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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 19:11

C’est fait. L’impensable est arrivé. Il y a six ans, Philippe Val avait été menacé à mort en pleine affaire des caricatures. Le 2 novembre 2011, alors que Charlie Hebdo faisait de Mahomet le rédacteur en chef de son numéro sous le titre "100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire", les locaux de l’hebdomadaire ont été incendiés, en pleine nuit, lâcheté oblige, par un cocktail molotov.

 

 Charb, directeur de la redaction devant les locaux détruits de Charlie Hebdo le 2 novembre 2011 - URMAN LIONEL/SIPA

Charb, directeur de la rédaction, devant les locaux détruits de Charlie Hebdo le 2 novembre 2011 (URMAN LIONEL/SIPA).

 

Charlie Hebdo vient de vivre son 11-Septembre.

 

Aujourd’hui, nous sommes tous Charlie Hebdo, pour plagier l’édito de Jean-Marie Colombanidans le Monde du 13 septembre 2001.

 

Charlie Hebdo a été touché en son ventre, là où il concevait ses dessins, là où il travaillait, là où il ne peut plus, temporairement, plus procréer.

 

Il n’est pas question ici de faire le procès qui viendra en son temps, même si on peut légitimement imaginer qu’il y a incontestablement un lien, un vrai lien, entre le numéro que Charlie Hebdo allait sortir, et l’attaque dont il a été la victime.

 

Mais il convient de se pencher sur les réactions. Non pas celles des officiels : politiques et grands pontifes religieux vont parler de concert pour condamner l’acte. Mais de celles des citoyens. Pour que les amalgames parmi les plus odieux soient corrigés. Au plus vite.

 

S’il s’agit bien de fous de Dieu qui ont lancé la bombe sur Charlie Hebdo… alors, il faut appeler un chat un chat : ce sont des intégristes qui ont agi. Des fous. Des énergumènes dangereux. Des criminels. Et la religion n’a rien à voir là-dedans. Prétendre que ce sont des musulmans qui ont agi, c’est être raciste et mettre tous ceux qui croient en Allah dans le même sac. Or, comme dans toutes les religions, il y a deux types de population : ceux qui croient, et ceux qui utilisent la croyance.

 

Alors il faudrait en revanche mettre dans le même sac, tous les fous de Dieu. Ceux qui sévissent au théâtre de la ville tout comme ceux qui lancent des bombes sur Charlie. Car, quand on retrouve dans les cortèges des intégristes chrétiens des couteaux, on est en droit de croire que la violence est dans tous les intégrismes. Quels qu’ils soient. Et on aurait aimé que Madame Boutin qui a condamné ce matin l’attaque contre Charlie en fasse autant la semaine dernière dans l’affaire du théâtre de la Ville. Et à la bigote qui radote d’éviter de mettre sur le même plan le piratage du site de l’église catholique et la bombe de la nuit dernière…

 

Alors il faut rappeler que Charlie Hebdo n’a pas fait de provocations envers l’islam, comme on peut le lire. Charlie Hebdo, comme il l’avait fait en 2006, n’a jamais insulté les musulmans. Il a raillé les intégristes. En 2006, le chapô ne laissait aucun doute : "Mahomet débordé par les intégristes". Les "cons" n’étaient donc pas les musulmans mais bien les intégristes.

 

Charlie Hebdo - affaire caricatures

 

Idem pour l’édition du jour : ce sont bien ceux qui veulent aveuglément faire appliquer la charia qui sont grimés : "Quel intérêt aurait un parti religieux à prendre le pouvoir pour ne pas appliquer ses idées ?", s’étonnait ainsi Mahomet, parlant par la force de la prosopopéeQuand on dit que Charlie Hebdo se moque de l’islam on fait un contresens au mieux. On ment au pire. Et, le président du Conseil régional du culte musulman d'Ile de France, Hassan Moussaoui, qui a déclaré sur i-Télé : "Nous condamnons cet acte d'incendie mais nous condamnons aussi l'acte de Charlie Hebdo. Nous condamnons la publication de ces caricatures, l’humour a des limites, la liberté d’expression a des limites" porte une lourde responsabilité : Charlie n'a pas caricaturé l'islam mais l'islamisme et Monsieur Moussaoui devrait veiller à ne pas lui-même confondre les deux...

 

Alors il faudra aussi veiller à toute la propagande qui va découler de l’affaire. Comme ceux qui vont en profiter pour distiller au-delà de la condamnation, que la provocation contre les religions a un prix et qu’il faut tout de même un peu de mesure quand on parle de la matière religieuse. Alors que le blasphème n’est plus condamné par la loi depuis la Révolution française ! La République offre un moyen simple d’exprimer son désaccord quand on s’estime insulté : la liberté d’expression. Et non la censure comme au théâtre de la ville ou la volonté de se faire justice soi-même en lançant des bombes. Et on ne le répétera jamais assez : "les caricaturistes ne luttent pas à armes égales avec les intégristes : leur ire peut se gommer. Pas les destructions et les crimes" écrivais-je hier soir

 

Enfin et toujours veiller à faire taire ceux qui, comme certains l’avaient déjà fait en 2006, faire croire que Charlie Hebdo fait tout cela pour faire… gonfler les chiffres de ses ventes comme l’explique, avec sérieux Cam Gus dans les commentaires de mon article ce matin : "Les ventes de Charlie Hebdo avaient étés multipliées par 5 lors de la précédente affaire de "Caricature de Mahomet" il faut savoir que Charlie Hebdo traverse une grosse crise financière en ce moment. Alors faute de talent ces dirigeants ont inventés ce faux fait divers pour booster leurs ventes... Affligeant ! Mais c'est un scoop ...!"  Mieux vaut-il en rire ?

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 21:01

009d - BoutinD’aucuns pensaient, Christine Boutin, que vous aviez changé. Que vous n'étiez plus l'illuminée qui brandissait la Bible dans l’Assemblée Nationale, en griffant de son chapelet la laïcité dans le ventre même de la République. À l’époque, enfiévrée à l’idée que la République puisse faire appliquer un de ses trois piliers, à savoir l’égalité, au bénéfice de ceux qui, deux décennies auparavant étaient encore considérés comme des malades mentaux, relents bibliques de Sodome et Gomorrhe, vous aviez montré que vous n'étiez pas tout à fait la sainte vierge, mais davantage un Léviathan…

Puis vous vous calmâtes, presque rentrée dans l’anonymat. Presque. Votre passage au ministère du Logement et de la ville fut surtout marqué par une collocation mal vécue avec Fadela Amara… la prospérité n'en retiendra peut-être pas autant...

 Vous aviez même réussi à faire pleurer les chaumières en acceptant de travailler bénévolement après une violente polémique ou encore après vous être plainte du traitement que l'on vous réserva pour vous limoger sans égards...

 

Pour autant, vous priiez en silence, car, sous le voile, vous n'avez jamais cessé de penser à Lui. Lui qui est aux cieux. Au point de vous entourer d’un cabinet très catholique à en croire Le Monde. Mais pas de quoi nous émouvoir comme au temps du PACS… Vous aviez même refusé l’honneur d’être ambassadrice du Vatican, parce qu’à vous entendre, vous en aviez ras-le-bol d’être la catho de service… confession relevée dans un livre au titre qui revendiquait le droit de changer : "Je ne suis pas celle que vous croyez"…

Ah oui ?

Et pourtant, n’est-ce pas vous, Christine Boutin que l’on a vue camper sur des positions réactionnaires, condamnant tour à tour l’IVG et le mariage homosexuel, au prix d’un cinglant "pauvre garçon" dans une émission satirique à une heure de grande écoute ce lundi ?

 

 

N’est-ce pas vous que l’on entend évoquer les mêmes arguments que ceux que l’on entend à la Marche pour la Vie (vous ne saurez jamais s'il serait devenu le futur Einstein...), marche que vous avez inspiré avec votre appel en 1995 de l’Union pour la vie ? Des manifestations où l’on encense un professeur qui diffuse des tracts pro-vie en des films montrant des fœtus ensanglantés en cours, comme on le vit dans le reportage, Les petits soldats contre l'avortement, et où l’on ne laisse pas le choix, puisqu'on demande l’abrogation d’une loi qui le laisse lui aux femmes !

N’est-ce pas vous qui publiez sur votre blog, et dans le cadre de votre campagne présidentielle ces incroyables propagandes qui font croire que l’Education Nationale ferait un quelconque prosélytisme pour les Gender Théories, quand elle tente juste de montrer ce qu’est réellement la vie et non l’existence fantasmée dans le Jardin d’Eden ? "Tu seras une femme mon fils", dites-vous en parodiant Kipling.

 

009e - BoutinJe vous accuse Madame, de vous faire le porte-parole des chrétiens intégristes.

Je vous accuse Madame de continuer le combat que vous avez commencé en brandissant une Bible dans l’Assemblée.

Je vous accuse Madame, en tant qu’élue, de ne pas  respecter les piliers de la République que sont la liberté et l’égalité.

Et que dire de votre respect de la fraternité quand vos semblables ne sont pas les citoyens mais seulement ceux qui partagent vos idéaux ?

Et bien évidemment, je vous accuse, Madame, d'être le pire défenseur de la laïcité en France.Au point d'en être un des fossoyeurs les plus actifs à voir votre action politique gangrenée de la sorte.

 Dans le Nouvel Observateurde Novembre 1998, vous affirmiez "je suis d’abord catholique avant d’être élue". Et vous prétendiez avoir changé ?


Non, madame, vous n’avez pas changé. Et il est inconcevable que vous puissiez, avec pareil passeport, prétendre représenter l’ensemble des Français. L’élection présidentielle n’est pas pour vous. Et coupables seront ceux qui vous accorderont leur signature de soutiens. Car il n’est plus question de liberté d’expression. Mais de séparation des pouvoirs (spirituel ici), d'éthique et finalement de morale, une question qui vous est pourtant si chère.


Publié dans Le Plus Nouvel Obs, le 13 septembre 2011

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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 20:29

00001La laïcité est devenue, on le sait, le nouveau cheval de bataille du Front national. En tous cas dans les discours. Car dans les faits, on le sait en auscultant au plus près les positions et autres déclarations des cadres de ce parti : c’est avant tout une croisade contre l’islam qu’il engage.

Les preuves s’accumulent. Mais il est toujours plus savoureux d’en sortir une de derrière les fagots, bien terrée.

Mercredi 17 août, Stéphane Ravier, Membre du Bureau Politique du FN, Conseiller régional de PACA, a pris la plume pour discréditer l’ancienne candidate PS à l’élection présidentielle, toujours en lice pour les primaires, Ségolène Royal, sous le titre péremptoire "Ségolène Royal, candidate à la Présidence de la République communautaire de France".

 

Mais que lui reproche-t-il au juste ?

 

"Ségolène Royal s’est d’ores et déjà discréditée auprès des fils et filles de la République et enfants de la Bonne Mère, après s’être rendue dans les quartiers nord de Marseille dans le but exclusif de rompre le jeûne du Ramadan avec les associations musulmanes". Et Monsieur Ravier d’en déduire : "Ségolène Royal sort du cadre politique et donc laïc qui est le sien pour se joindre à la pratique partielle mais publique de l’un des cinq piliers de l’Islam".

 

Sa condamnation tombe sans coup férir : "Ségolène Royal foule ainsi aux pieds le principe constitutionnel de laïcité en adoptant une attitude communautariste à la fois irresponsable et dangereuse !"

