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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 09:51

Caroline Fourest, lors du tournage de l'émission

Caroline Fourest, lors du tournage de l'émission "Café Picouly" sur France 5, Paris, le 19 avril 2010 (BALTEL/SIPA).

 

Le spectacle déplorable de samedi n’avait donc pas suffi. L'"inopportunément" dénommée association les "Indivisibles" a tenu à ajouter la justification à l’indignité. Non contents de prostituer les propos et les analyses de Caroline Fourest, au nom d’une idéologie qui n’a rien d’anti-raciste, comme ils s’autoproclament avec imposture, ils ont même tenu à devenir la preuve vivante de leur combat, l’incarnation même des opprimés à qui l’on veut faire du mal et que l’on muselle… Qu’il est ironique de voir que ceux qui crient à la liberté d’expression sont des censeurs qui ne s’ignorent même pas.

 

Tout a été dit sur les événements de samedi. Les "Indivisibles" ont tenu à manifester leur mécontentement de voir Caroline Fourest invitée à débattre sur le Front national à la Fête de l’Huma. Les avides d’objectivité auront eu le récit de l’essayiste, celui des organisateurs des Y’a bon Awards, ou encore les faits relatés par les journalistes. Largement de quoi se faire une idée précise.

 

Et surtout de voir à quel point les "Indivisibles", dans un climat on ne peut plus lourd, avec des manifestations illégales contre un film de série Z anti-islam qui se déroulaient conjointement, n’auront finalement contribué qu’à donner ses lettres de noblesse à l’extrémisme vert. Pour des militants qui prétendent combattre le racisme, le paradoxe mérite quelques éclaircissements.

 

Quand les "Indivisibles" décrètent qui il convient d'inviter

 

Tout d'abord, il est intéressant de voir les raisons qui ont motivé les militants de l'association à intervenir en pleine fête de l'Huma : ils récusaient l'invitation faite à Caroline Fourest par les organisateurs pour répondre à la question "Comment faire face au FN ?".

 

Pour justifier leur position, Bader Lejmi et Myrto S. se réfugient derrière un appel qu'"une trentaine de militants antiracistes avait rédigé". Nous remarquerons d'ailleurs que ce dernier, relayé notamment par le site oumma.com, est co-signé par l'un des deux rédacteurs de l'article "justificatif" du Plus. De la même manière qu'ils justifient leur sentiment à l'égard de Caroline Fourest à l'aune d'un CV dont ils ne citent qu'un prix aux Y'a Bon Awards... qu'ils ont eux-mêmes décerné ! On n'est jamais mieux servi que par soi-même.

 

Ainsi, sur un ton péremptoire, les "Indivisibles" décrètent qui il convient d'inviter, comme Dieu sur terre : "N'y a-t-il pas autrement plus compétent que Caroline Fourest pour établir une stratégie de lutte contre le Front national ?" Et nous de leur demander : mais au nom de quoi et surtout à l'aune de quelle légitimité pouvez-vous remettre en cause celle de Caroline Fourest d'intervenir dans un débat sur un thème sur lequel elle a travaillé dans plusieurs de ses essais ? Pouvez-vous vous targuer de pareil travail ? Qui êtes-vous pour décider que "vos" essayistes sont de qualité et de pédagogie supérieures au point de vouloir bouleverser un programme dont vous n'êtes pas le concepteur ?

 

Islamophobie dévoilée au grand jour

 

Alors pourquoi tant de haine, demandai-je, déjà, il y a plus d'un an ? Le procès fait à Caroline Fourest est radoté à l'envi par tous ses détracteurs, Pascal Boniface en ayant fait un chapitre entier dans "Les Intellectuels faussaires", un livre dans lequel il a réussi l'exploit d'accuser ses victimes deses propres maux. Le directeur de l'Iris accuse en effet la co-fondatrice de "Prochoix" d'être islamophobe.

 

Lui qui est d'ailleurs devenu le héraut de ceux qui ne supportent plus la présence médiatique de l'essayiste, l'omniprésence, précisent-ils, est cité aussi bien par les signataires de la lettre qui s'indignaient de son invitation à la Fête de l'Huma que par Marine Le Pen pour contourner une question dérangeante. Et quelle question, puisque Caroline Fourest demandait à la présidente du FN :

 

"Quand des Français de culture musulmane s'engagent pour servir l'armée française, qu'est-ce qui vous permet de dire qu'ils sont de mauvaise qualité ?"

 


Marine Le Pen esquive (à 1'55) par snoopyves1

 

On le voit, l'"islamophobie" est ici dévoilée au grand jour... Encore faudrait-il préciser qui place-t-on dans le rôle du raciste.

 

Qui a lu les livres de Caroline Fourest ?

 

Seulement, Caroline Fourest a beau expliquer, faire preuve de pédagogie, et surtout écrire des essais, qui, parmi ses détracteurs, a lu ses livres ? Qui ? Tout juste se contentent-ils de citer, avec un contexte qu'ils modifient sans gêne, des extraits de chroniques mal digérées, et surtout mal lues, pour justifier par exemple leur "Y'a Bon Award".

 

Caroline Fourest serait "islamophobe" ? Sans doute faudrait-il commencer par arrêter d'utiliser ce terme à tort et à travers, surtout quand on sait qu'il fut créé par les mollahs iraniens pour empêcher toute critique de l'islam. Il ne faut pas s'étonner ensuite, comme Bader Lejmi et Myrto S, que la majorité des militants de gauche de la Fête de l'Huma, qui ne partagent pas les lubies des "Indivisibles", les soupçonnent d'être "pour l'instauration d'un délit de blasphème".

 

Mais au-delà de cette imprécision, qui n'est pas que sémantique tant l'expression est devenue un fourre-tout qui tente d'empêcher de différencier islam et islamisme, revenons-en à l'accusation elle-même. Islamophobe donc Caroline Fourest ? Raciste donc, puisqu'elle est devenue, à en croire les "Indivisibles", une source d'inspiration de Marine Le Pen, ce que l'on découvre en lisant la lettre signée notamment par Bader Lejmi ?

 

Comment, à ce point, feindre d’ignorer la position toujours précise et les précautions que Caroline Fourest multiplie quand elle traite d’un sujet lourd, l’intégrisme, en le différenciant cliniquement de la religion elle-même, à moins de ne pas l’avoir lue tout simplement ? À Taslima Nasreen qui lui demandait, dans "Libres de le dire", ce qu’elle entendait par intégrisme, Caroline Fourest répondit :

 

"J’entends par là ceux qui instrumentalisent la religion à des fins politiques liberticides."

 

Où est l’islam dans cette définition ? Où est l’essence même de la religion ? Ce n’est pas la religion qu’elle combat mais son utilisation frelatée.

 

On a connu plus grande preuve d'islamophobie obsessionnelle

 

Caroline Fourest ne s’oppose pas à l’islam. Ni même au christianisme. Ou au judaïsme. Elle s’en prend aux intégristes. En témoigne son livre "Tirs croisés", qui s’attaque aux intégrismes des trois religions monothéistes. Livre dans lequel, elle disait d’ailleurs :

 

"Au risque de décevoir ceux qui voudraient croire à une barbarie propre à l’islam, le Coran n’est pour rien dans le retard démocratique et séculier des pays musulmans."

 

On a connu plus grande preuve d’islamophobie obsessionnelle. La même qui la pousse à défendre l'imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, ou à condamner le débat-procès de Sarkozy sur l'islam.

 

Mais il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, comme elle le confiait toujours à Taslima Nasreen :

 

"Les gens se demandent si vous n’êtes pas un peu obsédé par l’islam. Ils n’arrivent pas à comprendre que ce n’est pas nous qui inventons l’actualité. Ce n’est pas nous qu’il faut blâmer si un fou se croit obligé de commettre une folie chaque jour au nom de l’islam. Il y a des fois où je me surprends à résister, à chercher par tous les moyens une actualité impliquant un fou chrétien ou juif, juste pour varier un peu."

 

Les "Indivisibles" ne sont pas une association anti-racisme

 

"Les Indivisibles" seraient-il assez fous pour tenir leur raisonnement jusqu’au bout en ajoutant que son livre "Les Nouveaux soldats du Vatican", son reportage sur Canal Plus "Des petits soldats contre l’avortement", ou son portrait sans concession de Christine Boutin font d’elle une cathophobe ? Ou une christianophobe ? Et son traitement sans concession de la politique d’Israëlune antisémite ?

