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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 19:49

Étonnant brouillard autour d’un fait divers assez grave qui touche l'un des athlètes français les plus en vue pour les prochains Jeux Olympiques de Londres.

 

Voilà une dizaine de jours, dans une indifférence assez générale, un de nos meilleurs prétendants à une médaille pour juillet prochain s’est retrouvé plongé dans une affaire assez sombre. C’est le journal L’Equipe qui a révélé le pot aux roses dans son édition du samedi 17 décembre : Teddy Tamgho, détenteur du record du monde de triple saut en salle (17m92) serait convoqué le mardi suivant par la Commission de discipline de la Fédération Française d’Athlétisme.

 

Teddy Tamgho à Lausanne, le 29/06/2011. (FABRICE COFFRINI / AFP)

 Teddy Tamgho à Lausanne, le 29/06/2011. (FABRICE COFFRINI / AFP)

 

Que lui est-il reproché ? Une altercation avec une autre athlète, suffisamment violente pour en venir aux mains. Comble de l’histoire, Teddy Tamgho n’en est pas à son premier incident : il avait déjà été exclu de l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) voilà trois ans, pour une durée de un an et pour des faits similaires. Le jeune espoir français ne risquait alors rien de moins qu’une radiation à vie…

 

Le verdict est tombé quelques jours plus tard : 12 mois de suspension dont six avec sursis, assortie d'une amende de 1.500 euros et de 50 heures de travaux d'intérêt général. Une sanction, en apparence assez lourde et qui amène à se poser des questions sur ce qui lui est clairement reproché.

 

Var Matin s’est procuré la déclaration sur l’honneur effectuée par la plaignante et transmise à la commission de discipline. Et force est de constater que le récit est consternant : "Teddy s'est jeté sur moi et m'a saisi brutalement d'une main, par le cou, il a resserré très fort sa main autour de mon cou (...). J'ai commencé à sentir des vertiges me prendre. Il m'a alors balayé les deux jambes et je me suis lourdement et violemment étalée sur le sol (...). Lorsque j'ai repris mes esprits, Teddy me tirait par les cheveux. Il m'a traînée sur environ 4-5 mètres (...). Sabine (une amie de la jeune fille dont le prénom a été changé) s'est interposée. Teddy lui a mis un coup de poing dans la mâchoire (...). Je me suis dirigée vers le parking... J'ai été choquée en voyant Marc (un autre ami qui a essayé de s'opposer) qui était en sang".

 

Et l’athlète, présumée victime, d’enchaîner : "Teddy a débarqué une nouvelle fois. Il disait qu'il allait me tuer. Il était comme possédé. Marc s'est mis entre nous deux. La scène était horrible. Il lui envoyait des coups de pied dans la tête (...) Deux autres garçons ont pu immobiliser Teddy à l'aide d'une clé. Au même moment, Pascal et Florent (deux jeunes athlètes) arrivaient avec leur voiture, on nous a carrément évacués".


Glodie Tudiesche a renouvelé au micro de RMC ces accusations à la Saint Sylvestre.

 

Une sanction sur mesure

 

Il n’est nulle question de déterminer les responsabilités de chacun, ou de faire un procès qui n’aurait davantage de valeur qu’une sentence prononcée autour d’un ballon de rouge dans un troquet. Laissons ce type de procès à la personnalité préférée de Français.

 

Néanmoins, il convient de se poser quelques questions. Surtout quand mis en cause dans une affaire somme toute assez grave, Teddy Tamgho se permet de se réjouir de sa participation aux JO qui était loin d’être certaine il y a quelques jours. L'athlète a eu l’indécence de poster un clip pour le moins provocateur, pour décrédibiliser celle qui reste une victime présumée et demandera que la justice tranche sur son sort.

 

 

Car comme le rappelle la jeune femme, la sanction est pour le moins factice : blessé, Tamgho avait d'ores et déjà fait l’impasse sur sa saison hivernale. Autant dire que la sanction ne l’empêchera ni d’aller à Londres ni de s’aligner pour les meetings de préparation. Ce qui revient à dire que Tamgho n’aurait finalement rien fait de grave, ou en tous cas rien de suffisamment indigne pour l’empêcher de représenter la France aux Jeux Olympiques.

 

Pourquoi alors l’avoir condamné à six mois fermes et 6 autres avec sursis, une sanction jamais vue dans l’histoire du sport français ? De deux choses l’une : soit ce qu’il a fait est grave et mérite une sanction sans pitié à l'égard d'une violence lâche sur une jeune athlète qui gardera un souvenir amer de son altercation… Soit, tout ceci est pure affabulation et auquel cas la sanction est terriblement sévère.

 

Cela n'est pas sans rappeler la conclusion de l'affaire qui a mis aux prises Mehdi Baala et Mahieddine Mekhissi à l'issue du meeting de Monaco en juillet dernier, à quelques semaines des championnats du Monde de Daegu. Les deux athlètes avaient offert un spectacle déplorable aux yeux du monde entier.

 

 

La Fédération avait alors choisi de les sanctionner financièrement en les empêchant de participer à des meetings pour une durée de 10 mois. Mais elle ne les avait pas empêchés de participer aux Championnats du Monde. Avec raison sur le plan sportif puisque Mekhissi rapporta une des quatre médailles que la France réussit à préserver dans cette compétition. Mais où est la morale dans l’histoire ?

 

La Fédération française d’athlétisme semble prête à tout pour les lauriers. Quitte à ce que la victime soit une femme ? Et que fait le CNOSF ? Et quid du Ministre des Sports, étonnamment discret dans cette affaire ? Les sportifs envoyés par la France n’ont-ils pas la mission de représenter la nation ? Notre Bleu est dans de beaux draps…

 

Et pourquoi la Fédération rend-elle déjà une décision alors que la Justice française n’a pas encore tranché ? Est-elle prête à accepter un Or olympique entaché quelques semaines plus tard par une peine d’emprisonnement pour violence perpétrée envers deux femmes et un entraineur puisque ce ne sont pas moins de trois plaintes qui ont été déposées ? Encore une fois, s’il y avait trop de doutes sur le témoignage de la jeune femme, pourquoi avoir sanctionné Teddy Tamgho ?

 

Une affaire d’autant plus embarrassante, que certains nauséabonds n’hésiteront pas à faire des raccourcis nauséabonds, tout comme Mehdi Baala l’avait redouté dans l’affaire qui l’opposa à Mahieddine quand il déclara à chaud : "Ça m'aurait évité de me bagarrer dans un stade rempli et montrer encore une mauvaise image des sportifs maghrébins. On va encore dire que c'est les Arabes. C'est malheureux".

 

Oui, une affaire drôlement embarrassante qui étonnamment reste somme toute discète… Une affaire plus politique qu’il n’y parait. Un politiquement incorrect qu’il convient de dissimuler ?

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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