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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 17:44

Après la pédophilie, l’inceste, la consanguinité, la zoophilie et bien évidemment le gimmick qui a remporté tous les suffrages cette année, la polygamie, place à la fin de la civilisation ! Bien plus fort que Christine Boutin qui avait parlé de sa "déstructuration" et de sa mise en "danger", Serge Dassault, 87 ans et toujours sénateur a donné son point de vue sur le projet de loi sur l’ouverture du mariage aux homosexuels en présence du journaliste Frédéric Says, qui relatait le moment surFrance Culture :

"Y’a plus de renouvellement de la population, à quoi ça rime ? On veut un pays d’homos eh bah, dans dix ans, on n’aura plus personne, c’est stupide", a ainsi estimé une des cent plus grandes richesses du monde et accessoirement un des grands patrons de la presse française.

Inspiré, l’octogénaire a cru bon, ensuite, de faire un parallèle historique avec la Grèce antique :

"Regardez dans l’histoire : la Grèce, c’est une des raisons de sa décadence à l’époque. Décadence totale, bah bien sûr. C’est l’arrêt de la famille, c’est l’arrêt du développement des enfants, c’est l’arrêt de l’éducation. C’est un danger énorme pour l’ensemble de la nation. Énorme."

 

Venant d'un élu, ça fait froid dans le dos

 

Oui, c’est énorme de se rendre compte que des sénateurs, et donc représentants du législatif, puissent en France commettre pensée aussi profonde et étayée.

Plus inquiétant encore, sont les réactions des autres sénateurs UMP qui ont soupiré, un sourire gêné à en croire Frédéric Says : "Ça, ça devait arriver." Comme si personne n’était surpris. Et ces grands courageux de continuer à placer de grand républicain sur leur liste des sénatoriales, scrutin après scrutin.

Autant on peut en rire quand la sortie de route est l’œuvre d’une anonyme comme dans "le Petit Journal". Autant, venant d’un élu, ce type de raisonnement fait tout de même froid dans le dos.

Chaque jour fait son œuvre et la surenchère laisse augurer à l’Assemblée d’un débat qui sera tout sauf serein. À l’image de la déclaration de Michel Meylan (UDF), lors des débats sur le PaCS, qui, avec la délicatesse des tailleurs de diamants, avait lancé un brillant : "S'il y a des pédés ici, je leur pisse à la raie." Mieux vaut être "uro" qu’homo, à en croire certains de nos élus.

 

dassault

 

Il n’y a en réalité que deux motivations à cela.

1ère hypothèse : Les opposants cèdent tout simplement à la passion et à de l’homophobie primaire. Leur haine envers les homosexuels les rend déraisonnables et les empêche de parler du sujet de manière sereine. Les mots qu’ils emploient dépassent leur pensée. Et leur dénégation n’y change rien. Les dérapages sémantiques se multiplient : la "supercherie" d’André Vingt-trois, le "ces gens-là" de Civitas, le démonstratif simple "ces gens" pour Patrice Carvalho, député du Front de gauche, ou encore Noël Faucher, maire de Noirmoutier qui, sur Twitter, disait en mai dernier : "Bientôt on va nous dire que l’homosexualité est naturelle."

Inconscient ou conscient religieux ? Éducation ? Refoulement ? Difficile en tous les cas de ne pas qualifier d’homophobes ce type de dérapages. Et l’on en vient à se demander à quoi sert la loi de 2004 réprimant les propos injurieux ou diffamatoires "en raison de l'orientation sexuelle", puisque ces déclarations n’ont, jusqu’à preuve du contraire, jamais été poursuivies au nom de la liberté d’expression. De la même manière, Christian Vanneste fut relaxé en 2008 alors qu’il avait affirmé que l’homosexualité était inférieure à l’hétérosexualité, et même dangereuse pour l’humanité.

 

2e hypothèse : Les opposants savent très bien ce qu’ils font. Alors qu’officiellement ils se plaignent que le débat n’ait pas été ouvert et que le gouvernement souhaite passer en force, ils n’aspirent qu’à une seule chose : pourrir le débat pour provoquer le renoncement. Ce sont eux, encore, qui demandent un référendum pour que le débat citoyen puisse s’ouvrir, sachant très bien que la passion l’emportera sur la raison.

 

Les limites de la démocratie

 

Avec la peine de mort ou l’avortement, le projet de loi sur le mariage homosexuel fait partie de ces sujets qui montrent les limites de la démocratie : l’intime et le subjectif empêchent toute sérénité. Et il n’est, pour ce sujet, aucun débat qui ne saurait être dépassionné dès lors que l’on oppose les deux camps sur la question.

Pire, le débat se réduit à des monologues sans concession et sans communication engendrant des dérapages qui n’honorent en rien la pensée et qui ne peut finalement profiter qu’à un seul camp : ceux qui mettent tout en œuvre pour faire échouer le projet de loi.

En ce sens, la République se doit d’être supérieure à la démocratie : la première est fondée sur des valeurs, quand la seconde s’affirme par la majorité. Et quand en outre, sur l’ouverture du mariage aux homosexuels, la démocratie s’accorde avec les valeurs de la République, avec des sondages continuellement favorables depuis 15 ans pour l’un et le pilier central qu’est l’égalité pour l’autre, pourquoi continuer d’aussi vains palabres ?

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 17:37

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Alors que le débat sur le mariage et l’adoption ouverts aux personnes de même sexe bat son plein,au moins chez ses opposants, "Charlie Hebdo" a décidé de "contribuer" à sa manière au débat, comme l'a révélé sur Twitter l’Abbé Grosjean, lundi 5 novembre  :

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On imagine déjà ceux qui hurlaient aux loups, par ignorance, en prétendant que l’hebdo n’était capable que de brocarder l’islam pour faire "un coup" ! On imagine ceux qui le qualifiaient d’islamophobe quand je n’ai jamais cessé de rappeler que "Charlie" blasphémait toutes les religions et tout particulièrement son instrumentalisation par les intégristes...

Entendra-t-on à nouveau dans les prochaines 24 heures que "Charlie hebdo" est en train de mettre de l’huile sur le feu ? Et surtout, seront-ce les mêmes qui joueront le rôle du procureur ou décideront-ils rejoindre cette fois-ci le banc de la défense ?

On attend encore à cette heure la réaction de l’institut Civitas...

 

Une réponse aux propos choquants de Mgr Vingt-Trois

 

Preuve est faite, s’il en fallait encore une, que le travail de l’équipe de "Charlie Hebdo" n’est pas, n’en déplaise à l’Abbé Grosjean, de faire du "journalisme", dans le sens de la transmission d’informations. À ce titre, la réaction de cet homme d’Église est confondante de naïveté et de méconnaissance.

Chaque semaine, le travail de "Charlie Hebdo" est de traiter de l’actualité à des fins humoristiques. Et de la même manière que l’on vit il y a peu Mahomet cul nul, l’on voit aujourd’hui l’hebdomadaire revenir à sa longue tradition anticléricale.

Encore une fois, on peut estimer cette une grossière, de mauvais goût, et même choquante. Tel est le droit du lecteur. Mais le droit du caricaturiste est aussi de dessiner. Et ceux qui parlent d’outrance devraient tout de même réfléchir à la violence des propos exprimés par André Vingt-Trois ce week-end lors de la Conférence des Evêques de France, à Lourdes :

"Alors que l’on prescrit la parité stricte dans de nombreux domaines de la vie sociale, imposer dans le mariage et la famille, où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l’être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants."

Et que dire encore de : "Ce ne serait pas le 'mariage pour tous' (...) Ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous"...

 

Une forme de contribution au débat

 

Si l’on peut toujours estimer que les caricatures de "Charlie Hebdo" sont grossières, force est de constater que celle de Monseigneur Vingt-Trois se caractérise également par une certaine vulgarité. Combien de catholiques se sont sentis gênés par ces déclarations ?

À ce titre, "Charlie Hebdo" contribue réellement au débat. D’une part, parce que les partisans du projet, par excès d’optimisme, ou par refus d’assumer pleinement un débat, ont déserté l’espace médiatique pour laisser la place aux opposants, qui s’en sont donnés à cœur joie (de Civitas à François Lebel de l’UDI, en passant par Monseigneur Barabarin, Christine Boutin et le grand retour du funeste Vanneste cette semaine).

D'autre part, les caricatures sur ce projet de loi sont allées crescendo, laissant entendre qu’une telle orientation aboutirait nécessairement à légiférer sur la polygamie, pour ne retenir que l’amalgame le moins odieux.

