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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 22:44

delhayeAlors que se préparent les Assises de Lyon qui verront la fusion définitive entre les Ecologistes (Verts et Europe Ecologie) avec l’objectif officiel d’une plus grande clarté et celui plus officieux mais autrement plus important d’assurer la continuité juridique nécessaire au financement public, Eric Delhaye, Président délégué de CAP21, tente un exercice de lecture quant à la participation future de son organisation dans cette machine à gagner écologiste, dans une tribune libre, après le départ en grande pompe du Mouvement Démocrate voilà quelques mois au lendemain de Régionales. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le mariage qu’il avait envisagé a du plomb dans l’aile. D’emblée, les périphrases alourdissent le beau projet sans parler du plus-que-parfait, synonyme d’horizon funeste :

« Nous avons été nombreux à espérer qu’un jour les écologistes seraient capables de se réunir dans un mouvement unique et indépendant. La dynamique d’Europe Ecologie et de ses coopérateurs pouvait laisser penser que cette heure était arrivée ».

 

Puis le couperet tombe net :  

 

« Si des partenariats sont envisageables, Cécile Duflot nous a clairement indiqué qu’il n’y avait pas de place pour CAP21 dans le processus fondateur du nouveau mouvement ou dans le bureau exécutif, ce qui a le mérite de la clarté et de la franchise. »

 

PhotoCorinneLepageC’est donc tout penaud que CAP21 est convié à rentrer à la niche. CAP21 a-t-il été sacrifié au nom de passé de Jupette de Corinne Lepage, dans un parti qui a toujours fait de son ancrage à gauche une donnée non négociable ? En d’autres termes, la dimension partisane l’a-t-elle emporté sur les considérations purement politicienne ? CAP21 a-t-il été victime de l’hégémonie des Verts dans cette nouvelle union comme semble l’indiquer Eric Delhaye quand il écrit :

 

« J’espère me tromper mais il est à craindre que l’opération Europe écologie ne devienne en réalité qu’un simple relookage des Verts et qu’il n’y ait aucune volonté de s’associer à un autre parti organisé comme CAP21 ni de chercher une synthèse programmatique avec l’écologie humaniste, progressiste et indépendante que nous représentons ».

 

Déjà vu déjà entendu ? Non, sans rire ! Ne reconnait-on pas là la rhétorique utilisée jadis pour quitter le MoDem ? Bien qu’il ne faille pas épargner les anciens Verts qui, selon toutes vraisemblances, sont hostiles de nature à toute alliance allant au-delà de leur périmètre gauche, ardents défenseurs d’un clivage… clivant, bloc contre bloc, pour s’assurer des retombées d’une bipolarisation qui rétribue à coups sûrs (une part négociée quand le PS est fort comme aux Régionales, ou un jeu d’égal à égal quand son principal partenaire est affaibli, comme lors des Européennes), il ne faudrait pas se laisser berner par la victimisation de CAP21, qui comme à son habitude reprend la bonne vieille litanie de l’éternelle victime.

 

Pour y voir plus clair, il n’y a guère besoin de remonter bien loin : l’après-présidentielles de 2007 suffit à y voir un peu plus claire nous aussi. Proche de l’UDF depuis sa création en 1996, CAP21 officialise sa collaboration avec François Bayrou au début de l’année 2007, quand Corinne Lepage comprend qu’elle n’aura pas les 500 signatures nécessaires pour briguer aux Présidentielles. Car il est une donnée qu’il faut bien comprendre pour saisir la trajectoire de ce parti : ce que veut Corinne Lepage, Cap21 le fait. Et vice versa. Elle qui dénonçait l’aura trop étouffante du « gourou Bayrou » avait de quoi méditer en observant la déférence qui lui est due par les adhérents du parti dont elle est la fondatrice et l’unique Présidente en 14 années d’existence.

