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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 16:26

Profs 2La semaine dernière, je vous avais conté les aventures ubuesques de ce professeur, qui, après dix années d’exercice, goûtait ou plutôt subissait les affres de la précarité… Contraint de se voir exercer sur deux établissements l’année prochaine tout en voyant débouler en cours d’année un étudiant faire des heures pour la même matière dans son établissement, dans l’indifférence la plus froide de sa Direction.


Le destin est farceur. Et vous lecteur allez le découvrir.

 

Le week-end dernier, son moral était au plus bas. Lui, l’éternel employé précaire malgré son concours de catégorie A. L’école n’était plus pour lui, lisiez-vous… Pour autant, il ne pouvait pas sur un coup de tête démissionner. Ne serait-ce que par respect pour ceux qui n’ont pas de travail. Ne serait-ce que parce que la période n’est pas véritablement au plein emploi et à l’audace sans aller à vau-l’eau. Alors il compta. Compta et recompta. Les heures, les besoins. Il lut. Lut et relut. Le BO et les forums sur le net. Quelques lueurs d’espoir pointèrent alors le bout de leur nez :


Tout d’abord, malgré une perte de 6h30 de français d’une année sur l’autre, on retirait au moins 10h30 de besoins… Restait à expliquer cette différence au pire, cette erreur au mieux…

 

D’autre part, le fruit de ses recherches accoucha d’une découverte. Non des moindres. Lecteurs, et plus précisément enseignants écoutez donc : les compléments de service sont un des points les moins réglementés de notre profession. Et surtout un des moins réactualisés. Le seul texte de référence est le décret 50-581 du 25 mai… 1950 ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est restrictif en la matière :

« Art. 3 (modifié par le décret n°99-880 du 13 octobre 1999) 1° Les fonctionnaires qui ne peuvent assurer leur maximum de service dans l'établissement auquel ils ont été nommés peuvent être appelés à le compléter dans un autre établissement public de la même ville»

 

Et le même décret de préciser :

 

« Les professeurs qui n'ont pas leur maximum de service dans l'enseignement de leur spécialité et qui ne peuvent pas le compléter dans un autre établissement d'enseignement public de la même ville peuvent être tenus, si les besoins du service l'exigent, à participer à un enseignement différent. Toutefois, les heures disponibles doivent, autant qu'il est possible, être utilisées de la manière la plus conforme à leurs compétences et à leurs goûts ».

 

Profs 1En d’autres termes, les compléments de service proposés en dehors de la commune d’exercice sont ILLEGAUX. C’est en substance ce qu’exprima une décision de justice rendue dans l’Académie de Grenoble en 2009. Et toutes celles qui osèrent s’opposer à un complément de service en dehors de la Commune d’exercice.

Notre enseignant était bien chanceux cette fois-ci : son complément de service était bel et bien prévu sur une autre commune. Fort de sa trouvaille, il reprit alors du poil de la bête… avant que son espoir ne vînt à être douché… sévèrement : un de ses collègues, délégué syndical, vint lui rappeler que ce type de démarche, lourde, si lourde, devait se faire auprès du Conseil d’Etat, et que la procédure pouvait prendre plusieurs années. Pas de quoi empêcher le complément de service, qui, non effectué, serait assimilé à un abandon de poste. On comprend pourquoi il y a si peu de recours à cette décision pourtant illégale. L’état hors-la-loi en toute impunité !

 

Restait ce fameux comptage d’heures qui restait opaque. Il avait beau calculer et recalculer, il ne retombait pas sur ses pieds… ou plutôt sur ceux de sa Direction. Entre temps le Conseil d’Administration (CA) du collège malgré le refus de vote de l’ensemble des représentants enseignants et parents entérina la proposition qui validait son complément de service. Par le seul vote de la Direction. Et l’on fera croire ensuite que les Conseils d’administration ont du pouvoir sur les décisions du collège ou encore que l’on a besoin de donner de l’autonomie au chef d’établissement : n’est-ce pas au contraire la preuve qu’il n’y a pas plus autonome que lui ?   

