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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 15:18

C dans l’air, c’est une émission de référence. Celle qui chaque jour, même pendant la trêve estivale commente l’actualité. Inlassablement, tout y est décortiqué, de reportages en commentaires d’experts. On pourra toujours contester la notion d’experts, qui avec arrogance, s’arrogent les pleins pouvoirs de la vérité qui doit être dite (sans oublier ceux qui cèdent à la caricature du débat pavlovien comme Askolovitch et Ménard tous les matins sur ITélé), force est de constater que les invités d’Yves Calvi, malgré leur aplomb qui manque assurément de chleuasme et de modestie, savent de quoi ils parlent. Aussi, à l’énoncé des invités du plateau d’aujourd’hui, personne ne fut étonné de retrouver ces têtes bien connues.

Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde, auteur notamment de La Femme fatale et de L’Enfer de Matignon, Dominique Reynié, politologue, professeur à Sciences Po. Paris, et Pascal Perrineau, politologue, Directeur du Centre de Recherche Politique de Sciences Po… Du lourd. Très lourd même. Mais, facétieux, Yves Calvi a décidé de jouer avec les téléspectateurs. Au jeu des 7 erreurs. Ici dans un casting aussi restreint, il n’y en avait une… mais de taille !

 

 

 

Mais en quelle qualité le tout fraichement et contesté réélu Benjamin Lancar a-t-il été invité dans une émission censée évoquer un remaniement ministériel ? Quelle crédibilité a-t-il de pouvoir, à lui seul, représenter l’avocat de la défense dans une émission globalement à charge sur le climat qui règne sur le Gouvernement et la Droite en général ? S’était-il déjà exprimé sur le thème, de manière notable et singulière, sur le sujet, au point d’en faire un invité authentique dont les remarques s’avèreraient à coups surs fructueuses et riches d’enseignement ? En d’autres termes, Calvi a-t-il fait un coup ou bien a-t-il pallié sur le tard l’absence un invité d’une tout autre pointure qui se serait défaussé à la toute dernière minute ?

Autant de questions que les premiers mots de Lancar suffisent à justifier :

 

 

 

Erreur de casting, Monsieur Calvi ; et Lancar, qui aurait pu voir en cette l’occasion de se faire connaître auprès du grand public, et de placer des pions pour les années à venir (en tous cas pour ceux qui ne savaient rien, de ses casseroles, qu’elles soient de Seignosse ou de la république bananière qu’il a instauré chez les Jeunes Pop), s’est lamentablement torpillé, tout au long de l’émission. Preuve s’il en fallait qu’il n’avait pas compris l’enjeu d’une telle invitation :

 

 

  Lancar excelle dans l’attentat suicide raté, de ceux qui ont vocation à faire des victimes mais qui au fond ne tuent que le bourreau… Et aucune arme ne lui fait peur, pas même la mauvaise foi, à moins que ce ne soit de la naïveté la plus confondante.

 

 

 

Cette contre-attaque sur la Gauche est pathétique : qu’il s’attaque à la déclaration de Bartolone faite ce week-end est de bonne guerre. Mais c’était à lui de montrer, à partir de cet exemple que tous les partis connaissent quelques querelles intestines… Las, Lancar tombe lui-même dans son propre piège. Le djihadiste se fait exploser en espérant toucher l’ennemi… Il n’en effleure pas l’ombre un, se laissant seul, défiguré, à affirmer, avec une force qui inspire le respect venant d’un agonisant, qu’il n’y a aucune tension à l’UMP !

 

AUCUNE TENSION A L'UMP? Copé regrettant à tous les micros que Xavier Bertrand ait réduit l’Université de rentrée de l’UMP çà une peau de chagrin, c’est-à-dire une journée, alors qu’à la Rochelle le PS se payait le luxe « d’insulter» la majorité présidentielle pendant trois jours pour reprendre ses termes, Bertrand qui lui-même taxe Copé de « snipper » à mots à peine couverts, les députés de l’UMP qui grognent ouvertement… contre l’ouverture à gauche, puis plus gravement contre les dérives populistes sur le Roms, Morin qui tacle sur le même sujet en lisant le SMS d’un de ses collègues magrébin remerciant les Roms d’avoir pris le flambeau du « bouc émissaire »,  Madame Bachelot qui déclare être pour l’ouverture de « salle de shoot »… avant d’être sévèrement contredite par François Fillon lui-même quelques heures plus tard, sans oublier les frasques incalculables de Rama Yade qui ne doit son maintien qu’à une popularité devenu rare chez les Ministres et dont ne peut se passer un Président aussi dépourvu…

 

Faut-il encore multiplier les exemples jusqu’à l’indigestion pour montrer à quel point Benjamin Lancar est de mauvaise foi, aveugle ou carrément rendu stupide par son idolâtrie ? Les autres invités sourient, gênés de tant de gaucherie. Même les mineurs coupés du bout du monde au Chili depuis des semaines savent qu’il y a des tensions à l’UMP… Un sourd l’aurait entendu, un aveugle l’aurait vu, Lancar n’a ni vu ni entendu… Au royaume des aveugles, Lancar est le Roi… à moins que ce ne soit au Royaume des menteurs…

