardie, elle revendiqua 100 circonscriptions, pas moins, pour s’assurer des prairies fleuries. Oubliée la bombe nucléaire, qui fut métamorphosée en pétard mouillé. Ainsi en va-t-il des contes enchantés.

 

La bigote qui radote va donc faire sa révérence. Et manger son chap…elet. Retour au bercail. Les oies sont bien gardées. Point de rafiot chez Bayrou-Noé mais une bien belle échappée, dûment récompensée. Et la bigote peut souffler ; son avenir est préservé.

 

Moralité :

Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

 

Diable ! Serait-ce la morale de "la Grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf" ? Pouf ! Grenouille de bénitier. Certainement. Mais ne l’accablez pas. Elle ne sera pas seule.

 

Ainsi, plus tard cette semaine, nous verrons comment Hervé Morin, Tartuffe chez les Centristes, rejoindra notre bigote pour de plus folles aventures encore.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 19:51

Cinquième volet de nos aventures de la bigote qui radote, aussi connue sous le nom de Christine Boutin. Vous l'attendiez, je l’imagine avec impatience ! Il faut dire que notre petit chapelet rouge est revenu sur le devant de la scène en attendant l’épiphanie.

 

Christine Boutin lors de la présentation de son programme pour l'élection présidentielle le 5 décembre 2011 (M. BUREAU/AFP)

 Christine Boutin lors de la présentation de son programme pour l'élection présidentielle le 5 décembre 2011 (M. BUREAU/AFP)

 

Voyant ses chances de récolter ses 500 parrainages se réduire comme peau de chagrin, notre héroïne avait menacé de lancer "une bombe atomique" ! Une menace pas très catholique mais notre chapelet rouge continue, malgré tout, contre mauvaise fortune, sa croisade auprès des maires de notre patrie, fille ainée de l’Eglise à en croire son projet pour la présidentielle. Un pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle, à bord de son vaisseau, un monospace.


Sur le chemin de sa désormais improbable candidature, puisque seuls 180 maires ont participé à la quête dominicale, Christine Boutin partira avec un petit panier drôlement fourni à l’intention de notre mère-grand patrie,  avec, rappelons-le la suppression de la Halde, le statut légal pour le fœtus, première pierre vers la remise en question de l’IVG, une "saine laïcité", l’inscription dans la Constitution européenne de nos racines judéo-chrétiennes.

 

Nicolas Sarkozy, le méchant


Mais en chemin, la candidate du parti chrétien-démocrate (PCD) sait que le gros méchant Loup Nicolas Sarkozy est passé par là et l’empêche de rejoindre son paradis. Elle a tenu alors à montrer patte blanche cette semaine, pour éclaircir ce si noir destin qu’elle promettait, en évoquant sa bombe atomique : pas de "dossier de corruption, ni de mauvaises mœurs", ne s’adonnant pas à la "politique de caniveau", mais un ralliement à… François Bayrou !


Diantre ! Notre petit chapelet rouge aurait-elle bu tout le vin de la messe pour s’enhardir de la sorte ? S’allier avec François Bayrou ? Celui qui est d’un "laïcisme forcené" ? Ce serpent tentateur, qui "est brillant", qui "peut séduire" , mais avec qui "ce n’est pas possible"?


Celui qui "a perdu les pédales" pour avoir oser se déclarer pour l’adoption des couples homosexuels ? Cet "agrégé de lettres classiques qui conduit un tracteur" mais qui s’avère être une hydre démoniaque, "adepte de la terre brûlée qui détruit tout sur son passage: nos racines comme nos alliances" ?


Mais où Diable Christine Boutin s’est-elle imaginée pouvoir rejoindre François Bayrou en tentant, qui plus est, de l’amener à se raisonner sur la question de l’adoption ?


Elle a cru trouver dans la candidature du Béarnais un vaisseau ma foi fort bien amarré à 14% dès janvier, se disant que, finalement, l’arche de Noé valait mieux qu’une union contre-nature avec le Grand méchant loup.


Oui mais voilà, la bigote n’est pas seule à vouloir faire de la candidature de François Bayrou l’arche de Noé : les identitaires s’étaient déjà signalés il y a peu (en réalité, ils ont clairement choisi Marine Le Pen, comme le montre l’article du "Journal du Dimanche", mais il était tellement tentant de titrer sur une improbabilité…). Sans compter l’incroyable demande de Maxime Brunerie, le tristement célèbre déséquilibré qui avait voulu attenter à la vie de Jacques Chirac le 14 juillet 2002.


