Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
François Bayrou lors de l'université d'été du MoDem, à Guidel, le 28 septembre 2012 (GUMEZ/SIPA)
Traditionnellement, les universités de rentrée du MoDem fleurent toujours des lendemains qui chantent. Que ce soit celles de Seignosse qui en 2007 marquèrent la naissance du Mouvement démocrate, dans un puissant souffle d’espoir ou bien celles de 2011 à Giens qui annonçaient la présidentielle à venir. L’édition 2012 ne ressembla en rien aux précédentes. Quand 600 à 800 adhérents se réunirent à Guidel en Bretagne (contre 2000 habituellement), Jean-Luc Mélenchon transformait l’essai dans les rues parisiennes, avec une manifestation qui a réuni plusieurs dizaines de milliers d’opposants au traité européen. Sans oublier le hors-cadre politique avec l'interpellation spectaculaire de Nikola Karabatic...
Lavage de linge sale en public
Mais au-delà de cette transparence médiatique, ces universités de rentrée resteront surtout celles du règlement de compte organisé le samedi soir en séance plénière et à laquelle, à la surprise de bon nombres d’adhérents, furent conviés les journalistes, tout heureux d’assister à ce lavage de linge sale que l’on réserve traditionnellement aux cercles familiaux à huis clos.
Il faut dire que le moment était attendu. Les ateliers s’égrainèrent entre vendredi après midi et samedi soir sans qu’il ne soit question de la seule problématique qui occupait l’esprit des militants du MoDem : quel avenir pouvait-on envisager pour le parti centriste à l’heure où l’UDI est sur le point de réussir l’OPA de la décennie ? Les coulisses et les discussions informelles n’étaient obsédées que par cela.
Samedi soir donc, aux alentours de 19 heures, la séance débuta. Ne manquait le divan à en croire militants :
ou bien encore les journalistes :
Sur place, les intervenants se succédèrent un à un pour parler. De tout, de rien. Leur reproche. Leurs espoirs. Leurs volontés. Chacun y allant de bon cœur. Il faut dire que, depuis 5 ans, et l’enchaînement incessant et obsédant des défaites, qui vit le MoDem partir de presque 7 millions de voix et plus de 50.000 adhérents en 2007 pour aboutir à dix fois moins 5 ans plus tard, personne n’avait pu véritablement parler et oser parler. Parce qu’il y avait toujours la prochaine élection à construire.
Des militants déçus
Mais aussi et surtout parce que toute la stratégie du mouvement n’avait qu’un objectif, unique, et admis de tous : le destin présidentiel de François Bayrou. Toutes les échéances électorales furent ainsi minorées, improvisées avec amateurisme, occultant que le succès présidentiel se construit sur une armée d’élus.
Alors, chaque été, il ne fallait surtout pas tomber dans la sinistrose pour ne pas enrayer le nouvel élan à venir. Municipales 2008, européennes 2009, régionales 2010, cantonales 2011, présidentielles et législatives 2012 : un calendrier démentiel qui empêchait toute réflexion.
Septembre 2012 arrive donc à point nommé. Avec, à venir, plus de 20 mois sans scrutin. Une aubaine pour celui qui pense à construire ou reconstruire.
Alors les reproches tombent. Les regrets se dévoilent. Et l’animosité finit parfois par électriser l’atmosphère.
Les déroutes sont passées au crible sans concession :
Les discours de nos cadres jugés avec sévérité :
Capitaine abandonné
Et les appels se multiplient en toute contradiction, la salle se séparant en deux camps, fidèle à la fracture que connaît aujourd’hui le MoDem : ceux qui, dans le sillon de Jean-Marie Vanlerenberghe présent dans la salle, souhaitent que le MoDem rejoigne l’UDI, et se recentre à droite (sic) et ceux qui, dans celui de Jean-Luc Bennahmias, se revendiquent de la majorité présidentielle quand celle-ci n’a pas besoin de nous. Et François Bayrou, au centre, qui proclame indépendance et liberté, mais qui oublie qu’en capitaine abandonné, sa voix ne porte plus et ne peut plus influer.
Pour autant, l’on attend alors de François Bayrou, ou des cadres du Mouvement des réponses. En vain. Dans la salle, on s’étonne et s’impatiente. De réponses, il n’y en aura point encore :
Le spectacle est effarant pour ceux qui, sur place ou à distance, le suivent : François Bayrou ne dit mot et regarde impassiblement les adhérents se contredire et s’entre-déchirer. Expliquer que la comédie a assez duré. Démontrer que leur cohabitation n’est plus possible. Au point de laisser transparaître sur les réseaux sociaux des animosités que l’on croyait réservées à des opposants politiques :
Non, c’est bien au sein du MoDem que l’on ne se comprend plus. Que l’on explique tout simplement, avec toute la sincérité de ceux qui ont tant cru à cet idéal, que l’on ne peut plus continuer d’aller sur la même route avec des itinéraires qui défient les points cardinaux.
Alors François Bayrou allait-il ENFIN comprendre ? Allait-il enfin venir à bout de sa cécité pour voir que le point de non retour était arrivé, qu’il fallait à présent trancher ? Que nenni.
Le pâtre demanda à ses brebis de rester groupées et s’enorgueillit de cette franche discussion comme seule la famille centriste ose le faire. Mais que valent ces "discussions" quand on approche du divorce ? François Bayrou fait mine de rien, persistant à dire que l’on peut penser différemment et vivre ensemble, fidèle à l’adage dont il est si fier quand, à la tribune de la création de l’UMP en 2002, il osa dire, malgré les huées et les quolibets : "Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien."
Pourquoi tant d'obstination ?
Seulement voilà, François Bayrou a oublié qu’il ne s’agit pas de pensées différentes qui pourraient être complémentaires. Il est question de directions contradictoires qui voient l’une soutenir le gouvernement Ayrault, quand l’autre entend entrer en opposition considérant qu’elle ne peut travailler qu’avec la droite.
Comment peut-on faire vivre sous le même toit des familles qui se disputent même les murs porteurs ? Au nom de quoi ? D’une sémantique qui permet à chacun de se protéger sous le si pratique vocable "centriste" ? Dans un mouvement, il est important d’être vigilant sur les valeurs qui rassemblent mais il est essentiel, sinon vital de l’être sur celles qui séparent.
Pourquoi cette obstination chez François Bayrou ? Sans doute peut-on relire les propos, un peu acides certes, de Maurice Leroy, cité dans "Bayrou l’obstiné" de Rodolphe Geisler, paru au printemps dernier :
"Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre son système. En fait, je n’ai compris qu’après 2007 que François Bayrou ne voulait pas d’un vrai parti politique. Dans les autres partis, il y a de vrais bureaux politiques, de vrais conseils nationaux, etc. Pas chez Bayrou. Chez lui c’est la démocratie hall de gare. Il a conceptualisé le bordel. Comme ça, il garde le pouvoir. Et le candidat, c’est toujours lui !"
Et si le véritable problème, en effet, était bien cela ?