Nous parlions d’idolâtrie, et pour cause : non content de signaler lui-même l’erreur de casting, Lancar, qui n’a pas froid aux yeux, décide alors de jouer sa carte fond. 1 euro dans le jukebox, et la musique est lancée :

 

 

 

 

Pieux et fidèle, Frère Lancar nous témoigne de son illumination, et parle de sa foi. En pèlerin, il tente de convertir des spectateurs médusés par un tel hors-sujet, sachant que la question concernait Fillon et son départ probable… Dieu est amour… Et Sarkozy rend aveugle…

En bref, cette première sortie de qualité à la télévision, après déjà un passage remarqué sur Europe 1, est un raté monumental. Cet épisode aurait pu être anodin, et, à dire vrai, tomber dans les oubliettes aussitôt tourné… Rien qui ne vaille, a priori d’être noté. Rien qui ne vaille d’être commenté. Rien, non, rien de rien à retenir de cette pantalonnade qui montre l’incompétence du bonhomme. Tout juste un beau document à diffuser aux Enfants de la télé, le jour où il sera contraint et forcé de se reconvertir en comique ou en comédien…

Mais l’invitation de Calvi a de quoi déranger : pourquoi mettre en lumière ce président des Jeunes Pop, quand ceux des autres partis et Mouvement n’ont jamais eu cet honneur ? A moins que le présentateur n’ait voulu glissé une peau de banane à cet imposteur, auquel cas la tentative est une réussite. Enfin et surtout, cela revient à relativiser la notion d’experts et d’invités qui s’octroient un laissez-passer sur tous les plateaux de télévision pour, paraît-il, informer le spectateur, mais dont la participation ne consiste souvent qu’en une intoxication pure et simple. Qui leur attribue cette vocation d’ « expert » ? Parlent t-ils au nom de la vérité ou au nom de leur paroisse ? Font-ils acte d’analyse ou d’instrumentalisation ? Ont-ils à cœur d’informer le spectateur, de l’éclairer sous un certain jour ou de vendre leur dernier opus à tous prix ?

Aujourd’hui, le tour était trop gros et grossier. Mais qu’en est-il quand, plus fin et assurément plus habile, l’invité peut distiller des messages et des idées autrement plus pernicieux ? C’est-à-dire quand la rhétorique détraque la belle mécanique des idées ?

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26 septembre 2010 7 26 /09 /septembre /2010 22:13

Le Peuple avait de quoi s’inquiéter. Ces coups de semonces furent une révélation, comme celle que connurent Adam et Eve en leur temps : atteint de cécité, il ouvrit enfin les yeux, et remarqua qu’aucun déplacement de sa Majesté ne s’effectuait sans une bunkerisation d’un périmètre acceptable pour que la contestation fût contenue. A coup de gaz et de matraques. Car décidément, le Roi n’admettait pas en ses terres la contestation. Que le premier qui jette la pierre soit arrêté. Les impudents qui proféraient la moindre insultes subirent le même sort. Et il en fut ainsi. Telle fut la volonté du Roi et ce que le Roi voulut, le roi l’obtint.

Roms3La Révélation étant faite, il était temps d’agir. Au plus vite. Bien qu’ayant mis une de ses favorites aux Sceaux, la Justice échappait encore à son irrésistible envie de pouvoir. Il lui fallait trancher. Net. Aussi, demanda-t-il à son commis, à l’humour auvergnat selon ses proches, de jeter l’opprobre sur les Juges, trop cléments, et dont la mansuétude faisait enrager le Peuple contre son innocente Majesté. Il fut diligenté pour dénoncer les remises de peine et les mises en liberté trop systématiques des récidivistes pour flatter désespoir populaire. Dans le même temps, on s’assura de ses amitiés en répondant systématiquement que la Justice avait fait son travail quand le footballeur-cambrioleur mit la main sur le trésor de la République. Je t’aime, moi non plus. La Justice fut donc convier à ne répondre qu’à un seul et unique impératif : celui de sa Majesté. Telle fut la volonté du Roi.

orwellSe voyant de plus en plus contesté, le Roi réfléchit. Il se rappela ce qui lui valut moult plébiscites et moult éloges éditoriaux. Le sentiment de la peur. Il relut George Orwell et sa ferme pour se rendre compte que l’ombre de Mr. Jones devait planer en permanence pour se faire respecter. Boule de Neige fut trouvée : les Roms. Priés de repartir, ils furent ramenés aux frontières… tout en étant chez eux. Les manchettes se firent un sang d’encre, certains évoquant mêmes les heures sombres de la déportation. Pour se défaire de cette odeur de soufre, il tenta de faire avaler une couleuvre de plus à son peuple, en faisant croire que l’origine des Roms était en terre étrangère. Napoléon (étrange que le tyran de la ferme fût aussi  le sobriquet du Roi…) tenta de faire illusion. Telle fut la volonté du Roi… mais pas celle de Bruxelles.

Il faut dire que la Capitale des Belges fut toujours un bouc émissaire idéal : les maux et l’inertie de la politique de sa Majesté lui étaient tout le temps imputée, faisant d’elle le gardien inflexible de notre geôle… mais le Roi n’oubliait jamais de lui faire les yeux doux, pour récupérer quelques écus ou pour lui envoyer ses ambassadeurs et autres déambulatrices des podiums aux couleurs Dior… Las, l’affaire des Roms ternit son image. Bonnet d’âne. Et dernier de la classe. Telle fut la déculottée du Roi.

déportationHumilié et déçu, le Roi passa alors à son arme ultime. Puisque tant de rhétorique, tant de contorsions aux cérémonials, tant de maquillage démasqué en mascarade ne suffisaient plus, il usa de la seule chose qu’il n’avait encore pas cyniquement usé : le mensonge. Le gentil Eric n’avait pas menti, il y avait moins de manifestants lors de la grève sur la réforme des retraites ce qui montrait que le Peuple en acceptait les grands principes grâce à la pédagogie du Gouvernement, L’autre Eric ne savait rien de ce qu’avait signé Brice, qui lui-même n’avait pas connaissance de ce que Eric prétendait ne pas connaître, La niche fiscale réservée aux jeunes mariés étaient une injustice pour ceux qui ne payaient pas d’impôts…. Et tant d’autres sornettes et balivernes que le Roi tentaient de faire avaler par l’entonnoir à ce Peuple ingrat qui l’avait porté aux nues et qui le détestait à présent sans ménagement. Telle fut la volonté du Roi.

Mais la volonté du Peuple triompha…

 RomsEt c’est alors qu’en 2012 de l’an de grâce, le Roi fut destitué. Telle fut la triste destinée de ce Roi despote que d’aucuns disaient de lui qu’il ne déviait jamais dans le totalitarisme. Pourtant, reprenons les péripéties de notre bougre : contester la justice, dénoncer la presse et sa liberté d’informer et de critiquer, se soumettre à la déportation, qui rappelons-le à sa Majesté désigne « la peine qui consiste à un exil dans un certain lieu, prononcé à l'encontre d'un condamné », les Roms étant affublés, dans une généralité grossière à tous les vices que la société s’évertue à décliner, trouver un ennemi juré pour justifier sa politique et enfin, pratiquer le mensonge quand tout va mal….

Alors, oui j’assume mon expression « dérives totalitaires ». Dans un Monde où la séparation des pouvoirs n’est qu’une archive, où les conflits d’intérêt se multiplient, où le pouvoir est détenu aux mains de quelques uns, les plus fortunés, où l’on abêtit le peuple pour mieux le dominer… alors oui, parlons de dérives totalitaristes dans les méthodes. Evoquons ces pratiques d’un autre âge, d’un autre temps, qui ne va pas de pair avec notre Histoire et la Patrie des Droit de l’homme dont l’adage « Liberté, égalité, fraternité » a pâle mine. Pardonnez moi, lecteur de ce conte, de m’inquiéter de lire en cette histoire la redite de Matin Brun. De ces petits moments de la vie, dont on se dit que ce n’est pas si grave mais qui chaque jour gagne un terrain suspect. Et je préfère, moi, le narrateur, être suspecté d’approximation lexicale, que de regretter amèrement de ne pas l’avoir formulé. Ou de l’éternelle préférence d’avoir des remords que des regrets…

 

Et comme toujours,le placide aux caricatures...

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 08:37

sarkozy-robin-des-bois.jpgL’ère Sarkozy est fascinante. Fascinante vous dis-je. Jamais la fonction présidentielle n’aura suscité autant de légendes, de discussions et de débats passionnés. Lors de mes innombrables pérégrinations facebookiennes (délices exquises du néologisme que je goûte et offre à nouveau), j’ai été en proie à un doute. Un affreux doute. Mon jugement sur Nicolas Sarkozy sombrerait-il dans l’opposition primaire, voire primate ? Serais-je le participant inconscient à une surenchère, infinie, sur la qualification de sa politique au point d’en oublier le sens des mots à force d’en afficher la force des maux ? Méli-mélo qui débuta par une pensée, que j’émis, sans le moindre doute au départ, sur mon mur (virtuel, j’entends !) :

« J'en ai marre que le Peuple français passe pour un bouffon cautionnant les dérives totalitaires de l'autre cinglé !!!!!! Menteur avec ça ! Quelle image ! Merci aux 53% qui ont si bien voté le 5 mai 2007... (Remarquez les 47 autres, dont je fais partie, n'ont guère été plus éclairés...) ».

A cette note, un de mes « amis », puisque Facebook s’entête à placer de la familiarité là où il n’y a que contact informatique, s’est offusqué d’un des termes que j’ai employés. Non pas « cinglé » comme tout à chacun était en droit de s’attendre, mais « totalitaires ». Un dialogue s’en suivit ou plutôt un échange de mots car de dialogue il n’y eut point : mon interlocuteur butait sur le terme, fâcheux selon lui, quand bien même il fut en compagnie de « dérives », ne comprenant pas pourquoi je m’entêtais à comparer l’action de notre chef d’Etat à celle d’un pouvoir qui ressemblait en filigrane aux prémices d’un dictateur totalitaire.

J’aime le débat et l’argumentation. Et je suis tout à fait prêt à faire amende honorable quand je reconnais mes torts. La remise en question, parfois douloureuse, ne me fait pas peur. N’aimant pas la démesure, et craignant le réflexe pavlovien de l’opposant sans âme n’ait guidé mon âme, j’ai donc réfléchi. Et je me suis replongé dans l’histoire, la fabuleuse histoire de notre pays, depuis l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy.