 

Combattre la caricature par la caricature

 

La une proposée par "Charlie Hebdo" s’inscrit donc dans la réciprocité, suivant à la lettre les recommandations d’Honoré, dessinateur à "Charlie" en 2007, lors de l’affaire des caricatures de 2006 durant laquelle la Mosquée de Paris et l’UOIF avait porté plainte contre le journal, qui préconisait à ceux qui se sentaient souillés des conseils pétris de sagesse :

"La réponse devrait être du même acabit. C’est-à-dire que Monsieur Boubakeur devrait apprendre à dessiner et faire des caricatures sur les athées qui nous feraient rire" [1]

Conseils que d'ailleurs s'est employé de suivre l'abbé Grosjean lui-même, autrement plus dans son rôle dans cette réponse que dans la condamnation effarouchée par laquelle il avait commencé : 

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Aussi quand on entend des hommes d’Église ou leurs hérauts amalgamer homosexualité, inceste, pédophilie et polygamie, l’on se dit que, finalement, la une de "Charlie Hebdo", loin d’être irresponsable, est même assez sobre.   

[1] Propos tenus dans le film "Dur d'être aimé par des cons", de Daniel Leconte, retraçant l'affaire. 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 19:48

Le jour est venu. Jusqu’au bout j’aurais tenu.

A quoi bon, diront certains.

Sans doute parce qu’un lustre d’engagement profond et sincère ne s’efface pas d’un coup de tête. J’aurais pu au soir du second tour de la présidentielle en décider ainsi. Attristé de voir notre travail s’effondrer par incohérences et manque de courage. Le Mouvement Démocrate voyait mourir ses espoirs sur le bûcher d’une double imposture sémantique.

On n’est pas "Démocrate" quand la ligne directrice d’un Mouvement se résume à ce que pense le Président.

On n’est pas "Démocrate" quand le seul mot qui vint à notre bouche année après année était le mot "valeur" si chère à notre République : notre programme servait bien plus volontiers la République que la Démocratie et toute notre réflexion visait à moderniser cette Vème République, usée et vieillie pour lui offrir une régime parlementaire plus à même à résoudre des maux nouveaux.

Mais ce courage n’est jamais venu et nous avons sacrifié nos projets pour un seul destin présidentiel qui n’aurait jamais pu fonctionner, faute d’avoir su convaincre au-delà de nos frontières idéologiques, bien minoritaires il faut le reconnaître.

Cela ne m’a pas empêché d’aller jusqu’au bout, quitte à être "chair à candidats" pour sauver le mouvement des eaux. Mais aussi et surtout pour convaincre, une dernière fois, que la politique ne peut se résumer à une hydre bipartite, qui jamais ne se respecte et qui sert davantage les siens quand elle devrait être au services des citoyens. En vain.

Qu’est devenu aujourd’hui le MoDem ? Un mouvement incapable, par exemple, de s’inscrire dans le débat qui s’ouvre sur le projet de loi sur le mariage et l’adoption par les homosexuels. François Bayrou continue de bloquer sémantiquement sur le mot mariage, preuve que, s’il a fait des efforts considérables sur la laïcité, il reste encore un inconscient religieux chez lui qui guide encore son œuvre politique.

Les autres, cadres, militants ou sympathisants se taisent, ou pire se déchirent, certains parlant des enfants voulus par des couples homosexuels comme étant des "marchandises". D’autres rappelant que les homosexuels relèvent de l’exception et de la minorité, ou évoquent "la nature" pour la faire parler. Il y a même un de nos députés qui en appelle à un référendum en affirmant qu’à titre personnel, le mariage ne peut être qu’entre un homme et une femme et qui laisse présager un vote contre à l’Assemblée.

Où est passé le souffle humaniste qui guidait nos premiers pas à Seignosse en 2007 ? Où sont parties ces valeurs qui nous regroupaient quand aujourd’hui nos différences sont des fractures ouvertes qui ne peuvent que donner l’envie de fuir à grandes enjambées ?

Ce projet de loi n’est pas un sujet comme un autre. Il est révélateur. Et aujourd’hui, il me somme de quitter une famille politique que je croyais connaître mais qui finalement n’aura jamais su où se positionner faute de cohérence. Et sur un tel sujet de société, le manque de cohérence ne peut être que mortifère. Nulle place pour l’incertitude, le doute.

pupitre vide bayrou

 

Je présente donc ma démission en ma qualité de Conseiller National, de Conseiller Départemental du Nord et de membre de Bureau du MoDem Lillois. Je ne suis, à compter de ce jour, plus adhérent du MoDem.

Contrairement à certains, je ne rejoindrai certainement pas l’UDI pour autant, qui abrite en son sein tant de bonimenteurs opportunistes, d’hémiplégiques  de droite, et de pourfendeurs de la laïcité. Mes pensées vont d’ailleurs à ceux qui, si mal entourés, les ont malgré tout rejoints, fort de leur conviction et de leur bonne volonté.

A la vérité, je ne me reconnais en aucune famille politique actuellement. Et ce privilège me permet de penser librement. Et de poursuivre les combats que j’ai toujours menés, la plume à la main.

Contre les intégrismes, tous les intégrismes religieux, quels qu’ils soient.

Contre le Front National ou tous ceux qui lui empruntent programme et rhétorique pour distiller le poison de la division et la haine dans notre société. Un seul adage m’anime : séparons les pouvoirs et non pas les Français.

 Mais aussi pour mettre tout en œuvre pour éduquer la jeunesse, et lui transmettre culture et savoir. Un devoir républicain que l’Education nationale a abandonné par passion pour les apprentis sorciers pédagogistes, pour le pire. Car nulle société ne résistera aux vents irrésistibles de la brune passion sans une pensée correctement formée.

Apartide, certes mais pas exilé politique pour autant donc. La carte vous rend partisan. Mais elle ne suffit pas à "faire de la politique". 

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 17:27

N’a-t-on jamais autant parlé du mariage pour les homosexuels ? Il est permis d’en douter, au point qu’un membre d’une association gay me confiait il y a peu que si le projet ne passait pas, au moins il y aurait à se réjouir de voir le sujet aussi présent dans l’actualité.

Étonnante confession qui laisse à penser que la loi, qui n’est encore qu’à l’état de projet, est loin, très loin, d’être votée, contrairement à ce que pensaient certains avec un peu trop d’optimisme, estimant que l’élection de François Hollande et la victoire de la gauche aux législatives suffiraient à leur donner gain de cause. Bien au contraire le vent tourne, comme le confiait cette semaine Nicolas Domenach dans "La Nouvelle Edition" (à partir de 10’20) :

 

 

"Certains conseillers élyséens ont dit à François Hollande : 'Attention, on va au casse-pipe. Il faut peut-être s'arrêter là-dessus, stopper tout'", raconte Domenach, qui était au cœur du Congrès de Toulouse la semaine dernière et qui a pu sentir la peur des élus, face aux citoyens qui paraissent plus partagés que ne le laissaient présager les sondages de la fin de l’été, qui donnaient 65% d’opinions favorables pour le mariage et 53% pour l’adoption.

Seulement entre temps, les opposants au mariage homosexuel se sont manifestés. Vivement. Et leur omniprésence dans les médias fait que chaque prise de position contradictoire au dessein du gouvernement est reprise quand les partisans de la loi sont eux atteints d’une inquiétante aphasie.

 

Lebel, Barbarin, Bompard, Zemmour...

 

Qui n’a pas entendu François Lebel, maire du VIIIe arrondissement de Paris et membre de la toute nouvelle formation prétendument humaniste qu’est l’UDI, affirmer que si la loi venait à passer,"comment s'opposer demain à la polygamie en France ?". Et ajoutant à sa longue liste de tabous qui risqueraient de tomber l'âge légal des mariés, les mariages consanguins, la pédophilie et l'inceste.

Qui n’a eu écho du cardinal Barbarin, affirmer que le mariage pour les homosexuels ouvrirait la voie à la polygamie ou à l’inceste ?

Qui ignore la promesse de Jean-François Copé de ne pas marier des homosexuels si la loi venait à passer, après celles de 1.828 autres maires que compte la pétition initiée par le député-maire d’Orange Jacques Bompard ?

Sans oublier, bien évidemment, la surenchère opérée par François Fillon lors de son monologue contradictoire face à Jean-François Copé, visant à annuler la loi si la droite venait à gagner la présidentielle en 2017 ?

