Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Huit mois après avoir fait du gringue à Cuisine TV
pour ses vœux, Hervé Morin distribue des préservatifs sur les plages de France pour défendre l’idée : "L’Euro te protège." Fallait y penser.
Le président du Nouveau Centre enfile les sorties médiatiques comme des perles afin de redorer son blason, lui qui bénéficie d’ une notoriété assez terne pour un ancien Ministre qui aura tenu plus de trois ans son portefeuille. Pour quelqu’un qui se dit éventuellement prêt à relever le défi de la présidentielle, l’élection d’un homme par excellence, la tâche parait même ardue puisque, à l’exception d’une pointe à 33% d’opinion favorable en 2009 et 2010, Hervé Morin stagne aux alentours de 25 %. Pire le nombre de personnes qui ne se prononcent pas l’emporte largement, autour de 60% en 2007 et encore à 38% aujourd’hui. Une conclusion s’impose : Hervé Morin laisse les Français indifférents.
Pourtant, il serait bon de se pencher quelque peu sur la personnalité d’Hervé Morin. Surtout s'il venait à se mêler aux débats de la prochaine présidentielle, faute d'avoir pu négocier davantage. Inutile pour cela de remonter très loin dans la biographie du bonhomme. Le dernier lustre suffit à nous éclairer.
Fidèle disciple de François Bayrou lors de la Présidentielle de 2007, le député-maire d'Epaignes n’avait pas d'homélies assez rudes pour condamner la conduite de Nicolas Sarkozy, en rappelant notamment que les atteintes aux personnes avaient augmenté de manière substantielle depuis 2002, alors que l'ancien Maire de Neuilly officiait Place Beauvau, qualifiant le futur "Ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale" de "gadget électoral", soulignant que le favori "était incapable de se rendre en banlieue alors qu’il avait prêché au Ministère de l’Intérieur pendant cinq ans." Sans oublier de marteler : "Le seul vote utile pour ceux qui n’ont pas envie de Nicolas Sarkozy, c’est Bayrou". La messe était dite.
Certains s'amusaient à dire qu'il était de loin le plus bigot et le plus fougueux pour accabler Nicolas Sarkozy de tous les maux. Il en sera légitimement récompensé pour justifier l'ouverture du nouveau locataire de l'Elysée avec un maroquin de trois longues années à la Défense. Le baptême fut vite expédié aux côtés des autres convertis de Kouchner à Besson. Miracle. Hervé Morin, comme par enchantement, avait retrouvé sa boussole. Lui qui affola les girouettes en ne reconnaissant plus, durant les quelques mois de campagne, la gauche de sa droite, à le croire.
La légende du Tartuffe venait de naître. Restait à bâtir sa paroisse. Il accusa François Bayrou d'apostasie, et bâtit son temple dès la rentrée 2007. Il reprit à son compte les textes sacrés et charma l'ensemble des disciples de celui qu'il avait quitté. Peu importe que les assemblées, composées seulement d'élus et de si peu d'adhérents, pussent se tenir dans une cabine téléphonique.
Tartuffe fut adoubé Seigneur des lieux. Mais afin de ne pas être taxé de secte, le Nouveau Centre dut participer aux législatives. Et comment procéder, quand on est pleinement inféodé au parti de la majorité présidentielle ? Facile. Il suffit tout simplement de jurer fidélité au saint des Saints et de négocier quelques circonscriptions afin de pouvoir bénéficier du financement public en réunissant 1% des voix dans un minimum de 50 circonscriptions. Restait à trouver des ouailles pour les ordonner dans ces fameuses chapelles qui attendaient preneur.
Esquisser un bout de paradis, et voyez comme l'église se remplit. Tartuffe s'en tira à bon compte. Pendant trois années, bon an, mal an, Tartuffe prospéra sans faire de bruit. Il faut dire qu'il ne rédigeait pas la messe. Il la lisait seulement. Psalmodie à la gloire de l'Unique. Avec ce qu'il faut d'ombre et de discrétion sur une dé-classification partielle des documents relatifs à l'affaire Karatchi et ses juteuses contributions au financement probable de la Présidentielle de 1995. Secret d'alcôve.
Mais, fin 2010, Sarkozy mit fin à son Vatican II. Fi de l'ouverture. Retour au dogme pur et dur. Exit les petites paroisses témoin. Place aux cathédrales en pierres dures. Notre Tartuffe, bien mal loti, revêtit alors son costume de lumière, qu'il affectionne tant. Changement de veste. Il tire à boulets rouges et blasphème à tout va :
Retour à la case départ. L'excommunié repart en croisade. Il croise évidemment quelques amis. Mais ces félons veulent toujours être Judas quand lui se réserve la place du Christ. Alors il souhaite rompre le pain seul...
Ainsi vous fut brossé le portrait de Tartuffe, le faux centriste. Faux centriste car, pour lui, il n'y a point de tergiversation :le chemin de la vérité est à droite selon Hervé Morin. L'ère des schismes n'est qu'illusoire. A quelques mois de l'élection présidentielle, le chemin de croix est connu. Partout, on annonce la guerre des Centres. Avec l'envie pour tous d'être le seul à tenir le bâton du pèlerin...
C'est vrai que Tartuffe et Saint Borloo ont tous deux rompu avec Saint Nicolas. Mais le premier a montré sa divine capacité à prêcher pour toutes les paroisses, quitte à faire participer la famille et les chauffeurs, le second peine à faire croire que son pèlerinage aura bien lieu.
Le premier martèle que le centre est à droite, fidèle à son girouette interne, Borloo a depuis longtemps fait ce choix, lui qui faillit devenir Premier ministre il y a peu... Pourtant, le centre c'est bien la voie du milieu, non ?