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26 juin 2012 2 26 /06 /juin /2012 09:25

Il fallait s'y attendre. Le gouvernement Ayrault n'a pas eu le temps de respirer après l'annonce de son mini-remaniement que son état de grâce, si tant est qu'il y en ait eu un, s'évapore pour offrir une bien triste réalité : la France n'a plus un sou dans les caisses.

D'abord vendre du rêve
 
Mais comme il faut continuer à vendre du rêve, il faut agir avec finesse. En tapinois, diront certains. En apparence, on respecte les promesses du programme tenu part François Hollande de sa campagne en garantissant une augmentation du SMIC, les 25% de plus pour la prime d'allocation rentrée et bien évidemment les postes dans l'éducation nationale.

Mais l'examen à la loupe permet de dégrossir le trait : l'augmentation du SMIC annoncé à 2% n'est en réalité que de 0,6%, puisque la loi prévoit qu'il augmente quoi qu'il arrive à hauteur de l'inflation, soit 1,5%. Le bénéfice pour les salariés à plein temps n'est donc que de 0,5%, soit 7 euros bruts par mois. Un eldorado qui fait pâle figure, comme le regrettent les syndicats.

 

Pour ce qui est de l'éducation, la prime d'allocation de rentrée sclaire et la création de postes (enfin surtout la non-suppression dans le secondaire puisque seuls 280 postes d'enseignants ne seront en réalité nouvellement ouverts au collège et au lycée sur l'ensemble du territoire), en revanche l'addition est plus salée. Aussi explique-t-on que les autres ministères devront se serrer la ceinture. Ces mêmes porte-feuilles qui sont tenus par des ministres qui souhaitent être le moins impactés possible, comme l'expliquait, pour le logement, Cécile Duflot au Grand Jury RTL dimanche soir.

 

Bref, ce sera à celui qui tirera le plus fort sur la nappe au risque de tout faire tomber.

 

Puis jouer les surpris

 

Mais l'arme suprême de la communication gouvernementale reste la tactique de la patate chaude. Et comme je l'avais pressenti alors même que j'invitais les citoyens à choisir Hollande, ou plus exactement à refuser à Nicolas Sarkozy, un deuxième quinquennat après la gabegie de son premier et après qu'il a fait les poches du FN, la gauche joue les offusqués en prétendant découvrir la réelle situation de la France. Comme un seul homme, De Belkacem à Cahuzac, on explique que l'ardoise était dissimulée :

 


Cahuzac et Précresse s'écharpent sur le bouclier...par LeNouvelObservateur

Qui peut un seul instant croire en ce fallacieux argument ? Tous les candidats à la présidence savaient parfaitement que la France était endettée et que son budget ne laissait aucune marge de manœuvre.

 

C'est en ce sens que François Bayrou avait décidé d'avoir un discours de vérité en expliquant, jour après jour, qu'aux belles promesses électoralistes succéderont immanquablement des lendemains qui déchantent. N'avait-il pas prévenu que les projections de croissance sur lesquelles se fondait le programme socialiste étaient beaucoup trop optimistes par rapport à celles effectuées par les instituts les plus fiables sur la question ?

 

Et enfin copier Bayrou

 

Rien n'y fit. On préféra, goguenard, le grimer en Cassandre ou en Super austère, afin de flatter le chaland. La dissimulation fut payante, puisque le Béarnais fut battu quand les enchanteurs eurent le vent en poupe (et que l'UMP ne claironne pas sur le refrain du "on vous avait prévenu" quand son propre programme n'était pas plus équilibré). Mais avec quelle conséquence pour la France ?

 

La réalité, et tout le monde s'accorde à le reconnaître, c'est que dissimulée, empaquetée ou bien maquillée, l'austérité s'imposera et s'impose déjà d'elle même dès à présent. Et le PS ne pourra pas éternellement se cacher derrière le piteux bilan de son prédécesseur pour justifier les mesures qu'il devra prendre. Et ce pour une raison très simple : son programme prétendait en tenir compte et détenir la solution.

 

François Hollande n'a finalement pas d'autres choix que d'adopter peu ou prou les précautions choisies par François Bayrou lors de la campagne présidentielle tout en se déculpabilisant en pointant du doigt Nicolas Sarkozy. Le tour est grossier. D'autant qu'il n'y a que deux mois seulement qu'il est élu. Il est déjà le temps de trouver autre chose...

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 09:24

François Bayrou, le soir du premier tour des législatives, à Bizanos (G.COLLET/SIPA)

François Bayrou, le soir du premier tour des législatives, à Bizanos (G.COLLET/SIPA)

 

Au MoDem, l’heure est au bilan. Les cyniques pensent même qu’elle est au dépôt de bilan. Toujours facile de tirer sur les ambulances à la manière de la "courageuse" Roselyne Bachelot, qui ferait mieux de méditer sur les raisons qui ont poussé son parti et ses nombreux amis à faire les poches du Front national pour tenter de rester coûte que coûte accroché à leurs sièges. Les candidats du MoDem peuvent, eux, se regarder dans la glace chaque matin.

 

Pour autant, faire comme si de rien n’était et croire que l’on ne pourra pas tomber plus bas, leitmotiv ressassé après chaque échec depuis les municipales de 2008, serait de la candeur et de l’incompétence. Mais pour s’atteler à refonder quoi que ce soit, encore faut-il faire le bilan, le plus objectif qui soit, pour tenter d’y voir clair.

 

Le centre n'est pas un parti godillot rattaché à la droite

 

Depuis 2002, François Bayrou avait tenté de faire du centre une force libre et indépendante, au grand dam de la droite. Lors du congrès fondateur de l’UMP, il s’était laissé allé à dire à la tribune, devant une assistance médusée : "Si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien." Rodolphe Geisler, dans sa biographie intitulée "Bayrou l’obstiné", rappelle qu’à l’époque un cadre avait parfaitement résumé l’amertume ressentie dans les rangs de la majorité présidentielle d’alors, la délicatesse de la formule en sus : "Il nous fait cocu et en plus il nous fait payer la chambre."

 

Refusant de voter les budgets à l’assemblée à partir de 2005, le Béarnais franchit le Rubicon en mai 2006 en votant avec le PS la motion de censure contre le gouvernement de Villepin. La fracture était entamée.

 

La présidentielle de 2007, et ses presque 7 millions de voix (18,57 %), lui donnent alors la légitimité par les urnes pour entamer la vraie révolution du centre : celui d’une force déracinée de son inféodation à la droite depuis les années VGE. Bayrou entendait alors cesser avec l’hémiplégie que continue pourtant de porter avec insouciance Borloo et Morin pour qui le centre est de "droite".

 

Parier sur l'implosion du PS ? 

 

Toutefois, pour incarner une troisième voie dans ce monde politique dominé par l’hydre bipartite, il n’y a que deux solutions : soit l’un des deux s’affaiblit, soit il faut faire des alliances. La seconde option ayant été enterrée après trois décennies de loyaux services, François Bayrou tenta d’emprunter la seconde : attendre l’implosion du PS.

 

Seulement, l’implosion ne vint jamais. François Bayrou n’osa pas, en 2007, aller au bout de sa démarche, à savoir ne pas voter pour Nicolas Sarkozy, et n’accepta pas la proposition de Ségolène Royal de devenir son Premier ministre dans un épisode que l’imaginaire de la présidente du Poitou a suffisamment brodé pour le rendre légendaire. Certes, cela n’aurait pas empêché Nicolas Sarkozy de gagner la présidentielle. Mais cela aurait totalement explosé l’appareil du PS entre ceux qui défendaient la ligne d’ouverture de Ségolène Royal, et ceux qui souhaiter en rester à une ligne exclusivement clanique de gauche.

 

L’occasion se représenta un an plus tard. Mais cette fois-ci, François Bayrou fut un simple spectateur du Congrès de Reims. Et cette fois-ci, c’est Martine Aubry qui vînt contrarier les urnes et les plans du Béarnais. La messe était dite. Aujourd’hui, le PS peut remercier sa secrétaire d’avoir sauvé la mise du clan socialiste.

