Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Stakhanoviste je fus… en jachère je devins. L’actualité, accablante, a beau égrainer ses macabres nouvelles, ses funestes perspectives, ses morbides messages, ma plume s’assèche. Je ne comprends pas. Je ne comprends plus.
Je ne comprends plus cette Europe, qui a tant tardé à voter un plan d’urgence. La fraternité n’est apparemment pas la devise de Bruxelles. Sa seule devise : l’Euro. Et chacun pour soi.
Je ne comprends pas comment Papandréou puisse encore tenir la barre de la Grèce après avoir corrompu à ce point les finances publiques tout en dissimulant l’ampleur de la catastrophe et mentant sur le déficit.
Je ne comprends pas comment les inopportunément dénommés progressistes de l’Europe, Gauche et centre réunis, peuvent à ce point enchaîner les défaites électorales comme des perles, quand les Conservateurs en place excellent dans leur incapacité à résister à la crise. Certains évoqueront les Régionales françaises. La belle affaire. Faute d’opposants, il y a peu de gloire à ramasser les lauriers. Rappelons qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Je ne comprends plus les journalistes et les politiques qui jouent au boomerang de la rigueur. Rhétorique, tic, tic. Vaine glose dont tout le monde se moque éperdument.
Je ne comprends plus la presse française, arrogante, qui n’accepte plus la moindre remise en question au nom de la liberté de la presse. Cela signifie-t-il pour autant qu’elle n’a aucun compte à rendre ? A quand une Institution morale sur les lignes éditoriales ? Aie, ouille ! Je me sens déjà flagellé et accusé de fascisme et de censure. Pourtant la crise… de la presse est grave. Le « off » est devenu sa substantifique moelle. Sa matière principale et préférée. Coefficient le plus élevé. Anicroches, rumeurs et vie privée s’invitent en manchettes et titres de JT. Hommage revisité à Fabius à propos de sa joute sur Ségolène Royal : ce n’est plus « voici le journal, mais le journal c’est Voici : »
Je ne comprends pas ce Gouvernement qui de déconvenues en débandades tente de garder le Cap à coups de méthode Coué. Leur discours est aussi éloigné de la vérité que le mensonge. Sophistes de pacotille. Moutons de Sarkurge qui souffle à tous vents ce qu’il faut penser. Ce qu’il faut dire. Ce qu’il faut taire. Le cap. Garder le Cap. Ou gagner près du Cap. Pour aguicher les courbes et les marchés. Rien de telle qu’une victoire en Coupe du Monde pour occulter les vraies difficultés. Seul problème : il est une coutume en France de mal gérer les équipes. Las qu’elles soient faites de footeux ou de Ministres, la mayonnaise ne prend pas. La faute à pas de chance. Ce n’est pas bien grave. Tant que l’on réunit plus de 30% de voix au 1er tour, on peut regarder tranquillement l’horizon.
Et que dire de Martine Aubry, que je ne comprends plus non plus. Elle qui envisageait le report de la retraite à 62 ans, s’emmêle dans son argumentation, et prétend qu’on l’a mal comprise. Et la Secrétaire du PS de se corrompre en déclinant le programme du NPA pour résoudre l’équation. Jusqu’à maintenant, la PS n’avait pas d’idées ? Aujourd’hui il pique celle des autres en proclamant haut et fort qu’il a peur qu’on les lui pique. Pique et pique et collé gram. La gauche a beau être un adulte par l’âge, elle n’en demeure pas moins infantile. Pétrie de bêtise. Triste, triste.
Alors pourquoi ma plume s’assèche-t-elle et s’épuise-t-elle, quand notre monde pourrait lui donner des envies de se vider, sans s’épuiser sur le papier ? Pourquoi s’est-elle imposée une jachère, une chaos quand il faut plus que jamais trouver des solutions aux problèmes insolubles qui nous sont posés ? Sans doute s’est-elle épuisée, abîmée, naufrage programmé. Sans doute qu’à force de crier d’expliquer, et de faire la pédagogie, sans être entendu, écouté et respecté, la force n’est plus. Avec le Mouvement Démocrate, nous n’avons de cesse de dénoncer et de proposer une autre manière de vivre et de gouverner. Mais les journalistes ont décrété que l’on n’était pas lisible. Et les Français ont suivi. Certes, nous avons certainement commis des erreurs. Mais l’ampleur de l’échec est-il proportionnel à la sincérité et à la véracité de nos propositions ? Notre probité est-elle pour autant remise en cause ? C’est lasse que ma plume s’est remise à dissimuler de l’encre sur le papier aujourd’hui. Retrouvera-t-elle autant que mon esprit suffisamment de courage pour repartir au combat ? je veux y croire. Mais seul le temps parlera. Pour moi.