modemCAP21 convole alors en justes noces dès mai 2007 avec le futur Mouvement. Pour autant, un premier désaccord, passé assez discret et malgré tout non des moindres, vient gâcher la fête : échaudé par les courants qui ont pu déstabiliser l’ancienne UDF et par la triste destinée des Verts, tiraillé de l’intérieur par moult sous-tendances, et dont Jean-Luc Bennahmias est le témoin le plus crédible, François Bayrou ne souhaite pas que CAP21 garde son identité et souhaite voir le parti de Corinne Lepage se fondre au projet humaniste du Mouvement Démocrate. CAP 21 ne l’entend pas ainsi, et Corinne Lepage avec lui. Lors du Congrès de Cap21 du 23 juin 2007, la participation du parti humaniste et écologiste à la fondation du Mouvement Démocrate est adoptée à la quasi-unanimité…sous-réserve de conserver une autonomie politique et financière. Corinne Lepage et son parti souhaite de toutes évidences garder une porte de sortie au cas où… L’occasion viendra pour prendre conscience que cette concession faite à la future eurodéputée sera une erreur. De fait, en décembre 2007, Cap21 devient membre fondateur du Mouvement Démocrate et conserve son autonomie politique et financière.

Par la suite, l’union sacrée fit son bonhomme de chemin. Corinne Lepage fut nommée vice-présidente du Mouvement en mai 2008 au lendemain des Municipales et fut en charge des Commissions mises en route pour élaborer une ligne programmatique. Les Européennes vont marquer un tournant.

eva jolyCorinne Lepage prend la tête de la liste du Nord pour ces Européennes aux côtés d’Olivier Henno. Dans le même temps, Eva Joly, pressentie pour rejoindre nos couleurs, se rétracte, après qu’on lui refuse la tête de liste d’Ile-de-France, dévolue à Marielle de Sarnez eurodéputée sortante. Cela aura toute son importance bien plus tard. Mais on ne le sait pas encore.

La campagne est un succès. Corinne Lepage en profite pour sortir un opus Vivre autrement, qui lui permet de théoriser sa vision de l’économie soutenable. Tout concourt à faire des ces élections une réussite puisque dans le même temps, François Bayrou cartonne en tête des ventes avec Abus de pouvoir. Les sondages donnent près de 15% au MoDem. C’est alors que la roue tourne… et Corinne Lepage avec.

Europe Ecologie, qui entre-temps, a récupéré Eva Joly fait une campagne besogneuse et efficace. Entraîné par un Cohn-Bendit qui en a vu d’autres, les intentions ne cessent de progresser. Fin mai, Europe Ecologie participe à l’anti-Bayrou envers et contre tout, le Président du MoDem qui décidément agace beaucoup. Avec la Gauche mais aussi la Droite républicaine, haro sur le Béarnais ; les conséquences sont immédiates dans cette micro-campagne. En quelques jours, Europe Ecologie connait une poussée quand les intentions de vote du Mouvement Démocrate s’effritent. Corinne Lepage qui se voyait bien accompagnée d’Olivier Henno à Bruxelles comprend rapidement que le pari est perdu. C’est alors que survient l’invraisemblable jeudi noir.

A quatre jours du scrutin, France2 organise le seul débat des Européennes de la campagne. Enregistré l’après-midi même, il accouche d’un bras de fer sanglant entre Cohn-Bendit et Bayrou. Personne le l’oubliera. On le comprendra plus tard, le leader d’Europe Ecologie avait parfaitement préparé son coup et tout tenté pour faire sortir le Président du Mouvement Démocrate de ses gonds. Non content de réussir son coup, il ne s’arrête pas là, et en sortant de l’émission contacte Corinne Lepage en jouant les offusqués. En vérité il jubile. Il flaire le coup de poker bien au-delà de ces Européennes. Le soir du 6 juin, Corinne Lepage passe par tous les états. Elle est remontée comme jamais. La rupture avec François Bayrou, qu’elle trouvait déjà trop hégémonique, est proche. C’est le point de rupture. Calmée, et rassurée par son entourage, elle reprend ses esprits pour finir la campagne. Mais pas pour longtemps  : dès le soir du résultat, qui est marqué par un résultat catastrophique pour le Mouvement Démocrate (8,5%), Corinne Lepage détonne sur les plateaux télévisés en sabordant le Mouvement et en expliquant que Europe Ecologie a réussi là où le Mouvement Démocrate avait échoué. Très négative, elle n’aura pas de mots trop durs pour condamner François Bayrou d’avoir choisi une campagne nationale là où les (rares) électeurs avaient décidé de choisir le débat européen et l’écologie.