 

À ce titre, le fait d’avoir cité une association juive comme faisant partie de ceux qui contestaient la venue de Caroline Fourest ne doit duper personne : l’appel de l'"Union Juive Française pour la Paix" reproche à l’essayiste son islamophobie seulement et la charte de cette union juive précise qu’elle est… antisioniste et contre l’occupation par Israël des territoires palestiniens.

 

Parce qu'en réalité les "Indivisibles" ne sont pas une association anti-racisme. C'est une association "islamophile exclusive" qui s'oppose à tous ceux qui osent critiquer tout ce qui ressemble de près ou de loin à l'islam. Peu importe si la contrefaçon se mêle à l'authentique. Pour eux, tous ceux qui font référence à l'islam sont musulmans et cette seule marque suffit à les rendre légitimes. Et peu importe si certains d'entre eux, même s'ils sont une minorité, contribuent à alimenter l'amalgame entre islam et islamisme.

 

Qu'on se le dise : combattre l'intégrisme quel qu'il soit ne peut en aucun cas faire de mal à la religion. Bien au contraire, sa lutte devient un principe au moins aussi essentiel que la laïcité, pour permettre aux croyants, aux vrais croyants, de pouvoir pratiquer leur culte sans voir leur foi instrumentalisée à des fins politiques.

 

Interdire le voile à l'école, la dissimulation des visages dans l'espace public, les créneaux non mixtes dans les établissements eux aussi publics, ne relève aucunement d'une vision raciste de la société  : bien au contraire, ces précautions sont la condition nécessaire aux athées et aux croyants de vivre sereinement, sans contrainte et... sans contraindre.

 

Les "Indivisibles" n'ont pas seulement bafoué la liberté d'expression. Par leur action et par leur tentative de justification, ils ont tout simplement donné des lettres de noblesse à l'extrémisme vert.

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 09:34

Alain Escada lors d'une manifestation à Toulouse le 19 novembre 2011 (E.CABANIS/AFP)

 Alain Escada lors d'une manifestation à Toulouse le 19 novembre 2011 (E.CABANIS/AFP)

 

L’intégrisme catholique est souvent raillé et le sujet de moquerie. Jugé ringard, il incarne souvent sa propre caricature, ce qui l’empêcherait d’être audible. Il est vrai que la France a entretenu une liberté de parole anticléricale, depuis la Révolution française et davantage encore depuis la loi de 1905 sur la séparation de l'Église et de l'État.

 

À tel point d’ailleurs que lorsque "Charlie Hebdo" fut assigné par la Mosquée de Paris, l’UOIF et la Ligue islamique mondiale après la parution des caricatures de Mahomet, il suffit à maître Richard Malka de rappeler tout ce que l’hebdo avait grimé sur le dos des catholiques pour remettre à sa juste mesure des dessins dont certains n’étaient même pas drôles, comme cela est raconté dans le documentaire "C'est dur d’être aimé par des cons" à propos de l’affaire.

 

Une exposition médiatique croissante

 

Pour autant, ceux qui croient encore, et qui affirment que l’intégrisme catholique est minoritaire et dérisoire, car sans écho, notamment en comparaison avec son homologue musulman, se trompent lourdement. Sa force de frappe est réelle ciblant le cœur de notre République, chez nos députés parfois davantage enclins à céder à leur foi qu’à la raison, luttant notamment contre la "christianophobie", comme l'ont fait des députés UMP fin 2011. Et si Christine Boutin s’est révélée le porte-parole le plus charismatique de la branche traditionnaliste de l’Église, d’autres forces émergent avec encore plus de puissance, et en sombrent gravement dans l’intégrisme.

 

En effet, Christine Boutin n’est plus seule à hurler aux loups dans son bois : Alain Escada est arrivée avec fracas dans nos médias, à grandes enjambées. Pourtant discret, ce bouquiniste belge de 42 ans est en réalité un ancien membre du Front national belge, rappelant ainsi que, s’il est un parti, même au-delà de nos frontières, qui n’a rien de laïque, c’est bien le Front national qui reste un repaire privilégié pour les nostalgiques qui prient à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dont Bruno Gollnisch est un fidèle parmi les fidèles.

 

Ancien candidat aux élections législatives, Alain Escada est devenu secrétaire général de Civitas, qu’il qualifie lui même de "lobby" ayant pour tâche de "coaliser tous ceux qui pourraient vouloir participer à une riposte catholique". Créé lors du schisme lefebvriste, Civitas est un institut, clairement intégriste, qui s’est fait connaître dès 1988 en manifestant contre le film de Martin Scorsese "La Dernière Tentation du Christ", période durant laquelle fut incendié le cinéma Saint-Michel, attentat qui fit une victime, preuve de la vive tension qui régnait alors.

 

Des manifestations fréquentes

 

Aujourd’hui encore, les arts semblent toujours le cœur de cible privilégié de Civitas qui fut à la tête de la fronde contre le "Piss Christ" à Avignon, puis contre deux pièces de théâtre "Sur le concept du visage du fils de Dieu" et "Golgota Picnic" à l’automne dernier à Paris. Des manifestations qui se sont invitées dans les médias français. Et, pour faire parler la voix catholique face à des débats polémiques comme celui qui s’ouvre sur le mariage ouvert aux homosexuels, c’est Alain Escada qui a pris petit à petit la place de Christine Boutin.

 

Le Belge maitrise parfaitement la rhétorique et sait parfaitement se faire entendre dans les débats comme le montre la dernière édition de "Ça vous regarde" diffusée sur la LCP le 5 juillet dernier :

 

Escada et la rhétorique intégriste par snoopyves1

 

Mais Alain Escada se défend d’être intégriste :

 

Pour Escada, Civitas pas intégriste par snoopyves1

 

Amusante justification que l’on retrouve parmi ceux qui manifestent sous la bannière de Civitas et dont la définition de "non-intégriste" paraît pour le moins tortueuse :

 

Je ne suis pas intégriste... je peux mourir en... par snoopyves1

 

Encore une fois, la démesure pourrait en effet confiner ses actions dans l’ordre du dérisoire. Mais elles font moins sourire quand on sait par exemple que les manifestants d’octobre dernier avaient des couteaux sur eux quand ils se sont faits arrêtés, que la destruction du "Piss Christ" avait été effectuée à coups de marteau pendant que l’on avait séquestré le garde du musée ou encore quand ils menacent et surtout… agissent.

 

Des élections à venir

 

Civitas, sous la houlette d’Alain Escada, continue ainsi tranquillement son ascension médiatique, n’hésitant pas même à couper le documentaire "Et la laïcité dans tout ça", diffusé par France 2 le 15 mai dernier pour assurer la propagande et la notoriété naissante de son gourou.

 


Et la laïcité dans tout ça ? par Valeurs-Chretiennes

 

Après avoir diffusé des autocollants et des vidéos qui en disent long sur la qualité des débats qui attendent les Français d’ici quelques mois, l’institut prépare "une session d'été" au Château de Couloutre, à la fin du mois de juillet selon leur site Internet avec, en programme, des intitulés de conférences qui permettent agréablement de prendre la température en cet été : "Comment faire échec aux revendications subversives du lobby homosexuel ?", "Inscrire dans la Constitution la séparation de l'Église et de l'État : une provocation anticatholique", "Les arguments à connaître contre l'euthanasie" ou encore "Par ce signe, tu vaincras : mot de conclusion de la session".

 

Plus inquiétant encore, reste ce dernier colloque qui en dit long sur les velléités de Civitas : "Se faire élire pour agir à l'échelon local"… Sur leur site Internet, le texte "L'engagement municipal de 2014 : un devoir pour les catholiques" semble clair. Qu’on se le dise, ceux qui croient encore que les intégristes catholiques sont circonscrits à la caricature et au dérisoire et que seul l’intégrisme musulman représente une réelle menace devraient relire l’Évangile de Luc, pour ne pas se mettre la poutre dans l’œil…

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 20:59

Le débat pourrait paraître dérisoire en cette semaine marquée par la tuerie de Toulouse, mais il faut dire que les Y’a bon Awards ont eut le goût délicat de maintenir leur cérémonie lundi soir, alors que la France entière avait les yeux rivés sur Toulouse.

