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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 20:04

Suite du débat : Quick joue-t-il le jeu du communautarisme et l’enseigne est-elle crédible quand elle prétend ne pas céder à la discrimination ?

A l’heure où les débats sur la burqa ont fait couler beaucoup d’encre, débats qui ont abouti, on le sait, à une loi qui en interdit le port, votée depuis mardi dernier par l’assemblée, la question du communautarisme est clairement posée concernant l’initiative de Quick d’imposer le halal dans 22 de ses restaurants. Surtout que lors de la période d’essai portée sur 8 restaurants, aucune offre ne venait compléter la moindre alternative : c’était du halal ou rien d’autre (les commentaires rassurants disant que seuls les sandwichs à base de viande étaient concernés sont d’une hypocrisie grotesque sachant que la viande représente principale vente de la restauration rapide, et que la polémique ne risque pas de porter sur des frites, les sodas ou des glaces version halal…). Finalement, Quick a décidé de concevoir un sandwich non halal pour ceux qui ne voudraient pas en consommer… mais un sandwich déjà préparé et qu’il suffira de réchauffer sur place. S’il n’est pas prévu de diversifier l’offre dans ces restaurants proposant de la viande halal, c’est tout simplement pour des raisons budgétaires comme le rappelle Jacques Edouard Charret :

 

 

Etonnamment, ce compromis très en défaveur de ceux qui ne consomment pas halal semble satisfaire tout le monde, à commencer par la presse et le maire de Roubaix qui, rassuré de voir une offre diversifiée, a décidé de retirer sa plainte :

 

 

Oui mais voilà : ce qu’annonce le journaliste en présentation est erroné et le fruit d’une mauvaise interprétation : « le Burger au bacon va donc bel et bien partager l’affiche avec celui à la Dinde fumée » Faux. Seul un sandwich sera présenté et il ne sera pas concocté en cuisine pour les raisons invoquées par Charret (nécessité d’une double-cuisine trop ruineuse en coût). Il est donc surprenant de voir le maire PS de Roubaix retirer sa plainte au nom de la « variété » de ce qui est proposé, car un sandwich, qui plus est produit en amont, ne fait pas le poids face à l’offre halal qui se déclinera à toutes les sauces. Où se situe alors la variété pour celui qui ne souhaite pas consommer halal, c’est-à-dire celui qui ne veut pas contribuer financièrement au culte musulman, même en partie infime ? Vandierendonck a-t-il voulu enterrer l’affaire sous l’influence d’un PS qui était bien gêné lorsque le maire PS avait décidé d’en référer à la justice, surtout que sa plainte surgit en plein milieu des Régionales ? D’autant plus dans un contexte où la gauche ne peut se passer d’un certain électorat très sensible à la question religieuse, surtout la question musulmane, qu’elle soit intégriste, ou modérée ? C’est une hypothèse que l’on ne peut écarter.

Toujours est-il que l’annonce de l’arrivée d’un hamburger « de la diversité » a semble-t-il rassuré tout le monde, chacun ayant l’impression de pouvoir choisir :

   

 

Pourtant, il faudrait rectifier : tout le monde ne peut pas choisir ce qu’il mange mais peut manger… à la mode halal ! Car quid de celui qui voudra un sandwich au bacon ? Quid du juif pratiquant qui voudra manger cacher et qui ne mélange pas le lacté et le carné, comme le proposent toutes les sauces n’ayant pas pour base la moutarde et le ketchup et n’ayant pas de fromage ? Qui du végétarien ? Quid du végétalien ? Quid de l’allergique au gluten ? Tout le monde peut-il véritablement manger halal ? Evidemment non : Quick invite donc bien à ce que tout le monde mange comme un musulman. Nuance. Il n’y a finalement pas de choix comme le croient les consommateurs naïvement. La démarche est donc assurément communautariste. Pourtant, Quick tente d’embrumer tout le monde en revenant à son slogan favori : « Nous, c’est le goût »… et défie quiconque à sentir une différence entre une viande qui est halal et celle qui ne l’est pas. Opération gustative réussie :

 

 

Le problème, encore une fois, n’est évidemment pas le goût mais bien la certification halal qui impose un abattage de la bête que l’on peut déplorer, et surtout qui est facturée d’un montant reversé au culte musulman. L’on est en droit de ne pas vouloir financer une religion quand on mange un sandwich dans un fast-food.

Mais Charret persiste et signe et se défend d’entreprendre une démarche communautariste. A l’entendre, l’offre est faite pour que tout le monde puisse, sans contrainte alimentaire, se retrouver autour d’une table. Et le client n’y voit que du feu :

   

 

Pourtant, comme nous l’avons vu, ce n’est pas le cas. Le contraire risque même d’arriver : il y aura le Quick des Musulmans, et celui de ceux qui ne le sont pas. Indéniablement, Quick fait tout pour apaiser le climat social et sa démarche n’est en rien communautariste. Chansons, comme le disait Madame Jourdain. La confusion est telle que certains expriment une ignorance pour le moins confondante, qui montre que la stratégie et la rhétorique des dirigeants de Quick fonctionnent à merveille, et que certains intégristes pourraient profiter de l’opération pour tester la naïveté, le manque de résistance voire l’absence d’hermétisme à certaines de leurs idées : poudre aux yeux quand tu nous tiens…

 

 

A la vérité, cette hallali-sation des Quick est bien plus pernicieuse que l’on ne voudrait bien le croire. Quick se moque de plonger dans le communautarisme pourvu que l’affaire rapporte de l’argent. D’ailleurs, le patron de Quick France ne s’en cache pas :

  

 

Gagner de l’argent quitte à faire du communautarisme, ou de l’éternelle application de « la fin justifie les moyens ». Les initiateurs de ce concept ne veulent pas voir le danger de cette démarche, ou plutôt ils ne veulent pas en porter la responsabilité au nom de la libre concurrence… Pourtant, le dispositif est tout sauf inoffensif car, indirectement, il permet une redéfinition du concept de laïcité telle que certains visions intégristes voudraient l’entendre, comme l’explique parfaitement Caroline Fourest dans Frère Tariq, au sujet de Tariq Ramadan : « Ramadan a redéfini le mot laïcité comme un cadre garantissant la liberté de culte et non une séparation entre le religieux et le politique. » Plutôt que de parler d’islamisation des esprits comme le répètent à tort et à travers et de manière si peu nuancée certains extrémistes, nationalistes cette fois-ci, dénonçons tout de même la part grandissante du religieux dans les affaires publiques alors même qu’il devait se résoudre à n’évoluer que dans la sphère privée depuis 1905.

En tant que citoyens, et en dehors de tout débat portant sur le respect de la laïcité par la Caisse des dépôts et Consignations, nous sommes en droit de nous inquiéter quand des groupes religieux profitent de l’avidité de certains commerciaux, faille de notre système républicain, pour mieux asseoir le communautarisme et ainsi ouvrir la boîte de Pandore, la voie sacrée du prosélytisme. Car dire et répéter que c’est bon de manger halal et que ç’est bon pour tout le monde, quelle que soit sa croyance, c’est faire acte de prosélytisme, surtout quand on sait que Quick reversera une taxe au culte musulman.

Alors, en effet, Jacques Edouard Charret a raison quand il dit que Quick ne fait pas de discrimination, puisque, affirme-t-il « nous n’empêchons personne de venir dans notre restaurant ». Mais il tente un tour de force : celui de convertir le citoyen français, quel que soit ses convictions au halal. N’importe quel intégriste en rêvait. Quick l’a fait pour eux. De l’art du cynisme selon Quick : quelle irresponsabilité pourvu que cela tombe, en écus sonnants et trébuchants ! Il est donc urgent de dénoncer et de dire un mot, un seul : STOP. Cent fois STOP.

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 23:01

Pour une opération marketing, c’est une réussite. Le Quick halal, depuis ses débuts le 30 novembre 2009, jusqu’à sa pérennisation le 31 août de cette année avec pas moins de 22 restaurants sur les 358 que compte la chaîne, déchaîne les passions. Le dirigeant de l’enseigne ne s’en cache pas : Quick n’a pas de vocation philanthropique. L’opération fait scandale, mais surtout elle fait vendre : il faut dire que le marché halal porterait en France sur un budget d’environ 5,5 milliards d’euros avec une croissance à deux chiffres de près de 15%... Cela vaut bien une polémique.

 

Il n’empêche, l’affaire a pris une ampleur importante. Outre la plainte déposée puis retirée par le maire PS de Roubaix, René Vandierendonck, Marine Le Pen est montée au créneau, plus vite que tout le monde pour dénoncer la démarche de Quick. Car l’initiative de ce géant de la restauration rapide n’est pas banale : il ne se contente pas de proposer des produits halal à ses clients, mais ne propose que du halal pour ses produits carnés. Sans aucune possibilité de choisir… au moins jusqu’à l’automne 2010. D’où cette légitime question : Est-il acceptable qu’une enseigne participe au communautarisme dénoncé par certains politiques et autres observateurs, en ne proposant qu’une viande halal à ses clients ?

QUickCommençons tout d’abord par appréhender la limite de ce débat : s’agit-il d’une question politique qui engage la République ou bien alors une simple question sociétale ? En d’autres termes, y-a-il un conflit éthique entre la loi républicaine et laïque et cette décision d’uniformiser le halal dans certains points de vente. A priori, l’on serait tenté de penser que ce débat ne pose pas le problème  de la laïcité. En effet, contrairement à certains établissements scolaires, qui lassés des polémiques, et certainement aussi par faiblesse, ont fait le choix sidérant de ne proposer que de la viande halal, alors que l’école est exclusivement laïque, et que ce territoire de l’état n’est pas censé déroger aux principes de 1905 qui sépare le religieux de l’état, les restaurants Quick sont une chaîne privée et n’ont pas à se soumettre aux mêmes obligations. D’ailleurs, le Directeur de Quick France s’est réjoui dans sa conférence de presse du 31 août de la décision de Justice rendue à Lille pour l’affaire roubaisienne, qui par la voix du procureur, précise que Quick ne fait que répondre à une demande du consommateur, tout comme l'ont bien compris des concurrents directs (en l’occurrence de petites chaînes de hamburgers et surtout de kebabs) qui proposent une offre similaire sur les trottoirs d’en face. Le problème, c’est que la Justice, et certains commentateurs ont occulté un détail, et non des moindres : l’actionnaire majoritaire (à 95% !) de la société Quick n’est autre que la Caisse des dépôts et des Consignations, depuis qu’elle fut cédée par la CNP d'Albert Frère en 2007 suite à l'OPA amicale de CDC Capital Investissement, une filiale de la Caisse. Est-il nécessaire de rappeler que la Caisse des dépôts et consignations est une institution financière publique, placée sous le contrôle direct du Parlement, qui exerce des activités d'intérêt général pour le compte de l'État et des collectivités territoriales ? N’a-t-elle pas le devoir, concernant ses intérêts, de veiller à ce que le droit français s’applique, notamment concernant la séparation stricte du religieux et de l’état ? Eric Zemmour en fit un procès éclairant et pertinent sur RTL :

 

 

Que l’actionnaire majoritaire de Quick cautionne la vente exclusive dans certains points de vente (même partielle d’ailleurs) de produits qui font l’objet d’une taxation finançant le culte musulman pose un grave problème quand celui-ci est public et du domaine de l’état ! L’état n’a pas à financer de manière directe ou indirecte les cultes religieux ! Ce que semble franchement oublier le directeur de Quick France lors de sa conférence de presse du 31 août, ne considérant que l’aspect pécuniaire de la démarche sans aucunement se poser la question qui fâche, de la CDC et du respect de la séparation de l’église et de l’Etat :

 

 

 

Comme d’habitude, dès qu’il s’agit d’islam, on traite la chose religieuse d’une manière différente de s’il s’était agi de la religion juive ou catholique, au nom d’un tiers-mondisme obscur et embrouillé. Car soyons clair : la démarche consistant à ne proposer que de la nourriture cacher aux clients aurait été tout aussi scandaleuse. Ainsi, sous le fallacieux prétexte de l’islamophobie, on tente de nier la loi de 1905 en dénonçant une polémique stérile :

 

 

 

Même les journalistes s’y mettent, craignant d’emboîter le pas à Marine Le Pen, comme Jérôme Pasquier, journaliste à StrasTV (chaîne strasbourgeoise), dont le commentaire off est pour le moins partial, et relève de l’ignorance la plus totale de l’affaire et de ses enjeux avec la laïcité :

 

 

 

Marine Le Pen montre une fois de plus sa dangerosité tant son habilité est manifeste sur l'affaire : du pain béni contre la vague halal, elle aiguise ses couteaux... de quoi se mettre en appetit. Elle commande même un dessert, en se posant même comme la seule garante de la loi républicaine face à la loi du marché… L'ultime rempart contre la mondialisation. Estomaquant. Les altermondialistes et autres tiers-mondistes ont qtout intérêt à se montrer plus clairvoyants, car la laisser seule là-dessus est certainement ce qu’il y a de plus dangereux et de plus redoutable…

 

 

 

Mais on préfère, faute d’arguments, la contrer bêtement. Car c’est bien de bêtise que fait preuve Claude Askolovich ce jour-là, omettant plutôt d’attaquer de manière pertinente sur le mensonge de la probable future présidente du FN (« une majorité » de grandes surfaces ne vendent pas de la viande halal sans en avertir le client, Madame Le Pen, tout juste existe-t-il quelques enseignes, qui ne respectent pas le contrat de sincérité avec le client) et préférant en venir à une question, totalement hors-sujet pour le coup, celle du goût :

 

 

 

La polémique du Quick halal se résumerait-elle à une histoire de goût ? C'est bien ce que l'on tente de nous faire croire, comme nous le verrons demain dans la suite du débat : Quick joue-t-il le jeu du communautarisme et l’enseigne est-elle crédible quand elle prétend ne pas céder à la discrimination ?

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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 21:51

BurquaJean-François Copé a beau s’agiter dans tous les sens sur la Burqua, Burqua que je condamne fermement et je m’en expliquerai, il est hors-sujet. Définitivement hors-sujet.

Une question de tempo. Comment ne pas voir dans cette agitation, une démarche électoraliste visant à agiter le drapeau rouge pour exciter la bête, et siphonner comme en 2007 l’électorat du front national ? Comment ne pas voir cette vulgaire manœuvre, d’une subtilité qui m’échappe, tant elle est grossière et cyniquement revendiquée. La Burqua, que l’on doit condamner, s’entend, ne concerne au pire que 2000 cas sur 65 millions de Français : qui osera prétendre que cette position, certes nécessaire, ne peut pas attendre avril ou mai, sans être d’une mauvaise foi manifeste ?

Une question de proximité dangereuse. Ouvrir un tel débat alors que continue de manière obscène un débat inepte sur l’identité nationale est propre à provoquer volontairement les amalgames. D’ailleurs, pardonnez-moi l’expression, qui se fout de savoir si on se sent Français à l’intérieur ? Personnellement, je me sens européen avant tout. Quand je vais à Berlin ou à Barcelone, je me sens chez moi : vais-je être pour autant déporté en charter parce que je me sens européen avant-même de me ressentir Français ? Pourquoi ce que l’on me tolère, on ne le tolère pas à une personne multi-culturelle ? Et si je me sentais japonais, tout d’un coup, devrais-je habiter Tokyo pour autant ? Ridicule… La question n’est pas de savoir si l'on se sent plus ou moins français, la question est de savoir comment on peut vivre tous ensemble, avec nos différences, nos cultures diverses, et nos origines variées sur le même territoire autour de valeurs communes, celles de la République. La nuance est énorme. Dès lors poser le problème de la Burqua en même temps que ce faux-débat sur l’identité nationale est nauséabond à souhait.