 

Mais en quoi le fait de se rendre auprès d’une communauté musulmane pour parler notamment des enjeux de la présidentielle et certainement de ses rapports avec la laïcité devrait-il être une entrave au principe de la laïcité sous la fallacieux prétexte que la présidente de la Région du Poitou-Charentes a décidé de profiter du moment de la rupture du jeune pour ce faire ? En quoi est-elle à ce moment-là en contradiction avec la laïcité ? Cette dernière empêche-t-elle tout lien avec le religieux ? Ou empêche-t-elle tout simplement l’influence que l’une, la sphère publique, pourrait avoir sur l’autre notamment financière ? Partager un repas fût-il la rupture du jeûne, et fussiez-vous une élue du peuple, vous amènerait-il à mélanger les genres ?

 

FN05 - ClocloL’anecdote est d’autant plus savoureuse que Stéphane Ravier ne fut pas aussi regardant le 15 août 2010 quand il encourageait tous les Français à fêter l’assomption, en titrant… "Fièrement Français" : "En cette sombre période de repentance obligatoire, de dénigrement de notre Histoire, d’encouragement au communautarisme source de racisme anti-français, de rejet de notre identité nationale, de négation de nos racines chrétiennes au profit d’un islamisme conquérant conséquence d’une immigration massive […] Stéphane Ravier […] souhaite à tous les patriotes, à tous les nationaux, à tous les catholiques, à toutes celles et ceux qui ont la France au cœur et aux tripes, un 15 août de fierté nationale !"

Et l’élu du sud de conclure : "Que cette journée, symbole de Grandeur et de Spiritualité, soit une journée de fête et de joies pour tous nos compatriotes attachés à leur culture, à leurs traditions, à leur identité, à leur fierté d’être Français !"

On le voit, la fierté d’être Français c’est donc de fêter un rite catholique. Le catholicisme est donc, selon Monsieur Ravier, la culture française, sa tradition, son identité… Et cette fois-ci, il n'est nulle question de s'offusquer qu'un élu y prenne part.

 

On le voit, le combat pour la laïcité débute là où commence l’islam.


En choisissant la laïcité comme cheval de combat, le FN se croyait bien armé. Las, en guise de destrier, il n’a enfourché qu’un cheval de Troie…

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 09:31

LAIQUE4Comme un symbole. En mars dernier, le "débat sur l’islam" embrase la France et brise l’union sacrée de la Droite symbolisée par la brouille surmédiatisée entre le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé et le Premier ministre François Fillon. Au prix de tergiversations et de contorsions rocambolesques le débat est finalement maintenu et rebaptisé "Débat sur la laïcité".


Comme si en France, laïcité rimait avec islam. Marine Le Pen en a fait une spécialité pour son parti, considérant que sa nouvelle croisade pour la laïcité commençait là où s’arrêtait l’islam en France. Peu lui importe si l’Église catholique ébrèche ici ou là, les fondements de la laïcité. Au nom de l’héritage, le FN fait de la France "la fille aînée de l’Église" et place la Nation, engendrée par le baptême de Clovis, devant la République née de la Révolution française. Pour autant, au-delà de cette vision caricaturale et partiale de l’Histoire de France, certains regards portés sur l’islam, et surtout exclusivement sur l’islam, peuvent laisser croire qu’il existe en France deux poids, deux mesures. Et l’un des symboles de cette part sombre de la laïcité à la Française reste évidemment l’école.

 

LAIQUE3Car s’il existe un endroit qui est le symbole républicain de la laïcité, c’est bien l’école. Ici, la neutralité vaut pour tous, pour les élèves, comme pour le personnel enseignant. Ce n’est pas un hasard si le débat sur le voile islamique démarra dans un établissement scolaire, à Creil en 1989, quand trois jeunes filles collégiennes sont exclues de cours parce qu’elles refusent de retirer leur voile.  A l’époque Lionel Jospin tergiverse, réaffirmant l’autorité de la laïcité avant de reculer. C’est finalement le Conseil d’État qui rend alors un invraisemblable verdict en novembre 1989, en déclarant que le port du voile islamique, en tant qu’expression religieuse, dans un établissement scolaire public est compatible avec la laïcité ! Il ordonne alors la réintégration des fillettes. L’affaire fera jurisprudence et créera un climat délétère sur la question.

 

Depuis on a l’impression que toute conversation sur la laïcité porte nécessairement sur le voile, occultant (volontairement ?) que les cas ne font pas légion, ou pour le moins sont loin d’être majoritaires dans les établissements. Oubliant aussi qu’à chaque crise engendrée, la situation est revenue à la normale dès lors que l’État s’est montré ferme et résolu dans sa décision (contrairement à 1989 donc, mais conformément à 1994, où une simple circulaire avait suffi, ou encore en 2004 qui aboutit à la loi sur les signes ostentatoires à l’école). Pourtant, la laïcité ne se résume pas à un problème d’intégration de l’islam dans la société française, comme veulent bien nous le faire croire les exégètes du Rapport du HCI (Haut Conseil à l'intégration), quand le rapport Obin, lui, parlait déjà en 2004, des atteintes portées par certains zélés catholiques, évangélistes ou encore juifs. Sept ans plus tard, les faits confirment les faits constatés alors.

 

LAIQUE5Cette année, ce ne sont pas les élèves qui se sont particulièrement singularisés pour leur manquement à la laïcité mais davantage les enseignants. Au-delà de l’affaire de Manosque, qui vit un enseignant d’Histoire-Géographie diffuser un film Pro-Vie à des élèves, distribuer des tracts contestant la loi Veil ou répondre que les actes résultant d’un viol étaient rarement féconds, et que celles qui le prétendaient pour justifier leur grossesse devaient avoir pris du plaisir (voir le Spécial Investigation du lundi 11 avril 2011, intitulé Des petits soldats contre l’avortement),  deux cas de correcteurs sont venus épicer les débats.

C’est tout d’abord une religieuse en uniforme, un crucifix pendillant à son cou, qui s’est présentée au lycée Carnot à Paris pour corriger l’épreuve de philosophie. Imitée quelques jours plus tard, par une autre religieuse, dans le même accoutrement pour corriger le brevet à Jaunay-Clan, dans la Vienne (86). Et le plus étonnant, c’est que dans les deux cas, les deux religieuses ont pu commencer la correction sans que les chefs d’établissements en charge des corrections n’y vissent quelque chose à redire. Ce sont des collègues qui en ont appelé à leur jugement, choqués de voir enfreinte la loi de 2004 relative à la neutralité des fonctionnaires enseignants et qui stipule que "Les agents contribuant au service public de l’éducation, quels que soient leur fonction et leur statut, sont soumis à un strict devoir de neutralité qui leur interdit le port de tout signe d’appartenance religieuse, même discret."

 

LAIQUE1Ces deux affaires n’interviennent pas dans un climat sain, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est parce que l’Etat se veut intransigeant avec l’islam que ces entorses prennent toute leur ampleur. Entre le débat qui de laïcité ne retint que ses griefs contre une certaine pratique de l’islam, ou encore les deux circulaires que prépare le Ministère de l’Intérieur, dont l’une rappelle que les cantines scolaires n’ont pas à s’adapter aux régimes alimentaires imposés par une religion, on voit bien qui est dans le collimateur.

Pourtant, si l’État veut bien mettre en exergue certaines pressions exercées par des musulmans non laïques et littéralistes qui voudraient voir la restauration scolaire proposer du halal sous le prétexte qu’elle sert du poisson le vendredi (alors que l’achat du poisson ne finance aucun culte, lui, contrairement à l’alimentation halal), il semble oublier qu’il cède volontiers à d’autres pressions religieuses, comme le calendrier juif. Une première affaire avait déjà mis dans l’embarras Valérie Pecresse cette année. Et voilà que Monsieur Guéant annonce en plein diner du Crif à Marseille, il y a quinze jours qu’il lui apparaissait "opportun que les fêtes juives de Pessah puissent être prises en compte dans le fonctionnement des administrations et des services publics" avant d’en conclure qu’il "conviendrait notamment de veiller à ce que les examens et concours de la République ne se déroulent pas durant cette période".

LAIQUE6Pourquoi l’Etat concèderait-il des arrangements avec le calendrier juif, quand il n’en fait pas autant avec le calendrier musulman ? C’est ce qu’en substance demandeun internaute, cité par Libération : "Le gouvernement fera-t-il un accueil aussi ouvert aux demandes d’éventuels musulmans très pratiquants d’adapter les horaires du bac en 2014 et 2015 [lorsque le jeûne tombera en juin, ndlr] pour qu’ils n’aient pas à enchaîner deux épreuves le ventre vide ?". La question mérite d’autant plus une réponse que jamais cet arrangement ne s’est vu en France concernant le ramadan.

 

Mais les questions de calendriers ou de corrections ne sont pas les seules affaires qui secouent la laïcité à la française dans l’école républicaine. Et ce, sans que l’islam n’y soit pour quoi que ce soit. Le 28 juin dernier, Rue89 évoquait le cas de la ville de Beaupréau, dans le Maine et Loire et de ses alentours qui offrent un monopole à l’école privée catholique depuis le collège jusqu’au lycée, à moins de faire au moins 11 km pour parvenir à s’inscrire dans une école publique. Ce sont encore deux élus du Front de gauche qui dans Marianne2 s’offusquent que la Ville de Paris finance "au-delà des obligations légales les lycées privés confessionnels d’Ile-de-France au nom du pseudo  principe d’égalité entre communautés scolaires", au profit notamment de crèches loubavitch…

 

LAIQUE7Viennent enfin les contestations des programmes. Si certains veulent tout particulièrement mettre en lumière les débordements de certains musulmans à la pratique zélée qui refusent les cours d’EPS à la piscine ou encore qui contestent l’étude de tout ce qui touche au christianisme en Histoire (alors que les mêmes programmes étudient l’islam, notamment en 6ème, sans que cela ne leur pose le moindre problème…), il ne faudrait pas oublier que les autres religions ne sont pas en reste, dès lors que cela touche, elles aussi, leurs franges les plus intégristes. Aujourd’hui, ce sont les programmes en matière de prévention et la sexualité qui sont visés, comme le Pass contraception que certains chefs d’établissement catholiques refusent de distribuer.

De la même manière, la théorie du Genre (Gender), intégrée au programme de SVT en 1ère, est au cœur de la polémique. Certains n’y vont pas par quatre chemins, comme Thibaud Collin, professeur de philosophie dans un établissement catholique, et co-auteur en son temps du livre de Nicolas Sarkozy La République, les Religions, l’Espérance, qui estime que "La prime à l'indifférenciation sexuelle promeut en fait l'homosexualité. Ces théories sont une tête de pont pour un changement radical de société !" Claude Berruer, secrétaire général adjoint de L’enseignement catholique en France, s'offusque même auprès des directeurs diocésains : "On est loin de l'anthropologie chrétienne" ! Encore heureux ! Depuis quand l’école de la République laïque  doit-elle suivre "l’anthropologie chrétienne" pour établir ses programmes ?

LAIQUE2Cela donne évidemment des ailes à toutes les associations satellites, qui n’en demandaient pas tant pour mettre la pression. A commencer par SOS éducation, qui n’en est pas à son coup d’essai dans la contestation des programmes, mais qui a, ici, l’occasion de justifier ses accointances avec les traditionalistes (on notera pèle-mêle sa polémique sur le Zizi sexuel ou encore ses prises de positions sur un sujet de SVT, encore elle, sur l’IVG, donné au bac…) en publiant sur son blog, brute (ce qui vaut donc, on le présume, adhésion puisqu’elle fait augure de post), une lettre d’un professeur indigné d’un thème abordé en Éducation civique en 5ème et intitulé : "I - Des êtres humains, une seule humanité (dont : Thème 2 : ‘ Les identités multiples de la personne’". Et l’enseignant de conclure : "Si ça ne s’appelle pas une porte ouverte au Gender, je me demande ce que c’est…". Il faut dire qu’auparavant, il s'était déjà offusqué qu'en Histoire, l'étude des empires asiatiques s'était substituée au baptême de Clovis...