A l’inverse, que sont devenues Christiane Taubira et Dominique Bertinotti, ministres en charge du projet de loi ? Depuis la sortie prématurée de la première dans "La Croix", et la participation de la seconde à l’émission de Laurent Ruquier "On n’est pas couchés", les deux femmes ont tout simplement quitté l’espace public, laissant la part belle aux opposants du mariage qui continuent de défiler sur les plateaux ou aux micros des radios.

Et les personnalités politiques ne sont pas les seules à donner de la voix, puisque Christine Boutin s’est rappelée à notre bon souvenir, Alain Escada de Civitas continue sa croisade en attendant la grande manifestation parisienne le 18 novembre prochain à Paris, et des éditorialistes comme Zemmour, Menard et Rioufol martèlent toujours leur opposition farouche d'émissions en chroniques.

 

L'argument facile de "la police de la pensée"

 

Mais au-delà de ces arguments qu’il conviendra au plus vite de décortiquer avec pédagogie, il est intéressant de noter l’omniprésence d’un élément de langage qui revient sempiternellement chez les opposants au projet de loi, et qui explique sans doute la raison pour laquelle la parole leur est plus facilement donnée.

Se rappelant de l’affaire du Pacs (Pacte civil de solidarité) et de la violence des affrontements qui les avaient fait passer pour les offenseurs, ils ont décidé cette fois-ci de contre-attaquer avec un coup d’avance et de passer systématiquement pour les offensés. Ainsi, ils prétendent incarner la voix minoritaire, se battant contre des moulins, véritable rouleau compresseur de l’opinion et du gouvernement qui veut passer en force.

 

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Premier mariage bouddhiste entre deux personnes de même sexe à Taïwan, le 11 août 2012(S.YEH/AFP)

 

C’est en substance ce que prévoyait déjà Alain Escada en juillet dernier, sur France Culture, alors que le débat n’était même pas lancé, preuve que cet argument tient davantage à la posture qu’à la réalité des faits :

"Et surtout pour libérer la voix des Français. Leur faire comprendre que malgré le rouleau compresseur qui vise à leur faire croire que quiconque oserait ne pas être d’accord avec les revendications du lobby homosexuel serait un homophobe, et que par-delà même, il serait presque devenu quelqu’un d’infréquentable, eh bien nous nous allons dire que c’est la voix du bon sens que nous sommes en train de proclamer à nouveau et que nous voulons que les Français puissent s’exprimer librement à ce sujet et disposer d’un véritable débat. Que les opposants au mariage homosexuel puissent s’exprimer sans un carcan imposé par une police de la pensée."

Depuis, l’argument est lancé comme un leitmotiv : le gouvernement et le "lobby gay" interdiraient le débat public. Ainsi le cardinal Vingt-Trois, dans "La Croix", estime qu'il faut "résister au conformisme de la pensée 'prête-à-porter'" qui domine actuellement vis-à-vis du "mariage pour tous". Il enchaîne : "La liberté doit se gagner et se défendre face aux lobbys qui saturent les espaces de communication" (sic).

Les lobbys qui saturent les espaces de communication ? Mais à quel lobby appartient pourtant Ivan Rioufol, éditorialiste du "Figaro", qui ne cesse de rappeler son hostilité partout où il est invité comme ici sur BFM TV où il en rajoute une louche sur la confiscation prétendue du débat :

"Pour l’instant on maltraite la démocratie notamment avec ce dossier car le débat est quasiment interdit  aujourd’hui dans la mesure où (il) n’a pas encore eu lieu publiquement. Et le gouvernement essaye d’intimer l’ordre de passer en force. Il y a une insulte à la démocratie au prétexte que le projet avait été avalisé par les Français et je suis très hostile à cette nouvelle tyrannie des minorités, qui sous prétexte d’être victimes, essayent de subvertir à nouveau ce débat".

 

On le voit, la technique de la dialectique employée par les opposants au projet est très clair : il s’agit de se poser en victime pour qu’ainsi, les partisans de la loi passent pour les agresseurs, les pourfendeurs, les déstabilisateurs. Alors que ce sont eux qui sont spoliés de leurs droits. De la même manière, on taxe leur démarche de communautariste, quand c’est la loi actuelle qui les prive des droits dont jouissent les hétérosexuels, ce qui les communautarise.

La posture victimaire des opposants au mariage pour les homosexuels est d’autant plus grossière que lorsqu’Alain Escada, de l’institut Civitas, prétend faire des "réunions publiques" pour ouvrir le débat, il parle sans discontinuer durant près de 1h40 sans laisser la moindre intervention le contredire, alors que ses propos regorgent d’inepties, de caricatures ou d’éléments falsifiés. Tout juste autorise-t-il à la fin de ses interventions un petit quart d’heure de "débat", durant lequel le micro est "distribué" de manière soigneusement sélective aux différents intervenants de la salle, veillant toutefois à ce que le son produit par son micro soit deux fois plus fort que celui qui circule en salle.

Et dès que l’insoutenable vient prendre certains à la gorge, qui ne peuvent le laisser dire ses billevesées, observez bien quel argument revient, comme par enchantement. Démonstration dans une intervention à laquelle j'ai pu assister à la Madeleine, le 18 octobre dernier, sous les applaudissements du conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais du Front national, Eric Dillies, seul élu présent dans la salle (visible en manteau debout à la toute fin de la vidéo) :

 

 

"Que je sache vous occupez bien plus que nous l’espace médiatique", "la démonstration de votre totalitarisme permanent"… Ou comment le bourreau endosse le masque de la victime pour l’accabler de ses propres excès.

Le débat a bel et bien lieu actuellement. Mais il est cruellement biaisé. Seuls les opposants donnent la voix au son d'un "on nous empêche de parler".

 

Où sont les partisans du mariage pour tous ?

 

Qu’attendent donc les partisans du projet pour se faire entendre ? Qu’attendent-ils pour prendre la parole et aller débattre ? Lorsque la fameuse photo des deux jeunes femmes s’embrassant devant des manifestants d’Alliance Vita avait défrayé les chroniques des réseaux sociaux, Romain Pigenelavait, de manière éclairante, décrypté l’impact de l’image, rappelant ainsi la posture prise par les opposants dans le débat actuel :

"Les opposants au mariage pour tous, récupérant des techniques de happening auparavant dévolues à ses défenseurs, peuvent avoir le beau rôle, celui des libres penseurs minoritaires qui refusent de passer sous le joug d’une "pensée unique" d’État, majoritaire. La présente photo rétablit d’un coup minorité et majorité à leurs places initiales : les deux jeunes femmes incarnent sans discussion possible la subversion, révélée comme telle par les expressions outrées des manifestants en arrière-plan, la bouche ouverte en un 'O' réprobateur."

Rétablir le rapport de force et la vérité. Telle est l’urgence si l’on souhaite véritablement que le pilier central de notre devise républicaine, ne soit pas un artifice, servant d’ornements aux livres d’histoire. 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 17:19

Cette rentrée 2012 n’est décidément pas comme les autres. Et le rallongement des vacances de la Toussaint n’a rien à voir à l’affaire, si ce n’est qu’il soulagera sans doute les enseignants… avant de devoir récupérer ces deux journées qui ne leur seront pas données à titre gracieux comme la sagesse populaire semble l’avoir cru.

Les faits divers regorgent en effet depuis septembre du spectacle ordinaire de la violence faite aux enseignants, depuis l’affaire de Bordeaux, qui vit un élève frapper un enseignant, qui succéda à celle de Poitiers, dans laquelle c’est un des parents qui était passé à l’acte. La semaine dernière, c’est une collègue de Béthune qui a mis fin à ses jours.


Une médecine du travail inexistante


Souvent, l’on évoque une société de plus en plus violente, une éducation qui n’est plus assurée de mains de maître par les parents, et une autorité en berne dans les établissements scolaires. Il serait bien évidemment ridicule de nier ses facteurs incontestables.

Mais circonscrire le mal enseignant à ces paramètres, c’est omettre l’essentiel. C’est faire fi du statut du professeur qui est avant tout un travailleur, qui exerce une activité contre une rémunération. Et qui à ce titre a des droits.

Mais c’est là que le bât blesse. Car, au sein de l’Éducation nationale, comme nulle part ailleurs, les droits du travail, on ne connaît pas. Une contributrice du Plus, enseignante dans l'académie d'Aix-Marseille, expliquait le week-end dernier que les enseignants n’avaient aucun soutien ni suivi psychologique bien qu’étant en contact avec des adolescents tout au long de l’année.


