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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 22:39

collège1Le rapport du HCE, Le Haut Conseil de l’Education, Collège,  remis vendredi au Président de la République, n’a visiblement pas beaucoup ému la presse, et plus particulièrement la télévision qui a boudé l’événement. Il faut dire qu’en se contentant de l’introduction, l’on serait tenté de le résumer en la reconnaissance de l’inefficience voire l’inefficacité de notre collège. Une confirmation plus qu’une information comme le souligne Natacha Polony, dans Le Figaro, qui rappelle que la situation était déjà connue :

« Un message qui n’a rien de véritablement nouveau puisque le constat d’une crise au collège, lieu de violence et de malaise, où se révèlent les inégalités scolaires, est dressé depuis déjà quinze ans. Il le fut encore au printemps, à travers le rapport de la Cour des comptes, qui pointait, comme le HCE, les statistiques dramatiques sur les difficultés en français et en mathématiques. »

Et le journaliste d’enfoncer le clou : « 25% d’élèves en grande difficulté à l’entrée en 6e : le chiffre avait alors été contesté par la plupart des acteurs du système scolaire. Il ne l’est plus depuis que les enquêtes internationales PISA sont venues le confirmer. »

Rien de nouveau donc dans ce rapport, même si le HCE décline les diagnostiques (un collège qui accentue les inégalité, un collège qui n’a d’unique que le nom, un collège qui place la France parmi les mauvais élèves de l’OCDE) et les raisons de cet échec (une identité mal définie et qui fait de lui une propédeutique au lycée, un collège qui n’a jamais été une priorité, et des acteurs qui ont toujours été réticents à mettre en œuvre le collège unique). Pourtant, cette Institution comme elle en a le devoir, a émis des recommandations. A l’aune de celles-ci, observons ce qui se prépare, ou plus exactement ce que l’on souhaite voir s’y préparer.

collège2Tout d’abord, le rapport insiste lourdement sur l’identité même du collège unique. Et conteste d’emblée tous ceux qui y seraient opposés en assénant qu’un fonctionnement par filière ne résoudrait en rien les défaillances du système.

Bien au contraire, plutôt que de s’intéresser sur l’impossibilité pour un seul professeur de se dédoubler dans des classes devenues difficiles à gérer pour pallier l’hétérogénéité, le HCE préfère se contenter de dire que les professeurs ne sont pas assez formés, voire pas suffisamment volontaires, attitude qui résulterait d'une aversion de facto envers le collège unique. S’il recommande toutefois un encadrement plus important compte tenu du contexte (ce qui est totale contradiction avec les mesures prises chaque année depuis une décennie concernant l’Education Nationale, avec une réduction de plus en plus importante de postes), il estime que la charge des professeurs tendant à se diversifier, et le HCE de citer pêle-mêle en sus du « temps d’enseignement), le travail d’équipe, l’aide au travail, le tutorat sans penser nullement à évoquer la préparation des cours, la correction des copies, la participation aux examens, cela pourrait conduire les professeurs « à un allongement de leur présence dans l’établissement ».

 Bien évidemment bienveillants, les Sages ont tout prévu : « l’environnement matériel doit se prêter à cette nouvelle organisation du travail des enseignants : ils devront ainsi pouvoir disposer d’un bureau dans leur établissement afin d’assurer dans de bonnes conditions leurs diverses missions ». Jolie précaution mais assez peu crédible :

collège4Est-il nécessaire de rappeler que pratiquement aucun établissement ne dispose de l’espace nécessaire pour mettre à disposition par matière (ne parlons même pas d’un bureau par professeur), et qu’aujourd’hui les établissements flambant neufs HQE font en sorte que les professeurs ne disposent pas de leur salle mais vaquent de pièce en pièce faute de moyens justement ?

Est-il nécessaire de rappeler que la charge d’un professeur pour ses cours nécessite un temps ajustable de préparation et de correction de copies ?