 

Se définissant comme une remise de prix qui dénonce, depuis 2009, les préjugés ethno-raciaux tenus par des journalistes, artistes ou hommes politiques, elle risque cette année de marquer davantage les esprits. Car ceux qui imaginaient qu’Eric Zemmour et que Claude Guéant allaient sortir grands vainqueurs de la soirée en auront été pour leurs frais : Caroline Fourest et Christophe Barbier furent honorés pour l’année 2012, sous l’œil "impartial" d’un jury composé notamment de Frédéric Martel.

 

Caroline Fourest, le 19 avril 2010 (BALTEL/SIPA)

 Caroline Fourest, le 19 avril 2010 à Paris (BALTEL/SIPA)

 

Pourquoi isoler cet homme, dont on dit tant de choses sur les ambitions, d’un jury composé de quatorze personnalités ? Tout simplement parce que fort d’un contentieux ne datant pas d’hier avec Caroline Fourest, l’auteur qui se fit connaître il y a quinze ans avec "Le Rose et le Noir", a tenu à justifier le choix du jurys  sen expliquant tout bonnement que Caroline Fourest était une "islamophobe obsessionnelle".

 

Caroline Fourest serait islamophobe ? Cela ne vous rappelle-t-il rien ? N’entendez-vous pas un intellectuel faussaire jetant l’opprobre avec un comportement éponyme ?

 

Pourquoi tant de haine ?

 

La chroniqueuse du "Monde" et de France Inter a non seulement tenu à répondre à Frédéric Martel mais envisage très sérieusement de porter plainte contre ce jury pour diffamation et injure, voire pour incitation à la haine. Et on peut la comprendre tant la scène médiatique ressemble un petit théâtre cruel où les débats contradictoires se métamorphosent en lynchage en meute, dans laquelle chiens et chats feraient bon ménage.

 

Comme par exemple, Marine Le Pen qui pour se défendre face à Caroline Fourest dans l’émission "Des Paroles et des actes" prend le livre de Pascal Boniface, qui lui-même dénonce à Alger "ces campagnes hostiles à l’Islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val". Exquis mélange des antagonismes les plus primaires mais qui s’unissent pour faire front à une ennemi commune : Caroline Fourest.

 

"Mais pourquoi tant de haine ?", me demandais-je l’an passé. Hélas, le temps ne fait rien à l’affaire et les mêmes maux rongent la même pensée unique.

 

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté de faire de la pédagogie sur la question. Caroline Fourest s’est déjà expliquée à de nombreuses reprises, dans ses livres, sur le terme d'"islamophobie" qui porte en soi les germes de la mauvaise foi. Dans "Libres de le dire", fruit d’un long et passionnant dialogue avec Taslima Nasreen, elle expliquait en 2009 :

 

"La première fois que j’ai vu ce mot employé, c’était contre vous. Par un groupe anglais radical qui a combattu Salman Rushdie au moment des 'Versets sataniques' " et qui possède "une définition très claire de ce qu’est l’islamophobie, qu’ils expliquent sur leur site web : tout ce qui va à l’encontre des 'Droits de Dieu'. D’après eux, les premières victimes de l’islamophobie dans le monde sont les… talibans."

 

Et comme ce sont ceux qui en parlent le plus qui la lisent le moins, Caroline Fourest n’hésite pas à multiplier les conférences pour ceux qui seraient fâchés avec les livres (Frédéric Martel ne lirait-il que les siens ?), pour rappeler le pouvoir magique que ce mot a sur les esprits, avec une force ravageuse sur la raison :

 


définition de l'islamophobie par gaune_692

 

Pour autant Frédéric Martel est formel : Caroline Fourest est une "islamophobe obsessionnelle". On devine que derrière son implacable jugement, il entend que finalement Caroline Fourest aurait un problème avec l’islam :

 

"Sa vision obsessionnelle de l’islam s’ajoute à une connaissance approximative de ce dont elle parle. (…) Le débat suisse sur les minarets affleure ? Elle l’importe aussitôt en France sans sourciller. Les apéros saucissons ? Elle fait de cet épiphénomène médiatique tout un plat. Confondant le droit de ne pas manger du porc avec une atteinte à la laïcité, elle part en guerre contre le halal avant même Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy." 

 

"La connaissance approximative de ce dont elle parle" : il est toujours fascinant de constater combien ceux qui portent des jugements souvent les plus graves et les plus sévères sont aussi les plus imprudents et, serait-ce un lapsus répandu, ont tendance à reprocher à autrui ce que l’on pourrait voir en eux.

 

Calomnie

 

Ainsi quand Frédéric Martel prétend que Caroline Fourest a "importé" le débat des minarets en France, il semble sous-entendre qu’elle était favorable à ce que l’on débatte d’une telle opportunité en France.

 

Une calomnie pure et simple, et l’auteur de "J’aime pas le sarkozysme cuturel" serait avisé de relire le "Marine Le Pen", qu’elle a composé avec son élue de plume et de cœur Fiammetta Venner, dans lequel sa position est parfaitement contraire à celle-ci. Jugeant ainsi populiste le référendum proposé par l’UDC, elle explique en parlant de cette votation :

 

"Elle aussi se revendique de la laïcité face à l’islam, mais tous ses actes indiquent en réalité une volonté de réaffirmer la domination culturelle du christianisme. (…) Leur argument ne doit tromper personne. (…) Elle ne vise que les minarets. Ce qui introduit de fait une discrimination entre les lieux de culte et les religions."

 

Et les deux auteurs d’en conclure qu’il s’agissait en réalité "d’assurer la domination visuelle et symbolique du christianisme". 

 

De la même manière quand Caroline Fourest s’empare du débat du halal, ce n’est que pour évoquer la traçabilité nécessaire pour consommateur. Quand elle évoque les apéros saucisson, c’est pour expliquer avant tout l'émergence sur la scène médiatique du bloc identitaire qui s’entend comme cochon avec les mouvances nationalistes.

 

A lire Martel, on finirait par croire, non pas que Caroline Fourest serait coupable de racisme envers l’islam, mais que ses prises de positions seraient épidermiques et raviverait le feu de l’intolérance chez ceux qui l’écoutent, un terreau au sarkozysme selon lui.

 

Ce n'est pas la religion qu'elle combat

 

Il va même plus loin en lui reprochant de ne pas utiliser son "temps de parole médiatique pour rassembler au lieu de diviser ; pour faire des propositions en faveur de l’intégration au lieu de lancer des anathèmes ; pour s’intéresser à des problèmes sociaux et économiques au lieu de privilégier toujours le conflit. Jamais le souci de justice n’apparaît."

 

Ah oui jamais ?

 

Ne cessant de marteler que l’intégration à la française fonctionne bien dans son ensemble, notamment quand elle conteste la vision apocalyptique de Marine Le Pen, Caroline Fourest explique pourtant dans "Le choc des préjugés" :

 

"Les enfants de l’immigration maghrébine sont bel et bien partie prenante de la société française. Certains forment même la nouvelle classe moyenne montante. (…) Il suffit d’ouvrir les yeux. Malgré toutes les embuches, des Français pourtant maghrébins franchissent chaque jour l’obstacle, non plus seulement en tant qu’artistes ou footballeurs, mais en tant que médecins, journalistes, militaires policiers, universitaires, entrepreneurs."

 

En réalité, Frédéric Martel a peut-être lu Caroline Fourest mais il fait fi de nuances que la journaliste ne cesse d’égrainer au fil des pages. Il feint d’ignorer la position toujours précise qu’elle décrit et les précautions qu’elle multiplie quand elle traite d’un sujet lourd, l’intégrisme, en le différenciant cliniquement de la religion elle-même. A Taslima Nasreen qui lui demandait ce qu’elle entendait par intégrisme, Caroline Fourest répondit : "J’entends par là ceux qui instrumentalisent la religion à des fins politiques liberticides."  Où est l’islam dans cette définition ? Où est l’essence même de la religion ? Ce n’est pas la religion qu’elle combat mais son utilisation frelatée.

 

Caroline Fourest ne s’attaque pas à l’islam. Ni même au christianisme. Ou au judaïsme. Elle s’en prend aux intégristes. N’en témoigne son livre "Tirs croisés" qui s’attaquent aux intégrismes des trois religions monothéistes. Livre dans lequel, elle disait d’ailleurs : "Au risque de décevoir ceux qui voudraient croire à une barbarie propre à l’islam, le Coran n’est pour rien dans le retard démocratique et séculier des pays musulmans". On a connu plus grande preuve d’islamophobie obsessionnelle. La même qui la pousse à défendre l'imam de Drancy Hassen Chalghoumi, ou à condamner le débat-procès de Sarkozy sur l'islam.

 

Mais il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, comme elle le confiait toujours à Taslima Nasreen :

 

"Les gens se demandent si vous n’êtes pas un peu obsédé par l’islam. Ils n’arrivent pas à comprendre que ce n’est pas nous qui inventons l’actualité. Ce n’est pas nous qu’il faut blâmer si un fou se croit obligé de commettre une folie chaque jour au nom de l’islam. Il y a des fois où je me surprends à résister, à chercher par tous les moyens une actualité impliquant un fou chrétien ou juif, juste pour varier un peu."

 

Frédéric Martel serait-il assez fou pour tenir son raisonnement jusqu’au bout en ajoutant que son livre "Les Nouveaux soldats du Vatican", son reportage sur Canal + "Des petits soldats contre l’avortement", ou son portrait sans concession de Christine Boutin font d’elle une cathophobe ? Ou une chistianophobe ? Et son traitement sans concession de la politique d’Israël, une antisémite? Est-ce bien raisonnable Frédéric Martel ?

 

Fausses rumeurs

 

La mauvaise foi de l’auteur de "Mainstream" est telle qu’elle n’amène qu’à penser qu’il tente là de régler ses comptes, notamment concernant l’affaire Martine Aubry, comme le souligne Caroline Fourest. Et même sur ce point, quand il s’en défend, Martel ne peut s’empêcher de dire n’importe quoi : "c’est elle, Caroline Fourest, qui a lancé l’offensive contre Brochen, le mari de Martine Aubry, qui serait "l’avocat des islamistes".

 

C’est faux, et je suis bien placé pour le savoir. Ce n’est pas Caroline Fourest qui a remis son extrait en pâture lors de l’affaire des rumeurs sur Martine Aubry l’été dernier, mais moi-même. Et j’ai été repris par des sites peu fréquentables qui se sont faits des gorges chaudes de mon papier, sans en rapporter les nuances et occultant au passage, faute d'avoir cherché, mon combat sans concession contre l’extrême droite. Ce n’est que suite à ces exploitations frauduleuses, qui fit d’elle l’accusatrice, que la journaliste avait dû se justifier pour tenter d’apaiser ce feu que certainsprenaient un plaisir non dissimulé à attiser.

 

Alors stoïque Caroline Fourest ? En tous cas, il faut sacrément avoir de l’envie et du courage pour continuer à braver les calomnies et les bienpensants pour tenter encore et toujours de faire la pédagogie de son discours pour lutter contre l’intégrisme et garantir aux croyants, aux vrais croyants, de pouvoir vivre en paix. Ou tout simplement pour ne pas abandonner aux racistes le combat pour la préservation de la laïcité, comme elle le confia à l’antenne de Beur FM, le 16 mars 2010 :

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18 mars 2012 7 18 /03 /mars /2012 20:56

Michel Onfray a l’habitude de ses sorties chez Laurent Ruquier le samedi soir. Déjà, il y a quelques mois, il s’était illustré en participant activement au bizutage de Philippe Poutou en l’épinglant avec force et pertinence, mais ô combien de cruauté, sur les non-sens du NPA notamment dans ses tergiversations incertaines concernant le voile et la laïcité :

 

Onfray Poutou par jlhuss

Ce samedi, il commença à surprendre tous ceux qui ne suivent pas nécessairement son actualité en annonçant dès le stand-up de Ruquier qu’il s’apprêtait à voter blanc. Étonnante déclaration pour cet homme qui se revendique à gauche, très à gauche même, qui avait pourtant sur le même plateau annoncé un soutien sans ambigüité à Jean-Luc Mélenchon en octobre 2010, réduisant le PS à une "gauche de droite" :

 

Michel ONFRAY soutient Mélenchon & le projet... par NicoSaxo

Quelques minutes plus tard, Ruquier ne put s’empêcher de l’interroger sur ce soubresaut, et le philosophe de s’en donner à cœur joie avec une argumentation si précise, le trait si dur, des images si fulgurantes, que l’on imagine sans peine le désenchantement qui fut le sien, de ceux qui accompagnent si souvent les amours déchues : 

 

"Je l'ai soutenu un temps oui. Ben ça a commencé le 5 janvier 2011 quand je l’ai entendu dire à France Inter que Cuba n’était pas une dictature. Et quand le journaliste lui a demandé de répéter il a dit : 'Oui, Cuba n’est pas une dictature.' Alors voilà cet homme qui nous dit que la Ve République, la Constitution de 1958, sont quasiment fabriqué par un fasciste qui s’appelle le général de Gaulle mais qui trouve en même temps que Fidel Castro n’est pas un dictateur. Un personnage qui nous a dit du bien de Hugo Chavez, qui, lui, un temps, disait à Khadafi que s’il voulait finir ses jours tranquilles, il pourrait bien l’accueillir."

 

Et Onfray de dégainer son arme fatale :

 

"Quand Jean-Luc Mélenchon nous dit qu’il n’y a pas de problèmes avec l’islam mais qu’il y a toujours des problèmes avec le christianisme… Moi je suis athée, moi ; donc il y a un problème avec LES religions, toutes les religions. Quand il nous dit qu’il vaut mieux que le Tibet soit chinois parce que, quand le Tibet est chinois on n’a pas ses bonnets pointus, jaunes là, de Tibétains, avec leur lama, on sait qu’il est franc maçon, j’pense qu’avec son tablier, il a l’air tout aussi ridicule qu’un Tibétain avec son chapeau pointu jaune." (vidéo à partir de 10'50 jusque 12'34)

 

Tour des Table des Invités [Fun] Ruquier 170312... par peanutsie

 

Une mise en lumière sur le vrai Mélenchon

 

Pour la première émission de la saison dans laquelle Laurent Ruquier fut contraint de ne plus inviter de personnalités politiques, compte tenu du début officiel de la campagne qui va être lancé cette semaine, force est de constater que l’on n’a finalement rien perdu au change.

 

La charge d’Onfray est d’autant plus crédible qu’il a réitéré son attachement pour les valeurs de gauche et sa volonté de voir l’union des gauches de la gauche s’opérer du NPA à Montebourg.

 

Et force est de constater que le philosophe a permis là une mise en lumière on ne peut plus salutaire sur l’homme qui a le vent en poupe, dont on retranscrit fidèlement les diatribes les plus saignantes à l’égard de Marine Le Pen, dévoilant avec beaucoup d’acuité sa pseudo laïcité, mais dont on n’oublie qu’il n’est pas irréprochable en la matière.

 

De la même manière, comment ne pas s’inquiéter de la mansuétude accordée à Chavez, quand on sait que la politique étrangère est le domaine réservé du président, même si le quinquennat de Nicolas Sarkozy a brouillé la lecture de sa feuille de mission établie par la Ve République ? Comment tolérer la clémence pour un homme qui a défendu tour à tour Khadafi et Ahmadinejad, peu connus pour avoir fait régner un vent de démocratie dans leur pays ?

 

La campagne pour la présidence de la République n’est pas qu’une affaire d’économie, thème qui l’a saturée depuis de longs mois. Si la crise nécessitait que l’on s’y attardât davantage, il ne faudrait pas oublier qu’elle est aussi l’occasion de donner une vision pour la France, des valeurs propres à teinter la gouvernance à venir. Et de ce point de vue, la vision partiale de Mélenchon pour la laïcité, dénoncée par Onfray, sa vision partisane de l’occupation chinoise du Tibet qui à l’entendre serait préférable à son autonomie ou encore son aveuglement à l’international vis à vis des pires dictatures qui sévissent encore dans le Monde amènent à penser que Mélenchon peut toujours partir à l’assaut de la Bastilleil n’est pas bien sûr que sa candidature soit le gage assuré de la préservation des valeurs de la République. 

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 19:44

Cruauté des temps modernes, où l’éphémère devient l’essence même de l’existence. Voilà presque deux mois que "Charlie Hebdo" a été victime d’un attentat. Deux mois que le "Charia Hebdo" a suscité toutes les critiques mêmes les plus inacceptables. Deux mois que les dessinateurs ont dû se résoudre, malgré eux, à une protection policière. Et puis plus rien. Ou du moins plus grand-chose.

 

Luz et le Charlie Hebdo

Luz et le Charlie Hebdo "Charia Hebdo", le 03/11/11 à Paris (M. Fedouach/AFP)

 

Pourtant, la laïcité, entre temps, ne cesse de trembler en France et menace de s’effondrer. Les intégristes catholiques ont largement repris la main dans ce bras de fer de "cons" après lesmanifestations au couteau contre la pièce intitulée "Sur le concept du visage du fils de Dieu", manifestations initiée par Civitas, puis celles organisée par les mêmes fous de Dieu contre Golgota Picnic. Et enfin les candidatures ouvertement laïcides, comme celle de la bigote qui radote, qui promet de rajouter jusque dans la Constitution européenne que nos racines sont avant tout judéo-chrétienne. Ou encore celle grimée en caméléon de Marine Le Pen, qui favorise l’intégrisme catholique et dont la laïcité commence là où s’arrête l’Islam.

 

Charlie Hebdo et la liberté d'expression

 

La laïcité, pilier de notre République, est plus que jamais menacée et "Charlie Hebdo" ne doit pas être oublié. Ce week-end, Luz et Charb’ en dédicace à la libraire de la Renaissance, au Mirail, pour leur ouvrage compilation "les 1001 unes de Charlie Hebdo", ne disaient pas autre chose :

 

"La religion est devenue un sujet très sensible. Mais on ne nous fera pas taire. La liberté d'expression vaut d'être défendue."

 

Non, on ne vous fera pas taire et bien mieux que cela, on ne vous fera pas gommer les caricatures qui, chaque semaine, donnent les lettres de noblesse à notre liberté d’expression. Et ceux qui osent encore dire que vos critiques envers l’islam sont offensantes et bien plus nombreuses que celles envers le catholicisme en ont été pour leurs frais. Quand "Charlie" publie début décembre un spécial n°2016 "intégrisme chrétien" avec, en supplément, huit affiches au moins aussi sulfureuses que celles qui ornaient le numéro de "Charia Hebdo", avec notamment celle représentant le Christ sur sa croix titrée : "Ils veulent interdire la culture" et dans laquelle la *** de Jésus lui fait dire : "Ils m’empêchent d’applaudir."

 

Oui, les caricatures sont utiles à la pensée

 

 

De quoi faire la nique à ceux qui, comme Daniel Schneidermann, assimilent les traits de "Charlie" à de la provocation gratuite sans intelligence, à en croire le ton péremptoire et sentencieux du fondateur d’"Arrêt sur images", lui qui réfléchit tant au point de faire des articles tautologiquesretranscrivant paresseusement le débat entre Laurent Joffrin et Yann Barthès pour vendre sa prose à "Libération".

 

Oui, Monsieur Schneidermann l’humour peut amener à réfléchir et à se poser des questions. Et l’excellent opus des "1001 caricatures de 'Charlie Hebdo'", un véritable coffre-fort d’humour et de réflexion sur l’histoire des temps modernes, en est l’illustration la plus irrévérencieuse et la plus implacable. Depuis le drame caché de De Gaulle qui avait trois Mongoliens, Pasqua, Seguin et Villiers, grimés en têtes siamoises, jusqu’à Marine Le Pen en transat, qui, sommée d’évoquer l’attentat d’Oslo, répond, la clope au bec : "La Norvège ? Arrêtez, ça me rappelle le bureau !!"…  Je l’avoue, j’ai devancé le père-noël pour m’offrir ce plaisir de me coucher chaque soir avec quelques unes à vous faire perdre l’envie de dormir. Délicieux supplice.

 

Et puis, en ces temps de fêtes où la fièvre acheteuse ne doit jamais se substituer à l’altruisme, acheter "Charlie Hebdo", c’est aussi un acte citoyen pour une équipe SDF et qui est gracieusement hébergée pour travailler. C’est aussi cela l’esprit de Noël.

 

Alors, bonnes fêtes "Charlie" !

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 19:32

Ce week-end, tous les médias l’annoncent : au Maroc, les élections ont vu la  victoire des islamistes modérés. Les même qui annonçaient leur victoire en Tunisie, ou leur programme en Libye.

 

Abdelilah Benkirane, secrétaire général du parti de la justice et du développement se réjouit des résultats aux législatives à Rabat le 27 novembre 2011 (A. SENNA/AFP)

 Abdelilah Benkirane, secrétaire général du PJD se réjouit des résultats aux législatives à Rabat le 27 novembre 2011 (A. SENNA/AFP)

 

N’y aurait-il pas comme un malaise en Occident au point d’user et d’abuser, en guise de méthode Coué, d’un oxymore pour évoquer la victoire de parti politique dont l’essence même est la religion ? Cette stupeur fut d’ailleurs à l’origine du si sulfureux "Charia Hebdo" comme en atteste l’édito de Mahomet, voix transmise par prosopopée, qui déclarait sans rire : "Quel intérêt aurait un parti religieux à prendre le pouvoir pour ne pas appliquer ses idées ?"

 

Est-il nécessaire de redéfinir l’islamisme ? Le Robert dit : "Mouvement politique ou religieux prônant l’expansion ou le respect de l’islam". Autrement dit, mouvement qui agit pour le prosélytisme ("expansion") ou la charia ("respect de l’islam"). Alors il est temps de rétablir une vérité. Non, il n’existe pas d’islamisme modéré, pas plus qu'il n’existe d’islamistes modérés.

 

Si l’on entend par modération le bannissement de traditions archaïques qui peinent à trouver leur justification dans les textes sacrés à moins de les déformer comme l’excision ou la polygamie, alors on se trompe. Nous ne sommes pas dans la modération, mais dans la disparition de la barbarie.

 

Démocratie et sécularisation


L’islamisme, c’est l’instrumentalisation du religieux à des fins politiques. C’est l’utilisation de la croyance afin de s’accaparer le pouvoir. Le Coran a son pendant du "rendons à César" de la Bible : il s’agit du verset 38 de la sourate 42 qui recommande de "laisser les hommes délibérer entre eux de leurs affaires". Ceux qui respectent cette fatwa sont des Musulmans. Ceux qui ne la respectent pas sont islamistes et profanes. Ils n’ont rien à voir avec la religion.

 

Que ce soit bien clair : les démocraties ne s’accommodent pas du pouvoir religieux. Toute démocratie qui laisse entrer en son sein la matière religieuse comme commandement ou comme ligne directrice perd de sa nature profonde et ouvre la porte à la dictature. Rappelons nous l’histoire de l’Iran, si parfaitement résumée par Marjane Satrapi dans "Persepolis" : les Iraniens croyaient s’être débarrassés du Schah… Ils ont hérité de la terreur islamiste. Une dictature en a remplacé une autre.

 

Et ceux qui, trop hâtifs, penseraient que cela ne concerne que les pays arabes se trompent lourdement : que dire des Etats-Unis qui mirent à sa tête Georges Bush Jr., qui milita pour le lobby créationniste au point de placer un Provie à la Cour Suprême propre à remettre en question l’IVG aux Etats-Unis? Que dire d’Israël qui au nom de fanatiques religieux pratiquent une politique indigne envers la Palestine ? Que dire de Christine Boutin qui a brandi la Bible dans l’Assemblée Nationale et qui continue à vouloir inscrire dans les préceptes religieux dans la Constitution ?

 

Non, nul n’est à l’abri. La démocratie ne peut s’épanouir que dans la sécularisation. L’islamisme modéré n’existe pas. Et il serait temps de s’inquiéter de voir les religieux s’emparer des failles de la démocratie pour s’imposer de la sorte. Les Tartuffe ont le vent en poupe. Il faut lutter. Et l’arme de la démocratie reste l’information. Ne laissons pas notre journalisme céder à une cécité angélique.