 école

En réalité, l’enseignant salarié de la fonction publique n’a tout simplement pas de médecine du travail. Dans toute sa carrière, il ne verra le médecin qu’une seule fois, dans les trois premiers mois de son activité. C’est en effet la condition sine qua non pour débloquer la procédure du paiement des indemnités auprès du Rectorat.

Un certificat d’aptitude du travail est alors délivré par un médecin de ville, agrée pour l’occasion pour faire une visite, sans que le patient n’ait à débourser le moindre centime. Une consultation qui dura pour ma part la bagatelle de 1 minute et 52 secondes, montre en main, le temps de me prendre la tension, de me demander si tout allait bien, et de signer son attestation.

Et n’allez pas vous mettre en tête de lui confier que vous souffrez d’un souffle au cœur, comme a pu le faire un des mes collègues ! Un air agacé accompagnera cette réponse aussi sèche que lapidaire, dans un souffle d’ennui : "Oui, mais ça ne vous empêchera pas de travailler". Et puis plus rien. Quatre décennies, sans rencontrer le moindre médecin, quand le code du travail impose une visite annuelle.


Des conditions de travail aléatoires


Au-delà du suivi médical, ce sont toutes les conditions de travail de l’enseignant qui ne sont souscrites à aucune réglementation.

Ainsi, il y a quinze jours, une première vague de froid s’est abattue dans le Nord de la France. Dans ma classe, durant 5 jours, il a fait entre 12 et 15 degrés dans la salle, de 8h à 17h. Les enseignants n’osaient même plus demander aux élèves d’enlever leurs manteaux et autres écharpes. Nous avons été plusieurs, au bout de quelques jours, à défiler dans le bureau du principal pour demander la raison pour laquelle il n’y avait pas de chauffage.

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Un mauvais réglage ? Un défaut d’approvisionnement ? Une panne ? Rien de tout cela : "Les finances actuelles de l’établissement étant limitées, nous ne souhaitons pas mettre de chauffage pour économiser. Sans quoi, vous ne pourrez plus faire de photocopies. Et puis vous savez, le gaz a augmenté… ".

Spectacle inouï se déroulant en octobre 2012, dans un pays que l’on nomme la France ! Et entre les photocopies et le chauffage, la direction de l’établissement de choisir les photocopies !

Quand nous avons subtilement estimé "étrange" que les locaux de la direction soient surchauffés, même si nous reconnaissions, courtoisement, qu'ils sont plus petits, il nous a été répondu que le bâtiment devait être chauffé car au-dessus se situent des locaux privatifs… occupés par la direction elle-même ! Et notre interlocuteur de répondre : "Vous chauffez bien chez vous en ce moment, non ?"

 

Pas un salarié comme les autres

 

Inutile aussi de vous rendre auprès de votre collègue représentant syndical, qui a une décharge aux 2/3 de ses cours pour "défendre vos droits" : "On ne peut rien faire", risque t-il de répondre.

Il faudra un jour que les syndicats d’enseignants se posent de véritables questions sur leur rôle et leur utilité avant qu’il ne soit trop tard, mais sans doute est-ce là une tout autre question.

Toujours est-il qu’après avoir subrepticement fait comprendre que si on ne faisait rien, l’on serait contraint de passer "par l’extérieur", à savoir l’inspection du travail, la direction ne céda toujours pas. Ce ne fut que lorsque le mot "parents" fut prononcé dans un diatribe enflammée, que soudain, le "Sphinx" sembla perturbé de voir l’énigme résolue…

Trois heures plus tard, les chauffages tournaient à plein régime avec cette annonce : "Compte tenu des prévisions météorologiques pessimistes prévues demain, il a été décidé de mettre en marche le chauffage"…

Lecteurs, vous devez bien comprendre qu’un enseignant n’est pas un salarié comme les autres. Il n’a pas de droits : c’est un honneur pour lui que de servir la France. On le trimballe partout aux quatre coins de l’Académie quand il est en zone de remplacement, bien qu’il ait eu son concours comme les autres. Quinze jours par ci, trois semaines par là-bas.

Et pour peu que son affectation annuelle n’ait pas été transmise dans les temps par le Rectorat, les frais de déplacements, qui sont prévus uniquement dans ce cas, ne seront pas payés. En général, les missions sont donc transmises une ou deux journées après la date limite.

 

Des salaires inférieurs à ceux de nos voisins

 

Vous venez de perdre votre oncle cher, ou votre frère ? Vous ne pourrez alors peut-être pas assister à l’enterrement, car les textes ne prévoient que la perte du conjoint ou des parents. Et il ne faudrait pas que votre destin personnel vienne à interrompre le service public. Quand des employés du tertiaire pourront toujours demander cette grâce à son employeur, les enseignants devront au mieux demander un déplacement de leur cours, si le principal est décidé à vous faire ce présent.

Et il saura vous le rappeler suffisamment pour que vous ne lui refusiez plus rien, à l’avenir, de réunions non payées, en heures de remplacement pour un collègue en stage.


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Ne vous attendez pas non plus à pouvoir, comme la loi vous y autorise, à demander une avance sur salaire : il vous faudrait pour cela passer par une demande du rectorat qui sera accordée au bout de quelques semaines, puisqu'il est convenu que l’avance sur salaire n’est pas urgente.

Quant à ceux qui débutent la profession, qu'ils ne comptent pas être payés dès le premier mois. Leur premier salaire leur sera versé au mieux en octobre sinon en novembre. Les heures supplémentaires ne sont elles jamais versées en fin d’année en cours, mais au début de l’année suivante, alourdissant votre revenu fiscal pour des heures effectuées l’année précédente. Et parfois elles ne sont versées qu’avec six mois de retard avec la mention "rappel année courante" sur votre fiche de paye de mars... que vous recevez en juin. 

La fiche de paye du professeur qui faisait tant rêver il y a trois décennies, et qui aujourd'hui révèleque les enseignants ont été augmentés de 0,6% entre 2007 et 2012, soit une perte de salaire à euros constants de 6% par rapport à l’inflation constatée en France. Des salaires qui classent la France parmi les pays les plus radins de l’OCDE, et qui explique qu’un enseignant gagne 80% de ce qu’un salarié du tertiaire gagne à niveau de diplôme équivalent.

 

Un milieu où l'omerta est de mise

 

Alors pourquoi tout ceci n’est jamais évoqué ou si peu ? Pourquoi l’on ne parle que de la vocation des enseignants, de leur amour pour leur métier, et qu’eux-mêmes sont si peu loquaces pour évoquer des conditions de travail inacceptables et un droit du travail bafoué ?

Tout simplement parce qu’en le révélant ils prennent un risque. Et en le faisant aujourd’hui, JE prends un risque.

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D’après vous, est-ce un hasard si untel témoigne sans montrer son visage, untel sous couvert d’anonymat ? La réalité est que les enseignants sont soumis à un droit de réserve, une muselière qui se métamorphose en épée de Damoclès : nul n’a le droit de parler. L’omerta est de mise. Il faut se taire et ne jamais témoigner de ce qui se passe dans les établissements scolaires.

Une obligation qui sonne comme un harcèlement continuel et qui aliène tant et encore ces enseignants qui continuent de faire comme si de rien n’était. Et pour cause : combien d’entre eux n’ont qu'un CAPES, obtenu dans la continuité de leurs études ? Combien d’entre eux ne savent pas ce qu'ils pourraient faire d’autre, quand la légende leur dit que c’est tout simplement la vocation qui a choisi pour eux ? Combien d’entre eux ne peuvent pas se permettre de démissionner car quitter la fonction publique ne vous offre aucun accès au chômage ?

Il est toujours émouvant de dire que les problèmes des enseignants seront résolus quand on aura réglé le problème des performances. Mais c’est angélique aussi. Car nul ne peut s’épanouir dans un enfer où les droits du travail sont bafoués. Et ce n’est certainement en se taisant que les choses iront mieux. 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 11:19

C’est aujourd’hui lundi qu’Eric Schmidt, patron de Google, sera convié à l’Elysée pour discuter du sujet qui fâche : le géant du référencement profiterait du travail éditorial de nos journaux et autres medias en ligne et gagnerait donc de l’argent… sans aucune contrepartie.