Est-il alors envisageable d’estimer que le prix où est payé un professeur (1900 euros net après 10 ans d’exercice) est suffisamment faible pour qu’il voie dans cette redistribution horaire largement à sa défaveur un travailler plus pour gagner autant (voire moins si l’on considère l’inflation de son salaire comparativement à celle de la vie ?). A moins bien évidemment que les heures dévolues aux cours ne soient diminuées, ce qui entraînerait de facto une diminution des emplois du temps (après tout les élèves français ont déjà perdu un an de scolarité en français depuis 20 ans en nombre d’heure global : davantage de réduction de cours conduira forcément à réussir les fameux tests PISA qui semblent être dans le collimateur de nos grands Sages…)

 

collège3Pour autant le HCE a d’autres cadeaux dans sa hotte. Non content de prévoir une augmentation substantielle de présence non rémunérée dans l’établissement, fort des exemples allemands et anglo-saxons, il prévoit aussi des « dominantes » qui orienteraient les concours de recrutement, « ce qui pourraient conduire certains professeurs de collège à enseigner plusieurs disciplines ». Et le rapport de se faire l’élogieux écho de cet établissement de Bordeaux, qui fort d’une équipe pédagogique volontaire, propose à ses élèves des enseignements disciplinaires le matin, et des enseignements inter disciplinaires l’après-midi. A l’heure où le Gouvernement a imposé le recrutement des professeurs au niveau master, en estimant qu’il faut parfaitement connaître sa matière pour l’enseigner, force est de constater que les Grands Sages voient les choses différemment, et leur envie de faire du collège, la continuité de l’école vise également les professeurs qui à l’image de leurs collègues en primaire ne seraient plus des spécialistes mais des généralistes. La spécialisation n’interviendrait qu’au lycée. Ce qui sonne le glas du CAPES qui recrutait pour l’ensemble du secondaire, c’est-à-dire le collège et le lycée.

Non contents de réformer ce concours, ils souhaitent réduire la part prépondérante des savoirs universitaires (sous-entendu qui sont INUTILES pour enseigner à un niveau aussi « basique » que le collège) du concours : « Toute mesure prise pour confronter les futurs candidats aux concours de recrutement à la réalité et aux exigences du métier d’enseignement ira dans le bon sens ». Une préconisation qui serait louable si les savoirs savants n’étaient pas réduits à leur portion congrue… Au lieu de se questionner sur les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre la violence et la difficulté à enseigner, le HCE préfère la résignation : autant apprendre aux néo-professeurs de faire " avec" . L’on a connu projet plus ambitieux que celui qui consiste à mettre des pansements sur des plaies béantes plutôt que de guérir du véritable mal.

collège5Mais la marotte du HCE reste ce socle commun des compétences décidé en 2005, et qu’il s’impatiente à voir mis en œuvre sur le terrain. Fustigeant tour à tour les professeurs, les syndicats, les Hauts Fonctionnaires et les Ministres qui se sont succédés de ne pas avoir fait une priorité de cette initiative prise en 1975 par Valéry Giscard d’Estaing lors de la création du collège unique, les Sages balayent d’un revers de mains les arguments de ceux qui prétendraient que ce socle serait un savoir au rabais (il est vrai que leur réforme du concours, la bi voire tri-valence des futurs professeurs et la diversité des missions proposées au professeur ont de quoi mettre d’aucuns sur ses gardes…) : s’occuper des élèves en difficulté n’empêchent pas de s’occuper de ceux qui sont en excellence scolaire. Il est vrai que la quasi-disparition  de la carte scolaire a quasiment fait disparaître les seconds de certains établissements, mais comme le disent les Grands Sages, cela aura eu « le mérite indiscutable de mettre fin à l’hypocrisie antérieure ». A cynique, cynique et demi…

Toutefois, le bouquet final est encore à venir. Car les artificiers du HCE ont garder leur plus belle gerbe pour la fin : l’autonomie des chefs d’établissements, ce qui selon les dernières informations, semblent être une recommandation très intéressante pour le Président de la République, amis tremblez ! Car si dans cette autonomie figure une marge de manœuvre de 10% dans les budgets alloués afin de répondre au mieux aux besoins (de la même manière afin de ne pas encourager les établissements à faire redoubler les élèves dans le but inavoué de « remplir » les effectifs, ces derniers seraient fixés pour quelques années sans la pression de perdre des classes et des postes), le HCE propose aux chefs d’établissements de… recruter leurs professeurs, comme cela se fait en Angleterre. Cela pose EVIDEMMENT des véritables questions :

collège6Quid des professeurs qui ne seraient pas « choisis » ? Que fera-t-on d’eux ? Les mettra-t-on dans des établissements ghettos dans lesquels se retrouveront ceux qui n’auront pas été sélectionnés ? Ou chaque principal aura comme obligation d’avoir un « quota boulet » comme lorsque l’on compose une équipe pour la balle au prisonnier ?