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 19:10

Mercredi, nouveau "Charlie Hebdo". Comme si de rien n’était. Nouvelle une. Et voilà que nos caricaturistes en sont revenus à leurs origines, soixante-huitardes par la "philosophie" : faites l’amour pas la guerre… Sur le papier, nos dessinateurs semblent avoir troqué leurs habits d’irrévérencieux et de caustiques pour les oripeaux du consensuelL’attentat aurait-il réfréné l’ardeurs de nos pourfendeurs de l’intégrisme ?  Erreur.

 

La une de "Charlie Hebdo" qui paraîtra mercredi, une semaine après leur 11-Septembre est plus corrosive que jamais, de la pure jubilation pour qui aime la liberté d’expression, en mettant ses oppresseurs, les intégristes, dans la position la plus inconfortable qui soit : devant leur propre phobie.

 

 

On se souvient que Charlie avait déjà parfaitement répondu à la polémique en 2006, quand ceux qui se prétendaient les messagers des musulmans (une habitude…) criaient à la stigmatisation de l’islam au mépris de l’histoire de l’hebdo qui avait consacré la majorité de ses traits au christianisme :

 

 

Cette fois-ci, l’hebdomadaire fait plus fort en osant un tabou dans l’islam radical : l’homosexualité.

 

Mais au-delà de la provocation qui permettra de reconnaitre les limites de l’humour des soi-disant messagers de l’islam, le titre de Charlie permet de se poser une question légitime par rapport à ces intégristes qui ne disent pas leur nom : l’amour est-il plus fort que la haine ?


Car l’attentat dont a été victime Charlie a été le prétexte à un déferlement de violence des plus abjectes. Je ne parle évidemment pas des propos licencieux de ces soi-disant porte-paroles de l’islam, mais bien de ceux qui, avec une couardise affichée et alléchante, condamnent et menacent sous l’anonymat du clavier pour jouer les terroristes en herbe. La lâcheté à l’état pur. Qui favorise à grandes diatribes l’amalgame entre islamisme et islam pour ceux qui n’en attendaient pas tant pour se déchainer à leur tour. Une belle réussite.

 

Quelle violence me direz-vous ? Déjà celle qu'ont eu à subir, après l'attentat, les auteurs de Charlie Hebdo, puisque souillés et harcelés comme jamais par de violentes insultes, ils en sont venus à suspendre leur compte Facebook. Mais tous ceux qui les ont soutenus n'ont pas été épargnés pour autant : Libération fut menacé à son tour pour avoir hébergé nos caricaturistes SDF. Et puis, ici même sur Le Plus, il suffit de vous rendre sur les commentaires de mon premier article sur Charlie, puis du deuxième et enfin du troisième pour vous en rendre compte par vous-même.

 

Ou même de visiter ce forum où l’un d’eux est cité en intégralité avec un appel direct à la violence envers l’auteur, à savoir moi-même  : "Vous avez leur contact, il suffit de les contacter et de leur faire part de votre mécontentement ou vous pouvez faire le kamikaze, vous avez l'air préparer pour faire ce genre de chose ou avec un cocktail Molotov ou avec un fusil à pompe."

 

Je pourrais rajouter "sic" tant la non-maîtrise du langage s’accommode, non sans harmonie, avec les menaces barbares… Un pléonasme.

 

Et ce au sein de notre République, de notre démocratie, où la liberté d’expression est assurée. Sans commentaires.

 

Vous pouvez aussi prendre l’une des réponses de l’un de nos commentateurs (car celui-là comme beaucoup d’autres aboie ou braie c’est selon mais ne contribue pas) qui a heureusement été retirée du site : "J'aimerais bien qu'un proche de victime du 11 sept te rende une "petite visite de courtoisie" , ça serait bien mérité . C'est la-men-ta-ble . Pauvre type !"… L’énergumène sévit toujours en toute impunité sur nos colonnes…

 

Alors oui Charlie, il est bien temps, grand temps même, que l’amour soit plus fort que la haine puisque votre faites de l'humour pas la guerre fut condamné, sans appel possible. 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 19:10

N’en déplaise à Daniel Schneidermann, attardons-nous un instant sur "l’affaire Charlie Hebdo". Loin de moi l’idée d’épiloguer sur le regretté fondateur d’Arrêt sur Images, regretté car depuis l’opus aigri et raté de l’hiver dernier Crise au Sarkozistan, il semblerait que celui qui était à la pointe de la liberté d’expression face à l’oppresseur, ait depuis pris quelque distance avec la lucidité, au point de prendre en grippe même les défenseurs de notre laïcité, dès lors que l’on touche au croissant vert. Dont acte.

 

Charia Hebdo - Charlie Hebdo

 

L’on évitera toutefois de tomber dans la psychose du bipartisme à l’image de certains journalistesou encore des Guignols de l’Info qui, lundi soir, malgré un soutien sans failles et assez drôle quand PPD disait ne pas craindre de ripostes en indiquant en guise d’adresse la tour de TF1, ne purent s’empêcher de se sentir gênés d’être sur la même ligne que Copé et que l’UMP…

 

"Attentat" pour bataille sémantique. N’en déplaise aux caricaturistes de Canal, l’"attentat" désigne un délit criminel à l’encontre d’une personne ou d’une institution, et il n’y a rien dans les actes de mardi soir qui ne contrevienne en quoi que ce soit à cette définition. Ce n’est pas parce que Riposte laïque (sic… oui sic parce que l’épithète "laïque" liée à ce "groupe" choque…) ou encore Marine Le Pen sont solidaires avec Charlie, pour d’obscures et funestes desseins, qu’il faut s’en désolidariser. Ce serait faire leur jeu. Il ne faudrait pas inverser les rôles.

 

Qu'en pensent les messagers des musulmans ?

 

Il conviendra davantage d’analyser scrupuleusement ce que les musulmans ou leurs messagers, voire leur soi-disant messagers en pensent. Parce qu’après tout, on voudrait nous faire croire que le sujet principal est l’islam… quand bien évidemment il n’était question que d’islamisme ou d’intégrisme.

 

La parole des officiels était attendue. Il n’en fut qu’une qui soit irréprochable, et saluons-là comme il se doit : celle du président de la Conférence des imams de France, l'imam de Drancy, Hassen Chalghoumi. Irréprochable dans sa condamnation et dans son analyse, c’est le seul à avoir assumé avec courage la défense d’un islam laïque, un islam qui se fond dans la République sans pour autant se dénaturer ou se renier : "Je dis aux Français, je dis à l'Europe, et à l'Occident en général, mais je dis aussi aux journalistes : Réveillez-vous ! Arrêtez de soutenir l'islam politique. Ne soyez pas naïfs, ces gens-là sont intolérants, ils menacent même des musulmans qu'ils jugent trop modérés".

 

Et ceux qui trop zélés se diraient que l’homme n’est pas fidèle au prophète ou au Coran, je ne saurais trop les amener à relire le verset 38 de la sourate 42 qui recommande de "laisser les hommes délibérer entre eux de leurs affaires"… L’équivalent du "Rendons à César…" de la Bible… Mais les littéralistes ont la mémoire sélective des textes à consacrer.

 

Un double discours

 

Un autre pontife de la religion musulmane en France a condamné sans retenue l’attentat dont a été victime Charlie Hebdo : M. Dalil Boubakeur, recteur de l’Institut musulman de la Grande Mosquée de Paris. "A propos de l’incendie cette nuit des locaux du siège de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, la Grande Mosquée de Paris condamne un acte qui ne peut en aucun cas représenter les principes de liberté, de tolérance et de paix qui sont le message de notre institution".

 

Mais ce message, on ne peut plus clair, est obscurci par une suite pour le moins brumeuse : "La Grande Mosquée de Paris rappelle que le climat européen anxiogène d’islamophobie, fait d’amalgames en tout genre et de stigmatisations caricaturales de la foi islamique et des musulmans, est fort regrettable et nuisible aux valeurs laïques et du vivre ensemble que les musulmans de France partagent pleinement". Stigmatisations caricaturales ? L’adjectif n’est semble-t-il pas choisi par hasard pour Charlie Hebdo.

 

Monsieur Boubakeur sous-entend peut-être que les caricatures de Charlie sont offensantes et sont "nuisibles" au "vivre ensemble". Une condamnation en filigrane… et pour cause : la Justice a appris à Monsieur Boubakeur à davantage de prudence. Davantage qu’en 2007 quand il fut à l’origine de la plainte contre… Charlie Hebdo dans la fameuse affaire des caricatures. Affaire qu’il perdit puisque la loi française, rappelons-le, ne condamne plus le blasphème depuis la Révolution française. Le double discours de Boubakeur n’est toutefois pas illisible…

 

Dans la même veine, le Collectif des Institutions musulmanes de Roubaix pratique avec mimétisme l’art du double langage, propre à rappeler que la réponse est démesurée mais pas nécessairement injustifiée.

