Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Le président a parlé. Enfin. Il était temps. Tout le monde le lui demandait. Depuis ses collaborateurs jusqu’à ses détracteurs. Un entretien fleuve, prévu sur une heure et qui déborda d’un bon quart d’heure. Des heures sup’ comme pour montrer l’exemple. Ou comment passer de la théorie à la pratique. Nul doute que personne ne restera insensible à cela. Reste la parole.
Sur la forme tout d’abord, la tenue de cet entretien est toujours aussi scandaleuse. Bien qu’il ait sollicité France Télévision après ce long silence de plusieurs mois -ce qui est la moindre des choses à savoir que le Président s’exprime via le service public- Nicolas Sarkozy ne se rend pas dans les studios mais amène systématiquement la télévision à lui. Comme ce fut le cas auparavant. Comment pouvoir accepter que le Président réponde aux questions d’un journaliste à l’Elysée ? Comment peut-on encore accepter cette mise en scène ? Ce n’est plus le Président qui est « invité » comme il se plait à le dire, mais bien lui qui invite, voire qui « convoque »… le procédé est tout de même gênant. Mais, après tout, ces prédécesseurs en faisaient de même. Et l’actuel locataire des lieux de ne modifier en rien la donne puisqu’il entend s’exprimer à nouveau lors du remaniement, prévu en octobre, y compris face à Pujadas si ce dernier, précise-t-il, veut bien revenir à l’Elysée… D’ailleurs, le concours de politesse sera poussé par l’hôte jusqu’à l’obséquiosité, parfois ironique, la plus indigeste.
La prose de Sarkozy est par ailleurs toujours aussi assurée, leçons parfaitement apprises, avec des plans structurés made in Guéant… Exercice de style dans lequel il se sent à l’aise, ponctué de « vous savez » pour s’assurer la sympathie de l’auditoire. La rhétorique aristotélicienne brille de mille feux, question oratoire en joyau constant voire redondant, la langue de Molière dût elle en pâtir… Comme le rappelait Moscovici ce week-end dans l’émission Happy hour, diffusée sur Canal plus, « Nicolas Sarkozy parle mal le français, mais il parle aux Français… au moins en 2007 ». Car force est de constater que la maîtrise de la langue du chef d’état est chaotique : non concordance des temps (« le président faisait ce qu’il veut »), pléonasme grammatical (« voire même »), pataquès chiraquien (« Angela et moi, on a duZ apprendre à se connaître »)… Notons, toutefois, une amélioration certaine de la double négation… de même qu’en maîtrise du Droit, sa spécialité, puisqu’après avoir fait fi de la présomption d’innocence lors de l’affaire Clearstream, il s’est posé en donneur de leçons, maître devant l’élève Pujadas, en rappelant qu’au pénal, la règle n’était pas systématique mais devait se traiter individuellement. Bref, le bulletin du Président indique un mieux mais avec des progrès à faire en langue…
Le fond quant à lui fut affreusement prévisible. Schizophrène devant l’éternel, le Président confond toujours la fonction de Président et de chef du Gouvernement. Le lapsus vient couronner le tout en fin d’entretien, lorsqu’à propos de la nomination du Président de France Télévision, il affirme que « Le CSA a validé le choix du gouvernement », alors qu’il a validé le choix… du président ! Tous les dossiers le mettent en avant devant le premier Ministre, nommé par sa fonction seulement, puis les heureux nommés Eric Woerth et Brice Hortefeux, qui bénéficièrent de la brosse à reluire, malgré les affaires éthiques de l’un et les chiffres catastrophiques sur la violence de l’autre rebaptisés en résultats spectaculaires. En plus de cours de français, le Président aurait-il besoin de cours de mathématiques… A moins qu’il ne s’agisse de la presbytie qui pointe le bout de son nez.
Les dossiers se sont égrainés à grande vitesse, selon le même modèle : une question faussement dérangeante, la réponse qui débute par une question oratoire ou une onomatopée empathique avec le spectateur, quelques chiffres que décidément les journalistes sont incapables de corriger faute de connaissances et de travail, et la redite, à la fois souple dans la voix mais ferme sur le fond, de sa position que les manifestations ne feront pas infléchir. Retraites, Fonte de la dette, G20, diminution des fonctionnaires (avec un appel marqué aux régions… à 95% socialistes pour ne pas remplacer un fonctionnaire sur 2 dans les collectivités territoriales… chacun appréciera). Souvent, Nicolas Sarkozy s’arroge du tic de la célèbre émission « Capital », puisque la France est souvent le pays du monde « où il y a le plus de… », ou le pays d’Europe « qui est le plus… »… Plus toujours plus et davantage encore. Bien évidemment le recul de l’âge du départ en retraite sous Mitterand, de même que les 35 heures portent à eux seuls la responsabilité de la situation actuelle… la Gauche est ainsi rhabillé pour l’hiver dès les Soldes d’été !
Quant à l’affaire nommée « Woerth-Bettencourt », forte du rapport de l'IGF ce week-end, elle fut balayée d’un trait, en renouvelant l’affirmation de la probité de son Ministre, en martelant qu’il était « innocent », preuve que sa conception de la présomption d’innocence est bien revenue, puis en rappelant que L’Oréal représentait 64000 employés et 17 milliards de chiffre d’affaire et qu’il ne faudrait pas que cette manne échappe à la France… Le message est bien passé.
Alors que retenir ? Le Président ne cèdera pas un iota sur les retraites, notamment concernant l’égalité de traitement entre public et privé et sur l’âge de 62 ans. La mise en exergue du modèle économique allemand, dressé sans nuance au rang le plus élevé et sur lequel il entend calquer sa politique. Sa croyance en la baisse de la dette, du chômage combinée à une croissance revenue. On peut toujours rêver.
Les agriculteurs ont dû se sentir très soutenus, car le chef de l’Etat n’a eu de cesse de les citer en faisant de leur cause une priorité lorsqu’il dirigera le G20. Malheureusement, ils resteront sur la faim sur les moyens d’y parvenir et les méthodes à employer. Paroles, paroles, paroles ?
Sinon quelques idées qui sont loin d’être inintéressantes : la responsabilisation pénale des parents pour les délits des délinquants des 12-13 ans qui font leurs forfait tard dans la nuit (sujet polémique mais qui existe et qui pose la nécessaire question de la responsabilité des parents quant à l’éducation de leurs enfants, n’en déplaisent à certains qui n’habitent pas de toute évidence près les zones de non-droit), la prise en compte des exclus du Conseil de Sécurité de l’ONU à savoir l’Amérique latine, l’Afrique et l’Inde bientôt pays le plus peuplé du Monde, qui ont le droit de pouvoir s’exprimer et influer sur un Monde qu’ils peuplent en part conséquente. L’obligation pour les 16-18 ans, sortis du système scolaire d’avoir soit une formation, soit un travail. Enfin la création des établissements à encadrement renforcé pour ceux que « personne ne veut », parce qu’ils empêchent les autres de travailler. Une vingtaine pour la rentrée 2010 dont 3 en Seine Saint-Denis. A suivre…
Finalement l’entretien était surtout attendu à propos des « affaires » : les Français ont dû rester sur leur faim à l’heure du dîner, d’autant que le sujet fut abordé dès les premières minutes. Le reste n’apporta rien de révolutionnaire ni de profondément révoltant. Tout juste les contours d’une politique dont on ne veut pas dans sa grande globalité. Ce n’est déjà pas si mal. Notre combat des valeurs n’est pas vain et est plus que jamais d'actualité.