86301 bayrouvanlerenberguneLa rupture est totale. Corinne Lepage comprend-elle que l’horizon 2012 est bouché, en tous cas en restant au MoDem ? Sans aucun doute. Pour elle, en tous cas, l’aventure est d’ores et déjà terminée. Lors du bilan fait au 133 bis rue de l’Université, l’ambiance est tendue, et Corinne Lepage continue l’offensive. François Bayrou quitte même le bureau, ce qui filtrera dans la presse. Nul besoin de se demander qui a livré l’info… Bennahmias qui n’a jamais véritablement apprécié la Présidente de CAP21 fulmine en face. Les conséquences sont immédiates : Corinne Lepage est priée d’arrêter les Commissions Démocrates, on lui demande de se faire plus discrète et d’avoir la critique moins acerbe. En privé, on lui demande certainement d’annoncer son départ après les Régionales histoire de ne pas plomber plus encore le Mouvement. Elle accepte le compromis et si elle soutient du bout des lèvres la candidature de son ancien numéro 2, Olivier Henno, pour les Régionales, elle n’oublie pas de donner son point de vue lors de la rencontre avec les militants et via le web crée un collectif Terre Démocrate qui ne fait aucun doute sur son objectif de scission : un des gestionnaires n’est autre que… Christophe Ginisty qui a claqué la porte du Mouvement quelques semaines plus tôt en faisant grand bruit.

Au Congrès d’Arras, elle fait un passage éclair, profitant de l’éclairage des médias pour dire qu’elle est persona non grata. Elle en profite pour dresser ses troupes contre le Mouvement lors du Module consacré aux Régionales, celles-ci reprochant à Jean-Marie Vanlerenberghe de ne pas avoir un « quotas » sur les listes du Mouvement Démocrate : la réponse est cinglante quand le sénateur rétorque qu’il avait toujours estimé que les adhérents de CAP21 étaient avant tout des adhérents du MoDem… Ambiance.

cap21 internetDurant la campagne, Corinne Lepage prend des contacts réguliers avec Cohn-Bendit et tire des plans sur la comète. Elle proclame préférer faire alliance à Bruxelles avec les Verts plutôt qu’avec l’ADLE. Pratiquant la stratégie de la terre brûlée, elle soutient dans l’Est la candidature d’Europe Ecologie contre la liste menée par Yann Wehrling, ancien porte-parole des Verts et membre du Mouvement Démocrate. Le soir des résultats du 1er tour, Corinne Lepage et Benhammias s’étripent en direct sur le plateau de France2 devant un auditoire médusé : les deux sont encore membres du même mouvement ! Quelques jours plus tard, Corinne Lepage annonce son départ du Mouvement Démocrate, décision entérinée par CAP21 quelques semaines plus tard. Dès lors elle est pressentie dans un rapprochement avec les Ecologistes.

 

Pourquoi alors, à peine quelques mois après ce rapprochement, la greffe n’a-t-elle pas prise ?

 

D’une part, il faudrait rappeler quelque chose : ce rapprochement n’avait rien de PROGRAMMATIQUE et d’IDEOLOGIQUE. Le 19 mai 2009, en pleine campagne des Européennes, Corinne Lepage n’avait-t-elle pas eu les mots les plus durs envers EE en expliquant qu’elle refusait de soutenir une liste qui comportait un « intégriste », disciple de Tariq Ramadan, qui ne s'oppose pas à la lapidation des femmes et qui oeuvre pour un communautarisme propre à défier la laïcité à la française ? Ou encore envers le grand écart entre Cohn Bendit et José Bové ?