 

Et quelle surprise, ô surprise, de voir l'UOIF  marteler de manière ferme: "L’usage de la liberté d’expression exige un sens de la responsabilité" ! Un coup de poignard après l’incendie ! Et l’UOIF d’enfoncer le clou avec sévérité : "ces publications, loin de servir la paix et la cohésion sociale, cherchent à s’attaquer à un symbole de la foi de près d’un milliard et demi de musulmans dans le monde, et plus particulièrement de la communauté musulmane de France, qui se sentent offensés" ! Ah oui sinon, on en oublierait presque que l’UOIF "a tenu à condamner ‘avec la plus grande fermeté’ l’incendie criminel"… Oui on l’aurait "presque" oublié…

 

 Charb, directeur de la redaction devant les locaux détruits de Charlie Hebdo le 2 novembre 2011 - URMAN LIONEL/SIPA

Charb, directeur de la redaction devant les locaux détruits de Charlie Hebdo le 2 novembre 2011 (URMAN LIONEL/SIPA).

 

Les messagers officieux

 

Mais au-delà de ces porte-voix officielles de l’islam il est toujours intéressant de se pencher sur les messagers officieux, ceux qui opèrent en toute discrétion par pure idéologie. Et bien évidemment l’irréprochable, l’universitaire et l’inattaquable car ô combien consacré par "le Savoir" Pascal Boniface, dont le manque de rigueur est un secret de polichinelle tel qu’il en est l’objet d’un blog (quel honneur Docteur !), s’en donne à cœur joie pour tirer à boulets rouges sur Charlie.

 

Faites entrer l’accusé : "Charlie Hebdo, au nom d’une critique de la religion qui se présente comme courageuse, concentre ses attaques sur les musulmans, qui ne sont – institutionnellement – pas en mesure de se défendre. C’est une religion qui est régulièrement stigmatisée, davantage que les autres". 

Et l’auteur des Intellectuels faussaires (sic) d’enfourcher son cheval de bataille sur Israël quitte à oublier que Charlie Hebdo a davantage "massacré" le catholicisme pendant trois décennies que l’islam, un point d’histoire qui avait déjà valu la relaxe de l’hebdomadaire lors de l’affaire des caricatures : "Celui qui assure que sa ligne éditoriale consiste à s’en prendre de la même manière à toutes les religions. Lorsque Philippe Val était à la tête du journal, il s’est illustré par un soutien sans faille à Israël, et l’on peut penser que cette ligne n’a pas été modifiée… Je note que lorsque Siné a été renvoyé de Charlie Hebdo, le principe de liberté d'expression n'a pas prévalu."

 

Taper sur les intégristes n'est pas taper sur l'islam

 

Sinon pour conclure, je ne saurais vous quitter sans vous rappeler que Charlie Hebdo est un journal satirique français, publiant en France, pays dans lequel la liberté de la presse est totale, la liberté d’attaquer en justice des propos que l’on juge calomnieux est totale aussi, que le blasphème n’est plus puni par la loi, que taper sur les islamistes ou les intégristes ce n’est pas la même chose que de taper sur l’islam à moins de le prétendre et de faire soi-même l’amalgame…

 

D’ailleurs le dernier mot revient à l’incarnation même de ces principes, exprimés par la voix d’un modéré à coup sûr : le président du Conseil régional du culte musulman d'Ile-de-France Est, Hassan Moussaoui, a déclaré sur i-Télé mercredi matin : "Nous condamnons cet acte d'incendie mais nous condamnons aussi l'acte de Charlie Hebdo. Nous condamnons la publication de ces caricatures, l’humour a des limites, la liberté d’expression a des limites". La liberté d’expression a ses limites ! Voilà un homme qui a compris la République et la démocratie !

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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 19:10

Les passages de Tariq Ramadan sur les plateaux télévisés sont assez rarement intéressants. Souvent on lui sert la soupière idéale, et le rhéteur de jouer les enjôleurs et de nous fournir un brouet que les animateurs, trop peu préparés pour ne pas dire plus, prennent pour un velouté exquis. Mais il arrive que les contradicteurs soient choisis avec davantage d’exigence et que de la joute sortent les petites pépites qui permettent de gratter sous le vernis si impeccable a priori. On se souvient notamment de la gifle infligée par celui qui deviendra Président de la République quand il fit dire au Genevois qu’il était pour un moratoire concernant la lapidation des femmes.

 

Tariq Ramadan le 26 août 2011 à Abidjan en Côte d'Ivoire (S. KAMBOU/AFP)

 Tariq Ramadan le 26 août 2011 à Abidjan en Côte d'Ivoire (S. KAMBOU/AFP)

 

Samedi soir, c’est Paul Amar qui avait prévu de le confronter à l'avocat Gilles-William Goldnadel. Mais l’invitation intervint avant l’attentat de mardi soir à l’encontre de "Charlie Hebdo". Et l’animateur de "Revu et corrigé" d’appeler Charb sur son plateau, de manière à débattre à trois sur l’islam, l’islamisme et la liberté d’expression. 

 

Savoureux moment qui permit de dévoiler, une fois de plus, le visage de Tariq Ramadan, celui qui prône pour un islam modéré côté face, et celui qui peut parfois approcher les rives obscures des Frères Musulmans, côté pile. La séquence débuta par l’attentat dont fut victime "Charlie Hebdo". Et d’écouter avec attention la position de Tariq Ramadan.

 

 

 

Il faut bien le reconnaître, Tariq Ramadan est un habile rhéteur. Avec quelle hardiesse parvient-il à dire quelque chose tout en faisant passer un tout autre message à ceux qui veulent bien l’entendre. Alors bien évidemment, Ramadan commence par condamner l’attentat "sans conditions". Mais il est intéressant de constater que cette condamnation attendue dure bien moins longtemps que ce qui va suivre, le "deuxième débat", dans l’émission originale avant montage. Et sur quoi est concentré le reste du discours ? L’humour de "Charlie Hebdo" qu’il estime exploité par des lâches animés par le mercantilisme.

 

Pour lui, l’hebdomadaire satirique céderait à de l’humour "discutable" pour taper sur l’islam parce que cela fait vendre. Mais contrairement à Boubakeur ou à l’UOIF, la condamnation de Ramadan n’est pas introduite dans le discours par une opposition comme la conjonction « mais ». Subtil et diabolique tour de passe-passe car la diatribe à l’encontre de l’humour de Charlie Hebdo est à la fois bien plus lourde dans la charge ("lâches",  "faire vendre"…) et tellement plus développée que la condamnation des attentats apparait davantage comme une concession à la dénonciation de "Charia Hebdo".


Et on le voit dans le montage, Ramadan est contraint de se défendre de pratiquer un double discours, tant personne sur le plateau n’est dupe de la partition qu’il a produite. Une partition faite en deux parties, faisant comprendre à ceux qui veulent bien l’entendre que la seconde importe davantage que la première.

 

Double discours

 

L’argumentation, ensuite, de Ramadan fait sourire, car elle rejoint en tous point celles des intégristes qui comprennent à mi-mots l’attentat, ou encore ceux qui, en authentiques lâches eux, se voilent sur le clavier dans l’anonymat d’un pseudo sur le net pour justifier un acte criminel. Finalement, on en arrive à penser deux choses : soit "Charlie Hebdo" l’a bien cherché. Soit son but était de faire de l’argent et que de ce point de vue, l’attentat sera rentable.

