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Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).

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François Bayrou favorable au mariage… avec Jean-Louis Borloo

François Bayrou, lors du Conseil national du MoDem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA).

François Bayrou, lors du Conseil national du Modem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA)

 

La rentrée de François Bayrou était très attendue. Alors que l'université de rentrée du Modem se déroulera du 26 au 28 septembre à Guidel, le Président du Modem a tenu à briser le silence, quelques jours auparavant, contrairement à ce qu’il avait laissé entendre en juillet quand il avait expliqué qu’il avait tout dit et qu’il resterait à présent en retrait. La faute à l’UDI et à Jean-Louis Borloo, qui n’en finissent plus de prendre place dans l’univers centriste. À tel point que dimanche, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, François Bayrou le reconnut… quitte à renier ce qu’il pensait il y a quelques mois :

 

"Il y a deux mouvements principaux maintenant du centre : y a cette organisation du centre droit qui est en train de se mettre en place et y a nous qui sommes, qui portons l’idée d’un centre indépendant."

 

François Bayrou, invité du Grand Rendez-vous sur... par mouvementdemocrate

 

Bayrou opère un surprenant revirement

 

Étonnant quand on sait que le président du Modem n’avait eu de cesse, notamment au cours de l’automne dernier avant que le velléitaire Borloo ne renonce à la présidentielle, de répéter à l’envi que le centre ne pouvait être ni de droite, ni de gauche et que l’on ne pouvait être du centre si l’on estimait que l’on ne pouvait travailler qu’avec l’une des deux formations. Et cette pensée revient d’ailleurs à lui telle une fulgurance, sans qu’il ne prenne conscience qu’il se contredisait d’une minute à l’autre : "Si vous dites le centre est d’un côté ou de l’autre, il n’y a plus de centre."

 

Comprenne qui pourra. Car il ne faudrait pas compter sur le silence qu’il s’est imposé dans sa Tour d’Ivoire, tel Alfred de Vigny, pour espérer une quelconque remise en question. Le Béarnais réaffirme qu’il a eu raison, qu’il a dit la vérité, même quand les urnes l’ont contredit et de quelle manière.

 

Argumentant sa conviction à grands coups de citations, qu’il prend tant de soin à choisir, davantage encore qu’à préparer clairement le fond de sa pensée quand il prépare ses discours, à en croire de nombreux proches qui l’ont accompagné de meetings en meetings pendant la présidentielle de 2012 : "Je ne crois pas qu’une défaite signifie une erreur. Pierre Dac disait autrefois : 'c’est pas parce que les gens qui se trompent sont plus nombreux qu’ils ont davantage raison'".

 

Voyez avec quelle fierté, voire avec quelle arrogance penseront certains, François Bayrou refuse de reconnaître ses erreurs. Et il en va au micro d’Europe 1, comme au Conseil national. Tôt ou tard le monde reconnaîtra qu’il avait raison...

 

Et ce, même si son discours de vérité cachait avec tant de mal des insuffisances. Comme par exemple ce "produire en France" qu’il n’entendait mettre en œuvre qu’avec un simple label. Comme ce retour de l’autorité à l’école, avec seulement la fermeté de le dire pour l’imposer. Comme cet arrêt brutal de campagne à partir de mi-février en estimant qu’il fallait attendre que Nicolas Sarkozy entre en campagne alors qu’il chatouillait les 15%...  se privant d’une équité de temps de parole qui lui manqua tant quand chaque seconde furent comptées dans les médias à son retour en meeting.

 

L'obligation de prendre l'UDI en compte

 

A la vérité, ces louvoiements ont une explication rationnelle. François Bayrou ne peut plus faire comme si l’UDI n’existait pas. La confédération voulue notamment par Jean-Louis Borloo, Jean-Christophe Lagarde et Jean Arthuis prend forme à présent et nul ne peut le nier, que l’on soit en accord ou non avec sa stratégie qui s’inscrit clairement dans une alliance à droite.

