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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 19:49

Produire, instruire, construire. Triptyque magique pour contrer les tics des campagnes en toc, constitués d'insécurité ou d’immigration fantasmées.

Triptyque initié dans "2012, État d’urgence", livre publié par François Bayrou le 18 août dernier avec un premier passage particulièrement réussi sur le "made in France" puisqu’il s’est imposé comme le refrain de tous les candidats à la présidentielle.

 

Un Bayrou mainstream quand certains avaient voulu trop tôt le ringardiser (mais vous me direz on trouve toujours plus ringard que soi pour tenter de se consoler…). Le "Produire en France" étant unanimement accepté par tous, y compris dans le camp de ceux qui claironnent que l’Union Nationale est impossible et qu’il faudra tôt ou tard choisir, les amoureux hémiplégiques transi devant l’Eternel bipartisme.

 

François Bayrou à Pau, le 10/12/2011. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

 François Bayrou à Pau, le 10/12/2011. (PIERRE ANDRIEU / AFP)

 

Il est temps de se pencher sur le deuxième volet du triptyque : instruire. L’école, parent pauvre de notre République. Qu’est donc devenue cette référence qu’était l’école républicaine, elle qui était notre fierté, notre joyau, la clef de la réussite, le seule voie du mérite qui garantissait la reconnaissance de tous ?

 

Chez François Bayrou, point de nostalgie fantasmant un passé qui n’aurait pas existé :  "Travaille bien à l’école et tu réussiras" (…) Bien sûr, il y avait une part d’alibi dans cette idéologie républicaine de l’école. Bien sûr, on était plus facilement installé dans la vie lorsqu’on naissait fils de ministre que fils de mineur. Bourdieu le rappelait et il n’avait pas tort. Cependant, son exemple même, sa vie même, démontrait qu’on pouvait vraiment naître Béarnais de Denguin ou de Lasseube, d’un père ouvrier agricole devenu facteur, et cependant se retrouver professeur au Collège de France", rappelle-t-il dans "2012, État d‘Urgence". 

Qu’est-elle aujourd’hui si ce n’est un "mammouth" qu’il fallait dégraisser et que l’on a finit par dépecer ? Notre école est encore, pour peu de temps, le premier budget de la France, juste devant la dette : un boulet pour certains qui aimeraient sans doute satisfaire les capitaux privés qui lorgnent sur cette manne en perdition. Et "dans une école au rabais, seuls les héritiers tireront leur épingle du jeu", déplore celui qui sera pour la troisième fois candidat à l’élection présidentielle. 

L’école, François Bayrou la connait bien. Parce qu’il a été élève de la laïque. Parce que, fils d’agriculteur, il est devenu agrégé de Lettres classiques. Parce qu’il a été Ministre de l’Education Nationale pendant presque 4 ans. Le deuxième qui soit resté le plus longtemps à cette fonction si redoutée après Jack Lang. 

Et ce rapport presque charnel à l’école l’amène naturellement à évoquer celui tout aussi intime qu’il entretien avec le corps enseignant, rappelant que cet électorat "a pour une large part voté pour (lui) en 2007".

Pourtant, il est des clichés tenaces chez ceux qui préfèrent s’ingénier à instrumentaliser le passé et l’Histoire pour décrédibiliser l’avenir. François Bayrou ne se dérobe pas et dans "2012 État d’urgence", le Président du MoDem s’astreint au droit d’inventaire.
 
De ses années passées au Ministère (1993-1997), il ne garde pas le souvenir noir qui semble ronger ceux qui ont été, contraints ou forcés, à tenir la baraque Rue de Grenelle : "J’ai été un ministre de l’Education profondément heureux, en un ministère où on l’est rarement. Je ne crois pas exagérer en disant que le monde de l’école l’a compris. Pas seulement le monde enseignant : l’enquête d’opinion qui étudie régulièrement la satisfaction des parents par rapport à l’école atteignait, à l’issue des quatre années où j’ai exercé cette responsabilité, le plus haut degré de satisfaction jamais enregistré".
 
De ces années, il n’évoque qu’une affaire. Sans doute celle qui restera malgré lui marquée dans l’opinion, et que ne cessent de brandir ses adversaires ou les Tartuffe, docteur es opportunisme.

 

"L’affaire Falloux m’a coûté, mais elle m’a beaucoup appris. Elle a mis de centaines de milliers de personnes dans la rue contre un texte qui ne méritait pas tant d’indignité, puisqu’il visait seulement à permettre aux collectivités locales d’aider l’enseignement privé à réparer ses bâtiments ou à en construire si besoin. Ce qui se faisait et se fait sans le dire tous les jours par diverses ruses juridiques. Disons de suite que je portais la responsabilité de cet échec. J’ai voulu batailler et remporter la bataille. J’étais jeune et gascon. La vie s’est chargée de me corriger les excès de l’un et l’autre de ses états".
 
François Bayrou assume son manque de pédagogie qui concourut, selon lui, à un malentendu. D’autant plus malheureux, qu’il est constamment brandi pour discréditer une laïcité pourtant largement revendiquée, assumée et même épousée : "J’étais un fils de la laïque (…) Et je me trouvais accusé par ceux que j’aimais le plus, pas seulement par l’opinion anonyme, mais par des femmes et des hommes que j’avais connus et aimés filles et garçons, de trahir l’idéal qui m’était le plus cher. C’était un quiproquo. Et le quiproquo m’était plus blessant qu’aucune accusation fondée".
 
Mais comme il le dit, "par chance, le quiproquo a pu être levé". Et le monde enseignant ne lui en a pas tenu rigueur. François Bayrou en explique les raisons : "Je n’ai jamais cessé de le défendre, dans sa réputation et dans ses valeurs. Trois de mes enfants ont choisi à leur tour de faire leur métier de cette vocation".

 

Un rapport intime avec le corps enseignant

 

Alors que PS et UMP s’accordent comme larrons en foire pour évoquer en des termes brumeux l’évolution de la mission de l’enseignant, ce qui revient à dire que les enseignants ne travaillent pas assez, l’homme qui murmurait à l’oreille des profs refuse ce cliché et s’insurge contre cette image qui s’est propagée au fil du temps, reprise comme un leitmotiv par des médias en quête de marronniers.

 

Aussi quand droite et gauche évoquent à l’unisson la remise en question des 18 heures de cours, François Bayrou s’offusque : "Demain, c’est leur temps de travail qui sera attaqué, à la suite, "naturellement", d’une large concertation. Dont on connait le résultat à l’avance puisqu’il a été décidé à l’avance (…). Personne pour expliquer qu’une heure de cours, ce sont des heures de préparation, de corrections, de lectures, de butinage intellectuel, pour essayer tous les jours un peu mieux, de comprendre ce qu’on enseigne, et de mieux l’enseigner."

 

Et le Président du MoDem d’expliquer : "Il est des métiers pour qui le travail, c’est la présence effective. Et d’autres pour qui la présence au poste de travail n’est que l’accomplissement de toute une préparation extérieure".
 
François Bayrou ne sombre pas dans la démagogie de ceux que la Crise et surtout la dette rattraperont dès les premiers mois de leur potentielle accession au pouvoir. Rompre avec le culte de la toute puissance des moyens. Ésotérisme dispendieux et mensonger qui fait penser à ces parents qui pourrissent leurs ouailles en les pourrissant de cadeaux à coups de crédits à la consommation pour compenser le temps qu’ils ne leur accordent pas. 

Dans ces conditions, pas question alors de promettre les créations d’emplois par dizaine de milliers comme semble le faire la gauche, sans donner d’autres moyens pour rétablir nos Finances publiques que de s’en remettre à la Providence. On se souvient qu’en 2008, Ségolène Royal, elle-même, avait porté un regard sévère sur ses propres promesses qu’elle estimait irréalisables au bout du compte… Combien de Français et surtout d’enseignants apporteront leurs soutiens et pourront croire à des telles billevesées ?

François Bayrou préfère le discours de la vérité. Contrairement à la droite, il ne perdurera pas dans la funèbre entreprise de dépeçage du Mammouth qui ne remplace qu’un fonctionnaire sur deux. Et pour cause : "Les coupes sévères qui ont été faites dans les emplois publics n’auront au bout du compte permis que de bien faibles économies 0,5 milliard soit 0,3% du déficit". Aussi estime-t-il avec lucidité qu’il est "un choix de priorité que de protéger l’éducation en maintenant, sur une longue période, les moyens qui lui étaient alloués".

 

Enseignant, c'est être à la fois Tarzan et Socrate

 

Au-delà de cette question de moyens, il est une chose qui ni l’avocat Sarkozy, ni l’élu éternel Hollande (puisqu’il en est ainsi pour les énarques), ne pourront jamais faire : incarner la profession de l’enseignant. Seul celui qui s’est au moins approché de la chose peut en témoigner avec une sincérité que d’autres ne pourront que feindre avec maladresse : 
« J’écrivais il y a vingt ans : « Marre qu’il faille être à la fois Tarzan et Socrate pour faire cours dans l’école française ». Je n’ai pas changé d’avis. »

Car s’il est un malaise chez l’enseignant, c’est bien celui-ci. Un malaise grandissant qui pousse certains à trouver une porte de sortie à tous prix. Partir. Fuir même. Au point que les concours ne parviennent plus à recruter suffisamment de candidats pour les postes ouverts. Au point que de fausses solutions apparaissent, serpent venu d’Eden pour vous convaincre de croquer dans le fruit des forces obscures.

Une situation devenue invivable. Et qui nécessite de repenser la mission de l’enseignant… sans nécessairement penser à son temps de travail par ailleurs estimé largement au-delà des 35 heures hebdomadaires.   


