Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 19:11

Presque six ans après l’affaire des caricatures, qui avait abouti à un procès retentissant, Charlie Hebdo en remet une couche en caricaturant le prophète…

 

 

L’équipe a changé puisque Philippe Val a rejoint Radio France, Caroline Fourest et Fiammetta Venner n’y officient plus. Mais la volonté de réaffirmer la liberté d’expression reste intacte, constituant l’essence même de ce journal satirique.

 

"100 coups de fouets si vous n’êtes pas morts de rire" s’exclame en une, un Mahomet facétieux qui vient "fêter" l’arrivée au pouvoir du parti islamiste Ennahda en Tunisie. RebaptiséCharia Hebdo, l’hebdomadaire s’ouvre sur un édito du prophète, ou plus exactement sur une prosopopée autour de son personnage, qui ne cache pas l’inquiétude que suscite la victoire des islamistes qui ferait presque regretter à certains la période Ben Ali : "Quel intérêt aurait un parti religieux à prendre le pouvoir pour ne pas appliquer ses idées ?", dit en substance un édito intitulé apéro halal en référence aux apéros saucisson vin rouge organisé par les Identitaires. Une provocation qui en répond à une autre : celle qui consiste à dire qu’il n’y a rien à craindre avec les islamistes au pouvoir et que tout va bien Madame la Marquise

 

On se souvient que l’affaire des caricatures avait fait une polémique propre à ébranler la République. Imaginez l’importance que revêtit le procès de Charlie Hebdo : allait-on pouvoir rétablir le blasphème aboli depuis la Révolution Française ?

 

Le 21 février 2006, Charlie Hebdo affichait en pleine une d’un numéro qui publiait les caricatures danoises sur l’islam que personne n’osait publier à l’époque, un dessin qui provoquera la colère et la fureur des intégristes musulmans : Mahomet se lamente en déclarant : "C’est dur d’être aimé par des cons".

 

Charlie Hebdo - affaire caricatures


A l’époque, on crie très vite à l’islamophobie. Y compris, le "très laïque" président de la République de l’époque. Jacques Chirac, en plein conseil des ministres, et qui avait déjà célébré en grande pompe les 1500 ans du baptême de Clovis, considérant que la France était la fille aînée de l’Eglise, avait eu alors des paroles lourdes. Trop lourdes pour notre laïcité : "les provocations manifestes susceptibles d'attiser dangereusement les passions. Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité".

 

Et le chef de l'Etat d’alors de conclure : "Si la liberté d'expression est un des fondements de la République, celle-ci repose également sur les valeurs de tolérance et de respect de toutes les croyances". 

 

Hors-sujet : les "cons" n'étaient pas les musulmans mais les fous de Dieu, avec le chapô qui ne laissait aucun doute : "Mahomet débordé par les intégristes"…

 

De nombreuses personnalités se rendirent au tribunal pour réaffirmer le caractère sacré et intouchable… de la laïcité. Parmi eux, Elisabeth Badinter, François Hollande et... François Bayrou (voilà qui fera taire ceux qui osent encore dire que le président du MoDem n'est pas laïque...). Nicolas Sarkozy ménagea ses effets en écrivant une lettre lue au tribunal.

 

Richard Malka, l'avocat de Charlie, finit dans sa plaidoirie finale par expliquer aux grands pontifes de l’islam de France, que, s’ils voulaient que Mahomet soit traité de la même manière que le christianisme l’est par les caricaturistes de Charlie, il fallait qu’ils s’attendent à bien pire. Et l’avocat d’exhiber les dessins les plus crus, les plus obscènes que l’hebdo avait publiés pour railler le Pape et les chrétiens. Charlie fut relaxé. La République et son bijou précieux, la laïcité, pouvaient dormir en paix.

 

Mais personne, non personne n’oubliera les manifestations de haine pour réclamer la tolérance (sic) envers l’islam. Personne n’oubliera ces drapeaux danois et français brulés. Personne n’oubliera la menace de mort que reçut Philippe Val. Non personne. Et pour l’éternité Patrice Lecomte nous offrit un film de cette épopée qui se termine comme une comédie, quand elle aurait pu tourner à la tragédie.

 

A l’époque, le numéro qui avait été au cœur de la polémique, verra Yves Simon avoir des mots très justes pour évoquer l’affaire des caricatures danoises: "on va comme un seul homme brûler des ambassades (…) en confondant allégrement des individus et leur territoire, des dessinateurs et leur nation". La généralisation et l’ostracisme : n’est-ce pas là le signe distinctif d’un comportement raciste ? Quand on sait en outre que les opposants aux partis en place croupissent dans les prisons, quand ils ne sont pas purement et simplement assassinés, l’on comprendra mieux alors comment ces Etats s’accommodent de la liberté d’expression. En refusant le débat, le Moyen Orient ternit son image, et discrédite ses principes. Et Yves Simon de rappeler "Pas de critique, donc pas de liberté…"

 

Six ans plus tard, ses mots sont toujours aussi vrais et doucheront, espérons-le, ceux qui, trop zélés, feront écho aux fous de Dieu qui perturbent les représentations théâtrales, ou saccagent les photographies dans les musées.

 

Et rappeler une bonne fois pour toutes que les caricaturistes ne luttent pas à armes égales avec les intégristes : leur ire peut se gommer. Pas les destructions et les crimes.

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche