Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
24 heures après l’annonce choc de Jean Sarkozy de retirer sa candidature à la Présidence de l’EPAD, les commentaires n’en finissent plus, les journalistes, experts (soi disant) ou autres observateurs s’envoient les arguments sans vergogne sur le talent ou pas de Jean Sarkozy.
Vain débat. Mais tentons d’éclairer humblement la chose.
Jean Sarkozy a-t-il réussi son coup médiatique ?
Assurément. Le fait d’avoir surpris tout le monde, au 20 heures, en y étant d’un point de vue rhétorique irréprochable voire brillant (nous y reviendrons), ce qui suffit à convaincre ou envouter 80% des spectateurs si ce n’est plus, est un coup de maître. D’une part, il a fait croire à son courage. D’autre part, il se positionne pour l’avenir comme un débatteur hors…Père ! C’est le moins que l’on puisse dire. Quoi qu’il en soit, le débat déchaîne les passions, avec les pro et les anti, ce qui en terme de communication était la meilleure chose qui pût lui arriver (rappelez-vous la campagne présidentielles), le pire étant l’indifférence générale.
Jean Sarkozy a-t-il du talent ?
La polémique enfle là-dessus. Inutilement. Car au fond tout le monde est d’accord mais il y a ceux qui sont de mauvaise foi et ceux qui confondent communiquant et politique. S’il est question de rhétorique, indéniablement, il est talentueux. Pour un jeune homme de 23 ans, incapable d’enchaîner sa deuxième année de droit, il maîtrise le langage… du père. Tout y passe : les questions rhétoriques, les insupportables « Monsieur x ou y » quand il s’adresse aux journalistes, et surtout un art des figures de style, qui enfoncent les portes ouvertes et qui me font saigner les oreilles en tant que prof de lettres, mais qui incontestablement séduit le Français lambda. Un exemple avec l’antonomase, d’autant plus belle qu’elle superpose deux mots de la même famille :
On pourra toujours dire qu’il a été surentraîné, qu’il n’a nullement la spontanéité des formules qu’il emploie : il sait les apprendre, les assimiler et donner l’illusion, non pour l’intelligentsia ou encore les spécialistes en communication politique mais pour le Français moyen qu’elles sont naturelles. Cela est bien suffisant. Dont acte : l’homme a du talent dès lors qu’on le juge sur la maîtrise du langage. Ce qui n’est pas le cas de tous, comme le montre piètrement Brice Hortefeux qui s’essaie à l’anacoluthe dès plus maladroite dans A vous de juger :
Rappelons pour le profane que « Si c’est Obélix que vous pensez » est impropre. Il faut dire « Si c’est Obélix à qui vous pensez… »
Pour autant l’argument des membres de la majorité c’est de généraliser cette notion du talent et de prétendre que Jean Sarkozy a montré qu’il avait du talent… et qu’il était donc légitime pour briguer un poste de Président de l’EPAD. Doit-on rappeler que présider l’EPAD nécessite des connaissances, de l’expérience et des savoir-faire en termes d’immobilier, de finances et de macro-économie ? Est-il nécessaire de rappeler que l’aîné du président n’a validé qu’une malheureuse année en Droit à 23 ans ? Avoir du talent en rhétorique, ce n’est pas avoir du talent dans le domaine du management, de l’immobilier et de la macro-économie. C’est comme si vous aviez un pâtissier brillant vous proposait chaque jour les plus succulentes tartes que vous n’ayez jamais goûtées, et qu’au nom de son « talent » vous lui proposiez le poste de Directeur de la SNCF. Avoir du talent est une formule bâtarde dès lors qu’elle tend à l’universel. Avoir du talent c’est dans un ou plusieurs domaines. Guère plus. Et il est édifiant que les journalistes ne relevassent jamais ce fait devant le défilé d’invités au bal des faux-culs, prêts à vendre leurs valeurs et leurs principes pour défendre l’indéfendable (moi aussi je maîtrise l’antonomase… je devrais postuler à l’EPAD, n’est-il pas ?)
Toujours est-il que malgré tout le talent qu’il possède Jean Sarkozy devra méditer sur Oedipe. Au moins pour la première partie de son parcours. Car il devra être politicien hors père au sens propre pour se faire un nom. Tuer le père et vaincre le Sphinx et son énigme redoutable pour vaincre la malédiction :
Enfant, j’ai été fils de.
Jeune adulte, je suis fils de.
Adulte mature, serais-je fils de ?
Telle est la question. Nous veillerons en tous cas à ce que le népotisme ne biaise pas la question. Mais rassurons-nous : notre mobilisation ne fut pas vaine. Et j’ai l’intime conviction aujourd’hui que nous avons montré que notre Démocratie n’était pas complètement morte.