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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 08:51

Si les débats de cette présidentielle ne semblent pas passionner les Français – et on les comprend quand on voit que l’on consacre par exemple du temps de parole de Philippe Poutou à lui faire dire que faire une campagne est plus fatiguant que de travailler à l’usine -, une nouvelle faite ce lundi viendra peut-être faire contredire les Cassandre qui prévoient une abstention record. 

 

Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

France 2 a en effet annoncé qu’elle organiserait le 16 avril prochain, à seulement 6 jours du premier tour un débat entre les candidats dans le cadre de l’émission "Mots croisés" animée par Yves Calvi.

 

Il était temps qu'un grand débat soit organisé

 

Voilà qui ravira Nicolas Dupont-Aignan, qui fut le premier à le réclamer, rongeant son frein en voyant son score stagner aux alentours de 0,5%. Et quand on voit comment les médias télévisés se sont affranchis de l’équité de temps de parole jusqu’au 19 mars, il y a de quoi se réjouir de voir enfin une mise en lumière de ceux qui postulent tout de même à l’élection de la présidence de la République.

 

Et que ce débat soit organisé sur le service public est la cerise sur le gâteau, à condition bien évidemment que l’on ne cantonne pas ce débat à la deuxième partie de soirée, créneau traditionnel de l’émission crée par Arlette Chabot.

 

François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon s’étaient déjà engagés à y participer avant même que la décision ne fût prise. Il faut dire que l’expérience des primaires socialistes a de quoi aiguiser les appétits. Nul n’a oublié quel succès ces débats ont connu, ce qui n’était, avouons-le, pas gagné d’avance. Une bonne audience doublée d’une participation remarquable dans les urnes.

 

Mais, et c’est surtout ce que veulent retenir ceux qui ne caracolent pas en tête des intentions de votes du premier tour, ces débats furent le point de départ de l’éclosion du candidat Montebourg, notamment dans son duel frontal avec Manuel Valls et qui lui avait permis de décliner son thème fort, la démondialisation, sur lequel surfe d’ailleurs avec succès un certain Jean-Luc Mélenchon. Celui qui rassemblera plus de 455.000 voix, et qui créera dans la foulée le courant "La rose et le Réséda" n’a pas oublié qu’il avait commencé la campagne des primaires à 5% en août...

 

Et déjà à l’époque l’on criait à la monopolisation du débat entre Aubry et Hollande, quand aujourd’hui le couple Sarkozy Hollande ravage tout sur son passage, comme le montre cette parodie de la scandaleuse Une de Libération qui confond commentaire et information dès sa première page, et que l’on pouvait découvrir le soir même de l’attentat démocratique sur le site deBayrou.fr.

 

L'on peut toutefois regretter que ce débat intervienne si tard dans la campagne quand les socialistes en avaient prévu une trilogie de longues dates afin que les citoyens aient le temps de voir évoluer les positions de chacun. Mais enfin, ce sera une première dans l’histoire de la politique française…

 

Un boycott de la part de Hollande et Sarkozy ?

 

Sauf que, sauf que… Les deux favoris ont décidé de faire la fine bouche. Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà annoncé qu’il n’y participerait pas, estimant que la tradition implique de réunir les gagnants du premier tour. Pour celui qui n’a jamais cessé de claironner qu’il voulait voir la politique autrement, dans une rupture avec ses prédécesseurs, l’argument est risible.

 

François Hollande est tout aussi grotesque, puisqu’un de ses proches a justifié les réticences de son poulain par des raisons techniques, affirmant qu’un débat à dix pourrait sombrer à une foire d’empoigne. Les mêmes arguments avancés par les frileux juste avant les primaires… Et l’on a vu pourtant qu’avec des temps de paroles, et un animateur qui sait se faire respecter, chacun peut rester courtois tout en permettant aux candidats de se répondre les uns aux autres.

 

La vérité, c’est que les deux favoris ont évidemment peur. Ils ont tout à perdre dans ce type de confrontation. Oubliant toutefois que le débat politique a tout à y gagner vu le peu d’intérêt que la présidentielle suscite chez les Français. Pourtant n’est-ce pas là le plus important ? Les deux favoris n’ont-ils pas tout intérêt à ne pas incarner le triste proverbe selon lequel à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ?

 

Alors pourquoi France 2 courberait-elle l’échine et accepterait de contourner le débat démocratique ? Pourquoi serait-on contraint d’accepter cette guerre de tranchée où l’on envoie ses caporaux se salir pour éviter d’être éclaboussé ? Est-on à même d’accepter dans une démocratie cette dérobade qui a déjà vu Pierre Moscovici et Jean-François Copé représenter Hollande et Sarkozy chez Ruquier où tous les candidats à la candidature avaient pourtant joué le jeu ?

 

Quand la droite avait hurlé au loup lors des primaires socialistes en expliquant que le PS avait monopolisé le temps de parole, les animateurs avaient expliqué que ce n’était pas faute d’avoir essayé d’inviter sur les plateaux les représentants de la majorité présidentielle : ils ne voulaient pas venir. Ils se dérobaient. Ce qui avait semblé suffire au CSA.

 

Alors il faut jouer le jeu de la démocratie et mettre Nicolas Sarkozy et François Hollande devant leurs responsabilités, une alternative non négociable : soit François Hollande et Nicolas Sarkozy acceptent le jeu démocratique et honorent en personne l'invitation qui leur est faite, soit ils ne seront pas représentés sur le débat et accepteront un autre adage selon lequel les absents ont toujours tort. Sans compensation de leur temps de parole puisqu’ils auraient décliné l’invitation.

 

Mais le CSA aurait-il le courage et l’indépendance pour oser refuser l’arrangement avec la démocratie que serait le substitut d’un candidat pour débattre ? Le pavé est lancé dans la mare. 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:50

Depuis maintenant une quinzaine de jours, les sondages se suivent et se ressemblent.Après avoir rejoint François Bayrou (et Marine Le Pen par la même occasion) au seuil de 12/13 % des intentions de vote au premier tour, Jean-Luc Mélenchon semble petit à petit s’imposer comme le troisième homme de cette élection présidentielle, autour de 14 à 15%. Un score qui aura doubléen deux mois seulement. L’élan dont bénéficie le leader du Front de gauche ne doit rien au hasard.

 

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, à Marseille, le 15 mars 2012. (Claude Paris/SIPA)

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, à Marseille, le 15 mars 2012. (Claude Paris/SIPA)

 

Les raisons du succès Mélenchon

 

Pour commencer, Jean-Luc Mélenchon a pu compter sur la lassitude du système bipartite que l’on sert à la France et que les médias perdurent à vouloir inlassablement instrumentaliser. Une posture que Bayrou, Mélenchon et Marine Le Pen partagent à trois en 2012, quand ils n’étaient que deux en 2007. Et la proximité de cette posture avec le candidat du MoDem est d’autant plus troublante que l’élan dont semble bénéficier Jean-Luc Mélenchon semble de la même force que celui qui anima la campagne du Béarnais en 2007, et qui lui fit atteindre le score de 18,57 % au premier tour.

 

François Bayrou souhaite, dans ce qu’il appelle un discours de vérité, miser sur une réduction des dépenses publiques, quand Mélenchon surfe sur la vague initiée par Montebourg avec son concept de "démondialisation" et de VIème République. Au-delà de leur divergence de programme, il est intéressant de s’attarder sur ce qui fait que l’un bénéficie d’un élan qui manque à l’autre.

 

D’une part, Jean-Luc Mélenchon réussit une très bonne campagne. Et ce n’est pas rien, car cela n’est pas toujours un gage de réussite. Surtout quand on voit que François Hollande n’a pas particulièrement réussi la sienne et que, comme il l’avait fait lors de primaires socialistes, il ne fait que gérer au mieux son avance. Qui fond pourtant comme neige au soleil.

 

François Hollande, à Boulogne sur Mer, le 27 mars 2012 (CHESNOT/SIPA)

François Hollande, à Boulogne sur Mer, le 27 mars 2012 (CHESNOT/SIPA)

 

Jean-Luc Mélenchon n’a pas ce problème en tête. Il avait reçu l’aval du Parti communiste pour présenter une candidature à gauche du PS, alors que l’extrême gauche avait été submergée en 2007 par le tsunami du vote utile. Le Front de gauche n’avait donc rien à perdre. Et le Parti communiste, en apportant sa main d’œuvre militante, a fait le reste.

 

Les meetings du candidat Mélenchon sont actuellement les seuls en France à faire le plein à coup sûr, et ce même si, comme pour les grèves, on fantasme des marées humaines comme à la Bastille où l’on évoqua 120.000 participants, ou à Lille où les participants annoncent 23.000 personnes quand les services de la ville, contacté par mes soins pour cet article, parlent de 18 à 19.000 participants. Mais ne mégotons pas sur ces vétilles qui font partie de la propagande politique : Mélenchon fait un malheur en meeting.

 

L’autre partie du succès tient évidemment à la personnalité même de Jean-Luc Mélenchon. Tribun reconnu, il parle avec force et fureur, hèle ses adversaires, aboie sur Marine Le Pen, avec une force qui fait les grandes campagnes. Avec les journalistes, son agressivité est assurée de distraire le spectateur. C’est assurément un sacré client pour cette bulle médiatique.

 

Enfin, son bras de fer avec Marine Le Pen est également à l’origine de sa chevauchée fantastique. En point d’orgue, le non débat dans "Des paroles et des actes", qui discrédita pour de bon la présidente du FN. L’Histoire retiendra qu’il y a eu trois étapes au naufrage de Marine Le Pen dans cette présidentielle : le livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, le KO d'Anne-Sophie Lapix, et le travail au corps de Jean-Luc Mélenchon. Et grâce lui soit rendue d’avoir osé démasquer, avec tant de réussite et d’efficacité, la présidente d’un FN qui voulait faire croire que son parti était devenu compatible avec nos valeurs républicaines.

 

Hollande, maître du destin de Mélenchon et Bayrou ?

 

Ces trois ingrédients, qui manquent cruellement pour l’heure au candidat centriste, font pour l’instant pencher la balance vers Mélenchon. Mais l’avenir n’est pas pavé de certitudes, car le plus dur reste à venir. Et le devenir de ces deux candidatures dépend du choix que fera François Hollande.

 

Parce que le score de Mélenchon ne s’explique pas seulement par l’assèchement des voix de l’extrême gauche, mais aussi par l’émiettement des intentions de votes accordées au candidat socialiste depuis quelques semaines.

 

Que fera donc François Hollande à présent ? Considérera-t-il que, quoi qu’il arrive, les voix qui se porteront sur Jean-Luc Mélenchon se reporteront automatiquement sur sa personne, et qu’il faut plutôt attirer les électeurs de François Bayrou ? Ou pensera-t-il au troisième tour de ces présidentielles, et à l’encombrant Front de gauche, couplé avec le Parti communiste qui viendra réclamer sa part du gâteau alors même que les Verts, qui n’auront rien pesé dans le scrutin, ont déjà négocié de haute main la part du lion ? En tournant à gauche toute, ne risque-t-il pas de faire fuir alors le centre gauche vers François Bayrou ?


Le dilemme est cornélien, et ceux qui auraient enterré un peu trop vite le Béarnais en seront sans doute pour leurs frais. La montée de Mélenchon ne serait finalement pas une si mauvaise affaire pour le président du MoDem. Et ce, d’autant plus que le vent qui porte le candidat du Front de gauche est loin d’être uniforme.

 

L'électorat de Mélenchon est trop hétérogène

 

En effet, la candidature de Mélenchon apparaît de plus en plus comme un phénomène de mode. De la même nature que celui qui accompagna Europe Ecologie aux européennes, avec la suite qu’on lui connaît. Un responsable de la mairie de Lille, qui a suivi de près le meeting de Mélenchon dans la capitale des Flandres, me témoignait cette semaine son étonnement de voir que les foules qu’il déplace sont essentiellement des jeunes et des bobos. On est loin de la cible ouvrière que son discours vise "naturellement". Un électorat bigarré, qui serait séduit par la rhétorique de l’homme du moment.

 

Sur les marchés où je tracte, les militants qui distribuent du Front de gauche offrent tous les visages et tous les profils, des jeunes nouveaux militants aux communistes qui sont sur le terrain depuis 30 ou 40 ans… Une drôle d’alchimie qui se dessine aussi quand on parle avec eux.

 

Une première me dit que la gauche doit gagner coûte que coûte et qu’elle votera Hollande au deuxième tour. Une autre m’affirme que "Sarko et Hollande c’est pareil" et promet un vote blanc le 6 mai. Un troisième me confie qu’il aime bien Bayrou, parce qu’il dit la vérité contrairement aux autres… On le voit, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est loin de parler comme un seul homme.

 

Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en Charente le 2 janvier 2012 (NOSSANT/SIPA)

Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en Charente le 2 janvier 2012 (NOSSANT/SIPA)

 

Et qu’en sera-t-il alors quand le Parti communiste reprendra ses droits à la fin de la présidentielle, et que les élus communistes réclameront ce qui leur est dû pour les législatives ? Comment tous ces voix, si différentes, presque contradictoires, pourraient s’accorder pour construire une politique cohérente ? Faire gagner la gauche est il un programme suffisant pour une France en crise ? L’étiquette suffit-elle à résoudre à grands coups d’incantation les problèmes des Français ?

 

Comme on le voit, aussi puissant que soit le vent qui porte actuellement Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas bien sûr qu’il pourra faire fructifier le beau score que les sondages lui promettent aujourd’hui…

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 08:50

La tuerie de Toulouse ne laissera pas la France indemne. Au-delà de l’horreur des crimes perpétrés par le désormais tristement célèbre Mohamed Merah, il faut bien reconnaître que l'affaire marque, dans la présidentielle, un tournant que n’avaient fait qu’envisager les scénaristes de la série "Les Hommes de l’ombre" (puisque la piste islamiste n’est pas la bonne dans la série) et que Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy n’auraient pas imaginé en rêve. Le retour de leur marotte.

 

Face à deux candidats qui semblent se nourrir de ce choc des civilisations, à grands coups de déclarations, de petites phrases et de propositions les plus outrancières, il convient d’être nuancé. De faire la part des choses. Et, sans doute aussi, de laisser le temps faire son œuvre, car il n’y a aucun bénéfice à faire figure de prophète visionnaire qui aurait compris avant les autres les racines du mal. La seule priorité est d’approcher la vérité, quel que soit le temps que cela prendra.

 

En marge de la tournée de promotion du film dans lequel il partage l’affiche avec Alain Chabat, "Sur la piste du Marsupulami", Djamel Debbouze a cru bon de devoir s’exprimer sur le sujet, oubliant qu’un comédien n’avait pas toujours vocation à parler politique. Sa déclaration fut recueillie par les journalistes belges du quotidien "Le soir" :

 

"C'est terrible ce qu'on est en train de faire avec cette histoire de Toulouse. Au lieu de dire que Mohamed Merah est un marginal, que son acte est un acte isolé, on lui donne une idéologie qu'il n'avait pas au départ, c'est certain. Je les connais les Mohamed Merah, il y en a plein des Mohamed Merah mais qui ne deviennent pas des Mohamed Merah. Là, on est en train de mettre dans la tête de jeunes qui ont le potentiel de Mohamed Merah de devenir des Mohamed Merah."

 

Djamel Debbouze, le 05/01/2012. (BALTEL/SIPA)

 Djamel Debbouze, le 05/01/2012. (BALTEL/SIPA)

 

Puis l’acteur ajoute :  

 

"N'importe quel frustré est un malade potentiel. On le sait. N'importe qui peut basculer. Je me demande d'ailleurs comment le monde reste aussi équilibré. Les gens devraient être encore plus fous que ça. (...)  Un gamin instrumentalisé par la société - il est sorti frustré de prison ; on lui a dit non pour le service militaire ; on lui a dit non pour la Légion où, normalement, on accepte tout le monde) - exclu de la société, a tous les risques de basculer."

 

Sachant qu’il a ensuite confessé : "Je suis de gauche. Je vais voter François Hollande. C'est clair et net", il n’est pas bien sur que le candidat socialiste goûte ce soutien qui pourrait devenir quelque peu dérangeant…

 

Des accusations graves

 

L’analyse proposée par Djamel Debbouze a de quoi laisser songeur. D’autant qu’elle est fondée sur un paradoxe : d’un marginal, Merah devient le fruit des injustices de la société française qui ne demande qu’à se reproduire…

 

Mais au-delà de la contradiction que l’on mettra sur le compte de l’émotion mal maitrisée (mais quelle idée alors de laisser sa subjectivité s’épancher de la sorte dans la presse…), les accusations de Djamel Debbouze sont graves puisque l’origine du mal serait donc, selon lui, purement sociale et politique. Ce qui sous-entend que la France serait elle-même responsable de la situation. Que notre République aurait donc fini par payer, lourdement certes, mais logiquement, une politique d’exclusion.

 

On peut légitimement regretter les manquements de notre système à l’égard des quartiers et des périphéries. Mais on ne peut omettre par ailleurs que notre République sait aussi se montrer généreuse. Ne garantit-elle pas l’école gratuite pour tous ? Les ZEP,  même si les résultats ne sont pas à la hauteur des espoirs, ne tentent-elles pas de donner plus, là où il y a moins ? Et qui oserait nier, à moins d’être cynique ou aveugle, que notre système d’intégration, malgré d’incontestables ratés, fonctionne globalement bien ? Même si encore une fois, les discriminations sont réelles et ne doivent aucunement être minorées.

 

Et sans même s’attarder trop longuement sur ce champ politique, comme oser prétendre que ce sont les manquements de notre République qui pourraient expliquer pareil déséquilibre ? Comment oser prétendre que tout ceci est "explicable" ? Comment oser s’étonner qu’il n’y ait pas davantage de passage à l’acte ? La France nourrirait-elle en son ventre la vocation de ses propres assassins ? Et ne serait-ce pas aussi en partie comprendre l’acte de Mohamed Merah que de dire que tout ceci est "explicable" ?

 

La République jugée responsable

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les propos de Djamel Debbouze sont non seulement maladroits, amateurs, et de piètre consistance, mais ils sont aussi dangereux car la stigmatisation qu’il semble dénoncer est loin de s’atténuer à la lueur de ses propos : bien au contraire ils la renforcent.

 

Jeannette Bougrab, secrétaire d’Etat à la Jeunesse, n’a pas du tout apprécié la sortie de l’acteur d’"Indigènes". Le qualifiant d’"irresponsable", elle a livré au micro d’Europe 1 :  "Expliquer que la dureté de la société dans les quartiers fait que, après tout, il y a plein de Mohamed Merah, c'est grave. Déresponsabiliser les individus en leur disant "c'est normal, vous vivez dans telle ou telle partie du territoire", de la part de quelqu'un qui vit dans le 16ème arrondissement, c'est un peu gênant".

 

Alors on peut toujours se dire que Djamel a dérapé et qu’il a sorti ce qui lui passait par la tête sans prendre conscience de la teneur véritable que revêtaient ses propos. Il n’empêche, ils sonnent lourd dans un tel climat et surtout dérangent quand ils font écho à ceux d’une autre personnalité, autrement plus sulfureuse cette fois-ci : Tariq Ramadan.

 

Sur son blog, puis plus tard dans "Le Monde des religions", le rhéteur suisse a tenu à faire partager ses analyses de la situation. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ses propos détonnent. Reconnaissant que les actes de Merah sont inexcusables et que ses pensées vont aux familles des victimes, il enchaîne avec un raisonnement, certes plus fouillé, mais assez proche de la thèse de Djamel Debbouze, dont la péroraison résume parfaitement l’essentiel : "L’histoire de Mohamed Merah renvoit la France à son miroir : il finit jihadiste sans réelle conviction après avoir été un citoyen sans réelle dignité. Cela n’excuse rien, encore une fois, mais c’est bien là que se terre un enseignement crucial."

 

Et le petit fils du fondateur des Frères Musulmans de conclure :

 

"A Toulouse et Montauban, la France s’est effectivement retrouvée face à son miroir : cette crise a révélé, si besoin était, que les candidats ont cessé de faire de la politique, non pas seulement deux jours durant en hommage aux victimes, mais depuis bien des années.  (…) Mohamed Merah était un Français (dont le comportement était aussi éloigné du message du Coran que des textes de Voltaire) : Est-ce donc si difficile à concevoir et à admettre ? Cela fait donc si mal ? Tel est bien le problème français."

 

Avec quelle habilité Tariq Ramadan, dont le double discours n’est un secret pour personne, lui qui condamnait les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo tout en sous entendant que l’hebdomadaire satirique l’avait bien cherché, pointe la seule responsable de la tuerie : la République de France elle-même !

 

Pour cet adepte du choc des civilisations, et qui du point de vue des moyens de parvenir à ses fins, rejoint la stratégie de ceux qui font de l’Islam un ennemi qu’il faut combattre, l’occasion était trop belle. Pourquoi dénoncer l’instrumentalisation de l’Islam, les camps organisés en Afghanistan ou au Pakistan, la radicalisation des certains littéralistes qui souillent les musulmans dans leur ensemble quand il est plus savoureux de condamner sans hésiter la France ?

 

Merah, victime de la société française ?

 

Comme il l’avait fait pour l’affaire de Charlie Hebdo, avec quel sournois cynisme, il use et abuse de la concession en reconnaissant que cet acte est affreux, tout en insistant lourdement sur la personnalité presque attachante de Mohamed Merah, en le décrivant comme "gentil", "d’humeur très joyeuse et festive", "un grand adolescent, un enfant, désœuvré, perdu, dont le cœur est, de l’avis de tous, affectueux"…

 

Merah a fait un acte abject, il le concède, mais il n’en fait pas le premier responsable : "un pauvre garçon, coupable et à condamner, sans l’ombre d’un doute, même s’il fut lui-même la victime d’un ordre social qui l’avait déjà condamné". Ramadan fait donc de Merah, autant qu’un coupable, une victime. Et son bourreau à un nom : la République française.

 

"Je suis la plaie et le couteau, la victime et le bourreau", écrivait Baudelaire dans un chiasme célèbre. Une formule qui à en croire Ramadan correspondrait assez bien à Mohamed Merah, l’homme qui a tué de sang froid trois militaires sur un terrain civil de même qu’un homme et trois enfants parce qu’ils avaient eu le mauvais destin d’être nés juif. Et un bourreau parce qu'il est avant tout victime de la République ! Ad nauseam.

 

Alors se pose la seule question qui vaille à la comparaison des deux analyses proposées : Djamel Debbouze donnerait-il raison à Tariq Ramadan, en faisant de Merah la victime du système français qui laisse à l’abandon tout une partie de la société ?

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 08:49

L’hypothèse se glisse de bouche à oreille et ne cesse de faire parler, dissipant, triste coutume, les véritables débats, les seuls qui seraient dignes des enjeux de la présidentielle : et si François Bayrou pouvait devenir le Premier ministre de Nicolas Sarkozy ?

 

L’hypothèse semble même redonner du baume au cœur à droite et pour cause. Si le président sauve les meubles actuellement dans les projections du premier tour, en dépassant régulièrement François Hollande, il reste toujours loin derrière dans celle du second. Les sondages sont unanimes depuis un an : Nicolas Sarkozy ne peut pas gagner contre François Hollande.

 

Sarkozy, le challenger en perdition

 

La tuerie de Toulouse aurait pu marquer un tournant, de ces accidents de campagne qui à l’image du syndrome Voise, retournent une situation que l’on croyait perdue. En vain. Les deux qui pouvaient bénéficier au plus de l’affaire, à savoir Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy ne font pas recette après avoir pourtant fait ce qu’il fallait pour tirer les marrons du feu.

 

Alors le président candidat est en passe de sortir sa dernière carte. L’atout que Ségolène Royal avait tenté en vain de sortir pour renverser une situation compromise elle aussi en 2007. Réussir là où Juliette avait rebuté Roméo... Un dessein à la hauteur de la bête de campagne qu’est Nicolas Sarkozy.

 

Il faut dire que l’idée n’est pas neuve : tout avait été prévu, le cas échéant, pour se laisser ouverte cette possibilité. Le message avait été clair tout au long de la campagne : il fallait épargner le soldat Bayrou. Le préserver à tout prix pour s’assurer un report de voix. Dès le début de la campagne, les mots doux, flagorneries et autres amabilités étaient susurrées, avec une telle obséquiosité qu’elle n’avait dupé personne. Pas même le principal intéressé, qui préféra répondre avec humour à cette indécente danse du centre :

 

la danse du ventre de l'UMP par snoopyves1

 

Les événements de Toulouse avaient quelque peu changé la donne, certains cadres s’étant convaincu que le tournant sécuritaire allait suffire à redonner des couleurs brunes à leur favori. Les effets escomptés ayant fait long feu, la séduction est revenue. Presque naturellement.

 

Bayrou, le rassembleur aimé du peuple et des autres candidats

 

Il faut dire que les chiffres ont de quoi enivrer le clan Sarkozy : non seulement Bayrou reste crédité d’un score à deux chiffres, pécule précieux pour celui qui compte renverser la vapeur. Mais il demeure le candidat préféré des Français avec une cote de popularité que l’ancien Maire de Neuilly n’a jamais atteinte.

 

Un ralliement du chouchou des Français, qui pourraient davantage le voir en Premier ministre qu’en président, si l’on en juge la différence existante avec les intentions de vote, serait à même de se replacer en très sérieux concurrent face à François Hollande.  

 

Ainsi, Édouard Balladur, représentant de ce centre hémiplégique, inféodé à la droite et qui se fit appeler centre pendant trois décennies, vient de confier dans "Le Canard Enchaîné" du 28 mars :

 

"C'est une erreur de laisser entendre que Juppé peut devenir Premier ministre. Il n'apporte pas une voix à Sarkozy. Entre les deux tours, il faut clairement laisser entendre aux électeurs centristes que Bayrou ira à Matignon. C'est notre seule chance de gagner."

 

Toujours parfaitement informé, le Canard enchaîné se fait écho de l’équipe de campagne de Nicolas Sarkozy :

 

"Ne vous inquiétez pas, a dit Sarko la semaine dernière à ses troupes, la montée de Mélenchon va obliger Hollande à courir derrière lui. Plus Mélenchon sera fort au premier tour, moins Hollande le sera au second tour. Effrayé par la gauche, l'électorat de Bayrou viendra vers moi en masse."

 

Qu’il est rassurant de voir que l’avenir de la France résulte d’addition, de connivences, et de report de voix…

 

Il faut alors envoyer des signes, tester l’opinion et la convaincre du bienfondé de la transaction. En courtier de luxe, Valérie Pécresse, ministre du Budget : 

 

"Ce que je remarque, c'est que ses thématiques sont celles qui sont les nôtres, que ce soit sur l'éducation, la dette, la formation des chômeurs ou l'Europe. Il y a de grandes similitudes".

 

Avant de lancer, à propos de l’éventualité de voir Bayrou succéder à François Fillon : "Ah, tout est possible ! Cela dépendra des accords de second tour".

 

Gonflé, quand on sait combien l’UMP avait fustigé d’autres accords du côté de la gauche… Mais au-delà de cet aspect purement électoraliste, arrêtons-nous quelques instants sur les fameuses convergences que met en exergue Valérie Pécresse, et que d’autres avant elle n’ont cessé de marteler.

 

Pourtant, Bayrou est à mille lieues de Sarkozy

 

L’éducation ? Sarkozy propose aux professeurs de travailler plus pour gagner mois, quand François Bayrou exige que le décret de 1950 qui limite à 18h de cours la prestation hebdomadaire des enseignants, qui cachent tant et tant de temps de préparations et de conséquences, plus que justifiés, soit sacré.

 

Les chômeurs ? François Bayrou s’est offusqué de ce referendum scandaleux dont ils étaient l’objet.

 

L’Europe ? Alors que Sarkozy fait du chantage autour de Schengen ? Galéjade !

 

Mais où sont les convergences sur les thématiques ? La dette, rétorqueront les matheux qui auraient fait la soustraction ? Un peu faible quand la thématique fait consensus cinq ans après que François Bayrou a été le seul à alerter l’opinion publique.

 

Si François Bayrou a fait de l’Union nationale, c’est-à-dire de la réunion des forces du pays au-delà des étiquettes partisanes, une des conditions sine qua non du redressement du pays, ce qui équivaut à n’écarter, contrairement à la manichéenne Marine Le Pen ni la droite, ni la gauche, rien ne dit qu’il faut être tolérant avec tout et n’importe quoi.

 

Le projet de Nicolas Sarkozy est fondé sur l’idée de division. Il fait ses diagnostiques dans la subjectivité de comptoir, qui puise sa force dans le bouc émissaire. Il est aux antipodes des valeurs déclinées par François Bayrou. L’un est philosophe et pense les choses. L’autre est sophiste et fait de toute idée une rhétorique.

 

Nicolas Sarkozy est à François Bayrou ce que Célimène est à Alceste dans"le Misanthrope" : leur union fait rêver mais elle est fait d’antagonismes tels qu’elle n’aboutit qu’à l’échec. Irrémédiable.

 

"Il est enfant en ce qu’il se croit tout-puissant, qu’il imagine que le monde commence avec lui et qu’il est à sa main. Il est barbare en ce qu’il sous-estime, méprise ou plus gravement encore ignore ce que sont les piliers, les piliers culturels et moraux, de la maison",  disait François Bayrou dans "Abus de pouvoir".

 

Avant d’ajouter, cruel mais avec tant d’acuité : "Il y a un manquement qui est en marche et dont l’actuel président de la République s’est fait l’auteur et l’agent. Ce manquement ne touche pas seulement aux lois et aux décrets. Ce ne serait rien ou pas grand chose. Mais ce manquement touche à l’esprit qui a fait de la France ce qu’elle est."

 

"Abus de pouvoir". Plus qu’un livre, un aveu. Un cri du coeur. Une prédiction. Que Manuel Valls, directeur de campagne de François Hollande, aurait écrit lui-même :

 

Valls aurait signé Abus de Pouvoir par snoopyves1

 

Rien n'est encore joué et Bayrou n'est pas à vendre

 

Ce qui sépare Nicolas Sarkozy de François Bayrou est bien davantage que ce qui sépare le Béarnais de François Hollande : les programmes peuvent s’amender, quand les valeurs sont intrinsèques. François Bayrou peut parfaitement travailler avec des femmes et des hommes, de droite ou de gauche. Mais le Sarkozysme n’est pas la droite. Celle de Gaulle. Celle qui fait des valeurs un dictat.

 

Le Sarkozysme est une dégénération politique qui place la forme au-dessus du fond, qui fait des victimes des bourreaux et de l’arrogance un mode de communication.

 

Parler de Bayrou en qualité de Premier ministre de l’un ou de l’autre est insultant, parce que le premier tour n’est pas joué tant qu’il n’a pas eu lieu. On ne pérore pas sur des prédictions en badinant avec présomption ; Lionel Jospin est bien placé pour le savoir :

 

 

François Bayrou sera-t-il au second tour ? Nul ne peut l’infirmer avec sagesse. Se ralliera-t-il pour quelqu’un le cas échéant ? La réponse n’est pas d’actualité. Mais il est une chose dont on peut être sûr : l’homme a de la constance. Et le sens des valeurs.

 

Et ceux qui en douteraient encore pourraient alors lire les révélations de Rodolphe Geisler, dans sa biographie "Bayrou l’obstiné", qui en disent long sur les aspirations oniriques de Pécresse et de ses amis :

 

Evoquant l’après second tour de 2007 qui lui provoqua tant et tant de tourments, le journaliste révèle alors ce que sa fille, Agnès, lui avait confié : "si tu t’étais rallié à Sarkozy, comme père on t’aurait toujours aimé. Mais comme homme politique, pour nous, tes enfants, ça aurait été fini."

 

Et pour l’homme d’honneur et de famille qu’est François Bayrou, il ne fait nul doute que ces mots pèseront davantage que les maux que représenteraient les errances de programme qu’il n’est jamais impossible d’effacer.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 20:00

Le moins que l’on puisse dire c’est que la campagne n’est pas passée inaperçue ! Depuis lundi 26 mars, la FCPE, la fédération la plus influente des parents d’élèves, a décidé d’organiser un boycott des devoirs à la maison. Elèves, souriez, vous êtes ciblés.

 

Polémique autour des devoirs à la maison en primaire, BFMTV, 26/03/2012 

 

Un appel démagogique 

 

Dans un blog, aux relents démagogiques, la FCPE a décidé de taper fort dès le titre : "ce soir pas de devoirs !". Rime riche qui cache mal la misère de l’argumentation : "nous dénonçons depuis longtemps la persistance des devoirs à la maison, dont personne n'a jamais prouvé l'utilité". La première phrase est à peine lue que, l’enseignant que je suis, sens des gouttes de sang perler de ses yeux. Meurtris.

 

Le reste est, en termes d’émotions ressenties, indicible, indécent, insupportable : "Nous rejetons cette forme de sous-traitance pédagogique aux familles". Cet appel, irrespectueux des méthodes pédagogiques des enseignants qui risquent de se retrouver face à une rébellion des élèves, est clair : il tend à enlever, de façon définitive, l'autonomie pédagogique des professeurs.

 

Mais à quoi correspond cet appel si ce n’est à la prise de pouvoir définitive des parents sur la pédagogie ? Il est temps de remettre un peu d’ordre dans cet appel, qui sous des apparences sympathiques, relève d’une idéologie dangereuse, celle qui a gangrené notre école publique depuis 30 ans.

 

Capture d'écran du blog

Capture d'écran du blog "Ce soir, pas de devoirs", FCPE, 26/03/2012

 

Interdiction des devoirs écrits = fin des leçons à apprendre 


Il faut dire que l’histoire des devoirs maison fait parler dans les chaumières depuis plus d’un demi-siècle. D’emblée, annonçons aux collégiens, aux lycéens et aux étudiants qu’ils ne sont pas concernés et qu’ils peuvent, avant même d’avoir achevé la lecture de cet article, retourner bucher sur leur cahier. La directive, rédigée par Christian Fouchet, date en réalité de 1956 et a été réactualisée en 1964 et ne concerne que le primaire. Que dit elle ?

 

"L’arrêté du 23 novembre 1956 et la circulaire du 29 décembre 1956 ont précisé qu’aux cours élémentaires et moyens les devoirs doivent être faits dans l’horaire normal de classe et non plus à la maison ou en étude. (…) Je tiens à préciser que l’interdiction formelle de donner des travaux écrits à exécuter hors de la classe s’applique également aux élèves des cours préparatoires et vise, d’une façon plus générale, l’ensemble des élèves de l’école primaire."

 

On le voit, la restriction ne concerne que les devoirs écrits ! Les fameux "DM" (Devoirs Maison) de maths, par exemple, qui hantent la vie des parents de manière bimestrielle (les principaux concernés comprendront). Malheureusement, et comme le veut une bien triste coutume, il y a les textes et ses interprétations. Il en va dans la religion comme dans l’Education nationale.

 

Et souvent l’exégèse prend le pas sur le texte fondateur, quand ce n’est pas l’exégète lui-même qui passe au statut de sacrée divinité… En supprimant les devoirs à la maison, la tradition implique donc la fin des leçons à apprendre.

 

Pourtant, où cela est-il inscrit dans la circulaire ? N’est-il pas question seulement de "travaux écrits exécutés hors de la classe" ? Même Bernard Defrance, dans "sanctions et discipline à l’école" (Ed. La Découverte), un livre aux analyses et conclusions souvent contestables tant il tombe dans le Doltoïsme mal digéré, le reconnaît sans ambiguïté : "cette circulaire interdit les devoirs sous forme écrite, les leçons comme mémorisation de ce qui a été vu en classe restent évidemment recommandées."

 

Pléthore de parents se plaignent de la masse des devoirs et leçons qui reviennent chaque soir, à en croire la FCPE, mais combien sont ceux, à tort et à raison d’ailleurs, qui s’étonnent de l’absence de la moindre charge de travail sitôt la sonnerie retentie ? À tort, car les exercices sur lesquels se focalisent la plupart des commentaires sont prohibés. Mais à raison dès lors qu’aucune leçon n’est assimilée.

 

Un apprentissage vital et nécessaire

 

Comment apprendre quand on ne peut plus le faire à la maison, après la classe ? Les cours deviennent des ateliers, où se multiplient des activités visant à ne pas ennuyer les élèves et révélant des savoir-faire tout en étant dans le savoir-être (verbiage jargonneux pédagogiste quand tu nous tiens). Un cours qui n’a pour finalité que l’exécution, comme le caricature la FCPE, et qui occulte l’apprentissage des savoirs est vain à court terme, nocif à moyen terme et la voie ouverte au totalitarisme à terme.


Car le savoir est une des clefs essentielles à toute démocratie. Ainsi depuis des décennies, des élèves de primaires reviennent sans leçon, soir après soir, devant leurs parents médusés, se disant que décidément l’école a bien changé.

 

 

Résumé des trente dernières années de la contamination au sein de l’éducation nationale. La seringue ne fut autre que la puissante IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres). Les professeurs furent ainsi culpabilisés dès qu’ils demandaient l’apprentissage des leçons et plus encore quand ils en faisaient des interrogations.

 

Petit garçon faisant ses devoirs, illustration 02/08/2005 (LEVY BRUNO/SIPA)

Petit garçon faisant ses devoirs, illustration 02/08/2005 (LEVY BRUNO/SIPA)

 

Même s’il a reconnu bon nombre de ses erreurs de jugement, Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l'éducation, n’en démord pas : dans "pédagogie, le devoir de résister" (Ed. Esf Editeur), plaidoirie pour sa paroisse et réquisitoire contre ceux qui ont osé prêter aux défenseurs de la pédagogie de mauvaises intentions.

 

Si l’on en croit le défenseur de "la pédagogie" , celle qui "tente de faire accéder à la culture et à la liberté des êtres humains jusque-là inéducables et voués à l’exclusion" (sic), l’apprentissage "par cœur" serait un apprentissage bête et inutile, n’ayant aucune sorte d’utilité.

 

Une mécanique du cerveau utile

 

Mais persister dans l’erreur avec rage et désespoir envers et contre tous relève de la bêtise pure et simple. L’apprentissage par cœur n’a jamais sous-entendu l’absence de compréhension. Il sera toujours plus aisé de retenir une leçon comprise. Le but n’est pas d’ânonner les versets écrits à la craie sans avoir à regarder son missel mais bien de retenir et de comprendre les choses. Étymologiquement, "comprendre" signifie "prendre avec soi".

 

L’absence d’apprentissage ne permet pas d’ancrer dans la mémoire les savoirs essentiels dont l’élève aura besoin plus tard. Les spécialistes le confirment régulièrement : l’on ne retient que 10% d’un cours, au mieux. Comment dès lors se passer de l’étape essentielle que représente l’apprentissage de la leçon ? 

 

L’apprentissage des leçons, régulier, quasi-journalier même, permet d’investir sur l’avenir : habitué à la mécanique, le cerveau mettra d’autant moins de temps à retenir les savoirs futurs.  Qu’on le veuille ou non, l’homme est une mécanique et ne peut, telle la machine, se programmer qu’autour d’un nombre limité de savoirs utiles.

 

Le rapprochement avec Meirieu n’a rien de surprenant sur cette thématique quand on lit ceci :

 

"Mais nous assistons justement à une demande forte d’un retour à des organisations du travail ou à des méthodes d’enseignement d’un autre temps, comme l’organisation par degrés et non par cycles, le redoublement, les méthodes de lecture syllabiques, l’uniforme, les récitations systématiques, etc. A quoi attribuer cette régression ?"

 

La FCPE vs SOS éducation

 

Les récitations, le redoublement et les méthodes syllabiques seraient des régressions ? La FCPE, à la lire, applaudit des deux mains et va même plus loin : elle met l'enfant au centre et non le savoir au centre, la suppression des notes qui s’ajoute à celle du redoublement et la classe comme lieu de valorisation.

 

C’est mot pour mot le programme opposé de SOS éducation.Troublant parallèle entre les deux associations qui sont fondées sur deux idéologies concurrentes : l’une est placée sur les rivages d’une droite très sombre quand l’autre triomphe dans la pédagogie, obtenant que la note de "vie scolaire" (la note de comportement et d’assiduité) puisse être l’équivalent d’une moyenne de français ou de mathématiques.

 

Mêmes méthodes aussi puisque l’une et l’autre se fondent sur les témoignages d’anonymes pour démontrer la véracité de leur discours. Même utilisation de la démagogie : qui est pour la violence et pour la différence sociale ?

 

Une bipolarisation du débat 

 

Le monde éducatif serait-il, à l’aune du monde politique, condamné à la bipolarisation, et à l’expression de deux visions extrêmes et irréconciliables ? Les devoirs maison ne relèvent pas d’un dogme. Les exercices ont vocation à être effectués sous l’expertise du professeur qui dispose de la formation et du savoir-faire.

 

En revanche, l’apprentissage des leçons est essentiel et le nier revient à dire que le savoir est inné. Ce qui ramène aux inégalités naturelles et à la pire injustice qui soit ! L’apprentissage des leçons est une mécanique, fondée sur la répétition qui fixe les notions. C’est ingrat. Souvent pénible. Mais c’est au prix de cet effort que se creusent les fondations sur laquelle la pensée peut naître. La pensée ne peut vivre si le souffle ne lui est pas donné. Ce souffle c’est l’apprentissage des leçons.

 

La FCPE se trompe de cible et ses idéologies mortifères vont plus loin : elles se font rivales de "SOS éducation", une association peu fréquentable qui fait de la violence et de l’exclusion sa nourriture exclusive à la manière d’une Marine Le Pen. Notre école est malade et ne peut se permettre pareille hémiplégie de part et d'autre.

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 19:59

Quand on est militant et que l’on vit au cœur de la campagne, l’on a parfois la désagréable de vivre un événement tout autre que celui qu’en relate la presse. Étrange paradoxe de voir ce que l’on a vu, entendu, ressenti et ce que les "professionnels de l’information" choisissent de sélectionner. Il faut dire que l’on n’assiste pas à la même chose.

 

François Bayrou, en meeting au Zenith de Paris, le 25/03/2012. (ALFRED/SIPA)

François Bayrou, en meeting au Zenith de Paris, le 25/03/2012. (ALFRED/SIPA)

 

Dimanche 25 mars, au Zénith de Paris, pour le lancement de la campagne officielle de François Bayrou, les militants étaient dans la salle, nombreux, à écouter leur candidat pendant que les journalistes avaient déjà le discours entre les mains, tapé, et qu’ils rédigeaient déjà leur papier dans les coulisses sur leur ordinateur. Pas toujours évident alors de retranscrire la teneur d’un message empourpré de la fièvre du militantisme quand on œuvre en marge de la manifestation.

 

La presse n'était pas au même meeting que moi...

 

Seul "le Petit Journal" se glisse dans la foule. Mais avec quelle perfidie ! En cachant du doigt le logo du "Petit Journal" ou en le cachant sur le ventre. Ou encore en plaçant des perches (micros en hauteur) au-dessus de la tête des militants, sans leur demander leur avis, derrière le dos, pour capturer ces moments que l’on déforme à loisir à l’antenne. C’est parfois drôle. Mais il n’est pas sûr que l’engagement politique sincère des militants sorte grandi de ces moments.

 

Toujours est-il qu’en rentrant, on se précipite sur les images de l’événement, non pas tant pour replonger dans l’atmosphère, mais pour en saisir la perception de la presse afin de la comparer avec la nôtre. Et force est donc de constater le grand écart, en témoigne le reportage développé sur France 2 à 20h :

 

Bayrou au Zenith sur F2 Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

 

Le thème sécuritaire et la tuerie de Toulouse auraient donc hanté la journée des candidats et le reportage de passer l’extrait où François Bayrou évoque les questions légitimes que la République doit se poser, avec le temps, suite à ces événements. Un angle que choisit aussi la presse en ligne ici ou . Mais qui dira pourtant que le passage de Toulouse n’occupa qu’un petit paragraphe de sept lignes sur… les 18 pages du discours de François Bayrou ?

 

À la vérité, l’ombre de Toulouse ne hanta pas les travées du Zénith. La semaine avait été trop lourde, trop chargée d’émotions pour soutenir plus longtemps encore un deuil qui, parfois, sombre dans la fascination morbide, ou dans l’excitation cynique de la haine à la quête de bouc émissaires.

 

Et c’est bien au contraire un espoir que tenta d’apporter François Bayrou avec, ce qui est rare pour un président, l’agenda précis de ce qu’il fera les six premiers mois de son accession à la présidence de la République. Le reportage de France 2, l’évoque bien à la fin. Comme si cela avait eu moins de résonnance que tout le reste. Un miroir déformant de la réalité.

 

Bayrou a réussi à éloigner les oiseaux de mauvais augure

 

La politique a souvent l’habitude d’être bercée au son des promesses, déclinées au conditionnel ou au futur, qui annoncent des lendemains qui chantent quand le réveil est parfois d’une cruelle brutalité. Faute d’avoir prévu. Faute d’avoir planifié. Faute de s’être incarné dans la fonction présidentielle.

 

Ainsi, rappelant que "le redressement va demander un effort soutenu, de rigueur, de sérieux, de persévérance", François Bayrou a commencé par rassurer tous ceux qui, oiseaux de mauvaise augure, se posent des questions sur les capacités du Béarnais à rassembler autour de lui un gouvernement. Et de donner la seule recette digne de réconcilier les Français avec l’action politique : un gouvernement resserré, des personnalités choisies non sur leur étiquette, mais sur leurs compétences et une société civile au moins renforcée pour faire bénéficier de leur savoir-faire. Et François Bayrou de choisir en exemple l’Italie :  "C’est le choix qu’a fait Mario Monti, dont les premiers mois donnent à espérer à tous ceux qui aiment l’Italie."

 

Puis viendra alors le temps de la législative et de la proposition de référendum populaire, dès juin. Un référendum qui ne portera pas sur la peine de mort, comme le souhaitent les professionnels de la haine, ou sur la misère sociale, comme les spécialistes de la division. Un référendum qui, le 10 juin, rassemblera les Français autour d’une éthique et de valeurs communes : la moralisation de la démocratie.

 

Puis, n’attendant pas les calendes grecques pour mettre en œuvre l’assainissement de nos finances publiques, et promettant que les élus n’auraient pas de vacances cette année, une proposition qui fit sourire jaune le carré VIP, mais qui fut accueilli par un tonnerre d’applaudissements dans la salle, François Bayrou propose qu’avant le 14 juillet, le gouvernement prépare une loi de finances rectificative qui portera en particulier sur des économies dans le fonctionnement de l’État, la création d’un point de TVA et l’abaissement des niches fiscales.

 

Faire en somme en un mois, ce que l’Etat a négligé de faire depuis 30 ans.

 

Pour doper l’emploi, dans les mêmes délais, un loi permettant aux PME de créer un emploi sans charge (sous condition de pérennité) sera proposée et la réflexion devant aussi faire sa place au milieu de l’action, pour que celle-ci ne soit pas précipitée et impulsive comme ce fut trop souvent le cas sous l’ère Sarkozy, un Commissariat aux stratégies de production permettra de mettre autour de la table, filière par filière, les représentants des salariés et les acteurs du financement de l’économie pour décider ensemble des inflexions à venir et des engagements à prendre.

 

L’été sera exceptionnellement placé sous le signe du travail puisque diverses mesures d’urgence sont au programme, comme celle de la suppression de la caution pour les locataires et la création d’une mutuelle obligatoire pour les risques locatifs.  

 

Puis s’égrainent quelques mesures phares pour le premier semestre et parmi elles, trois précisément qui, si elles ne coûteront aucun argent, et il sera par là même d’autant plus aisé à les mettre place, n’en demeurent pas moins… révolutionnaires. Et ô combien salutaire pour notre République malade.

 

Bayrou au secours de l'éducation

 

Le Grenelle de l’éducation dont les conclusions seront rendues avant la fin de l’année 2012, et qui poseront véritablement les authentiques questions. Pas la ridicule polémique des moyensinstrumentalisée par Hollande puisque les budgets seront sanctuarisés. Pas l’insultante question du temps de travail des enseignants puisque le décret de 1950 sera la règle unique.

 

Mais les orientations pédagogiques, avec un retour sans concession à la transmission du savoirsans pour autant sombrer dans la nostalgie d’une école d’antan qui n’existe que dans les fantasmes, puisqu’à la liberté pédagogique redonnée aux professeurs (garantie aussi par la pluralité d’une première année de formation retrouvée) sera mise en débat le serpent de mer des rythmes scolaires. Avec de véritables solutions apportées par les professionnels eux-mêmes (et qui sur ce point ne peut que se faire qu’avec les professionnels du Tourisme).

 

À l’automne, le gouvernement soumettra également au Parlement une loi sur la presse qui traitera de l’indépendance des médias, particulièrement des médias publics, de la protection des sources, des droits et devoirs des journalistes... Pour qu’enfin cesse cette promiscuité insoutenable qui fait des grands industriels les patrons influents des grands médias. Pour qu’enfin soit respectée une pluralité d’expression et non une équité théorique qui se révèle être une escroquerie. Pour qu’enfin, le patron de France Télévisons ne soit pas le fruit du choix du roi, mais la garantie d’une nomination dont l’indépendance sera le corollaire.

 

Enfin, pour que l’égalité ne soit pas un mot vain, François Bayrou entend faire voter une loi sur l’égalité hommes-femmes, qui traitera de la parité politique, même si elle existe avec le peu de résultat qu’on lui connaît (18,5% des députés seulement, entre autre), de l’égalité salariale, un point noir en France, des violences conjugales, une priorité nationale. 

 

Hollande, Sarkozy, Mélenchon et les autres ont-ils proposé leur agenda sur lequel ils pourraient être jugés ? À eux de jouer à présent. 

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 20:59

Le débat pourrait paraître dérisoire en cette semaine marquée par la tuerie de Toulouse, mais il faut dire que les Y’a bon Awards ont eut le goût délicat de maintenir leur cérémonie lundi soir, alors que la France entière avait les yeux rivés sur Toulouse.

 

Se définissant comme une remise de prix qui dénonce, depuis 2009, les préjugés ethno-raciaux tenus par des journalistes, artistes ou hommes politiques, elle risque cette année de marquer davantage les esprits. Car ceux qui imaginaient qu’Eric Zemmour et que Claude Guéant allaient sortir grands vainqueurs de la soirée en auront été pour leurs frais : Caroline Fourest et Christophe Barbier furent honorés pour l’année 2012, sous l’œil "impartial" d’un jury composé notamment de Frédéric Martel.

 

Caroline Fourest, le 19 avril 2010 (BALTEL/SIPA)

 Caroline Fourest, le 19 avril 2010 à Paris (BALTEL/SIPA)

 

Pourquoi isoler cet homme, dont on dit tant de choses sur les ambitions, d’un jury composé de quatorze personnalités ? Tout simplement parce que fort d’un contentieux ne datant pas d’hier avec Caroline Fourest, l’auteur qui se fit connaître il y a quinze ans avec "Le Rose et le Noir", a tenu à justifier le choix du jurys  sen expliquant tout bonnement que Caroline Fourest était une "islamophobe obsessionnelle".

 

Caroline Fourest serait islamophobe ? Cela ne vous rappelle-t-il rien ? N’entendez-vous pas un intellectuel faussaire jetant l’opprobre avec un comportement éponyme ?

 

Pourquoi tant de haine ?

 

La chroniqueuse du "Monde" et de France Inter a non seulement tenu à répondre à Frédéric Martel mais envisage très sérieusement de porter plainte contre ce jury pour diffamation et injure, voire pour incitation à la haine. Et on peut la comprendre tant la scène médiatique ressemble un petit théâtre cruel où les débats contradictoires se métamorphosent en lynchage en meute, dans laquelle chiens et chats feraient bon ménage.

 

Comme par exemple, Marine Le Pen qui pour se défendre face à Caroline Fourest dans l’émission "Des Paroles et des actes" prend le livre de Pascal Boniface, qui lui-même dénonce à Alger "ces campagnes hostiles à l’Islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val". Exquis mélange des antagonismes les plus primaires mais qui s’unissent pour faire front à une ennemi commune : Caroline Fourest.

 

"Mais pourquoi tant de haine ?", me demandais-je l’an passé. Hélas, le temps ne fait rien à l’affaire et les mêmes maux rongent la même pensée unique.

 

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté de faire de la pédagogie sur la question. Caroline Fourest s’est déjà expliquée à de nombreuses reprises, dans ses livres, sur le terme d'"islamophobie" qui porte en soi les germes de la mauvaise foi. Dans "Libres de le dire", fruit d’un long et passionnant dialogue avec Taslima Nasreen, elle expliquait en 2009 :

 

"La première fois que j’ai vu ce mot employé, c’était contre vous. Par un groupe anglais radical qui a combattu Salman Rushdie au moment des 'Versets sataniques' " et qui possède "une définition très claire de ce qu’est l’islamophobie, qu’ils expliquent sur leur site web : tout ce qui va à l’encontre des 'Droits de Dieu'. D’après eux, les premières victimes de l’islamophobie dans le monde sont les… talibans."

 

Et comme ce sont ceux qui en parlent le plus qui la lisent le moins, Caroline Fourest n’hésite pas à multiplier les conférences pour ceux qui seraient fâchés avec les livres (Frédéric Martel ne lirait-il que les siens ?), pour rappeler le pouvoir magique que ce mot a sur les esprits, avec une force ravageuse sur la raison :

 


définition de l'islamophobie par gaune_692

 

Pour autant Frédéric Martel est formel : Caroline Fourest est une "islamophobe obsessionnelle". On devine que derrière son implacable jugement, il entend que finalement Caroline Fourest aurait un problème avec l’islam :

 

"Sa vision obsessionnelle de l’islam s’ajoute à une connaissance approximative de ce dont elle parle. (…) Le débat suisse sur les minarets affleure ? Elle l’importe aussitôt en France sans sourciller. Les apéros saucissons ? Elle fait de cet épiphénomène médiatique tout un plat. Confondant le droit de ne pas manger du porc avec une atteinte à la laïcité, elle part en guerre contre le halal avant même Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy." 

 

"La connaissance approximative de ce dont elle parle" : il est toujours fascinant de constater combien ceux qui portent des jugements souvent les plus graves et les plus sévères sont aussi les plus imprudents et, serait-ce un lapsus répandu, ont tendance à reprocher à autrui ce que l’on pourrait voir en eux.

 

Calomnie

 

Ainsi quand Frédéric Martel prétend que Caroline Fourest a "importé" le débat des minarets en France, il semble sous-entendre qu’elle était favorable à ce que l’on débatte d’une telle opportunité en France.

 

Une calomnie pure et simple, et l’auteur de "J’aime pas le sarkozysme cuturel" serait avisé de relire le "Marine Le Pen", qu’elle a composé avec son élue de plume et de cœur Fiammetta Venner, dans lequel sa position est parfaitement contraire à celle-ci. Jugeant ainsi populiste le référendum proposé par l’UDC, elle explique en parlant de cette votation :

 

"Elle aussi se revendique de la laïcité face à l’islam, mais tous ses actes indiquent en réalité une volonté de réaffirmer la domination culturelle du christianisme. (…) Leur argument ne doit tromper personne. (…) Elle ne vise que les minarets. Ce qui introduit de fait une discrimination entre les lieux de culte et les religions."

 

Et les deux auteurs d’en conclure qu’il s’agissait en réalité "d’assurer la domination visuelle et symbolique du christianisme". 

 

De la même manière quand Caroline Fourest s’empare du débat du halal, ce n’est que pour évoquer la traçabilité nécessaire pour consommateur. Quand elle évoque les apéros saucisson, c’est pour expliquer avant tout l'émergence sur la scène médiatique du bloc identitaire qui s’entend comme cochon avec les mouvances nationalistes.

 

A lire Martel, on finirait par croire, non pas que Caroline Fourest serait coupable de racisme envers l’islam, mais que ses prises de positions seraient épidermiques et raviverait le feu de l’intolérance chez ceux qui l’écoutent, un terreau au sarkozysme selon lui.

 

Ce n'est pas la religion qu'elle combat

 

Il va même plus loin en lui reprochant de ne pas utiliser son "temps de parole médiatique pour rassembler au lieu de diviser ; pour faire des propositions en faveur de l’intégration au lieu de lancer des anathèmes ; pour s’intéresser à des problèmes sociaux et économiques au lieu de privilégier toujours le conflit. Jamais le souci de justice n’apparaît."

 

Ah oui jamais ?

 

Ne cessant de marteler que l’intégration à la française fonctionne bien dans son ensemble, notamment quand elle conteste la vision apocalyptique de Marine Le Pen, Caroline Fourest explique pourtant dans "Le choc des préjugés" :

 

"Les enfants de l’immigration maghrébine sont bel et bien partie prenante de la société française. Certains forment même la nouvelle classe moyenne montante. (…) Il suffit d’ouvrir les yeux. Malgré toutes les embuches, des Français pourtant maghrébins franchissent chaque jour l’obstacle, non plus seulement en tant qu’artistes ou footballeurs, mais en tant que médecins, journalistes, militaires policiers, universitaires, entrepreneurs."

 

En réalité, Frédéric Martel a peut-être lu Caroline Fourest mais il fait fi de nuances que la journaliste ne cesse d’égrainer au fil des pages. Il feint d’ignorer la position toujours précise qu’elle décrit et les précautions qu’elle multiplie quand elle traite d’un sujet lourd, l’intégrisme, en le différenciant cliniquement de la religion elle-même. A Taslima Nasreen qui lui demandait ce qu’elle entendait par intégrisme, Caroline Fourest répondit : "J’entends par là ceux qui instrumentalisent la religion à des fins politiques liberticides."  Où est l’islam dans cette définition ? Où est l’essence même de la religion ? Ce n’est pas la religion qu’elle combat mais son utilisation frelatée.

 

Caroline Fourest ne s’attaque pas à l’islam. Ni même au christianisme. Ou au judaïsme. Elle s’en prend aux intégristes. N’en témoigne son livre "Tirs croisés" qui s’attaquent aux intégrismes des trois religions monothéistes. Livre dans lequel, elle disait d’ailleurs : "Au risque de décevoir ceux qui voudraient croire à une barbarie propre à l’islam, le Coran n’est pour rien dans le retard démocratique et séculier des pays musulmans". On a connu plus grande preuve d’islamophobie obsessionnelle. La même qui la pousse à défendre l'imam de Drancy Hassen Chalghoumi, ou à condamner le débat-procès de Sarkozy sur l'islam.

 

Mais il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, comme elle le confiait toujours à Taslima Nasreen :

 

"Les gens se demandent si vous n’êtes pas un peu obsédé par l’islam. Ils n’arrivent pas à comprendre que ce n’est pas nous qui inventons l’actualité. Ce n’est pas nous qu’il faut blâmer si un fou se croit obligé de commettre une folie chaque jour au nom de l’islam. Il y a des fois où je me surprends à résister, à chercher par tous les moyens une actualité impliquant un fou chrétien ou juif, juste pour varier un peu."

 

Frédéric Martel serait-il assez fou pour tenir son raisonnement jusqu’au bout en ajoutant que son livre "Les Nouveaux soldats du Vatican", son reportage sur Canal + "Des petits soldats contre l’avortement", ou son portrait sans concession de Christine Boutin font d’elle une cathophobe ? Ou une chistianophobe ? Et son traitement sans concession de la politique d’Israël, une antisémite? Est-ce bien raisonnable Frédéric Martel ?

 

Fausses rumeurs

 

La mauvaise foi de l’auteur de "Mainstream" est telle qu’elle n’amène qu’à penser qu’il tente là de régler ses comptes, notamment concernant l’affaire Martine Aubry, comme le souligne Caroline Fourest. Et même sur ce point, quand il s’en défend, Martel ne peut s’empêcher de dire n’importe quoi : "c’est elle, Caroline Fourest, qui a lancé l’offensive contre Brochen, le mari de Martine Aubry, qui serait "l’avocat des islamistes".

 

C’est faux, et je suis bien placé pour le savoir. Ce n’est pas Caroline Fourest qui a remis son extrait en pâture lors de l’affaire des rumeurs sur Martine Aubry l’été dernier, mais moi-même. Et j’ai été repris par des sites peu fréquentables qui se sont faits des gorges chaudes de mon papier, sans en rapporter les nuances et occultant au passage, faute d'avoir cherché, mon combat sans concession contre l’extrême droite. Ce n’est que suite à ces exploitations frauduleuses, qui fit d’elle l’accusatrice, que la journaliste avait dû se justifier pour tenter d’apaiser ce feu que certainsprenaient un plaisir non dissimulé à attiser.

 

Alors stoïque Caroline Fourest ? En tous cas, il faut sacrément avoir de l’envie et du courage pour continuer à braver les calomnies et les bienpensants pour tenter encore et toujours de faire la pédagogie de son discours pour lutter contre l’intégrisme et garantir aux croyants, aux vrais croyants, de pouvoir vivre en paix. Ou tout simplement pour ne pas abandonner aux racistes le combat pour la préservation de la laïcité, comme elle le confia à l’antenne de Beur FM, le 16 mars 2010 :

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 20:58

Il n’aura pas fallu attendre longtemps. Marine Le Pen avait pu surprendre il y a deux jours, quand, avec sobriété, elle avait expliqué qu’il n’y avait plus de temps politique et que l’heure était au recueillement. On peut aussi interpréter ce silence forcé : n’a-t-elle pas eu peur de voir le spectre d’Oslo venir hanter la campagne, à un moment où elle était déjà sur une pente descendante dans les sondages ?

 

Un drame qui sert les intérêts du Front national ?

 

Dans l’urgence, elle avait même anticipé l’annulation de l’émission politique prévue lundi soir. Ainsi pendant deux journées, la candidate du FN s’était astreinte à une forme de mutisme, attendant de pouvoir croquer à nouveau à pleines dents dans le débat politique et espérant peut-être secrètement que cette tuerie n’allait pas se finir en boucherie pour ses équipes. Un comble pour celle qui a fait du halal un thème récurrent de sa campagne.

 

On imagine quel put être le soulagement quand, en pleine nuit, elle apprit que la tuerie était vraisemblablement l’œuvre d’un islamiste. Et ce pour deux raisons :

 

- D’une part, la menace de voir l’Extrême droite mêlée à cette histoire, ce qui aurait immanquablement rejailli sur elle, a complètement disparu

- D’autre part, la tuerie de Toulouse allait apporter l’événement qui allait remettre ses fondamentaux à la une des médias : les dangers de l’islamisme.

 

Du pain béni pour la candidate du FN qui est aussitôt partie à l'abordage de tous les plateaux et de tous les directs. La trêve avait été de courte durée. Qu’on se le dise : Marine Le Pen avait repris le glaive.

 

De ses interventions multiples, celles face à Christophe Barbier, dans l’émission "L’invitée politique" d’Itélé, diffusée chaque matin à 7h45, fut éclairante.

 

Marine Le pen sur i télé face à C... par warrant

D’entrée, elle lance une phrase "choc", de celles qui pourraient rythmer les prochaines semaines : "Le risque fondamentaliste a été sous-estimé en France". À l’aise dans son thème de prédilection, la présidente du FN a rappelé en quelques mots que, sur cette thématique, c’est elle qui allait à présent donner le tempo de la campagne.

 

Marine Le Pen règle ses comptes avec tout le monde

 

Mais, alors que l’on s’attendait à entendre ses éternels arguments sur les dangers de l’islamisme (qu'elle a mentionnés malgré tout), le débat faillit tourner au vinaigre quand Christophe Barbier lui demanda si on n’allait pas être tenté de l’accuser de faire de la récupération politique si elle parlait de fondamentalisme. Sa réponse :

 

"Excusez-moi Monsieur Barbier, mais ce n’est pas moi qui, pendant 24 heures, sur toutes les chaines nous a expliqué que si l’individu recherché était issu des milieux d’extrême-droite, la première à en pâtir ce serait Marine Le Pen. C'est vous".

 

Preuve s’il en fallait que la présidente du FN n’était pas si sereine. L'heure est alors à la revanche. Et Marine Le Pen déclare alors sans gêne :

 

"En quoi je suis de prêt ou de loin proche de néo-nazis ? (…) Je n’ai rien à voir avec l’extrême-droite." Que deviennent, que deviennent, que deviennent, Valses de Vienne, dis-moi ce que t’as fait…

 

Puis, après avoir réglé ses comptes avec Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou, qu’un communiqué du FN a qualifié de "salauds" (brillante illustration de la notion de respect), Marine Le Pen s’en est allée sur les sentiers de l’international. Non sans quelques pépites que je vous propose de découvrir :

 

"En Libye, ce sont les même fondamentalistes qu’on a mis au pouvoir, ce sont les mêmes djihadistes qu’on a mis au pouvoir avec notre armée, avec notre argent."

 

Que le gouvernement libyen post-Kadhafi ait suscité des inquiétudes en voulant instaurer la charia, c’est une certitude, que l’on parle de personnes proches des mouvances fondamentalistes, cela se comprend encore. Mais des djihadistes au pouvoir ? Est-ce bien raisonnable ? Et passons sur les raccourcis qui font du contribuable français le complice d’une ingérence puisque "notre argent" a mis des djihadistes au pouvoir en Libye. Il faut dire que le Front national, et particulièrement Jean-Marie Le Pen, a toujours eu quelques égards pour Mouammar Kadhafi…

 

Papa justement qui a dû entendre siffler ses oreilles quand sa fille a expliqué :

 

"Essentiellement, l’antisémitisme aujourd’hui est lié au fondamentalisme islamique." L’homme du "détail" se serait découvert djihadiste ce matin ? Il eût été passionnant de voir son visage à la découverte de la chose. Sans parler de ses proches du GUD.

 

Récupération politique : des sommets d'hypocrisie

 

Se défendant de vouloir faire de la récupération politique, en se posant en victime ("Je me demandais bien comment vous alliez finir par me trouver une responsabilité dans cette affaire"), Marine Le Pen n’en est plus à une contradiction près puisqu’elle explique ensuite : "La sécurité vient de s’inscrire dans la campagne."

 

Moment surréaliste avec, cerise sur le gâteau, une accusation : "Certains politiques jouent sur la peur". Ah oui ? Et qui donc, Marine Le Pen ? Ceux qui prétendent qu’il y a une montée de l’islamisme à l'aide d'affiches qui ont été interdites tant elles attisaient la haine et les amalgames ? Ceux qui affirment de ma même manière qu’il y aurait 10 millions de musulmans en France, comme elle le déclara dans "Haaretz", dans un entretien avec Aaron Primor, défiant toutes les études menées dans le domaine ? Ceux, encore, qui lancent sans précaution que l’intégralité de la viande vendue en région parisienne serait halal ? Que l’euro va s’effondrer ?

 

Le délire est total, et rien ne semble l’arrêter. Fort heureusement, Christophe Barbier parvient tout de même à ridiculiser sa proposition concernant le référendum sur la peine de mort et sur son caractère dissuasif face à de telles personnalités : "Ca leur fait pas peur de mourir", rappelle fort à propos le rédacteur en chef de "L’Express" face à une candidate qui, loin de se laisser décontenancer, persiste dans son délire : "Je ne suis pas sûr, Monsieur Barbier".

 

Ah oui ? Mais alors, Marine Le Pen, c’est quoi un djihadiste ?

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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 20:57

La question est bien évidemment hautement provocatrice, et nul doute qu’elle ne manquera pas de faire couler beaucoup d’encre, avant même de découvrir les arguments qui l’étayent, la présidentielle ayant tendance à rendre "pavloviens" les débats. Mais il faut dire que depuis quelques jours, ça s'agite sur le web autour du bilan de François Hollande... en Corrèze.

 

Alors que l’on s’attendrait davantage à voir le bilan du président-candidat être décortiqué, lui qui tente de faire amende honorable ou de dire qu’il a tout donné en brandissant la crise comme bouclier (attention, le mot est tabou en Sarkozie), les militants UMP ont diffusé à tout va le bilan du candidat socialiste au Conseil général de Corrèze, depuis son arrivée en 2008. L’histoire ne dit pas si Bernadette Chirac a pu être le transmetteur de témoin, mais force est de constater que les chiffres, à les lire, font peur :

 

 

De 2007 à 2011 (rappelons que Hollande n'est arrivé qu'en 2008), la dette par habitant serait la plus importante de tous les départements (1.428 euros en 2010, pour une moyenne nationale de 476 euros). La dette totale aurait augmenté de 87 millions d’euros, les charges de personnel de 54,95 %, le montant de la dette de 33,81 %. Dans le même temps les dépenses d’équipement directes auraient diminué de 66,35 %, les subventions d’équipement versées de 31,01 %, la capacité d’autofinancement pour remboursement des emprunts de 33,04 %...

 

Symbole de cette gabegie dénoncée : l’achat irraisonné d’iPad aux collégiens, la fameuse opération "ordicollèges",  alors que les finances du département étaient déjà dans le rouge… N’en jetez plus la coupe est pleine.

 

L’argument n’est pas pour autant nouveau. "La Corrèze est la Grèce de la France", a lancé Claude Guéant à différentes reprises. Laurent Wauquiez n’a pas non plus hésité à utiliser la même diatribe. Alors, Guéant est-il dans l’outrance ou dans le vrai quand il prétend cela, ce qui, en dehors des arguments de fond, reste une métaphore au cynisme d’un goût assez douteux (une fâcheuse habitude chez le monsieur) ?

 

Des chiffres à relativiser

 

Les soutiens de François Hollande ont tenté de contester cette condamnation en évoquantl’héritage désastreux de la droite dans le département. De manière plus neutre et surtout moins partisane, "Le Monde" a tenté, lui aussi, de rationaliser le bilan corrézien de François Hollande. Brandissant les chiffres de Bercy comme preuve à l’appui, l’article rappelle que l’endettement qui résulte des dépenses de fonctionnement est en hausse constante depuis 2005 et non 2008.

 

De la même manière, il n’a pas fallu attendre l’arrivée de Hollande à la tête de la Corrèze pour déplorer une hausse des frais de personnel, qui sont passés  de 25,83 millions en 2005 à 47,06 en 2008. Enfin, la fameuse dette qui permet l’audacieuse métaphore hellène est démystifiée puisque les chiffres montrent que l'encours des dettes bancaires du département est passé de 148,06 millions en 2005 à 289,04 millions en 2008, soit une hausse de 95%.

 

Et l’article, de bonne foi, de conclure sur cette analyse :

 

"On peut reprocher à M. Hollande de n'avoir pas mis en place de véritable politique de désendettement et de n'avoir que peu diminué les charges, tout en poursuivant une hausse de la fiscalité. C'est du reste ce qu'a conclu la cour régionale des comptes du Limousin, dans un rapport du 5 octobre 2010. Mais l'examen sur le long terme rend difficile de faire au socialiste un procès en mauvaise gestion, dans la mesure où la dette du département est très largement due à ses prédécesseurs."

 

Sans le savoir, "Le Monde" vient pourtant ici de donner un coup de grâce au candidat François Hollande en le décrédibilisant dans son costume potentiel de président. Certes, la situation de la Corrèze n’est pas entièrement imputable à François Hollande. Mais qu’en serait-il s’il venait à être élu à la présidence de la République ? Aurait-il une situation différente à affronter ? Ne serait-il pas là aussi à la tête d’un État mal géré, endetté et gouverné depuis une éternité par la droite, comme le fut la Corrèze avant son arrivée ?

 

Hollande

 François Hollande à Paris, le 13/03/2012. (SIPA)

 

Or que dit-on de son action pour rétablir l’équilibre, ce que l’on attend tout particulièrement du futur président de la République : "on peut reprocher à M. Hollande de n'avoir pas mis en place de véritable politique de désendettement et de n'avoir que peu diminué les charges, tout en poursuivant une hausse de la fiscalité". Un constat, dit-on, confirmé par la Cour des comptes régionale !

 

A moins d’une mauvaise foi absolue, personne n’irait accuser Hollande, s’il venait à être élu, d’être entièrement responsable de la dette accumulée par la France. Mais comment ne pas voir dans ces iPad achetés et dans les dépenses mal gérées par ailleurs, la promesse à bien plus grande échelle des 60.000 postes dans l’éducation et les 150.000 emplois avenir, qui, de la même manière, risquent de "peu diminuer les charges, tout en poursuivant une hausse de la fiscalité" ? D'autant que la politique fiscale prônée par François Hollande risque de n’apporter que trop peu en termes de recettes.

 

Faut-il rappeler que François Hollande compte sur une croissance supérieure à celle des prévisions de l'OCDE (1,5% contre 2 à 2,5 pour le candidat socialiste) ? Un optimisme qui a tendance à faire douter, y compris ses soutiens, si la réalité venait à contrarier les incantations. Faut-il rappeler, enfin, que les citoyens ne sont pas dupes. Près de 53% d’entre eux estiment quele programme économique de François Hollande n’est pas crédible.

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 20:57

Le lundi au soleil, ce sera pour un autre jour. Ce matin, la France est entrée dans la fumée épaisse de l’horreur. Dans la suite des lynchages qui avaient déjà eu lieu les 11 et 15 mars dernier, un homme en scooter a ouvert le feu, en tirant à bout portant sur tout ce qui bougeait, devant une école confessionnelle juive, abattant cyniquement trois enfants et un adulte.

 

Nicolas Sarkozy, à qui on a reproché à juste titre de ne pas toujours avoir su incarner la posture du président de la République a eu les mots justes pour exprimer l’indicible : "Ce sont nos enfants, ce ne sont pas simplement vos enfants, ce sont les nôtres".

 

Un lycée juif de Toulosue a été le théâtre d'une sinistre attaque qui a fait quatre morts le lundi 19 mars 2012 (Bruno Martin/SIPA)

Un lycée juif de Toulouse a été le théâtre d'une sinistre attaque qui a fait quatre morts le lundi 19 mars 2012 (Bruno Martin/SIPA)

 

Trop tôt pour qualifier le crime

 

Il est bien évidemment trop tôt pour tirer quelconque conclusion. Bien trop tôt. Et pourtant, certains n’y vont pas par quatre chemins : la tuerie serait un crime antisémite. Point de précaution chez certains, comme ma chaine étudiante, qui l’indique en titre. Si la communauté juive a naturellement témoigné son émotion et ses inquiétudes, et on le serait tous de la même manière face à un attentat perpétré devant n’importe quel autre établissement, qu'il soit confessionnel ou public, comment ne pas s’inquiéter d’un tel manque de prudence ?

 

Comment peut-on, quatre heures après les faits, parler d’antisémitisme alors que le tueur n’a pas été arrêté, et qu’il n’a pu expliquer ses motivations ?

 

Alors qu’aucun signe distinctif d’antisémitisme n’a été noté par les témoins, qui parlent même d’une personne qui a tiré sur "tout ce qu'il avait en face de lui", sans distinction manifeste ?

 

Alors que le "mode opératoire" et le calibre des balles semblent être les mêmes que lors des deux affaires qui ont secoué la région de Toulouse depuis une dizaine de jours ?

 

Alors que ces deux récentes affaires avaient pour cible des militaires et non des Juifs (réels ou présumés d’ailleurs) ?

 

Alors au nom de quoi, François Hollande se fend-t-il d’un communiqué en utilisant l’expression : "Cet acte, dont le caractère antisémite est aussi évident qu'abject" ? En quoi est-ce évident ? François Hollande disposerait-il d’informations que même le Procureur de la République n’aurait pas ?

 

Être candidat à la présidentielle c’est être prudent. Ce n’est pas agiter les chiffons rouges pour faire peur. L’affaire de Carpentras ne nous aurait donc rien appris ? Et que dire aussi de l’affaire du RER D ? 

 

Et le candidat socialiste n'est pas le seul puisque François Bayrou a lui aussi lié à la tuerie l'épithète qui fâche.

 

L’histoire dira si les deux avaient raison ou non sur la nature de ce drame, mais d’ores et déjà, il est clair qu’ils ont pour le moins manqué de prudence, alors que la proximité des événements nous invite tous au recueillement et à l’émotion. 

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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