Une fausse question religieuse et laïque surtout. Depuis quand la Burqua est-elle préconisée par l’Islam ? Quel texte fondateur en fait-il état ? Qui osera prétendre le contraire ? Les fondamentalistes, qui sont trop heureux de voir l’amalgame se faire pour se poser en victime ? Les islamophobes trop heureux de mettre de l’huile sur le feu à la manière d’un homme de Vendée qui prétendait que des Mosquées secrètes siégeaient sous l’aéroport Charles de Gaulle (Et pourquoi pas un discours fondamentaliste subliminal dans les épisodes de Dora pendant que l’on y est !) ? Soyons sérieux. La Burqua ne relève ni du précepte religieux, ni de la question de la laïcité et encore moins de la liberté d’expression. Elle est le fruit d’un fondamentalisme machiste et terroriste de la pensée qui vise à avilir la femme, devenue femme-objet, voire femme-poule comme l'émouvant film Osama le narre. En France, la question est la suivante : comment peut-on tolérer la Burqua quand la police ne pourrait appréhender quelqu’un dont il ne pourrait discerner le visage ? Comment pourrait-on rendre le fils de celle qui refuse de prouver son identité.

La question relève donc de la question de la libre circulation au sein de notre République sans pouvoir être identifié. Ni plus, ni moins. Et cette question ne concernant qu’une ultra minorité de nos citoyens, même si elle ne doit surtout pas être minorée, doit pouvoir attendre quelques mois avant d’être légiférée.  Le rapport Obin sur l’Education nationale ne disait pas autre chose en 2004, en évoquant déjà les femmes qui refusaient de présenter leur visage pour récupérer leurs enfants. Les femmes concernées ont toujours cédé. Au cas par cas, tout est possible. Pourquoi anticiper alors une loi qui ne relève d’aucune urgence si ce n’est pour des raisons douteuses ?

Aussi, journalistes, politiques et autres intervenants, cessez de prendre pour synonyme de Burqua le terme « voile » : vous corrompez le débat et contribuez à alimentez la pensée extrême, caricaturale, et populiste. Songez-y avant de vous exprimer.

Rapport Obin : (ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/syst/igen/rapports/rapport_obin.pdf) 

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25 octobre 2009 7 25 /10 /octobre /2009 19:16

Hier matin, le site du Figaro publiait cette dépêche AFP :

 

 

Ce genre d’information me dérange terriblement. Outre le fait que la méthode de comptabilisation de ces actes est contestée par certains (en somme jeter une pierre dans une vitrine tenue par un Juif est-il un acte antisémite ? Ne se peut-il pas qu’il s’agisse de l’acte isolé d’un simple délinquant stupide, sans éducation et provocateur ? Mais là est un autre débat), comment ce genre de données chiffrées est-il rendu possible d’un point de vue officiel quand on sait qu’en France il est interdit de classer les personnes et de les comptabiliser, même à des fins statistiques ou sociologiques selon des critères de religion, de couleur de peau, d’origine ethnique… on hurle au scandale quand on annonce le fichier Edvige, la grogne se faisant plus fort quand cette semaine l’on apprend qu’un nouveau fichier va donner l’origine géographique des délinquants comme pour mieux les stigmatiser… et lorsqu’une telle dépêche tombe, personne ne dit rien. Pourtant le fait d’être Juif ne relève-t-il pas de la religion ? Ou de l’appartenance à un peuple ?

Pourquoi alors ne pas comptabiliser les agressions contre les Noirs ? Les Maghrébins ? Les Français blancs de peau parce qu'ils sont blancs ?  

Pourquoi y-a-t-il deux poids deux mesures dès lors que l’on traite de la question juive ?

On peut ne pas être d’accord sur le fait qu’on ne puisse pas répertorier les citoyens français selon certains critères. C’est une question philosophique sur laquelle chacun peut et doit s’interroger. Chacun est libre de penser et d’exprimer son opinion sur le thème. La question n’est pas là. En revanche la République et la loi française, elles, ont tranché : c’est illégal. On peut être d’accord ou non : la liberté d’opinion ne peut aucunement se substituer à la loi, et chacun doit s’y soumettre. Quand la loi impose, le citoyen dispose. Cela ne l’empêche pas d’en parler et d’en débattre.

Je repose donc ma question : Pourquoi y-a-t-il deux poids deux mesures dès lors que l’on traite de la question juive ?

Au nom du génocide ?

Est-ce un argument qui tiendra jusqu'à la nuit des temps ?

Les "Juifs" sont-ils les seuls à avoir subi un génocide ?

Faut-il alors répertorier en France toutes les communautés qui ont subi un génocide dans leur Histoire ?

Et enfin et surtout, en posant ses questions, osera-t-on me balancer à la figure que ces interrogations sont antisémites ?

NON. Je suis juste Républicain, laïque et Démocrate de surcroît, et au nom de l'Egalité je ne vois pas pourquoi en 2009, il faudrait faire un cas Juif en France.

Mais le plus grave dans tout cela, c’est que j’ai posté à deux reprises mon étonnement dans les commentaires du Figaro (qui reprenait à quelques mots près ce que je viens de publier ici)… Pourtant les deux fois mon commentaire ne fut pas publié. C’est sans doute ce qu’il y a de plus grave dans l’affaire… Il y a en France une question taboue… qui défie les lois et les principes de la Démocratie Française et qui pour une fois ne vient pas du sommet de l’Etat.