Par ailleurs, sur quel critère seront sélectionnés les professeurs et notamment les jeunes formés ? Sur des dossiers ou des fichiers ? Remplis par qui ? Les principaux ? Où se situe ici le contre-pouvoir en cas d’une injustice flagrante (mais rassure-vous il n’y a JAMAIS eu de conflits avérés en France entre un Principal et l’équipe pédagogique d’un collège…) ? Faut-il rappeler ce constat d’un secrétaire du SNES de Lille qui explique que les conflits entre professeurs et principaux ont EXPLOSE en quelques mois ?

Enfin et surtout, il faut rappeler que dans la « logique disciplinaire » que veut occulter le HCE, les responsables pédagogiques des professeurs restent l’Inspecteur, qui comme le professeur, a les connaissances et l’expérience de la matière. Aujourd’hui le rapport propose donc in fine de le substituer au principal : comment dès lors être jugé par un ancien CPE ou un ancien professeur de SVT qui aurait obtenu son concours de chef d’établissement : en quoi ses connaissances font-elles autorité en anglais ou en français ? Au nom de quoi serait-il légitime pour décréter ce qu’il faut enseigner et la manière dont il faudrait procéder ? Seule la pédagogie d’ensemble et les méthodes jugées a priori seront auréolées au détriment de la transmission des savoirs qui sera tout bonnement secondaire.  Mais il faut dire que le socle de commun de connaissances ressemble tant à un socle commun des compétences (d’où la lourde insistance du HCE pour abroger définitivement la notation – encore heureux que nous n’ayons pas eu encore une fois de plus à nous « manger » la constan(c)e macabre d'Antibi… -) que le pas est sur le point d’être franchi. Disons le tout net : dans quelques années, cela n’aura nulle importance de savoir conjuguer le verbe avoir au passé composé ou de savoir démontrer qu’une droite est perpendiculaire à l’autre : du moment que l’élève communique sans frapper, sait attacher une pièce jointe pour valider le B2i et baragouine trois mots clefs d’anglais même sans syntaxe pour valider son A2, il aura toute les chances d’être un bon élève du collège.

collège7Et c’est avec cela que les Grands Sages nous voient grimper dans le classement PISA ? Faut-il rappeler que les tests qu’ils proposent en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences sont des exercices « à l’ancienne », d’application d’une connaissance et de la restitution de celle-ci. Il n’est pas sûr qu’avec une telle organisation, la réussite soit de notre côté.

Le bilan de ces recommandations est accablant : le maintien coûte que coûte du collège unique (avec pour rassurer tout le monde une revalorisation du technologique et du professionnel , dont la culture sera inculquée à tous les collégiens « à parité d’estime avec les discipline traditionnelles »), un Collège qui deviendrait une « Ecole du socle commun », aux exigences revues à la baisse, les connaissances laissant la place aux compétences, avec validation sans évaluation, des professeurs de moins en moins spécialisés, aux savoirs généralistes mais à la pédagogique suivant la ligne directrice de l’établissement où il aura été… choisi, puisque cette affirmation est non des moindres, les principaux, forts d’une autonomie quasi-totale, auront la liberté de recruter selon leurs desideratas.

 

Les Pédagogistes peuvent se gausser : ils viennent de remporter une bataille colossale face à tous les autres, et pas seulement les nostalgiques : ceux qui ont tout simplement un minimum d’exigence pour leurs descendants, histoire de leur donner les armes pour réussir dans un monde devenu de plus en plus sélectif. Aujourd’hui l’objectif est clair : créer une masse avec un savoir minimum et non minimal, comme l’on dotait jadis les esclaves britanniques d’un « basic english » pour ainsi créer une main d’œuvre à bon marché et qui n’aura même plus les armes du langage pour se rebeller (on comprend mieux l'allusion de Luc Châtel lors de son discours de rentrée quand il disait préférer des petits matins quotidiens que des "grands soirs"). Pour ceux qui le pourront, resteront les établissements privés qui donneront ce que le public ne leur donnera plus. Ceux qui en auront les moyens sont bien moins nombreux que ceux qui sont dans le besoin : cela tombe bien, car l’on aura toujours davantage besoin d’ouvriers que de cadres dirigeants ; Quand je vous le disais : à cynique, le HCR est cynique et demi…

 

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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