 

Profs 7Certains de ses collègues et amis se mirent avec lui à chercher la faille. Oh ! Pas tous ! Certains, à qui on ne le fait pas, et qui ont l’expérience avec eux, juraient par tous les grands diables qu’ils avaient « bien évidemment » recompté l’équation proposée par la Direction ! Ce n’est pas pour rien qu’ils s’étaient présentés comme tête de liste du CA, comme lors des deux voire trois dernières décennies ! Les délégués syndicaux eux n’eurent pas leur pareille pour encourager chacun d’entre nous à faire la grève mercredi après-midi contre la suppression des postes dans la région. Mais le combat de son propre collège était sans doute moins important. Ou pour le moins pas suffisamment résonnant pour s’illustrer auprès de ses pairs syndicalistes et ainsi revendiquer une décharge horaire suffisante pour l’année suivante. Il n’y a pas de place pour la lutte du terrain quand brailler dans l’abstrait vous absout de deux tiers de votre service devant les élèves… Et l’on s’étonnera encore une fois que les professeurs ne se syndiquent plus et ne se sentent pas représentés…

 

Finalement notre enseignant voyait le temps avancer et la solution s’éloigner de plus en plus.

 

Quand soudain, la lumière fut. Lumineuse.

 

Profs 6La Direction avait omis pour une raison qui semble rester occulte de compter toutes les heures de sixièmes et parmi elles, celle dévolues à l’aide à l’apprentissage qui comptent pour 2 heures hebdomadaires en classe de sixième dont la moitié pour le français. Des heures prévues dans les horaires planchers. 4 heures oubliées pour un complément de service de 4 heures ! L’équation était résolue. Restait à convaincre. Car il est une règle intangible dans l’Education Nationale : ce n’est pas celui qui détient la vérité qui a raison.

La Direction resta autiste à cette démonstration. Anonnant la même rengaine. Même mise devant une absurdité indéniable (On risquait de le voir faire 4 heures à l’extérieur tout en lui demandant à lui et chacun de ses collègues de 6èmes d’accepter une heure supplémentaire pour assurer le service !), elle semblait persister dans l’erreur. Mais le  ver  était dans le fruit…

 

Profs 5Jeudi soir, la libération. Convocation exceptionnelle et urgente des membres du CA et de notre professeur. La Direction reconnaissait une erreur. Confuse, elle qui « n’en avait JAMAIS commise une de toute sa carrière » ! JAMAIS. D’autant plus facile à affirmer quand personne n’a jamais essayé de débusquer quoi que ce soit dans un monde ou chacun doit rester à son rang et où la règle est celle du silence, droit de réserve oblige. Cette même Direction qui s’autorisa tout de même une boutade sous la forme d’une pirouette digne des plus grands prestidigitateurs : elle reprocha à notre enseignant de ne pas l’avoir rencontré plus tôt pour souligner cette erreur. Son erreur ! Elle qui fut réticente à venir le trouver pour le prévenir qu’un complément de service allait altérer son service et qui laissa la nouvelle se propager après le CA ! La Direction n’a peur de rien et surtout pas du ridicule…

Ceux qui avaient juré avoir recompté les équations et qui s’étaient finalement lourdement trompés reconnurent l’erreur de la Direction. Pas la leur.

Il y eut encore des discussions et un suspense quant à l’issue du processus. Mais le bon sens finit par triompher. Enfin. Et notre professeur, bien dépité en début de semaine, de ranger au placard le spectre d’un complément de service en ZEP.

 

Profs 4Moralité en mode perspective : Il serait aisé pour notre professeur de se sentir soulagé et d’en avoir oublié les résolutions qu’il avait prises quand il se croyait pris. Celles qui le conduisirent à envisager une autre carrière. D’autant plus aisé que combien avant lui sont passés par là ? Des centaines, que dis-je des milliers des collègues ? Pour autant, notre spécimen n’est pas de ceux-là. Certes, il n’est pas parvenu à convaincre tous les autres qui vont devoir exercer leur complément de service en dehors de leur commune de passer au combat. Encore moins à son délégué syndical le moindre encouragement à le faire. Mais la récupération de la « normalité » de son service n’effacera ni les doutes ni l’inanité d’un système qui mange les hommes après avoir déjà déconfit le savoir censé être prodigué aux élèves. Ce gain de cause ne lui redonnera assurément pas la foi. Tout juste du temps pour préparer sa sortie. Non par la petite porte. Mais par la grande.

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commentaires

M
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A
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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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