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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 09:56

François Bayrou, lors du Conseil national du MoDem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA).

François Bayrou, lors du Conseil national du Modem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA)

 

La rentrée de François Bayrou était très attendue. Alors que l'université de rentrée du Modem se déroulera du 26 au 28 septembre à Guidel, le Président du Modem a tenu à briser le silence, quelques jours auparavant, contrairement à ce qu’il avait laissé entendre en juillet quand il avait expliqué qu’il avait tout dit et qu’il resterait à présent en retrait. La faute à l’UDI et à Jean-Louis Borloo, qui n’en finissent plus de prendre place dans l’univers centriste. À tel point que dimanche, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, François Bayrou le reconnut… quitte à renier ce qu’il pensait il y a quelques mois :

 

"Il y a deux mouvements principaux maintenant du centre : y a cette organisation du centre droit qui est en train de se mettre en place et y a nous qui sommes, qui portons l’idée d’un centre indépendant."

 

François Bayrou, invité du Grand Rendez-vous sur... par mouvementdemocrate

 

Bayrou opère un surprenant revirement

 

Étonnant quand on sait que le président du Modem n’avait eu de cesse, notamment au cours de l’automne dernier avant que le velléitaire Borloo ne renonce à la présidentielle, de répéter à l’envi que le centre ne pouvait être ni de droite, ni de gauche et que l’on ne pouvait être du centre si l’on estimait que l’on ne pouvait travailler qu’avec l’une des deux formations. Et cette pensée revient d’ailleurs à lui telle une fulgurance, sans qu’il ne prenne conscience qu’il se contredisait d’une minute à l’autre : "Si vous dites le centre est d’un côté ou de l’autre, il n’y a plus de centre."

 

Comprenne qui pourra. Car il ne faudrait pas compter sur le silence qu’il s’est imposé dans sa Tour d’Ivoire, tel Alfred de Vigny, pour espérer une quelconque remise en question. Le Béarnais réaffirme qu’il a eu raison, qu’il a dit la vérité, même quand les urnes l’ont contredit et de quelle manière.

 

Argumentant sa conviction à grands coups de citations, qu’il prend tant de soin à choisir, davantage encore qu’à préparer clairement le fond de sa pensée quand il prépare ses discours, à en croire de nombreux proches qui l’ont accompagné de meetings en meetings pendant la présidentielle de 2012 : "Je ne crois pas qu’une défaite signifie une erreur. Pierre Dac disait autrefois : 'c’est pas parce que les gens qui se trompent sont plus nombreux qu’ils ont davantage raison'".

 

Voyez avec quelle fierté, voire avec quelle arrogance penseront certains, François Bayrou refuse de reconnaître ses erreurs. Et il en va au micro d’Europe 1, comme au Conseil national. Tôt ou tard le monde reconnaîtra qu’il avait raison...

 

Et ce, même si son discours de vérité cachait avec tant de mal des insuffisances. Comme par exemple ce "produire en France" qu’il n’entendait mettre en œuvre qu’avec un simple label. Comme ce retour de l’autorité à l’école, avec seulement la fermeté de le dire pour l’imposer. Comme cet arrêt brutal de campagne à partir de mi-février en estimant qu’il fallait attendre que Nicolas Sarkozy entre en campagne alors qu’il chatouillait les 15%...  se privant d’une équité de temps de parole qui lui manqua tant quand chaque seconde furent comptées dans les médias à son retour en meeting.

 

L'obligation de prendre l'UDI en compte

 

A la vérité, ces louvoiements ont une explication rationnelle. François Bayrou ne peut plus faire comme si l’UDI n’existait pas. La confédération voulue notamment par Jean-Louis Borloo, Jean-Christophe Lagarde et Jean Arthuis prend forme à présent et nul ne peut le nier, que l’on soit en accord ou non avec sa stratégie qui s’inscrit clairement dans une alliance à droite.

 

Et ce même si François Bayrou a refusé d’admettre que des cadres du Modem l’avaient quitté. Mauvaise foi quand tu nous tiens : rien que dans le Nord-Pas de Calais, on compte Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur, Olivier Henno, maire de St André, et tous deux membres du bureau exécutif du MoDem, et enfin Frédéric Leturque, maire d'Arras et qui affirme ne pas regretter Bayrou.

 

Toujours est-il que, craignant l’isolement, et refusant de choisir une stratégie claire, alors que de nombreux militants le réclament, ne supportant plus cette obscure clarté qui semble animer le président du MoDem, François Bayrou a décidé de satisfaire tout le monde. En refusant par exemple de trancher les cas de ceux qui ont déclaré vouloir quitter l’UDI alors que le mouvement interdit le double encartage.

 

Mais aussi et surtout, en tendant clairement la main ce dimanche à Jean-Louis Borloo : "Faisons le ensemble. (…) Le centre sera uni quand tout le monde aura sa place sans être renié."

 

La proposition est sibylline, et les militants du MoDem durent réécouter plusieurs fois l’interview pour s’accorder sur la position qui allait être la sienne.

 

Cohabitation des sensibilités centristes : une utopie ?

 

François Bayrou veut bien unir les centres à la condition que toutes les sensibilités puissent cohabiter ensemble. Et qu’ainsi, Jean-Luc Bennahmias continue de se revendiquer de la majorité présidentielle, pendant que Borloo et ses amis, rejoints notamment par Eric Azière, estiment qu’on ne peut faire alliance qu’avec la droite. Tout en ayant Bayrou qui ne préconise aucune alliance.

 

Et enfin avec Olivier Henno qui a voté Hollande, participé à une coalition avec Martine Aubry depuis 2008 dans la Communauté Lilloise, proposant même d’être le candidat de la majorité présidentielle aux législatives de juin dernier, et qui finalement estime qu’il n’a jamais cru à l’indépendance du MoDem au dernier Conseil départemental et que finalement il n’y a qu’à droite que le centre peut travailler et exister.

 

Ce n’est plus l’auberge espagnole. C’est le marché aux puces !


Dans ces conditions, la proposition de François Bayrou a laissé plus d’un militant dubitatif. Ne serait-ce que parce qu’elle a été formulée de manière unilatérale sans aucune concertation de sa base, et ce alors qu’un grand rassemblement aurait pu poser la question de manière sereine quelques jours plus tard.

 

Mais aussi parce que certains élus Modem sont dans des majorités municipales de gauche, comme à Lille, et qu'il leur est invraisemblable de travailler avec ceux qui considèrent le PS comme un opposant systématique. Une vision pavlovienne qui entre en profonde contradiction avec le MoDem qui refuse de déconsidérer un projet sous le fallacieux prétexte qu’il vient du camp d’en face.

 

Enfin et surtout parce que l’UDI abrite des personnalités qui n’ont pas nécessairement des valeurs communes avec le Modem. Comme Edouard Fritch qui, dans  le cadre de l’ouverture du mariage aux homosexuels, a estimé dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale que "le christianisme est devenu une valeur de la société polynésienne” et que "la laïcité n’a pas la même prépondérance que dans l’hexagone”. Comme Jean-Christophe Fromantin qui, lors de l’affaire du Piss Christ, avait estimé sur Itélé que l’on avait pas le droit de blesser les croyants et donc de blasphémer, et qui a affirmé vouloir garder sa liberté de conscience en tant que maire si la loi sur mariage des homosexuels venait à être votée.

 

Et que dire de la participation du CNIP à l’UDI, ou encore de François-Xavier Villain, vice-président de Debout la République en 2009, qui a fait du rejet de l’Europe une pierre d’angle de son programme ?

 

Cette union n’a en réalité qu’un point commun à faire partager : celui du vocable "centre" dont tout le monde se revendique. Et l’on ne construit pas une vision politique autour d’une question de sémantique.

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22 septembre 2012 6 22 /09 /septembre /2012 09:55

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que Marine Le Pen a réussi son retour médiatique. Étonnamment silencieuse depuis sa défaite sur le fil aux législatives à Hénin Beaumont, la présidente du FN avait visiblement tenu à différer la rentrée de son parti, les universités d’été se déroulant trois semaines plus tard que l’an passé. Et force est de constater que ce choix se révéla judicieux car quelle autre actualité pouvait-elle la servir avec autant de générosité ?

 

Tensions autour du film anti-islam, caricatures de "Charlie Hebdo" : autant de délices exquises à se mettre sous la dent pour un parti qui a fait du malaise et de la crise la colonne vertébrale de son discours. Faites peur, il en restera toujours quelque chose.

 

Preuve qu’elle est considérée à présente comme une femme politique comme les autres, elle a accordé au "Monde" un long entretien pour lancer son week-end. Avec aux questions notamment Abel Mestre et Caroline Monnot, auteurs du blog "Droites extrêmes", et auteurs du livre "Le système Le Pen, enquête sur les réseaux du Front National". Précautions ultimes de la part du quotidien pour s’atteler à la tâche.

 

Interdire le voile et la kippa, une vieille idée chez les Le Pen

 

Si le Monde.fr avait décidé de mettre en exergue une phrase choc de Marine Le Pen, "Je mets à la porte tous les intégristes étrangers", c’est davantage deux de ses réponses qui mit en émoi toute la sphère médiatico-politique. A la question "Êtes-vous toujours pour l’interdiction du voile dans l’espace public ? Dans la rue ?", la présidente du FN répondit : "oui, dans les magasins, les transports, la rue". Désireux de la voir préciser sa pensée, les journalistes lui demandèrent si cette interdiction vaudrait pour tous les signes ostentatoires et notamment la kippa. Ce à quoi elle répondit, fermement : "Il est évident que si l’on supprime le voile, on supprime la kippa dans l’espace public".