 

Que fit le MoDem pour tenter d’exister ? Rien, ou presque

 

Le mouvement sacrifia toutes les échéances intermédiaires à l’exception des municipales, durant lesquelles la main tendue à Aubry à Lille, et celle tendue à Juppé à Bordeaux, furent incomprises par les électeurs et pour cause : quelle pédagogie leur avait-on offert pour comprendre que l’on se positionnait sur des programmes, et non sur des étiquettes partisanes ?

 

Toutes les élections locales furent alors de vains combats, où il fut bien difficile de trouver de vaillants soldats pour représenter les couleurs "orange". L’opération "chair à candidats" s’imposa cyniquement. Avec les résultats que l’on sait.

 

François Bayrou après sa défaite aux législatives à Bizanos, le 17 juin 2012 (P.Andrieu/AFP)

François Bayrou après sa défaite aux législatives à Bizanos, le 17 juin 2012 (P.ANDRIEU/AFP)

 

La seule stratégie de François Bayrou, et de Marielle de Sarnez, car ce duo, il faut désormais le dire, a systématiquement tranché sans nécessairement être en accord avec le reste du mouvement, fut de tout sacrifier pour le destin présidentiel du Béarnais. Avec comme seul argument celui de dire que dans la Ve République, tout part de la présidentielle. Mais occultant le fait que pour gagner le combat de la présidentielle, seule une armée prête à la bataille d’élus locaux permet de rivaliser. La défaite était en route.

 

La campagne de 2012, à l’exception notable de l’élan de décembre sur le thème du "Made in France", ne décolla jamais. François Bayrou avait beau ramasser des lauriers dans les enquêtes qualitatives, les intentions de vote s’affaissèrent régulièrement et surement. Se reposant sur le thème "j’avais prédit le problème de la dette", François Bayrou était respecté en Cassandre quand on attendait de lui des solutions.

 

Symbole parmi les autres, dans son ultime face à face avec Pujadas, ce dernier le somme de donner des solutions et non des diagnostics. Et le Béarnais de lui répondre sous la forme d’un pléonasme accablant : "Ce n’est pas un diagnostic, c’est l’analyse des causes." Tout était dit.

 

Ajoutez à cela que l'on ne reconnut plus l'auteur d' "Abus de pouvoir", François Bayrou pensant qu'il ne devait pas froisser l'électorat de droite, et oubliant dans la fureur de la campagne, que la droite ce n'était pas le sarkozysme, lui qui n'en est une excroissance cancéreuse, et vous comprenez pourquoi les Français n'ont jamais réellement su où se plaçait la candidature du Béarnais, et, plus grave encore, avec qui il serait susceptible de travailler, même s'il gagnait. 

 

Et maintenant... que va-t-il faire ?

 

Aujourd’hui, le temps de l’indépendance n’est plus d'actualité : on n’est pas indépendant et libre quand on n'est plus rien. Reste la question des alliances, à condition de ne pas y laisser son âme, et donc son identité. Et deux solutions s’offrent alors au MoDem et à François Bayrou :

 

Soit on accepte de refonder la droite, en espérant que l’UMP implose après la fracture idéologique des idées et surtout des valeurs frontistes qui se sont confondues aux valeurs républicaines de la droite. Ce pari, qui avait échoué sur la gauche en 2008, ne pourrait se faire sans réconcilier le "centre". Mais comment travailler avec les gens qui ont cautionné pendant cinq ans la politique et le discours des valeurs prônées par Nicolas Sarkozy sans avoir rien à y redire ? Se réunir autour d’une sémantique (l’étiquette floue "le centre") plutôt que de se réunir autour des valeurs qui nous rassemblent serait-il véritablement "la" solution ?

 

Soit on se décide de travailler avec la gauche, en convenant que malgré nos désaccords, même profonds, sur la dette et le budget, notre vision morale et sociale de la France sont en harmonie. Et il y a au-delà des considérations économiques bien des débats qui vont compter pour la France, comme le vote des étrangers ou encore le mariage homosexuel. Autant de sujets sur lesquels MoDem et PS sont en accord. Et le MoDem a toujours eu pour adage de faire valoir les valeurs aux lubies partisanes.

 

Certains diront que le PS n’a pas besoin de nous. Pour autant, le potentiel électoral doit-il guider les lignes politiques de notre mouvement ? Les prochains jours verront notamment se réunir un Conseil national le 30 juin prochain : permettra-t-il de trancher le débat ? 

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22 juin 2012 5 22 /06 /juin /2012 09:43

Jean Glavany et Elisabeth Guigou au Conseil national du PS, le 19 juin 2012 (CHESNOT/SIPA)

Jean Glavany et Elisabeth Guigou au Conseil national du PS, le 19 juin 2012 (CHESNOT/SIPA)

 

PARITÉ. Des quatre prétendants au perchoir ce jeudi pour l’Assemblée nationale, il y a peu de chances que Jean Glavany sorte le vainqueur. Non que l’ancien directeur de campagne de Lionel Jospin soit dénué de qualités, et plus personne ne lui tient encore rigueur de ne pas avoir suffisamment pris au sérieux la menace Jean-Marie Le Pen lors de la campagne de 2002.

 

Et Glavany se prit les pieds dans le tapis

 

Son problème est bien plus récent, puisqu’il date de mercredi, quand il a voulu doubler Elisabeth Guigou, donnée favorite pour le poste convoité par une Ségolène Royal lâchée dans les urnes, et qui n’a pas hésité pour convaincre les députés de l’assemblée à déclarer : "Il faut absolument faire avancer la parité. Il est très important qu'aux plus hautes fonctions de l’État, il y ait au moins une femme."


À cela, Jean Glavany n’a pas pu trouver plus intelligent à dire que cette formule aussi sexiste que rédhibitoire : "L’adéquation d’un homme pour le poste, cela ne se mesure pas à la longueur des cheveux ou de la jupe. (…) Je suis le candidat de la France dans toute sa diversité."

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean Glavany n’a pas été finaud. Dans une société toute médiatique qui s’empare du moindre lapsus pour en faire des gorges chaudes, rebaptisées "buzz" dans le langage 2.0, ce genre de sortie est suicidaire dans la perspective de la course au perchoir.

 

Et il est toujours surprenant de voir qu’au PS, les vieux réflexes de cette France rance et sans égard pour la gent féminine l’emporte sur le bon sens de l’image et de la communication, qui est pourtant une des pierres d’angles de la politique. Comme si c’était plus fort qu’eux. Pavlovien. Et qui n’est pas sans rappeler les amabilités lancées à Ségolène Royal à l’automne 2006, lors de la primaire socialiste…

 

La première qualité de Guigou selon elle ? Sa féminité !

 

Il faut dire que les femmes du PS en profitent bien et n’hésitent pas à surjouer de leur rôle de femme connaissant à la perfection la faiblesse de leurs adversaires à moustache (ou pas d’ailleurs…). Pourquoi Elisabeth Guigou a-t-elle absolument tenu à mettre en avant sa condition de femme avant d’énumérer les qualités innombrables qui lui permettent de postuler au poste de président de l’Assemblée ?

 

Seulement voilà, la parité est un sujet qui trouble la fête des politiques. Et pour cause : si François Hollande a bel et bien fait ce qu’il faut pour proposer un gouvernement paritaire, force est de constater que les postes-clés sont tenus par des hommes : Vincent Peillon à l’Éducation, Laurent Fabius aux Affaires étrangères, Pierre Moscovici, Jérôme Cahuzac et Benoit Hamon (trois hommes !) au poste de l’Économie. Seul le pôle de la Justice, avec Christiane Taubira et Delphine Batho, sauve la maigre mise.

 

Christiane Taubira et Delphine Batho font leur entrée au gouvernement, le 17 mai 2012 (ALFRED/SIPA)

Christiane Taubira et Delphine Batho font leur entrée au gouvernement, le 17 mai 2012 (ALFRED/SIPA)

 

Mieux : à l’Assemblée nationale seuls 27% des députés sont des femmes, contre 18,5% en 2007, quand la moitié de la population est française... Malgré une loi sur la parité votée en 2000, la cause féminine n’a pas suffisamment avancé, et la France fait partie des pays qui leur laissent la partie la plus congrue.

 

Tout est fait pour contourner la loi. Lors des législatives, une blague circulait à droite, qui en disait long sur l’état d’esprit : "Comment appelle-t-on une candidate UMP aux législatives ? Une suppléante !" Même si la loi sanctionne à présent financièrement les partis, il n’y a toujours pas de parité respectée, et seuls les Verts peuvent s’enorgueillir d’avoir élu autant de femmes que d’hommes.

 

Il ne faut pas une parité mécanique par quotas

 

Pour autant, il serait simpliste de croire que seule le machisme archaïque explique ce déséquilibre. La réalité, c’est qu’il y a beaucoup plus de militants que de militantes dans les groupes politiques. Et plus ce dernier est restreint, plus ce déséquilibre est criant.

 

Au MoDem, nous avons pris l’habitude d’alterner les prises de parole dans les assemblées et autres conseils. Et il est arrivé parfois de faire parler les mêmes femmes plusieurs fois afin de respecter scrupuleusement le principe.

 

De la même manière, combien de femmes ont été placées assez haut dans des scrutins de liste pour remplir les conditions de la parité, davantage que pour leurs véritables compétences ? Si l'on y ajoute des quotas sur la "diversité", comme on le dit avec beaucoup de précaution dans les rangs politiques, et l’implantation géographique, vous comprendrez pourquoi les investitures provoquent tant d’irritation dans les rangs des militants...

 

Croire que les femmes seraient moins intéressées par la politique que les hommes serait évidemment une profonde erreur. La difficulté ne réside évidemment pas dans les gènes, mais dans l’organisation de la société elle-même : tout comme dans le domaine professionnel, combien de femmes doivent prendre en charge les tâches ménagères et s’organiser autour des enfants, quand leur mari en profitent pendant ce temps pour, eux, assister aux réunions militantes ? En d’autres termes, la loi sur les quotas ou les pénalités financières ne changeront rien tant qu’une solution ne sera pas trouvée pour que les femmes puissent consacrer un temps égal à leur engagement que les hommes.

 

Mais une chose est certaine : ce n’est certainement pas en disant que la compétence ne se mesure pas à la longueur de la jupe que l’on fera avancer la cause des femmes…

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 19:51

   

Nous avions quitté Hervé-Marie Morelle lors de la campagne des cantonales. En héraut des illettrés. Son message de départ avait ce je ne sais quoi de troublant. Cachez le, lui que je ne saurais voir. Lui ? Mais le sein bien évidemment :


H2M2

 

Investi pour les législatives, force est de constater qu’Hervé-Marie Morelle n’a pas changé.  Laminé au second tour par Bernard Roman, avec le score le plus faible qu’un candidat UMP ou de droite tout simplement a obtenu le deuxième dimanche dans tout le Nord-Pas-de-Calais, il a quitté la campagne comme la précédente, en honorant la langue française. Mais reconnaissons-lui la beauté du geste. Se voulant fidèle partisan de la langue de Molière, lui qui prétend être professeur d’Histoire Géographie ou bien encore assistant éducatif des études du soir, ce qui est fortement contesté par de nombreuses sources comme le rapportait Nord Eclair durant la campagne, il a osé l’imparfait du subjonctif. Confessons ce péché d’orgueil : il n’a rien inventé. Nicolas Sarkozy s’y était essayé devant des Français abasourdis de voir le pourfendeur syntaxique s’enhardir de la sorte à l’époque.


 

Mais Guaino n’est pas la plume de Monsieur Morelle nul ne l’ignore.  Et le petit Hervé-Marie n’aurait pas dû confier la rédaction de son communiqué aux jeunes en difficulté qu’il prétend aider chaque soir. Il fallait qu’il fût (et non "fusse") plus pointilleux, notre jeune ami…



H2M fautes

 

A moins que cette faute n’ait pas été fortuite mais qu’elle ait été le fruit d’une machination diabolique dont Hervé-Marie Morelle, H Meuh Meuh pour les intimes, aurait été l’innocente victime :


Victimisation H2M

 

A moins qu’il n’ait, à nouveau, fait participer son homme de main, qui aime tant écrire avec ses pieds et qui sur ces pages m’envoya il y a encore 15 jours ce message si affectueux et si bien écrit :


Capture d’écran 2012-06-20 à 21.03.37

 

A moins tout simplement qu’Hervé-Marie morelle ne sache tout simplement pas écrire, puisque même sur ses tracts, il défie la règle de l’accord de l’auxiliaire avoir :


Tract faute

 

Vétille que tout ceci, car il faut être honnête, la campagne des législatives d’Hervé-Marie Morelle fut un véritable parcours "cent fautes".  Il est d’ailleurs bien difficile d’en sélectionner un florilège qui ne s’étende pas trop en longueur. Aussi tâcherons-nous d’être d’aller à l’essentiel pour ne pas faire mourir d’ennui nos lecteurs.

Tout d’abord, égayons-le un peu par quelques images. S’il avait devant lui, disons un peu plus de 7 minutes, nous ne saurions trop lui conseiller de regarder amoureusement son clip de campagne. Car Hervé-Marie Morelle a publié son propre clip, à lui tout seul. N’oublions pas qu’il fut costumier du Lip Dub de l’UMP, un gage de qualité dans un CV. En revanche son budget ayant dû se réduire au cours de la campagne (nous y reviendrons longuement, ne soyez pas si impatients), il a dû faire les moyens du bord pour le mixage du son. Aussi au dessus de cette magnifique musique champêtre entrainante, la voix off caverneuse des toilettes de la célèbre brasserie lilloise Chez Morelle gâche quelque peu le rendu. De même que les enchaînements maladroitement maîtrisés de Windows Movie Maker coupent parfois les dithyrambes déclamés en l’honneur du candidat en pleine acmé… Mais soyez indulgents braves amis, et reconnaissez la densité de l’action de l’intrigue : Hervé-Marie parle aux jeunes Pop' du marché de Wazemmes, Hervé-Marie filme dans le métro et son image reflète dans la vitre (oh la belle anamorphose), Hervé-Marie parle dans un micro sans que l’on puisse apprécier l’assistance, Hervé-Marie parle à ceux qui tractent avec lui mais qui prétendent qu’ils sont de simples citoyens…

 

 

Je ne doute pas un instant que ces images vous ont illuminé votre journée. Et je suis sûr, qu’après coup, certains d’entre vous regrettent de ne pas avoir glissé dans l’urne ce magnifique bulletin qui exprime tant d’humilité, surtout comparé à ceux de ses adversaires :


Tracts

D’autant que notre pauvre ami a beaucoup souffert durant sa campagne. Pensez donc ma brave Dame vous n’imaginez même pas.

Tout commença par son méchant mandataire financier qui voulut provoquer un scandale en divulguant à la presse des informations forcément erronées sur les comptes de campagne d’Hervé-Marie. Jean-Claude Puchaux expliquait que le candidat investi par l’UMP avait explosé les 28000 euros de son budget (!!!! pour ma part il s'est monté à 800 euros...) et qu’il avait dû demander une rallonge de 5000 euros pour éponger ses dettes de campagne de la cantonale… Fort heureusement, l’impétrant revint sur ses mots, et expliqua avec clarté et beaucoup de crédibilité qu’il s’agissait d’une fausse alerte. D’ailleurs, Monsieur Puchaux dut jeter l’éponge en pleine campagne pour raisons médicales.

Sauf que l’affaire n’en resta pas là. A moins d’une semaine du scrutin, la femme du mandataire décida de porter plainte pour, tenez-vous bien "détournement de fonds et abus de confiance". L’occasion pour Monsieur Puchaux d’affirmer que les raisons médicales avancées pour son retrait n’étaient que… diplomatiques :

"Je n'étais jamais mis au courant des dépenses, on me cachait tout. Je découvrais bien après des factures faramineuses, alors que je suis censé donner les ordres d'achat" pestait alors celui qui n’était plus le mandataire financier d’Hervé-Marie Morelle.