 

Mais de toute cela, l’on n’entend presque rien ou presque. On préfère s’offusquer des affaires de voile ou des demandes de halal dans les restaurations scolaires et taire tous ces autres manquements à la laïcité qui sont du fait d’autres sujets intégristes ou littéralistes mais d’une confession autre que l’islam. Au point de croire que la laïcité à l’école de la République fonctionne à deux vitesses. Avec un sentiment de stigmatisation légitime pour les musulmans.

 

Pour autant, il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse. Et prétendre que les demandes de dispense pour la piscine ou encore que le refus d’entrer dans une cathédrale (dans une perspective culturelle) serait légitime aussi. Toutes les atteintes à la laïcité doivent êtres combattues. Une par une. Il n’est pas question d’en faire une hiérarchie. Elles sont toutes condamnables. Toutes autant qu’elles sont. L’État ne doit jamais céder de quelque manière que ce soit et se montrer ferme dans ses décisions. Mais aussi sage dans son application, en prônant avant tout le dialogue et la pédagogie. Et ce n’est certainement pas en montrant du doigt une religion plutôt qu’une autre que l’on donnera ses lettres de noblesse à la laïcité.

 

Publié par Yves Delahaie, sur Le Plus – Nouvel Obs le 19 juillet 2011.

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 19:03

bayrouCe n’est pas toujours facile d’être chrétien, catholique, pratiquant tout en étant un des défenseurs les plus acharnés de la laïcité. Pourtant, François Bayrou se revendique autant de l’un que de l’autre. Incompatible railleront certains et il en sera en 2012 comme il en fut en 2007 ou encore en 2009 lors des Européennes. Seulement si la laïcité se mesurait à l’aune de sa non croyance, voire de son athéisme, nul doute que certains de nos femmes et hommes politiques en seraient le meilleur garant. Las, ce n’est pas à cela que l’on reconnait les plus fervents défenseurs de la loi de la séparation de l’église et de l’état. Il suffit de voir notre Président de la République, qui n’a rien d’une grenouille de bénitier et qui n’a pas hésité à faire l’étalage dans un livre d’une nocivité sans nom La République, les Religions, l’espérance des avantages de la laïcité ouverte (quand l’adjectif "laïque" doit être un adjectif relationnel et non avec épithète comme le suggère également Jean Baubérot), qui n’ pas hésité à se déclarer en 2003 pour un financement des lieux de culte afin de mieux « contrôler » l’Islam de France et qui n’a pas hésité surtout à faire allégeance au Pape l’été dernier comme pour expier ses fautes dans l’affaire des Roms. Non, véritablement, non, ce n’est pas à sa mécréance que l’on peut jauger votre laïcité.

Pour François Bayrou, il en va de la foi comme de la laïcité : les racines sont profondes, les intentions sont sincères, mais la pratique peut parfois laisser planer quelques doutes. Et ce sont dans ces brèches que ses détracteurs préfèrent entrer en y mettant une lumière ostentatoire, oubliant qu’au-delà du lièvre débusqué, la tanière est pourtant irréprochable dans ses moindres recoins.

Car s’il est un homme qui insiste, sans coup férir, sur les bienfaits de la laïcité, c’est bien le député béarnais. Chacun de ses livres y consacre un ou plusieurs chapitre (s). Avec à chaque fois, une position sans ambigüité. D’autant plus limpide qu’il n’a guère recours à des nègres pour les écrire, une rareté dans le monde politique.

« La France est laïque. Ce n’est pas seulement un choix politique, c’est devenu notre caractère national. Je le dis d’autant plus que je suis croyant, et même pratiquant comme on dit. En même temps, du même mouvement, je suis défenseur et je serai protecteur absolu de la laïcité. La laïcité, c’est ce qui permet aux croyants de différentes religions, de différentes confessions, aux incroyants et aux agnostiques de vivre ensemble sans que nul n’ait la tentation d’imposer aux autres la loi de sa communauté. La Laïcité, c’est ce qui sépare la foi de la loi. », dit-il dans Projet d’Espoir.


Bayrou1A Nicolas Sarkozy qui voulait modifier la loi de 1905, François Bayrou répondait avec fermeté un NON définitif dès 2007, dans Confidences : « Il y a plein de communes qui financent la construction de mosquées. Vous faites un bail emphytéotique, comme on dit, de 99 ans, et puis la question est réglée. C’est permis par la loi, mais l’idée que l’Etat se mêle par exemple de payer les imams est une idée que je ne trouve pas laïque ».

Et c’est d’ailleurs dans l’adversité et la condamnation que souvent François Bayrou trouve de la hauteur, morale et civique, comme ce fameux soir, où plus que tout autre présent sur le plateau, il avait clairement démasqué les mensonges des prophètes du Président, l’un niant par ignorance, l’autre par tartufferie :

 

 

 

 

Même Jean-Luc Mélenchon, pourtant avare en compliments, et qui n’est pas du genre à se laisser impressionner sur la question de la laïcité, comme le montre avec brio sa démonstration de force face à Marine Le Pen, la nouvelle convertie de la sainte laïcité, sur le plateau de BFM le 14 février dernier, le confessa dans… Valeurs Actuelles le 11 décembre 2008 (cela ne s’invente pas) :

«  Le comportement de Bayrou évoque le PS des années 1980. Il a une vraie rigueur sur les questions importantes. Il peut gagner en 2012. C’est un littéraire, ça s’entend à l’oreille, ce n’est pas une de ces têtes d’oeufs technocrates qui encombrent le devant de la scène. Sur la laïcité, il a su trouver les mots justes. Mais il était crédible parce qu’il a eu le même comportement à l’égard du dalaï-lama que du pape. Les socialistes étaient aphones une fois de plus. (…) Mes chers camarades ont préféré faire les clowns à Nantes avec des écharpes autour du cou aux causeries religieuses du dalaï-lama. »

 

Bayrou2Alors irréprochable François Bayrou sur la laïcité ? Certains de ses détracteurs le contestent et ne cessent de pointer un décalage entre des prises de position régaliennes et moralement inattaquables et des pratiques plus diffuses. Il faut bien avouer que certaines de ses décisions passées l’ont rendu suspect aux yeux de certains.

Et au premier rang d’entre elle, la fameuse réforme de la Loi Falloux, qu’il soumet à l’hémicycle en 1993 concernant le financement des établissements privés.  Son projet propose de permettre aux collectivités locales de financer sans restriction la construction et l'entretien des établissements d'enseignement privé. Pour lui, il n’y avait pas entrave à la laïcité car il considérait que l’on ne devait pas faire de différence entre un élève du public et un élève du privé. En cause la vétusté de certaines infrastructures du privé , qui, faute de financement, menaçaient de s’écrouler et de blesser des élèves et des enseignants. Il payera ce qu’il confessera être une erreur au prix cher : un million de personnes défileront dans la rue pour y défendre, selon eux, les principes de la laïcité.


Puis arriva 2004. Cela faisait déjà bien longtemps que le Président de l’UDF d’alors avait rompu les ponts avec la Droite traditionnelle en général et la politique chiraquienne en particulier. La raison de son ire ? La volonté du Président de la République d’édifier un grand parti unique, l’UMP, alors même qu’il avait élu avec davantage de voix de gauche le 5 mai 2002. Bayrou y voit la volonté d’instaurer un système bipartite à l’américaine, quand lui estime que la France et surtout la voix des Français est plurielle : « En France, les partis majoritaires ne sont pas majoritaires (…). Les partis majoritaires sont minoritaires. Au mieux, ils sont à trente, au plus bas ils sont à seize. Et ce sont ceux-là qui trustent, qui monopolisent la représentation. Ce n’est pas juste et ça empêche que les Français aient confiance dans le débat », confesse-t-il à l’équipe du PoliTIC’Show le 21 octobre 2006. Est-ce la raison pour laquelle il s’abstient de voter la loi contre le port de signes ostentatoire à l’école voulue par Chirac alors qu’il s’était montré contre le port du voile dans les établissements scolaires quand il était Ministre de l’Education ? Le Président du MoDem s’en défend auprès des Etudiants journalistes de Sciences-Po le 27 avril 2011, qui lui affirmaient qu’ils avaient du mal à le suivre  : « Je suis contre le port de signes religieux ostentatoires à l’école. La société française ne supporte pas que la règle religieuse soit supérieure à la règle civile. Mais cela selon moi, relevait non pas d’une loi, mais du règlement intérieur des établissements. » Il est vrai que la loi de 2004 ne faisait que renforcer la loi déjà existante dans le domaine. Et Bayrou se rappelle surement qu’en 1995, quand il était Ministre, une simple circulaire avait largement suffi.


Cela montre en tous cas, que même paré des meilleures intentions, François Bayrou est attendu au tournant. Sans doute parce qu’on le sait très martial sur la question et ses remontrances sonnent parfois comme des leçons de morale que les pourfendeurs de la laïcité ont dû mal à digérer. Surtout parce qu’on sait que la matière religieuse est une zone éminemment sensible chez ce catholique pratiquant, et que la moindre attaque sur la question le blesse plus que tout. Ad hominem.


Bayrou4Dominique Paillé s’en est parfaitement souvenu, lui qui fut son bras droit avant d’être irrésistiblement attiré par les Sirènes Sarkozyennes qui promettaient des maroquins si glorieux comparés aux traversées du désert promise au Béarnais. Dans son pamphlet, Les habits neufs des faux centristes, il promit en avril 2009, de déshabiller le troisième homme de la Présidentielle en le rhabillant pour l’hiver par la même occasion. Et d’attaquer froidement sur les croyances de son ancien ami : sur la réforme de la loi Falloux, il dégaine : « Il tenait là un sujet de combat idéologique, conforme à ses engagements chrétiens » avant de conclure « il ne m’a jamais pardonné ma laïcité militante ». Mais sa plus forte charge sur la foi de l’homme est inscrite dans un chapitre intitulé « Dieu sait tout, Bayrou est son prophète » quand il assène : « J’ai pu constater qu’au cours de cette période de retraite (…) il avait passé une très grande partie de son temps à la messe ou en méditation à Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, la paroisse dont dépend sa résidence parisienne ». Ou de rappeler qu’il passait « le plus clair de son temps rechercher l’éclairage divin pour arrêté position ». Il ajoute tout en nuance «  François Bayrou est une sorte d’autiste dont le seul interlocuteur dans les phases d’introversion est Dieu » avant de conclure : «  car c’est aussi un aspect à la fois sympathique et anxiogène du personnage : le dilettantisme. Persuadé que la Providence lui réserve un destin exceptionnel, il s’exonère à bon compte du travail et d’un investissement personnel indispensable à la réussite ». Rappelons que dans son livre qui connut un anonymat assez conforme à la qualité de l’écriture, il était question de rappeler ce qu’était le Centre… On le voit, les violences faites aux personnes ont bel et bien progressé sous l’ère Sarkozy.

Mais la plus lourde humiliation que subit sur la question de la foi François Bayrou, resta cette tribune sarcastique des plus violentes quand on sait la piété du personnage, faite par Daniel Cohn-Bendit à Toulouse en marge des Européennes :

 

 

 

La réaction, on le sait, fut sanguine avec en réponse la fameux clash de l’émission d’Arlette Chabot à quatre jours du scrutin. Preuve s’il en était de Cohn-Bendit savait là où il touchait (il avait d’ailleurs repris la confidence de Nicolas Domenach qui racontait cette fameuse théorie sur les candidatures à plusieurs chiffres de la Présidentielle).

