Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
C’est aujourd’hui lundi qu’Eric Schmidt, patron de Google, sera convié à l’Elysée pour discuter du sujet qui fâche : le géant du référencement profiterait du travail éditorial de nos journaux et autres medias en ligne et gagnerait donc de l’argent… sans aucune contrepartie.
Pour le néophyte, difficile de comprendre en quoi référencer des titres équivaudrait à gagner de l’argent. En réalité la mécanique est on ne peut plus simple : Google et ses puissantes machines répertorient à la vitesse de la lumière les articles mis en ligne, ce qui provoque du trafic, et permet de vendre des écrans publicitaires. Le problème est bien évidemment que Google ne paye aucun impôts (ou preque) sur ses juteuses recettes puisque son siège social européen est basé en Irlande. Une manne financière qui échappe à un Etat déjà exsangue et qui voit ici l’occasion de renflouer quelques peu ses caisses au nom de la justice financière.
L’épée de Damoclès sur la tête, Google ne faiblit pourtant pas et a annoncé vouloir riposter en boycottant le référencement des médias français.
A vouloir jouer les Robin des bois, François Hollande risque de tout perdre et surtout, risque de mettre en péril la presse en ligne, ce qui serait un comble à l’heure où la presse papier est déjà moribonde.
Parce que les médias en ligne n’ont aucun intérêt à voir Google ne plus les référencer. PLus ils ont du trafic, plus ils peuvent vendre des espaces publicitaires sur les pages visitées.
Leur trafic est principalement dû à trois aspects : le référencement, la viralité et la qualité d’un article. Et soyons honnête, le premier l’emporte largement sur les deux autres, qui eux se tiennent mains dans la main. Pourquoi ? Parce qu’un référencement en une de Google vous rapporte des centaines de lecteurs à la seconde ! Ainsi, être sur la manchette du plus grand moteur de recherche au monde vous assure de casser la barre des cinq chiffres sur le Plus. A l’inverse, une absence de référencement vous promet les sombres cryptes de l’oubli. Dura lex sed lex.
On peut ainsi parfaitement écrire un article médiocre mais avec suffisamment de mots clés pour être référencés, et obtenir un nombre conséquent de lecteurs, et à l’inverse, faire une enquête fouillée sans bénéficier des grâces de Google et rester confidentiel. A titre personnel, je ne suis parvenu qu’une seule fois à briser la loi implacable, lors de mon billet sur le KO d’Anne-Sophie Lapix sur Marine Le Pen, qui n’eut la chance d'être à la une de Google qu'à son troisième jour alors que l’article en était déjà à 800000 lecteurs ! Mais l’article avait bénéficié du bouche à oreille, avec près de 2000 retweet et 27000 recommandations Facebook. Suffisant pour se priver de la générosité du géant américain. De l’exception qui confirme la règle.
Toujours est-il que le boycott de Google couterait très cher aux médias en ligne français et provoquerait à coups surs un écroulement du trafic sur leur site.
Le résultat de l’opération serait terrible : Google ne payerait toujours pas un centime puisqu’il ne référencerait plus l’édition française et les sites seraient, eux, privés d’un flux au risque de voir leur activité menacée. Google n'a pas besoin de la France quand il continue de conquérir de nouveaux marchés en voie de développement, quand les médias français ne peuvent survivre sans lui. Le calcul est vite fait.
Vous avez dit absurde l’idée de François Hollande ?