 

Et voilà comment nous vîmes toute la journée de vendredi rythmé au gimmick : "Marine Le Pen veut interdire le voile et la kippa dans les espaces publics". Etonnante détonation, car, pour qu’une position puisse faire du bruit, il faut qu’elle clive et qu’elle soit nouvelle. Or comme l’indique la formulation de la question ("Êtes-vous toujours pour l’interdiction… "), Marine Le Pen n’a pas changé sa position. Il serait intéressant en d’autres temps de s’intéresser à l’intérêt qu’ont eu certains médias de faire en sorte que cette déclaration puisse faire l’effet d’un choc dans l’opinion si ce n’est à vouloir délibérément la juxtaposer à une actualité brulante et vouloir, eux-mêmes créer un buzz.

 

Marine Le Pen, gardienne de la laïcité ? Loin de là !

 

Toujours est-il que Marine Le Pen est apparue, telle qu’on la vit un jour de janvier 2011, quand son père lui transmit le flambeau : désireuse, en apparence, de liquider l’héritage "catho-tradi-intégriste" que Jean-Marie Le Pen s’était efforcé de fédérer notamment autour de la personnalité de Bernard Anthony, la nouvelle tête du FN a revêti les oripeaux de la très républicaine laïcité, bien loin des tentations royalistes des intégristes d’antan.

 

Mais bien naïf est celui qui oserait croire que Marine Le Pen est devenue en l’espace de quelques mois la seule gardienne de notre laïcité. Elisabeth Badinter en avait fait les frais dans une déclaration maladroite où elle voulait simplement dire qu’il était inconcevable en France que seule Marine Le Pen osait traiter la question, faisant d’elle la seule à parler de laïcité. Des lettres de noblesse dont s’était enorgueilli la présidente du FN, poussant Elisabeth Badinter à rectifier le tir. Au grand désespoir de celle qui s’était crue anoblie.

 

Marine Le Pen, toujours en croisade contre l'islam

 

Car la laïcité de Marine Le Pen n’a rien de la laïcité républicaine, à la fois ferme sur ses principes mais généreuse envers la liberté de culte. La sienne se construit dans l’ostracisme avec dans le rôle du bouc émissaire, l’islam. Une véritable croisade contre une religion, et une seule, ce qui suffit à se réconcilier avec sa propre branche catho-intégriste, qui peut lui pardonner de la sorte, des élans un peu trop républicains à son goût et ses indulgence envers l’avortement que le FN ne veut plus abroger (seulement dérembourser… rien que cela !).

 

Revenant sur son soutien à "Charlie Hebdo" et sur le droit fondamental de pouvoir blasphémer, et rappelant que la liberté d’expression s’arrête là où elle entre dans le débat, comme nousl’expliquons par ailleurs, Marine Le Pen glisse un indice précieux dans le décryptage du double discours :

 

"Ce que je trouve étonnant, c'est l'indignation à géométrie variable de la classe politique. Nous sommes dans un pays où 95 % des profanations concernent des lieux de culte ou des tombes catholiques et il n'y a pas une ligne, pas un communiqué d'un ministre. Et dès qu'il y a une profanation d'une mosquée ou d'un carré musulman, immédiatement, il faut faire le communiqué.”

 

Le deux poids deux mesures entre l’islam et le catholicisme. La plainte éternelle selon laquelle le traitement n’est pas le même et que l’islam serait une religion protégée en France. C’est en substance ce que répètent à l’envi les intégristes catholiques comme Civitas qui, par exemple, cet été, citait le Salon Beige, un autre site “spécialisé” qui commentait un article du "Hérald Sun" relatant qu’un parlementaire israëlien avait déchiré une copie du Nouveau Testament, qualifiant l’ouvrage de "méprisable" :

 

"Quand un Coran est "profané", l'indignation est générale. Attendons de voir ce qui se passe quand un député déchire publiquement un Nouveau Testament..."

 

Elle fait de la religion une identité

 

Dans la même série, Marine Le Pen estime qu’il faut "éviter que la religion devienne une identité, une nationalité". Étonnante déclaration quand on sait que dans son parti, l’on ne fait pas toujours la différence. A l’image de Stéphane Ravier, membre du bureau politique du FN, conseiller régional de PACA et qui a, lui aussi, échoué sur le fil au second tour des législatives en juin dernier et qui encourageait en août 2010 tous les Français à fêter l’assomption en déclarant dans un communiqué (notons que le communiqué original a été radié du site comme tout ce qui précède 2012, histoire de faire le ménage. Malheureusement pour le FN, l'affaire nous avait déjà intrigué à l’époque) :

 

"En cette sombre période de repentance obligatoire, de dénigrement de notre Histoire, d’encouragement au communautarisme source de racisme anti-français, de rejet de notre identité nationale, de négation de nos racines chrétiennes au profit d’un islamisme conquérant conséquence d’une immigration massive […] Stéphane Ravier […] souhaite à tous les patriotes, à tous les nationaux, à tous les catholiques, à toutes celles et ceux qui ont la France au cœur et aux tripes, un 15 août de fierté nationale !"

 

Et l’élu nationaliste de conclure : “Que cette journée, symbole de Grandeur et de Spiritualité, soit une journée de fête et de joies pour tous nos compatriotes attachés à leur culture, à leurs traditions, à leur identité, à leur fierté d’être Français !"

 

Le 15 août célébrant la Vierge Marie rattaché à le fierté d’être Français ? Notre identité nationale synonyme de racines chrétiennes en opposition à islamisme conquérant et une immigration massive ? Il n’est pas bien sûr que ce type de déclaration soit en adéquation avec la volonté de Marine Le Pen d’éviter que la religion devienne une nationalité.

 

Enfin, pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, Marine Le Pen a tenu à préciser concernant la situation syrienne et l’éventuel départ de Bachar El-Assad  : "Si sa sortie n'est pas négociée avec son remplacement par quelqu'un issu de la même minorité, sa minorité sera massacrée et les chrétiens seront massacrés." On le voit, la laïcité selon Marine Le Pen se décline au son du choc des civilisations, chrétiens vs musulmans.

 

Mais au-delà de ce deux poids deux mesures qu’elle semble dénoncer, non pour son existence, mais dans l’interprétation qu’elle en donne, à savoir que le christianisme s’en retrouve lésé, Marine Le Pen a tenu à rappeler un des points qu’elle semble mettre au cœur de sa vision laïque  : "Je ferai inscrire dans la Constitution que ‘La République ne reconnaît aucune communauté". Proposition présente dans son programme présidentielle et qui fleure bon la vacuité : la Constitution reconnait déjà que la Nation est une et indivisible, ce qui rend parfaitement artificiel et vain cet amendement.

 

Une prise de risque limitée

 

En revanche, il semblerait qu’elle ait changé sur un point : alors qu’elle avait annoncé dans le même chapitre de son programme présidentiel qu’elle mettrait fin aux baux emphytéotiques accordés pour édifier des lieux de cultes (sachant que c’est essentiellement la religion catholique qui en bénéficie et non l’islam comme elle semblait le prétendre alors…) et qu’elle interdirait les financements étrangers de ces mêmes lieux, elle explique à présent :

 

"Je veux bien qu'un Etat finance une mosquée dans notre pays s'il n'interdit pas sur son territoire le financement des églises ou de n'importe quel autre culte."

 

On le voit, la part de risque, chez Marine Le Pen, est on ne peut plus limitée et se résume à ce crédo : "une mosquée contre une église". Quand on vous le disait que la croisade était engagée…

 

Enfin, la présidente du FN renoue avec ses obsessions, et l’on en revient à la déclaration "choc" que les journalistes du "Monde" avaient tenu à mettre en exergue : "Je mets à la porte tous les intégristes étrangers." Et nous de lui demander : “Parce que tous les intégristes sont étrangers ?” A la lire et à voir tous ceux qui gravitent autour du FN de Bruno Gollnisch toujours prompt àfréquenter St Nicolas du Chardonnet et à défendre les “tradi-crypto intégristes” à Louis Aliot, son compagnon, qui invitait, en janvier 2011, les adhérents du FN à participer à la marche pour la Vie, qui chaque année, milite pour l’abrogation du droit à l’avortement, il n’est pas bien sûr que l’équation se vérifie. Immanquablement.

 

Alors, Marine Le Pen chantre exclusif de la laïcité ou Tartuffe au pays des laïques ? Cachez ce saint que je ne saurais voir...

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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 09:54

Marine Le Pen au siège du Front national, le 14 septembre 2012 (A.ANTONIOL/SIPA)

Marine Le Pen au siège du Front national, le 14 septembre 2012 (A.ANTONIOL/SIPA)

 

Marine le Pen n’en est plus à une contradiction près. Mercredi, sur France 2, la présidente du FN s’est fait un honneur de défendre Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures de Mahomet et à se poser en défenseur de la liberté d’expression :

 

"Nous avons des principes en France, nous avons des lois, nous avons des valeurs, et la première d'entre elles, c'est la liberté d'expression", a-t-elle expliqué. "Ces principes-là ne sont pas négociables."

 

Puis, elle a ajouté qu'elle pensait "la même chose lorsque les caricatures touchent les catholiques par exemple, ce qui est tout de même assez traditionnel dans 'Charlie Hebdo'. Là, en général, (...) la classe politique ne s'en émeut pas beaucoup".(…) "Quoi qu'il en soit, même si c'est une provocation, en France c'est autorisé."