Une seule priorité alors pour l’enseignant : sa formation. Et quand la gauche par la voie des IUFM de Jospin s’est évertuée à créer des laboratoires où des enseignants, souvent en panne de motivation, s’improvisaient apprentis sorciers, quitte à totalement déconnecter les professeurs de la seule voie qui devrait les guider, la seule !, à savoir la transmission du savoir (que St Mérieu nous pardonne…), François Bayrou propose une solution simple mais qui puise sa force dans le bon sens, perdu depuis des décennies dans la profession et le pragmatisme : il suffit de procéder à "l’étude systématique du travail accompli par les enseignants qui obtiennent les meilleurs résultats avec le même type d’élèves. Et le partage de leur démarche pédagogique".

 

Que les plus expérimentés forment ceux qui débutent dans le métier, de manière à ce que l’on ne retrouve plus les renards qui savent prendre en charge des effectifs difficiles se retrouvent dans des lycées de centre-ville, bunker sécurisé par la valeur locative locale quand les jeunes loups se cassent les dents dans les ZEP les moins mixtes qui soient, car il y a bien longtemps que la mixité sociale n’a pas résisté au système, seuls et sans guide. 

De la même manière, à ceux qui imaginent que l’évaluation des enseignant rime nécessairement avec rétribution, donnant la vague illusion de la méritocratie, François Bayrou donne une leçon de réalisme : "L’évaluation ne doit pas être autre chose que la méthode pour repérer les pépites dans la mine d’or".


"Pépites", "mine d’or"… des mots autrement plus doucereux que les humiliations constantes perpétrées par la Droite qui semble ne pas aimer l’école, mais suffisamment plus réalistes que les vagues promesses tenues par une Gauche qui n’a jamais rien su faire de son école si ce n’est acheter le silence des syndicats par la création artificielle de postes. Notre école vaut mieux que cette illustration stupéfiante de ce que le crétinisme bipartite peut proposer à notre République.

 

Et l’homme qui murmurait à l’oreille des profs de soigner son joyau avec une précision d’orfèvre.

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 19:49

Étonnant brouillard autour d’un fait divers assez grave qui touche l'un des athlètes français les plus en vue pour les prochains Jeux Olympiques de Londres.

 

Voilà une dizaine de jours, dans une indifférence assez générale, un de nos meilleurs prétendants à une médaille pour juillet prochain s’est retrouvé plongé dans une affaire assez sombre. C’est le journal L’Equipe qui a révélé le pot aux roses dans son édition du samedi 17 décembre : Teddy Tamgho, détenteur du record du monde de triple saut en salle (17m92) serait convoqué le mardi suivant par la Commission de discipline de la Fédération Française d’Athlétisme.

 

Teddy Tamgho à Lausanne, le 29/06/2011. (FABRICE COFFRINI / AFP)

 Teddy Tamgho à Lausanne, le 29/06/2011. (FABRICE COFFRINI / AFP)

 

Que lui est-il reproché ? Une altercation avec une autre athlète, suffisamment violente pour en venir aux mains. Comble de l’histoire, Teddy Tamgho n’en est pas à son premier incident : il avait déjà été exclu de l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) voilà trois ans, pour une durée de un an et pour des faits similaires. Le jeune espoir français ne risquait alors rien de moins qu’une radiation à vie…

 

Le verdict est tombé quelques jours plus tard : 12 mois de suspension dont six avec sursis, assortie d'une amende de 1.500 euros et de 50 heures de travaux d'intérêt général. Une sanction, en apparence assez lourde et qui amène à se poser des questions sur ce qui lui est clairement reproché.

 

Var Matin s’est procuré la déclaration sur l’honneur effectuée par la plaignante et transmise à la commission de discipline. Et force est de constater que le récit est consternant : "Teddy s'est jeté sur moi et m'a saisi brutalement d'une main, par le cou, il a resserré très fort sa main autour de mon cou (...). J'ai commencé à sentir des vertiges me prendre. Il m'a alors balayé les deux jambes et je me suis lourdement et violemment étalée sur le sol (...). Lorsque j'ai repris mes esprits, Teddy me tirait par les cheveux. Il m'a traînée sur environ 4-5 mètres (...). Sabine (une amie de la jeune fille dont le prénom a été changé) s'est interposée. Teddy lui a mis un coup de poing dans la mâchoire (...). Je me suis dirigée vers le parking... J'ai été choquée en voyant Marc (un autre ami qui a essayé de s'opposer) qui était en sang".

 

Et l’athlète, présumée victime, d’enchaîner : "Teddy a débarqué une nouvelle fois. Il disait qu'il allait me tuer. Il était comme possédé. Marc s'est mis entre nous deux. La scène était horrible. Il lui envoyait des coups de pied dans la tête (...) Deux autres garçons ont pu immobiliser Teddy à l'aide d'une clé. Au même moment, Pascal et Florent (deux jeunes athlètes) arrivaient avec leur voiture, on nous a carrément évacués".


Glodie Tudiesche a renouvelé au micro de RMC ces accusations à la Saint Sylvestre.

 

Une sanction sur mesure

 

Il n’est nulle question de déterminer les responsabilités de chacun, ou de faire un procès qui n’aurait davantage de valeur qu’une sentence prononcée autour d’un ballon de rouge dans un troquet. Laissons ce type de procès à la personnalité préférée de Français.

 

Néanmoins, il convient de se poser quelques questions. Surtout quand mis en cause dans une affaire somme toute assez grave, Teddy Tamgho se permet de se réjouir de sa participation aux JO qui était loin d’être certaine il y a quelques jours. L'athlète a eu l’indécence de poster un clip pour le moins provocateur, pour décrédibiliser celle qui reste une victime présumée et demandera que la justice tranche sur son sort.

 

 

Car comme le rappelle la jeune femme, la sanction est pour le moins factice : blessé, Tamgho avait d'ores et déjà fait l’impasse sur sa saison hivernale. Autant dire que la sanction ne l’empêchera ni d’aller à Londres ni de s’aligner pour les meetings de préparation. Ce qui revient à dire que Tamgho n’aurait finalement rien fait de grave, ou en tous cas rien de suffisamment indigne pour l’empêcher de représenter la France aux Jeux Olympiques.

 

Pourquoi alors l’avoir condamné à six mois fermes et 6 autres avec sursis, une sanction jamais vue dans l’histoire du sport français ? De deux choses l’une : soit ce qu’il a fait est grave et mérite une sanction sans pitié à l'égard d'une violence lâche sur une jeune athlète qui gardera un souvenir amer de son altercation… Soit, tout ceci est pure affabulation et auquel cas la sanction est terriblement sévère.

 

Cela n'est pas sans rappeler la conclusion de l'affaire qui a mis aux prises Mehdi Baala et Mahieddine Mekhissi à l'issue du meeting de Monaco en juillet dernier, à quelques semaines des championnats du Monde de Daegu. Les deux athlètes avaient offert un spectacle déplorable aux yeux du monde entier.

 

 

La Fédération avait alors choisi de les sanctionner financièrement en les empêchant de participer à des meetings pour une durée de 10 mois. Mais elle ne les avait pas empêchés de participer aux Championnats du Monde. Avec raison sur le plan sportif puisque Mekhissi rapporta une des quatre médailles que la France réussit à préserver dans cette compétition. Mais où est la morale dans l’histoire ?

 

La Fédération française d’athlétisme semble prête à tout pour les lauriers. Quitte à ce que la victime soit une femme ? Et que fait le CNOSF ? Et quid du Ministre des Sports, étonnamment discret dans cette affaire ? Les sportifs envoyés par la France n’ont-ils pas la mission de représenter la nation ? Notre Bleu est dans de beaux draps…

 

Et pourquoi la Fédération rend-elle déjà une décision alors que la Justice française n’a pas encore tranché ? Est-elle prête à accepter un Or olympique entaché quelques semaines plus tard par une peine d’emprisonnement pour violence perpétrée envers deux femmes et un entraineur puisque ce ne sont pas moins de trois plaintes qui ont été déposées ? Encore une fois, s’il y avait trop de doutes sur le témoignage de la jeune femme, pourquoi avoir sanctionné Teddy Tamgho ?

 

Une affaire d’autant plus embarrassante, que certains nauséabonds n’hésiteront pas à faire des raccourcis nauséabonds, tout comme Mehdi Baala l’avait redouté dans l’affaire qui l’opposa à Mahieddine quand il déclara à chaud : "Ça m'aurait évité de me bagarrer dans un stade rempli et montrer encore une mauvaise image des sportifs maghrébins. On va encore dire que c'est les Arabes. C'est malheureux".

 

Oui, une affaire drôlement embarrassante qui étonnamment reste somme toute discète… Une affaire plus politique qu’il n’y parait. Un politiquement incorrect qu’il convient de dissimuler ?

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 19:48

Alors que les trois dernières présidentielles ont été férocement suspectées d’irrégularités, ces derniers mois, la campagne pour la présidentielle 2012 commence de la pire des manières pour les deux représentants de l’alternative bipartite.

 

François Hollande et Nicolas Sarkozy à Egletons en Corrèze le 28 avril 2011 (P. WOJAZER/AFP)

 François Hollande et Nicolas Sarkozy à Egletons en Corrèze le 28 avril 2011 (P. WOJAZER/AFP)

 

Rappelons-nous les précédents : la validation des comptes de campagnes de Balladur malgré les doutes concernant l’affaire Karachi, les enveloppes de Liliane Bettencourt qui avaient fait trembler la République sans oublier l’histoire des valises qui aurait pu ébranler Chirac mais aussi Jean-Marie Le Pen (d’où la discrétion de Marine Le Pen, qui se fait passer pour Madame Propre, dans cette affaire).

 

D’un côté, Nicolas Sarkozy. Il est le président sortant et ne s’est toujours pas déclaré. Mais l’éternel candidat de la République, doté d’omnipotence et d’ubiquité s’offre aux frais de la République un véritable tour de France ressemblant fort à des meetings. Avec des prises de paroles qui n’ont strictement rien à voir avec les compétences du président de la République, comme lorsqu'il plagie François Bayrou, et se rend compte que le "produire français" devient grand public.