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6 octobre 2009 2 06 /10 /octobre /2009 20:01

Dimanche dernier, le Paris Foot Gay devait rencontrer le Créteil Bébel dans le cadre de leur championnat. Ces derniers ont annulé le samedi avec cette justification : « Désolé, mais par rapport au nom de votre équipe et conformément aux principes de notre équipe, qui est une équipe de musulmans pratiquants, nous ne pouvons jouer contre vous, nos convictions sont de loin plus importantes qu'un simple match de foot, encore une fois excusez-nous de vous avoir prévenus si tard. »
Mais si cela était contraire à leurs principes, et que « leurs principes » ne datent pas de la veille du match, sans doute aurait-il fallu prévenir plus tôt, non ?

Mais évidemment bien plus grave, cette homophobie assumée est doublée de ce commentaire suite à la plainte du Paris Foot Gay de la part d’un des dirigeants du club de Créteil : « en tant que musulman, j'ai quand même le droit de ne pas vouloir jouer (contre le PFG) parce que je n'adhère pas à leurs idées ». Eh bien raté ! Ne maîtrise pas la question rhétorique qui veut.

ET FORT JUSTEMENT VOUS N’AVEZ PAS LE DROIT DE REFUSER CE MATCH PARCE QUE VOUS JOUEZ CONTRE DES HOMOS. La loi religieuse est INFERIEURE A LA LOI DE LA REPUBLIQUE DES LORS QUE VOUS HABITEZ EN France.

Et s’il faut l’écrire sur tous les murs de toutes les villes de France et de Navarre, nous n’hésiterons pas à le faire.

Cette décision relève de l’homophobie et DOIT DONC ETRE SANCTIONNEE PAR LA JUSTICE. CQFD.

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30 août 2009 7 30 /08 /août /2009 22:16

Contre qui faut-il pester face à cette énième affaire du voile, qui de nouveau a décidé de faire des vagues dans nos piscines : les courants salafistes qui sévissent de plus en plus dans nos cités ? Les journalistes qui semblent présenter la contrevenante comme une victime ? Ou encore ceux qui osent répondre au stupide sondage à propos de l’affaire, en condamnant la décision de la piscine ? Bref, chacun le comprendra, il y a quelque soit le point de vue de quoi hurler !


L’affaire se résume très facilement : une femme téléphone dans plusieurs piscine pour tenter de venir avec ses enfants à la piscine revêtue d’un Burkini (non, non vous ne rêvez pas, cela s’appelle comme cela…), tenue composée d’un voile et d’une longue tunique afin de ne dévoiler aucune partie de son corps. Essuyant refus sur refus, elle décide d’aller à la piscine de sa municipalité, dans laquelle elle a l’habitude d’aller (sans Burkini, bien évidemment), et se voit refuser l’entrée.


Première question : si elle se sentait dans son bon droit, pourquoi cette femme a-t-elle appelé plusieurs piscines au lieu d’aller directement à la sienne ?


Deuxième question : sachant que l’on refuse le port du caleçon à la piscine pourquoi autoriserait-on une tenue qui recouvre tout le corps pour une femme ?


Troisième question : connaissant parfaitement le règlement des piscines (pourquoi en aurait-elle appelé d’autres sinon ?), n’aurait-elle pas essayé de provoquer, afin d’attirer les medias vers elle ? Histoire de faire avancer sa cause…


L’histoire des piscines n’est pourtant pas nouvelle. Durant sa première mandature à la mairie, Martine Aubry avait concédé un créneau horaire pour femmes voilées dans la piscine olympique de Lille. Tollé général, d’autant que l’argument avancé était d’intégrer les femmes voilées (sic !). Et comment le seraient-elles à l’abri du regard de la société ? L’affaire fit tant de bruit, que celle qui deviendra Premier Secrétaire du PS, revint en arrière.


Ce qu’il y a d’inquiétant, c’est que  chaque tentative ressemble à une provocation. Un coup de canif dans notre République laïque. Les extrémistes se frottent les mains et se régalent : en plaçant le thème sous la bannière des Libertés Individuelles, mascarade,  ils faussent le débat et contournent un de nos principes fondamentaux : la laïcité. Plus les affaires s’amoncellent, plus l’opinion devient sensible aux demandes des fondamentalistes qui se cachent derrière les femmes éplorées. Ne nous y trompons pas : une femme qui est voilée sur le territoire français a toutes les chances de ne pas être libre dans sa tête. Et quand bien même nous démontrerait-elle le contraire, La République française n’a pas à prendre le risque d’un mensonge qui la protégerait d’une quelconque autorité, maritale, familiale ou religieuse. La France n’est pas un Etat multi confessionnel. C’est un Etat laïque. Nuance.


Quand nos journalistes françaises arrivent à Dubaï, elles ont l’obligation de se voiler. Elles obtempèrent. Aussi, quand les femmes musulmanes décident de vivre en France, elles doivent quitter le voile sans autre polémique possible. Si Madame voulait nager en Burkini, rien ne l’empêchait d’aller à Dubaï, ville où elle a d’ailleurs acheté son Burkini. Il y avait de quoi lui donner des indices, non ?