Il était une fois le Ritz… Non, c’est plus fort que moi. Je focalise. J’efface tout et je recommence.

sarko carla disneylandIl était une fois une fabuleuse journée de mai, chaude et ensoleillée. La ferveur populaire emplit les rues de France et de Navarre. Le Roi avait dignement mérité sa couronne en terrassant la marâtre qui promettait d’enfermer les enfants dans des geôles gardées par la soldatesque armée. Le Roi avait les faveurs de tous, et sa Cour lui était toute acquise. On lui prêta le luxe d’un navire sans nulle pareille pour profiter d’un retraite éphémère bien méritée. Car il l’avait promis : son règne se tiendrait tambour battant. Promesse il fit, promesse fut tenue. Le Roi traversa les mois, dans une fascination populaire sans égale, multipliant les plébiscites que la presse commandait à foison. La dictature de la vindicte populaire se métamorphosa en exécuteur testamentaire du programme de la campagne. Ce que le programme voulait, la foule le désirait et le roi l’exécutait. Les mauvais esprits et autres esprits chagrins pouvaient broyer du noir : le Roi « Platine » brillait de mille éclats. Et ce n’est pas sa deuxième épouse qui vint troubler la fête. La belle avait déjà de longues dates préparer ses valises pour convoler en justes noces outre-atlantique. Qu’à cela ne tienne : le Roi en choisit une autre et un beau matin, dans le parc merveilleux de Disneyland, la princesse officialisa sa nouvelle aventure. Le roi, tel Cendrillon avait trouvé chaussures à talonnettes à son pied.

Mais la magie, soudain, se fit moins pressante, et les esprits chagrins purent déverser toute leur ire sur un Peuple désorienté. Y avait-il eu un début au désenchantement ? Nul ne le pourrait le dire avec précision. Toujours est-il qu’en accédant au pouvoir, le Roi avait ouvert la boîte de Pandore.

Pour commencer, il voulut récompenser sa noble Cour, en la préservant de l’horrible dîme qu’il réservait à ses travailleurs les plus courageux. Il dota ses membres d’un bouclier afin qu’il puisse défendre la moitié de leur fortune considérable qui croissait pourtant de manière exponentielle. Fin de la redistribution et retour au servage. Il en profita juste pour le symbole pour doper sa dote, bien maigre pour un Roi, et celle de ses dociles commis. Telle fut la volonté du Roi. Et le Peuple acquiesça.

edvigeEntre temps, ils voulut identifier tout le monde, afin de mieux les contrôler. Il fit appel à la Déesse Edvige pour ficher les habitants du Royaume. Apercevant le spectre d’une époque funeste, et pas si éloignée que cela, le Peuple s’offusqua de cette intrusion dans sa sphère privée. Las, le Roi recula… Le Peuple serait malgré tout fiché sans le savoir. Qu’à cela ne tienne. Telle fut la volonté du Roi. Et le Peuple finit par acquiescer.

Le Roi voulut que l’Eglise s’en mêla comme au bon temps du Royaume de France. Il déclara que le prêtre était au-dessus des enseignants. Terrible coup de machette sur la loi de 1905, comme il avait tenté de le faire, alors qu’il n’était que précepteur de l’Intérieur, quand il fit en sorte que l’Etat finança les lieux de culte. Sa tentative échoua, une fois de plus, alors que telle fut la volonté du Roi. Une bataille était perdue, mais la guerre…

casse toi pov conLa rumeur était tenace et un vent de révolte vint contrarier notre tête couronnée. Le Roi n’aimant pas la contestation, symbole du despotisme dont l’avait pourvu le règne durant, il demanda à un gueux, près d’une vache, de se casser, « pauvre con » qu’il était. A un autre qui lui cherchait querelle, il roula des mécaniques, près d’un port aux navettes restées à quai par la colère des pêcheurs. Pauvre pécheurs. Ne pas être fortuné n’est assurément pas un signe de bonne fortune. Le Roi fit taire toutes ces braves petites gens. Telle fut la volonté du Roi. Et le Peuple commença à s’inquiéter.

A tel point que la presse s’en mêla. Fervente et docile, elle décida de ne plus faire allégeance au Roi et de le défier à coup de manchettes cisaillées et incisives. La Cour en fut choquée. Elle cria au fascisme. Le peuple observa. Puis le coup de massue arriva : l’on bâillonna un des plus hardis, en sanctionnant la source d’un de ces gratte-papiers qu’il avait en horreur. Le Roi rappela alors, de sa main de fer, que la liberté de la presse s’arrêtait là où commençait la sienne. Telle fut la volonté du Roi…

Demain, je vous conterai la suite des mésaventures d’un Roi despote, aux relents totalitaristes mais qui jouissait  de la cécité des braves citoyens…

 

NDLR : Toutes les caricatrures sont issues du site http://www.leplacide.com, excellent site qui traite de l'actualité, au rythme d'une caricature par jour. Cliquez sur les images pour retrouver le site.