 

Le président des Français

 

Est-il nécessaire de rappeler que le président de la République n’est pas le président de la Droite, mais des Français, de tous les Français et qu’en sortie officielle, toutes ses déclarations ou autres piques envers ses rivaux, même en aparté, est considéré au mieux comme un hors-sujet, au pire comme l'aveu inconscient de la frauduleuse utilisation des deniers de l’Etat pour financer de manière détournée une campagne présidentielle ?

 

On se souvient que l’Elysée avait été épinglé par la Cour des comptes pour son recours immodéré aux sondages, faisant passer la demeure du président des Français pour un QG de l’UMP. Avertissement sans frais, qui plus est !

 

On se souvient aussi du dernier quinquennat qui révéla toutes les coulisses du financement de l’UMP à grands coups de partis satellites. La palme revenant à une de ses forces d’appoint électoralement, le Nouveau centre qui s'est financé par une fusion artificielle avec un parti tahitien afin de contourner la loi de financement des partis politiques. Et c’est l’affaire Bettencourt qui avaitfait tomber le trésorier de l’UMP, à savoir Eric Woerth. On voit donc que la loi des financements des partis, modelée en 1990, aura fait long feu dans sa vocation à assainir la situation.

 

Quid au PS ?

 

Mais l’Elysée n’est pas la seule à piper les dés. Le PS s’en sort extrêmement bien et l’on se demande si ses cadres sont les mieux placés pour jouer les effarouchés.

 

Dans la guéguerre stérile du bipartisme que se livrent les deux grands, le PS s’était plaint auprès de la commission sur les frais de déplacement du président Nicolas Sarkozy "qui relèvent d'actes de propagande" selon ses propres termes.

 

L’UMP, par la voix de Franck Riester, secrétaire national en charge de la communication de l'UMP,avait alors demandé à la CNCCFP (Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements des Partis) si, dans le cadre de la primaire, "les dépenses engagées par les chaînes de télévision et de radio (devaient) ou non être intégrées dans le compte de campagne du candidat socialiste".

 

Mal placée l’UMP. Même si la question méritait d’être posée. Si la primaire socialité a été un bel exemple de démocratie, nul ne pourra nier qu’elle a constituée une tribune privilégiée que le CSA n’a d’ailleurs pu que contester qu’après coup sans effet rétroactif… Pourtant la CNCCFP n’a pas donné suite aux réclamations de l’UMP : "Sous réserve des observations éventuelles du Conseil constitutionnel, la commission considère (...) que de telles dépenses, qui n'ont pas été exposées directement au profit du candidat désigné in fine et en vue de son élection, n'ont pas à être rattachées à son compte de campagne", écrit le président de la commission François Logerot au secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé.

 

"Les dépenses engagées lors de ces émissions se rapportent à des confrontations contradictoires entre plusieurs pré-candidats du même parti, en vue de la désignation de l'un d'entre eux",enchaîne-t-il avant s’expliquer que "toutes les questions relatives à l'appréciation des temps de parole politique dans les médias relèvent exclusivement du CSA." 

 

Les autres partis spoliés

 

Incroyable conclusion qui bafoue clairement, non pas l’UMP qui comme on l’a vu s’est "goinfré" avec les déplacements présidentiels, mais l’ensemble des autres candidats, et la démocratie dans son ensemble. Au nom de quoi l’UMP et le PS seraient-ils au-dessus des règles d’équité en termes d’images médiatiques et surtout de financement ?

 

La primaire socialiste a mis en concurrence les candidats, protesteront certains. La délicate maire de Lille a fait plus de mal à Hollande qu’aucun de ses adversaires ne le fera dans la véritable course, rétorqueront d’autre. Pourtant, qui peut nier, qu’au sortir de la primaire, Hollande était crédité de 39% des intentions de vote au premier tour ? Qui peut oser contester que ces primaires, mises en exergue comme jamais par la télévision, y compris le service public, n’ont pas été une rampe de lancement considérable pour la candidature socialiste ?


Le système français est profondément injuste. Tous les autres partis, du Front de Gauche au MoDem, du NPA au Front National, des Verts au CNPT, sont spoliés dans ces deux cas. Les deux grands partis bénéficient d'un avantage quasiment décisif dans cette campagne : ils sont déjà largement gagnants dans le rapport médiatique et dans les financements puisque ces derniers sont annexés sur les législatives. Ces scrutins majoritaires poussent en effet à voter utile dès le premier tour. L’argent est le nerf de la guerre démocratique qu’on se le dise.


Lors des élections intermédiaires, bon nombre de "petits partis" ne peuvent pas présenter des candidats dans toutes les circonscriptions faute de financement. Les banques refusent d’ouvrir des comptes de campagne à ceux qui n’ont pas l’assurance d’obtenir les 5% nécessaires mais prêtent à qui mieux mieux à ceux qui n’ont même pas besoin d’emprunter mais qui arrivent en ouvrant un compte avec l’argent de la campagne au comptant.

 

La présidentielle qui s’ouvre se veut plus égalitaire. Pour autant, il lui faudra également jeter son nez dans notre démocratie cramoisie, car il semblerait que, malgré les 300 ans de la Révolution française, certains privilèges ne soient pas complètement abolis. Lorsque l'on n'est pas issu de l'hydre bipartite, point de salut. Ni de justice.

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 19:48

Les 500 parrainages sont bien pire que Sodome et Gomorrhe. Madame Boutin est prête à tout sacrifier, y compris ses croyances droitières. Elle alla ainsi se vendre à Martine, avant de partager son lit avec Olivier. Diantre, les saints sont en émoi ! Et en période de festivités de la nativité. Tout se perd.

 

Christine Boutin lors de la présentation de son programme pour l'élection présidentielle le 5 décembre 2011 (M. BUREAU/AFP)

 Christine Boutin lors de la présentation de son programme pour l'élection présidentielle le 5 décembre 2011 (M. BUREAU/AFP)

 

C’est sous ce titre ubuesque de "Besancenot-Boutin : même combat ?" que "la bigote qui radote" (serait-ce le quatrième volet de notre Martine du Plus ?) a tenu à mettre en exergue son combat intergalactique contre les forces du Mal qui l’empêchent de se présenter à la présidentielle. Et Satan se terre sous un nom que d’aucuns n’oseraient prononcer sans avoir des problèmes : Nicolas Sarkozy. Le 666 de Boutin.

 

Une histoire de bombe nucléaire qui fait peser une terreur sur toute la terre. Même en Iran on a tenté de donner un parrainage à la Boutin, en vain. C’est dire si la guerre froide, c’était la Guerre des Boutons à côté !

 

Quand le PCD séduit le NPA

 

Madame Boutin a en tous cas mis les petits plats dans les grands pour séduire Olivier : elle a pastiché sa lettre qu’il avait envoyée à Martine Aubry mercredi dernier. Remplacer Aubry par Copé et vous aurez votre œuvre. Tout juste s’est-elle permise de laisser, encore une fois, une horrible faute d’accord qu’elle semble, par négligence, attribuer au fondateur du NPA : "c'est vous les électeurs qui devaient décider" !

 

 

Récidiviste, car l’intrigante s’était déjà fait prendre la main dans le pot du subjonctif avec la conjonction "après que". Alors, pour celle qui clame haut et fort que l’école c’est la Berezina de Sarkozy, il faudrait un minimum de crédibilité.

 

Pour autant, les situations d’Olivier Besancenot et de Christine Boutin sont-elles comparables ?

 

Tout d’abord, il serait bon de noter qu’Olivier Besancenot fait tout, mais tout, pour discréditer la candidature du NPA. En effet, alors qu’il a tenu à ce qu’un militant de son parti rompe avec le culte de la candidature éternelle du postier à la manière d’Arlette Laguiller, c’est bel et bien lui qui prend les devant sur l’affaire des 500 signatures et qui prend la plume. Il faut dire que Philippe Poutou n’a pas fait une entrée médiatique des plus glorieuses. Mais à voir l’ancien candidat aux avant-postes encore ce week-end pour défendre les agents de Roissy ou encore pour les sans-abris comme au JT de France 2 dimanche soir, on se demande qui fait véritablement campagne au NPA.

 

Qui est le plus légitime ?

 

Mais au-delà de cette querelle de personnes, et alors que chacun se demande qui des 14 candidats présumés passera à la trappe de la limite des 500 signatures, la quête du NPA et du PCD sont-elles aussi légitimes l’une que l’autre ?

 

Le problème est en tous cas identique : Copé d’un côté et Aubry de l’autre font obstacle à ce que des élus de chacun des deux grands puissent apporter leur parrainage afin qu’aucune voix ne leur échappe. Aucune voix, alors qu’il ne s’agit que de parrainages ? Il faut bien comprendre que le spectre du 21-avril plane sous ses "oukazes", vocable utilisé non sans provocation par Olivier Besancenot.

 

Les petits candidats avaient affaibli le score de Jospin en 2002, même si sa bérézina personnelle était avant tout à mettre sur les insuffisances de sa campagne, malgré son déni qui relève dusupplice de Tantale. Mais dans un élection qui verra quatre candidats s’opposer pour les premières places, certains parient non sans lucidité sur un scrutin on ne peut plus serré :

 

 

 

Et dans ce contexte, toutes les voix compteront. Presque double. Aussi, voir un candidat, aussi mineur soit-il, disparaître et redistribuer de facto quelques millions de bulletins, ce n’est pas une mince affaire, déjà que l’on est prêt à se fâcher avec la Turquie pour moins que cela.

 

La différence est tout de même de taille. On peut ainsi être parfaitement en désaccord avec le NPA, et je le suis profondément. Car je ne partage ni son idéologie utopique, ni ses arrangements avec la laïcité qui divisent au sein du parti.

 

Mais c'est justement sur ce domaine très précis que tout le monde semble en harmonie dans le parti de Christine Boutin. Tout le monde s’accorde à rompre avec les principes républicains : en remettant en cause l’IVG au nom du caractère sacré de la vie, puisque le programme du PCD prévoirait de conférer au fœtus un statut légal (conditionnel même si la formulation ne laisse guère de doute : "protéger l’embryon").

