Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Nul besoin de le rappeler les professeurs deviennent la dernière roue du carrosse, le paillasson de l’Education nationale sur lequel on s’essuie pour nettoyer les pompes que l’on a dégueulassées soi-même. Responsables de tous les maux, ils deviennent la cible privilégiée de tout à chacun : Ils notent trop sévèrement, pas assez, ne maîtrisent pas leur classe, font montre d’autoritarisme, ne travaillent que 18 heures, ne pensent qu’aux défavorisés, ne privilégient que ceux qui savent, manquent d’adaptation… Bla bla bla bla bla…
Nous sommes devenus en somme le dindon de la farce. Ce n’est pas un scoop. Mon blog depuis 18 mois regorgent de papiers sur le sujet.
Mais la question est de savoir d’où vient cette désacralisation du professeur ? Quel être maléfique a porté sur nous un tel opprobre, pour que l’on soit tel un pestiféré marqué jusqu’à la nuit des temps ?
Et j’ai trouvé la réponse. En regardant… 7 à la maison.
Alors renseignons les plus incultes (sic) d’entre nous. 7 à la maison est une série américaine, de la plus caricaturale qui soit : une famille protestante, avec un père pasteur, une tripotée de gosses qui font plus de conneries à eux tous en deux semaines que l’Iran en 10 ans, mais qui par le prêche moralisateur et la voie rédemptrice admet ses erreurs, retourne dans le droit chemin, avec un baiser sur le front et une musique aux saveurs de charlotte aux fraises en option. Tout un programme !
Il exhale une odeur de bons sentiments propre à gerber comme aux bons souvenirs du sirop rose que l’on prenait étant petit.
Perdu dans l’immensité de l’inertie de l’Education nationale, j’arrive chez moi, et corrige quelques vagues simulacres de copies et me branche sur TF1, histoire d’être à niveau pour corriger et de ne pas passer pour un tortionnaire cynique réac. Je tombe sur 7 à la maison. Ma capacité de jugement ayant été entamée par les onomatopées et autres beuglements entendus toute la journée en guise de réponse, je regarde la chose.
La plus jeune des filles(enfin là sur la photo, elle a un peu grandi, hein !!) pleure à chaudes larmes car sa maitresse l’a insultée. Sa mère s’en inquiète. Et la cadette de répondre que suite à une de ses réponses la professeur avait dit qu’elle était stupide.
Après des palabres interminables, l’on apprend que le professeur a dit que sa remarque était stupide.
Et il s’en suit tout un discours sur le fait que la petite l’est trop pour comprendre la différence entre « je suis stupide » et « ma réponse est stupide »…
Au final, une horde de parents déboule dans la classe et humilient en plein cours le prof. La gamine a la banane jusqu’aux oreilles. L’horrible professeur est ridiculisée, humiliée et rabaissée plus bas que terre devant tout le monde. Ouf, l’honneur est sauf. Entre temps, cette professionnelle de l’enseignement a perdu tout honneur, crédibilité et autorité sur la classe. L’enfant et l’élève roi triomphent ! Youpi. L’épisode est terminé.
Alors si vous vous demandez un jour d’où vient cette désacralisation du métier de professeur, ce manque de respect, cette dégénérescence du système, ne cherchez pas bien loin : il suffit de regarder TF1, vitrine de la société américaine.
Alors permettez-moi d’exiger, comme on le fait pour la santé sur les paquets de cigarettes, ou pour les pubs qui vantent les mérites d’un produit sucré ou salé, la remarque « Attention, cette série peut tuer la société européenne » durant toute la durée de l’épisode…