 

Marine Le Pen invitée des "4 vérités" sur France 2 (YOUTUBE/FRANCE 2)

 

L’on passera sur la suspicion de double discours dans le reproche, à peine voilé, de l’absence de réaction quand la religion catholique est caricaturée, pour au passage se faire pardonner vis-à-vis de son aile "tradi-intégriste" d’avoir à dire qu’elle pensait la même chose les concernant. Comme souvent, chacun trouvera matière à se rassurer (ou à s’émouvoir) dans sa déclaration. Le discours du FN est aussi hétéroclite que ne l’est la composition de ses adhérents : une auberge espagnole qui abrite tout et son contraire.  

 

La belle histoire d'amour entre Marine et Charlie

 

Mais il est tout de même drôle de relire ses propos à l’aune de la récente histoire entre Marine Le Pen et l’hebdomadaire satirique, et ce, sans avoir à remonter à Mathusalem.

 

En janvier dernier, Charlie Hebdo avait décidé de réinventer les affiches des présidentielles, et celle de Marine Le Pen la voyait représentée en étron fumant. Fulminante fut la réaction de Marine Le Pen surtout que Laurent Ruquier, qui avait déjà eu quelques soucis en termes de caricatures avec la présidente du FN quelques semaines auparavant, avait décidé de l’exhiber dans son stand-up liminaire de son émission "On n’est pas couché" le 7 janvier dernier. Et, étrangement, Marine Le Pen, à l’époque, n’avait pas semblé si sensible à la liberté d’expression, puisqu’elle avait décidé tout simplement… de porter plainte, contre Charlie et France 2 par là même occasion.

 

Accrochage entre Marine Le Pen et Laurent Ruquier dans "On n'est pas couché" (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Une fâcheuse habitude pour le FN, qui tente par tous les moyens de faire interdire, tout ce qui ose le dépeindre avec un autre pinceau que celui qu’il entend imposer. Ainsi, en décembre 2011, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen avait tout tenté pour faire interdire la diffusion d’un reportage sur France 2, réalisé par Fiammetta Venner et Caroline Fourest… Les mêmes qui avaient commis un livre sur la présidente du FN et qui s’est terminé à la barre de la 17ème chambre correctionnelle de Paris, les témoins convoqués révélant même que les auteurs avaient été assez indulgentes dans leur réquisitoire biographique.

 

À la vérité, le FN et Marine Le Pen sont devenus des "serial-plaignants", afin de mettre la pression sur tous ceux qui oseraient écrire sur le parti. Une sorte de pression invisible qui inciterait fortement à l’autocensure au mépris de la démocratie, que décrit Richard Malka, qui avait défendu "Charlie Hebdo" dans l’affaire des caricatures de 2007, et qui explique qu’en engageant "une avalanche de procédures" en diffamation, les dirigeants du FN essaient d’ "autocensurer la presse". Bien loin des principes énoncés par Marine Le Pen sur France 2, mercredi soir.

 

Personne n’est dupe du soutien à "Charlie Hebdo" sur l’histoire des caricatures de Mahomet, comme ce fut déjà le cas lors du "Charia Hebdo" d’ailleurs. La réalité, c’est que Marine Le Pen y voit le moyen de promouvoir sa croisade contre l’islam. Des prières de rues au Halal, en passant par les Mohamed Merah qui s’ignoreraient dans les bateaux qui déferleraient chaque jour en France, la rhétorique est bien connue et vise à ostraciser une religion et ses croyants.

 

Tout ce que récuse "Charlie Hebdo", n’en déplaise à ceux qui continuent de prétendre le contraire. Car c’est bien l’intégrisme que combat l’Hebdo. Pas le FN, qui profite du moindre incident pour distiller tous les amalgames possibles.

 

Le soutien du FN prouve-t-il que "Charlie" s'est trompé ?

 

Faut-il alors se demander, comme certains l’avaient l’an passé, si "Charlie Hebdo" ne joue pas un jeu dangereux en laissant la possibilité à d’autre idéologues de s’emparer de leur discours tout en en  prostituant l’essence même ? En d’autres termes, n’est-il pas gênant que les pourfendeurs de la liberté d’expression quand ils en sont l’objet, et ceux qui mènent une croisade contre l’islam en général, puissent se retrouver dans des dessins qui, bien au contraire, tentent de séparer l’ivraie du bon grain ? Rappelant le fameux adage de Pierre Desproges selon lequel "on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui".

 

Il ne faudrait pourtant pas inverser les rôles. Ce n’est pas parce que certains instrumentalisent un discours qu’il faut se censurer. Bien au contraire. Ce serait faire leur jeu. Car n’oublions pas que ceux qui mènent une croisade anti-islam et les intégristes empruntent une voie commune : celle du désir profond du choc des civilisations. Quand, bien au contraire, il faut faire preuve de pédagogie pour éteindre les peurs absurdes et désamorcer les amalgames douloureux et injustes pour ceux qui veulent vivre en paix leur foi.

 

Ce n’est pas dans la censure et le non-dit que l’intégrisme disparaîtra puisque sa technique est connue : c’est en voulant se dissimuler dans la masse qu’il compte devenir puissant et influent. Même si la mise en lumière comporte des risques.

 

On ne peut empêcher Marine Le Pen d’être solidaire. Tout juste faut-il ne pas être dupe de ses obscures et funestes desseins, et expliquer, encore et toujours, que l’habit ne fait pas le moine.

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 09:52

Une du 19 septembre 2012 du journal satirique Charlie Hebdo (CHARLIE HEBDO/AFP).

Une du 19 septembre 2012 du journal satirique Charlie Hebdo (CHARLIE HEBDO/AFP).

 

Les caricatures de "Charlie Hebdo" sont devenues "l’affaire Charlie". La troisième du genre. Provocation gratuite, "beaufisme", fixation sur l’islam… Comme d’habitude, tout aura été entendu à tort et à travers en fonction des lubies des uns ou des intérêts des autres. Triste litanie qui, bien évidemment, respecte la liberté d’expression, mais qui ajoute dans l’élan qu’il valait mieux éviter le forfait.

 

Tout le monde a son mot à dire. Même ceux à qui l’on a rien demandé comme le gouvernement qui est censé garantir les principes républicains et qui s’est tout simplement ridiculisé entre un Ayrault et un Fabius qui ont déploré pour l’un et condamné pour l’autre les caricatures de Mahomet. Au pays de la liberté d’expression, de la presse et des Lumières, l’on croit rêver. Sans parler de la Maison Blanche, qui a fait preuve d’une ingérence inacceptable…

 

Bref, il valait mieux être sourd en ce jour de la parution du numéro qui, fort de son succès, sera retiré pour vendredi. Rassurant à l’heure où l’on aurait pu croire, à lire certains, que la censure, ou pire, l’autocensure devait être la solution.

 

 

Dans tout ce raffut, s’il y a bien des voix qui sont légitimes à entendre et à analyser, ce sont bien celles des musulmans. Le problème, c’est que celles-ci se sont résumées à la position des instances qui s’autoproclament représentatives. Les soi-disant messagers des croyants et d’Allah.  Et pour le grand malheur des musulmans de France, la plus effroyable caricature n’était sans doute pas dans les pages de l’hebdo tant décrié.

 

Pour commencer, l’on aura noté que, dès mardi soir, Dalil Boubakeur, l’UOIF et le CFCM s’étaient exprimés sans, probablement, avoir vu aucune de ces caricatures. La déclaration la plus symptomatique reste celle de l’UOIF, qui dans son communiqué, n’a pas hésité à affirmer :

 

"Nous apprenons que l’hebdomadaire 'Charlie Hebdo' s’apprête à publier, demain mercredi 19 septembre, des caricatures blessantes du Prophète de l’islam.”

 

Des caricatures légales, autorisées et protégées

 

Et pourtant, à ce moment précis, le journal n’était pas sorti en kiosque et les auteurs n’avaient pas eu l’idée d’en envoyer un exemplaire aux principaux concernés. Étonnant de voir que ces caricatures étaient qualifiées de “blessantes”, alors même qu’elles n’avaient pas été publiées. La réalité, c’est qu’elles n’ont pas eu besoin d’être blessantes. Pour l’islam, pour les musulmans, la représentation de Mahomet est interdite. Elle est donc de facto intolérable… pour le croyant.

 

Pour autant, elles sont légales, autorisées et protégées en France. À moins de ne vouloir faire croire que les lois religieuses sont au-dessus des lois républicaines.

 

D’ailleurs, l’on remarquera que l’UOIF, dans son communiqué semble donner sa propre définition de la liberté d’expression, à laquelle ses dirigeants se disent attachés, en dehors de toute réalité républicaine :

 

“L’UOIF réaffirme son attachement à la liberté d’expression, mais rappelle que l’usage de la liberté exige aussi un sens de la responsabilité qui exclut l’amalgame, le dénigrement et la diffamation.”

 

Pour sa part, Dalil Boubakeur est allé beaucoup plus loin. Trop loin. Évoquant la précédente affaire des caricatures de 2007, durant laquelle il avait, au nom de la Grande Mosquée de Paris, porté plainte, dans un procès qui donnera naissance à un film, il a clairement regretté le jugement rendu, qui le déboutait :

 

“Mais, je regrette que l’incitation à la haine religieuse ne soit pas réprimée par la loi comme l’est l’incitation à la haine raciale. Nous avions fait appel au Tribunal d’instance de Paris, après les caricatures qu’avait publiées 'Charlie Hebdo' en 2006, mais notre plainte n’avait pas été retenue.”

