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Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).

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La presse en crise : première partie

Le « Voyou » de Sarkozy, le « trotskysme » d’Edwy Plenel, la presse gratuite, les soupçons de pressions des grands patrons… directeurs des principaux réseaux d’information… La presse est plus que jamais dans la tourmente en France. La crise de l’information est officielle. Petits Etats généraux de la presse en cette rentrée 2010 en trois parties : la crise de la presse, la crise de l’information et enfin la crise du journalisme.

 

Premier volet : la Crise de la Presse

LibéCe n’est un secret pour personne : la presse écrite vit une terrible tourmente depuis quelques années. Les tirages se sont progressivement effondrés : Libération a perdu 26% de lecteurs en neuf ans, atteignant un tirage moyen de 125000 exemplaires et Le Monde 20% pour la même période pour ne donner que deux exemples. A l’inverse, les hebdomadaires dits d’information connaissent un certains succès comme Marianne qui continue de tirer à plus de 200000 exemplaires et L’Express qui tient le haut du pavé avec plus de 500000 exemplaires par semaine. Le paradoxe est entier : on ne s’est sans doute jamais autant intéressé à l’information… et la presse écrite quotidienne n’a jamais autant souffert. A cela plusieurs raisons.

Tout d’abord, l’arrivée d’internet a modifié considérablement la donne. Aujourd’hui les internautes peuvent consulter gratuitement les dépêches d’agence via les moteurs de recherches comme Yahoo ! ou Google. Les quotidiens ripostent avec leurs sites en ligne, en prenant d’assaut internet, le WAP, puis les smart phones. Mais le trafic engendré ne suffit pas à compenser la baisse du tirage papier.

20 minutesDans cette course à l’échalote, les gratuits ont terriblement nui à la presse écrite lors de leur apparition au début des années 2000. Car il ne faut pas oublier que la principale vente des quotidiens se faisait à proximité des quais des gares. A présent, dès 6h30, des présentoirs sont remplis, relayés par des petits hommes en casquettes pour distribuer la feuille de chou sans dépenser le moindre centime. Financés uniquement par la rente publicitaire, ces gratuits ont envahi les sièges des RER, TER et autres trains au détriment de la presse payante.

La télévision et la radio ont longtemps fonctionné en parallèle avec la presse écrite sans que les unes n’empiètent véritablement sur l’autre. Mais la TNT et le regain de succès de la radio qui a su particulièrement s’adapter en élargissant son public ont fini par ringardiser le journal en version papier. Aujourd’hui les podcasts rendent l’information plus ludiques et permettent la diffusion d’images mobiles ce que ne permet évidemment pas les quotidiens.

Enfin, une nouveauté est apparue il y a quelques années avec l’apparition de médias en ligne, sur abonnement autour de personnalités connues et reconnues, notamment pour avoir travaillé pour Le Monde : Daniel Schneidermann, qui privé d’images sur La Cinquième fit un arrêt sur le net, et Plenel avec Mediapart qui a fait grand bruit cet été avec ses révélations sur l’affaire Bettencourt.

On le voit, l’argent est le corollaire de la crise de la presse. Comment diffuser de l’information tout en pouvant survivre dans un marché aussi concurrentiel ? Et puis, il faut résoudre cette équation toute simple qui sonne comme une évidence pour le citoyen : pourquoi payer pour s’informer quand l’internet et la télévision remplit selon lui déjà ce rôle. Mais parle-t-on véritablement de la même information ? Incontestablement, la notion d’information est ambiguë. Pilier de la démocratie, elle a tendance à devenir protéiforme avec la multiplication des supports.

CdanslairLes quotidiens, comme les régionaux, Libération ou Le Figaro se consacrent à l’actualité du jour, avec la particularité pour Le Monde de sortir en pleine journée. Leurs ventes et les encarts publicitaires leur permettent d’employer à plein temps des journalistes et des envoyés spéciaux qui peuvent ainsi être au cœur de l’action, ce que ne se permet plus par exemple TF1 qui s’est passée depuis quelques années du service « étranger » comme le dénonçait le pamphlet rédigé en interne Madame, Monsieur, Bonsoir… Mais la situation est loin d’être aussi confortable qu’elle ne le fut. Les budgets deviennent de plus en plus serrés. Les stagiaires doivent faire le travail jadis dévolus aux journalistes sous contrat, et de nombreuses tâches ont disparu, dont certaines consacrée à la vérification des informations étaient tout de même essentielles. Daniel Schneidermann a déjà expliqué que son premier travail à la rédaction Le Monde était d’appeler toute la journée pour vérifier les brèves qui figuraient dans le quotidien… une tâche qui a bien évidemment disparu et qui montre que l’enjeu financier a fait fi de l’éthique de la presse. Aujourd’hui les journalistes de la presse régionale sont de loin les plus mal lotis, avec une paye légèrement supérieure au SMIC pour les débutants. Ajoutons à cela la crise de l’école publique et vous comprendrez que la qualité de l’écriture en pâtisse dans certaines rédactions…