Pour autant, Bayrou manque-t-il à la laïcité parce qu’il croit comme tentent de le distiller ceux qui veulent le voir trébucher ? Il ne nie en bloc et le rappelle avec clairvoyance dans Abus de Pouvoir :

« La vie a fait que je suis engagé pour défendre la laïcité et que je suis croyant. Et même ‘pratiquant’, comme on dit. C’est comme ça. C’est ma vie. Et je n’y vois aucun paradoxe, au contraire. Pour moi, c’est une seule et même logique de libération, d’émancipation, particulièrement lorsqu’on se reconnaît dans le christianisme, puisque le Sauveur a lui-même ouvert cette voie révolutionnaire : ‘Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu’. »

Bayrou l’a dit et répété : c’est parce qu’il est si croyant qu’il est si laïque, comme le côté pile et le côté face d’une même pièce. Se rappelant que sa foi en la laïcité lui garantit avant tout sa liberté de croire tout simplement.

Publié par Yves Delahaie, sur Le Plus – Nouvel Obs le 4 juillet 2011.

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 15:01

Serait-on entrer dans l’ère de tout religieux ? Cela relève-t-il du simple phénomène de mode ou va-t-on devoir durablement conjuguer la vie politique avec ? Toujours est-il que jamais sans doute depuis 1905 on n’avait entendu parler de laïcité. Débat, affaire Piss Christ, béatification de Jean-Paul II… Tout s’enchaîne et le religieux s’invite aux festivités d’un débat public qui n’avait guère besoin de cela pour s’animer. Face à cette agitation, certains se veulent les fervents défenseurs de la laïcité. Mais dans ce jeu de dupe, il n’est pas sûr que ceux qui en parlent le plus soient ceux qui la défendent la mieux.

 

Laique 1Prenez par exemple, Nicolas Sarkozy. C’est lui qui a imposé le débat sur la laïcité, qui s’avérait en réalité un débat sur l’islam. A propos des musulmans, son ami et Ministre de l’Intérieur est allé beaucoup plus loin, sans jamais n’avoir été repris par l’Elysée, ce qui laisse à penser qu’il exprimait tout haut ce que le Président pensait tout bas : « C'est vrai que l'accroissement du nombre des fidèles de cette religion, un certain nombre de comportements, posent problème » ou encore : « Les Français veulent que les nouveaux arrivés adoptent le mode de vie qui est le leur [et ne leur imposent pas] des pratiques qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale ». On se saurait être plus clair… et plus stigmatisant à l’égard d’une religion en particulier. Combien de fois sur les plateaux de télévision a-t-on entendu Copé et tous ses disciples affirmer que la seule religion qui posait problème (sous entendu vis-à-vis de la laïcité) était l’islam


Laique 6Pourtant la semaine dernière, l’on apprenait que Valérie Précresse avait envisagé la probabilité de faire bûcher des étudiants juifs après un confinement pendant la journée afin de respecter la pâque juive qui leur empêche toute activité quand il fait jour (en tous cas pour les plus orthodoxes d’entre eux…). Ce week-end, Frédéric Mitterrand condamnait les exactions d’intégristes chrétiens à Avignon qui détruisirent le Piss Christ, tout en reconnaissant que « l’une des deux oeuvres pouvait choquer certains publics » comme pour donner des circonstances atténuantes à cet acte. Pire, lundi soir sur Itélé, dans Elysée 2012, Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly, fief sarkozien, n’a pas hésité à aller plus loin dans son commentaire en ne condamnant nullement la destruction de l’œuvre mais en s’apaisant longuement et en direct (donc sans montage) sur le blasphème que représentait cette œuvre, lui qui fut présenté au début de l’émission comme un catholique pratiquant : « Attention à ne pas faire porter par l’art des sujets qui ne sont pas forcément les siens et attention aussi au respect des religions. On sort d’un débat, d’un drôle de débat sur l’identité nationale, sur les racines de la France, sur nos racines, sur ce qui fait finalement notre culture , notre histoire,  ces substrat territorial extrêmement fort sur lequel on vit, et aujourd’hui, il y a des faits comme cela. Certes, c’est de l’art, mais en même temps, on blesse. Et on blesse beaucoup de gens. Et on n’a pas le droit de le faire gratuitement. On n’a pas le droit de le faire pour blesser. Et moi je suis très sensible à cela, parce que je crois que quand on a des convictions, on a aussi finalement besoin que  tout ce dont (sic) on croit soit respecté et là les images allaient vraiment très très loin loin. » On appréciera la syntaxe hasardeuse de la relative.


Cette saillie incontrôlée du catholique qu’il est et qui semble prendre le pas sur le laïque républicain qu’il est censé incarner en tant qu’élu du Peuple français n’est pas sans faire penser à la sortie catastrophique de Chirac lors de l’affaire de caricatures de Mahomet qui avait osé condamner  « les provocations manifestes susceptibles d'attiser dangereusement les passions ». Et le Président d’alors d’ajouter : «Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité. Si la liberté d'expression est un des fondements de la République, celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance et de respect de toutes les croyances ». Chirac ou comment celui-ci voulut rétablir l’interdiction du blasphème dans le Droit français. Ce ne fut pour autant pas une divine surprise quand on se souvient de la célébration des 1500 ans du baptême de Clovis, que Chirac organisa en grande pompe avec le Pape, le tout payé par les deniers publics, affirmant pour l’occasion qu’il était l’origine de la France, s’asseyant sur l’héritage républicain de la révolution française qui fit tant de mal à la religion chrétienne…


Laique 5Feu Jean-Paul II qui ressuscite dans ceux de l’actualité, mettant plus que jamais en exergue les petits arrangements avec la laïcité. Hier, le porte-parole du Gouvernement fit l’annonce du déplacement de François Fillon (en place de Nicolas Sarkozy) à Rome pour la béatification du défunt pape. Plus grave encore fut l’explication qui accompagna l’annonce : « la France est la fille aînée de l'Eglise. Il semble normal, même dans un Etat laïque, que l'Etat soit représenté à un événement aussi important, aussi essentiel et pour une personnalité qui aura autant marqué l'après-guerre dans le monde. » Rappelant une fois de plus (de trop ?) l’ « héritage chrétien » de la France, il trancha net : « ce n'est pas parce qu'on est attaché à la laïcité, qui est un acquis républicain exceptionnel et l'un des éléments de notre vivre-ensemble, que l'on doit oublier d'où nous venons. » « Fille aînée de l’ « Eglise », « d’où nous venons » ? Je croyais que notre République était née un 14 juillet 1789 du côté de la Bastille et que nos principes venaient d’un certain 26 août de la même année… Cette même déclaration qui dit à l’article III que « Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation », et non dans la Religion…

 


Laique 7Mais à tout Seigneur, tout honneur, les champions de la revendication de la préservation de la laïcité restent le Front National. Le meilleur pour la fin et on préfère toujours l’original à la copie. J’avais ici même montré sans difficulté la posture et même l’imposture de la laïcité à la Marine avec des positions récentes, quand il m’eut été plus simple de plonger dans l’Histoire du Front National qui est le parti le plus anti-laïque qui soit (ne serait-ce qu’en la présence de Bernard Anthony au Bureau Politique du FN jusqu’en 2006 et qui mit toute son énergie à faire en sorte que le parti de Jean-Marie Le Pen représente sa vision intégriste du catholicisme). Bruno Gollnisch est l’incarnation même de cette branche traditionaliste qui peuple les rangs du FN avec fidélité, prenant part à leur côté à la Marche pour la vie ou en se rendant régulièrement le Dimanche à Saint Nicolas du Chardonnet qui depuis plus de vingt ans est occupé illégalement par les disciples de Monseigneur Lefebvre, excommunié,  qui y dispensent une des lectures les plus littéralistes et les plus dures de l’extrémisme chrétien. Le candidat malheureux à la succession de Jean-Marie Le Pen y est allé de son chapelet pour évoquer ce week-end l’affaire Piss Christ :

« Je tiens à exprimer mon entier soutien à tous ceux qui protestent en Avignon, ville marquée par l’admirable héritage des chefs de la chrétienté, contre l’exposition qui y est faite d’une prétendue  œuvre d’art consistant en la photo d’un crucifix plongé dans l’urine de l’ artiste.
Qu’on ne vienne pas ici m’opposer la liberté d’expression (…) d’abord, parce que, si cette liberté existe, elle vaut aussi –et surtout– pour ceux qui expriment leur légitime dégoût.
 » (…) « Enfin, parce que cette ignominie n’est pas l’action d’un provocateur isolé ; elle est, du fait du financement public, IMPOSEE aux croyants qui sont aussi des contribuables, jusqu’à nouvel avis. L’exposition est accueillie dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle appartenant à la ville, subventionné également par la région et par l’Etat »

Puis plus poète que jamais le numéro 2 du FN, qui évoque par ailleurs  « l’auteur de cette saloperie » conclue : « Cette insulte a pour elle l’écume de pseudo-cultureux dont l’arrogance n’a d’égale que l’absence de talent. Y répondre est parfaitement légitime. »


Laique 2« Y répondre est parfaitement légitime » : on appréciera les velléités démocratiques du Front National. D’ailleurs sur son blog, il ajoute que les œuvres ont été « légèrement vandalisées » ! Un sens de l’euphémisme assez marqué chez le député européen ! On appréciera aussi la politique de l’arroseur arrosé qui reproche implicitement les manquements à la … laïcité, cette œuvre ayant été exposée dans un lieu financé par l’Etat… Le financement public qui finance les blasphèmes… une drôle de conception d’un manquement à la laïcité selon Monsieur Gollnisch qui ressemble en tous points à celle d’un de ces intégristes « courageux » puisque anonyme qui a publié sur Le Post un article du même acabit hier, venant faire la « lumière » sur le sous-entendu du Gollnisch (billet que j’ai eu le temps de copier-coller avant qu’il s’ait été censuré ; je garde à votre discrétion l’adresse de la page aujourd’hui disparue) :

« Dimanche, des chrétiens ont détruit la reproduction Piss Christ" à Avignon. Ces gens ont agi courageusement en application de l'article 35 de la déclaration des droits de l'homme et des citoyens de 1793  :

Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Mais de quel droit s'agit il ? Et bien de la laïcité, née de la loi de 1905 et de l'égalité entre citoyens. Cette photographie a été financée par le ministère de la culture, la région PACA et la ville d'Avignon. Si l'état est censé être séparé de la religion, il doit également garder une neutralité y compris dans l'art. »

Laique 3Et l’anonyme si courageux de rappeler a contrario que « la France finance des centres de culture islamique à Paris, Roubaix et Marseille ainsi que des abattoirs halal »  en concluant : « Ces chrétiens sont des héros pour avoir détruit une "œuvre" sponsorisée par un état ouvertement christianophobe. Ils n'ont fait qu'appliquer la déclaration des droits de l'homme en refusant l'oppression »


Bruno Gollnisch sors de cette plume, oserait-on dire ! (en plaisantant bien évidemment…).