Cette élection les rend décidément tous fous

Las, il nous faut interrompre les vaines prières et faire en sorte que nos agneaux rêveurs remettent les pieds sur terre. Car, pour rejoindre notre vaisseau, encore eut-il fallu partager des valeurs communes. Et la bigote qui radote a, dans ses homélies, autant de mots que d’arguments qui s’opposent aux valeurs que défend François Bayrou.


La laïcité de François Bayrou, qu’elle qualifie de "laïcisme" est non-négociable. Et il est hors-de question tant de remettre en cause l’abolition du blasphème que d’inscrire dans la Constitution Européenne que nos racines sont judéo-chrétiennes dans la droite lignée de ce que Viktor Orban a fait pour la Hongrie.


La proposition de légaliser l’adoption pour les couples homosexuels de François Bayrou et de reconnaître le lien du parent non biologique avec un enfant élevé dans le cadre d'une famille homoparentale est non-négociable. Car comme il le dit dans le numéro de Têtu du mois d'octobre : "parce que si la personne, la mère généralement, par qui il a été conçu, ou par qui il a été adopté, meurt, l'enfant se retrouve orphelin alors qu'il a été élevé par ces deux personnes. Ce n'est pas juste."

 

Un positionnement rappelé par Centr’égaux, l’association des LGBT du MoDem, qui milite pour l’égalité des droits entre les citoyens hétérosexuels, homosexuels et transsexuels, lutte contre l’homophobie et toutes les formes de discriminations dues à la sexualité.


Et sans oublier qu'aucune alliance ne pourra se faire concernant le projet funeste de la destruction de la Halde qui ravira Eric Zemmour, la création d’un euro-franc, la promotion du chèque-éducation qui sont inscrits sur sa table des 12 commandements, dans un missel baptisé Boutin2012. Autant de fruits défendus pour François Bayrou qui empêchent toute genèse de rapprochement.


Jean-Luc Bennahmias, vice-président du MoDem, a ainsi préféré évoquer "une blague" de la part de Christine Boutin. La bigote qui radote serait-elle devenue facétieuse ? En tous les cas, elle peut d’ores et déjà ranger son arme de destruction massive. Et repartir en quête de ses 500 fidèles. Sans quoi, il ne lui restera plus qu’à prêcher dans un désert.

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 19:48

Les 500 parrainages sont bien pire que Sodome et Gomorrhe. Madame Boutin est prête à tout sacrifier, y compris ses croyances droitières. Elle alla ainsi se vendre à Martine, avant de partager son lit avec Olivier. Diantre, les saints sont en émoi ! Et en période de festivités de la nativité. Tout se perd.

 

Christine Boutin lors de la présentation de son programme pour l'élection présidentielle le 5 décembre 2011 (M. BUREAU/AFP)

 Christine Boutin lors de la présentation de son programme pour l'élection présidentielle le 5 décembre 2011 (M. BUREAU/AFP)

 

C’est sous ce titre ubuesque de "Besancenot-Boutin : même combat ?" que "la bigote qui radote" (serait-ce le quatrième volet de notre Martine du Plus ?) a tenu à mettre en exergue son combat intergalactique contre les forces du Mal qui l’empêchent de se présenter à la présidentielle. Et Satan se terre sous un nom que d’aucuns n’oseraient prononcer sans avoir des problèmes : Nicolas Sarkozy. Le 666 de Boutin.

 

Une histoire de bombe nucléaire qui fait peser une terreur sur toute la terre. Même en Iran on a tenté de donner un parrainage à la Boutin, en vain. C’est dire si la guerre froide, c’était la Guerre des Boutons à côté !

 

Quand le PCD séduit le NPA

 

Madame Boutin a en tous cas mis les petits plats dans les grands pour séduire Olivier : elle a pastiché sa lettre qu’il avait envoyée à Martine Aubry mercredi dernier. Remplacer Aubry par Copé et vous aurez votre œuvre. Tout juste s’est-elle permise de laisser, encore une fois, une horrible faute d’accord qu’elle semble, par négligence, attribuer au fondateur du NPA : "c'est vous les électeurs qui devaient décider" !

 

 

Récidiviste, car l’intrigante s’était déjà fait prendre la main dans le pot du subjonctif avec la conjonction "après que". Alors, pour celle qui clame haut et fort que l’école c’est la Berezina de Sarkozy, il faudrait un minimum de crédibilité.

 

Pour autant, les situations d’Olivier Besancenot et de Christine Boutin sont-elles comparables ?

 

Tout d’abord, il serait bon de noter qu’Olivier Besancenot fait tout, mais tout, pour discréditer la candidature du NPA. En effet, alors qu’il a tenu à ce qu’un militant de son parti rompe avec le culte de la candidature éternelle du postier à la manière d’Arlette Laguiller, c’est bel et bien lui qui prend les devant sur l’affaire des 500 signatures et qui prend la plume. Il faut dire que Philippe Poutou n’a pas fait une entrée médiatique des plus glorieuses. Mais à voir l’ancien candidat aux avant-postes encore ce week-end pour défendre les agents de Roissy ou encore pour les sans-abris comme au JT de France 2 dimanche soir, on se demande qui fait véritablement campagne au NPA.

 

Qui est le plus légitime ?

 

Mais au-delà de cette querelle de personnes, et alors que chacun se demande qui des 14 candidats présumés passera à la trappe de la limite des 500 signatures, la quête du NPA et du PCD sont-elles aussi légitimes l’une que l’autre ?

 

Le problème est en tous cas identique : Copé d’un côté et Aubry de l’autre font obstacle à ce que des élus de chacun des deux grands puissent apporter leur parrainage afin qu’aucune voix ne leur échappe. Aucune voix, alors qu’il ne s’agit que de parrainages ? Il faut bien comprendre que le spectre du 21-avril plane sous ses "oukazes", vocable utilisé non sans provocation par Olivier Besancenot.

 

Les petits candidats avaient affaibli le score de Jospin en 2002, même si sa bérézina personnelle était avant tout à mettre sur les insuffisances de sa campagne, malgré son déni qui relève dusupplice de Tantale. Mais dans un élection qui verra quatre candidats s’opposer pour les premières places, certains parient non sans lucidité sur un scrutin on ne peut plus serré :

 

 

 

Et dans ce contexte, toutes les voix compteront. Presque double. Aussi, voir un candidat, aussi mineur soit-il, disparaître et redistribuer de facto quelques millions de bulletins, ce n’est pas une mince affaire, déjà que l’on est prêt à se fâcher avec la Turquie pour moins que cela.

 

La différence est tout de même de taille. On peut ainsi être parfaitement en désaccord avec le NPA, et je le suis profondément. Car je ne partage ni son idéologie utopique, ni ses arrangements avec la laïcité qui divisent au sein du parti.

 

Mais c'est justement sur ce domaine très précis que tout le monde semble en harmonie dans le parti de Christine Boutin. Tout le monde s’accorde à rompre avec les principes républicains : en remettant en cause l’IVG au nom du caractère sacré de la vie, puisque le programme du PCD prévoirait de conférer au fœtus un statut légal (conditionnel même si la formulation ne laisse guère de doute : "protéger l’embryon").

 

La même Boutin qui préconise une "saine" laïcité comme si celle appliquée par la loi de 1905 était malsaine. La même qui demande que soit intégrée dans la Constitution européenne, conformément aux vœux sans cesse renouvelés par le Vatican, la mention d’ "initiative citoyenne" au niveau européen qui permette à l’Union européenne d’affirmer clairement ses racines judéo-chrétiennes" pour "montrer ainsi que l’Europe n’est pas une terre en jachère, une terre de conquête pour des cultures qui ne partagent pas notre vision de la primauté de la personne humaine, de la liberté d’expression et de la démocratie."

 

Le NPA a des propositions républicaines

 

Madame Boutin se pose en fossoyeur de la laïcité faisant porter les valeurs et les revendications d’une minorité à la hauteur de la Nation, des demandes intégristes et communautaristes qui sont en contradiction totale avec notre République, qui est une et indivisible.

 

Le NPA a certainement dû laisser-aller dans sa conception de la laïcité. Mais il est une différence entre une négligence qui fait heureusement débat au sein d’un parti et un pari qui en chœur défend une position communatariste pour l’imposer à l’ensemble de la Nation.

 

Déjà lors de l’affaire "Benetton", Madame Boutin avait montré que le blasphème n’avait pas sa bénédiction dans un pays qui l’a dépénalisé depuis la Révolution française.  Madame Boutin n’a pas abandonné ses marottes comme son combat délétère contre l’introduction de la notion de genre dans les programmes de SVT.