C’est alors qu’une deuxième plainte vint confirmer la première, cette fois-ci de la part du mandataire lui-même (et non plus de sa femme, vous suivez ?) dans l’entre-deux tours, histoire que tout le monde saisisse bien les tenants et les aboutissants de l’affaire : usurpation d'identité, faux et usage de faux. "En cause, les documents financiers de la campagne électorale que Morelle aurait signé en lieu et place de la seule personne autorisée à le faire : le mandataire."


HMeuhmeuh

Pauvre Hervé-Marie. Attaqué en pleine campagne dans de sombres affaires de financement ce dont Eric Dillies, candidat pour le FN, s’est fait le porte voix en diffusant des tracts (une tradition du parti, même si le candidat Morelle peut d’être estimé heureux de ne pas avoir été grimé avec la moustache d’Hitler comme ce fut le cas pour un fameux candidat dans le 11ème du Pas-de-Calais), il a décidé de contre-attaquer… Et on le comprend : ce n’est pas seulement sa campagne des législatives qui encourt l’invalidation mais aussi celle des cantonales.

Mais comme le proverbe le dit, jamais deux sans trois. C’est donc un troisième procès qui devrait s’ouvrir pour Hervé-Marie Morelle après ces législatives. Il n’est alors plus question de détournement de fonds, mais toujours d’usurpation d’identité. Le Douaisis dont il est originaire serait-il une terre fertile en carnavals et autres bals masqués pour qu’à ce point notre petit Hervé-Marie ait prit goût à travestir son identité en toute occasion ? Toujours est-il que cette fois-ci c’est un militant UMP qui s’en plaint. L’objet du délit ne se trouve plus sur le Web. Mais comme je ne puis rester sans récompenser votre patience, je vous offre les preuves de l’objet du délit : le site qu’Hervé-Marie Morelle a dédié à… Bernard Roman. Oui, car si notre valeureux candidat se plaint à présent d’avoir été victime d’une cabale et de calomnies, il n’a pas hésité, lui, à communiquer seulement sur les idées, sans le goût de la caricature, sans approcher aux limites de la diffamation. C’est cela aussi les valeurs de l’UMP.

Ainsi, sur feu Tournonslapageduroman.fr, plusieurs questions s’orientent autour du "sulfureux" Bernard Roman, qui est au cœur de courts articles argumentés de déclarations de cadres de l’UMP :

Bernard Roman est-il un député indigne ?

 Roman indigne

Roman est-il un stalinien ?

 Roman stalinien

Roman : un franc-maçon est-il prêt à tout ?

 Roman FM

Roman, candidat à sa succession à l’âge de la retraite

 Roman retraite

Et pour finir le très raffiné "Roman et DSK"

 Roman DSK

On le voit, tout n’est que nuances, délicatesses et tirs à fleurets mouchetés, au-delà de toute indignité possible.

Seulement voilà : David Guenard, qui avait donné son accord verbal pour un site, a découvert que celui-ci avait bel et bien ouvert et que son nom était évoqué sans son accord : "j'avais donné un accord verbal pour l'aider à créer un site mais, ensuite, je n'avais plus eu de nouvelles. Il y a eu usurpation d'identité, en plus des propos diffamatoires. Je suis majeur, je n'ai pas demandé l'avis des cadres de l'UMP. Ça fait des années qu'on le couvre, là c'est le pompom (sic) !"


Capture-d-ecran-2012-06-20-a-21.41.54.png

Ainsi vont devoir se terminer les aventures rocambolesques et drôlatiques d’Hervé-Marie Morelle, l’homme qui fit une campagne "cent fautes" aux législatives. Oh, je vous ai épargné encore quelques perles comme le fait d'avoir réservé le financement provenant de ses voix du 1er tour au CNIP, Centre National des indépendants et des paysans, alors que c'est l'UMP qui a financé sa campagne, mais aussi sa déclaration à DirectLille quand il estime qu’en 2012 "les gens sont propres, ils se lavent tous les jours" ou encore sur le fait qu’il se fasse accompagner au tractage sur le marché de Wazemmes par Eric Portejoie, candidat aux cantonales 2004 pour le compte du… FN.

Mais heureusement toutes les bonnes choses n’ont pas nécessairement une fin. Il vous suffira d’ouvrir les pages "Justice" de vos quotidiens régionaux pour connaître la suite et la fin des pérégrinations d’Hervé-Marie Morelle. Je suis sûr que vous en salivez d’avance…

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 09:23

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

Marine Le Pen et son équipe FN à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la présidente du Front national n’a pas raté son année électorale. Disons-le même avec franchise : c’est certainement elle qui sort grand vainqueur de cette année 2012, si l’on excepte le PS, qui devra tout de même composer avec une crise européenne de plus en plus périlleuse, ce qui n’annonce pas des lendemains qui chantent pour les élections à venir. Le FN n’a pas ce genre de soucis, n’ayant la tête d’aucun exécutif.

 

La feuille de route pour 2012 de la Madone de Saint-Cloud était claire et comportait trois objectifs, dont le dernier s’est dessiné en cours d’année.

 

1. Le premier était de renflouer les finances du parti. On le sait, le FN s’est très mal remis de sa scission de 1999 avec les mégrétistes et son conflit avec l’imprimeur Le Rachinel contraignit le parti à se séparer de son célèbre Paquebot, après des mois de doutes et l’épée de Damoclès de la faillite du parti en suspens. L’objectif était donc de faire le plein de voix au 1er tour des législatives, qui subordonne le financement de l’État à raison de 1,63 euro par an et par électeur.

 

Oubliés, les 4,29% de 2007 : avec plus de 3,5 millions de voix, le Front national obtient près de 6 millions d’euros de financement de l’état pour les cinq années à venir. Un véritable trésor de guerre qui aura toute son importance, surtout pour un parti qui se définit comme "une entreprise", comme l’a rappelé la toute fraîchement élue Marion Maréchal-Le Pen.

 




2. Le deuxième tenait à la méthode employée pour maximiser le financement : dédiaboliser le FN. Et cette fois-ci, le coup fut double : voter pour Marine Le Pen s’assume bien plus que voter pour le FN de Jean-Marie, comme l’a démontré encore une fois "Envoyé spécial" du jeudi 14 juin dernier dans son reportage à Hénin-Beaumont. Les langues se délient et aujourd’hui, les sympathisants ne se cachent plus.

 

Mais au-delà de ce vote décomplexé, c’est bien évidemment vers la droite que les yeux se tournent. Comprenant la faillite de Sarkozy, l’ancien président l’ayant compris lui-même, l’UMP n’a pas rechigné à faire les poches du Front national pour tenter le tout pour le tout. En allant encore plus loin qu’en 2007, quand Nicolas Sarkozy était parvenu à siphonner les voix de Jean-Marie Le Pen.

 

Cette fois-ci, ce fut l’artillerie lourde qui fut choisie : on commença par s’approprier une idée du programme comme la présomption de légitime défense des policiers, ce qui revenait à préparer un État de non droit pour les citoyens français, puis distiller des images anxiogènes comme le fameux panneau  "douane" écrit en français et en arabe dans le spot de campagne de l’entre deux tours (sans parler du spot des législatives).

 

Enfin et surtout faire sortir du bois, tous ceux qui, dans leur for intérieur, pensaient comme Marine Le Pen et ses électeurs. Nadine Morano en fut l’illustration la plus baroque quand, quelques minutes à peine après 20h au soir du 1er tour des législatives, elle lança un appel sans ambigüité au Front National avec une indécence et un cynisme tels qu’ils firent voler en éclats la digue, la fameuse qui séparait l’extrême droite de la droite républicaine. Puis il y eut la une de Minute, "l’affaire Dahan".

 

Nadine Morano piégée dans un canular par Gérald Dahan

 

D’autres s’engouffrèrent dans le courant. Si bien que la digue ne se trouve plus entre les deux, mais bel et bien au milieu de l’UMP à présent. Non seulement Marine Le Pen est parvenue à rendre fréquentable son parti, à dédiaboliser ses idées, mais encore plus fort, elle est parvenue à imposer ses thèmes et ses "valeurs" à la droite toute entière. Et tous ceux qui paradent en expliquant que cette stratégie fut perdante puisque Morano, Guéant et autres Barèges ont perdu lors de ces législatives, ont un peu trop oublié qu’il y a plus important qu’une victoire pour mesurer l’ampleur des dégâts : l’assimilation au sein même de la République des idées du Front national.