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 21:20

Le président a parlé. Enfin. Il était temps. Tout le monde le lui demandait. Depuis ses collaborateurs jusqu’à ses détracteurs. Un entretien fleuve, prévu sur une heure et qui déborda d’un bon quart d’heure. Des heures sup’ comme pour montrer l’exemple. Ou comment passer de la théorie à la pratique. Nul doute que personne ne restera insensible à cela. Reste la parole.

sarko1Sur la forme tout d’abord, la tenue de cet entretien est toujours aussi scandaleuse. Bien qu’il ait sollicité France Télévision après ce long silence de plusieurs mois -ce qui est la moindre des choses à savoir que le Président s’exprime via le service public- Nicolas Sarkozy ne se rend pas dans les studios mais amène systématiquement la télévision à lui. Comme ce fut le cas auparavant. Comment pouvoir accepter que le Président réponde aux questions d’un journaliste à l’Elysée ? Comment peut-on encore accepter cette mise en scène ? Ce n’est plus le Président qui est « invité » comme il se plait à le dire, mais bien lui qui invite, voire qui « convoque »… le procédé est tout de même gênant. Mais, après tout, ces prédécesseurs en faisaient de même. Et l’actuel locataire des lieux de ne modifier en rien la donne puisqu’il entend s’exprimer à nouveau lors du remaniement, prévu en octobre, y compris face à Pujadas si ce dernier, précise-t-il, veut bien revenir à l’Elysée… D’ailleurs, le concours de politesse sera poussé par l’hôte jusqu’à l’obséquiosité, parfois ironique, la plus indigeste.

La prose de Sarkozy est par ailleurs toujours aussi assurée, leçons parfaitement apprises, avec des plans structurés made in Guéant… Exercice de style dans lequel il se sent à l’aise, ponctué de « vous savez » pour s’assurer la sympathie de l’auditoire. La rhétorique aristotélicienne brille de mille feux, question oratoire en joyau constant voire redondant, la langue de Molière dût elle en pâtir… Comme le rappelait Moscovici ce week-end dans l’émission Happy hour, diffusée sur Canal plus, « Nicolas Sarkozy parle mal le français, mais il parle aux Français… au moins en 2007 ». Car force est de constater que la maîtrise de la langue du chef d’état est chaotique : non concordance des temps (« le président faisait ce qu’il veut »), pléonasme grammatical (« voire même »), pataquès chiraquien (« Angela et moi, on a duZ apprendre à se connaître »)… Notons,  toutefois, une amélioration certaine de la double négation… de même qu’en maîtrise du Droit, sa spécialité, puisqu’après avoir fait fi de la présomption d’innocence lors de l’affaire Clearstream, il s’est posé en donneur de leçons, maître devant l’élève Pujadas, en rappelant qu’au pénal, la règle n’était pas systématique mais devait se traiter individuellement. Bref, le bulletin du Président indique un mieux mais avec des progrès à faire en langue…

sarko2Le fond quant à lui fut affreusement prévisible. Schizophrène devant l’éternel, le Président confond toujours la fonction de Président et de chef du Gouvernement. Le lapsus vient couronner le tout en fin d’entretien, lorsqu’à propos de la nomination du Président de France Télévision, il affirme que « Le CSA a validé le choix du gouvernement », alors qu’il a validé le choix… du président ! Tous les dossiers le mettent en avant devant le premier Ministre, nommé par sa fonction seulement, puis les heureux nommés Eric Woerth et Brice Hortefeux, qui bénéficièrent de la brosse à reluire, malgré les affaires éthiques de l’un et les chiffres catastrophiques sur la violence de l’autre rebaptisés en résultats spectaculaires. En plus de cours de français, le Président aurait-il besoin de cours de mathématiques… A moins qu’il ne s’agisse de la presbytie qui pointe le bout de son nez.

sarko3Les dossiers se sont égrainés à grande vitesse, selon le même modèle : une question faussement dérangeante, la réponse qui débute par une question oratoire ou une onomatopée empathique avec le spectateur, quelques chiffres que décidément les journalistes sont incapables de corriger faute de connaissances et de travail, et la redite, à la fois souple dans la voix mais ferme sur le fond, de sa position que les manifestations ne feront pas infléchir. Retraites, Fonte de la dette, G20, diminution des fonctionnaires (avec un appel marqué aux régions… à 95% socialistes pour ne pas remplacer un fonctionnaire sur 2 dans les collectivités territoriales… chacun appréciera). Souvent, Nicolas Sarkozy s’arroge du tic de la célèbre émission « Capital », puisque la France est souvent le pays du monde « où il y a le plus de… », ou le pays d’Europe « qui est le plus… »… Plus toujours plus et davantage encore. Bien évidemment le recul de l’âge du départ en retraite sous Mitterand, de même que les 35 heures portent à eux seuls la responsabilité de la situation actuelle… la Gauche est ainsi rhabillé pour l’hiver dès les Soldes d’été !