 

Le programme de Madame Boutin n’est pas anodin : il vise à rechristianiser la France. Et tous les élus qu’ils soient maires ou sénateurs, conseillers régionaux ou généraux doivent comprendre que donner un parrainage à Madame Boutin, c’est offrir un bâton de pèlerin à une croisade qui n’a rien de républicaine.

 

Alors Besancenot/Boutin, même combat ? Assurément pas. Je combattrai de toutes mes forces pour que le NPA fasse le score le plus bas possible car ses positions et son programme feraient reculer l’économie et la position de la France. Mais ses positions font partie du champ républicain, même si je n’approuve personnellement pas toujours les méthodes qui sont employées pour lutter.

 

A l’inverse, la démarche de Madame Boutin est autrement plus dangereuse : en redéfinissant la laïcité et en voulant christianiser tant la constitution française qu’européenne, Madame Boutin propose un destin autrement plus révolutionnaire pour la France. Et ceux qui acceptent qu’elle concoure avec les autres candidats pour la Présidentielle devront assumer que ce personnage folklorique à défaut d’être dangereux au vu des sondages puisse se présenter à la présidentielle. 

 

En d'autres termes, si la bigote qui radote venait à ne pas se présenter faute de parrainages, la république et la démocratie n'en seraient pas pour autant atrophiées et souillées. Bien au contraire.

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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 19:35

Et revoilà la bigote qui radote. Cette série est au Plus ce que "Martine" est à la littérature de jeunesse. Et je vous sais, lecteurs, impatients de savoir ce que recouvre ce nouvel opus. Dei.

 

Christine Boutin présente son programme lors d'une conférence de presse le 5 décembre 2011 (DUPUY FLORENT/SIPA)

Christine Boutin présente son programme lors d'une conférence de presse le 5 décembre 2011 (DUPUY FLORENT/SIPA).

 

Il faut dire que Madame Boutin a tout fait pour que l’on parle d’elle : elle a fait publier son projet pour 2012. Vous n’en avez pas entendu parler ? Je m’en doutais. Et comme Madame Boutin doit pester de se voir ainsi boutée hors du champ médiatique, elle qui apostropha déjà le CSA sur la primaire socialiste qui flouait, selon elle, la pluralité sur les chaines d’informations, magnanime, j’ai décidé de vous conter le programme de cette femme qui se présente pour la deuxième fois à la présidentielle (oui, le terme "seconde" paraitrait suspect, car il ne fait nul doute que Madame Boutin aura du mal à inverser une tendance assez prononcée à en croire les sondages…).

 

Mais Madame Boutin ne s’est pas contentée de décliner ses habituelles homélies pour établir son beau projet. Non. Elle a choisi d’établir une véritable stratégie politique en jouant de la surenchère avec un parti qui, lui, est placé dans le trio de tête depuis déjà plus de 6 mois : le Front national.

 

Il faut dire que cette tentative a une certaine logique. Contrairement à Nicolas Sarkozy qui siphonna l’électorat à grand coups d’immigration et d’insécurité, Christine Boutin possède un point commun avec le FN historique et non des moindres : l’électorat tradi de la branche ultra des catholiques.

 

Un programme qui fera la joie des ultra-catholiques

 

Longtemps hébergés au FN, ils se sont sentis exclus de ce parti dès lors que Marine Le Pen, moins encline à céder à leurs exigences en comparaison à l’époque où son papa faisait la part belle àBernard Antony, fut choisie pour représenter la flamme nationaliste. Et nul doute qu’ils eurent préféré voir à sa place celui qui s’est toujours montré indéfectible dans son soutien pour leur cause, Bruno Gollnisch. Ces quelques phrases lâchées après le congrès de Tours le 17 janvier dernier par Les Jeunes avec Gollnisch ont certainement fait apparaître une larme à l’œil de Madame Boutin… et une lueur d’espoir dans le cœur :

 

"Le discours présidentiel d’hier, en définissant la laïcité comme le confinement de la religion à la vie privée, s’interdit de rattacher la nation à des principes supérieurs. (…) Reléguer la religion à la vie privée, et ne vouloir lui conférer aucune expression publique, c’est renier 1500 d’histoire de France où le christianisme a pénétré notre civilisation, notre philosophie, notre calendrier, notre tissu social, nos traditions."