 

Pour le néophyte, difficile de comprendre en quoi référencer des titres équivaudrait à gagner de l’argent. En réalité la mécanique est on ne peut plus simple : Google et ses puissantes machines répertorient à la vitesse de la lumière les articles mis en ligne, ce qui provoque du trafic, et permet de vendre des écrans publicitaires. Le problème est bien évidemment que Google ne paye aucun impôts (ou preque) sur ses juteuses recettes puisque son siège social européen est basé en Irlande. Une manne financière qui échappe à un Etat déjà exsangue et qui voit ici l’occasion de renflouer quelques peu ses caisses au nom de la justice financière.

 

L’épée de Damoclès sur la tête, Google ne faiblit pourtant pas et a annoncé vouloir riposter en boycottant le référencement des médias français.

 

A vouloir jouer les Robin des bois, François Hollande risque de tout perdre et surtout, risque de mettre en péril la presse en ligne, ce qui serait un comble à l’heure où la presse papier est déjà moribonde.

 

Parce que les médias en ligne n’ont aucun intérêt à voir Google ne plus les référencer. PLus ils ont du trafic, plus ils peuvent vendre des espaces publicitaires sur les pages visitées. 

 

Leur trafic est principalement dû à trois aspects : le référencement, la viralité et la qualité d’un article. Et soyons honnête, le premier l’emporte largement sur les deux autres, qui eux se tiennent mains dans la main. Pourquoi ? Parce qu’un référencement en une de Google vous rapporte des centaines de lecteurs à la seconde ! Ainsi, être sur la manchette du plus grand moteur de recherche au monde vous assure de casser la barre des cinq chiffres sur le Plus. A l’inverse, une absence de référencement vous promet les sombres cryptes de l’oubli. Dura lex sed lex.

 

On peut ainsi parfaitement écrire un article médiocre mais avec suffisamment de mots clés pour être référencés, et obtenir un nombre conséquent de lecteurs, et à l’inverse, faire une enquête fouillée sans bénéficier des grâces de Google et rester confidentiel.  A titre personnel, je ne suis parvenu qu’une seule fois à briser la loi implacable, lors de mon billet sur le KO d’Anne-Sophie Lapix sur Marine Le Pen, qui n’eut la chance d'être à la une de Google qu'à son troisième jour alors que l’article en était déjà à 800000 lecteurs ! Mais l’article avait bénéficié du bouche à oreille, avec près de 2000 retweet et 27000 recommandations Facebook. Suffisant pour se priver de la générosité du géant américain. De l’exception qui confirme la règle.

 

Toujours est-il que le boycott de Google couterait très cher aux médias en ligne français et provoquerait à coups surs un écroulement du trafic sur leur site.

 

Le résultat de l’opération serait terrible : Google ne payerait toujours pas un centime puisqu’il ne référencerait plus l’édition française et les sites seraient, eux, privés d’un flux au risque de voir leur activité menacée. Google n'a pas besoin de la France quand il continue de conquérir de nouveaux marchés en voie de développement, quand les médias français ne peuvent survivre sans lui. Le calcul est vite fait.

 

Vous avez dit absurde l’idée de François Hollande ?

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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 10:18

Najat Vallaud-Belkacem à Deauville, le 10 octobre 2012 (A.ROBERT/SIPA)

Najat Vallaud-Belkacem à Deauville, le 10 octobre 2012 (A.ROBERT/SIPA)

 

Le feu d’artifice n’est décidément pas prêt de s’éteindre au sein du gouvernement. Il ne se passe pas trois jours sans qu’un de ses membres ne vienne jeter un pavé dans la mare. Après la légalisation du cannabis lancée par Vincent Peillonles "salles de shoot" par Marisol Touraine, voici la porte-parole qui se mêle à la danse en proposant, dans un entretien à "Têtu", d’indiquer dans les manuels scolaires l’orientation sexuelle des personnalités politiques. Rien que cela !

 

D’aucuns persiflent en dénonçant pour chaque sortie excentrique du gouvernement une énième manœuvre pour faire oublier l’incapacité du gouvernement à faire face à la crise. Et ce, malgré la fin de la récréation sonnée par Jean-Marc Ayrault.

 

Pour autant, si le ministre de l’Éducation nationale avait clairement franchi la ligne rouge des compétences de son poste, notons que Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem restent dans leur rôle, puisque la première est ministre de la Santé, quand la seconde est ministre des Droits des femmes et actuellement en charge d’une mission sur l’homosexualité.

 

Najat Vallaud-Belkacem veut-elle des listes d'homosexuels ?

 

D’ailleurs, dans son entretien au mensuel gay, elle avance d’autres propositions pour modifier l’image de l’homosexualité au sein de la société française comme le fait de rendre "utile que des familles homoparentales soient représentées dans les campagnes de communication généraliste du gouvernement, afin de banaliser ce fait". Ou encore la saisie de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) "pour qu'il soit mis fin aux dérives que sont les 'thérapies de transition' ". Ces thérapies sont proposées par des groupes protestants pour "guérir" les homosexuels.

 

Mais ce qui a semblé interpeler les médias, c’est davantage la proposition concernant les manuels scolaires :

 

"Aujourd'hui, ces manuels s'obstinent à passer sous silence l'orientation LGBT (lesbienne, gay, bi et trans) de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre comme Rimbaud."

 

Sans doute cette petite phrase n’aurait pas tant fait réagir, si la porte-parole du gouvernement avait fait l’économie d’un mot. Un seul. L’adverbe "même". Parce que, s’il paraît normal d’évoquer l’homosexualité d’un auteur ou d’un personnage historique dès lors que son orientation sexuelle éclaire son œuvre ou la trajectoire d’un personnage, pourquoi s’y intéresser dans le cas où cela n’aurait eu aucune incidence connue ? Car, en plaçant l’adverbe "même", Najat Vallaud-Belkacem entend bien systématiser cette mention, même si cela ne venait pas à éclairer le passage enseigné.

 

Najat Vallaud-Belkacem dans son bureau à Paris, le 21 juin 2012 (E.DESSONS/SIPA).

Najat Vallaud-Belkacem dans son bureau à Paris, le 21 juin 2012 (E.DESSONS/SIPA)

 

Mme Vallaud-Belkacem sait-elle comment on enseigne la littérature ?

 

Et c’est d’autant plus étrange, qu’en tant que professeur, j’en viens à me demander si notre ministre a récemment ouvert un manuel scolaire pour dire pareille baliverne, et au-delà du manuel, si elle a pris la peine de savoir comment était enseignée notamment la littérature à notre époque.

 

Il ne fait aucun doute que, dans une biographie de Rimbaud, personne ne songerait à occulter l’homosexualité du poète, même pour satisfaire ses réticences personnelles sur la question, tant l’information est devenue un cliché de la littérature française. De la même manière, on n’étudie ni Platon ni Socrate sans parler de l’homosexualité (même à la limite de la pédophilie) chez les Grecs, en cours de Terminale.

 

Pour autant, est-il véritablement nécessaire de savoir l’idylle entre Rimbaud et Verlaine pour saisir le sens du poème "Le Dormeur du Val" ? Ou encore de "Charleroi" ?

 

On peut aisément comprendre que la volonté est de banaliser l’homosexualité dans l’évocation de notre littérature ou notre Histoire, pour montrer qu’elle fait et a toujours fait partie de notre civilisation. Mais n’oublions pas que l’homosexualité relève avant tout de l’intime. Nous n’avons pas à outer à titre posthume nos personnages historiques, ne serait-ce que parce qu’ils n’ont pas tenu à en parler de manière publique eux-mêmes.

 

Et quand bien même ils l’auraient fait, si cette révélation n’éclairait nullement le savoir prodigué, les élèves ne comprendraient pas forcément une évocation qui tomberait comme un cheveu sur la soupe. On imagine même le bâton tendu par le professeur pour faire digresser le cours, et tomber de manière complètement inattendue et sans doute contre-productive dans un débat improvisé et non canalisé sur l’altérité et l’orientation sexuelle en plein cours de français ou d’histoire.

 

Comment banaliser l'homosexualité chez les jeunes élèves ?

 

Il y a bien d’autres moyens d’évoquer la question, non sans courage, dans nos enseignements respectifs, à travers des textes spécifiques comme "Les Faux Monnayeurs" d'André Gide ou encore "Nana" D'Emile Zola, des personnages historiques qui ont fait avancer la reconnaissance de l’homosexualité comme Harvey Milk, de la même manière que l’on traite la cause féminine avec Simone de Beauvoir.