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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 20:50

Savoureuse empoignade hier soir entre Eric Zemmour, journaliste polémiste au Figaro, plus à droite tu meurs, et Gérard Miller, plus à gauche tu meurs deux fois, plus imbu de lui-même tu meurs trois fois… le cadre est posé. Le thème : la laïcité. Vaste sujet qui fournit tant et tant de débats… Que ce morceau de pédagogie pure et de démagogie la plus naïve sur ce qu’est la laïcité soit passé chez Ruquier (qui n’a de cesse d’intervenir pour glisser boutades et autres calembours, jeux de mots qu’Hugo qualifiait fort justement de « fiente de l’esprit qui vole »…), à 1h00 du matin, avec une audience se résumant à une dizaine d’insomniaques, une centaine de retour de bars qui ont tendance à dédoubler la vue, et à un millier de retraités endormis depuis la diffusion dans l’après-midi du 1015ème épisode de Derrick, est un véritable crève cœur… N’étant ni insomniaque, ni fan de Derrick, mais souhaitant voir l’intervention de JFK (qui fut malmené au possible, surtout par un Ruquier qui en n’avait, passez-moi l’expression, rien à foutre de son livre Pourquoi il faut dissoudre le PS), mon disque dur m’a permis de savourer ce moment…

Retour sur les faits…

Alors qu’il fait la promotion de son one man show, Gérard Miller (non, ce n’est pas une faute de frappe ONE MAN SHOW !!!!!!!!!!!!!!) évoque ses origines juives, avec tendresse. Il en profite alors pour glisser une bonne année à tous les Juifs, en se référant au calendrier judaïque…

Zemmour, ne laisse rien passer : « Vous voyez mon cher Miller, c’est ça normalement, la France normalement c’est la différence limitée au privé, c’est ça là la laïcité. Vous avez fait une erreur comme d’habitude ».

Le ton est donné et les deux acteurs de ce combat de catch éthique improvisé vont se rendre coup pour coup :

Pour Zemmour, la laïcité à la Française cantonne la question religieuse à la sphère privée et non à la sphère publique, conséquence notamment des nombreuses guerres religieuses qu’a connu notre pays et dont les Lumières fut une des conséquences les plus frappantes.

Pour Miller, on souhaite bien la bonne année à tout le monde le 31 décembre selon un calendrier judéo-chrétien, et il ne voit pas le mal à fêter une bonne année juive.

Le chroniqueur du Figaro lui rappelle alors que la culture française, qu’on le veuille ou non, que l’on soit croyant catho, juif, musulman ou athée, s’est fondée sur des valeurs judéo-chrétienne et que notre culture en est majoritairement imprégnée.

Miller conteste en disant notamment que la religion musulmane par exemple participe dans la même mesure à cette constitution de la culture française.

La victoire par Ko est bien évidemment pour Zemmour.

Miller incarne ce soir-là la naïveté de la gauche la plus insupportable qui sur le fallacieux prétexte de l’égalité, qui s’avère être de l’égalitarisme, fait fi des fondements de la laïcité et dit absolument n’importe quoi. Comme ce fameux Sarkozy qui en 2004 ne voyait par pourquoi les Chrétiens avaient des églises et les Musulmans n’avaient pas de mosquée et qui proposait de revenir sur la loi de la séparation de l’Eglise et de l’Etat pour que ce dernier finance la construction de temple musulman (Qui eut cru que Gérard Miller et notre cher Président étaient, sur certaines valeurs, aussi proches ?).

 

SACRILEGE REPUBLICAIN ! INEPTIE pour notre état laïc !

Ce que Miller et Sarkozy ne comprennent pas c’est que les églises dont les réparations et l’entretien sont financés par l’Etat le sont que parce qu’elles ont été bâties avant 1905 et qu’elles entrent de plain-pied dans l’héritage culturel et architectural de notre pays. Les édifices post 1905 ne bénéficient aucunement de ce d’aucuns considèrent à tort comme des largesses de notre état envers les Chrétiens.

Et comme le rappelle Zemmour, qu’on le veuille ou non, le bon sens et la bonne foi ne peuvent mettre sur un pied d’égalité l’influence de la culture musulmane et celle de la culture judéo-chrétienne pour expliquer l’identité française. Que la première y participe est indéniable ; qu’elle y ait contribué à part égale est d’une mauvaise foi et d’une inculture confondantes.

La laïcité française est certes complexe à comprendre et à appliquer. Mais elle n’en demeure pas moins une pierre d’angle dont on ne peut mégoter sur les principes. La religion appartient au domaine privé ; et notre culture est naturellement influencée par les mythes judéo-chrétiens. Il n’y a pas à avoir honte et de crier à la ségrégation religieuse. Je suis moi-même un athée de pure souche et je n’ai aucun problème à affirmer que ma culture, celle des Lumières, celle de Molière, de Racine, celle de François Bayrou se sont inlassablement abreuvées de ces influences.

Et à partir de ce principe, il n’y a donc, par exemple, aucune honte à initier un débat sur le port du voile dans la rue. A partir du moment où les arguments évoqués n’ont aucun relans racistes, mais consistent à dire que la religion doit rester dans le domaine privé, et que l’on peut de la même manière poser le problème du port de la kipa, de la tunique de la bonne sœur dans la rue, la laïcité ne peut que s’en sortir grandie.

Merci à Zemmour d’avoir été chez Ruquier son défenseur. Je ne suis pas convaincu que les quelques centaines de milliers de spectateurs présents à 01h10 devant leur téléviseur aient été sensibles à cette empoignade et cette question de valeurs…

 PS : Un merci tout particulier à José pour m’avoir indiqué cette perle dans l’émission, qu’immanquablement j’aurais ratée s’il ne m’avait pas prévenu…

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28 juillet 2008 1 28 /07 /juillet /2008 19:44

A l’heure où l’information va sommeiller de longs jours pour vous proposer en guise de marronniers la plage, les bouchons, le pouvoir d’achats qui contraint à partir moins longtemps, la pétanque, le soleil, mais le contrepartie aussi comme les orages, les inondations, un scoop : LA VIE CONTINUE ! Et si ! Même sil les journalistes n’en rendent pas compte, les problèmes de la société ne s’arrêtent pas le temps de l’été. Même s’il leur arrive de se délocaliser près des plages, comme le montre cet épisode tragique survenu la semaine dernière d’un homme qui a été condamné sur le champ parla justice pour avoir violemment frappé sa femme, parce qu’elle avait légèrement relevé son voile à cause de la chaleur ...