 

Et ces fameux jeunes avec Gollnisch d’ajouter :

 

"Cette conception de la laïcité, qui n’est pas une juste distinction entre le domaine temporel et le domaine spirituel, mais bien une séparation des deux sphères là où l’islam les confond toutes les deux, est donc, au même titre que l’Islam, contraire à l’âme et au génie français."

 

Alors que ces jeunes se rassurent : ils ont trouvé en Christine Boutin, celle qui défendra "leurs" valeurs. Et elle n’y va pas de main morte dans son projet pour 2012. Ainsi si elle réaffirme pour faire bonne figure le "respect intégral de la liberté religieuse et des lois de la République", l’ancienne ministre du gouvernement Fillon n’omet surtout pas de préciser juste après : "demander à l’État de faire respecter partout en France une saine laïcité, qui n’est pas le laïcisme, mais la distinction et la coexistence paisible de la raison et de la religion, dans la sphère publique comme dans la sphère privée."

 

Une nouvelle laïcité

 

Ah ! La "saine" laïcité ! Il ne manque qu’un "t" pour que l’adjectif ne fasse saigner les stigmates… Donc la saine laïcité serait celle qui assure la "coexistence paisible de la raison", comme par exemple l’empêchement de blasphémer ? Depuis quand la laïcité serait-elle malsaine en France ?

 

Christine Boutin donne une conférence de presse le 21 novembre 2011 à son QG de Levallois (WITT/SIPA)

Christine Boutin donne une conférence de presse le 21 novembre 2011 à son QG de Levallois (WITT/SIPA). 

 

Et cette "saine" laïcité, Christine Boutin n’a pas seulement vocation à ne l’imposer qu’en France. Elle voit plus loin. Elle qui fut pressentie pour être ambassadrice au Vatican, n’en a pas perdu pour autant le combat du Saint Siège : elle préconise ainsi de "porter une 'initiative citoyenne' au niveau européen qui permette à l’Union européenne d’affirmer clairement ses racines judéo-chrétiennes" et de "montrer ainsi que l’Europe n’est pas une terre en jachère, une terre de conquête pour des cultures qui ne partagent pas notre vision de la primauté de la personne humaine, de la liberté d’expression et de la démocratie."

 

La mesure mélangée au programme peut paraître inaperçue. Elle n’en demeure pas moins d’une dangerosité sans égale pour nos institutions laïques, reprenant à son compte la croisade lancée par le Vatican depuis plusieurs années déjà comme le révélait Caroline Fourest et Fiammetta Venner dès 2003, dans leur livre "Tirs croisés" (p. 323, collection Le Livre de Poche) :

 

A propos du Parlement européen, les auteurs expliquent que "même en l’absence d’un statut consultatif, le Vatican parvient (…) à se faire entendre. (…) Son lobbying le plus officiel se fait par la voix de la Comece, la Commission des épiscopats de la Communauté européenne. Le 7 février 1999, son secrétariat a demandé à ce que 'le rôle de la foi religieuse en tant que source et fondement de nos valeurs européennes communes soit reconnu dans la version finale du Traité Constitutionnel', prévu pour servir de corset idéologique à l’Union. La stratégie est habile. Au lieu de militer frontalement contre la laïcité, le Vatican choisit d’ouvrir une première brèche dans le traité de l’union en prônant la reconnaissance de l’héritage chrétien."

 

Anti-IVG et anti-PACS

 

On le voit, Christine Boutin entend tenir le bâton de pèlerin jusque Bruxelles. Mais il n’y a pas que la laïcité, et Sœur Boutin entend rappeler ses marottes : "protéger l’embryon" ce qui sous-entend lui conférer une existence, donc un statut légal. Ce qui revient de facto à faire des médecins, qui pratiquent l’IVG, et des mères, qui souhaitent avorter, des criminels. Et à remettre en cause une loi fondamentale que l’on doit à Simone Veil et qui offre aux femmes l’opportunité d’avoir un choix.Madame Boutin envisage d’imposer SON CHOIX, choix insufflé par la foi, à toutes les femmes.