 

Les cours de SVT peuvent aussi permettre de normaliser l’homosexualité auprès des adolescents. Mais il n’y aucun intérêt à manipuler nos manuels scolaires et à y faire mention de l’orientation sexuelle si ce n’est à vouloir donner à l’école, encore une fois, une responsabilité et une mission éducative qu’elle n’a pourtant pas à supporter seule.

 

L’homosexualité ne sera plus un sujet d’ostracisme ou encore de singularité, quand les médias, le cinéma ou encore la publicité auront cessé d’en faire une différence ou une exposition exceptionnelle.

Quand l’État donnera aux homosexuels les mêmes droits qu’à ceux qui ne le sont pas.

Quand les homosexuels ne seront plus des citoyens de seconde zone, mais bien des Français aux droits équivalents et indissociables de ceux dont jouissent les hétérosexuels.

 

Que par la suite, les élèves aient la curiosité de s’aventurer dans les biographies pour tenter de savoir si l’homosexualité d’un personnage est présumée ou affirmée, liberté leur est donnée. Mais ce n’est pas en accessoirisant l’orientation sexuelle que l’on parviendra à soulager les maux dont souffre la société, dès lors qu’il est question d’altérité par rapport à une norme convenue. 

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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 10:17

Jean-Louis Borloo lors de l'université d'été de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale le 10 septembre 2011 (S. THOMAS/AFP)

 Jean-Louis Borloo lors de l'université d'été de l'Alliance républicaine, écologiste et sociale le 10 septembre 2011 (S. THOMAS/AFP)

 

C’est un peu le péché mignon des nos aînés. Trempant leur madeleine dans leur thé, leur mémoire s’évapore dans la nostalgie la plus exquise, retranchant toute amertume à l’évocation du souvenir, pour n’en garder que la substantifique légende sucrée. Jean-Louis Borloo, qui a déjà une longue carrière politique derrière lui est de ceux-là. Et davantage encore tant il aime façonner l'histoire, travailler son image. Mieux, recréer leur légende. Histoire de camoufler le sulfureux sous le vernis de l’honorabilité.

 

Assumer ses positions

 

On se souvient ainsi de l'interview à "Minute" où il évoquait une alliance avec le FN de Jean-Marie Le Pen... nous seuls, copie du papier à la main, car Jean-Louis Borloo assure n'en avait plus le moindre souvenir...   Un détail de l'histoire me direz-vous. Un détail de plus ou un souvenir de moins c'est selon car à présent, c'est la période du PaCS qui semble provoquer des troubles chez celui qui était encore à l'UDF. 

 

Le PaCS, tragi-comédie en quatre actes, qui se révéla être cathartique pour certains, à entendre tant de haine déversée comme s'ils voulaient, en un instant, expurger leur plus vils instincts. Et tout cela pour quoi ? Pour un contrat qui n’empêcha pas les mariages de se célébrer mais qui a surtout l’ironie d’unir à 96% des hétérosexuels quand on l’annonçait, telles les sept plaies d’Egypte comme le "mariage gay". 

 

La bataille fut féroce, reprise par la rue à grands coups de slogans qui respiraient l’amour, l’altruisme et la bonté, comme savent si bien l’exprimer ceux qui s’estiment comme les plus religieux et que l'on pouvait croiser dans des manifestations brandissant les messages suivants : "les pédés au bûcher" ou encore "pas de neveu pour les tantouzes". De vrais enfants de chœur.

 

Alors bien évidemment, la tentation est forte de se donner le bon rôle. Jean-Louis Borloo est de ceux-ci. Invité au 13h15 de Laurent Delahousse sur France 2 dimanche dernier, le nouveau patron de l’UDI, dans un état de quasi-transe sur le plateau, rappela qu’il a toujours été pour le mariage des homosexuels soulignant qu’il avait voté pour le Pacs en 1999, et qu’il s’en souvenait bien puisqu’ils n’étaient que deux à le faire.

 

Pacs : Borloo a (encore) la mémoire qui flanche par LeNouvelObservateur

 

Si tout le monde se souvient de l’émouvant discours de Roselyne Bachelot, peu de personnes ont le souvenir d’une telle prise de position chez l’ancien maire de Valenciennes… Et pour cause, comme l’a révélé "Le Parisien" dans son édition de jeudi et que reprend "Le Figaro" :

 

"Lors des quatre scrutins publics qui se sont tenus à l'Assemblée nationale en 1998 et 1999 pour le vote de cette union libre ouverte aux homosexuels, le président du Parti radical, alors membre de l'UDF, s'est abstenu par deux fois, a voté contre une fois et n'a pas pris part au scrutin une autre fois, rappelle le quotidien régional."

 

Deux abstentions et un vote contre : nous sommes loin de l’histoire revisitée par Jean-Louis Borloo. Vous me direz, c’est toujours plus reluisant que le palmarès de Christine Boutin lors de ces mêmes sessions. Elle qui, à présent, tente de faire croire, en vain, qu'elle n'a jamais brandi la bible à l'Assemblée nationale...

 

Les anciens barons de l’UDF auraient-ils quelque peine à assumer la période durant laquelle ils étaient aux antipodes de l’humanisme dont ils se revendiquent tant et encore ? On peut les comprendre. A l’époque, l’UDF n’est pas un parti du centre. Loin s’en faut. Il n’est qu’une écurie de droite, où l’on trouve le gîte quand l’herbe du RPR est déjà entamée par un congénère.

 

Deux réservoirs qui alimentent l’un quand l’autre se vide, et réciproquement. Le tout dirigé par une pensée unique.

 

Que disait l'UDF ?

 

Et ceux qui pensent que le centre s’affranchissait alors des extrêmes de par sa position se trompent lourdement à lire les déclarations fracassantes que firent à l’époque les élus de cette "famille humaniste" qu’était l’UDF.

 

Florilège extrait du "Journal officiel" et des travaux de L'Observatoire du Pacs présent dans l’hémicycle lors des débats, le tout repris aussi dans "Les Anti-Pacs ou la dernière croisade homophobe", co-écrit par Fiammetta Venner et Caroline Fourest.

 

- Henri Plagnol considérait que le projet du Pacs était "injuste et pervers", visant à "sacraliser l’égoïsme des couples" quand Pierre Albertini s’opposait à "donner un statut et un brevet de respectabilité aux couples homosexuels".

 

- Dominique Dord préféra la subtilité de la galéjade en comparant le projet de loi du Pacs comme une "patate chaude que l’on se refile de la mairie à la préfcture, au tribunal d’instance et pourquoi pas demain, à la direction des services vétérinaires". La métaphore animale ne fut donc pas la création de Brigitte Barèges.

 

- Philippe Houillon pointait lui le "communautarisme" que l’on ne nommait pas encore ainsi : "Vous avez cédé à la pression d’un groupuscule". Jean-Claude Lenoir, lui, plus bougon que jamais, pestait contre l’obligation d’avoir eu à déplacer son week-end pour travailler sur "une loi pour les pédés" alors que, selon lui, il y avait tant d’autres sujets à traiter comme "une loi contre le dopage sportif"…

 

- Et que dire enfin de Michel Meylan, dont les pratiques auraient tout de même de quoi faire rougir de honte Christine Boutin, puisqu’il crut bon de s’épancher tout fantasme dehors en affirmant avec la patte d’un poète qui s’ignore : "les homos, je leur pisse à la raie".

 

Henri Plagnol, Pierre Albertini, Dominique Dord, Philippe Houillon, Jean-Claude Lenoir et Michel Meylan, pour ne citer que les "formules perles" de ceux qui ont été les piliers de l’ancienne UDF. Cette même UDF qui s’était pourtant entre temps déjà séparé de ceux qui avaient pactisé avec le Front national lors des élections régionales en 1998. On imagine le projet du Pacs discuté dans les rangs de l’UDF à la fin 1997…

 

Aujourd’hui, en refondant ou en rejoignant l’UDI de Jean-Louis Borloo, certains nostalgiques rêvent de refonder l’UDF. Voyez pourtant quelle auberge espagnole abritait cette "famille" politique.

 

Loin de moi de jeter l’opprobre sur l’ensemble de l’UDF, qui regroupait aussi des personnalités autrement plus républicaines dans le comportement, et qui ont toujours eu la fibre humaniste et non réactionnaire, notamment sur les questions sociétales. Il y en a même qui, à l’image de François Bayrou, ont changé d’avis sur ces questions.

 

Mais prétendre avec nostalgie que l’UDF était une famille centriste avec l’humanisme au cœur de son projet politique pose tout de même la question de l’inquiétante diversité des membres qui la composaient alors. 