Cette affaire fait suite à celle de la burka : rappelez-vous cette femme qui s’est vue refuser la nationalité française pour refus de s’adapter au principe de l’égalité (des sexes ici, considérant que la burka rend la femme inférieure de facto à l’homme).

Pourtant, au sein de ce gouvernement que l’on qualifie par ailleurs de sur-actif, et d’efficace, peu de mots. Trop peu.

Sarkozy avait pourtant essayé en 2003 de s’intéresser au problème religieux et tout particulièrement, concernant l’islam en essayant même de réformer la loi de 1905 pour tenter (en vain) de faire financer par l’Etat des mosquées. Il soutiendra par ailleurs la mise en place du Conseil français du culte musulman (CFCM), initié par Chevènement.

Mais depuis 2007, les choses ont changé. Le ton aussi. Dès la présidentielle quand Sarkozy évoquait presque systématiquement les moutons égorgés dans les baignoires…

Entre temps, il est devenu Président, et la question est laissée en jachère. (Comme beaucoup d’autres me direz-vous).

Pour autant, les deux dernières affaires qui se font écho posent le problème de l’intégration et de l’Islam en France. Alors que durant des années, les Musulmans vivaient leur religion tout en s’intégrant au modèle français (quitte parfois à être moins religieux et pratiquant), les années 90 ont marqué un tournant. La paupérisation des ghettos dans lesquels ont été entassés les immigrants depuis des générations a laissé une porte béante aux extrémistes, revigorés par un contexte international des plus tendus. Aujourd’hui le conflit israélo-palestinien se déroule sous nos yeux, en périphérie des cités ou dans la cour d’école. Les Grands frères et autres grands Barbus ont fait surface, et le voile jadis si rare dans nos rues, se multiplient. Comme s’il fallait à tous prix être vus.

L’affaire de la burka amène pourtant à se poser cette question : cette femme s’est vue refuser la nationalité parce qu’elle porte une burka mais quid des Françaises qui la portent ? Doit-on les déchoir de leur nationalité ? Impossible. Seule solution envisageable : interdire la burka ?

Mais alors quid du voile ? N’est-il pas aussi une forme de négation de la femme, imposée par la religion et ou par les hommes ? Est-il en norme avec les valeurs de notre République ?

Dès lors, comment distingue-t-on ce qui relève du folklore et de la coutume de ce qui relève de l’extrémisme et du prosélytisme ?

Doit-on accepter qu’à Lille, comme dans d’autres villes, l’on détermine des créneaux horaires spécifiques pour les femmes voilées pour qu’elles puissent nager « comme tout le monde » ? Cela va-t-il dans le sens de l’intégration ? Si elles veulent faire comme tout le monde pourquoi ne pas être avec tout le monde comme nous y invite les termes « fraternité » et « égalité » ? Comment accepter que des parents d’élèves refusent que leurs enfants aillent à la piscine à l’école car ils nageraient aux côtés d’ "impurs" ? Si le concept de pureté explique au final ces créneaux horaires de la piscine, n’est-ce pas là un sectarisme qu’il convient de combattre plutôt que d’encourager…

Comme vous le voyez ce débat est tortueux, complexe et très sensible : doit-on pour autant l’occulter ? Le Gouvernement en a décidé autrement.

Quant aux journalistes… ah les journalistes télévisés… Sont-ils encore des journalistes ? En tous cas vous ne manquerez rien de cette année des méduses, du prix de la crème glacée, des Paris Plage…

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 20:42

Alors que cette journée aura certainement vu le 1000ème visiteur parcourir ces pages (en comptant par jour, un visiteur unique…), je ne me voyais pas ne rien proposer aux fidèles internautes, aux fidèles lecteurs du Mouvement Démocrate. Alors fatigue aidant, et contibuteurs étant au repos eux aussi, j’exhume de mes archives (si si un grenier caverneux, du genre film d’horreur qui fait peur, ou plutôt un sous sol de type Evil Dead… ouais flippant quoi !) un article. Et alors que je m’apprête à me lancer dans une reflexion prochaine (et surtout polémique) sur la religion, je vous propose de lire ce que j’avais écrit en 2006, quand les caricatures de Mahomet, publiées par Charlie Hebdo, tout droit venues du Danemark, avaient fait tant polémique… On se souvient à l’époque que François Bayrou avait été entendu au tribunal en tant que témoin, pour défendre Charlie et le droit de la presse… Ou de la virée de la cutie religieuse par François (c’est parti, j’entends déjà les avis dissonants poindre !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Vite place aux maux…)


L’islam n’a-t-il pas perdu toute crédibilité dans l’affaire des caricatures, qui secoue l’Europe et les pays Arabes depuis quelques semaines ? On est en droit de se poser cette question tant les réactions dans cette affaire paraissent démesurées. Mais il convient de prendre deux angles différents pour analyser la situation : celui du Moyen Orient et celui de l’Europe.