 

3. Le troisième objectif était, lui, de faire élire un maximum de cadres du FN. Celui-ci est venu en cours de route car le scrutin majoritaire n’a jamais favorisé ce parti et en janvier dernier, Marine Le Pen ne se faisait guère d’illusions quant à l’idée de voir un successeur aux Stirbois. Mais l’appétit venant en mangeant, les présidentielles ayant accouché du plus gros score que le FN n’ait jamais obtenu, et surtout la mise en scène médiatico-politique de cet affrontement aussi bestial que contre-productif entre les présidents des deux Fronts, Mélenchon travestissant son combat salutaire de la présidentielle en pathétique guerre des egos, ont permis à Marine Le Pen de voir plus loin.

 

Marine Le Pen future candidate unitaire de la droite ?

 

Gilbert Collard et la nièce de Marine, Marion Maréchal Le Pen, ont donc permis d’atteindre ce troisième objectif inespéré. Et il aura fallu 118 voix pour empêcher Marine Le Pen de faire le grand chelem. Mais tous ceux qui voient en cet échec sur le fil une victoire sur le FN se font des illusions : son score à Hénin-Beaumont lui permet d’envisager sereinement les municipales en pouvant même espérer une élection dès le premier tour pour le local Steeve Briois.

 

Et au-delà de cette prise symbolique d’un bastion de gauche, c’est la bataille pour 2017 qui a déjà commencé. Et nul ne sait à présent si, à force d’avoir cédé à la tentation bassement électoraliste de flatter la xénophobie, la droite ne s’est pas trouvée malgré elle sa candidate, si ce n’est naturelle, disons légitime. Pauvre République.

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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 09:22

François Bayrou à Bizanos, le 17 juin 2012 (G.COLLET/SIPA).

François Bayrou à Bizanos, le 17 juin 2012 (G.COLLET/SIPA).

 

Les législatives ont définitivement rendu leur verdict. Peut-on réellement parler de surprises ?

 

La gauche a confirmé son élan de l’élection présidentielle, un classique de la Ve République, avec un PS qui détient à lui seul la majorité absolue. Un groupe Europe Écologie-les Verts va sans doute voir le jour à l’Assemblée pour ce qui convient d’appeler le "casse" du siècle. L'UMP est à la dérive, après avoir fait la manche en piquant dans les poches du FN. Et ce même FN fait son entrée à l’Assemblée nationale puisque les électeurs auront finalement préféré l’original à la copie.

 

Et le MoDem dans tout cela ? Bien peu de choses. François Bayrou, comme prévu, n’a pas résisté à sa triangulaire, comme ce fut déjà le cas à Pau lors des municipales de 2008. Quand à Jean Lassalle, il a lui triomphé non sans mal, après le ralliement de l’UMP, dans la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques.

 

Ces deux destins résonnent comme le palindrome le plus éclairant : le MoDem ne sera jamais parvenu à se frayer une ligne claire, indépendante et libre aux côtés des deux grands épouvantails du bipartisme.

 

Il lui aurait fallu attendre la chute de l’un des deux, comme Bayrou en profita en 2007 avec la faiblesse de la candidature de Ségolène Royal. L'incapacité de celle-ci à mettre la main sur le PS lors du congrès de Reims à l’automne 2008, dans les conditions que l’on sait, aura scellé les si grands espoirs du MoDem. Le PS peut à ce titre remercier Martine Aubry.

 

Une drôle de tradition

 

Étrange tradition que celle qui veut que le chef de gouvernement tout fraichement nommé dépose sa démission au lendemain des législatives alors même que son parti vient de dominer ces élections. Une épée de Damoclès planait sur la tête des ministres qui s’étaient portés candidats, certains renonçant même à courir ce risque comme Najat Vallaud-Belkacem.

 

Au final, personne n’a mordu la poussière. Les seules figures de proue à avoir échoué n’avaient pas été nommées : Jack Lang, qui a vu son parachute se coincer en pleine descente, après une carrière si riche en saut périlleux à haut vol. Et bien évidemment Ségolène Royal, qui a payé au prix fort des rôles distribués à l’avance et le "deux poids deux mesures" insolent du PS, capable d’avoir l’arrogance de demander à Falorni de se retirer à La Rochelle tout en demandant à Slimane Tir, pourtant arrivé second derrière Dominique Baert, dissident PS à Roubaix, de se maintenir.

 

La sanction sera sans pitié : les deux candidats de la majorité présidentielle feront moins de 40% des voix au second tour.

 

Les communistes refusent de participer

 

Aussi, la tentation est grande de vouloir donner son lot de consolation. Le perchoir promis à Ségolène Royal devait sécher les larmes coulées de désespoir de voir ses illusions présidentielles se dissoudre brutalement. Un ministère pourrait bien effacer ce tweet qu’elle maudira longtemps.

 

Mais le remaniement ministériel pourrait voir d’autres surprises que ces opérations de maintenance internes et cosmétiques. Conscient que François Hollande a été élu avec un score beaucoup plus serré que les sept mois de campagne ne le laissent présager, Jean-Marc Ayrault ne peut se contenter de servir son parti. François Hollande n’a pas laissé entendre que sa politique serait seulement et simplement partisane. Alors ce lundi matin, sitôt l’annonce de la démission du gouvernement connue, des voix ont commencé à se faire entendre.

 

Claude Bartolone a ainsi évoqué la possibilité de faire entrer des communistes au gouvernement. Une éventualité balayée dans la foulée par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, qui aurait expliqué que "les conditions n’étaient pas réunies" dans un congrès tenu à huis clos.

 

Le centre doit changer de stratégie

 

Entre temps, une autre voix s’est fait entendre. Et celle-ci aurait de quoi expliquer les réticences du PCF : celle de François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat. Il s’est déclaréfavorable à l’entrée du MoDem au gouvernement : "Même si cela ne dépend pas de moi mais du président de la République, je suis favorable à ce que ceux qui ont soutenu ou voté François Hollande soient représentés ou associés d'une manière ou d'une autre au gouvernement, donc des membres du MoDem", a-t-il déclaré.

 

L’on remarquera l’alternative remarquable : "soutenu ou voté", qui n’exclut donc pas François Bayrou, qui, s’il avait laissé libres ses électeurs de choisir, s’était prononcé à titre personnel pour François Hollande.

 

Cette éventualité ne sera pas sans faire grincer quelques dents, y compris au sein du MoDem, mais elle réjouira ceux qui sont partisans d’un changement de stratégie chez les centristes. Partisans dont je fais partie.

 

J'ai expliqué que le MoDem s’abîmait à vouloir rester indépendant sans ne plus rien représenter. Le mouvement de François Bayrou doit avoir la lucidité de comprendre que son pari (car c’était un pari de croire que l’on pouvait faire mentir les lois mécaniques de la Vème République qui accouchent naturellement du bipartisme) a échoué.

 

C’est en travaillant avec les autres et avec courage que les valeurs démocrates triompheront. Le MoDem ne peut pas se contenter de désirer ardemment l’union nationale et refuser de mettre les mains dans le cambouis s’il n’en est pas le centre. Ce serait folie et arrogance de le prétendre et d’un sectarisme au moins aussi trempé que celui qu’il reproche aux deux grands.

 

Rompre l'isolement

 

Quand des valeurs se partagent, et nos visions sur la société se rejoignent, pourquoi ne pas travailler sur certains sujets ?

 

Nous sommes les premiers à estimer que certains domaines sont trop essentiels pour ne pas s’abîmer dans les querelles partisanes, comme l’éducation par exemple : pourquoi le croire en théorie et le refuser en pratique ? C’est avec humilité que nous devons, non pas réclamer des maroquins, mais nous rendre disponibles pour travailler au service des Français. Ni plus, ni moins.

 

Et si François Bayrou mettait son orgueil dans sa poche et acceptais d’entrer au gouvernement Ayrault ? Dimanche soir, il a assumé avec une incomparable élégance sa défaite. Dans la dignité. Son discours empreint de noblesse avec des allures de tragédies.