 

Et cette deuxième attaque, notable dans la partie liminaire du discours de Ramadan dans l’émission, devient subreptice en revenant de manière déguisée à la toute fin de l’émission quand Charb lui propose un abonnement et que Ramadan demande à ce qu’on lui offre en cadeau, au risque de comprendre que Charlie peut bien se le permettre…  

 

Enfin, on le voit, l’argument principal de Ramadan pour condamner les dessins de "Charlie Hebdo", reste la stigmatisation systématique et prioritaire de l’islam. Et quand on vient lui dire que l’hebdomadaire avait davantage stigmatisé le christianisme depuis vingt ans, l’argument qui permit en 2006 de gagner le procès des caricatures, Ramadan dit que ce n’est plus le cas depuis ces derniers temps. Ce qui est parfaitement contesté par Charb qui ajoute que les caricaturistes suivent l’actualité… et non pas les obsessions supposées de Tariq Ramadan. De l’hôpital qui se moque de la charia car s’il en est un qui a une obsession, c’est bien Monsieur Ramadan qui voit tel un mirage le spectre d’Israël en tous lieux :

 

 

 

On voit bien quelle est la seule chose qui anime Ramadan dans ce débat : ce n’est pas tant que le fait que le Christ soit plus ou moins raillé que Mahomet que le fait qu’Israël serait épargnée. Accusation stérile et on ne peut plus fantasmagorique. Ainsi Ramadan accuse "Charlie Hebdo" de ne pas s’être penché sur le cas de M. Goldnadel qu’il accuse de s’être opposé à la liberté d’expression des journalistes d’une grande chaîne publique française dans le traitement des événements survenus en Israël.

 

Une argumentation fragile

 

Et Charb démontre qu’il a déjà fait trois dessins sur la question, qui lui ont valu des menaces de procès par l’intéressé. Toute l’argumentation de Ramadan s’écroule. Sous nos yeux ébahis de voir tant de mauvaise foi ainsi mise à jour. Et Monsieur Ramadan ne s’en cache pas : peu importe la raison quand la haine de l’autre domine :

 


 

 

Comment dès lors accorder du crédit à sa vision si modérée de l’islam qui, à l’entendre, peut parfaitement s’accommoder de la démocratie, expliquant que la polarisation d’un affrontement manichéen entre laïques et islamistes était un piège et qu’il fallait privilégier une troisième voie.

 



 

Pour un peu on en oublierait le reste du débat. Et pourtant, il faut être vigilant car même lorsque les propos de Ramadan paraissent, enfin !, rassurants, le double discours rôde. Ainsi il s’intéresse au cas des femmes en expliquant qu’elles peuvent parfaitement rester musulmanes tout en s’ouvrant politiquement, économiquement et culturellement.

 

Une invitation aux antipodes de la femmes emmurée ou grillagée que l’on voit en Arabie Saoudite ou en Afghanistan. Mais tout en précisant : "rester musulmans et défendre les valeurs que nous chérissons". Mais de quelles valeurs Monsieur Ramadan parle-t-il ? Et surtout ces valeurs (musulmanes) sont-elles compatibles, voire supérieures aux valeurs de la démocratie quand elles diffèrent ? Ainsi grimer le prophète est illicite en islam et pourtant une des libertés fondamentales de la démocratie. Alors, qu’est-ce qui prévaut dans ce cas ? A cela Ramadan ne dit bien évidemment rien en plateau.

 

Car il est une constante dans le double discours : il faut toujours suggérer, superposer sans relier, ou ne dire que la moitié. De façon à ce que chacun comprenne ce qu’il veut bien entendre.

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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 19:11

Presque six ans après l’affaire des caricatures, qui avait abouti à un procès retentissant, Charlie Hebdo en remet une couche en caricaturant le prophète…

 

 

L’équipe a changé puisque Philippe Val a rejoint Radio France, Caroline Fourest et Fiammetta Venner n’y officient plus. Mais la volonté de réaffirmer la liberté d’expression reste intacte, constituant l’essence même de ce journal satirique.

 

"100 coups de fouets si vous n’êtes pas morts de rire" s’exclame en une, un Mahomet facétieux qui vient "fêter" l’arrivée au pouvoir du parti islamiste Ennahda en Tunisie. RebaptiséCharia Hebdo, l’hebdomadaire s’ouvre sur un édito du prophète, ou plus exactement sur une prosopopée autour de son personnage, qui ne cache pas l’inquiétude que suscite la victoire des islamistes qui ferait presque regretter à certains la période Ben Ali : "Quel intérêt aurait un parti religieux à prendre le pouvoir pour ne pas appliquer ses idées ?", dit en substance un édito intitulé apéro halal en référence aux apéros saucisson vin rouge organisé par les Identitaires. Une provocation qui en répond à une autre : celle qui consiste à dire qu’il n’y a rien à craindre avec les islamistes au pouvoir et que tout va bien Madame la Marquise

 

On se souvient que l’affaire des caricatures avait fait une polémique propre à ébranler la République. Imaginez l’importance que revêtit le procès de Charlie Hebdo : allait-on pouvoir rétablir le blasphème aboli depuis la Révolution Française ?

 

Le 21 février 2006, Charlie Hebdo affichait en pleine une d’un numéro qui publiait les caricatures danoises sur l’islam que personne n’osait publier à l’époque, un dessin qui provoquera la colère et la fureur des intégristes musulmans : Mahomet se lamente en déclarant : "C’est dur d’être aimé par des cons".

 

Charlie Hebdo - affaire caricatures


A l’époque, on crie très vite à l’islamophobie. Y compris, le "très laïque" président de la République de l’époque. Jacques Chirac, en plein conseil des ministres, et qui avait déjà célébré en grande pompe les 1500 ans du baptême de Clovis, considérant que la France était la fille aînée de l’Eglise, avait eu alors des paroles lourdes. Trop lourdes pour notre laïcité : "les provocations manifestes susceptibles d'attiser dangereusement les passions. Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité".

 

Et le chef de l'Etat d’alors de conclure : "Si la liberté d'expression est un des fondements de la République, celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance et de respect de toutes les croyances". 

 

Hors-sujet : les "cons" n'étaient pas les musulmans mais les fous de Dieu, avec le chapô qui ne laissait aucun doute : "Mahomet débordé par les intégristes"…

 

De nombreuses personnalités se rendirent au tribunal pour réaffirmer le caractère sacré et intouchable… de la laïcité. Parmi eux, Elisabeth Badinter, François Hollande et... François Bayrou (voilà qui fera taire ceux qui osent encore dire que le président du MoDem n'est pas laïque...). Nicolas Sarkozy ménagea ses effets en écrivant une lettre lue au tribunal.

 

Richard Malka, l'avocat de Charlie, finit dans sa plaidoirie finale par expliquer aux grands pontifes de l’islam de France, que, s’ils voulaient que Mahomet soit traité de la même manière que le christianisme l’est par les caricaturistes de Charlie, il fallait qu’ils s’attendent à bien pire. Et l’avocat d’exhiber les dessins les plus crus, les plus obscènes que l’hebdo avait publiés pour railler le Pape et les chrétiens. Charlie fut relaxé. La République et son bijou précieux, la laïcité, pouvaient dormir en paix.

 

Mais personne, non personne n’oubliera les manifestations de haine pour réclamer la tolérance (sic) envers l’islam. Personne n’oubliera ces drapeaux danois et français brulés. Personne n’oubliera la menace de mort que reçut Philippe Val. Non personne. Et pour l’éternité Patrice Lecomte nous offrit un film de cette épopée qui se termine comme une comédie, quand elle aurait pu tourner à la tragédie.

 

A l’époque, le numéro qui avait été au cœur de la polémique, verra Yves Simon avoir des mots très justes pour évoquer l’affaire des caricatures danoises: "on va comme un seul homme brûler des ambassades (…) en confondant allégrement des individus et leur territoire, des dessinateurs et leur nation". La généralisation et l’ostracisme : n’est-ce pas là le signe distinctif d’un comportement raciste ? Quand on sait en outre que les opposants aux partis en place croupissent dans les prisons, quand ils ne sont pas purement et simplement assassinés, l’on comprendra mieux alors comment ces Etats s’accommodent de la liberté d’expression. En refusant le débat, le Moyen Orient ternit son image, et discrédite ses principes. Et Yves Simon de rappeler "Pas de critique, donc pas de liberté…"

 

Six ans plus tard, ses mots sont toujours aussi vrais et doucheront, espérons-le, ceux qui, trop zélés, feront écho aux fous de Dieu qui perturbent les représentations théâtrales, ou saccagent les photographies dans les musées.

 

Et rappeler une bonne fois pour toutes que les caricaturistes ne luttent pas à armes égales avec les intégristes : leur ire peut se gommer. Pas les destructions et les crimes.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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