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:16

Jérôme Boursican est l'avocat de Florence Lamblin, élue EELV, mise en examen dans une affaire de blanchiment d'argent (K. TRIBOUILLARD / AFP)

Jérôme Boursican est l'avocat de Florence Lamblin, élue EELV, mise en examen dans une affaire de blanchiment d'argent (K. TRIBOUILLARD / AFP)

 

La déferlante médiatique n’en finit plus depuis vendredi soir. Florence Lamblin n’était certainement connue que des habitants du 13e arrondissement de Paris, elle qui est adjointe au maire. Et encore, serait-on tenté d’ajouter, tant les citoyens n’ont pas toujours connaissance de l’identité de ceux qu’ils placent eux-mêmes au pouvoir. Aujourd’hui, on ne parle que d’elle. Que d’elle. Et c’est justement ce qui gêne les Verts qui n’ont pas tardé à manifester leur agacement.

 

L’affaire, il faut le dire, est d’une ampleur assez impressionnante. Il est question d’un vaste système de blanchiment à hauteur de 40 millions d’euros qui visait à écouler l’argent de la drogue. Qui mieux que la Suisse, d’où est partie l’affaire, pour expliquer les tenants et les aboutissants d’une affaire complexe tant sur le fond que sur la forme, quand il s’agit de transaction financière dans un pays qui pose toujours le problème de son statut de paradis fiscal en Europe :

 

 

On le voit, chez nos voisins suisses, il n’est pas question de Florence Lamblin, quand en France, il n’est en réalité question que de cela :

 

 

Les Verts tentent de calmer le jeu

 

Chez les Verts, on s’agite pour tenter de calmer le jeu. Denis Baupin, vice-président du groupe écologiste à l'Assemblée nationale et député dans la dixième circonscription de Paris, fait valoir sa subjectivité et son amitié en guise d’argument :

 

"Je la connais assez bien puisque c'est une élue dans un arrondissement dont je suis député (le 13e arrondissement). C'est une élue très impliquée dans la ville politique de son arrondissement et dans le mouvement. Elle défend ses convictions, elle est dévouée. J'ai beaucoup de mal à croire tout ce que je lis et ce que j'entends depuis ce matin. Ça ne correspond as du tout à ce que je sais de Florence Lamblin. J'invite tout le monde à garder beaucoup de modération."

 

Et l’élu Vert de regretter que seul le nom de Florence Lamblin ne soit sorti :

 

"Il ne s'agit pas de nier cette histoire de trafic. Mais on jette son nom en pâture parce que c'est la seule personne connue (sic). Mais si elle est innocente, c'est toute son activité politique et tout sa vie personnelle qui est jetée en pâture."

 

Connue, Florence Lamblin ? Certainement pas. En revanche, les Verts, eux, sont bien connus et surtout dans le viseur à en croire Yves Contassot, conseiller de Paris : Florence Lamblin est "la seule" dans ce dossier "dont le nom est jeté en pâture (...) Ce n'est pas totalement le fruit du hasard", a-t-il avancé, évoquant la "quasi-instantanéité" des réactions de l'opposition qui a notamment dénoncé la "permissivité" de la gauche.

 

La droite, il est vrai, n’a pas attendu pour sauter à la gorge des Verts, dans leur globalité, quand l’affaire ne citait qu’un nom et un seul dans leur rang, comme en attestent les propos du patron de l’UMP parisienne Philippe Goujon :

 

"L'approche par les Verts et le PS de la question de la drogue, qui passe pour les Verts par la légalisation et pour certains socialistes par la dépénalisation, créé un climat favorable, permissif, qui fait que certains ne voient pas la différence entre le licite et l'illicite, entre le bien et le mal".

 

Et la présomption d'innocence ?

 

Monsieur Goujon semble tout de même tirer un peu hâtivement des plans sur la comète et faire fi de la présomption d’innocence d’autant que si l’affaire, en l’état, semble poser un problème avec l’argent, rien ne permet de dire que l’élue Verte soit en relation avec l’affaire de drogue comme le rappelait son avocat hier :

 

"S'il y avait quelque chose, ce serait tout au plus le fait de ne pas avoir déclaré 350.000 euros à l'ISF."

 

Oui, mais c’est sans doute là que réside le hic pour les Verts. Car, on se souvient des jugements sans concession d’Eva Joly à l’égard d’un Eric Woerth, ou de ses prises de position dans la moindre affaire judiciaire... même a posteriori. Ainsi, quand on lui demandait si elle connaissait DSK à l’époque où le Sofitel n’était pas passé par là, la future candidate à la présidentielle avait répondu, sarcastique : "Je le connais bien Dominique Strauss-Kahn, je l’ai mis en examen."

 

Les Verts se sont toujours posés sur une ligne "ultra-moraliste" concernant l’argent et les affaires. L’éthique leur a toujours semblé une discipline non négociable, et leurs cadres ont souvent appelé à la démission ceux qui étaient même juste suspectés d’être dans des affaires. La lutte contre la corruption avait même été un des piliers centraux de leur programme lors de la dernière présidentielle.

 

Aussi comment accepter qu’une élue, puisse "tout au plus" ne pas avoir déclaré 350.000 euros à l’ISF, puisque c’est la moindre de choses que l’avocat daigne à admettre ? Et quand on sait leur précaution et leur capacité à tout nier dans la précipitation d’une affaire révélée, l’on est en droit de se demander si pareille concession ne sonne pas comme un aveu.

 

Voilà qui ferait très mal à un parti qui avait fait de sa probité vis-à-vis de l’argent un étendard.

 

Et puis, l’on ne peut s’empêcher de penser que, si la réaction de Monsieur Goujon est caricaturale et outrancière, elle n’en demeure pas moins la monnaie de la pièce à ceux qui, à l’image de Noël Mamère, s’accommodent assez peu de la modération dans les propos. Il avait ainsi accusé Jacques Chirac en pleine Assemblée nationale pour l'affaire des "faux électeurs", ce qui lui avait valu une sanction symbolique. Il avait aussi lancé un appel à la démission de Dominique de Villepin, en 2005 au sujet de l’affaire Clearstream. Dans l’affaire Woerth encore, il avait lancé une formule pour le moins crasse : "Affaire après affaire, le poisson pourrit par la tête."

 

Et, est-ce une surprise de voir aujourd’hui Maître Wallerand de Saint Just, responsable du Front National à Paris et avocat du parti évoquer "une pourriture à tous les niveaux" ? Ce week-end, ce n’est pas les cadres des partis républicains qui empruntent le sémantique du FN, c’est bien l’inverse. À moins bien évidemment de considérer qu’en 2010, Noël Mamère s’était égaré en chemin…

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:15

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA)

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA)

 

Arrivée dans la politique française fin juin, l’UDI ne cesse d’intriguer. François Bayrou qui se croyait seul au centre, et qui n’avait eu de cesse de minimiser les extravagances de Jean-Louis Borloo, trop velléitaire à son goût, a même dû se rendre à la raison : le président du parti Radical avait réussi son coup. Si l’OPA du centre n’est pas encore effective, disons que la greffe est sur le point de prendre. Et le MoDem de voir ses membres partir, les uns après les autres quand le Nouveau Centre, la Gauche Moderne, le CNIP, Alliance Centriste, Force européenne démocrate, Territoire en Mouvement, et même un député de Debout la République n’ont pas su résister au chant de la sirène Borloo.

 

Borloo rajoute de la complexité à la complexité

 

La galaxie centriste est complexe, et l’arrivée de l’astre UDI n’ajoute qu’une ligne de plus à la complexité du système. Et le plus surprenant, c’est que les centristes eux-mêmes ne sont pas bien sûr de savoir ce qu’il propose exactement. A l'heure où le parti n'existe pas encore mais qui entend d'ores et déjà composer un "shadow cabinet", une visite guidée s’impose.

 

Le 18 septembre dernier, quelques jours avant les ouvertures des journées de rentrée du MoDem, Jean-Louis Borloo grille la politesse à François Bayrou et prend toute la couverture médiatique à lui, en lançant officiellement l’UDI, avec une série de ralliement pour le moins impressionnant : au total, ce ne sont pas moins de 30 députés, 31 sénateurs, 5 députés européens (groupe PPE), 105 conseillers régionaux, la présidence de 9 conseils généraux, sans compter les maires de grandes villes tels que Arras, de Valenciennes, de Bayonne, de Bures-sur-Yvette, de Faches-Thumesnil ou encore de Deauville. À vous donner le vertige.