En tous cas, si Bruno n’est sans doute pas l’auteur de cette diatribe, l’hommage et l’inspiration sont indéniables et il y a tout lieu de croire que sa conception si singulière de la laïcité fait des émules. Et comment pourrait-il en être autrement quand on lit le billet qu’écrivirent les Jeunes pour Gollnisch à l’issue de la désignation de Marine Le Pen à la Présidence du FN, à qui il reprochait une conception de la laïcité trop rigoriste (billet que j’avais déjà évoqué dans ces colonnes) :


«Le discours présidentiel d’hier, en définissant la laïcité comme le confinement de la religion à la vie privée, s’interdit de rattacher la nation à des principes supérieurs. (…) Invoquer la laïcité contre la prolifération des mosquées, c’est s’interdire du même coup de pouvoir construire des églises en France, c’est encore s’offusquer du caractère ostentatoire de nos clochers et de nos calvaires. Reléguer la religion à la vie privée, et ne vouloir lui conférer aucune expression publique, c’est renier 1500 d’histoire de France où le christianisme a pénétré notre civilisation, notre philosophie, notre calendrier, notre tissu social, nos traditions. »

Et ces fameux jeunes avec Gollnisch d’ajouter :

« Cette conception de la laïcité, qui n’est pas une juste distinction entre le domaine temporel et le domaine spirituel, mais bien une séparation des deux sphères là où l’islam les confond toutes les deux, est donc, au même titre que l’Islam, contraire à l’âme et au génie français. »

 

Quand je vous le disais que la laïcité, ce ne sont pas ceux qui en parlent le plus qui la défendent le mieux…

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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 15:14

Laicité SARKO5Babel. Une évocation mythique. Celle de cette tour que construisirent les hommes qui ne parlèrent qu’une seule langue. Tour qui toisait les cieux et qui narguait Dieu. Ce dernier, courroucé d’être ainsi menacé voulut la détruire : « Allons! Descendons mettre le désordre dans leur langage, et empêchons-les de se comprendre les uns les autres ». C’est ainsi que l’Eternel, comme le surnomme la Bible  « a mis le désordre dans le langage des hommes, et c'est à partir de là qu'il a dispersé les humains sur la terre entière ».

Quelques siècles plus tard, l’Ephémère, comme on le surnomme en France, en a fait autant. Voyant que les Français construisaient depuis plus de siècle une tour, frappée de la devise « Liberté, égalité, fraternité », il se mit en tête de tout détruire, et de mettre le désordre. Afin que les Français ne se comprissent plus. Les uns contre les autres.

L’on avait finalement sous-estimé l’épisode que nous venions de vivre avec le débat sur la laïcité. Ou le pseudo-débat sur la laïcité. Ou le débat sur une pseudo-laïcité. Nous ne savons plus très bien. A y regarder de plus près, la catastrophe politique s’avère en réalité une catastrophe sociale, électorale et plus encore une catastrophe de civilisation.

Laicité SARKO1Reprenons les faits. Tout d’abord, il y eut cette terrible secousse et ses répercussions ininterrompues. Depuis le discours au Latran, en passant par Riyad. Depuis « l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur » jusqu’aux Français qui « à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux », des « Auvergnats » qui sont un problème dès lors qu’ils ne sont tout seuls jusqu’à la « croisade » de Nicolas Sarkozy en Lybie… Magnitude 10 sur l’échelle des Nationalistes et des intégristes. Puis il y eut le tsunami… D’abord l’alerte que représentèrent les intentions de votes pour 2012, avec Marine Le Pen qui fut placée précipitamment en tête avant de durablement le président sortant à la troisième place, celle du c**. Avant la terrible vague Marine qui s’abattit avec fracas lors des cantonales. De nombreuses victimes surtout à droite.

Les secours se firent attendre en vain. Bien au contraire, les victimes se firent incendiaires : appel à voter blanc, quitte à faire gagner le FN face à la gauche, débat sur la laïcité maintenu, propos outranciers pour ne pas dire plus du nouveau Ministre de l’Intérieur dont la logorrhée n’aurait pas déplu aux deux Bruno,  Gollnisch et Mégret… Dès lors l’impensable se produisit : l’incident nucléaire en cascade avec le réveil des intégristes. De tous poils. On fit croire que les islamistes avaient peuplé la France. Bien au contraire, ce sont les intégristes de tous bords qui se réveillèrent comme ce week-end à Avignon :

 

 

La triste vérité c’est qu’en croyant simplement siphonner le Front National, en voulant dégonfler la baudruche enflammée de Marine, en souhaitant semer la peur pour récolter dans les urnes, Nicolas Sarkozy n’a pas imaginé aller beaucoup plus loin. A force de diviser pour mieux régner, d’ostraciser et de mettre à dos tous les Français entre eux, et notamment par le prisme de la religion, le président des Français, faut-il le rappeler, a tout simplement réveillé la Bête. Et la Bête n’est ni seulement Marine Le Pen et sa cohorte de fidèles, ni mêmes les Salafistes et son agent masqué Tariq Ramadan, qui n’en sont que des membres, mais bien l’intégrisme dans son ensemble qu’il a ravivé. Le climat délétère et nauséabond qui règne en France n’a pas seulement déraciné la culture musulmane française au point de nous la rendre étrangère : il a rappelé que dans un tel contexte, le choc des civilisations, celui que souhaitent si ardemment les intégristes juifs, chrétiens et musulmans, pouvait s’ouvrir. Nicolas Sarkozy, en apprenti sorcier maladroit a ouvert la brèche. Ne restait plus qu’à s’y engouffrer.

Ce scénario était malheureusement prévisible. Car Nicolas Sarkozy n’agit pas en idéologue. Sans quoi l’intégrisme chrétien n’aurait pas pu s’y engouffrer. Ou en tous cas pas de la sorte. Il n’est qu’un agitateur cynique qui tente d’utiliser la religion pour mieux canaliser la société. Pi(t)re : sa vision politique de la religion se substitue à une réelle politique sociale, fidèle à sa droite ligne libérale. C’est en tous cas, ce qu’expliquait fort bien Caroline Fourest en 2008, chez nos amis Belges :

 

 

  Laicité SARKO2Les conséquences de cette triple catastrophe qui n’a rien de naturel sont terribles : car si les intégristes sont réveillés et prêts à bondir et à foncer sur la porte de notre république laïque au bélier, le reste de population, pas forcément religieux, parfois athée, baigne malgré lui dans ce climat de suspicion généralisée. C’est ainsi que se révéla l’affaire des cinq étudiants Juifs qui auraient demandé une dérogation pour passer en décalé le concours de grandes écoles. Si Valérie Pécresse confesse avoir exploré toutes les possibilités (notamment celle qui visait à confiner en quarantaine les étudiants toute la journée afin qu’ils bûchent sur le même sujet la nuit venue, ce qui est sans doute déjà de trop…), rien n’a été fait qui puisse être en contradiction avec la laïcité. Mais dans ce contexte où les Musulmans sont à ce point montrés du doigt, toute suspicion d’exception pour d’autres religions prend des proportions hallucinantes comme le rappelle Arielle Schwab, présidente de l’Union des Etudiants Juifs de France qui dit à propos de cette affaire : « Il y a bien un effet de «deux poids deux mesures», mais il existe seulement parce que la communauté musulmane est stigmatisée. »(Ceci étant dit, il faudrait lui rappeler qu’à l’avenir son Union, et toutes ses consœurs qu’elles soient d’obédience chrétienne, musulmane, bouddhiste ou autres devraient s’abstenir de formuler la moindre demande en l’espèce. De même les membres du Gouvernement rester fermes et refuser a priori tout demande de ce genre au lieu de tergiverser. Cela éviterait tout problème…).

Laicité SARKO4Même dans mon collège, dans la paisible banlieue rurbaine de Lille, les secousses se sont fait sentir en sixième où, conformément aux textes officiels, je dispense une séquence sur les textes fondateurs avec la Bible. On ne peut pourtant pas dire que la religion y soit un sujet de préoccupation majeure. Pourtant, certains élèves de sixième se sont fait l’écho de commentaires de parents pour le moins surprenants : « il n’est pas normal que l’on étudie la Bible dans un collège public et laïque », « ce n’est pas laïque d’étudier la Bible en Français, c’est au professeur d’Histoire de le faire », ou encore « j’ai eu une mauvaise note, mais c’est normal, ma mère m’a dit qu’on n’était pas très religieux » ! Des parents ont même refusé de signer la copie parce qu’ils étaient opposés à ce que les textes de la Bible soient enseignés ! Moi, soupçonné d’enfreindre la laïcité ! J’ai cru rêver ! Faut-il rappeler que les textes de la Bible font partie du programme de sixième dans une perspective purement culturelle et non cultuelle et que par-là même le cours ne se substitue nullement à quelconque catéchisme ? Faudrait-il dans ce cas interdire l’étude des textes de Chrétien de Troyes, Marot, Ronsard, Voltaire, Molière, Racine pour leurs références constantes à la religion ? Doit-on alors ne plus étudier aucune peinture du Moyen-âge ou de la Renaissance ? On le voit, la confusion entre culture humaniste et religiosité est réelle et la laïcité, dans ce climat délétère est plus absconse que jamais.

A présent le mal est fait. Plus que jamais, restons vigilants. Face à l’intégrisme. Bien évidemment.  Mais surtout face à l’ignorance, son terreau. Car la meilleure manière de sortir vainqueurs de fous de Dieu n’est assurément pas de jouer la surenchère ou d’avancer des arguments de manière péremptoire. C’est avant tout en faisant preuve de pédagogie et en éclairant les Lumières de la connaissance. C’est cette Lumière qui avait éclairci le chemin qui mena vers la Révolution. Ne l’oublions pas.

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 19:41

FN12Les sondages se suivent et se ressemblent : il va falloir faire avec Marine Le Pen et compter sur elle pour les Présidentielles de 2012. Créditée de 17 à 18% des intentions de votes, suivant le cas de figure, elle prend le rôle potentiel du « troisième homme », se permettant même le luxe de talonner le PS, si celui-ci venait à faire de sa secrétaire nationale son candidat officiel. Contrairement à ce que l’on entend ici ou là, ce n’est pas une première pour le Front National : déjà en 2006, Jean-Marie Le Pen était crédité de 15% d’intentions de vote, jusqu’à 17 même, pour un résultat final qui peina à dépasser les 10…

Pour autant, Marine Le Pen compte, et cela c’est nouveau, un potentiel de voix et de sympathie, largement supérieur à celui auquel pouvait prétendre son père.

Dès lors s’organise, la riposte face à celle qui flatte les peurs et les angoisses des Français. Contrairement à 2002, le spectre du front Républicain pour affronter la « bête » n’est guère évoqué, et pour cause : l’accession du FN au 2ème tour a suffit à montrer que la diabolisation stérile n’avait aucun sens et que plus que jamais les espoirs de Voltaire avaient vocation à être atemporels : « Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Reste que personne ne s’accorde sur les méthodes et les sujets à aborder pour un tel débat.

Certains n’hésitent pas à aborder le sujet de l’immigration ou de la sécurité, deux thématiques prisées par les Nationalistes, mais leur vision ne nuançant et ne dépassant pas la rhétorique lepeniste, ils tombent dans l’écueil du cynisme et du à qui mieux mieux, comme les fameux débats sur l’identité nationale. Les électeurs préféreront toujours l’original à la copie et le Gouvernement est en train d’en faire l’amère expérience.

FN02 - DuhamelD’autres, contournent le débat, soit dans une politique de l’autruche soit dans une tactique du plus malin. Cette dernière est celle que croit détenir Alain Duhamel, qui de plateaux en plateaux, n’en finit pas de se vanter d’avoir coincé Marine Le Pen dans A vous de juger sur un sujet qu’elle maîtrisait mal : l’économie. S’il est vrai qu’elle s’est empêtrée dans des sentiers où elle n’est visiblement pas à son aise, si son argument sur la sortie de l’Euro a de quoi faire sourire même les béotiens, force est de constater qu’Alain Duhamel s’est surtout singularisé ce jour-là par son agressivité, reprenant tel le maître d’école l’allemand écorché de Marine Le Pen, qui  échoua sur les gutturales du Der Spiegel… Il n’y avait pas de quoi faire basculer des milliers de voix. En outre, l’économie est un sujet complexe et peu maitrisé des citoyens lambda : Alain Duhamel pense-t-il réellement que cela suffira à décrédibiliser le discours de la nouvelle Présidente du Front National ? Assurément non.

Dès lors, il n’y a qu’une seule pratique possible. Si l’on veut réellement affronter Marine Le Pen et le Front National, il faut s’armer de courage et l’attaquer sur son point fort. Même si elle le revêt d’un costume républicain pour appâter les foules : la laïcité. L’habit ne faisant pas le moine, il est temps de rétablir quelques vérités sur cette rhétorique qui dope la machine à voix et qui pourtant n’est fondée que sur de la manipulation.