 

Le président du MoDem a alors esquissé l’éventualité d’une situation qui s’aggraverait pour revenir sur le devant de la scène. Mais pourquoi attendre que tout aille mal pour agir, maintenant ?

 

Une même vision de la France

 

Le Béarnais a dit vouloir prendre du recul, mais combien sont ceux qui reconnaissent son talent, son courage politique et sa vision ? Qui ne sait aussi qu'au-delà du président du MoDem, des femmes et des hommes ont construit ce mouvement sur des valeurs que nul ne conteste aujourd'hui ?

 

Certains disent même que Hollande a été élu avec un programme socialiste et gouvernera avec celui de François Bayrou... Sans prendre à la lettre cette boutade, qui oserait prétendre au MoDem ne pas se reconnaître dans la vision de la France du programme de François Hollande sans se renier un peu ?

 

Encore une fois, il n’est nulle question de renier ce que l’on est. Nous avons un désaccord profond avec le budget annoncé et les projections de croissance qui sont contradictoires avec ce qu’annoncent les spécialistes de la question.

 

En ce sens, nous sommes plus que réservés sur les 60.000 postes dans l’éducation et les 150.000 emplois avenir. Mais combien de fois faudra-t-il rappeler que l’on peut toujours amender des promesses faites dans la démagogie d’une campagne quand on ne peut s’accommoder de la prostitution des valeurs opérées par la droite et Nicolas Sarkozy ?

 

Ce qui fut intenable il y a cinq ans devient possible aujourd’hui. Pour Bayrou, mais aussi pour tous ceux qui autour de lui partagent les valeurs du MoDem, avec fidélité depuis un lustre, et certains même davantage. À condition, bien évidemment, d’y mettre un peu d’humilité et beaucoup de courage.

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14 juin 2012 4 14 /06 /juin /2012 09:21

Ségolène Royal et Olivier Falorni à Paris et la Rochelle en 2011 et 2012 (X.LEOTY/A.KLEIN/AFP)

 Ségolène Royal et Olivier Falorni à Paris et la Rochelle en 2011 et 2012 (X.LEOTY/A.KLEIN/AFP).

 

Le feuilleton Trierweiler n’en finit plus de battre son plein. Exercice de style rébarbatif dans lequel chacun croit trouver le ton juste. En vain.

 

L’UMP use et abuse d’une mauvaise foi sans nom, oscillant entre humour noir et condescendance, tout heureux de voir sa danse de Salomé avec le Front national glisser au second plan.

 

Pourtant, la honte devrait leur interdire toute suffisance : entre Nadine Morano qui s’exhibe en une de l'hebdomadaire Minute, d’autres qui se trouvent des valeurs communes avec Marine Le Pen, ou encore Nathalie Kosciusko-Morizet, dont on avait du mal à reconnaître en elle en début de semaine l’auteur du livre "Le Front antinational"…

 

Tout laisse à croire que la droite va encore plus loin que l’épisode de 1998 qui avait vu des présidents de régions se faire élire par les voix du FN.

 

L'indécence des parachutages

 

Le PS lui n’en finit plus de flinguer celle qui refuse qu’on la considère comme la "Première dame de France", en la désignant comme l’âne malade de la peste, à qui le lion François Hollande a laissé une liberté qu’il faudrait à présent restreindre à tout prix.

 

Haro sur le baudet. S’il fallait trouver une seule responsable, celle par qui tous les maux naissent, à commencer par une probable répercussion lors du second tour des législatives, ce serait donc elle, Valérie Trierweiler.

 

Ces acteurs de la vie politique se trompent de cible. La seule responsable de tout cela, c’est Ségolène Royal, ou plus précisément la candidature de Ségolène Royal. Et sa défaite annoncée par un sondage mercredi soir, dans des proportions larges, laisse à penser qu’elle serait avant tout une victoire morale. Une double victoire morale même.

 

Tout d’abord, cette défaite condamnerait au fer rouge l’indécent partage des postes qui a eu lieu, non pas au lendemain de l’élection de François Hollande mais dès la fin des primaires socialistes.

 

Voulant obtenir de l’ancienne candidate son implication la plus ostensible pour la présidentielle à venir, et de peur qu’elle ne rende la monnaie de la pièce à ceux qui ne s’étaient pas pressés pour en faire autant en 2007, Martine Aubry et François Hollande avaient promis de sécher les larmes de la "présidente du Poitou" pour lui offrir la tant convoitée place au perchoir de l'Assemblée. Nous n’étions qu’à l’automne 2011.

 

Cynique promesse qui faisait fi de la démocratie, qui elle n’avait pas encore décidé. Mais dans ce beau monde politique, les sièges ne se briguent pas : ils s’échangent et se promettent. La politique est un métier et à un mandat perdu se succède un autre tout fraichement gagné.

 

Le jeu démocratique bafoué

 

Mais au-delà de cette éternelle distribution de cadeaux de Noël qui empêche le renouvellement de la classe politique et qui fait de nos élus des notables d’assemblée, "cumulards" et "rempilards", la défaite de Ségolène Royal punirait comme il se doit l’autre affront fait par la gauche à la règle républicaine et démocratique. Car la gauche a instauré une règle à géométrie variable, c’est le moins que l’on puisse dire.

 

En quoi consiste-t-elle ? Afin de préserver toutes les chances de la gauche et d’éviter des triangulaires qui pourraient rendre marris deux de leurs listes, la règle veut que le candidat de gauche arrivé derrière un autre laisse automatiquement sa place au second tour.

 

C’est au nom de cette règle, qui garantit en théorie la victoire au clan de gauche, que le PS a demandé à Olivier Falorni, dissident PS, de se retirer au profit de Ségolène Royal.

 

Seulement voilà : la règle a été faite pour éviter des triangulaires qui profiteraient à la droite. Elle n’a pas été crée pour laisser seul un candidat au second tour, niant ainsi le jeu démocratique. On se plaint de la désaffection de nos citoyens pour la politique et on propose un second tour où un seul candidat resterait en lice ? Mais de qui se moque-t-on ?

 

Un épisode tragique pour le PS

 

En outre comment expliquer qu’à la Rochelle, on demande à Olivier Falorni, arrivé second de se retirer quand dans le même cas de figure, Slimane Tir à Roubaix, arrivé deuxième avec moins de 10% des inscrits est encouragé à se maintenir face à Dominique Baert, dissident de gauche ? Le deux poids deux mesures s’appliquerait-il donc sans morale au PS ?

 

La vérité, c’est que cet épisode est tragique. Tragique pour le PS qui montre, une fois de plus, que sa persistance au sectarisme et à la survie clanique l’emportent toujours sur le service rendu au citoyen.

 

Tragique aussi pour la classe politique dans son ensemble, puisque les citoyens assistent, éberlués, à ce jeu cynique de candidat, de voix et de report se décliner sous leurs yeux et dans les colonnes des journaux, bien loin de leurs préoccupations quotidiennes et des programmes sur lesquels les débats d’une élection devraient en principe porter.

 

La défaite de Ségolène Royal doit marquer un avertissement pour le PS : il ne faut plus se jouer de la sorte de la démocratie. C’est par ce genre d’ingérence que certains cadres de l’UMP vagabondent sur les contrées de la "Madone de Saint-Cloud", qui, quoi qu’il arrive à présent, sortira comme la grande vainqueur de ces législatives.

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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 09:21

François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 

François Bayrou ne siègera plus à l’Assemblée nationale, pour la première fois depuis 1986. Arrivé second avec seulement 23,63% des voix au premier tour, il n’a pu empêcher une triangulaire, chacun des deux camps réaffirmant sa volonté de se maintenir. La même équation sur laquelle il avait trébuché aux élections municipales de Pau en 2008. Et tout un symbole : pris en étau entre le PS et l’UMP, il va devoir rendre les armes. Non sans panache. Comme si le centre ne pouvait exister dans ce monde bipolaire.

 

Mauvaise foi ?

 

Au sein du MoDem, on a jeté les dernières forces en faisant de la circonscription de Bayrou une histoire d’honneur, quitte à oublier que le MoDem a cinq autres candidats présents au second tour.Une misère pour un mouvement né d'un élan populaire ayant rassemblé sept millions de personnes il y a cinq ans tout juste.