 

La même Boutin qui préconise une "saine" laïcité comme si celle appliquée par la loi de 1905 était malsaine. La même qui demande que soit intégrée dans la Constitution européenne, conformément aux vœux sans cesse renouvelés par le Vatican, la mention d’ "initiative citoyenne" au niveau européen qui permette à l’Union européenne d’affirmer clairement ses racines judéo-chrétiennes" pour "montrer ainsi que l’Europe n’est pas une terre en jachère, une terre de conquête pour des cultures qui ne partagent pas notre vision de la primauté de la personne humaine, de la liberté d’expression et de la démocratie."

 

Le NPA a des propositions républicaines

 

Madame Boutin se pose en fossoyeur de la laïcité faisant porter les valeurs et les revendications d’une minorité à la hauteur de la Nation, des demandes intégristes et communautaristes qui sont en contradiction totale avec notre République, qui est une et indivisible.

 

Le NPA a certainement dû laisser-aller dans sa conception de la laïcité. Mais il est une différence entre une négligence qui fait heureusement débat au sein d’un parti et un pari qui en chœur défend une position communatariste pour l’imposer à l’ensemble de la Nation.

 

Déjà lors de l’affaire "Benetton", Madame Boutin avait montré que le blasphème n’avait pas sa bénédiction dans un pays qui l’a dépénalisé depuis la Révolution française.  Madame Boutin n’a pas abandonné ses marottes comme son combat délétère contre l’introduction de la notion de genre dans les programmes de SVT.

 

Le programme de Madame Boutin n’est pas anodin : il vise à rechristianiser la France. Et tous les élus qu’ils soient maires ou sénateurs, conseillers régionaux ou généraux doivent comprendre que donner un parrainage à Madame Boutin, c’est offrir un bâton de pèlerin à une croisade qui n’a rien de républicaine.

 

Alors Besancenot/Boutin, même combat ? Assurément pas. Je combattrai de toutes mes forces pour que le NPA fasse le score le plus bas possible car ses positions et son programme feraient reculer l’économie et la position de la France. Mais ses positions font partie du champ républicain, même si je n’approuve personnellement pas toujours les méthodes qui sont employées pour lutter.

 

A l’inverse, la démarche de Madame Boutin est autrement plus dangereuse : en redéfinissant la laïcité et en voulant christianiser tant la constitution française qu’européenne, Madame Boutin propose un destin autrement plus révolutionnaire pour la France. Et ceux qui acceptent qu’elle concoure avec les autres candidats pour la Présidentielle devront assumer que ce personnage folklorique à défaut d’être dangereux au vu des sondages puisse se présenter à la présidentielle. 

 

En d'autres termes, si la bigote qui radote venait à ne pas se présenter faute de parrainages, la république et la démocratie n'en seraient pas pour autant atrophiées et souillées. Bien au contraire.

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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 19:47

Lors de la dernière fête de l’Huma, Jean-Luc Mélenchon était tout sourire. À l’époque, la campagne 2012 s’annonçait sous les meilleures auspices pour lui : après une bataille compliquée et assez longue, il avait fini par être le représentant d’un Front de Gauche et d’un PCF réunis, Arlette Laguiller et Besancenot étaient sortis de la route, l’une pour goûter aux délices exquises de la retraite, l’autre pour rompre avec le mythe du candidat éternel. À gauche toute, il n’y avait plus personne. Pointé à 6%, la marge de manœuvre était grande pour le leader du Front de Gauche.

 

Jean-Luc Mélenchon à Paris, le 18/11/11. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Jean-Luc Mélenchon à Paris, le 18/11/11. (PATRICK KOVARIK / AFP)

 

Hollande désigné, Mélenchon devient Robin des Bois

 

Quelques semaines plus tard, le PS choisit en François Hollande, l’un des candidats les moins à gauche de la gauche, comme le défend Arnaud Montebourg. La voie était ouverte pour conquérir tant et encore le peuple de gauche, la gauche des ouvriers, celle qui souffre de la crise. Robin des Bois, qui saigne les riches pour aider les pauvres, était idéalement lancé.

 

Un trimestre plus tard, Mélenchon est toujours pointé aux alentours de 6% d’intentions de vote alors que les candidats sont tous connus (enfin presque, puisque Nicolas Sarkozy n’a toujours rien annoncé et que certains candidats n’auront pas leurs 500 parrainages).

 

Lâché par son électorat, il devient Robin des Bobos

 

Et l’électorat qu’il prétend défendre n’est pas au rendez-vous, loin s’en faut ! Les ouvriers lui préfèrent toujours Marine Le Pen, mais aussi François Hollande, Nicolas Sarkozy… Le sondage CSA est à ce titre éclairant : aux questions portant sur le candidat qui serait le plus à même de "comprendre les problèmes des gens comme vous", Mélenchon n’arrive qu’en 5position avec 7%... Déconnecté des réalités Monsieur Mélenchon, c’est le peuple qui vous le dit. Robin des bois se mue en en Robin des bobos.

 

Et il va même plus loin. Quand le premier volait aux plus riches pour redistribuer aux plus pauvres, Jean-Luc Mélenchon, alias Robin des Bobos et des Bobards, volent les vérités pour revêtir les oripeaux du mensonge. L’exemple le plus frappant reste son refrain, le seul qu'il entonne d’ailleurs pour l’instant dans cette campagne, concernant la dette : "Ce n’est pas la dette qui est inquiétante", ose-t-il proférer, alors que celle-ci va bientôt atteindre 100% de notre PIB ! Puis il enchaîne en faisant croire que l’on pourrait la remettre en question. Et pourquoi pas l’effacer comme le suggèrePhilippe Poutou ? Mais qui pourrait croire que Robin des bobos pêche par candeur ?

 

Robin des Bobards et son équipe de choc 

 

Et le Robin des Bobards n’est pas seul : sa fine équipe, ses Marianne et Frère Tuck à lui, œuvrent en coulisses pour dynamiter la campagne de leur chef. Accusé de vouloir trop taper sur la gauche, et notamment sur Hollande, Mélenchon a récemment changé de cible et réserve actuellement ses flèches les plus affutées vers l’homme qui monte, qui monte : François Bayrou.

 

La team de choc s’est donc fendue d’une brochure, disponible sur leur site de campagne afin de donner des munitions à tous les militants. Un guide qui n’a rien de nouveau, puisqu’il ne fait que recycler en grande partie un guide d’objections déjà utilisé en 2010, lui-même réminiscence d'un document créé en 2007. Un écrit paresseux donc, et dont la table des matières marque bien la tendance : de la nouveauté des pages 4 à 8 au titre tapageur : "Bayrou, un super-libéral pour une super austérité", puis le recyclage des pages 10 à 18 : "Bayrou, un projet qui vient de loin ; retour sur la présidentielle 2007".

 

Alors bien évidemment, point de manichéisme ici. Point du tout comme le signale cet avertissement au lecteur :

 

"Notre travail démontre qu’il ne s’agit pas d’une opposition à la personne de François Bayrou. Sur le plan humain et en ce qui concerne l’opiniâtreté, il a droit à toute notre considération. Nous ne nous référons pas non plus à la longue carrière de François Bayrou dans les rangs de la droite et dans ses gouvernements. Tout le monde a le droit de changer d’avis et c’est un signe de bonne santé mentale que d’être capable parfois de révision de ses certitudes. Surtout s’il s’agissait de passer de droite à gauche !"

 

Ouf ! Il y avait donc eu méprise de notre part quand Mélenchon évoquait Bayrou en l’affublant de l’adjectif "roublard" ! Dans le bouche de Robin des Bobos, ce devait être un compliment. Nous voilà donc pleinement rassurés.

 

François Bayrou présente sa candidature pour 2012 le 7 décembre 2011 (CHAMUSSY/SIPA)

François Bayrou présente sa candidature pour 2012 le 7 décembre 2011 (CHAMUSSY/SIPA)

 

Une brochure anti-Bayrou malhonnête

 

Reste le contenu des arguments. Frederic LN, dans son blog "Argenteuillais démocrate sans frontière", dévoilait, il y a peu, les coulisses de la fine équipe de Robin des Bobos… et des Bobards.

 

À propos de la crise, la brochure explique :

 

"Ce que dit François Bayrou : ‘La crise est la crise des Etats, de la dette des Etats’. C’est une analyse de la crise actuelle très classique du point de vue libéral."

 

Et Frédéric LN de croquer le fruit de la connaissance pour démystifier l’aveuglant discours de Robin des Bobards :

 

"Pour arriver à une telle conclusion, c'est très facile : il suffit de tronquer l'essentiel de la description de la situation que fait François Bayrou, de la façon suivante : 'Les banques et les marchés sont responsables de la crise de 2008. C'est indiscutable et sévèrement condamnable. Mais dans la crise de 2011, ce sont les États qui ont 'planté' les banques, en laissant filer la dette à des niveaux insoutenables…' (dans "La Tribune", interview que l'auteur ne peut ignorer puisqu'il en cite un autre passage dans la même page). Ce qui permet à l'auteur de conclure que 'François Bayrou exonère complètement les banques'. Trop fort, non ?"

 

Le lecteur pourra à loisir lire les autres exemples que détaille Frédéric LN à propos de cette première partie consacrée à la prétendue image "super libérale" que l’on donne à Bayrou.

 

Des chapitres osant même un sous-titre impressionnant et qui fait terriblement peur : "François Bayrou propose donc cinq fois plus d’austérité que Nicolas Sarkozy et François Fillon" ! Cinq fois ! Savant calcul élaboré en confondant économies et recettes… Chez Robin des Bobos, Je prends 100 et il en devient 1000 ! Evident qu’avec ce type de calcul, "ce n’est pas la dette qui est inquiétante".

 

Intéressantes pages aussi que celles traitant de l’éducation, pour étudier de près l’argumentation développée et sa bonne foi. Et le moins que l’on puisse dire c’est que Frère Tuck et ses joyeux drilles n’y vont pas avec le dos de la cuillère ! Pour l’éducation, il est question de l’autonomie des établissements :

 

"L’autonomie vise aussi à mettre les établissements en concurrence. Sur ce point, on constate un accord entre le Modem, l’UMP et le Front national."

 

Habile assemblage mais qui tombe au moindre souffle de vérité et de bonne foi. D’une part, il faudrait rappeler à Monsieur Mélenchon et à sa fine équipe, qu’à propos de l’autonomie, le projet du PS ne propose pas autre chose. D’autre part, comment peut-on voir des idées identiques sur plusieurs programmes et parler d’"accord" ? En quoi y a-t-il eu "accord" ? Robin des Bobos aurait-il à ce point un problème avec la sémantique ou bien s’arrogerait-il des impropriétés pour subrepticement faire croire à une calomnie des plus scandaleuses ?

 

Faut-il rappeler à Monsieur Mélenchon qu’à l’heure actuelle, le seul accord connu entre parti concerne le PS et Europe Écologie-les Verts, accord qui garantit une circonscription à Cécile Duflot, au mépris de la démocratie locale et de la députée sortante, que le dit accord négocie aussinotre droit de véto à l’ONU.

 

Mensonge, mensonge et re-mensonge

 

Autre raccourci qui confine au mensonge le plus scandaleux : "le projet du Modem plaide aussi pour allonger la durée de l’année scolaire par un ‘réaménagement de la semaine et de la durée des congés’. Cette proposition, partagée à droite et plus largement par les libéraux, vise directement les enseignants considérés comme ayant trop de vacances et ne travaillant pas assez dans l’année."

 

Il fallait oser ! Faut-il inciter Robin des Bobards à lire "2012, Etat d’urgence", de François Bayrou ?

 

À propos des enseignants, le Béarnais explique, à la page 119 : "Demain, c’est leur temps de travail qui sera attaqué, à la suite, naturellement, d’une large concertation. Dont on connaît le résultat à l’avance puisqu’il a été décidé à l’avance (…). Personne pour expliquer qu’une heure de cours, ce sont des heures de préparation, de corrections, de lectures, de butinage intellectuel, pour essayer tous les jours un peu mieux, de comprendre ce qu’on enseigne, et de mieux l’enseigner."

 

Et Bayrou de conclure : "Il est des métiers pour qui le travail, c’est la présence effective. Et d’autres pour qui la présence au poste de travail n’est que l’accomplissement de toute une préparation extérieure."

 

Non, Bayrou ne veut pas toucher aux droits des enseignants

 

Et Robin des bobards vient nous dire que François Bayrou voulait toucher au temps de travail des enseignants ? Bien au contraire, c’est bien le seul à leur garantir le maintien des 18 heures, contrairement au PS, par la voix de Bruno Julliard, et largement repris par Martine Aubry durant les primaires, qui appellent à revoir la mission des enseignants, ce qui implique une augmentation de leur 18h hebdomadaires ? Robin des Bobards a encore frappé !

 

La reprise de l’ensemble des citations tronquées ou hors contexte (comme l’interprétation du terme "sacré", pris dans son sens religieux quand Bayrou dit que la laïcité est "sacrée", dans le sens qu’il ne faut surtout pas y toucher…), des mensonges, et autres calomnies et des déformations noirciraient des pages et des pages. Une prose malhonnête donc qui ne fait pas honneur au débat politique.

 

Pourquoi ne pas débattre réellement sur nos véritables clivages ?

 

Notre opposition est indubitable :

 

Mélenchon veut effacer la dette, Bayrou estime que c’est nous conduire à la banqueroute et qu’il faut faire des efforts ;

 

Mélenchon croit en l’Etat providence, Bayrou estime que l’Etat ne peut pas tout ;

 

Mélenchon veut augmenter les salaires en promettant monts et merveilles, Bayrou dit que nos finances ne nous le permettront pas ; 

 

Mélenchon estime que le bouclier fiscal et les niches du même épithète sont la seule cause de notre endettement, Bayrou explique que les dépenses mal gérées sont également responsables de la situation.

 

Robin de Bobos n’a pas besoin des bobards pour mettre en exergue nos différences. Lui vend du rêve, Bayrou propose un discours de la vérité. C’est autrement plus sobre. Mais force est de constater pour l’instant que c’est nettement plus efficace.

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 19:46

C’est toujours consternant de voir l’acharnement dont certains font preuve chaque week-end à l’égard d’Audrey Pulvar. Bruno Roger-Petit fait partie de ceux-là, lui qui scrute la journaliste pour persiffler, tant et encore. Pensez donc, depuis l’arrivée d’Audrey sur "On n’est pas couché", il lui a consacré au moins cinq de ses articles (presque une émission sur deux), sans compter les remarques et autres piques envoyées ici ou là.

 

La journaliste Audrey Pulvar présentait, le 31 janvier 2011 à Paris, sa nouvelle émission sur i-Télé,

Audrey Pulvar présentait, le 31 janvier 2011 à Paris, son émission sur i-Télé, "Arrêt sur Info" (L.VENANCE /AFP)

 

On en arrive même à croire qu’il pourrait écrire ses articles en avance… D’ailleurs, à lire sa dernière sortie, c'est tout comme :

 

"Un 'prébuzz' : à savoir se scandaliser du comportement de Stéphane Guillon avant même la diffusion de l'émission. Une grande première. Donc, hier soir, le téléspectateur, calé devant sa télévision, attendit longtemps le grand moment du samedi soir de la semaine : l'horrible agression politico-sexiste d'Audrey Pulvar par Stéphane Guillon."

 

Et bien évidemment, suite à la diffusion dudit extrait, la sentence, toujours à l’identique : il y a conflit d’intérêts ! C’est d’ailleurs tellement symptomatique, pour ne pas dire pavlovien, que ceux qui ont consulté la une du Plus dimanche après-midi ont pu constater que le titre avait changé, la première mouture comportant la mention "conflit d’intérêts"… Manque de neutralité ? Non, vous croyez ?

 

La vérité est tout de même un peu moins "évidente" que cela. Mais, après tout, me diriez-vous, qu’est-ce que tout cela a d’important ? Il ne s’agit que d’une émission grand public, d’un comique… Pas de quoi fouetter un chat. À vrai dire, la séquence n’aurait jamais dû en effet quitter le domaine du divertissement.

 

Le problème, c’est que c’est Guillon lui-même qui a tenu à glisser vers le politique et l’éthique. C’est lui qui a opéré le changement de sphère. Et quelle sphère ! Dans un contexte où, semaine après semaine, Audrey Pulvar est montrée du doigt comme le vilain petit canard… La question éthique du journalisme est trop importante pour la réduire à un trivial, pour ne pas dire vulgaire, "qui couche avec qui".

 

Alors "Où est le problème ?", demande en titre Bruno Roger-Petit.

 

Le premier problème, c’est la digression de Guillon. Mis en question sur son spectacle en DVD, et notamment sur le fait que sa prestation était inégale, et qu’elle pouvait – ne vous en déplaise, Monsieur Guillon – susciter quelques réserves, Guillon a choisi d’attaquer son contradicteur et plus précisément sa vie intime. Classe.

 

Stéphane Guillon, humoriste et acteur français, le 15 novembre 2010 (BALTEL/SIPA)

Stéphane Guillon, le 15 novembre 2010 (BALTEL/SIPA)

 

Quand on est artiste, il faut accepter que l’on puisse ne pas faire l’unanimité. Et si l’on est trop susceptible, sans doute faut-il éviter ce genre d’émission. Encore faudrait-il ne pas avoir la mémoire courte et se rappeler qu’au temps des deux Éric, la critique relevait davantage de l’exercice de style, le plus caustique ou le plus cynique l’emportant. Les critiques de Natacha Polony et d’Audrey Pulvar sont autrement plus équilibrées. Et PPDA, présent sur le plateau, était même venu au secours de la première quand Maître Guillon s’était déjà offusqué qu’il puisse y avoir une once de nuance dans le panégyrique qu’il estimait incontournable pour venir orner sa prestation.

 

Alors, au lieu de répondre aux nuances, au lieu de dire tout simplement qu’il n’était pas d’accord, mais que c’était une position comme une autre, ou, encore mieux, au lieu de se taire, lui qui avait déjà fait une promotion largement plébiscitée par un Laurent Ruquier en pâmoison, Stéphane Guillon a choisi de faire un sketch imitant Arnaud Montebourg. Un peu comme, à l’époque, Isabelle Mergault avait empêché Éric Naulleau de parler sur le plateau.

 

 

Une belle manière de ne pas affronter ses détracteurs. Et le syndrome reconnaissable entre tous de celui qui a, oserais-je le dire, pris quelque peu la grosse tête.

 

Mais enfin, a-t-on le droit d’estimer que Stéphane Guillon en fait trop et qu’il n’est pas toujours drôle ? A-t-on encore le droit d’estimer que, chez lui, la limite entre la finesse et le féroce ou celle entre le subtilement exquis et le douteux n’est pas définie ? A-t-on le droit aussi de penser que son débarquement de France Inter, aussi polémique soit-il, ne remet pas foncièrement en question la liberté de la parole en France, et ce d'autant qu'il a parcouru tous les plateaux de télévision pour assurer la promotion de son DVD ?

 

Mais le plus grave dans tout cela, c’est encore une fois la manière dont Guillon a choisi de contourner la critique. Cette manière assassine d’appuyer là où ça fait mal. Et, de ce point de vue, rappelons tout de même les quelque lignes esquissées par Bruno Roger-Petit à ce endroit :

 

"Le téléspectateur engagé et citoyen n'est pas dupe de la dimension politique de l'affaire. Stéphane Guillon a mis le doigt là où cela fait mal. Point. Derrière le rire se cachait la politique et ses luttes d'influences dans les médias, et il savait très bien ce qu'il faisait."

 

Et après il écrira : "Où est le problème ?"

 

Mais le problème est pourtant bien là, Monsieur Roger-Petit ! Il était dans le fait que Guillon ne se contentait pas d’une simple boutade. Il a clairement exprimé un parti-pris dans la polémique en cours sur le statut de journaliste d’Audrey Pulvar. Celui qui consiste à dire qu’elle est la "femme de", qu’elle n’a aucun autre rôle que celui d’illustrer les combats politiques de "sa famille", qu’elle est en conflit d’intérêts. La même thèse que défend en somme, semaine après semaine, Bruno Roger-Petit.

 

Et ce ne fut guère surprenant de voir M. Guillon se réjouir de la prose de Bruno Roger-Petit.

 

Tweet de Stéphane Guillon, le 19 décembre 2011 (capture d'écran)

Tweet de Stéphane Guillon, le 19 décembre 2011 (capture d'écran) 

 

Monsieur Roger-Petit, les rieurs sont de votre côté. Seulement, cet acharnement méthodique envers Audrey Pulvar n’a que trop duré. Et comme vous n’êtes pas le seul, je n’irais pas jusqu’à dire quel conflit d’intérêts vous anime, vous qui avez pris fait et cause pour François Hollande.

 

Il faudrait tout de même arrêter ce petit jeu malsain autour de la présence d’Audrey Pulvar dans l’émission de Ruquier, et plus généralement dans ses interventions, quand elles touchent, de près ou de loin, le monde politique. Alors qu’elle joue le jeu de la vérité, elle, en ne cachant pas ses relations avec ce cadre socialiste (tous les journalistes sont-ils sur la même ligne éthique, que la relation soit amicale ou amoureuse, donc de facto privilégiée ?), on ne cesse de remettre en question la moindre de ses questions, la moindre de ses analyses, la ramenant sans cesse à sa vie privée.

 

Pourtant, qui ignore aujourd’hui qu’Audrey Pulvar est avec Arnaud Montebourg ? Où est la duperie quand le citoyen sait à quoi s’en tenir ? Audrey Pulvar doit-elle se résigner à arrêter le journalisme parce que son travail sera toujours observé sous le regard déformant, pour ne pas dire voyeur, de ceux qui confondent vie privée et vie publique ?

 

Encore une fois, croire que l’on manipule parce que l’on informe avec un peu de ses convictions, c’est insulter l’intelligence du peuple. C’est croire qu’il avale sans réfléchir tout ce qu’on lui dit. C’est prétendre qu’il est incapable de faire la part des choses !

 

Audrey Pulvar doit pouvoir faire son métier sans qu’on lui mette sans répit sous le nez sa relation amoureuse. Sans que l’on puisse systématiquement la soupçonner de céder au conflit d’intérêts. Car où est le conflit d’intérêts quand on vient faire la critique d’un spectacle d’un comédien ? Où est le conflit d’intérêts quand, engagée pour représenter la "fibre de gauche" de l’émission, on se confronte à un Laurent Wauquiez venu opposer les pauvres aux plus pauvrespour savoir qui hériterait d’un logement social ?

 

Le vrai conflit d’intérêts, et le seul qui existe en France, n’est-il pas plutôt que les grands industriels que sont Bouygues, Dassault, Lagardère et Bolloré détiennent les grandes arcanes de la presse et de l’information de notre pays, davantage que dans la mise en scène stérile d’un bout de vie d’une journaliste ?

 

Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, au soir du premier tour de la primaire socialiste, le 9 octobre 2011, à la Bellevilloise, Paris (T.COEX/AFP)

Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, au soir du premier tour de la primaire socialiste, 9 octobre 2011, Paris (T.COEX/AFP)

 

Mais encore plus grave : cette société serait-elle à ce point résolue à sa dimension la plus patriarcale pour ramener sans cesse la femme à son mari, la femme journaliste à la femme politique, Audrey Pulvar au seul Arnaud Montebourg ?

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22 décembre 2011 4 22 /12 /décembre /2011 19:45

Nous croyions en avoir presque terminé. Presque, car personne n’était à l’abri de découvrir une nouvelle affaire, une nouvelle plainte, un nouveau capharnaüm en perspective. D-S-K : trois lettres qui auront clairement marqué l’année 2011. De la plus sombre des manières. Être porté aux nues avant de tomber dans les abîmes de l’indécence, du libidineux, du salace, quelle ironie du sort.

 

Anne Sinclair DSK 4-09-11 / Michel Euler/AP/SIPA

Anne Sinclair DSK 4-09-11 / Michel Euler/AP/SIPA

 

On peut comprendre la fascination face à cette descente abyssale aux enfers.

 

On peut comprendre le temps qu’il fallut à tous pour prendre conscience de l’ampleur de la chute et des répercutions légitimes qui en découleraient.

 

On peut enfin comprendre que le retour, puisque retour il y eut, puisse engendrer la curiosité.

 

Mais cette fois-ci, comment ne pas avoir la nausée ?

 

Lundi, tous les projecteurs étaient tournés vers Pékin, où DSK était convié à s’exprimer en sa qualité d’économiste. Pas un média ne nous épargna les images et surtout les commentaires, n’omettant surtout pas de nous montrer LA question sur "l’affaire" (même si le singulier parait inopportun), finalement la seule qui leur importait.

 

DSK en Chine Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

"Enfin là où les journalistes ont échoué…", entend-on à propos de la moindre allusion à la vie personnelle de l’ancien favori à la course présidentielle. Comme si là était l’objectif même de la présence de la presse française en Chine pour couvrir cet "événement" !

 

Les citoyens sont devenus des voyeurs et les médias, des proxénètes. On fait déambuler DSK, devenu escort inusable de l’actualité. Récapitulons : l’arrestation à New-York, la thèse du complot, les menottes, l’emprisonnement, l’attente du procès, les preuves, le témoignage de Nafissatou Diallo, l’analyse gestuelle de la plaignante lors de l’interview, les failles de l’affaire. Et lerebondissement, l’acquittement au pénal, le retour en France, l’affaire Banon, la convocation, l’abandon de l’affaire française pour prescription, l’affaire Carlton, la convocation à la police, la Chine…

 

Information ou voyeurisme ?

 

On a souvent été circonspect de ce côté de l’Atlantique face au traitement médiatique de ces icônes qui ont fini devant la cour de Justice américaine, caméra aux poings, d’OJ Simpson à Mickaël Jackson, mais force est de constater que la France a vite, trop vite, rattrapé son retard en la matière.

 

Et l’on s’étonnera ensuite que les Français aient choisi Anne Sinclair pour incarner la personnalité féminine de l’année ? Mais où est l’information dans ce voyeurisme constant ? Aujourd’hui, des cours d’école surgissent des mots et des récits qui n’étaient audibles qu’en version cryptée les premiers samedis du mois seulement… Et "DSK" devient le sobriquet à la mode qui fait rire tout le monde quand la cloche sonne.

 

Car le sujet est omniprésent et incontournable : Eva Joly, venue parler de son projet pour 2012 chez Christophe Barbier, est sommée de commenter les résultats du sondage consacrant Anne Sinclair ; Michel Sapin, porte-parole de François Hollande, de commenter le ménage de l’ancien Directeur du FMI sur "Itélé", quand, pendant des mois, l’on questionna les cadres du PS sur le retour éventuel de DSK dans la politique… Mais pourquoi répondent-ils ?

 

Trop de commentaires !

 

Pourquoi ne pas se taire, proposer le silence devant ce spectacle consternant ? Ne rien dire, dévisager des yeux l’impudent, et attendre une question de fond. La grève des réponses quand le scabreux vient s’inviter en pique-assiette dans l’information.


Polluer de la sorte les débats, qui se font rares sur les divergences de programmes et d’orientations pour la France, à l’heure où la crise menace les fondements mêmes de l’Europe, c’est prostituer les arcanes de la démocratie.

 

Le rôle des médias d’information n’est pas de faire de l’audience. Leur but n’est pas de flatter le voyeurisme devenu monnaie courante dans cette société. Leur finalité n’est pas d’exploiter les destins. Les proxénètes de l’info doivent arrêter leur trafic. Et les clients se raisonner. Ça suffit.

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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 19:45

Monsieur Jack Lang ! On reconnait bien là l’acteur que vous fûtes. Celui qui devait enflammer les planches dans sa prime jeunesse. Celui qui finalement aurait dû rester à flatter les muses plutôt qu’à hanter les hémicycles.

 

La semaine dernière, votre saillie à l’encontre de Monsieur Montebourg nous a tous bien faire rire :

 

Jack Lang veut donner "une paire de gifles" à... par BFMTV

Ne revenons pas sur le fond de l’affaire, car si affaire il y a, la Justice lèvera le voile sur toutes les secrets d’alcôves qui semblent avoir gangréné les fédérations du PS, du sud jusqu’au Nord, et qui font passer la fraude supposée de Martine Aubry lors du Congrès de Reims pour une polissonnerie de petite joueuse.

 

Mais attardons-nous plutôt davantage à vos airs effarouchés, outranciers, offusqués et qui semblent dire : comment moi, Jack Lang, l’incarnation même de la vertu, dus-je essuyer pareille accusation abracadabrantesque ?

 

Oui, comment cela a-t-il pu vous arriver, à VOUS ? Étonnant en effet de la part d’un homme, qui à en croire PPDA, avait beaucoup de conscience professionnelle. On en eut la preuve par une délicieuse anecdote, samedi soir, dans "On n’est pas couché", alors que le plateau riait de vos recherches de circonscriptions (nous y reviendrons) et que PPDA voulut prendre votre défense.

 

Celui qui allait devenir le présentateur préféré des Français arriva à l’époque, jeune homme qu’il était, devant son juge impartial à la fac de Reims (ce qui fit dire malicieusement à Audrey Pulvar à votre encontre "il a vraiment 125 ans alors"…) en n’ayant assisté à aucun de ses cours de droit international maritime.

 

Honnêtement, il vous le confessa et, magnanime, vous lui répondîtes que ce n’était pas bien grave, lui demandant quelles étaient ses passions et parlant un peu du marxisme pour lui mettre un 16/20 bien payé. Le symbole de la politique que vous dictâtes, comme le souligna judicieusement Natacha Polony. L'obtention du baccalauréat ressemble aujourd'hui à s'y méprendre au jugement final de feue "L'Ecole des fans" de Jacques Martin.

 

Car qui a oublié que vous prîtes les rênes du ministère de l’Education nationale ? Vous qui fûtes le ministre qui occupa le plus longuement la rue de Grenelle et qui n’eûtes de cesse de saupoudrer de postes la profession, histoire de faire oublier la longue et lente déliquescence de la transmission du savoir dans l’école Républicaine, un peu comme un parent couvre ses petits de cadeaux pour compenser le manque d’affection qu’il leur doit.

 

Et vous venez ensuite faire des leçons de morale à tout à chacun sur la manière dont il faut tenir notre Ecole ! Amnésie collective, on vous pardonne, semble-t-il…

 

On vous pardonne car on ne retient de vous que vos performances en qualité de ministre de la Culture, avec en cerise sur le gâteau la Fête de la Musique. Au point de vous pardonner aussi de vous substituer à tous vos successeurs dans les grandes cérémonies.

 

On vous pardonne aussi vos danses endiablées auprès de Gbagbo, à l’heure où la Côte d’Ivoire était pourtant tenue par une main de fer… Pas très "gauche" tout de même ce déhanché ?

Laurent Gbagbo et Jack lang Abidjan by night par Estuaire1

On vous pardonne aussi d’avoir dépensé monts et merveilles pour "personnaliser" à votre génie les lieux de pouvoirs que occupâtes, depuis une modique toile d'Alechinsky à seulement 80.000 euros, jusqu’aux meubles conçus sur mesure pour remplacer les archaïques Louis XV…

 

Oui tout cela, visiblement la démocratie vous le pardonne, puisque vous êtes encore député de la sixième circonscription du Pas-de-Calais. Vous qui commençâtes votre carrière à Paris, avant d’aller à Blois puis de rejoindre Boulogne.

 

Aujourd’hui, votre circonscription est l’une des sacrifiées de la future réforme territoriale, et vous êtes à la recherche d’un nouveau siège. A 72 ans ! Après plus de 30 années aux plus hauts postes de la République. Après tant d’errance et de parachutage en parachutage, au mépris de la démocratie locale. Vous qui représentez tant cette gauche caviar qui a tant contribué à la montée du poujadisme et du FN ! Et vous en réclamez encore et davantage ! En vous imposant peut-être en Somme même quand on ne veut pas de vous.

 

Pour vous, Monsieur, le siège de député n’est pas une mission que l’on vous confie au service des Français, c’est votre métier, votre profession que vous occupez à vie, votre dû !

 

Julien Bayou, élu Verts, a pris le pari d’en rire en publiant une petite annonce hilarante dans Libération ce mardi :

 

"URGENT! JH, 72 ans, tjs fringant, noctambule festif tous les 21 juin, recherche activement circonscription accueillante et tolérante. Dispose parachute si besoin. Contact: djack.lang@sfio.fr"

 

Oui il vaut mieux en rire et pourtant pendant ce temps, vous voudriez gifler Arnaud Montebourg lui qui écrivit, faut-il le rappeler, ses accusations dans une lettre personnelle et confidentielle ?

 

Mais Monsieur Lang, c’est la démocratie qui devrait vous gifler. Où que vous atterrissiez, que les citoyens n’aient d’autres préoccupation que de vous battre, de vous laminer, de vous amener à une retraite, qui n’en doutons pas sera dorée.

 

Il est temps de passer la main, de changer cette manière obscène de faire de la politique. Et le plus téméraire, Monsieur Lang serait de ne pas tendre la joue, et de partir de vous-même. Sans rien dire. En toute discrétion. Révérence.

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:44

Cruauté des temps modernes, où l’éphémère devient l’essence même de l’existence. Voilà presque deux mois que "Charlie Hebdo" a été victime d’un attentat. Deux mois que le "Charia Hebdo" a suscité toutes les critiques mêmes les plus inacceptables. Deux mois que les dessinateurs ont dû se résoudre, malgré eux, à une protection policière. Et puis plus rien. Ou du moins plus grand-chose.

 

Luz et le Charlie Hebdo

Luz et le Charlie Hebdo "Charia Hebdo", le 03/11/11 à Paris (M. Fedouach/AFP)

 

Pourtant, la laïcité, entre temps, ne cesse de trembler en France et menace de s’effondrer. Les intégristes catholiques ont largement repris la main dans ce bras de fer de "cons" après lesmanifestations au couteau contre la pièce intitulée "Sur le concept du visage du fils de Dieu", manifestations initiée par Civitas, puis celles organisée par les mêmes fous de Dieu contre Golgota Picnic. Et enfin les candidatures ouvertement laïcides, comme celle de la bigote qui radote, qui promet de rajouter jusque dans la Constitution européenne que nos racines sont avant tout judéo-chrétienne. Ou encore celle grimée en caméléon de Marine Le Pen, qui favorise l’intégrisme catholique et dont la laïcité commence là où s’arrête l’Islam.

 

Charlie Hebdo et la liberté d'expression

 

La laïcité, pilier de notre République, est plus que jamais menacée et "Charlie Hebdo" ne doit pas être oublié. Ce week-end, Luz et Charb’ en dédicace à la libraire de la Renaissance, au Mirail, pour leur ouvrage compilation "les 1001 unes de Charlie Hebdo", ne disaient pas autre chose :

 

"La religion est devenue un sujet très sensible. Mais on ne nous fera pas taire. La liberté d'expression vaut d'être défendue."

 

Non, on ne vous fera pas taire et bien mieux que cela, on ne vous fera pas gommer les caricatures qui, chaque semaine, donnent les lettres de noblesse à notre liberté d’expression. Et ceux qui osent encore dire que vos critiques envers l’islam sont offensantes et bien plus nombreuses que celles envers le catholicisme en ont été pour leurs frais. Quand "Charlie" publie début décembre un spécial n°2016 "intégrisme chrétien" avec, en supplément, huit affiches au moins aussi sulfureuses que celles qui ornaient le numéro de "Charia Hebdo", avec notamment celle représentant le Christ sur sa croix titrée : "Ils veulent interdire la culture" et dans laquelle la *** de Jésus lui fait dire : "Ils m’empêchent d’applaudir."

 

Oui, les caricatures sont utiles à la pensée

 

 

De quoi faire la nique à ceux qui, comme Daniel Schneidermann, assimilent les traits de "Charlie" à de la provocation gratuite sans intelligence, à en croire le ton péremptoire et sentencieux du fondateur d’"Arrêt sur images", lui qui réfléchit tant au point de faire des articles tautologiquesretranscrivant paresseusement le débat entre Laurent Joffrin et Yann Barthès pour vendre sa prose à "Libération".

 

Oui, Monsieur Schneidermann l’humour peut amener à réfléchir et à se poser des questions. Et l’excellent opus des "1001 caricatures de 'Charlie Hebdo'", un véritable coffre-fort d’humour et de réflexion sur l’histoire des temps modernes, en est l’illustration la plus irrévérencieuse et la plus implacable. Depuis le drame caché de De Gaulle qui avait trois Mongoliens, Pasqua, Seguin et Villiers, grimés en têtes siamoises, jusqu’à Marine Le Pen en transat, qui, sommée d’évoquer l’attentat d’Oslo, répond, la clope au bec : "La Norvège ? Arrêtez, ça me rappelle le bureau !!"…  Je l’avoue, j’ai devancé le père-noël pour m’offrir ce plaisir de me coucher chaque soir avec quelques unes à vous faire perdre l’envie de dormir. Délicieux supplice.

 

Et puis, en ces temps de fêtes où la fièvre acheteuse ne doit jamais se substituer à l’altruisme, acheter "Charlie Hebdo", c’est aussi un acte citoyen pour une équipe SDF et qui est gracieusement hébergée pour travailler. C’est aussi cela l’esprit de Noël.

 

Alors, bonnes fêtes "Charlie" !

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 19:39

Dernièrement, de nombreux reportages sont diffusés à la télévision pour évoquer le parcours de Marine Le Pen ou l’histoire du Front National, depuis "Le Diable de la République, 40 ans de Front National" diffusé mercredi 30 novembre sur France 3, jusqu’à celui que propose Canal Plus ce dimanche à 12H45 intitulé "La face cachée du nouveau Front".

 

Et n'oublions pas le film réalisé par Caroline Fourest et Fiammetta Venner "Marine Le Pen , l’héritière" relégué malheureusement en troisième partie de soirée jeudi avec pourtant une audience moyenne impressionnante (1,2 millions de téléspectateurs pour un documentaire qui débuta avec vingt minutes de retard à 23h30 !), force est de constater que le phénomène intrigue.

 

Marine Le Pen donne une conférence au National Press Club à Washington le 2 novembre 2011 - Jose Luis Magana/AP/SIPA

Marine Le Pen - conférence au National Press Club à Washington le 2/11/2011 (Jose Luis Magana/AP/SIPA)

 

Marine Le Pen ne se cache pas, et le Front national courtise les médias

 

En complément de la stratégie de la dédiabolisation, Marine Le Pen a ouvert grand les portes de son parti aux journalistes, qui n’en demandaient pas tant pour faire… leur travail. Pendant des années, seul le portail de Montretout (la propriété si opportunément nommée, qui servit d’arbre cachant la forêt durant les heures brunes affichées) s’ouvrait au tout venant, à partir du moment où vous montriez patte blanche. Pour cela, il fallait revêtir les oripeaux de la belle société, ou bien être disposé à venir costumé pour s’y enivrer de champagne en discutant le bout de gras avec Alain Delon…  

 

Alors quand Marine Le Pen dit qu’elle a souffert du racisme patronymique dans son enfance, confidence faite dans sa biographie "A contre flots", on la comprend…

 

Mais les temps ont changé. Contrairement à son père, Marine Le Pen joue volontiers le jeu médiatique, sur la base d'un calcul simple : mieux vaut une mauvaise presse que pas de presse du tout. Et puis le parti s’est chargé d’abreuver ses propres réseaux, comme le révélait l’impressionnante invasion de sites, agences de presse et autres associations à la gloire et au bénéfice intégral des idées et des valeurs frontistes, information révélée par Linkfluence (dont on peut certes contester la méthodologie et certaines des analyses, mais dont la cartographie n’en révèle pas moins la part prise par les frontistes ou crypto-frontistes sur le net).

 

Effort démocratique donc qui rend difficilement acceptables les exactions de la Porte Dauphine, quand des étudiants l’empêchèrent, la semaine dernière, de débattre, ce qui provoqua chez Laurent Joffrin une légitime condamnation :


"Le Front national défend souvent des positions inadmissibles. Mais en démocratie, on les combat par la réfutation, par la contradiction, par la polémique. En aucun cas par la contrainte physique. C’est en défendant les principes de liberté qu’on peut contrer le plus efficacement l’intolérance, dès lors que son expression reste dans le cadre légal."

 

Ostraciser le Front national est un mauvais calcul

 

Ainsi, on ne peut pas défendre la démocratie en utilisant les armes qu’elle renie : la fin ne justifie pas les moyens et ce proverbe aurait dû guider la plume, mal inspirée pour une fois, de Dominique Sopo, Président de SOS Racisme, dans une lettre ouverte au Rédacteur en Chef du Nouvel Observateur :

 

Pourquoi alors, me demanderas-tu, avoir mené cette action, si l’expression même de Marine Le Pen eut suffi à la décrédibiliser ? Pour une raison finalement assez simple et dont j’ose espérer qu’elle continue à faire l’objet d’un certain consensus : le Front national n’est pas un parti comme les autres.

 

C’est vrai, Monsieur Sopo, le FN n’est pas un parti "comme les autres". Mais jusqu’à preuve du contraire, et les tribunaux sont tout ouïe pour en décider ainsi dès lors qu’on leur en fournit les preuves, le FN entre dans le champ démocratique, puisque ni ses propos, ni ses actions connues et ostensibles ne tombent sous le coup de la loi et ne justifient d'interdiction.

 

Et ce n’est pas parce que Monsieur Louis Aliot, Vice-Président du parti, a promis une sombre destinée aux subventions de votre association, si le FN venait à être aux affaires, tout en portant des accusations qu’il devra certainement justifier devant la Justice, puisque légitime plainte il y aura de votre côté, qu’il faut céder aux sirène du F comme fasciste et N comme Nazi qui n’empêcha nullement un sombre 21 avril, chant entêtant et contreproductif comme il n’en faut plus.

 

Combien de fois faudra-t-il rappeler qu’on ne combat pas le FN en l’ostracisant, en lui refusant le jeu de la démocratie ou en disqualifiant ses électeurs, mais en démontant, sur le fond, un par un ses arguments, pour mettre en exergue les insuffisances et l’inanité de son programme ?

 

Cécile Duflot, invitée sur le plateau qui suivi la diffusion du documentaire Le Diable de la République le 30 novembre dernier sur France 3,en avait parfaitement convenu :

 

FN un parti comme les autres Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

La liberté d'expression assaisonnée à la sauce "Front national"

 

Pour autant, il faut tout de même de se poser une question pour le moins capitale dans cette polémique : peut-on aisément débattre avec le Front national ? Car il serait trop facile de faire croire que Marine Le Pen et sa cohorte soient les seuls défenseurs de la démocratie, et qu’en face on met tout en œuvre pour éviter que la vérité n’éclate. 

 

Position victimaire qu’a affectionné son père pendant presque quatre décennies. D’autant que certains s’en donnent à cœur joie, comme Bruno Gollnisch, qui cette semaine s’en est allé sur son blog sous un titre qui fait doucement sourire, "Pourquoi tant de haine",  quand on sait que c’est celui que j’utilisai pour faire le portrait de Caroline Fourest

 

Lui qui l’accuse ici d’acharnement, de condamnation sans preuve. Cocasse quand on sait que le même Gollnisch avait déjà eu l’audace de me citer quand j’expliquai, et je ne retire pas une virgule de ce que j'ai écrit, que la blague de mauvais goût de Ruquier qui illustra l’arbre généalogique de Marine Le Pen avec des branches en formes de croix gammée était contre-productive et d’autant plus répréhensible qu’elle s’accompagnait du refus d’inviter la présidente du FN sur son plateau (entre temps, l’on apprit que l’animateur de l'émission "On n’est pas couché" devra de toute façon revoir sa copie).

 

Puisque j’inspire tant Monsieur Gollnisch, je l’invite à me citer dans les grandes lignes quand je décris de manière clinique combien la laïcité prônée par Madame Le Pen est factice,  quand elle use et abuse de la rhétorique pour détourner les questions dérangeantes ou bien évidemment quand je condamne fermement les dérives des intégristes catholiques que le même Gollnisch ne cesse de protéger et de légitimer.

 

Marine Le Pen libre de s'eprimer, face au monde (invité à se taire)

 

Alors, de quelle liberté d’expression parle Marine Le Pen ? De celle qui est au cœur de son programme ? Qui assène que  "Les manifestations de clandestins ou de soutien aux clandestins seront interdites" ? Celle qui garantit l’indépendance et la neutralité de la Magistrature en demandant, pour les magistrats "la suppression du droit d’être syndiqué, de la possibilité de s’engager politiquement ou d’être candidat, d’écrire ou de témoigner au sujet d’une quelconque affaire ayant trait à leur fonction" ?

 

Ajoutons à cela un budget de la défense à hauteur de 2% du PIB pour 201740000 places de prison crées et bien évidemment "la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre" (sic ! Marine Le Pen qui déclare à propos du risque d’abus d’un tel dispositif : "Moi, je préfère compter un mort chez les criminels qu'un mort chez les forces de l'ordre" !) et l’on aura compris ce que les mots "liberté" et "liberté d’expression" recouvrent dans la bouche de Marine Le Pen !

 

Pour ce qui est du débat, il est facile de trouver des passages éclairants sur les nouvelles dispositions du FN, en puisant dans les archives, et pas les plus anciennes. Il y a un peu plus d’un an, dans feue "Semaine Critique", Marine Le Pen s’était illustrée en étant parfaitement accompagnée, de sorte à avoir "le public" dans sa poche. Par exemple :

 

Marine Lepen face à Caroline Fourest (1er round) par prochoix

 

Lors du débat déjà évoqué du mercredi 30 novembre, suite à la diffusion du Film "Le Diable de la République, 40 ans du Front National", on se souviendra aussi longtemps des 30 premières secondes de l’émission, et du respect incarné par les nouveaux amis-nouveau alliés du Front National.

 

De débattre avec le FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Au sortir de l'enregistrement de l'émission, Caroline Fourest publia d'ailleurs sur son mur Facebook : "Le débat qui suit (déjà enregistré) a été impossible à cause d'un numéro de cirque de l'insupportable Gilbert Collard. Candidat aux législatives pour le FN mais sans officiellement partager ses idées (il veut bien le poste et les paillettes mais pas défendre des convictions). Ce qui ferme la porte à tout échange sur le fond. Très pénible."

 

Etrange capacité à dialoguer quand votre seul crédo est de ne pas répondre pour accabler l’autre, et de retourner la question dans un rythme qui s’apparente à un inquiétant : "il y a pire que nous"… un slogan pour le moins suspect quand on débat dans une démocratie.

 

FN calominer et faire diversion Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Que dire aussi d’un parti qui multiplie les procédures en justice au point de protester avant même d’avoir vu une image du film Marine Le Pen l’héritière ? Des procès pour intimider comme le rappelle Caroline Fourest dans son blog tout en précisant que Marine Le Pen est courageuse, mais pas téméraire, et lorsqu’elle sent que la partie lui échappe, elle botte en touche.

 

Ainsi, concernant la biographie Marine Le Pen, l’accusatrice éponyme a demandé un renvoi pour juillet 2012, alors que le procès était prévu pour décembre 2011… Plus pratique quand le dossier est branlant et qu’il pourrait faire de l’ombre à la présidentielle, et plus encore aux législatives où la moindre voix se monnaye en écus sonnants et trébuchants, subventions de l’Etat obligent.

 

Difficile enfin de débattre et de mener la fronde contre le Front, quand vous échappez aux velléités procédurière de ses cadres mais que sont à vos trousses de sombres illuminés prêts à tout pour vous réduire au silence comme Sophia Arram menacée par les aficionados de la Madone de Saint Cloud… enfin la Madone d’Hénin, selon que c’est le jour du travail ou le jour de la messe.

 

Tant que le Front national s'exprime, prenons la parole pour le combattre

 

Difficile mais pas impossible. Pour cela, il faut du courage, du talent et de l'abnégation. Alors Caroline, Fiammetta, Sophia, Laurent (...Joffrin !), Abel et Caroline (Mestre et Monnot), Renaud (Dély)... Merci. Merci d'oser l'intelligence de la démocratie. Merci de continuer à nous informer, à décrypter, et à formuler l'indicible qui se terre dans les non-dits.

 

Certains diront qu'ils sont parti pris. C'est vrai. Mais tant que la démocratie ne muselle pas les membres du FN (d'où l'importance de ne surtout pas glisser sur ce terrain-là...), leur combat ne s'inscrit que dans une contrepartie équitable qui laisse le citoyen libre à sa réflexion. C'est aussi cela le service public. Ou pour ceux qui n'en dépendent pas, le service rendu au public.

 

Enfin, comme le rappelle Caroline Fourest, narratrice dans son film : "un seul obstacle peut bloquer l'ascension de l'héritière : la démocratie, la vigilance et le vote des Français". Citoyens, c'est à vous de jouer à présent.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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