 

FN01 - LaicitéCar le principal problème de Marine Le Pen, mais elle n’est pas la seule dans ce domaine, est qu’elle a sa définition propre de la laïcité. Cette exigence républicaine est née en 1905 et sépare l’Eglise et l’Etat. En d’autres termes, tout ce qui appartient au religieux relève de la sphère privée et ne peut ni ne doit avoir un lien, une inspiration ou un financement d’ordre public.

Elle a donc raison quand elle reproche à Nicolas Sarkozy d’avoir voulu revoir cette loi « garde fous » de 1905 pour financer les mosquées en France ce qui n’aurait été qu’ouvrir la boîte de Pandore.

FN03 - quickElle a donc raison quand elle s’offusque que Quick, détenu à 95% par la Caisse des dépôts et des Consignations, donc par l’ Institution française, n’offre dans certains de ses restaurants qu’une carte hallal, car la certification hallal implique le reversement d’une partie des recettes aux autorités religieuses (qui pour l’Islam relève du grand flou artistique en outre, puisque cette confession ne connaît pas d’ « église » officielle).

Elle a enfin presque raison lorsqu’elle déclare dans son discours de Tours du 16 janvier qu’elle fera  inscrire dans la Constitution : « La République ne reconnait aucune communauté ». A un détail près et non des moindres : cette subtilité existe déjà in fine dans la Constitution puisque la Nation est une et indivisible… Pour autant, il y a quelque chose de gênant chez Marine Le Pen : sa conception de la laïcité semble s’arrêter là où commence l’islam… L’a-t-on entendu la revendiquer quand un professeur à Manosque a diffusé des tracts évangélistes anti IVG assorti d’un montage filmique horrifiant à ses élèves ? Ou encore lorsque Nicolas Sarkozy a fait allégeance à Rome au Pape pour obtenir la rédemption suite à l’affaire des Roms ? Entend-on la chef du Front National s’offusquer de la règle d’exception dont bénéficient l’Alsace et la Lorraine depuis qu’elles sont revenues à la France et qui ne respectent pas la laïcité puisque l’Etat Français paye ses prêtres ?

Cette dénonciation de l’islam, davantage que l’islamisme, tourne même à l’obsession chez la Présidente du FN  quand elle dit à Tours tout au début de son discours, alors qu’elle ne traite pas du tout de la question de la laïcité :

 

« L’Europe n’est pas un califat, la France n’est pas un califat, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais. »

 

FN13 - dubuisson6Il n’y a qu’à taper le mots clefs « laïcité » sur le site officiel du Front National pour s’en rendre compte : sur les 35 articles qui apparaissent, au moins 30 traitent tout ou parti de l’Islam… et pas seulement de l’islamisme. Les autres sont très révélateurs de la « laïcité » version Front national :

Le premier est signé Michel Guiniot, Président du Groupe FN au Conseil Régional de Picardie, qui s’indigne de la décision du Tribunal Administratif d’Amiens d’interdire l’installation d’une crèche sur le domaine public à Montiers, petit village de l’Oise proche de Saint-Just-en-Chaussée. « Au prétexte de la laïcité », précise-t-il. En rappelant un commentaire bien étrange : « Pourtant cette tradition chrétienne dépasse de loin et depuis bien longtemps, le cadre strictement religieux. »


Un second est titré « opération nauséabonde en Picardie » est l’œuvre de Wallerand de SAINT JUST, Secrétaire départemental du FN dans la Somme. Ce Conseiller Régional de Picardie s’offusque qu’une « association ait été autorisée à faire voter les lycéens picards à propos d’albums de bande dessinée et, surtout, à propos de l’album de M. Dubuisson La Nostalgie de Dieu. » La raison de cette indignation ? L’opus de Dubuisson est « violemment anticatholique et particulièrement vulgaire sur le Pape, la Vierge, Jeanne d’Arc… ». Et le frontiste de déplorer que le Conseil Régional et l’Education Nationale puissent promouvoir « ce genre d’ouvrage provocateur à la haine contre les Chrétiens ». Parce que ce type d’affiche n’est il pas de nature à provoquer l’amalgame et la haine contre les Musulmans ?

 

FN04 - affiche islam

 

Ou encore :

 

FN11 - affiche2

 

Le Front National serait-il donc prêt à défendre la laïcité… tout en prônant le retour de l’interdiction de blasphème, disparu de notre loi depuis la Révolution française ? Enfin, de blasphème envers les catholiques car il est permis de douter que Monsieur de Saint Just eût le même genre de réaction si les lycéens avaient eu à décerner la meilleure caricature de Mahomet…

Cette clémence envers la religion chrétienne n’est pas nouvelle. Et ceux qui estiment que Marine Le Pen a rompu définitivement avec les traditionnalistes se trompent lourdement. Il suffit d’écouter à nouveau son premier discours de Présidente prononcé à Tours le 16 janvier pour s’en convaincre :

« Que visaient si ce n’est la construction et la consolidation de l’unité nationale le Baptême de Clovis, l’œuvre des rois unificateurs, Henri IV et son « Paris vaut bien une messe », les bâtisseurs de nos cathédrales, les codes de Bonaparte, les hussards noirs de la troisième république, les résistants de 40 ou les soldats de notre empire ?
Nous sommes les héritiers de cette œuvre millénaire, et nous en bénéficions chaque jour, sans même nous en rendre compte !
 »

FN05 - ClocloLes profanes n’y verront que du feu, mais il est tout de même remarquable que dans la longue énumération des fondations de notre Nation française ne figure pas la Révolution Française, mais figure en toute première place le Baptême de Clovis. Clovis, qui est pour les Catholiques, le premier roi chrétien de France, véritable naissance spirituelle du pays, voire le « baptême de la France », comme le note Fiammetta Venner dans son étude « Extrême France », publié en 2003. Le 1500ème anniversaire de son baptême fut fêté en grande pompe en 1996 avec la venue de Jean-Paul II, accueilli par le bigot Jacques Chirac, événement qui choqua tous les défenseurs de la laïcité (anniversaire fut bien évidemment très suivi par les membres du Front National comme le rappelle Fiammetta Venner dans son livre).

Dans l’hommage de Marine Le Pen aux « pères » fondateurs de la Nation, les Révolutionnaires, eux, sont tous simplement occultés, eux qui sont honnis par les Traditionnalistes pour avoir osé abolir la Royauté (n’oublions pas qu’à l’époque, le Roi représentait Dieu…) et initier ce qui deviendra la loi de 1905… Si Marine Le Pen n’est pas catholique traditionnaliste, disons qu’elle leur donne les gages d’une Histoire partagée…

FN07 - Jeunes avec GollnischEt pourtant, cela ne suffit pas à certains membres du Front National. Et parmi eux, « les Jeunes avec Gollnisch » qui digèrent mal la défaite de leur protégé et plus encore la laïcité vue par Marine Le Pen :

«Le discours présidentiel d’hier, en définissant la laïcité comme le confinement de la religion à la vie privée, s’interdit de rattacher la nation à des principes supérieurs. (…) Invoquer la laïcité contre la prolifération des mosquées, c’est s’interdire du même coup de pouvoir construire des églises en France, c’est encore s’offusquer du caractère ostentatoire de nos clochers et de nos calvaires. Reléguer la religion à la vie privée, et ne vouloir lui conférer aucune expression publique, c’est renier 1500 d’histoire de France où le christianisme a pénétré notre civilisation, notre philosophie, notre calendrier, notre tissu social, nos traditions. »

Et ces fameux jeunes avec Gollnisch d’ajouter :

« Cette conception de la laïcité, qui n’est pas une juste distinction entre le domaine temporel et le domaine spirituel, mais bien une séparation des deux sphères là où l’islam les confond toutes les deux, est donc, au même titre que l’Islam, contraire à l’âme et au génie français. »

FN08 - Louis AlliotEn d’autres termes, puisque l’Islam confond sphère privée et sphère publique, puisque pour les islamistes (synonymes de Musulmans ici  –sic- ) la loi religieuse domine la loi de la République, pourquoi donner une définition aussi « restrictive » de la laïcité ? Autrement dit pour combattre les atteintes faites par certains islamistes, luttons à armes égales en faisant fi de la laïcité… Dès qu’il s’agit de promouvoir la religion catholique, le Front National n’hésite pas à adopter une définition assez proche de la laïcité que celle que promeut un certain Tariq Ramadan à ses disciples…

Il ne faudra donc pas s’étonner à ce que Louis Aliot, secrétaire général du FN, mais aussi compagnon et boîte à idées de Marine Le Pen à en croire Rue 89, appelle les militants à se joindre à la marche pour la Vie le lendemain du Congrès de Tours :

« Louis Aliot demande aux sympathisants et aux adhérents du Front national de se joindre à la Marche pour la Vie organisée le dimanche 17 janvier (14h30 place de la République), à l’initiative du collectif En marche pour la Vie , regroupant de nombreuses associations de défense de la Vie et de la famille. »

manifestation-provie-48Etonnante invitation de la part d’un parti qui se revendique comme défenseur de la laïcité et qui demande à ses adhérents de cautionner un mouvement provie, franchement traditionnaliste, et qui renferme quantité d’évangélistes, de charismatiques, de pentecôtistes et autres milices anti-avortement qui n’hésitent pas à envoyer des cœurs de bœufs ensanglantés aux partisans de la loi Veil, qui prônent pour le choix de chacun et à faire des opérations commando dans les cliniques, « au nom de la vie qu’a donnée Dieu »…

Comme vous le voyez, l’on ne pourra pas me reprocher d’avoir sorti de vieux dossiers du FN. Car bien d’autres avant moi avaient prouvé le rôle des catholiques traditionnalistes dans la matrice du FN, comme Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans Tirs Croisés :

« Même divisé, le catholicisme radical constitue aujourd’hui une véritable posture politique ultra-réactionnaire, où le traditionalisme liturgique est devenu secondaire au regard des combats moralistes.  Ses militants les plus actifs forment l’une des composantes majeures de l’extrême droite française. »

FN10 - tirs croisésEt les deux auteurs d’ajouter : « D’une façon générale, la plupart des cadres du Front national militent au nom d’une vision particulièrement radicale du catholicisme. C’est encore plus vrai depuis que les nationaux-radicaux ont claqué la porte du parti. Et cela s’est encore accentué depuis la scission du FN. Restés fidèles à Jean-Marie Le Pen lors du putsch avorté de Bruno Mégret, les catholiques intégristes structurent aujourd’hui  la matrice idéologique d’un parti dont le candidat s’est retrouvé au second tour des élections présidentielles de 2002. »

Point de vieux dossier ici, que des déclarations, des dépêches et des communiqués datant de moins d’un trimestre. Il faut croire que le FN a du mal à se détacher de ses vieux tocs. Fidèles à leur maître à penser, lui qui dénonce le radotage de ses détracteurs au sujet de la question du « détail » et qui sortit il y a 15 jours de sa vie politique de la manière la plus élégante qu’il soit. A propos de l’affaire d’un journaliste, molesté par le service d’ordre du FN, et dont Jean-Marie Le Pen disait qu’il avait déclaré avoir été agressé du fait de ses origines juives, il ajouta : « Cela ne se voyait ni sur sa carte d'identité ni, si j'ose dire, sur son nez »… Au FN comme dans bien d’autres endroits, il y a des choses qui ne changeront jamais…

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 08:24

Dimanche midi, Anne-Sophie Lapix recevait la pile électrique verte, Cécile Duflot, au débit toujours aussi offensif. A la fin de l’émission, elle lui proposa un sujet sur l’affaire de la crèche Baby Loup. Pour ceux qui n’auraient pas eu vent de cette affaire, la vidéo a été suspendue... Canal et son droit à l'image qui en oublie son droit à l'information... dommage. Pour résumer, il s'agit d'une crèche privée qui a mis dans son règlement intérieur l'interdiction de signes ostentatoires et qui a vue une de ses employées arriver voilée, refusant de retirer l'objet de la discorde.