 

Il faut dire qu’elle ne tergiverse pas avec la famille au point de rappeler ce que la loi prévoit déjà : "définir le mariage dans la Constitution comme "l’union d’un homme et d’une femme." Pourquoi réaffirmer ce qui existe déjà si ce n’est pour rappeler son combat hystérique contre toute reconnaissance du couple homosexuel ? Car il n’y a pas que le mariage gay qui est en question, mais aussi toute l’épopée qui accoucha, ca(h)in-caha au PACS, qui la vit brandir la Bible, la Bible !, au sein de l’Assemblée nationale.

 

Mais au-delà de cette complaisance envers l’électorat tradi ultra, pour ne pas dire intégriste, il y a bien d’autres échos que Christine Boutin fait aux électeurs du Front national puisque bon nombre de ses propositions reprennent celles que fait Marine le Pen : l’abolition du collège unique en termes d’éducation, l’augmentation du nombre de place en prison, du budget de la justice combiné au fait de "mettre fin à l’impunité en sanctionnant dès la première infraction et supprimer les aménagements de peine automatique". Le bâton n’est pas que celui du pèlerin comme on le voit.


Notons aussi la suppression du droit du sol, la suppression de la Halde (voilà qui ravira Eric Zemmour), la création d’un franc-euro à mi-chemin du "Franc Marine", rétablir la préférence communautaire pour les agriculteurs.

 

D’autres mesures, plus anecdotiques, sont également à l’identique comme l’abrogation de la loi Hadopi, la proportionnelle à l’assemblée (à hauteur de 100 sièges, ce qui n’est pas, loin s’en faux, la plus inepte de ses propositions), l’interdiction renouvelée de l’euthanasie, un encouragement très net à la fécondité sous la forme d’un "crédit temps parental" de 3h par couple et par semaine scolaire.

 

Une destruction assumée de l'Education nationale

 

Mais il y a plus grave, beaucoup plus grave dans le programme de Madame Boutin. Quelque chose que même le FN n’a plus dans son programme : le "chèque-éducation". Qu’est-ce que le chèque éducation ? Ce chèque permettrait notamment aux familles les plus défavorisées de placer leurs enfants dans l’établissement de leur choix. Sous-entendu, de pouvoir donc le placer dans une école… privée à moindre coût ! Marotte, quand tu nous tiens. Une véritable concurrence déloyale envers l’école publique qu’elle couple avec un assouplissement de la carte scolaire.

 

Madame Boutin ne nous promet pas seulement un laïcité "saine", l’interdiction de l’IVG ou encore une ombre inquiétante sur les couples homosexuels : elle propose la destruction assumée de l’Education Nationale. Elle qui ose dire dans son programme que transmettre est sa priorité... tout en reprenant, quasiment, point par point, les propositions de l’un des pourfendeurs les plus assumés de l’école publique à savoir SOS Education.

 

Elle qui assure, aussi, vouloir soutenir la langue française et la francophonie… Et comment pourrait-on la croire quand son équipe de campagne titre cette semaine au sujet de la réponse du CSA à sa plainte sur les primaires socialistes : "après que Christine Boutin ait adressé…" :

 

 

 

Fort heureusement, l’équipe a soudain relu son programme et s’est rappelé que la conjonctionaprès que imposait l’indicatif et non le subjonctif :

 

 

Bien évidemment ceci n’est que boutade. Boutade car il est certainement nécessaire de souffler après la vision d’horreur que nous venons de voir se décliner sous nos yeux.

 

Alors Madame Boutin pourra toujours se targuer de réserver une part belle aux BA, avec, dans le désordre, l’humanisation des prisons, la mise en place d’un revenu de base pour tous les citoyens y compris les mineurs (et encore en remplacement des allocations respectant les différences salariales, elles) la création d’un salaire maximum pour citer les plus notables.

 

Rien, pour autant, rien, ne pourra nous faire oublier la nocivité de ce projet qui est une attaque sans merci à la laïcité, une mise à mort de l’école publique, la remise en question de la libre disposition par les femmes de leur ventre, et surtout, oui, surtout, une course-poursuite malsaine avec le FN dans des dispositions les plus absurdes voire les plus nauséabondes.

 

Le conte touche à sa fin. Le Petit chapelet rouge ne va pas seulement parler avec le grand méchant loup : il essaye de prendre sa place. Et de dévorer la mère-grand République ! Je ne sais pas vous, mais moi, j’attends l’arrivée des bûcherons républicains avec impatience ! La messe est dite.

