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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 18:54

crise au sarkosistanLe voyage prévoyait d’être inoubliable. En bon tour opérateur, Daniel Schneidermann nous avait alléchés, jour après jour, avec une brochure irréprochable, à grands coups de mails,  pour nous vendre le premier ouvrage collectif d’Arrêt sur images. Un sorte d’aboutissement pour ce que fut cette émission de la prise de conscience de la lecture médiatique, qui survécut sur le net, après une sortie de route bien sévère. On allait voir ce que l’on allait voir. Et l’organisateur de la croisière de sortir les bonnes recettes des plus efficaces camelots : un livre offert pour trois achetés. Une jolie promotion pour une direction paradisiaque. En quelques jours, le buzz était créé : 10000 ouvrages en précommande. Pour une première, ce fut un coup de maître. Restait à montrer un navire à la hauteur des flots, à la hauteur des attentes.

Le titre, Crise au Sarkozistan, n’était pas sans rappeler ces patries de l’ancienne Perse. La couverture confirma l’impression. Le pitch finit de nous convaincre :

 

« Une nomenklatura qui jouit de nombreux passe-droits, une Justice aux ordres, une police secrète paranoïaque, et évidemment des médias silencieux : bienvenue au Sarkozistan, étrange et fascinant Etat voyou. Certains de vos proches refusent encore sûrement de croire que nous sommes désormais au Sarkozistan. Plutôt que de vous épuiser à les convaincre dans les repas de fin d'année, offrez-leur Crise au Sarkozistan. Vous les verrez partagés entre le rire et l'effarement. »

 

Les Lettres persanes se rappelèrent à notre bon souvenir. Les premiers mots n’en sont-ils pas un hommage pour le moins… flagrant ? « Ce qui surprend le plus le voyageur revenant au Sarkozistan après de longues années… ». Usbek et Rica reprenaient enfin vie. A l’heure où notre Président ressemble plus que jamais à un monarque électif, pour décliner l’expression chère à Laurent Joffrin, l’invitation au voyage ouvrait les envies d’évasions lexicales. Notre excitation allait bon train. Au souvenir des délices exquises de l’ironie de Montesquieu, lui, le père fondateur de la séparation des pouvoirs, à une époque où notre Gouvernement, et notamment Brice Hortefeux, s’assoient dessus comme l’on s’assied sur la cuve des toilettes (d’aucuns auront reconnu la critique que j’avais, jadis, formulée à l’égard de la rédaction de LCI, et qui avait mis son rédacteur en chef dans une humeur irascible…).

Le colis arrive. Le cœur battant, j’ouvre la boîte et en ressort le précieux trésor. Et le place délicatement sur la table de chevet pour illuminer ma soirée. En avant matelot.

 

Las ! Las ! Triplement las ! la croisière tourne court. Le spectre de Montesquieu promettait d’accompagner ma lecture. C’est celui du Titanic qui surgit.  

 

Point d’ironie ici. Une charge sans nuance, un réquisitoire cynique, une attaque brutale, frontale, quand elle n’est pas ad hominem. De la révélation d’un lifting à celui d’implants, le délit de sale gueule n’est même pas loin.

 

La description de Sarkozistan n’est pas fausse pour autant. Chaque fait, qui y est détaillé, est somme toute réaliste. Mais c’est sans doute ce qu’il y a de plus décevant : l’on attendait de la part de Daniel Schneidermann et de son équipe une inventivité dans la critique, ce zeste de génie qui accompagne la genèse des plus brillants pamphlets, un coup de crayon à la fois généreux et subtil. Mais rien de tout cela ne récompense notre lecture. Bien au contraire. Tout ce qui est révélé est déjà connu pour quiconque s’intéresse quelque peu à l’actualité, pour quiconque attendait donc cet ouvrage au tournant. Les personnages n’y sont caricaturés que dans les illustrations. Pour le reste, ils sont d’un sordide réalisme rendant presque cette prose grossière, dénuée de finesse, au risque de paraître dérisoire. Un crève-cœur quand on apprécie les auteurs. Les oripeaux de la métaphore n’ont jamais constitué pour autant la moindre essence d’ironie…

 

Non que la condamnation contre Sarkozy et son oligarchie soit fantasmée. Mais c’eût été, en un certain sens, plus goûteux et voluptueux pour nos papilles. L’on pourrait même reprocher au narrateur, inutilement interne ici, tant cette posture n’apporte qu’assez peu au récit, de relier hâtivement certains faits entre eux, d’y ajouter des personnalités comme certains déposent des cheveux sur la soupe (que diable Delarue avait-il sa place dans pareilles pérégrinations ?).

 

Non, décidément non, les Lettres persanes ne sont nullement revisitées. L’idée, sur le papier, pouvait séduire… Las, elle a déçu, au moins à la hauteur des espérances. N’est pas Montesquieu qui veut. Et l’équipe d’Arrêt sur Images en a fait la plus cruelle expérience. Son professionnalisme n’en sera pas pour autant entaché. Leur talent, qui a délimité notre esprit critique (pour tous ceux de ma génération) durant des années sur la Cinquième, et qui se décline à présent sur la toile, après un arrêt d’images aussi brutal qu’injuste, continuera de s’exercer pour décrypter ce que l’œil du profane ne voit pas toujours. En créateur de réflexe. Agitateur de conscience. Tout cela est assurément intact. Crise au Sarkozistan n’aura de ce point de vue aucune incidence. Tout juste leur en coûtera-t-il une petite blessure à l’orgueil… 

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C

Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-20, THÉOREME de L'AMOUR.

LES MERVEILLEUSES ÉQUATIONS DE L'AMOUR !
(Déclaration de JOHN NASH lors de son Nobel)

Cordialement

Clovis Simard


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Y


Merci de ne pas polluer ce blog par des "invitations" aussi ineptes qu'intéressées :o)



Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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