Quant à l’affaire nommée « Woerth-Bettencourt », forte du rapport de l'IGF ce week-end, elle fut balayée d’un trait, en renouvelant l’affirmation de la probité de son Ministre, en martelant qu’il était « innocent », preuve que sa conception de la présomption d’innocence est bien revenue, puis en rappelant que L’Oréal représentait 64000 employés et 17 milliards de chiffre d’affaire et qu’il ne faudrait pas que cette manne échappe à la France… Le message est bien passé.

sarko4Alors que retenir ? Le Président ne cèdera pas un iota  sur les retraites, notamment concernant l’égalité de traitement entre public et privé et sur l’âge de 62 ans. La mise en exergue du modèle économique allemand, dressé sans nuance au rang le plus élevé et sur lequel il entend calquer sa politique. Sa croyance en la baisse de la dette, du chômage combinée à une croissance revenue. On peut toujours rêver.

Les agriculteurs ont dû se sentir très soutenus, car le chef de l’Etat n’a eu de cesse de les citer en faisant de leur cause une priorité lorsqu’il dirigera le G20. Malheureusement, ils resteront sur la faim sur les moyens d’y parvenir et les méthodes à employer. Paroles, paroles, paroles ?

Sinon quelques idées qui sont loin d’être inintéressantes : la responsabilisation pénale des parents pour les délits des délinquants des 12-13 ans qui font leurs forfait tard dans la nuit (sujet polémique mais qui existe et qui pose la nécessaire question de la responsabilité des parents quant à l’éducation de leurs enfants, n’en déplaisent à certains qui n’habitent pas de toute évidence près les zones de non-droit), la prise en compte des exclus du Conseil de Sécurité de l’ONU à savoir l’Amérique latine, l’Afrique et l’Inde bientôt pays le plus peuplé du Monde, qui ont le droit de pouvoir s’exprimer et influer sur un Monde qu’ils peuplent en part conséquente. L’obligation pour les 16-18 ans, sortis du système scolaire d’avoir soit une formation, soit un travail. Enfin la création des établissements à encadrement renforcé pour ceux que « personne ne veut », parce qu’ils empêchent les autres de travailler. Une vingtaine pour la rentrée 2010 dont 3 en Seine Saint-Denis. A suivre…

Finalement l’entretien était surtout attendu à propos des « affaires » : les Français ont dû rester sur leur faim à l’heure du dîner, d’autant que le sujet fut abordé dès les premières minutes. Le reste n’apporta rien de révolutionnaire ni de profondément révoltant. Tout juste les contours d’une politique dont on ne veut pas dans sa grande globalité. Ce n’est déjà pas si mal. Notre combat des valeurs n’est pas vain et est plus que jamais d'actualité. 

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 19:27

La semaine dernière, suite à son séjour touristique en banlieue parisienne, Nicolas Sarkozy s’est fait insulter par un autochtone. Grave blasphème : il sera condamné à des heures d’intérêt général trois jours plus tard…

Rapide justice. Et Justice surtout !

Car quid des professeurs qui sur le terrain se font insulter chaque jour, et qui, pour ceux qui osent faire la démarche de porter plainte, voient leur affaire classer sans suite, quasiment systématiquement ? Les représentants de l’Etat ne sont apparemment pas tous traités de la même manière.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 19:56

Quand le policier a arrête la voiture la semaine dernière, avait-il pris conscience que son acte allait être la genèse d'un gigantesque typhon médiatique ? Entre arrêter une femme au volant parce qu'elle porte un voile intégral pouvant nuire a sa visibilité et déchoir un Francais naturalise par le mariage de sa nouvelle nationalité, il y a un pas qui a été franchi plus que rapidement.

Pour l'histoire du voile intégral, je n'aurais pas assez de mots durs pour rappeler la règle : que cela ne concerne que 30, 2000 ou un million de femmes, le principe reste le même, celui de la République. Or la Burqua n'étant pas un précepte religieux indique dans les textes sacres, il demeure un signe ostentatoire et communautariste dont certaines femmes se revêtent, contraintes ou forcées par la tradition, même si cd n'est pas le cas de toutes. Dans un pays ou l'égalité Homme/Femme est de fait, cette simple suspicion est absolument intolérable. Quant à ceux qui revendiquent la liberté de s'habiller, rappelons deux choses : dans l'espace public, les visages doivent être découverts afin d'être identifies, ce qui doit être le cas au volant d'une voiture (privilège qui est interdit dans les pays pratiquant ka châtia soit dit en passant !) ; d'autre part la burqua n'est pas qu'un simple accessoire lie a la coutume mais bien un tissu visant a contrer la potentielle concupiscence des Hommes, acte avilissant qui vise a cacher l'objet du désir pour mieux se l'accaparer dans une société qui offre aux seuls hommes la polygamie...