Une société univoque


Que les pays musulmans aient réagi avec véhémence n’a rien de surprenant. Sur des terres où l’Islam est une religion d’Etat et où la liberté d’expression se réduit à une simple exégèse du Coran, le contraire eût été surprenant. Mais cela n’excuse pas pour autant les propos et les actes qui ont suivi la publication de dessins aussi ratés qu’inoffensifs. Les dirigeants de ces Etats s’estiment choqués et insultés. Certes. Mais incendier des ambassades est-il la réponse adéquate ? Où se trouve alors la caricature ? Sur quelques bouts de papiers griffonnés ou dans les cendres des vestiges ? Sans occulter le fait, qu’un pays tout entier paye pour l’œuvre de douze caricaturistes, comme le rappelle Yves Simon, dans l’édition du 21 février de Charlie Hebdo : « on va comme un seul homme brûler des ambassades (…) en confondant allégrement des individus et leur territoire, des dessinateurs et leur nation ». La généralisation et l’ostracisme : n’est-ce pas là le signe distinctif d’un comportement raciste ? Quand on sait en outre que les opposants aux partis en place croupissent dans les prisons, quand ils ne sont pas purement et simplement assassinés, l’on comprendra mieux alors comment ces Etats s’accommodent de la liberté d’expression. En refusant le débat, le Moyen Orient ternit son image, et discrédite ses principes. Et Yves Simon de rappeler « Pas de critique, donc pas de liberté… »

 

 

                                             Des revendications opportunistes


Pour l’Europe, la donne est plus complexe. Les Musulmans sont pour la plupart complètement intégrés dans ce que l’on appelle le monde occidental, tant matériellement que civiquement. Ils savent tous que la loi de la République supplante la loi religieuse. Pour autant, ils n’en demeurent pas moins contradictoires dès qu’il est question d’Allah et de Mahomet. Comment expliquer que les caricatures ont provoqué une vague de protestations sans précédent, depuis les quartiers généraux des associations, jusque dans la rues, en passant par les écoles, alors qu’en septembre 2001, seules quelques timides désapprobations s’étaient faites entendre ? Dans les deux cas pourtant, l’image du prophète a été bafouée. Mais il semblerait qu’être sali par un crayon soit plus grave qu’être taché du sang de presque trois mille victimes. Chaque année des milliers de meurtres et d’attentats sont perpétrés au nom du prophète et de Allah. Voit-on pour autant des Musulmans défiler dans la rue ? S’ils ne sont pas en accord avec les extrémistes et leurs actes barbares, ne doivent-ils pas se sentir insultés par ces ignobles exactions ? La grande différence entre ces carnages et l’affaire des caricatures, c’est que ces dernières peuvent se gommer. Pas les crimes.


                                                                   Etre ou ne pas être


Car la religion musulmane se retrouve face à ses contradictions. Les Musulmans d’Europe reprochent souvent aux autres citoyens de faire un amalgame dangereux entre Musulmans et terroristes. Et l’on a longtemps cru que l’intolérance du vieux continent contribuait à ce quiproquo guère acceptable. Mais existerait-il un amalgame si l’Islam se désolidarisait systématiquement et frontalement des terroristes ? S’il est évidemment une hérésie de penser que la majorité des Musulmans sont extrémistes, est-il si stupide de croire que leur influence sur les pensées est loin d’être anecdotique ? Et les jeunes générations, en perte de repères et d’identité (mais évidemment, cela tient également de la responsabilité des états respectifs), sont certainement celles qui sont les plus faibles face aux discours fondamentalistes. Pour preuve, cette étrange tendance, en bas des cités ou dans les cours des collèges et des lycées, à s’approprier, au moins par la parole, le conflit israelo-palestinien, bien qu’étant à plusieurs milliers de kilomètres des lieux. Sans connaître les vrais acteurs de ce terrible drame, ni même connaître les origines historiques du problème. Pourquoi ? Tout simplement parce que la religion devient un étendard autour duquel ils trouvent une cohérence et sont reconnus. La plupart d’entre eux ne lisent pas le Coran, ne maîtrisent pas la langue arabe, si ce n’est quelques expressions utilisées au bled, et ignore ce qu’un prophète. De la même manière ils ne définissent pas un Juif comme celui qui pratique la religion juive mais comme celui qui a de l’argent et qui s’opposent à la liberté d’être Musulman. Tout tourne donc autour de l’identité du Musulman. C’est leur signe distinctif, le lien précieux qu’ils revendiquent ostensiblement. Le problème n’est pas alors d’être un bon religieux, mais de protéger par n’importe quel moyen l’image de l’Islam. Tout devient une question d’apparence et d’appartenance. C’est pourquoi, l’Islam désapprouve les activistes extrémistes, sans pour autant les combattre. Pourquoi ? Parce qu’ils sont eux aussi des Musulmans. On n’agit plus au nom d’Allah ou du prophète, mais au nom des Musulmans. Dès lors leur vision du monde devient manichéenne : il y a d’un côté les bons Musulmans pieux et de l’autre tous les non-croyants, qui sont coupables par nature puisque infidèles. Tout cela a un nom : la xénophobie. Une révolution religieuse et culturelle fondée sur un élan critique s’impose. Encore faut-il que, de leur côté, ils la sentent nécessaire...

Les deux premières caricatures sur le site : http://www.leplacide.com/ (avec l'aimable autorisation de l'auteur, qui m'a déjà fait l'honneur de publier une de ses brillantes caricatures...)

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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