 

Comme très souvent dans notre mouvement, on rejette la faute sur les autres. Le PS et l’UMP. Les médias. Ou encore la malchance. Cette réticence à se remettre en question est certainement l’once de mauvaise foi commune à bien des familles politiques, mais il faut bien avouer qu’elle est tenace au MoDem, comme avait déjà pu le constater un journaliste de "Nord Éclair" durant la campagne des législatives.

 

Quelques reproches au PS

 

Pour autant, il ne faudrait pas être aveugle face à la situation personnelle de François Bayrou, qui tient autant à sa stratégie, sur laquelle nous reviendrons, qu’au sectarisme du PS, comme l’analyse avec justesse Daniel Cohn-Bendit :

 

"Comment définir l'attitude du Parti socialiste dans cette affaire ? Myopie ? Sectarisme ? Toujours est-il qu'ils n'ont pas compris, ou qu'ils n'ont pas voulu comprendre, que ce geste aurait eu une portée symbolique forte."

 

Martine Aubry avait joué, surjoué même, les effarouchées, en expliquant qu’en démocratie cela ne se faisait pas de retirer une candidate au nom du courage de Bayrou dans l’entre-deux tours de la présidentielle. La première secrétaire du Parti socialiste n’a pas seulement oublié que François Hollande doit certainement son élection aux électeurs du MoDem.

 

Elle a aussi occulté des pratiques à géométrie variable au sein même de la gauche. Et les législatives le confirment : comment expliquer que le PS appelle Olivier Falorni à se retirer face à Ségolène Royal, en lui demandant d’appliquer la règle qui veut que seule reste la meilleure candidature de gauche au second tour. Et, dans le même temps, soutienne Slimane Tir sur la 8e circonscription du Nord, le candidat symbole de l’accord PS/EELV, alors qu’il rencontre Dominique Baert, maire de Wattrelos et membre du PS avant sa dissidence des législatives ?

 

Le PS n’en est plus à une contradiction près. Mais il serait trop simple, voire simpliste, d’en faire le seul responsable de l’échec de François Bayrou et plus généralement du MoDem. Car il est une chose qui est désormais certaine, et ce même s’il y a miracle dimanche dans la 2e circonscription des Pyrénées-atlantiques : François Bayrou a échoué dans sa volonté de faire du centre une force libre, indépendante et en position de gouverner.

 

On peut toujours trouver des raisons dans le système même de nos institutions : tant qu’il n’y aura pas de proportionnelle raisonnable, aucune force politique durable ne pourra se frayer une place lui permettant de jouer une minorité d’arbitrage entre les "deux grands". Seule, elle est tenue de travailler avec l’un ou l’autre camp. Les Verts s’en sont bien rendus compte en 2009 après des européennes qui les avaient vus menacer au dixième près le PS, et le Front de Gauche commence déjà à déchanter après une présidentielle particulièrement réussie. Les forces qui veulent exister au-delà des deux grands partis sont soit centrifugées, soit marginalisées en force centripète. Sans force d’action.

 

L'absence de stratégie productive

 

Mais les institutions, seules, n’expliquent pas tout. Comment oublier aussi les erreurs de stratégie, et disons-le avec franchise, l’absence de stratégie productive de François Bayrou depuis cinq ans ?

 

Qu’allait-il faire, par exemple, dans la galère des municipales de 2008 à Pau, lui qui avait tout à perdre, et qui a tout perdu dans l’affaire, alors que les candidats des autres villes attendaient son soutien pour dynamiser leur campagne ? Que reste-t-il de cette élection si ce n’est cette tâche sombre d’un combat perdu et ce sentiment épouvantable d’une folle girouette qui s’allie au PS à Lille et soutient Juppé à Bordeaux ? Bien évidemment, pour le membre du MoDem que je suis, il y avait une cohérence, puisque notre grille de lecture est celle des valeurs et non celle de l’étiage droite/gauche. Mais quelle arrogance de vouloir imposer sa grille de lecture quand on n’a pas pris la peine de s’assurer que la pédagogie avait fait son œuvre…

 

Qu’allait-il faire aussi dans la galère de l’émission d’Arlette Chabot lors des européennes quand il voulut faire "un coup", comme il le confia au bureau stratégique du MoDem deux jours auparavant, devant la mine défaite de ses cadres qui tentèrent en vain d’exprimer leur doute raisonnable ? Mais François Bayrou n’écouta pas, comme trop souvent. Et il suivit son instinct. En une émission, le MoDem venait d’être abattu en plein vol. Il perdit quatre points en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Et pourtant, François Bayrou n’était même pas candidat…

 

Des mauvais paris

 

Négligeant les élections intermédiaires en se fiant à sa seule foi en SON destin présidentiel, François Bayrou a multiplié les mauvais paris, comme celui de l’explosion du PS en 2008/2009, oubliant que la puissance de l’appareil était plus fort que la réalité des urnes.

 

Le Béarnais a laissé en chemin tout pragmatisme dans sa volonté d’indépendance : il a prôné depuis des années l’"union nationale", mais il est incapable de prendre son téléphone et de préparer une stratégie de travail autour des valeurs, ne serait-ce que sur quelques points essentiels pour faire avancer sa cause.

 

Pourquoi ? Simplement parce que François Bayrou a eu l’arrogance de croire que l’"union nationale" ne pouvait voir le jour que s’il en était lui-même le centre. Narcissisme. J’ai souvent utilisé l’image de l’hydre à deux têtes pour nommer le bipartisme. Mais la métaphore sied si bien au président du MoDem !

 

Lui aussi est une hydre à deux têtes.

 

L’une est celle du philosophe, qui s’opposa vigoureusement, et avec quel talent, au sophiste Sarkozy. Le diagnostic et la vision ne lui font jamais défaut. Le François Bayrou que j’admire et respecte tant. L’homme qui parvient toujours à une analyse équilibrée et une éthique irréprochable. Celui qui a compris que ce n’est pas en divisant les Français que l’on remporte les guerres, mais en faisant fi de nos lubies partisanes pour se mettre au service des Français. C’est au nom de ces valeurs que je me suis présenté devant le suffrage universel lors de ces législatives sur la 1ère circonscription du Nord.

 

Mais l’hydre a deux têtes…

 

L’autre est celle de la bête politique, l’obsédé de la présidentielle, dont les contradictions sont plus fortes que les cohérences et dont les fulgurances, pas toujours heureuses, se substituent parfois au pragmatisme. Comment prétendre vouloir faire de la politique "autrement" et croire comme tout le monde que la présidentielle est la rencontre entre un homme et le peuple ? Comment vouloir casser le crétinisme bipartite et ne proposer que des accommodements du système existant ?

 

Pas le courage de ses ambitions

 

François Bayrou, en réalité, n’a jamais eu le courage de ses ambitions : celles du centrisme révolutionnaire que proposait d’ailleurs Jean-François Kahn. Ce centrisme qui viendrait renverser la table. Ce centrisme qui aurait dû commencer par renoncer à son propre nom : car comment incarner "autre chose" quand on se place "au centre" de ce que l’on rejette ?

 

Aujourd’hui, la situation paraît plus bloquée que jamais. Non la révolution n’aura pas lieu. Pour cinq ans ? Au moins… Jean-Marie Vanlerenberghe et Christophe Madrolle proposent une autre voie, opposée l’une à l’autre mais cohérente : celle qui consiste à travailler avec les partis existants. Le premier souhaite revenir aux "origines" du centre-droit, qu’il estime plus naturelles, le second préfère revenir à ses propres origines, et qui semblent celles partagées par ceux qui sont en majorité arrivés depuis 2007, celle du centre-gauche.

 

Dans tous les cas, il ne faudra pas se contenter de proclamer sa liberté quand en réalité ce n’est pas être indépendant que de n’être plus rien du tout. Les valeurs doivent guider les hommes, mais à quoi servent-elles quand elles guident l’inaction ?

