Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Le troisième débat des primaires socialistes aura été l’occasion d’une exégèse très attendue sur l’école, surtout depuis la promesse de François Hollande de créer 60.000 postes sur cinq ans, ce qui revient à remettre tous ceux que l’incurie sarkozyenne avait massacrés sur le bûcher de la rigueur.
Les six candidats à la primaire lors du 3e débat télévisé, 5 octobre 2011 (F. DUFOUR / AFP)
Celui qui justifia finalement le mieux cette mesure ne fut pas le favori des sondages, loin s’en faut, lui qui fut apathique et assez terne sur la question. Non. Le meilleur avocat de Hollande fut Jean-Michel Baylet qui rappela non sans raison que les suppressions de postes qui ont fait tant de mal à notre école n’ont pas eu les effets bénéfiques escomptés, à savoir la diminution des dépenses publiques puisqu’elles ne représentèrent que… 0,4% de notre déficit annuel.
Non seulement Sarkozy est devenu le fossoyeur de l’école, mais ses sacrifices n’ont été qu’une goutte d’eau dans l’abîme qu’il creusa à grandes pelletés. François Bayrou n’avait pas dit autre chose dans 2012, État d’urgence.
Malheureusement, c’est bien la seule chose que François Hollande avait à offrir : des postes.Comme si la question de l’échec scolaire et du malaise enseignant pouvait se résumer à une affaire du moyens.
Hollande tenta bien de pallier la faiblesse de son offre par une posture hugolienne, en rappelant que les 2,5 milliards d’euros que coûteraient ces postes seraient toujours moins que les 3,5 milliards que Nicolas Sarkozy comptaient investir pour 30.000 places en prison, laissant planer l’ombre de l’auteur de "La Légende des siècles" : "Celui qui ouvre une porte d'école, ferme une prison."
Mais le cliché paraît quelque peu éculé et surtout un peu faible pour soutenir une éducation en crise. Rappelons d’ailleurs l’éternel écueil des socialistes sur la question, Jack Lang en tête, qui nourrissent notre système de postes sans remettre en question une pédagogie hérétique. Comme à un enfant que l’on délaisse faute de temps et que l’on pourrit pour compenser le manque affectif.
Ce que ne manqua pas de souligner avec acuité une Martine Aubry parfaitement préparée par Bruno Julliard, secrétaire à l’Éducation du parti et soutien zélé de la maire de Lille :
PS l'école pas des moyens par snoopyves1
Tremblement de terre en zone socialiste : le PS aurait-il enfin compris que l’éducation ne serait pas qu’une question de moyens, ce que seul Valls acquiesce dans son intervention, Montebourg, Royal, Hollande et Baylet se répandant en promesses dispendieuses ?
Las, l’ancienne première secrétaire du parti fixe la règle, mais l’oublie sitôt pour scander sa propre liste du Père Noël : retour de la formation pour les stagiaires nouvellement auréolés du concours, revalorisation du salaire des enseignants (20 % sous la moyenne européenne rappelle Aubry), embauche de psychologues, assistantes sociales, et autres médecins scolaires, remettre des enseignants là où on en a besoin… Un "pacte éducatif" comme elle l’appelle, qui semble surtout fonctionner au refrain du "plus de moyens". À s’y méprendre.
Martine Aubry serait-elle atteinte d’anosognosie elle aussi pour oublier le principe qu’elle vient à peine d’annoncer ? Pas tout à fait. Car elle précise alors qu’elle ne pourra pas tout faire ! Il faudra établir des priorités. Car cela coûte cher ! Oui très cher même. Nous voilà donc rassurés.
D’autant que la proposition de Hollande est en fait mal estimée. Et pas un journaliste pour le souligner. Leur rôle alors ? Passons. Fort heureusement Ségolène Royal rectifie, dans l’indifférence quasi générale, mais avec pertinence : 12.000 postes supplémentaires, c’est 500 millions d’euros par an et donc… plus de 7 milliards sur un quinquennat !
