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Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).

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JO LONDRES 2012. Roger Federer, humain, après avoir été divin

Roger Federer lors du match qui l'opposait à J.M. Del Potro, aux JO de Londres, le 3 août 2012 (AMENDOLA/SIPA).

Roger Federer lors du match qui l'opposait à J.M. Del Potro, aux JO de Londres, le 3 août 2012 (AMENDOLA/SIPA).

 

La victoire fut douloureuse, ô combien douloureuse. Et pourtant, on aurait tort de croire que Roger Federer jouait vendredi sa bête noire, en demi-finale du tournoi olympique, sur le Center Court de Wimbledon. Certes Juan Martin Del Potro est bien l’homme qui l’avait terrassé sur le central de Flushing Meadow, en finale de l’US Open en 2009, alors que personne ne voyait perdre le Suisse. Cette défaite, en cinq manches, avait même empêché l’Helvète de boucler un grand chelem sur deux ans, puisque tenant à Roland Garros et à Wimbledon la même année, il avait remporté dans la foulée en 2010 l’Open d’Australie. Depuis, il y eut des blessures pour l’Argentin.

 

Un match record

 

Mais depuis son retour, Roger s’est toujours rappelé à son bon souvenir en le battant systématiquement, méthodiquement. Rien pour cette année, les deux joueurs s’étaient affrontés déjà à cinq reprises : Open d’Australie, Rotterdam, Dubaï, Indian Wells et Roland Garros. Et à chaque fois celui qui allait redevenir n°1 mondial en juillet avait pris le dessus.

 

À Paris, pourtant, l’alerte avait déjà été chaude. L’Argentin, se rappelant qu’en 2009, il avait failli faire tomber le Suisse en demi-finale en menant 3-1 dans le cinquième set, avait mené deux manches à rien. Mais le physique trop fragile de celui que l’on surnomme la Tour de Tandil (sobriquet né de sa grandeur – presque 2 mètres – et de sa ville de naissance en Argentine) avait réduit ses espoirs à néant et Federer avait déroulé dans les trois derniers sets après une belle frayeur : 3-6 6-7 6-2 6-0 6-3.

 

Cette fois-ci, le suspense aura tenu jusqu’au bout. Les mauvaises langues auraient tort de considérer que le format aura sauvé la mise de Del Potro puisque les Jeux olympiques, contrairement aux grands chelems, se jouent en deux sets gagnants. Car en l’emportant 19-17 dans l’ultime manche, le Suisse et l’Argentin auront pour ainsi dire jouer cinq manches. 4h29.

 

Un record pour un match au meilleur des trois sets depuis les 4h02 du  fameux Nadal/Djokovic en demi-finale de Madrid en 2009, que beaucoup considèrent comme la victoire à la Pyrrhus de l’Espagnol. Touché dans sa chair après ce combat, il avait non seulement concédé la finale à Federer le lendemain, mais surtout avait dû rendre les armes pour la seule fois de sa carrière 15 jours plus tard à Roland Garros face à Söderling, les genoux en capilotade.  

 

Federer a eu peur

 

Vendredi, comme ce fut déjà le cas lors de son premier tour face à Alejandro Falla, Federer a eu peur. Et cela s’est vu. Incroyable sensation pour l’amateur de tennis de voir ce monument du tennis trembler au moment de conclure. L’homme aux 17 titres du grand chelem, aux 7 Wimbledon, qui est au sommet de la hiérarchie pour la 289e semaine (record de Sampras battu depuis 2 semaines à une longueur encore respectable de celui, mixte, de Steffi Graf dont le règne s’étendit sur… 377 semaines) n’a en effet rien pu faire, quand à 9 partout il put, enfin, breaker l’Argentin pour la première fois du match après 3h45 de jeu.

 

Il y a six ans, du temps de sa grandeur où il perdait moins de cinq matchs à l’année, Roger Federer n’aurait jamais laissé passer l’occasion. Il aurait commencé par deux ou trois services gagnants histoire d’écœurer son adversaire. En 2012, le Suisse n’est plus capable de mettre la tête sous l’eau de sa victime aussi facilement. En panne de premières, il donnait le signe à son adversaire qu’il y pensait. C’en fut assez pour Del Potro qui appuya encore plus fort ses coups pour s’offrir un break blanc. Tout était alors à refaire. Comment le Suisse venait-il le laisser s’échapper pareille occasion, lui qui venait, enfin, de prendre le service imprenable de son adversaire ?