barbierLa presse hebdomadaire sert davantage d’analyse. Prenant davantage de recul que la presse quotidienne, elle se permet des papiers plus étendus et peut faire une hiérarchisation de l’actualité plus drastique. Les rédacteurs de ces hebdos ont compris le rôle essentiel de la télévision, et depuis quelques années, ils envahissent les plateaux de télévision traitant de l’actualité : C dans l’air, qui les invite plusieurs fois par semaine (qui ne connait pas les têtes de Christophe Barbier, de Renaud Dély ou encore de Roland Carol…), les quotidiennes d’Itélé ou de LCI, Le Grand Journal pour ne citer que les plus connus… Non seulement, ils exposent leurs analyses et point de vue, mais la véritable raison de leur don d’ubiquité est évidemment de promouvoir leur hebdomadaire… et avec un succès qui ne se dément pas. Il n’y a qu’à voir Marianne qui tira à plus de 500000 exemplaires lors des présidentielles pendant quelques semaines quand leurs collaborateurs étaient 24 heures sur 24 sur le terrain….

Que dire des gratuits ? Ils ne font que reprendre les dépêches d’agence que l’on retrouve sur les moteurs de recherche, sans faire de vérification, en en se contentant d’illustrer leurs paragraphes à peine réécrits de photos libres de droit ou faites par les rares photographes qu’ils embauchent. Tout comme pour Yahoo ! et Google, il y a bel et bien un rédacteur en chef et une équipe qui décident de la hiérarchisation de l’information. Mais quand on voit qu’elle met sur un même plan actualité internationale, crise économique, et dernière overdose d’une star d’une télé-réalité, on peut s’interroger sur la qualité de celle-ci.

lagardereAujourd’hui, la presse quotidienne a l’avantage de vérifier encore l’information avec de vrais journalistes qui sont sur le terrain. Tout comme pour les hebdomadaires, elle dépêche ses collaborateurs sur les plateaux de télévision (Raphaëlle Bacqué pour Le Monde, Laurent Joffrin pour Libération, etc.) mais sans connaître le même retentissement. Mais cette crise ne vient-elle pas d’ailleurs ? Pourquoi le citoyen considère-t-il comme information ce qui provient indifféremment de Virgin Télé, de 20 minutes ou du Monde ? Cette question de crédibilité est centrale surtout depuis que de grands médias sont devenus la possession des grands patrons du CAC 40 : Largardère détient notamment Europe 1, Europe 2, RFM, Paris Match, Bouygues quant à lui est patron de TF1, dont le 20 heures fut le plus regardé d’Europe pendant plus de 20 ans, Dassault possède Le Figaro, le premier site culturel français Evene quand Bernard Arnault détient entre autre La Tribune… De grands noms de la presse qui sont à la main des hommes les plus influents économiquement sur le pays, le continent et même le monde. N’y aurait-il pas un conflit d’intérêt à être à la fois financier, marchand et diffuseur d’une information neutre comme il se doit dans une démocratie ? Où est passée la fameuse éthique à la française ? La situation de la presse prétendument libre en France est tout simplement ubuesque entre les gratuits qui prétendent faire de l’information, et ceux qui devraient être les gardiens du Temple et qui sont tenus par nos plus Grands Patrons du Cac40. Cette situation est déplorable pour notre démocratie bien au-delà du caractère social, forcément tout aussi navrant. Tout le monde est finalement à la même ancienne : les gratuits sont tenus par leurs annonceurs, et les payants par leurs patrons : où se situe la différence ?

culturepubN’oublions pas qu’une émission comme Culture Pub sur M6 avait fini par mourir sur une chaîne qui ne supportait plus la critique des plus gros annonceurs de la chaîne. Ne parlons même pas de la critique du Cinéma sur des grandes chaînes… qui sont les plus gros investisseurs dans le domaine…. Le financier a donc un impact réel sur l’information elle-même. En proie à un problème d’éthique, la presse s’englue à dévoyer la notion d’information. Qu’est-ce qu’une information aujourd’hui ? Pourquoi est-elle confondue avec le vocable « média » ? Comment analyser le malaise profond que traverse la presse aujourd’hui : la crise de l’information ?

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