 

En ce sens, l’UDI se veut l’exact inverse du MoDem, à savoir une armée d’élus de terrain. D’ailleurs, le pacte des fondateurs ne s’en cache pas : "Plus que toute autre formation, nous devons valoriser et nous appuyer sur les élus territoriaux."

 

Mais au-delà du CV copieusement rempli, qu’ont en commun tous ces élus ? L’analyse pourrait nous préciser quelques directions. Pour autant, à l’exception notable d’une "europhilie" exacerbée, que retenir des valeurs exprimées que bon nombre de partis appartenant au champ républicain pourrait épouser sans sourcilier : "la République, le respect de l'autre, l'écoute et le dialogue, la place des corps intermédiaires, la tolérance, la justice et l'équité, encourager la responsabilité et le mérite, valoriser les ressources humaines" ?

 

Un centre... à droite

 

Tout juste, l’UDI parvient-elle à éclaircir ce que les Français ont toujours demandé au MoDem, ne comprenant visiblement pas son statut indépendant : l’UDI est "une formation politique totalement indépendante et positionnée au centre droit, car l'indépendance n'est pas l'isolement." Un centre, à droite en somme. 


Logique, douce logique, que ta loi est tordue quand elle se recentre. 

 

Un parti du centre, placé donc à droite, et qui est composé d’une armée d’élus : les amoureux du teasing seront à coups surs séduits mais il n’est pas bien sûr que l’on puisse exactement savoir ce que l’UDI recouvre, si ce n'est une résurgence de l'UDF. Tout juste a-t-elle réussi son entrée médiatique, poussant François Bayrou à la reconnaître, jusqu’à appeler de ses vœux à la réunion des centres. Une précipitation bien surprenante quand on en sait aussi peu d’une nouvelle formation, à l’exception des personnalités qui la composent et que le président du MoDem appelle à la tolérance en respectant que l’on puisse ne pas vouloir se circonscrire au centre droit.

 

Sans plus attendre le congrès fondateur du 21 octobre, j’ai voulu en savoir davantage et j’ai eu la chance de rencontrer cette semaine Jean-Noël Verfaillie, secrétaire général du Parti Radical Valoisien, et donc proche de Jean-Louis Borloo, à qui il affirme avoir composé le fameux calcul qui avait fait du fondateur de l’UDI un pro du stand-up, attaché parlementaire de Dominique Riquet, député européen dans le cadre d’une réunion des jeunes centristes à Lille.

TSCG : le sketch de Jean-Louis Borloo à... par LeLab_E1

L'UDI, pas vraiment porté par des valeurs et un projet

 

Le jeune homme, qui est passé par l’UMP, explique malgré une affiche derrière lui qui regroupe tous les logos des partis qui l’ont rejoint, que l’UDI n’est pas une confédération mais est un parti. La nuance est d’importance car il n’est pas bien sûr que chacun, même chez les initiés, l’avaient entendu ainsi en juin.

 

Sémillant et pédagogue, il a commencé par expliquer son travail à Bruxelles, dessinant les contours d’un projet européen que l’UDI entend porter, et qui revendique fièrement une Europe fédéraliste, qui abandonnerait sa souveraineté nationale ce qui, à l’en croire, augmenterait la souveraineté citoyenne.

 

Un projet qui, s’il ne peut qu’intéresser l’Européen convaincu que je suis, me laisse dubitatif quand on sait que François-Xavier Villain qui fut vice-président de "Débout La République", le parti de Nicolas Dupont-Aignan, et qui n’est pas connu pour un européanisme forcené, a rejoint ses rangs. De même que le CNIP, le Centre national des indépendants et des paysans qui a fait notamment liste commune, justement, avec Debout la République lors des régionales…

 

Mais au-delà de l’Europe, Jean-Noël Verfaillie parle de la future UDI pour en définir clairement les contours. Ce parti se place clairement à droite d’un échiquier politique, refusant toute alliance avec le PS qui travaille main dans la main avec le Front de gauche (sic), et ce malgré la décision d'appeler du bout des lèvres à voter les emplois avenirs. Ainsi, pour les européennes de 2014, l’UDI aura vocation à se ranger dans le PPE (parti populaire européen, la droite de l’Assemblée), d’autant plus volontiers, que, précise-t-il, le groupe majoritaire pourra en 2014 décider à lui tout seul qui présidera la Commission européenne. Et le jeune homme de se réjouir sans pudeur de cette influence sur le pouvoir non négligeable.

 

Mais les européennes semblent donner du chagrin au jeune homme, qui explique, peiné, que le scrutin de liste risque de poser des problèmes car la déroute législative de la droite en juin dernier imposera de "recaser tous les losers" au détriment de députés compétents. Le propos a le mérite de la sincérité mais indique clairement une donnée fondamentale et que le pacte fondateur révélait en filigrane : l’UDI a vocation à être avant tout partisan, avant d’être un vecteur d’idées et de valeurs.

 

Ceux qui l'ont rallié respectent-ils le "pacte" ?

 

Et l’examen précis de ceux qui s’abritent déjà dans l’arche de Borloo ne résiste pas à ce constat implacable :

 

Alors que le pacte fondateur prône sans ambigüité "la République, le respect de l'autre, l'écoute et le dialogue, la tolérance, la justice et l'équité", comment accepter qu’Edouard Fritch puisse expliquer au sein de l’Assemblée nationale, le ventre même de la République, que "le christianisme est devenu une valeur de la société polynésienne" et que "la laïcité n’a pas la même prépondérance que dans l’hexagone" ?

 

Comment accepter que Jean-Christophe Fromantin ait annoncé qu’il préférait, en sa qualité de maire, s’en référer à sa liberté de conscience, plutôt que de faire appliquer une loi si elle venait à être votée, lui qui est représentant du pouvoir exécutif (et législatif par la même occasion depuis juin) ? Le maire de Neuilly qui n’est pas un simple "rejoignant" puisqu’il a été catapulté vice-président de l’UDI, responsable du projet politique du parti ! Lui qui entend ne pas respecter la loi ! Troublant projet.

 

Comment accepter que l'UDI puisse accepter les valeurs prônées par le CNIP, quand son président, le député-Maire de Chôlet, Gilles Bourdouleix, a apporté, au nom de son parti son "total soutien" à François Lebel maire du 8e arrondissement de Paris, pour qui homosexualité, inceste, pédophilie, consanguinité et polygamie sont du même ordre ?  Le CNIP ce fameux parti républicain, qui fit alliance en 1986, lors des législatives, avec le Front national de Jean-Marie Le Pen...

 

Car si l’UDI entend se placer à droite, qu’a-t-elle d’autres à apporter si ce n’est que faire barrage aux dérives extrémistes qui avaient causé en grande partie la rupture du Parti radical avec l’UMP ? Mais quelle légitimité accorder à un barrage lui même gangréné par des valeurs brunes ?

 

Quelles ambitions pour l'UDI ?

 

Comment en outre proposer une politique claire et franche, quand vos composantes ne composent pas la face d'une même pièce ? D'ailleurs l'affaire des "emplois d'avenir" annonce déjà la couleur de la gabegie annoncée quand il explique : "Cet après-midi, nous allons tous voter le texte des emplois d'avenir, en tout cas il n'y aura aucun vote négatif et la très large majorité des députés UDI voteront pour." 

 

Mais où veut réellement en venir l'UDI, qui semble davantage tenir à la personnalité rassembleuse de Jean-Louis Borloo qu'à des valeurs et un projet communs ? Où en est Borloo lui même quand on ne sait plus très bien si sa véritable rupture avec l’UMP provient d'une divergence de vision ou de la déception de ne pas avoir été nommé Premier ministre ?  

 

Les utopistes rêveront d'être calife à la place du calife, et Jean-Noël Verfaillie en parla à Lille, histoire de donner du rêve aux troupes.

 

Les plus pragmatiques, ou les plus cyniques, c’est selon, espéreront tout simplement peser suffisamment pour monnayer leur poids électoral.Sempiternelle légende de la politique, qui a l'outrecuidance de mettre en scène les mêmes personnages.

 

Car s’il est une chose qui est certaine, c’est que si l’UDI regroupe des personnalités sincères, et soucieuses de défendre un projet ambitieux, il y en d’autres, bien d’autres qui se revêtissent des oripeaux du centrisme, mais Tartuffe, cachent en eux l’adage selon lequel leurs futurs portefeuilles valent toujours plus que vos valeurs.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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