   

L’histoire n’est pas anodine. A l’heure où le voile intégral est devenu illicite sur le territoire français, les communautaristes exercent une pression constante sur la laïcité. Le problème ici relève de la définition de l’espace privé et de l’espace public : comme le précise Manuel Valls, cette affaire n’aurait pas posé d’autres voile placidedifficultés dès lors que cette femme aurait exercé dans une crèche publique. Or, si l’entreprise est privée, son règlement intérieur, qui demande la discrétion concernant le confession des membres du personnel au nom du principe de la laïcité, suffit-il aux yeux de la loi pour interdire le port du voile ? Les juges sont là pour trancher selon la loi, mais l’on peut dès lors se prononcer au nom d’une certaine vision de la société. Et de ce point de vue, le travail de la crèche relevant d’une mission d’utilité publique, il est fortement souhaitable d’exiger la neutralité du personnel s’occupant d’enfants en bas âge. En outre, l’employée ayant accepté le règlement intérieur à l’embauche, la question ne se pose même plus. Ses intentions étaient clairement provocatrices comme l’indique Caroline Fourest dans sa chronique à France Culture (d’ailleurs elle a en partie réussi sa tentative de déstabilisation, car comme l’indiquent les employés dans le reportage, certaines collègues sont montrées du doigt parce que travaillant dans une crèche qui est « anti-islam ». Encore une fois, respecter les principes de la laïcité revient à faire de l’islamophobie… l’escroquerie morale, caution et garante de la pensée ramadienne et consorts).

 

Aussi quand Cécile Duflot est interrogée par Anne-Sophie Lapix, l’on est en droit d’attendre une condamnation ferme quant à la décision de cette femme de poursuivre la crèche en justice, quand bien même elle a pu bénéficier de l’aveuglement (criminel pour les valeurs de la république) de la Halde, dont la ligne idéologique est clairement communautariste puisqu’elle «  fait prévaloir la liberté de religion sur la laïcité », comme l’explique avec clairvoyance Maitre Richard Malka, l'avocat de la défense (car c'est bel et bien la crèche qui doit se défendre aux Prud'hommes) qui défendit en son temps Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures de Mahomet. Un comble pour une Institution de l’Etat. Les propos de Cécile Duflot s’embrouillent alors dans le verbiage de la langue de bois qui tente par tous les moyens d’échapper à une réponse claire et nette. Avant de finalement baisser la garde face à une Lapix, étonnamment combative :

 

 

 

Cécile Duflot confesse donc qu’il eut mieux valu ne pas en arriver à l’extrémité de la justice. Valait-il mieux alors accepter ce voile plutôt que d’en arriver là ? Et si la médiation avait une nouvelle fois échoué ? Et pourquoi doit-il y avoir médiation quand on enfreint un règlement, voire une loi, comme c’est le cas quand des adolescentes voilées passent le portail de l’école ? Détache-t-on un médiateur de la République quand un voleur se fait attraper pour l’encourager à ne pas recommencer ?

A y regarder de plus près, l’on voit bien que Cécile Duflot se sent coincée à l’entournure. Et qu’elle a bien essayé vainement de noyer le poisson durant quelques instants avant de prendre une position plus tranchée devant l’insistance de la journaliste. Cet embarras donne une impression de déjà-vu…

 

 

 

Mais pourquoi donc Cécile Duflot se ferait-elle taper les doigts pour avoir confessé apprécier le confit de porc ? Serait-ce le confit qui serait devenu tabou ? A moins que ce ne soit le porc ? Il faut dire que la chef de fil des Verts ne semble ni bien digérer ni bien gérer tout court Les Liaisons dangereuses entre les Verts et le communautarisme musulman. il semblerait pour les Verts qu’il soit périlleux d’un point de vue électoral de confesser son inclinaison pour le porc.

 

duflotA ce petit jeu, Cécile Duflot De Volanges ne semble pas maîtriser tous les enjeux. Ingénue et dépassée par les événements, elle ne souhaite faire de l’ombre à personne  et veille surtout à ne pas contrarier les stratagèmes des deux manipulateurs de l’opinion que sont Noël de Mamerteuil et José Bovalmont. De fibre anticolonialiste, elle est la représentante de la sensibilité si bien décrite par Caroline Fourest dans La Tentation obscurantiste qui est « viscéralement attachée au droit à l’autodétermination et (qui) traque en permanence la manifestation du colonialisme et de l’impérialisme ». En d’autres termes, la France sera toujours coupable du péché originel et devra s’en repentir toute sa vie, tel Œdipe, en payant sa faute par une bonne conscience toujours prompte à pardonner le communautarisme quand il se voile des oripeaux de la minorité muette et défavorisée. Quitte à s’en crever les yeux. Et ne pas voir ce qui ne peut échapper à tous.

 

Noël de Mamerteuil et José Bovalmont sont eux passés au stade supérieur, celui où l’on assume fièrement sa différence. Avec manichéisme.

 

mamère uoifLe premier n’hésite pas à se faire applaudir chaque année au Congrès de l’UOIF, l’Union des organisations islamiques de France, qui n’a pas particulièrement pour vocation de véhiculer la vision la plus progressiste de l’islam en France, ne serait-ce que par ses affinités avec les théories de ce très cher Tariq Ramadan. Ce même Noël Mamerteuil qui prit fait et cause pour Une Ecole pour tous, créée après l’affaire de Lila et Alma Lévy, les deux lycéennes d’Aubervilliers converties à l’islam et souhaitant se rendre voilée en cours. Une prise de position qui l’amena à participer au meeting au Trianon, toujours organisé par Une Ecole pour tous. Les interventions marquantes de cette soirée ont été publiées sur oumma.com, un des vecteurs actifs de la planète Ramadan qui n’hésite pas à présenter la laïcité comme une forme du colonialisme. Et l’une des figures emblématiques des Verts d’y déclarer :  « Le vrai mal de notre pays, c’est la fracture coloniale ». Soirée au cours de laquelle il se joint à Ramadan pour organiser une manifestation sur le thème « Non à l’exclusion ! Non à l’islamophobie ! Non à la discrimination !». Car c’est bien connu, ne pas accepter le voile à l’école, c’est être islamophobe. Et c’est donc faire de la discrimination.

 

bovéCet appel était initié par un autre gros bonnet des Verts :  José Bovalmont. Ses sorties médiatiques sont souvent pimentées, quand elles ne se terminent pas dans une geôle. Qui eut cru que le moustachu, féru de la bonne bouffe française et de sa charcuterie artisanale, pouvait s’accommoder des discours communautaristes musulmans ?  Bovalmont est un bon vivant, et il n’y va pas avec le dos de la cuiller : d’un retour d’un voyage à Ramallah, il participe sans ambigüité à la cabale conspirationniste qui vise à faire du Mossad l’instigateur des attaques des synagogues en France, comme certains le feront à propos des Juifs et du 11 septembre, Thierry Messant à leurs côtés : « Il faut se demander à qui profite le crime. Je dénonce tous les actes visant des lieux de culte. Mais je crois que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu’un climat antisémite s’est installé en France, pour mieux détourner les regards ». De quoi réjouir tous ceux qui cultivent… un certain goût pour l’antisémitisme primaire… Même s’il a amèrement regretté ses propos, parce qu’ils avaient pu « heurter les familles juives françaises », il ne les a jamais complètement retirés, donnant en guise de justification que ses « propos ne pouvaient pas être compris »… L’on a connu plus convaincant. Depuis, il s’est montré plus discret sur ces questions mais n’a officiellement pas changé son fusil d’épaule, gardant même quelques confidences pour oumma.com, un site proche des Frères Musulmans, qui offre une tribune sans égale à Tariq Ramadan, et qui n’hésite pas à diffuser notamment des vidéos sur la nocivité de la viande de porc (pour ses prises de positions les plus douces amères…).

 

Alima-Boumediene-ThierySi Noël et José, deux députés représentant tout de même le législatif de la France Républicaine, étaient seuls à agir, cela pourrait n’être qu'anecdotique à défaut d’être dérisoire, frénésie égocentrique provenant d’hérétiques en mal de strass et de micros. Malheureusement, c’est tout le parti Vert qui suit la même tendance : ainsi le groupe de l’Assemblée Nationale s’est singularisé par une campagne sonore et sans merci contre la loi qui allait interdire le voile intégral dans les lieux public, accompagné par la voix d’Alima Boumédiene-Thiery, sénatrice après avoir été députée européenne jusque 2004. Officiellement, Madame la Sénatrice lutte contre les discriminations, expliquant que porter un voile relève de la liberté des femmes. Mais elle sait diversifier ses activités en distribuant notamment des tracts sur les parkings des supermarchés visant à boycotter les produits israéliens, ou plus précisément les marques ayant un lien plus ou moins éloigné avec les « fameux lobbys juifs », ces « lobbys que personne n’ose jamais le nommer ». Et la sénatrice de préciser même sa pensée : « le lobby sioniste n’a pas à faire sa loi en France ». L’on a connu des discours plus apaisés et moins « ciblés ». Même si elle fut relaxée le 15 octobre dernier par la Justice, Madame Boumédiene-Thiery a pour le moins choqué par sa démarche. Tariq Ramadan et les Frères Musulmans ne pourraient rêver plus légitime ambassadrice.

 

rahniCe sont encore les Verts qui à Roubaix jouent à un jeu dangereux, comme Ali Rahni, Porte-parole du Collectif des musulmans de France et 4ème de liste aux élections européennes dont la tête de liste était Hélène Flautre, et dont l’association ARD laisse la parole libre et sans contradiction à des « progressistes » comme Tariq Ramadan ou encore Hassan Iquioussen, deux hommes qui expliquent qu’il existe une « laïcité ouverte » dans laquelle la femme n’a pas à « copier » l’occident et que le voile participe à sa liberté et son émancipation. Une tribune assez choquante puisque financée par les deniers de la République, ARD (association de Roubaix Rencontre et dialogue) bénéficiant des subventions de la Ville de Roubaix, association qui répugne en outre à justifier ses dépenses et à faire toute la clarté sur sa gestion financière, comme le relayait Marianne dans un article daté de Mars 2006.

 

Si de Mamerteuil et Bovalmont jouent le jeu de la machine à voix, pensant faire peser le communautarisme dans les élections, comme d’autres le firent jadis avec le vote LePeniste, les communautaristes de tous poils profitent de ce cynisme pour entrer dans le jeu. Non sans fracas. Ces liaisons sont non seulement dangereuses mais elles se retournent contre ses propres instigateurs : car, en jouant les apprentis sorciers, les Verts oublient que la majorité des Musulmans sont progressistes et refusent ce type de discours qui jette l’opprobre sur l’ensemble des Musulmans. Sans oublier que leur récupération politique peut s’avérer peu fructueuse puisque que les minorités qui sont manipulées et séduites par les communautaristes ne croient pas en la République, ses valeurs et par-là même au suffrage universel pour se faire entendre.