Reste l'affaire qui finalement a fait le plus grand bruit : celle de la prétendue polygamie du mari. Le problème est épineux car les trois autres femmes vivent d'allocations "femmes seules", ce qui semble être abusif selon les voisins qui les voient défiler dans la résidence principale. Qu'il y ait une ambigüité dans notre système social et que certains en profitent n'est pas une première, et le fait d'être Musulman n'a rien a voir là-dedans. Il n'empêche qu'un neo-français qui profiterait d'un tel système pour instituer en toute légalité une polygamie en pratique doit pouvoir faire l'objet d'une enquête sérieuse. Faut-il alors modifier la loi ? Ce sont aux spécialistes du Droit d'en décider. Mais ce n'est assurément pas a messieurs Besson ou autre Hortefeux d'en parler devant la presse moins de 24 heures après le PV initial pour faire du petit feu de cette affaire. Il n'y avait nul besoin d'alerter de la sorte toute la population sur la place publique pour évoquer la possibilité de voir l'homme déchu de sa nationalité (le professeur de lettres que je suis ne manquera pas de rappeler que l'infinitif dérive de "déchu" est bien "déchoir" et non "déchuer" comme cela a été entendu ce weekend...). Le résultat de cette amplification est la reprise par les Communautaristes, tel Tarik Ramadan, de l'affaire et la stigmatisation par certains d'une religion au sein de la république, qui n'avait pas besoin de cela. Cela revient a tendre le bâton pour se faire battre et souffler sur les braises ardentes quand ce débat nécessiterait calme, patience et lucidité. A force de vouloir sauter sur tous les sujets sans réfléchir, le Gouvernement parvient à tout faire sauter. Si seulement c'était la première fois...

 

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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 18:55

rire

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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 20:57

Depuis quelques jours, de nombreux observateurs ont confirmé la tendance au radotage de Nicolas Sarkozy. Cette méthode est une des clefs de voûte de la rhétorique de notre Président : sa présentation des faits par des chiffres ou autres anecdotes prises pour jouer sur l’émotion, l’appel au peuple avec les questions oratoires (« Vous trouvez normal que… ? ») qui piège l’auditoire et la conclusion par l’exposition des arguments qui deviennent incontestables. Suffit de changer le champ lexical en fonction du sujet, et l’affaire est entendue. Sarkozy ou ses nègres ne sont pas de théoriciens en puissance : il plagie servilement la méthode jadis exposée par Aristote il y après de 2400 ans (ce qu’il appelle doctement : l’exorde, la narration, la digression et la péroraison).

Mais je crois qu’il y a quelque chose de plus magique que cette rhétorique que tout bon politicien est capable de maîtriser. Le tour de force qu’il effectue est unique dans l’histoire de la politique française : il se présente aux Français en dénonçant des faits qu’il a en charge tout en donnant l’illusion de ne pas avoir de bilan. Quand Sarkozy la semaine dernière « découvre » que des kalachnikovs circulent en cité (même découverte qu’en 2008, 2007, 2005, 2003, 2002… Alzheimer ?), personne ou presque n’ose se dire : mais vous

Mais non le citoyen moyen, jadis guidé par le quatrième pouvoir (mais où sont passés les journalistes ?) se laisse enfumé et en tire la mauvaise conclusion : il est constant dans ses déclarations. Et dans son incompétence ?

Jusqu’à quand l’illusion de l’homme sans bilan triomphera-t-elle ?

NDLR : cliquez sur la caricature pour avoir le lien du brillant caricaturiste, Placide :o)

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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 12:31

Brice Hortefeux a été chargé d’allumer un incendie cette semaine. Un énième. Histoire de guérir le coup de blues du Président, au plus bas dans les sondages, touché par les affaires EPAD, Mitterand et Yade, entre autres… L’idée : instaurer un couvre-feu pour les délinquants de moins de 13 ans.

Le spectacle put alors commencer, le Ministre de l’Intérieur en chef d’orchestre, l’opposition PS en ténor larmoyant… Une impression de déjà vu, non ?

Sur le fond, la mesure est démagogique à souhait : qui accepterait de voir des délinquants déjà condamnés de moins de 13 ans traîner dans les rues au-delà de 22 heures ? Dans la même série, on pourrait proposer l'interdiction aux hommes ayant avoué avoir participé à des actions terroristes de se promener dans les magasins avec des bombes de plus de 13 cms entre 8h et 20h ? Ce n'est plus le Gouvernement de la réforme , c'est la déclinaison hebdomadaire de la profession de foi de Miss France...

Le problème comme d’habitude c’est l’absence de moyens mis en œuvre pour une telle opération comme le confirment les syndicats de police, cette politique de l’annonce de l’incendie en attendant la réaction sur les courbes de sondage d’opinion… mais aussi et surtout, et là c’est plus gênant l’opération "siphonage" des voix du FN à un moment où les sondeurs parlent d’un retour en puissance du parti de la Famille Le Pen…

C’est devenu un sport national depuis 2002 : à chaque élection, agitez bien énergiquement le drapeau rouge de l’insécurité pour exciter la bête…

Insupportable car l’air a déjà été entendu, est connu, et nous laisse tous repus.

Et le PS qui s’agite dans tous les sens par la voix radotante de son secrétaire, histoire de faire quelques piques bien senties dans les JT…

Alors me direz-vous quelle est la meilleure attitude ?

LE SILENCE PARDI. Quand la cacophonie se fait sentir, quand on sent à ce point le traquenard dissonant se mettre en place, quand le disque raye à ce point avec toujours à la fin l’oraison de la défaite, il faut réagir… par l’absence de réaction. Hortefeux et le gouvernement n’auront JAMAIS les moyens de mettre leur pseudo-mesure en place. Le mieux ne serait-il pas d’IGNORER purement et simplement toutes ces mesures démagogiques, visant à produire du vent… médiatique ? Cessons d’alimenter Horte..feu par des agitations bruyantes. L’indifférence peut tuer la flamme dans l’œuf. Quand un gouvernement entend instrumentaliser son idéologie par la mécanique médiatique, offrons-lui en réponse ce qu’il redoute le plus : un non-événement.

