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Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).

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Une preuve et une cause mêlées de la mort de l’autorité à l’école ? La note de Vie scolaire

Instituée en 2006, elle constitue le plus grand cache-misère qui n’ait jamais été conçu par l’Education Nationale. Prétextant vouloir lutter contre l’absentéisme et les manques de civisme des élèves , elle fut discutée, choisie puis décidée en Hauts lieux... avant que ne s'engage la concertation avec les professeurs. Pour le néophyte qui ne connait pas l’Education Nationale, il convient de rappeler ce que l’on entend par le terme « concertation » en l’illustrant de celle à laquelle j’ai été convié à cette occasion.

Un homme revêtu d’un grand manteau en feutre noir est assis aux côtés du principal et de son adjointe qui l’entourent. L’ensemble des professeurs sont conviés (l’on a pris la peine d’annuler l’heure de cours de chaque professeur…). Sur la table se trouve la circulaire qui sera au centre des débats. Le grand monsieur respectable se présente : « Inspecteur Académique Général de la Vie Scolaire ». Plus l’intitulé est long, plus la respectabilité se fait pesante. Après une brève présentation, les enjeux, les professeurs sont amenés à travailler sur cette note. Et chacun y va de bon cœur pour dénoncer ce qui était criant à nos yeux :

Comment une simple note peut-elle être l’égale d’une moyenne prenant en compte les évaluations d’un trimestre entier ?

Comment ne pas y voir une note de comportement… de la part de ceux-là mêmes qui l’ont interdite dans les grands principes de la « nouvelle pédagogie » ?

Comment accepter que cette note de comportement valle autant qu’une matière disciplinaire tel que le français ou les mathématiques ?

Pourquoi faudrait-il « valoriser » l’assiduité quand on sait que c’est obligation légale (« L’école est gratuite et obligatoire ») ?

A l’heure où l’on remet en question les modes d’évaluation et le prétendue subjectivité du système français, n’est-il pas quelque peu suranné  de proposer une note sur 20 ?

Autant de questions, et bien d’autres encore qui agacent notre Monsieur au manteau si noir. Il gigote, bouge les mains, marmonne. Puis il montre les dents, fulmine, hurle à la « contre-productivité ». Les professeurs sont remis à la seule tâche que l’on attend d’eux : comment mettre en œuvre la circulaire qui, elle, a été décidée et qui sera appliquée coûte que coûte. Une collègue tente alors une ultime offensive. Le Monsieur s’emporte alors littéralement et tel un coup de semonce lance de l’air le plus grave qui soit : « Si vous ne voulez pas respecter la loi de la République, c’est un autre problème ! ». Les grands mots. Les grands chevaux. Pour nos grands maux.

C’est sans aucune caricature la manière dont ont été concertés les équipes pédagogiques.

Depuis un élève qui a été exclu une journée, même pour violence, peut parfaitement revendiquer un 15/20 en note de Vie scolaire, au nom d’un barème « valorisant ». Il n’est plus besoin de se lamenter d’avoir raté sa dernière évaluation de français quand on sait qu’elle sera largement compensée par ailleurs. L’élève qui plafonnait à 9 voit d’un coup de baguette magique sa moyenne atteindre 10, par le processus le plus artificiel qui soit, mais qui aura l’avantage de le réjouir assurément, de lui faire croire qu’il avait fait ce qu’il y avait à faire, et surtout de rassurer les parents.

Cette note de vie scolaire n’est donc pas seulement contestable sur le fond. C’est une entreprise de prostitution, obscène qui glorifie les défenseurs du « tout psychologique » et qui détruit l’autorité dans les établissements. Car il faut être honnête et lucide : si l’objectif était de diminuer l’incivilité et l’absentéisme, l’échec est total ! L’on en arrive même à imaginer de payer les élèves pour les faire venir en cours : c’est dire si tout ceci n’aura servi à rien. On obtient finalement le contraire de l’effet voulu. Au nom d’une idéologie. Mais le cynisme de cette affaire, c’est que le but véritable de cette opération était d’endiguer l’affaiblissement des moyennes, et ce malgré la pression mise sur les professeurs pour qu’ils préservent « un niveau ». Non pas un « niveau de connaissances », mais un « niveau de moyenne ». Un fruit déguisé par un nappage de lutte contre l’incivilité. Hypocrite cuisine de brasserie douteuse.

Une des premières mesures à prendre est d’enterrer purement et simplement cette rétribution obscène et contre-productive et qui va à l’encontre des valeurs de l’Ecole. Elle ne règlera à elle seule le problème de l’autorité mais cela apportera une première pierre dans la révolution à venir.

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