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 19:06

Et revoilà la bigote qui radote ! Dire qu’elle nous manquait serait exagéré. Mais avouons-le, chacune de ses sorties médiatiques suscite la curiosité de voir un tel phénomène surnaturel dans notre République laïque.

 

Après la polémique sur l’arrivée du gender dans les programmes scolaires, le "pauvre garçon" du petit journal, la voilà repartie en croisade contre Benetton cette fois-ci. Quelle fréquence dans l’intempérance ! Mais la Présidentielle approche et les électeurs sont loin d’avoir fait de l’hostie leur pain quotidien à en lire les sondages. Alors il faut buzzer. Buzzer sur un baiser.

 

Benetton - Campagne

 Benetton - Campagne "Unhate" (DR)

 

Vade retro. Benetton ose mettre en scène le pape "galochant" comme un galopin à la sortie d’un bar du marais avec l’imam de la mosquée Al-Azhar du Caire… C’en est trop pour la bigote qui sort de ses gonds 

 

"Ce qui me choque, c'est que ce sont deux religions qui sont exposées, non pas dans une posture d'amitié, mais d'amour. On ne peut pas rire avec les religions. Il s'agit du respect de l'autre dans sa croyance profonde."

 

Point de fraternité selon la Présidente du Parti chrétien démocrate mais de la violence, "ne fait qu'attiser" la haine.

 

Que l’on ne cautionne pas le procédé de Benetton est une chose. Bien que semblable dans l’image, la une de Charlie Hebdo en réponse à l’attentat dont il avait été victime n’avait pas la même finalité : l’hebdo utilise l’humour comme un vecteur de réflexion sur l’intégrisme, Benetton est dans une perspective publicitaire et instrumentalise à des fins purement commerciales la matière religieuse. Rien de très glorieux donc.

 

 

Mais ce n’est pas tant cet aspect somme toute suffisant pour déplorer une éthique devenue à ce point dérisoire que la provocation est l’arme décisive pour vendre, le cynisme même, qui choque Madame Boutin. Non. Ce qui la choque c’est que l’on puisse "rire des religions". Extraordinaire bras d’honneur à notre liberté d’expression. Et Madame Boutin a été députée de la République française. Et Madame Boutin a été Ministre de la République. Et Madame Boutin posture une fois de plus, une fois de trop, au poste suprême pour 2012 !

 

Respecter la laïcité

 

La France, terre de laïcité, a le paradoxe d’abriter les extrémistes parmi les plus bruyants d’Europe. Et Madame Boutin en est un ambassadeur des plus représentatifs. Ambassadrice du Vatican, aussi malgré son refus d'occuper officiellement le poste, puisqu'elle suit la parole bénite à la lettre près, le "Saint Père" ayant obtenu le retrait de la publicité. Est-il acceptable qu’une femme qui se présente comme présidente de la République puisse être celle qui applique les fatwas du Vatican ?


Certains ont cru, un peu trop précipitamment, à la rédemption de la Dame suite à l’affaire des caricatures ou même dans l’affaire du Théâtre de la ville puisque Christine Boutin s’était étonnamment désolidarisée des intégristes qui avaient tenté d’empêcher la représentation de la pièce Sur le concept du visage du fils de Dieu.

 

Mais encore fallait-il vouloir entendre la raison de cette apparente rupture : la pièce de Romeo Casterllucci "s'avère être, de l'avis de certains qui ont pris la peine de la voir, loin de la provocation sacrilège. Bien au contraire, elle porte un message sur la compassion." En d’autres termes, si Madame Boutin avait épargné la pièce, ce n’était seulement que parce qu’elle était en accord avec son message.

 

Pour preuve, regardez ce qu’elle publie sur son blog de campagne à propos de l’intégrisme chrétien qui, à la croire, serait inoffensif (sic !) ce qui n’est pas sans rappeler le jugement d’un certain Ministre des cultes :

 

 

 

Sa nouvelle guerre sainte est lancée contre une autre pièce, jouée à Toulouse cette fois, Golgota Picnic, contre laquelle elle battra le pavé, condamnant "une injure inacceptable aux chrétiens." Elle a confirmé sa participation à une veillée de prière pour la première à Paris le 8 décembre, organisée par l’archevêché de Paris. Une nouvelle prière de rues pour les cathos ? Est-ce très responsable de la part d’une candidate à la République laïque française ?

 

A quand l’invalidation des candidatures de ceux qui pourfendent les principes fondamentaux de notre République ?

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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