  

 

Visiblement, toutes ces divergences la gênaient beaucoup moins une fois que les Européennes avaient rendu leur verdict.

Par ailleurs ces derniers mois ont vu une lutte de femmes : Cécile Duflot, héritière de l’écologie de cecile-duflotGauche et qui n’a jamais vu d’un bon œil l’arrivée de Corinne Lepage, Eva Joly, auréolée du succès des Européennes, et véritable fer de lance d’Europe Ecologie, et le Présidente de CAP21 qui a tenté de se faire une place. Las, les Universités d’été scellent son sort. Une fois de plus. En choisissant de faire d’Eva Joly la candidate pour les Présidentielles quand Cécile Duflot prenait la Direction du futur parti écologiste, les cadres écologistes condamnent Corinne Lepage : elle n’avait plus de place au jeu des chaises musicales. Sa déclaration à l’ouverture des Universités avait de quoi faire sourire :

« Je crains un virage trop à gauche, avec par exemple la position des Verts sur les retraites et cela me paraît très loin des positions de Daniel Cohn-Bendit. D’ailleurs, le recul de Daniel Cohn-Bendit au sein du mouvement est pour moi un aveu d’échec. »

 

Aujourd’hui les adhérents de CAP21 déchantent, une fois de plus. Les voilà sans ressources. Seuls avec leur eurodéputée, sans avoir de chance de voir leur voix se faire entendre à l’avenir. Leur candeur fait sourire : comment ont-ils pu croire un seul instant que les Verts n’allaient pas être dominants dans cette nouvelle structure écologiste ? Comment ont-ils pu penser que Duflot et Joly allait laisser l’oxygène nécessaire à Corinne Lepage, pour incarner une rivale dangereuse ? Face au cynisme de leur présidente, les adhérents de CAP21 ont pêché par naïveté. Ingénus, ils n’ont pas vu le cynisme de la trajectoire de l’ancienne Jupette. Les ambitions présidentielles de Corinne Lepage sont à présent un souvenir lointain et un rêve inaccessible. Corinne Lepage ou comment tout sacrifier pour sa trajectoire personnelle. C’est amusant : c’est exactement ce qu’elle reprochait il y a quelques mois à François Bayrou. Ou de la déclinaison éternelle de l’ironie du sort…

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commentaires

Y

C'est surprenant ! Le compte à rebours aurait pu s'arrêter bien avant !
Sonne-t-il le glas de CAP21 ? J'espère en tous que l'abattement légitime n'empechera pas les militants de participer au projet de 2012. L'on a le droit de faire une erreur de parcours surtout quand
on est instrumentalisé par le haut de la pyramide...


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J

très bon article

a propos de Terre-Démocrate, le compte à rebours sur leur page d'accueil s'est arrêté hier, 16 octobre, et ... rien.


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Y

Des liens ? Vous parlez surement de ceux de N.Mauduit qu'il faut copier-coller... mais qui offrent de toutes façons des informations largement complétées depuis....


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A

C'est biçen beau d'indiquer des liens où s'informer, si on ne peut cliquer sur eux.


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A

Je n'étais pas au Congrès d'Arras, mais mes amis m'ont combien Corinne Lepage avait cassé du sucre sur le dos de Bayrou. C'est à ce moment, que Bayrou aurait dû s'en débarrasser.

Elle est venue soutenir EE contre le MoDem en Alsace, terre centriste.

Le débat avec DCB avait organisé comme un combat de coqs. J'étais devant mon écran. Il n'y a pas que Bayrou qui a réagi fortement. Son livre "Abus de pouvoir" n'aurait jamais dû paraître si tôt.
Les journaux télévisés n'ont parlé que des campagnes UMP et EE, alors qu'à Schiltigheim
ce jour Bayrou organisait son dernier meeting de campagne.

A Giens toute la semaine on a débattu sur les valeurs. Lui reprocher de parler de centre dans sa dernière intervention, c'est ridicule, après avoir reproché au MoDem de tendre à droite, à gauche,
vers les verts.


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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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