 

La faute à des défaites qui se sont accumulées. La faute à des adversaires qui ont, progressivement fait sauter le verrou, en l’emprisonnant côté revers, pour l’attaquer plein champ sur son côté coup droit, son coup le plus redoutable pourtant, qui chancelle à présent quand il est pilonné dessus. La faute à l’expérience aussi qui lui permet de lire dans l’esprit de ses adversaires comme dans un livre, et de sentir le moment comme aucun autre. Conscient que "le" moment est arrivé, cette conscience, loin de lui assurer un coup d’avance, le fait trembler, là, où, un jeunot jouerait sans réfléchir.

 

Simplement humain

 

Aujourd’hui, l’émotion guide sa main quand l’instant devient tendu. Historique aussi puisque chaque victoire n’en finit plus de rajouter un chapitre au roman déjà fleuve de son incomparable carrière. Déjà à Wimbledon, ses victoires furent douloureuses, comme face à Julien Benneteau où il passa plusieurs fois à deux points de la défaite, ou encore en finale face à Murray, qui pendant longtemps aura détenu les clefs de la finale, et qui, jusqu’au bout, aura fait trembler le Suisse, en sauvant notamment une première balle de match.

 

On voyait Dieu en lui, on le voit tout simplement humain. Et c’est sans doute ce qui le différencie d’un Nadal dans cet éternel débat qui s’ouvre régulièrement pour savoir pourquoi on préfère la Suisse à l’Espagnol : bien sur le recordman de Roland-Garros pleure, lui aussi à chaque grande victoire. Mais cette humanité ne vient qu’à la toute fin du match, quand le masque vient de tomber, comme le verdict. Dans les échanges, pas un signe de fragilité ne vient colorer l’ensemble. Chez Federer, malgré le palmarès, les fêlures sont vives. Il n’est plus de victoires faciles. Comme si chaque pierre apportée au collier lui donnait davantage le vertige, bien plus qu’à ceux qui le suivent depuis plus d’une décennie.

 

Vendredi, à la presse suisse, il l'avouait : "Pour être honnête, j’ai imaginé la défaite. Je sais que, après une telle déception, j’aurais eu du mal à remobiliser mes esprits pour une médaille de bronze. Je devais gagner aujourd’hui." Imaginer la défaite en plein match ? Comment un champion en arrive-t-il à confier ce que tous les entraîneurs vous défendent de faire ?

 

Un destin à la Steffi Graf

 

Son destin en fin de carrière ressemble à celui de Steffi Graf, celle qui est considérée comme la plus grande championne de tous les temps, avec son Grand chelem en 1988 (assorti d’une médaille d’or à Séoul la même année) et ses 22 titres du grand chelem. Bousculée par les Sabatini Fernandez, puis humiliée par Seles, enfin ringardisée par Davenport, Hingis et les Williams qui pointaient, déjà, le bout de leur nez, la championne avait su, à chaque fois, composer avec l’énigme pour trouver, seule, la solution. Petit à petit, elle s’était adaptée pour faire de ses bourreaux d’un moment, des victimes en devenir.

 

Mais au fil du temps, chaque combat semblait puiser sa force dans le mental de la championne. Tant et encore. Si bien que chaque victoire approchée semblait la rendre plus fragile encore. L’Allemande ne fit plus jamais dans la facilité, celle qui lui permit notamment en 1988 de boucler la finale la plus rapide de l’histoire du jeu en 38 minutes. 

 

 

Et à partir de 1995, chacune d’elle ressemblait à un exploit tant l’Allemande semblait à fleur  de peau, balbutiant son coup droit quand elle s’approchait de son but. Qui a oublié les larmes qui coulèrent sur ses joues en 1995, en 1996 et encore en 1999 quand elle venait de renvoyer Hingis à ses études ? À l'époque, Steffi Graf avait confié à "Tennis Magazine", que l’expérience ne l’aidait pas et que, bien au contraire, lui faisait prendre conscience des moments qu’il ne fallait surtout pas rater, la lucidité du sage, troublante, que l’insouciance de la jeunesse méprise avec dédain.

 

Aujourd’hui, le Suisse vit pareille situation. Son palmarès n’est pas un matelas de confiance dans lequel il peut puiser quand le moment devient difficile.

 

Conscience dans l'accomplissement

 

L’insouciance avait fait de lui un Dieu. La conscience dans l’accomplissement le réduit à l’état d’humain. L’émotion surgit et vient faire douter la détermination et la certitude. Mais Dieu que la victoire n’en a alors que plus de saveur ! Pour Federer bien évidemment. Et que dire des amateurs de tennis qui se frottent les yeux pour ne pas croire qu’ils sont en plein rêve : Roger, après avoir été divin, est redevenu humain. Mais toujours un trophée entre les mains. 

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