 

La République ne s'inclinera pas devant la loi religieuse

 

Car ce que dit Dalil Boubakeur, c’est qu’il regrette qu’un délit de blasphème ne soit pas sanctionné en France. Outre le fait que toutes les plaintes qui seront faites en 2012 envers "Charlie" ont toutes les chances d’aboutir au même jugement qu’en 2007, comment peut-on prétendre lutter contre l’intégrisme et interdire tout recul critique de l’islam ?

 

En promulguant une telle loi, à savoir l’interdiction de dire du mal de la religion pour n’offenser personne, le droit français offrirait un tapis rouge à tous ceux qui rêvent de voir les lois de la République s’abaisser devant la loi religieuse. Et comment décider de ce qui relève de la religion de l’instrumentalisation de cette dernière, quand, dans l’islam, il n’existe pas de clergé ? Qu’est-ce qui empêchera d’interdire toute critique d’un dogme que d’aucuns auront décrété religieux ?

 

La France a dû attendre la Révolution française, puis la loi de 1905, pour s’affranchir de l’étau de l’Église. Ce fut une longue et difficile voie vers une République enfin débarrassée de toute pression. Qui ne voit comment les nouvelles démocraties arabes souffrent et risquent de mourir de ne pas avoir été sécularisées avant d’avoir connu la démocratie ? L’histoire de l’Iran, si brillamment dessinée par Marjane Satrapi, coupable donc elle aussi d’avoir dessiné Dieu dans "Persepolis", ne nous aura-t-elle rien appris ?

 

Amis musulmans, ignorez ces dessins

 

Mais, au-delà de ce délit de blasphème que certains tentent de rétablir en France, il est tout de même surprenant de voir les instances représentatives de l’islam, certes appeler au calme, mais charger tellement ces caricatures, que finalement si peu de musulmans verront un jour, qu’il convient de se demander s’il n’aurait pas été plus productif de les ignorer.

 

La réalité c’est que les musulmans de France, tout comme les chrétiens, les juifs, ou tout autre citoyen ont trois possibilités lorsqu’ils se sentent offensés : le mépris par l’ignorance, le recours à la justice ou encore la riposte proportionnelle si elle est légale.

 

Comment ne pas proposer aux musulmans de France de suivre à la lettre les recommandations d'Honoré, dessinateur à Charlie en 2007, qui préconisaient à ceux qui se sentaient souillés des conseils pétris de sagesse : “La réponse devrait être du même acabit. C’est-à-dire que Monsieur Boubakeur devrait apprendre à dessiner et faire des caricatures sur les athées qui nous feraient rire.” (à 17’54 dans la vidéo)

 


C'est dur d'être aimé par des cons 5 par hystsampeace

 

Les musulmans ne doivent pas se sentir persécutés. L’histoire de "Charlie Hebdo" montre que toutes les religions ont subi ses railleries. Et la religion catholique plus que les autres. Et c’est en exhibant les unes les plus abominables à son encontre que Maître Richard Malka avait fini par convaincre la justice de relaxer l’hebdo en 2007.

 

Ils ne doivent pourtant pas être dupes du climat qui pèse sur leurs épaules. Pour autant, la République et ses valeurs libérales ne doivent pas être un obstacle. Bien au contraire. La République protège la foi. Plus que tout autre. Mais elle protège de la même manière ceux qui ne croient pas. Libre à chacun d’entendre, de lire ou de voir ce qu’il souhaite. Sans contraindre. Personne n’est obligé de lire "Charlie Hebdo".

 

Aussi, en quoi la foi des uns peut être affectée par les dessins des autres ?

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 09:52

Une du 19 septembre 2012 du journal satirique "Charlie Hebdo" (CHARLIE HEBDO/AFP).

 

"Charlie Hebdo" a donc encore frappé. Alors que l’actualité s’embrase autour de l’islam et d’un non-film anti-musulman monté au détriment de ses acteurs, l’hebdomadaire a décidé de mettre les pieds dans le plat. Après tout, quand on voit que même Véronique Genest a décidé d’apporter ses lumières (sic) au débat, on se dit que "Charlie" a toute légitimité sur la question. Ainsi, ce mercredi, sa une montre un musulman et un juif, dans un remake d'"Intouchables 2", qui proclament à travers le phylactère : "Faut pas se moquer."

 

Grimer Mahomet

 

En guise de teasing, sur son mur Facebook, l’hebdo avait tenu à préciser :

 

"Pour calmer le jeu après le film 'Innocence of muslims', 'Charlie' annonce avant tout le monde la sortie d''Intouchables 2' ! Également dans le journal, les paradis fiscaux de Bernard Arnault, les religieux qui s'engagent pour le mariage homo, et la presse lèche-cul qui remplace la presse d'opinion. Dès demain en kiosques !"

 

Comme cela fut le cas il y a près d'un an pour la sortie de "Charia Hebdo", qui aboutit malheureusement à un attentat sordideles réactions ne se sont pas fait attendre avant même qu'on ait pu apercevoir l’objet du délit. Car ce n’est pas tant la une qui fait trembler que la quatrième, sur laquelle les caricaturistes ont décidé de grimer Mahomet. Une fois de plus.

 

Comme en 2006, lors de la fameuse affaire dite des caricatures danoises. Et, comme en 2011, pour "Charia Hebdo" :

 

"Charia Hebdo", une de "Charlie Hebdo" du 2 novembre 2011 (CHARLIE HEBDO/SIPA).

 

Double discours

 

Les instances représentatives du monde musulman en France n’ont, comme souvent, même pas attendu de voir les caricatures pour monter imprudemment au minaret. Si le CFCM et la Grande mosquée de Paris appellent à la retenue auprès des musulmans de France, les deux condamnent sans ambiguïté "Charlie Hebdo", oscillant entre le double discours et la clarté obscurantiste.

 

Pour le double discours, nous appelons à la barre Mohammed Moussaoui, président du Conseil du culte musulman :

 

"Le CFCM condamne avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des musulmans.

 

Le CFCM exprime sa profonde inquiétude face à cet acte irresponsable qui, dans un contexte très tendu, risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables.

 

Le CFCM, profondément attaché à la liberté d’expression, considère que rien ne peut justifier l’insulte et l’incitation à la haine.

 

Le CFCM lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation et les exhorte à exprimer leur indignation dans la sérénité par des moyens légaux."

 

Si Moussaoui appelle les musulmans de France à réagir dans la dignité, comment ne pas voir dans la condamnation exprimée l’huile sur le feu que lui-même semble voir dans la mine des caricaturistes – "islamophobe", "offenser délibérément", "acte irresponsable" et surtout "risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables" ? À se demander si cette projection relève véritablement de la crainte…

 

D’autant que la suite est à ce point paradoxale qu’elle en dissimule un mensonge : comment peut-il être défenseur de la liberté d’expression tout en expliquant que des caricatures, qu’il n’a même pas vues, relèvent de l’incitation à la haine, sinon à vouloir rétablir le délit blasphème, abrogé après la Révolution française (à l’exception notable de l’Alsace-Moselle) ?

 

Hérésie républicaine

 

Dalil Boubakeur ne s’embarrasse pas de pareilles précautions. Pas de double discours chez lui : ilreproche même à la justice de ne pas avoir fait son travail en 2006, estimant que le blasphème devait être condamné en France – ce qui a le mérite d’être clair :

 

"Je regrette que l’incitation à la haine religieuse ne soit pas réprimée par la loi comme l’est l’incitation à la haine raciale. Nous avions fait appel au tribunal d’instance de Paris, après les caricatures qu’avait publiées 'Charlie Hebdo' en 2006, mais notre plainte n’avait pas été retenue."

 

Le recteur de la Grande mosquée estime qu’un tel interdit "pouvait donner un coup de frein à l’exacerbation que risque de provoquer la publication de nouvelles caricatures, après la diffusion de la vidéo sur le prophète qui est à l’origine de l’indignation générale du monde musulman".

 

Non content de rêver, nostalgique, de vivre dans une France où le blasphème serait puni par la loi, Dalil Boubakeur ajoute en outre l’amalgame à son hérésie républicaine : comment peut-on mettre sur le même plan un film clairement raciste, sans aucune qualité artistique, qui a manipulé les acteurs, à des fins clairement idéologiques, et des caricatures qui tentent simplement, dans le sillon d’une loi qui garantit la liberté d’expression, n’en déplaisent aux bigots, de dire que l’on peut critiquer les religions ?

 

Le blasphème est un droit

 

La réalité, c'est qu'en France, dans notre République, et il n'y a aucune raison que cela change, le blasphème est un droit. Je dirais même plus que, face à la connerie des intégristes qui veulent museler tout rapport critique avec la religion, il est un devoir.

 

Aussi, les interventions de Jean-Marc Ayrault et de Laurent Fabius sur la question, avant même la publication du numéro de "Charlie", sont tout proprement indignes de notre République.

 

Si le Premier Ministre a tenu à manifester sa "désapprobation face à tout excès, dans le contexte actuel", le ministre des Affaires étrangères, en visite au Caire, s'est dit pour sa part "contre toute provocation, surtout dans une période aussi sensible que celle-là". Sur i>Télé, il est même allé plus loin en n'hésitant pas à dire : "Je la condamne."

 

Mais de quel droit le gouvernement s'offusque-t-il de la pleine jouissance de la liberté d'expression et de la presse en France ? Quel scandale !

 

Ces réactions rappellent en substance la position inacceptable qu'avait eue Jacques Chirac en son temps, quand "Charlie" avait publié les caricatures danoises, affirmant :

 

"Les provocations manifestes susceptibles d'attiser dangereusement les passions. Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité."

 

Très laïque, ce Monsieur Chirac, qui avait déjà fêté en grande pompe en 1996 la très laïque elle aussi célébration des 1500 ans du baptême de Clovis.

 

Différence entre caricatures et intégrisme

 

Quoi qu'il en soit, on ne peut pas accuser "Charlie Hebdo" de s'acharner sur l'islam, lui qui brocarde depuis des décennies les chrétiens, et qui, encore ce mercredi, met juifs et musulmans dans le même panier.

 

Mais alors, pourquoi répéter à l’envi ce que d’aucuns qualifient de provocation ? Parce qu’il y en a marre de voir des fous de dieu instrumentaliser des religions qui prétendent que l’amour du prochain et l’altruisme les guident. Il y en a marre de voir des croyants, pacifiques et laïques, se faire discréditer par une minorité d’abrutis qui n’ont rien d’autre à faire qu’à influencer sur la vie des autres. Il y en a marre de voir qu’à un film pourri qui ne répond même pas aux critères artistiques de la TNT (c’est dire) et à des dessins, on riposte par la violence, des attentats et des meurtres.

 

La grande différence entre les conséquences de l’intégrisme, qu’il soit catholique, musulman ou juif, et des caricatures, c’est que ces dernières peuvent se gommer. Pas les délits ou les crimes perpétrés indûment au nom de la religion.

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 09:51

Caroline Fourest, lors du tournage de l'émission

Caroline Fourest, lors du tournage de l'émission "Café Picouly" sur France 5, Paris, le 19 avril 2010 (BALTEL/SIPA).

 

Le spectacle déplorable de samedi n’avait donc pas suffi. L'"inopportunément" dénommée association les "Indivisibles" a tenu à ajouter la justification à l’indignité. Non contents de prostituer les propos et les analyses de Caroline Fourest, au nom d’une idéologie qui n’a rien d’anti-raciste, comme ils s’autoproclament avec imposture, ils ont même tenu à devenir la preuve vivante de leur combat, l’incarnation même des opprimés à qui l’on veut faire du mal et que l’on muselle… Qu’il est ironique de voir que ceux qui crient à la liberté d’expression sont des censeurs qui ne s’ignorent même pas.

 

Tout a été dit sur les événements de samedi. Les "Indivisibles" ont tenu à manifester leur mécontentement de voir Caroline Fourest invitée à débattre sur le Front national à la Fête de l’Huma. Les avides d’objectivité auront eu le récit de l’essayiste, celui des organisateurs des Y’a bon Awards, ou encore les faits relatés par les journalistes. Largement de quoi se faire une idée précise.

 

Et surtout de voir à quel point les "Indivisibles", dans un climat on ne peut plus lourd, avec des manifestations illégales contre un film de série Z anti-islam qui se déroulaient conjointement, n’auront finalement contribué qu’à donner ses lettres de noblesse à l’extrémisme vert. Pour des militants qui prétendent combattre le racisme, le paradoxe mérite quelques éclaircissements.

 

Quand les "Indivisibles" décrètent qui il convient d'inviter

 

Tout d'abord, il est intéressant de voir les raisons qui ont motivé les militants de l'association à intervenir en pleine fête de l'Huma : ils récusaient l'invitation faite à Caroline Fourest par les organisateurs pour répondre à la question "Comment faire face au FN ?".

 

Pour justifier leur position, Bader Lejmi et Myrto S. se réfugient derrière un appel qu'"une trentaine de militants antiracistes avait rédigé". Nous remarquerons d'ailleurs que ce dernier, relayé notamment par le site oumma.com, est co-signé par l'un des deux rédacteurs de l'article "justificatif" du Plus. De la même manière qu'ils justifient leur sentiment à l'égard de Caroline Fourest à l'aune d'un CV dont ils ne citent qu'un prix aux Y'a Bon Awards... qu'ils ont eux-mêmes décerné ! On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

 

Ainsi, sur un ton péremptoire, les "Indivisibles" décrètent qui il convient d'inviter, comme Dieu sur terre : "N'y a-t-il pas autrement plus compétent que Caroline Fourest pour établir une stratégie de lutte contre le Front national ?" Et nous de leur demander : mais au nom de quoi et surtout à l'aune de quelle légitimité pouvez-vous remettre en cause celle de Caroline Fourest d'intervenir dans un débat sur un thème sur lequel elle a travaillé dans plusieurs de ses essais ? Pouvez-vous vous targuer de pareil travail ? Qui êtes-vous pour décider que "vos" essayistes sont de qualité et de pédagogie supérieures au point de vouloir bouleverser un programme dont vous n'êtes pas le concepteur ?

 

Islamophobie dévoilée au grand jour

 

Alors pourquoi tant de haine, demandai-je, déjà, il y a plus d'un an ? Le procès fait à Caroline Fourest est radoté à l'envi par tous ses détracteurs, Pascal Boniface en ayant fait un chapitre entier dans "Les Intellectuels faussaires", un livre dans lequel il a réussi l'exploit d'accuser ses victimes deses propres maux. Le directeur de l'Iris accuse en effet la co-fondatrice de "Prochoix" d'être islamophobe.

 

Lui qui est d'ailleurs devenu le héraut de ceux qui ne supportent plus la présence médiatique de l'essayiste, l'omniprésence, précisent-ils, est cité aussi bien par les signataires de la lettre qui s'indignaient de son invitation à la Fête de l'Huma que par Marine Le Pen pour contourner une question dérangeante. Et quelle question, puisque Caroline Fourest demandait à la présidente du FN :

 

"Quand des Français de culture musulmane s'engagent pour servir l'armée française, qu'est-ce qui vous permet de dire qu'ils sont de mauvaise qualité ?"

 


Marine Le Pen esquive (à 1'55) par snoopyves1

 

On le voit, l'"islamophobie" est ici dévoilée au grand jour... Encore faudrait-il préciser qui place-t-on dans le rôle du raciste.

 

Qui a lu les livres de Caroline Fourest ?

 

Seulement, Caroline Fourest a beau expliquer, faire preuve de pédagogie, et surtout écrire des essais, qui, parmi ses détracteurs, a lu ses livres ? Qui ? Tout juste se contentent-ils de citer, avec un contexte qu'ils modifient sans gêne, des extraits de chroniques mal digérées, et surtout mal lues, pour justifier par exemple leur "Y'a Bon Award".

 

Caroline Fourest serait "islamophobe" ? Sans doute faudrait-il commencer par arrêter d'utiliser ce terme à tort et à travers, surtout quand on sait qu'il fut créé par les mollahs iraniens pour empêcher toute critique de l'islam. Il ne faut pas s'étonner ensuite, comme Bader Lejmi et Myrto S, que la majorité des militants de gauche de la Fête de l'Huma, qui ne partagent pas les lubies des "Indivisibles", les soupçonnent d'être "pour l'instauration d'un délit de blasphème".

 

Mais au-delà de cette imprécision, qui n'est pas que sémantique tant l'expression est devenue un fourre-tout qui tente d'empêcher de différencier islam et islamisme, revenons-en à l'accusation elle-même. Islamophobe donc Caroline Fourest ? Raciste donc, puisqu'elle est devenue, à en croire les "Indivisibles", une source d'inspiration de Marine Le Pen, ce que l'on découvre en lisant la lettre signée notamment par Bader Lejmi ?

 

Comment, à ce point, feindre d’ignorer la position toujours précise et les précautions que Caroline Fourest multiplie quand elle traite d’un sujet lourd, l’intégrisme, en le différenciant cliniquement de la religion elle-même, à moins de ne pas l’avoir lue tout simplement ? À Taslima Nasreen qui lui demandait, dans "Libres de le dire", ce qu’elle entendait par intégrisme, Caroline Fourest répondit :

 

"J’entends par là ceux qui instrumentalisent la religion à des fins politiques liberticides."

 

Où est l’islam dans cette définition ? Où est l’essence même de la religion ? Ce n’est pas la religion qu’elle combat mais son utilisation frelatée.

 

On a connu plus grande preuve d'islamophobie obsessionnelle

 

Caroline Fourest ne s’oppose pas à l’islam. Ni même au christianisme. Ou au judaïsme. Elle s’en prend aux intégristes. En témoigne son livre "Tirs croisés", qui s’attaque aux intégrismes des trois religions monothéistes. Livre dans lequel, elle disait d’ailleurs :

 

"Au risque de décevoir ceux qui voudraient croire à une barbarie propre à l’islam, le Coran n’est pour rien dans le retard démocratique et séculier des pays musulmans."

 

On a connu plus grande preuve d’islamophobie obsessionnelle. La même qui la pousse à défendre l'imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, ou à condamner le débat-procès de Sarkozy sur l'islam.

 

Mais il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, comme elle le confiait toujours à Taslima Nasreen :

 

"Les gens se demandent si vous n’êtes pas un peu obsédé par l’islam. Ils n’arrivent pas à comprendre que ce n’est pas nous qui inventons l’actualité. Ce n’est pas nous qu’il faut blâmer si un fou se croit obligé de commettre une folie chaque jour au nom de l’islam. Il y a des fois où je me surprends à résister, à chercher par tous les moyens une actualité impliquant un fou chrétien ou juif, juste pour varier un peu."

 

Les "Indivisibles" ne sont pas une association anti-racisme

 

"Les Indivisibles" seraient-il assez fous pour tenir leur raisonnement jusqu’au bout en ajoutant que son livre "Les Nouveaux soldats du Vatican", son reportage sur Canal Plus "Des petits soldats contre l’avortement", ou son portrait sans concession de Christine Boutin font d’elle une cathophobe ? Ou une christianophobe ? Et son traitement sans concession de la politique d’Israëlune antisémite ?

 

À ce titre, le fait d’avoir cité une association juive comme faisant partie de ceux qui contestaient la venue de Caroline Fourest ne doit duper personne : l’appel de l'"Union Juive Française pour la Paix" reproche à l’essayiste son islamophobie seulement et la charte de cette union juive précise qu’elle est… antisioniste et contre l’occupation par Israël des territoires palestiniens.

 

Parce qu'en réalité les "Indivisibles" ne sont pas une association anti-racisme. C'est une association "islamophile exclusive" qui s'oppose à tous ceux qui osent critiquer tout ce qui ressemble de près ou de loin à l'islam. Peu importe si la contrefaçon se mêle à l'authentique. Pour eux, tous ceux qui font référence à l'islam sont musulmans et cette seule marque suffit à les rendre légitimes. Et peu importe si certains d'entre eux, même s'ils sont une minorité, contribuent à alimenter l'amalgame entre islam et islamisme.

 

Qu'on se le dise : combattre l'intégrisme quel qu'il soit ne peut en aucun cas faire de mal à la religion. Bien au contraire, sa lutte devient un principe au moins aussi essentiel que la laïcité, pour permettre aux croyants, aux vrais croyants, de pouvoir pratiquer leur culte sans voir leur foi instrumentalisée à des fins politiques.

 

Interdire le voile à l'école, la dissimulation des visages dans l'espace public, les créneaux non mixtes dans les établissements eux aussi publics, ne relève aucunement d'une vision raciste de la société  : bien au contraire, ces précautions sont la condition nécessaire aux athées et aux croyants de vivre sereinement, sans contrainte et... sans contraindre.

 

Les "Indivisibles" n'ont pas seulement bafoué la liberté d'expression. Par leur action et par leur tentative de justification, ils ont tout simplement donné des lettres de noblesse à l'extrémisme vert.

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 09:50

Natacha Polony interroge la ministre Dominique Bertinotti (FRANCE 2/YOUTUBE)

Natacha Polony interroge la ministre Dominique Bertinotti dans "On n'est pas couché" du 15 septembre 2012 (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Jamais la question sur le mariage des homosexuels et l’adoption n’aura autant fait parler d’elle. Et ce alors que le projet de loi ne sera présenté en Conseil des ministres que le 24 octobre. Et ce ne sont pas les agitations des bigots, pourtant parfaitement en ordre de marche, qui en sont la cause. En précipitant un entretien au quotidien "La Croix", tout un symbole, Christiane Taubira n’a pas aidé à apaiser un débat qui s’annonce mouvementé.

 

Décevant les associations sur la PMA, qu’elle a semble-t-il d’ores et déjà exclu avant même que d’avoir terminé ses rencontres préliminaires pour dresser le cadre de la loi, et désespérant ceux qui voudront en vers et contre tous lutter contre cette "modernisation" des institutions (un terme que, bien évidemment, ils récusent), la Garde des Sceaux s’est montrée quelque peu imprudente. Et d’aucuns s’amusent à dépeindre le gouvernement Ayrault s’encanaillant au rythme de la danse des canards à voir tant de couacs s’enfiler comme des perles.

 

Dominique Bertinotti, invitée à "On n’est pas couché", avait l’occasion de rectifier le tir. Avec l’avantage, en outre de la longueur, puisqu’aux 6 questions/réponses de sa collègue à la Justice, la ministre déléguée à la Famille eut le droit à près de 40 minutes d’entretien. Bien plus qu’il n’en faut pour faire montre de pédagogie.

 

Las. De pédagogie, nous n’en eûmes qu’un simulacre. Et de débat, une absurde imposture.

 

Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup, pas vrai ?

 

Sur la sortie de Christiane Taubira, Dominique Bertinotti n’eut que langue de bois et prose ankylosée d’où ne ressort que cette formule qui suffisait à traduire le malaise : "Dans toutes les familles, il y a des couacs." Qu’il fut vain, alors, de prétendre le contraire avec tant de maladresses en vantant notamment le dynamisme de Taubira, avec ce que la langue française fait de pire dans l’ironie non consentie.

 

La ministre de la Famille, soucieuse de rectifier le tir, vérifia bien à ne surtout pas basculer dans la justice expéditive, comme ce fut fait, lundi, dans les colonnes de "La Croix". Mais à force d’éviter toute certitude, Dominique Bertinotti oscilla entre le trouble, l’impressionnisme et le flou. Et comme le dirait la désormais ancienne secrétaire du PS, quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup.

 

Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, était invitée dans "On n'est pas couché" (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Répondant soit à côté, notamment sur la question primordiale de l’égalité face à la PMA (une question soulevée par le nouveau chroniqueur Aymeric Caron) dans le cas où elle serait autorisée sans la possibilité d’avoir recours à une mère porteuse, ce qui exclurait les couples d’hommes, soit en ressassant le caractère moderne d’un projet qui ne ferait que suivre une tendance qui fut avant-gardiste en Europe, elle n’a fait que décevoir tout le monde. Les associations ou les principaux concernés par le projet n’ont eu aucune réponse précise quant à leurs demandes ou leurs craintes, les opposants n’ont vu qu’une détermination de forme maquillant la vacuité du fond, et ceux qui voulaient s’informer auront bien eu du mal à y voir plus clair.

 

À vouloir ménager la chèvre et le chou, la ministre de la Famille n’a fait que décevoir. Et le gouvernement d’opérer deux erreurs de communication sur le même sujet. Cela fait "un peu beaucoup" en si peu de temps sur un débat qui n’en est pas encore à son acmé.

 

Natacha Polony, ou la caricature de la réac

 

Mais si la ministre brilla par sa transparence, il y en a une à qui l’on ne risque pas de faire le même reproche. Et Natacha Polony d’incarner la "réac" de la soirée, sous des traits si caricaturaux qu’il est légitime de se demander si la chroniqueuse n’avait pas voulu, le temps d’un soir, se donner un rôle face à son collègue qui avait été remarqué la semaine passée.

 

À tort, cette ancienne journaliste de "Marianne" est cataloguée comme la polémiste de "droite" dans l’émission sous le fallacieux prétexte qu’elle prête sa plume au "Figaro". Errance du bipartisme. Pourtant, la saison passée, il fallait bien tendre l’oreille pour prétendre discerner qui d’Audrey Pulvar ou de Natacha Polony était la plus critique envers le système sarkozyste, sans doute parce que l’une était déçue d’avoir voté pour lui en 2007. Cela ne suffit pourtant pas pour la classer parmi les plus libérales.

 

Quoi qu’il en soit, hier soir, ce fut pourtant un bouquet fleuri des clichés les plus ubuesques, une caricature des arguments que les bigots épousent à l’envi dans leur croisade contre le projet. Ainsi, tour à tour, Natacha Polony avança d’un ton péremptoire que le mariage était davantage une institution qu’une loi, et que si la République devait faire respecter le principe d’égalité pour la seconde, il n’en était rien pour la première rajoutant que seuls un homme et une femme pouvaient se marier puisque "la nature est comme ça".

 

"Nous sommes égaux en droit et pas par nature", s’exclama Polony… Oubliant par là même que l’institution du mariage dans notre pays répond au champ républicain, qui veut que l’on ne différencie pas les citoyens en fonction de leur orientation sexuelle. Mais bien évidemment, face à une ministre mal préparée et tellement peureuse de faire le moindre impair, Natacha Polony put distiller ses dogmes sans la moindre contestation pertinente, rajoutant une couche de vernis à sa croûte argumentative : "On maquille la nature."

 

Elle enchaîna en expliquant que la filiation était la sève même du mariage... excluant de fait les couples stériles ou même ceux qui ne désirent pas d’enfants. Souhaitons bon courage à Natacha Polony pour proposer un amendement les excluant de facto des conditions pour se marier… À moins bien évidemment qu’elle ne sous-entende que leur hétérosexualité ne les affranchisse d’un devoir que l’on exigerait seulement aux homosexuels.

 

Puis la mauvaise foi toucha à son paroxysme quand la ministre eut enfin une parole juste : "Le rôle de l’État n’est pas de dire quel est le modèle." Ce à quoi Natacha Polony répondit avec une fraiche et crasse bêtise : "C’est ce que vous faites." Oui, Madame Polony, le projet de loi de François Hollande vise à demander à tous les Français de devenir homosexuels pour se marier, et vise à faire des couples entre deux hommes ou entre deux femmes le modèle républicain. Quand dans un débat, l’entêtement se couple avec la mauvaise foi, le fruit n’est pas loin d’être complètement pourri, on l’aura bien compris.

 

Comme dans toute bonne soirée, il faut un François Pignon

 

Il fallait bien, comme dans toute soirée, un beauf qui vient apporter son petit grain de sel pour divertir la galerie. Et pour apporter encore plus d’inepties dans un vivier déjà bien fourni en la matière. Ainsi, nous eûmes le droit, de la part de Laurent Ruquier, à un gratiné : "Les hétéros baisent partout et ce sont les homos qui veulent être tranquille à la maison avec les gosses." Vous me direz, contrairement à sa chroniqueuse, l’animateur eut au moins le goût d’apporter du second degré à sa caricature vulgaire.

 

Mais encore une fois, Laurent Ruquier n’en finit plus sur cette position qu’il a déjà maintes fois tenu dans toutes ses émissions, y compris la semaine dernière dans l’une de ses dernières performances à "On ne demande qu’à en rire" en sa qualité de jury, qui explique qu’à titre personnel, il n’est pas pour, tout en expliquant que lorsqu’il entend ceux qui sont contre, il a envie de soutenir le projet…

 

Laurent Ruquier ne fait qu’exprimer sa position personnelle, sur sa volonté personnelle de ne pas s’engager à titre personnel dans un mariage. Point de redondance sémantique ici, mais une insistance démontrant le non-sens de cette position : on ne demande pas de savoir si l’on veut, soi, se marier, mais si on laisse le choix, à ceux qui le veulent, de le faire.

 

Laurent Ruquier n’a toujours pas compris la nuance, ce qui lui vaut d’être cité en référence aux côtés d’Hervé Villard, dans un argumentaire qui figurait dans le feu site des FNJ (Front national de la Jeunesse) il y a un an encore, mais que l'on peut retrouver ici même, pour montrer que même les homosexuels ne voulaient pas eux-mêmes du mariage.

 

Comme quoi, la caricature mène à tout. Même à se faire applaudir des extrémistes. 

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16 septembre 2012 7 16 /09 /septembre /2012 09:49

Deux activistes pour l'ouverture du mariage aux homosexuels, aux États-Unis (P.SKINNER/SIPA)

Deux activistes pour l'ouverture du mariage aux homosexuels, aux États-Unis (P.SKINNER/SIPA)

 

Alors que le projet de loi concernant l’ouverture du mariage aux homosexuels et l’adoption sera présenté le 24 octobre au Conseil des ministres, et ce, alors que les détails du texte sont loin d’être finalisés, l’UMP oscille entre la fronde unie et la division.

 

Parce qu’il est un point sur lequel tout le monde semble d’accord dans l’opposition, c’est bien celui qui consiste à dire que ce projet de loi ne serait qu’un leurre visant à détourner l’attention des véritables préoccupations des Français, renouant ainsi avec la tradition des éléments de langage qui avait tristement rythmé la gouvernance sarkozyste.

 

Ainsi, sur iTélé, Catherine Vautrin, députée de la Marne, déclarait en substance mercredi soir : "La priorité de la rentrée c’est les difficultés fiscales, c’est la pression fiscale du gouvernement. Eh bien Madame Taubira, une fois encore, essaye de faire diversion."

 

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

Le JT de Canal + du 11 septembre 2012 (voir à 2:18)

 

La droite se laisse aller à de tristes travers... repris par la presse

 

Dans le même reportage filmé dans les couloirs de l’Assemblée, Lionnel Luca, député UMP Alpes-Maritimes, membre de la Droite populaire ajoutait : "Madame Taubira nous balance son projet de loi pour nous faire oublier la pilule fiscale et puis toutes les promesses économiques qui ne seront pas tenues puisque le changement c’est dans 2 ans. Donc, en attendant, on amuse un peu la galerie avec ça. Ça coûte pas trop cher à faire adopter."

 

Camille Bedin, secrétaire nationale de l'UMP, y allait encore plus franchement, avec un relâchement notable dans la sémantique qui n’honore en aucun cas sa position : "Hollande essaye d'enfumer les Français sur sa politique économique et allume un contre-feu avec une mesure sociétale."

 

Même Chantal Jouanno qui a rejoint la position de Roselyne Bachelot,a cédé à la tentation en affirmant que le projet était un "écran de fumée destiné à détourner l'attention".

 

Plus gênant, la presse brandit la même analyse au détour d’un article d’informations, comme ici surEurope1.fr : "Un projet d'avenir qui tombe surtout à pic, cette semaine. Car il présente des avantages. Détourner l'attention des Français sur une question de société, qui ne coûtera pas un centime d'euro au gouvernement."

 

Même s’il ne faut pas être dupe de l’embarras du gouvernement Ayrault, qui jour après jour, se rend bien compte qu’il ne pourra jamais tenir le cap des promesses, le réel venant lui rappeler ce que ses adversaires ne cessaient de dire lors de la campagne : à savoir que ses projections de croissance étaient illusoires, l’accusation de détournement est profondément scandaleuse.

 

Tout d’abord, parce que cette mesure ne va pas coûter grand chose à l’État, et que c’est une raison de plus pour ne pas freiner sur le sujet, pour une fois que nos finances ne seront pas en question.

 

Et pour l'UMP, c'est quand le moment des mesures sociétales ?

 

D’autre part, et c’est sans doute le point le plus important, pour certains ce n’est JAMAIS le moment pour régler les problèmes liés à l’égalité en France. Faut-il attendre la croissance pour enfin poser la question de l’égalité des droits quand la République française n’a pas le droit de discriminer des citoyens en fonction de l’orientation sexuelle ?

 

La question de l’égalité ne doit jamais être circonscrite à des considérations économiques. Une société n’est pas obligée de s’embourber dans une crise sociétale quand elle est déjà en pleine tourmente économique. S’affranchir de nos dysfonctionnements est le moyen le plus sur de commencer à placer notre nation vers une société plus juste.

 

Cela ne règlera certainement pas tous nos maux, et tel n’est pas l’objectif. Mais la République ne peut laisser en son sein des citoyens qui ne jouissent pas de tous leurs droits au nom de ce qui relève pourtant de leur identité.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:48

Christine Boutin à Nice le 24 août 2012 (V. HACHE/AFP)

 Christine Boutin à Nice le 24 août 2012 (V. HACHE/AFP)

 

Lecteurs, je le sais, quand ma plume chatouille le papier, émoustillée par les affres de la bigote qui radote, laquelle est toujours en verve, vos yeux pétillent d’impatience. Nous avions laissé Christine Boutin, sur la route de Compostelle, brebis égarée en pleine présidentielle, un pétard mouillé à la main, en guise de bombe nucléaire.

 

Une nouvelle croisade

 

Puis les élections législatives passèrent sans que la présidente du Parti démocrate chrétien ne pût revenir à la lumière. Condamnée aux enfers de l’anonymat ? Point trop n’en faut pour le Petit chapelet rouge qui préparait son retour. Rien de tel, pour ce faire qu’une belle croisade comme elle sait parfaitement les organiser : celle contre le mariage des homosexuels.

 

Dès juin, elle avait tenu à s’inviter aux débats, à la veille de la gay pride, en enchainant les points presse, de BFMTV au Parisien, sans oublier RTL… Un marathon médiatique pour expliquer qu’il faudrait compter sur elle. Phénix des hôtes de ces bois dangereux qui veulent pourfendre la foi pour imposer la loi. Hérétiques, dont l’odieuse laïcité est le glaive, qu’il faut combattre. Ou bien encore transformer en lui adossant une épithète comme Christine Boutin le fit dans son programme présidentiel en lui accolant le doux qualificatif de "saine". "Saine laïcité". Une seule lettre vous manque et tout est dépeuplé. 

 

Mais, il faut le reconnaître, le petit chapelet rouge fait profil bas. Il n’est plus question de passionaria, ni même de passion. Et c'est elle qui le dit. Aurait-elle appris de l’épouvantable chapitre du PACS, son Sodome et Gomorrhe, pour en retenir une leçon de raison ?

 

Las. Il faut se méfier de l’eau qui dort, surtout quand elle est bénite. Alors bien évidemment, Christine Boutin explique qu’elle n’a rien contre l’homosexualité, qu’elle a même des amis homosexuels, et qu’elle aussi a un grand cœur et qu’elle peut comprendre les choses. Elle en profite même pour s’encanailler un peu sur le plateau de "C à vous", mardi soir (à partir de 25'25). Et puisque sa charité n’est point extensible, ce sont les vieux qui payeront la note de son, indulgence à l’égard des homosexuels, quand elle dit que les mariages célébrés entre seniors ne peuvent l’être que pour des raisons bassement pécuniaires.

 

Une arme secrète

 

D’ailleurs, si ça ne tenait qu’à elle, les homosexuels pourraient se marier, écoutant son grand cœur. Las, la nature, sa nature, l’a voulu autrement. Et il faut rester ferme dans les principes. Ferme sans fermeté. Car, de combat, elle ne veut pas. Apaisée, Christine Boutin préfère les vertus du dialogue, espérant convaincre, son bâton de pèlerin à la main, un à un, les indécis ou les ignorants, c’est selon. Et pour cela, elle a concocté une arme secrète. Un serpent, habile et malicieux qui viendra charmer les adorateurs de la démocratie. Un animal rusé qui viendra proposer un fruit beau et agréable à manger, qu’il suffira de croquer : le référendum.

 

Héraut des intégristes qui placent la foi au-dessus des lois en 1999, Christine Boutin revient treize ans plus tard comme défenseur de la tradition Républicaine en réclamant à cor et à cris un référendum. Elle qui déclarait au Nouvel Observateur en 1998 : "je suis d’abord catholique avant d’être élue" ! Jésus doit se retourner dans son tombeau. Et ses supplications n’en finissent plus de faire écho, ici ou .

 

Aussi doucereuse que puisse être cette musique, quelle mouche a donc piqué la bigote pour la voir vanter les délices exquises des vertus référendaires ? Prenez garde : le cheval de Troie vient de frapper à la porte. Ne déployez pas le pont-levis. La mascarade est grotesque, et je vais, avides lecteurs, vous la dévoiler sans plus attendre.

 

Car naïf serait celui qui pourrait croire un seul instant, que Christine Boutin serait devenue une adoratrice de la démocratie. Dieu la guide. Et Dieu seulement. Quelles que soient ses dénégations. Et si la démocratie peut ainsi lui rendre service, c’est qu’elle contient en ses gênes une faille et non des moindres : celle de la loi de la majorité. Ce que le peuple veut, la démocratie lui donne. Faille maintes fois exploitée par les intégristes de tous poils, comme le montrent et démontrent chaque jour les révolutions arabes après lesquelles les fondamentalistes finissent tôt ou tard par prendre le pouvoir.