 

voile plantuMais pendant ce temps, les plus rusés d’entre eux pratiquent l’entrisme en occupant le terrain, en criant à l’islamophobie à tout bout de champ, et en tentant de rétablir l’interdiction de blasphème comme lors de l’affaire des caricatures de Mahomet. Le consensus né des Indigènes de la République, rejoint par bon nombre de grands pontifes Verts, participe du même principe : l’on ne garde en discours que les beaux principes de la liberté, occultant les dogmes tendancieux qu’ils impliquent. De la même manière, l’on défile pour la Palestine et le boycott des produits israéliens en prétendant ne pas entendre les hurluberlus qui scandent « A mort Israël » à deux pas de là… Il n’y a pas pire que le sourd qui ne veut pas entendre. Au nom d’une certaine vision du libéralisme, dans son acception sociale et confessionnelle, le mot laïcité est en permanence dévoyé de son sens profond : il devient le synonyme de la « tolérance pluriconfessionnelle » quand il n’est en réalité qu’une séparation stricte entre l’Eglise et l’Etat. On évoque alors le conservatisme, le caractère réactionnaire voire l’islamophobie des partisans d’une laïcité prétendument « fermée ». Comme les frères Cohn-Bendit qui béatement s’extasiaient dans un tribune publiée dans le Monde le 17 octobre 2003, et intitulée « Une honte pour l’école laïque » de cette irrévérence antirépublicaine maquillée sous les artifices libertaires : « l’école laïque voudrait soumettre, au nom de l’émancipation, deux jeunes filles en révolte contre le père et la mère. Elles refusent de se soumettre. Bravo ! ».  

 

Cette démagogie aux visées électoralistes répond à un libéralisme des mœurs qui rime avec le laxisme. La liberté n’a de sens que lorsqu’elle est régie par des règles. Sinon, elle glisse vers l’anarchie. Celle qui renverse les démocraties. Les communautaristes l’ont compris plus tôt que les autres, et c’est bien pourquoi leur entrisme se focalise sur le parti écologiste. Chacun se croit plus cynique que l’autre. Mais à ce petit jeu des liaisons dangereuses, la République, la vertueuse, habituellement si sûre de ses valeurs, Madame de Tourvel, baisse sa garde. Sans y prendre garde.

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 21:03

manifestation-provie-48L’affaire de Manosque fait grand bruit et il y a de quoi. En octobre dernier, un enseignant en histoire-géographie a diffusé en cours un vidéo anti-IVG qui, selon le quotidien La Provence, montrait des fœtus brûlés et amputés. Une dépêche AFP évoque même des « morceaux de fœtus »,  « des seaux de sang » ou encore des« embryons morts que l’on secoue par les pieds ». Des images choquantes, certes, mais  qui surtout sont le fruit d’un montage sordide et indécent visant à manipuler les adolescents sur la thématique de l’avortement. Une démarche d’autant plus lisible qu’elle s’est accompagnée d’un distribution d’un tract (en plein cours !) contre la loi Veil et d’un « débat », durant lequel le professeur a coupé la parole à quiconque osait contredire ses dogmes et qui s’est ponctué par une condamnation claire et nette de tous les contraceptifs, de la pilule au préservatif. Plus fort que le Pape en somme…

Ecrire ces quelques mots en cette fin de mois de novembre de l’année 2010, dans le pays des Lumières, m’est, à la vérité, douloureux. D’une souffrance indicible. Pour moi qui suis professeur, ardent défenseur des libertés mais davantage encore de la laïcité et des principes républicains, quelle torture mentale est-ce de lire communiqués après communiqués l’irresponsabilité de cet enseignant. Avec quelle insolence et quelle arrogance a-t-il fait passer ses convictions, fantasques et fanatiques, au-dessus de l’intérêt général, au point de jeter l’opprobre sur l’ensemble de la profession. Les bras m’en tombent.

PersepolisDepuis hier, l’affaire tourne dans les rédactions, même si elle était en gestation depuis quelques semaines. Et pour cause : le Rectorat, appuyé médiatiquement par notre Ministre (parce qui le vaut bien), a prononcé une suspension provisoire de quatre mois, assortie d’une procédure disciplinaire qui, après enquête, devrait aboutir à une sanction plus lourde encore. Les réactions sont nombreuses. Mais les commentaires qui affluent sur les sites des quotidiens montrent et démontrent la confusion qui règne quant à l’interprétation des faits. Ainsi, sur le site du Parisien, lit-on ce commentaire « Moi je suis pour l’IVG mais je trouve injuste qu’on sanctionne un prof car il pense différemment ». Est-il nécessaire de préciser que le professeur en question n’a pas été sanctionné parce qu’il « pensait différemment » mais parce qu’il a dérogé au principe de la neutralité, politique et religieuse, qui doit l’accompagner à chaque instant, dès lors qu’il franchit la grille de son établissement ? Un enseignant est engagé par le service public, qui est régi selon le principe de la laïcité, qui prône la séparation sans concession entre l’église, qui relève de la sphère privée, et l’Etat, qui relève de la sphère publique. A ce titre, ses convictions et ses combats politiques doivent absolument et sans exception être occultés. Entamer un débat sur la recevabilité morale d’un acte pourtant légal, et donc poser la question de la pertinence d’une loi ne relèvent aucunement d’une démarche pédagogique mais d’un prosélytisme zélé, qui se doit d’être sanctionné. Et cela n’enlève en rien la liberté de croire, de penser, de prêcher même dès lors que cette démarche est circonscrite à la sphère privée contrairement à ce qu’affirme cet autre internaute qui s’offusque d’un vibrant quoiqu’inepte « On vit dans un pays libre, non ? ». Si la liberté permettait à chacun de dire tout ce qu’il pense sans se soucier des lois, nul doute que le « détail de l’histoire » ou que Les Protocoles des Sages de Sion qui siègent en tête des gondoles des libraires salafistes n’auraient plus de souci à se faire, se présentant sous la légitimité d’une « opinion » comme une autre.

VeilSans rentrer dans le débat sur l’avortement, qui n’a pas lieu d’être dès lors qu’il est devenu légal en 1975, ce qui revient au fond à débattre de la possibilité de tuer un homme par vengeance et ou de faire un braquage pour résoudre ses différends financiers, il est tout de même inquiétant de voir que la propagande Provie, que décrivent si bien Fiammetta Venner et Caroline Fourest dans leurs ouvrages, résumée notamment sous l’œil de l’extrémisme religieux dans Tirs croisés, soit toujours aussi active à notre époque. Encore une fois, ce zèle qui pousse certains illuminés à imposer leur choix de vie à l’autre (on peut ne pas être en accord avec la pratique de l’avortement sans forcer quiconque à penser et faire comme soi) est tout bonnement incompatible avec les principes républicains et la liberté de penser. Et dès lors que la fameuse République laisse des brèches, certains y pénètrent en force sans crier gare. Quelle affaire délectable pour les catholiques traditionnalistes que cette affaire de Manosque, comme le montre ce billet au titre scandaleux publié hier par le site catholique d’actualités en continue Radin Rue : « En France, on peut tuer dans le ventre de la mère, pas le dénoncer » ! Sans même évoquer les devoirs de l’enseignant face à sa mission publique. Et le site de décliner à l’envi ses dogmes liberticides et ultra-moraliste, qui ne déplairaient pas Place Saint-Pierre, quand cet article se termine par cette question oratoire : « N’y a-t-il pas plus grand respect de l’autre que de lui dire la vérité ? » Et de citer la si « ouverte » Pologne pour illustrer le choix de ceux qui ont voté une loi contre l’avortement (mauvais exemple, car ce pays avait légalisé l’IVG dès 1956, 19 ans avant la France, a attendu 1997 pour prendre ce virage très conservateur avec l’arrivée au pouvoir d’une droite perméable au lobby chrétien…)

Pour en revenir à l’affaire de Manosque à proprement parler, plus que les faits, condamnables en tous points, c’est davantage le déroulement même de l’affaire qui interpelle. Le témoignage d’Annie Montier, présidente de la FCPE locale, association des parents d’élèves est éloquent : « l’an dernier ce prof avait déjà diffusé une telle vidéo à une classe. Il y avait eu une enquête et puis, plus rien », confie-t-elle sur TF1.fr. Un autre parent ajoute que l’enseignant s’était déjà fait remarquer par le passé pour son prosélytisme catholique. Mais pourquoi donc, l’affaire n’avait-elle alors pas pris un autre tournant ? La vérité est triste à dire mais sous couvert du droit de réserve, l’omerta règne dans l’Education Nationale. Rien ne doit transparaître quitte à nier l’évidence. D'ailleurs, si l'affaire a traversé les murs du lycée de Manosque, c'est bien parce qu'elle a pris un tour médiatique, ce que les Instances ne nient pas : c'est au vu de «l'accroissement du trouble provoqué dans l'établissement provoqué par la médiatisation de l'affaire» que la suspension du professeur a été prise, d'après le recteur de l'Académie. 

DarwinismeA ce sujet, une de mes collègues me confiait que dans son établissement, un professeur de SVT, pentecôtiste de confession,  s’adonnait gaiement à du prosélytisme religieux, au point de présenter, à la manière des créationnistes outre-Atlantique, le darwinisme comme une théorie parmi d’autres, au même titre que la genèse… Et l’enseignante de rétorquer à ses collègues interloqués que les deux thèses n’étaient aucunement incompatibles. Comme si les résultats de la science, fondés sur des faits vérifiables montrant que l’homme est le fruit d’une lente et progressive évolution d’espèce vivante, pouvaient s’accommoder d’une journée de labeur de Dieu qui créa l'homme en un jour, et la femme d’une de ses côtes ou d’un de ses côtés, selon la teneur en testostérone de la traduction ! En 2010 ! En France !  Dans une salle de classe !

Ce mois-ci, le HCI, le Haut Conseil à l’intégration mettait en garde contre ces élèves qui avaient un discours plus que tendancieux, notamment dans les cours scientifiques : « Depuis peu, les professeurs du domaine scientifique ne sont pas davantage à l’abri de contestations qu’ils doivent sans cesse contrer. L’évolutionnisme est remis en cause au profit d’une action divine ou créationniste imposée par l’élève, sans argumentation. Loin d'être marginales, ces contestations sont suffisamment récurrentes pour être remarquées et nous avoir été signalées au cours de nos auditions comme perturbant le bon déroulement des cours. » Ces constats qui faisaient écho à ce que le rapport Obin dénonçait déjà en 2005 ne prenaient en compte que les élèves ou les parents d’élèves… pas les professeurs…

geneseIncontestablement, il ne faudrait pas faire des enseignants des prosélytes systématiques. Comme dans toute corporation, il y a les vilains petits canards. Mais comme très souvent, et l’argument vaut pour les incivilités des élèves, la minorité fait des ravages tapageurs. C’est parce que, quotidiennement, les gardiens du Temple républicain baissent la garde, en laissant négligemment une croix pendre au cou par ici, en tolérant un patois arabe par-là, en acceptant sans broncher des absences le samedi par ailleurs, ou encore en acceptant de faire des tables sans porc, quand en classe l’on accepte de révéler sa confession, que la porte s’ouvre. Pour qui ? Pour tous ceux qui ont intérêt à ébranler les piliers de la laïcité. Tous ceux qui comme Tariq Ramadan, pour prendre un des rhéteurs religieux les plus influents ("Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux, / De tous les Loups sont les plus dangereux"), pensent qu’il existe une laïcité « ouverte » ou une laïcité « fermée » quand ce concept est par nature intolérant…  De la même manière que l’on dévoie le concept de la liberté, en le circonscrivant à la jouissance personnelle davantage qu’au respect du bien commun, la laïcité devient une « tolérance religieuse » et une « liberté de pratique de manière collégiale » quand elle n’est que la séparation stricte de l’église et de l’état, une frontière hermétique entre la sphère privée et la sphère publique. On n’est pas plus ou moins laïque. L’adjectif n’est pas qualificatif ; il est, ce que l’on appelle en linguistique, un adjectif relationnel, comme l’est l’adjectif « présidentiel». On n’est pas plus ou moins présidentiel, comme on n’est pas plus ou moins laïque. On l’est ou on ne l’est pas. Et ce principe est le corollaire de la République française. Et l’on ne négocie pas avec les principes de la République.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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