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8 juin 2012 5 08 /06 /juin /2012 09:20

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (VALERY HACHE/ PIERRE VERDY/AFP)

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (VALERY HACHE/ PIERRE VERDY/AFP)

 

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’après quatre décennies de vie publique, nul ne peut ignorer que Jean-Marie Le Pen est devenu le maître de la blague nazi. De la célèbre réplique "Durafour crématoire", jusqu’au nez insoupçonné d’un journaliste en passant par les vers de Brasillach, le florilège du président d’honneur du Front national pourrait remplir un exemplaire entier de la Pléiade. Puisse-t-on nous en préserver.

 

 

 

Mais il est une autre pierre d’angle de la famille Le Pen, c’est l’argent. Depuis les questionsd’héritage jusqu’au détournement de l’ISF, sans oublier les guerres de tranchées avec son imprimeur, les Le Pen ont toujours montré une aptitude à être sensible sur la question. 

 

Le dernier épisode en date est tout frais. Pensez donc : Madonna, lors du lancement de sa tournée mondiale, a affiché sur grand écran à Tel Aviv, la photographie de Marine Le Pen affublée de la célèbre moustache du Führer et d’une croix gammée. De quoi faire rire le fondateur du Front National ?

 

Point du tout !

 

Inutile d'ostraciser le FN, mais...

 

Alors, avant d’engager toute argumentation, autant le dire tout net : la provocation de Madonna est stérile et cet épisode nous montre que l’ancienne égérie des années 80 ferait mieux de se rhabiller à 50 ans passés plutôt que de radoter ce que l’on considérerait pour de l’insouciance chez une minette et qui apparaît ici comme un fonds de commerce pour le moins douteux.

 

De la même manière, j’avais trouvé la blague de Ruquier complètement déplacée et surtout improductive. Il ne faudra jamais le dire assez : on ne combat pas le FN en l’ostracisant, en l’insultant ou en disqualifiant ses électeurs, mais en démontant, sur le fond, un par un, ses arguments, pour mettre en exergue les insuffisances d’un programme fondé sur la séparation des Français, la peur, la haine de l’autre et une imposture laïque.

 

Ruquier Marine le Pen et la croix gammée par snoopyves1

 

Pour autant, la réaction de la statue du commandeur dont on apprend qu’il rédige ses mémoires(on en frémit d’avance) a de quoi faire sourire. Jaune.

 

Parce que Monsieur Le Pen n’a du tout aimé la provocation de la Madone. Il s’est même fâché tout rouge au point de vouloir lui réclamer… un million de dollars en dommage et intérêts. Rien que ça.

 

Un procès pour gagner de l'argent ?

 

Décidément, les Le Pen n’ont que le mot procès à leur bouche et tout est prétexte à gagner un maximum d’argent. Comme le démontre cette révélation d’une "source" au FN selon 20 minutes qui la cite juste après avoir fait parler Wallerand de St Just, Monsieur "procédure" au parti :

 

"On va gagner de l’argent avec le procès qu’on va faire !"

 

Bien évidemment, IMPOSSIBLE d’en déduire que l’action en justice pourrait être purement guidé par l’avidité…

 

Et pourquoi l'affaire du tract ne choque pas les Le Pen ?

 

Mais au-delà de ces considérations bassement pécuniaires, comment ne pas s’étonner de ce ton si offusqué quand, dans le même temps, un tract grimant Jean-Luc Mélenchon, qui ressemble à s’y méprendre à ceux du début de la semaine, le travestit en Hitler avec des camps de concentration en arrière plan ?

 

Nouveau faux tract anonyme

Nouveau faux tract anonyme (DR)

 

Comment ne pas voir l’œuvre insensée, indécente et pour le dire crument "gerbante" de certains militants ou pour le moins sympathisants FN qui se livrent avec ceux du Front de gauche à une guerre aussi stérile que destructrice pour l’image de la politique française ?

 

Jeudi soir, au journal de France 2, Marine Le Pen n’a pas voulu reconnaître la "paternité" du tract, mais son incapacité à le condamner et surtout sa propension à s’en réjouir ne laisse guère de doute sur l’origine de pareille propagande indigne.

 

Alors résumons : les Le Pen préfèrent la moustache d'Hitler sur Jean-Luc que sur Marine... Disons que c'est une question de goût. L’humour, c’est bien connu, c’est comme les couleurs…

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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 09:19

Elections - image d'illustration (P.EMILE/SIPA).

Elections - image d'illustration (SIPA)

 

Dans cette campagne législative, la tâche de la presse est complexe. Pensez donc : 577 circonscriptions, avec plus d’une dizaine de candidats pour chacune d’elles. Au total ce sont donc 6591 candidats qui se présenteront dimanche devant les électeurs.

 

Hors du clivage droite/gauche, point de salut

 

Aussi la tentation est grande de céder à la facilité. Et de réduire le débat politique à une opposition droite/gauche. Le même simplisme qui a été imposé à l’ensemble des Français lors de l'élection présidentielle, quand la Sarkhollandisation battait son plein. Seuls les combats de chats errants entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon venaient troubler l’ordre établi. Les élections passent, et les tics restent.

 

Dès lors, comment exister dans ce système si fermé ? On peut toujours utiliser les réseaux sociaux. Twitter suscite la curiosité de certains. Mais il faudrait être dupe pour croire que l’on peut faire campagne sur internet. Incontestablement, lnternet permet de diffuser des idées, de prendre des contacts ou de faire connaître son agenda. Mais ce n’est assurément pas sur ces contrées virtuelles que l’on obtient des voix.

 

Reste le cas de la presse locale. Souvent, elle fait œuvre de pédagogie. A Lille par exemple, le gratuit Direct Lille consacre quotidiennement sa page 3 à une circonscription. Un travail de pédagogie salutaire. 

 

Gay pride à Lille : les candidats "stars" dorlotés par les journalistes

 

Pour autant, malgré tous les efforts, les journalistes locaux tombent eux aussi dans l’ornière du bipartisme. J’en ai vécu l’amère expérience ce week-end.

Alors que se déroulait ce week-end la Gay Pride de Lille, sur le thème de "les promesses, ça suffit", l’occasion de revendiquer l’adoption du mariage gay, je fus invité par le président de la LGP Lille à venir défiler en tête de cortège, après qu'il a pris connaissance de mes positions sur le mariage gay, que j’avais exprimées ici même, et que le blog de Noël Mamère avait même relayé. C’est dire.

 

A 14h30, le défilé allait partir, quand une nuée de caméras et de photographes se ruèrent sur le député PS sortant, de la 1ère circonscription du Nord, mon adversaire donc, Bernard Roman. Oubliant un peu trop vite que la Gay Pride n’était pas apolitique, puisqu’elle défend des idées fortes, mais qu’elle se doit d’être "apartisane", le déjà trois fois député s'est longuement exprimé sur la question du mariage gay. J’étais à 3 mètres de lui, comme le montre cette photo :

 

 

Puis le défilé a débuté. Les caméras et les  photographes nous ont suivi durant 20 mètres, puis disparurent au bout de quelques minutes. C’est alors que le député sortant prit congé de ses hôtes en leur souhaitant bon défilé, et qu’il partit sans même me saluer. Pour ma part, comme je m’y étais engagé, je continuai de défiler durant plus de 2h45 pour accompagner la LGP Lille dans ce message fort que représente le mariage gay, qui n’est, ni plus, ni moins que la demande de l’application du pilier central de notre devise, l’égalité.

 

Entre temps, dans l’après midi, Bernard Roman publie ce tweet, un peu hâtivement à en juger par l’orthographe…

 

C’est vrai que sur ses 8 minutes de présence, l’ambiance fut festive, comme je lui rappelais :

 


En tous cas, le député sortant avait réussi son coup. Le lendemain, la presse locale, sous le titre "la Gay Pride, d’abord un message politique", n’évoqua que sa seule présence, alors que j’avais informé le matin même à l’ensemble de la presse de ma participation : "Bernard Roman, député PS sortant de la 1ére circonscription du Nord et Dalila Dendouga, adjointe à l'égalité des droits à la mairie de Lille, ont ouvert le cortège."

 

On le voit, être au PS et sortant, vous garantit le monopole de la lumière médiatique. Les Français vont-ils encore accepter longtemps de se faire forcer la main pour aller voter ? 

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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