Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 10:12

Francois Baroin au Palais de l'Élysée le 08/02/2012 (CHESNOT/SIPA)

Francois Baroin au Palais de l'Élysée le 08/02/2012 (CHESNOT/SIPA)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’entretien accordé au présentateur de France 2 a parfaitement dissipé les doutes sur les motivations de François Baroin, qui sont loin d’être intéressées comme l’on a pu l’entendre ici ou là. Et ce ne sont pas tant les explications qui nous ont fourni la clef de l’énigme que sa réaction aux récentes déclarations de Jean-François Copé.

 

Baroin a clairement marqué sa désapprobation vis-à-vis de Copé

 

En effet, à Laurent Delahousse qui l'interrogeait quant à l'influence du choix stratégique de Copé ("racisme anti-blanc", affaire du "pain au chocolat") sur sa décision de soutien à François Fillon, François Baroin a répondu ceci :

 

"Mais évidemment, moi je suis un chiraquien, profondément. Et je suis un humaniste et un profond républicain. Et je sais d’où vient l’UMP, j’en ai été un des fondateurs, j’en ai été le porte-parole, j’en ai été le secrétaire général.

 

Je suis un responsable politique actif. L’UMP c’est la réponse de la droite et du Centre au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, avec Le Pen présent. Donc c’est la réponse de la droite et du centre au refus de tous les extrémismes. Tous ces discours, ces petites phrases sont toxiques. Elles sont dangereuses. Et elles altèrent le pacte républicain. Et j’ajoute que c’est une erreur d’analyse. Donc évidemment je ne partage pas l’analyse de Jean-François."

 

La réponse est forte et risque de peser dans l’élection à venir. Elle semble d'ailleurs dessiner deux clans : d’un côté, ceux qui respectent le pacte républicain originel de l’UMP, à savoir le combat sans ambiguïté contre l’Extrême droite, et de l’autre ceux qui sont prêts à piocher quelques idées ou quelques déclarations dans le répertoire du FN, quitte à rompre le pacte qui a fondé le parti.

 

Une nette condamnation des dérives extrémistes au sein de l'UMP

 

Deux courants antinomiques et incompatibles. Comme en attestent les maux de la discorde employés par l’ancien Ministre du budget : des petites phrases "toxiques", "dangereuses" qui "altèrent le pacte républicain". Des mots lourds de sens et que l’on croirait empruntés à la bouche de la majorité présidentielle actuelle.

 

Mais au-delà de l’aspect stratégique qui est exposé ici, la condamnation de François Baroin est d’autant plus puissante et convaincante qu’il déplore ce qu’il appelle une "erreur d’analyse", quand d’autres, dans son parti, y compris François Fillon dans l’affaire du "racisme anti-blanc" se contentent de protéger Jean-François Copé en expliquant qu’il n’y a pas sujet "tabou". Un réflexe qui semble étranger à François Baroin, qui lui en préfère un autre aux relents plus "républicains" : 

 

"Mais nous n’avons pas à aller sur ce terrain-là. Ce ne sont pas nos mots, ça n’est pas notre dictionnaire, et j’ajoute que ça nous affaiblit. Et j’ajoute que ce sont des discours de minoritaires. On doit rassembler."

 

La bataille sémantique promet d’être houleuse la semaine où certains revendiquaient justement l’usage de certains mots ou certaines expressions expliquant qu’ils n’étaient pas la propriété privée de Marine Le Pen. Ce qui rappelle la même périlleuse situation de Nicolas Sarkozy quand, dans l’entre-deux tours, il avait pillé le programme du Front national en proposant la présomption de légitime défense pour la police.

 

Copé mis à l'amende, Sarkozy innocenté : une indulgence suspecte

 

Nicolas Sarkozy justement et sa fin de campagne... Car si François Baroin condamne le tournant pris par Jean-François Copé, nul ne peut ignorer qu’il se place pourtant dans la droite lignée des derniers jours de la campagne présidentielle. Une analyse face à laquelle, encore une fois, François Baroin s'inscrit en faux :

 

"Certains pensent que Nicolas Sarkozy a monté à la fin de l’élection présidentielle avec ce type de discours. C’est pas vrai. Il est remonté profondément par sa force vitale exceptionnelle, par son énergie hors du commun, par son caractère de combattant infatigable, par la peur d’une aventure socialiste aussi."

 

Comment François Baroin peut-il clouer Copé au pilori et excuser Nicolas Sarkozy, pourtant passé maître dans l'art de siphonner l'électorat du Front national en empruntant sa sémantique, ses valeurs et des pans de programme ? Une mansuétude suspecte. Et qui prend tout son relief à la fin de l’interview :

 

"Quand on a été au gouvernement et qu’on a appartenu à la majorité dans la période qu’on a traversée, on assume tout et moi, comme Ministre de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de François Fillon, j’assume tout ce qui s’est fait."

 

Puis quand Laurent Delahousse insiste en lui demandant : "Même cette dernière ligne droite qui était peut-être un peu trop droitière selon certains ?", François Baroin semble chercher ses mots, lui d'habitude si sûr de lui, dodelinant la tête, son corps trahissant son embarras, puis finissant par dire : "J’assume tout mais on a été battus."

 

La confidence en est presque troublante. Sans doute parce qu’elle est humaine. Oui François Baroin n’a pas le choix. Et François Fillon non plus. On ne peut renier un gouvernement auquel on a participé de la même manière que l’on ne peut renier une campagne que l’on a soutenue. On se souvient ce qu'il en a coûté au PS quand ses cadres avaient lâché Ségolène Royal après le second tour, certains n'ayant même pas attendu la fin du scrutin.

 

La fidélité avant les principes

 

La fidélité doit l’emporter parfois sur les principes. Et ce même si finalement, François Baroin, par son hésitation, montre à quel point il est difficile de TOUT assumer. Mais renier ce que l'on a soutenu serait très mal venu à un moment où il faut rassembler toutes les forces de droite. Sans ostracisme. 

 

La campagne pour la présidence de l’UMP ne peut se payer le luxe d’être oedipienne : on ne tue pas le père impunément. Alors il faut assumer l’héritage. La tête haute. Même si les joues sont au moins rouges que les fesses meurtries par la défaite.

 

Car François Baroin n’est pas dupe : "mais on a été battu". Comme pour rappeler que la dérive droitière n’a finalement pas triomphé. Comme pour montrer qu’il sera temps, sitôt la tête de la présidence de l'UMP décidée, de fixer d’autres caps et d’enterrer un patrimoine bien encombrant. 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche