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24 décembre 2011 6 24 /12 /décembre /2011 19:47

Lors de la dernière fête de l’Huma, Jean-Luc Mélenchon était tout sourire. À l’époque, la campagne 2012 s’annonçait sous les meilleures auspices pour lui : après une bataille compliquée et assez longue, il avait fini par être le représentant d’un Front de Gauche et d’un PCF réunis, Arlette Laguiller et Besancenot étaient sortis de la route, l’une pour goûter aux délices exquises de la retraite, l’autre pour rompre avec le mythe du candidat éternel. À gauche toute, il n’y avait plus personne. Pointé à 6%, la marge de manœuvre était grande pour le leader du Front de Gauche.

 

Jean-Luc Mélenchon à Paris, le 18/11/11. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Jean-Luc Mélenchon à Paris, le 18/11/11. (PATRICK KOVARIK / AFP)

 

Hollande désigné, Mélenchon devient Robin des Bois

 

Quelques semaines plus tard, le PS choisit en François Hollande, l’un des candidats les moins à gauche de la gauche, comme le défend Arnaud Montebourg. La voie était ouverte pour conquérir tant et encore le peuple de gauche, la gauche des ouvriers, celle qui souffre de la crise. Robin des Bois, qui saigne les riches pour aider les pauvres, était idéalement lancé.

 

Un trimestre plus tard, Mélenchon est toujours pointé aux alentours de 6% d’intentions de vote alors que les candidats sont tous connus (enfin presque, puisque Nicolas Sarkozy n’a toujours rien annoncé et que certains candidats n’auront pas leurs 500 parrainages).

 

Lâché par son électorat, il devient Robin des Bobos

 

Et l’électorat qu’il prétend défendre n’est pas au rendez-vous, loin s’en faut ! Les ouvriers lui préfèrent toujours Marine Le Pen, mais aussi François Hollande, Nicolas Sarkozy… Le sondage CSA est à ce titre éclairant : aux questions portant sur le candidat qui serait le plus à même de "comprendre les problèmes des gens comme vous", Mélenchon n’arrive qu’en 5position avec 7%... Déconnecté des réalités Monsieur Mélenchon, c’est le peuple qui vous le dit. Robin des bois se mue en en Robin des bobos.

 

Et il va même plus loin. Quand le premier volait aux plus riches pour redistribuer aux plus pauvres, Jean-Luc Mélenchon, alias Robin des Bobos et des Bobards, volent les vérités pour revêtir les oripeaux du mensonge. L’exemple le plus frappant reste son refrain, le seul qu'il entonne d’ailleurs pour l’instant dans cette campagne, concernant la dette : "Ce n’est pas la dette qui est inquiétante", ose-t-il proférer, alors que celle-ci va bientôt atteindre 100% de notre PIB ! Puis il enchaîne en faisant croire que l’on pourrait la remettre en question. Et pourquoi pas l’effacer comme le suggèrePhilippe Poutou ? Mais qui pourrait croire que Robin des bobos pêche par candeur ?

 

Robin des Bobards et son équipe de choc 

 

Et le Robin des Bobards n’est pas seul : sa fine équipe, ses Marianne et Frère Tuck à lui, œuvrent en coulisses pour dynamiter la campagne de leur chef. Accusé de vouloir trop taper sur la gauche, et notamment sur Hollande, Mélenchon a récemment changé de cible et réserve actuellement ses flèches les plus affutées vers l’homme qui monte, qui monte : François Bayrou.

 

La team de choc s’est donc fendue d’une brochure, disponible sur leur site de campagne afin de donner des munitions à tous les militants. Un guide qui n’a rien de nouveau, puisqu’il ne fait que recycler en grande partie un guide d’objections déjà utilisé en 2010, lui-même réminiscence d'un document créé en 2007. Un écrit paresseux donc, et dont la table des matières marque bien la tendance : de la nouveauté des pages 4 à 8 au titre tapageur : "Bayrou, un super-libéral pour une super austérité", puis le recyclage des pages 10 à 18 : "Bayrou, un projet qui vient de loin ; retour sur la présidentielle 2007".

 

Alors bien évidemment, point de manichéisme ici. Point du tout comme le signale cet avertissement au lecteur :

 

"Notre travail démontre qu’il ne s’agit pas d’une opposition à la personne de François Bayrou. Sur le plan humain et en ce qui concerne l’opiniâtreté, il a droit à toute notre considération. Nous ne nous référons pas non plus à la longue carrière de François Bayrou dans les rangs de la droite et dans ses gouvernements. Tout le monde a le droit de changer d’avis et c’est un signe de bonne santé mentale que d’être capable parfois de révision de ses certitudes. Surtout s’il s’agissait de passer de droite à gauche !"

 

Ouf ! Il y avait donc eu méprise de notre part quand Mélenchon évoquait Bayrou en l’affublant de l’adjectif "roublard" ! Dans le bouche de Robin des Bobos, ce devait être un compliment. Nous voilà donc pleinement rassurés.

 

François Bayrou présente sa candidature pour 2012 le 7 décembre 2011 (CHAMUSSY/SIPA)

François Bayrou présente sa candidature pour 2012 le 7 décembre 2011 (CHAMUSSY/SIPA)

 

Une brochure anti-Bayrou malhonnête

 

Reste le contenu des arguments. Frederic LN, dans son blog "Argenteuillais démocrate sans frontière", dévoilait, il y a peu, les coulisses de la fine équipe de Robin des Bobos… et des Bobards.

 

À propos de la crise, la brochure explique :

 

"Ce que dit François Bayrou : ‘La crise est la crise des Etats, de la dette des Etats’. C’est une analyse de la crise actuelle très classique du point de vue libéral."

 

Et Frédéric LN de croquer le fruit de la connaissance pour démystifier l’aveuglant discours de Robin des Bobards :

 

"Pour arriver à une telle conclusion, c'est très facile : il suffit de tronquer l'essentiel de la description de la situation que fait François Bayrou, de la façon suivante : 'Les banques et les marchés sont responsables de la crise de 2008. C'est indiscutable et sévèrement condamnable. Mais dans la crise de 2011, ce sont les États qui ont 'planté' les banques, en laissant filer la dette à des niveaux insoutenables…' (dans "La Tribune", interview que l'auteur ne peut ignorer puisqu'il en cite un autre passage dans la même page). Ce qui permet à l'auteur de conclure que 'François Bayrou exonère complètement les banques'. Trop fort, non ?"

 

Le lecteur pourra à loisir lire les autres exemples que détaille Frédéric LN à propos de cette première partie consacrée à la prétendue image "super libérale" que l’on donne à Bayrou.

 

Des chapitres osant même un sous-titre impressionnant et qui fait terriblement peur : "François Bayrou propose donc cinq fois plus d’austérité que Nicolas Sarkozy et François Fillon" ! Cinq fois ! Savant calcul élaboré en confondant économies et recettes… Chez Robin des Bobos, Je prends 100 et il en devient 1000 ! Evident qu’avec ce type de calcul, "ce n’est pas la dette qui est inquiétante".

 

Intéressantes pages aussi que celles traitant de l’éducation, pour étudier de près l’argumentation développée et sa bonne foi. Et le moins que l’on puisse dire c’est que Frère Tuck et ses joyeux drilles n’y vont pas avec le dos de la cuillère ! Pour l’éducation, il est question de l’autonomie des établissements :

 

"L’autonomie vise aussi à mettre les établissements en concurrence. Sur ce point, on constate un accord entre le Modem, l’UMP et le Front national."