 

Une campagne nauséabonde

 

Certes, aujourd’hui, l’opinion publique est nettement favorable au projet de loi dévoilé par Christine Taubira ce mardi. Mais les chiffres sont trompeurs. L’enquête de l’IFOP sur "les Français, les catholiques et les droits du couple homosexuel" d’août dernier montre que si les opinions favorables pour le mariage des homosexuels sont en hausse inintérrompue depuis plus de 20 ans (pour atteindre aujourd’hui 65%), celles concernant l’adoption par les couples homosexuels sont en baisse de 5 points à 53%. Et c’est là le maillon faible du projet.

 

Voilà pourquoi Christine Boutin chante à tue-tête qu’elle se réjouit que le gouvernement ait eu le courage de coupler les deux questions. Point de concession à l’adversaire ici, mais une stratégie qui vise à tout miser sur la question de la filiation pour faire basculer l’opinion publique. Et qui sait si le gouvernement sera aussi courageux et valeureux si les Français venaient à être hostiles sur la question…

 

Aujourd’hui, les opinions favorables sont au plus fort chez les Français et gageons qu’une campagne nauséabonde à souhait comme celle que propose Civitas à grands coups d’autocollantssuffiraient à faire changer les courbes. Du moins, Christine Boutin le croit elle.

 

Mais au-delà de ces perspectives fantasmée par le Petit chapelet rouge, certains se demandent même si cette question mériterait un référendum, voir si nos Sages du Conseil constitutionnel l’accepteraient. Car, quand on demande au peuple de trancher, encore faut-il que la question concerne l’ensemble des Français.

 

Or, il n’est pas bien sûr que le mariage de deux femmes ou de deux hommes ne modifient en quoi que ce soit les cérémonies unissant un homme et une femme ou bien la conception naturelle d’un enfant, à partir d’une cellule masculine et féminine. En quoi cela regarde les autres couples que de voir se célébrer des unions entre deux personnes du même sexe ? En quoi cela influe-t-il sur leur existence, sinon à vouloir se mêler de la vie des autres ?

 

C’est sans doute cela le véritable problème de la bigote : à force de regarder et de juger les autres, elle finirait par s’oublier elle-même…

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 09:47

Le maire de Cabestany, Jean Vila, célèbre symboliquement un mariage entre deux hommes le 12 novembre 2011 (R.ROIG/AFP)

 Le maire de Cabestany, Jean Vila, célèbre symboliquement un mariage entre deux hommes le 12 novembre 2011 (R.ROIG/AFP)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les propos de Christiane Taubira dans "La Croix" ne seront pas passés inaperçus. Co-responsable du dossier relatif à l’ouverture des droits au mariage pour les homosexuels avec Dominique Bertinotti, ministre déléguée à la Famille, l’entretien qu’elle a accordé au quotidien a pris de court tout le monde, y compris sa consœur qui doit à présent faire front et faire face.

 

Car, rarement sortie médiatique n’aura autant mécontenté tout le monde. S’il n’y a aucune ambigüité sur le mariage pour tous, de quoi mécontenter les plus frileux, elle se montra tout aussi catégorique concernant l’ouverture de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples homosexuels :

 

"Notre projet de loi est très clair : l’accès à la PMA ne rentre pas dans son périmètre."

 

En réalité, tout n’est pas aussi clair justement. Car, si François Hollande n’avait évoqué dans ses 60 propositions que le mariage et l’adoption (proposition 31 : "J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels"), il avait toutefois affirmé à "Têtu", dans le numéro d’avril, à la question de savoir s’il était favorable à l’accès des lesbiennes à la PMA :

 

"Oui, je l’ai dit. Aux conditions d’âge, bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental. Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes."

 

 

Les maires, indispensables à l'application de la loi

 

Mais, au-delà d’une polémique sur un sujet où les détracteurs s’agitent déjà de toutes parts, comme Civitas qui vient de lancer officiellement sa croisade en faisant du lobbying, et qui n’avait pas besoin d’un de ses couacs dont le gouvernement Ayrault s’est fait une triste spécialité, une autre menace vient disputer le rôle de l’épée de Damoclès sur le projet.

 

Dans son entretien à "La Croix", il fut posé à Christiane Taubira une question qui ne manquera pas d’interpeller : "Autoriserez-vous les maires qui le souhaiteront à ne pas célébrer de mariages entre homosexuels ?". Sur ce point précis, la ministre de la Justice rappela avec fermeté la charge qui incombait aux élus de respecter la loi :

 

"Non. Les maires sont des officiers publics qui représentent l’État lorsqu’ils célèbrent un mariage, c’est une mission dont ils sont très fiers. Nous sommes dans un état de droit, le code civil va être modifié, il s’impose à tous, y compris aux maires. Il ne sera pas inscrit dans la loi qu’ils puissent se soustraire au code civil."

 

Mais consciente que le sujet pouvait froisser certains d’entre eux, elle a tenu à ajouter :

 

"En même temps, je travaille actuellement avec ces élus, notamment l’Association des maires de France. Nous allons systématiser ces contacts, afin que les maires soient étroitement associés au travail de réflexion et d’élaboration du projet de loi."

 

Qu’on se le dise, les maires seront bien les charnières de ce projet de loi. À la fois indispensables pour la rendre applicable mais aussi les seuls susceptibles chez les élus de faire pression sur le gouvernement, puisque les deux assemblées étant majoritairement à gauche, le vote du projet est majoritairement acquis.

 

Et Alain Escada, de l’institut Civitas, le sait plus qu’un autre. Développant les détails du lobbying qu’il entend mettre en oeuvre dans les prochains mois, dans un paragraphe dont le titre annonce la couleur "influencer les élus", il cible en priorité les maires :

 

"Si une telle loi devait malheureusement être votée, les maires seraient chargés de son exécution. Il est donc indispensable que se dessine rapidement parmi les élus municipaux une importante vague de contestation à l’égard de ce projet de loi. Civitas adressera à tous les maires de France une 'Lettre aux élus' rédigée en ce sens."

 

Et, cette stratégie vis-à-vis des maires ne doit absolument rien au hasard. C’est déjà par eux que le projet du Pacs avait été sévèrement remanié en 1999. En effet, le projet prévoyait que le Pacs fût célébré en mairie. C’est alors que Michel Pinton entra en action. Placé à droite de la droite, ce polytechnicien avait réussi un tour de force en montant une pétition à destination des maires, qui leur demandait de "défendre le mariage républicain" contre le projet du CUS (Contrat d’union sociale qui deviendra le Pacs), qualifié de "véritable mariage homosexuel".

 

Les maires doivent appliquer la loi

 

Rappelons que 13 ans après son instauration, le Pacs concerne à 96% des hétérosexuels… Mais au-delà de cette paranoïa que l’histoire vient ridiculiser ici, la pétition connut un franc succès puisque plus de 15.000 maires la signèrent ! 15.000 maires, c’est un peu moins de la moitié des maires en France. Le gouvernement de l’époque avait dû reculer devant la fronde, et le Pacs est aujourd’hui signé au tribunal administratif qui règle l’acte juridique en 15 minutes sans autoriser de photographies.

 

C’est avec le souvenir de ce recul que Civitas entend mener sa croisade. Et déjà, certains maires se font entendre. Parmi eux, le député-maire Jacques Bompard, ancien FN, et qui se revendique clairement d’extrême-droite, a demandé, lors d'une intervention sur I>télé, "une clause de conscience" si la loi venait à être votée :

 

"On rentre là dans le même domaine que le médecin qui veut ou ne veut pas pratiquer un avortement. Il me semble qu’il doit y avoir là la clause de conscience et si elle n’y était pas, ça signerait que nous sommes dans un monde totalitaire, ce qui déjà est bien avancé". Puis il a ajouté qu'il y avait dans sa mairie 35 élus, dont "des élus de l’opposition qui vont être absolument ravis de pouvoir commettre cet exploit."

 

Comparer l’ouverture des droits du mariage aux homosexuels et l’avortement pourtant légal depuis 1975 ! On le voit, les grands fantômes de l’intégrisme chrétien sont agités.

 

Et, au nom de quoi, les élus devraient-ils s’affranchir de l’application de la loi ? Au nom de leur haine ? Au nom de leur refus viscéral à faire appliquer le pilier central de notre devise républicaine ? Au nom de leur conception religieuse des lois de la République, qui font d’eux des intégristes au sens strict du terme ?

 

Qu’on se le dise : en contrevenant à la loi en 2004, en unissant deux hommes à la mairie de Bègles, Noël Mamère avait écopé d’une suspension. Il ne saurait en être autrement pour les maires qui, à l'inverse, refuseraient, à présent qu'une loi serait votée, de s’exécuter ou qui mettraient tout en œuvre pour mettre en échec ou différer volontairement la célébration du mariage d’un couple homosexuel : les suspensions devront être prononcées, avec la publication officielle de la sanction dans les grands médias français, à leurs frais. Et la récidive devra poser la question de la légitimité de leur mandat.

 

Les maires n’ont pas été élus pour exposer leurs états d’âme au nom de leur conception de la société ou même de l’anthropologie. Ils sont au service de l'exécutif, le pouvoir qui a la charge de faire appliquer la loi. Appliquer la loi. Son chef de file ne saurait être le garant d’un droit que lui même s’apprête à pourfendre. Et la Garde des Sceaux devra, sur ce point, être ferme. Sans aucune ambiguïté possible. Ni couac médiatique.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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