 

Et ce même si François Bayrou a refusé d’admettre que des cadres du Modem l’avaient quitté. Mauvaise foi quand tu nous tiens : rien que dans le Nord-Pas de Calais, on compte Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur, Olivier Henno, maire de St André, et tous deux membres du bureau exécutif du MoDem, et enfin Frédéric Leturque, maire d'Arras et qui affirme ne pas regretter Bayrou.

 

Toujours est-il que, craignant l’isolement, et refusant de choisir une stratégie claire, alors que de nombreux militants le réclament, ne supportant plus cette obscure clarté qui semble animer le président du MoDem, François Bayrou a décidé de satisfaire tout le monde. En refusant par exemple de trancher les cas de ceux qui ont déclaré vouloir quitter l’UDI alors que le mouvement interdit le double encartage.

 

Mais aussi et surtout, en tendant clairement la main ce dimanche à Jean-Louis Borloo : "Faisons le ensemble. (…) Le centre sera uni quand tout le monde aura sa place sans être renié."

 

La proposition est sibylline, et les militants du MoDem durent réécouter plusieurs fois l’interview pour s’accorder sur la position qui allait être la sienne.

 

Cohabitation des sensibilités centristes : une utopie ?

 

François Bayrou veut bien unir les centres à la condition que toutes les sensibilités puissent cohabiter ensemble. Et qu’ainsi, Jean-Luc Bennahmias continue de se revendiquer de la majorité présidentielle, pendant que Borloo et ses amis, rejoints notamment par Eric Azière, estiment qu’on ne peut faire alliance qu’avec la droite. Tout en ayant Bayrou qui ne préconise aucune alliance.

 

Et enfin avec Olivier Henno qui a voté Hollande, participé à une coalition avec Martine Aubry depuis 2008 dans la Communauté Lilloise, proposant même d’être le candidat de la majorité présidentielle aux législatives de juin dernier, et qui finalement estime qu’il n’a jamais cru à l’indépendance du MoDem au dernier Conseil départemental et que finalement il n’y a qu’à droite que le centre peut travailler et exister.

 

Ce n’est plus l’auberge espagnole. C’est le marché aux puces !


Dans ces conditions, la proposition de François Bayrou a laissé plus d’un militant dubitatif. Ne serait-ce que parce qu’elle a été formulée de manière unilatérale sans aucune concertation de sa base, et ce alors qu’un grand rassemblement aurait pu poser la question de manière sereine quelques jours plus tard.

 

Mais aussi parce que certains élus Modem sont dans des majorités municipales de gauche, comme à Lille, et qu'il leur est invraisemblable de travailler avec ceux qui considèrent le PS comme un opposant systématique. Une vision pavlovienne qui entre en profonde contradiction avec le MoDem qui refuse de déconsidérer un projet sous le fallacieux prétexte qu’il vient du camp d’en face.

 

Enfin et surtout parce que l’UDI abrite des personnalités qui n’ont pas nécessairement des valeurs communes avec le Modem. Comme Edouard Fritch qui, dans  le cadre de l’ouverture du mariage aux homosexuels, a estimé dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale que "le christianisme est devenu une valeur de la société polynésienne” et que "la laïcité n’a pas la même prépondérance que dans l’hexagone”. Comme Jean-Christophe Fromantin qui, lors de l’affaire du Piss Christ, avait estimé sur Itélé que l’on avait pas le droit de blesser les croyants et donc de blasphémer, et qui a affirmé vouloir garder sa liberté de conscience en tant que maire si la loi sur mariage des homosexuels venait à être votée.

 

Et que dire de la participation du CNIP à l’UDI, ou encore de François-Xavier Villain, vice-président de Debout la République en 2009, qui a fait du rejet de l’Europe une pierre d’angle de son programme ?

 

Cette union n’a en réalité qu’un point commun à faire partager : celui du vocable "centre" dont tout le monde se revendique. Et l’on ne construit pas une vision politique autour d’une question de sémantique.

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