Croyez moi, il n’y a pas pire qu’un auditoire indifférent. Le chef d’orchestre n’aura alors plus d’autre choix que d’ajourner ou d’enterrer le récital…

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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 20:36

24 heures après l’annonce choc de Jean Sarkozy de retirer sa candidature à la Présidence de l’EPAD, les commentaires n’en finissent plus, les journalistes, experts (soi disant) ou autres observateurs s’envoient les arguments sans vergogne sur le talent ou pas de Jean Sarkozy.
Vain débat. Mais tentons d’éclairer humblement la chose.


Jean Sarkozy a-t-il réussi son coup médiatique ?

Assurément. Le fait d’avoir surpris tout le monde, au 20 heures, en y étant d’un point de vue rhétorique irréprochable voire brillant (nous y reviendrons), ce qui suffit à convaincre ou envouter 80% des spectateurs si ce n’est plus, est un coup de maître. D’une part, il a fait croire à son courage. D’autre part, il se positionne pour l’avenir comme un débatteur hors…Père ! C’est le moins que l’on puisse dire. Quoi qu’il en soit, le débat déchaîne les passions, avec les pro et les anti, ce qui en terme de communication était la meilleure chose qui pût lui arriver (rappelez-vous la campagne présidentielles), le pire étant l’indifférence générale.

Jean Sarkozy a-t-il du talent ?

La polémique enfle là-dessus. Inutilement. Car au fond tout le monde est d’accord mais il y a ceux qui sont de mauvaise foi et ceux qui confondent communiquant et politique. S’il est question de rhétorique, indéniablement, il est talentueux. Pour un jeune homme de 23 ans, incapable d’enchaîner sa deuxième année de droit, il maîtrise le langage… du père. Tout y passe : les questions rhétoriques, les insupportables « Monsieur x ou y » quand il s’adresse aux journalistes, et surtout un art des figures de style, qui enfoncent les portes ouvertes et qui me font saigner les oreilles en tant que prof de lettres, mais qui incontestablement séduit le Français lambda. Un exemple avec l’antonomase, d’autant plus belle qu’elle superpose deux mots de la même famille :


 


On pourra toujours dire qu’il a été surentraîné, qu’il n’a nullement la spontanéité des formules qu’il emploie : il sait les apprendre, les assimiler et donner l’illusion, non pour l’intelligentsia ou encore les spécialistes en communication politique mais pour le Français moyen qu’elles sont naturelles. Cela est bien suffisant. Dont acte : l’homme a du talent dès lors qu’on le juge sur la maîtrise du langage. Ce qui n’est pas le cas de tous, comme le montre piètrement Brice Hortefeux qui s’essaie à l’anacoluthe dès plus maladroite dans A vous de juger :

 

 



Rappelons pour le profane que « Si c’est Obélix que vous pensez » est impropre. Il faut dire « Si c’est Obélix à qui vous pensez… »

Pour autant l’argument des membres de la majorité c’est de généraliser cette notion du talent et de prétendre que Jean Sarkozy a montré qu’il avait du talent… et qu’il était donc légitime pour briguer un poste de Président de l’EPAD. Doit-on rappeler que présider l’EPAD nécessite des connaissances, de l’expérience et des savoir-faire en termes d’immobilier, de finances et de macro-économie ? Est-il nécessaire de rappeler que l’aîné du président n’a validé qu’une malheureuse année en Droit à 23 ans ? Avoir du talent en rhétorique, ce n’est pas avoir du talent dans le domaine du management, de l’immobilier et de la macro-économie. C’est comme si vous aviez un pâtissier brillant vous proposait chaque jour les plus succulentes tartes que vous n’ayez jamais goûtées, et qu’au nom de son « talent » vous lui proposiez le poste de Directeur de la SNCF. Avoir du talent est une formule bâtarde dès lors qu’elle tend à l’universel. Avoir du talent c’est dans un ou plusieurs domaines. Guère plus. Et il est édifiant que les journalistes ne relevassent jamais ce fait devant le défilé d’invités au bal des faux-culs, prêts à vendre leurs valeurs et leurs principes pour défendre l’indéfendable (moi aussi je maîtrise l’antonomase… je devrais postuler à l’EPAD, n’est-il pas ?)

Toujours est-il que malgré tout le talent qu’il possède Jean Sarkozy devra méditer sur Oedipe. Au moins pour la première partie de son parcours. Car il devra être politicien hors père au sens propre pour se faire un nom. Tuer le père et vaincre le Sphinx et son énigme redoutable pour vaincre la malédiction :

Enfant, j’ai été fils de.

Jeune adulte, je suis fils de.

Adulte mature, serais-je fils de ?

 

Telle est la question. Nous veillerons en tous cas à ce que le népotisme ne biaise pas la question. Mais rassurons-nous : notre mobilisation ne fut pas vaine. Et j’ai l’intime conviction aujourd’hui que nous avons montré que notre Démocratie n’était pas complètement morte.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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