Sacré Hollande, pour qui 12.000 postes de plus par an correspondent à 5 x 500 millions, quand il oublie que chaque année il faut rajouter les 12.000 qui ont été crées douze mois auparavant… et qui continuent à être payés, cela va sans dire.
Le calcul est simple : 500 millions la première année, 500 + 500 la seconde, 1000 + 500 la troisième et ainsi de suite. Soit 7,5 milliards sur cinq ans… Erreur de calcul ou poudre aux yeux ?
Ségo voit juste par snoopyves1
En revanche, le sens de la priorité de Martine Aubry a de quoi inquiéter les enseignants : qu’en sera-t-il de la revalorisation salariale, quand, en état de crise, le futur gouvernement n’aura pas d’autres choix que de viser les priorités ? Pas sûr qu’une augmentation d’une partie de la fonction publique à l’heure où ses homologues européens se serrent la ceinture soit la piste envisagée… Paroles, paroles, paroles.
Mais revenons à Arnaud Montebourg que nous avions laissé trop brutalement dans ses dépenses surréalistes. Car le député et président du conseil général de Saône-et-Loire (pas de cumul, a voté le PS…) a tenu à préciser sa condition : "Pas d’embauche à système constant."
Alors, à quel système Arnaud Montebourg compte-t-il confier l’Éducation nationale ? Un dédoublement systématique des classes pour un quart du temps scolaire. Mais, bien évidemment, dans ces conditions plus confortables pour les élèves et pour les professeurs, qui devront tout de même individualiser leur enseignement (autant de préparations supplémentaires pour adapter sa pédagogie). Et ces derniers devront consentir à augmenter leur temps de présence dans les établissements scolaires. Ah !!! Le fameux temps de travail des enseignants !
Et sur cette question, à l’exception de Hollande qui n’en a pas pipé mot (mais a-t-il véritablement exploré le thème de l’éducation si ce n’est pour dire qu’il comptait faire des économies en faisant fi du redoublement avec une candeur édifiante qui fit réagir avec sagesse Martine Aubry), tout le monde fut à l’unisson.
Valls proposa même l’éternel modèle finlandais avec 48 jours de vacances en moins, après négociations avec les syndicats enseignants… On ne saurait trop conseiller au maire d’Evry de faire preuve de davantage de pragmatisme sur la question et d’en discuter avec les professionnels du tourisme… Une récession dans le secteur où la France est encore en tête des bilans mondiaux ne paraît sans doute pas le meilleur argument pour faire sortir le pays de la crise.
Rajoutez à cela l’autonomie accordée aux chefs d’établissements, préconisée par Aubry, comme dans le système anglo-saxon, faisant triompher la pédagogie sur la transmission des savoirs, et vous comprendrez que le PS fait l’école buissonnière sur la question éducative.
Les six candidats à la primaire lors du 3e débat télévisé, 5 octobre 2011 (F. DUFOUR / AFP)
Manuel Valls tenta bien, en conclusion de prôner la rupture, et quelle rupture ( !) en proclamant qu’il fallait "remettre l’enseignant au cœur du système scolaire" (Mérieu et Jospin durent en avoir une crise cardiaque, eux qui imposèrent à notre système, sans en prévoir les funestes conséquence, que l’élève était "au centre"), le PS n’aura guère convaincu sur la question éducative.
Qu’en retenir ? Des moyens, toujours des moyens, tout juste raisonnés par la nécessité des priorités (ce qui revient à donner raison à Pasqua qui affirmait que les promesses n'engagent que pour ceux qui y croient), des enseignants qui ne travaillent pas suffisamment et qui pourront toujours reporter leur espoir de revalorisation sur la providence d’une croissance à venir, et une réforme pédagogique qui ne vise nullement à la transmission des savoirs et à l’autonomie des élèves…
Non décidément, si le PS avait connu une histoire d’amour avec l’école et notamment les enseignants, nul doute que le point de rupture est proche. C’est bien connu les histoires d’amour finissent mal… en général.