 

Habile assemblage mais qui tombe au moindre souffle de vérité et de bonne foi. D’une part, il faudrait rappeler à Monsieur Mélenchon et à sa fine équipe, qu’à propos de l’autonomie, le projet du PS ne propose pas autre chose. D’autre part, comment peut-on voir des idées identiques sur plusieurs programmes et parler d’"accord" ? En quoi y a-t-il eu "accord" ? Robin des Bobos aurait-il à ce point un problème avec la sémantique ou bien s’arrogerait-il des impropriétés pour subrepticement faire croire à une calomnie des plus scandaleuses ?

 

Faut-il rappeler à Monsieur Mélenchon qu’à l’heure actuelle, le seul accord connu entre parti concerne le PS et Europe Écologie-les Verts, accord qui garantit une circonscription à Cécile Duflot, au mépris de la démocratie locale et de la députée sortante, que le dit accord négocie aussinotre droit de véto à l’ONU.

 

Mensonge, mensonge et re-mensonge

 

Autre raccourci qui confine au mensonge le plus scandaleux : "le projet du Modem plaide aussi pour allonger la durée de l’année scolaire par un ‘réaménagement de la semaine et de la durée des congés’. Cette proposition, partagée à droite et plus largement par les libéraux, vise directement les enseignants considérés comme ayant trop de vacances et ne travaillant pas assez dans l’année."

 

Il fallait oser ! Faut-il inciter Robin des Bobards à lire "2012, Etat d’urgence", de François Bayrou ?

 

À propos des enseignants, le Béarnais explique, à la page 119 : "Demain, c’est leur temps de travail qui sera attaqué, à la suite, naturellement, d’une large concertation. Dont on connaît le résultat à l’avance puisqu’il a été décidé à l’avance (…). Personne pour expliquer qu’une heure de cours, ce sont des heures de préparation, de corrections, de lectures, de butinage intellectuel, pour essayer tous les jours un peu mieux, de comprendre ce qu’on enseigne, et de mieux l’enseigner."

 

Et Bayrou de conclure : "Il est des métiers pour qui le travail, c’est la présence effective. Et d’autres pour qui la présence au poste de travail n’est que l’accomplissement de toute une préparation extérieure."

 

Non, Bayrou ne veut pas toucher aux droits des enseignants

 

Et Robin des bobards vient nous dire que François Bayrou voulait toucher au temps de travail des enseignants ? Bien au contraire, c’est bien le seul à leur garantir le maintien des 18 heures, contrairement au PS, par la voix de Bruno Julliard, et largement repris par Martine Aubry durant les primaires, qui appellent à revoir la mission des enseignants, ce qui implique une augmentation de leur 18h hebdomadaires ? Robin des Bobards a encore frappé !

 

La reprise de l’ensemble des citations tronquées ou hors contexte (comme l’interprétation du terme "sacré", pris dans son sens religieux quand Bayrou dit que la laïcité est "sacrée", dans le sens qu’il ne faut surtout pas y toucher…), des mensonges, et autres calomnies et des déformations noirciraient des pages et des pages. Une prose malhonnête donc qui ne fait pas honneur au débat politique.

 

Pourquoi ne pas débattre réellement sur nos véritables clivages ?

 

Notre opposition est indubitable :

 

Mélenchon veut effacer la dette, Bayrou estime que c’est nous conduire à la banqueroute et qu’il faut faire des efforts ;

 

Mélenchon croit en l’Etat providence, Bayrou estime que l’Etat ne peut pas tout ;

 

Mélenchon veut augmenter les salaires en promettant monts et merveilles, Bayrou dit que nos finances ne nous le permettront pas ; 

 

Mélenchon estime que le bouclier fiscal et les niches du même épithète sont la seule cause de notre endettement, Bayrou explique que les dépenses mal gérées sont également responsables de la situation.

 

Robin de Bobos n’a pas besoin des bobards pour mettre en exergue nos différences. Lui vend du rêve, Bayrou propose un discours de la vérité. C’est autrement plus sobre. Mais force est de constater pour l’instant que c’est nettement plus efficace.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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