Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Au tour de Philippe Pary, autre militant émérite des D’jeuns Démocrates Lillois de prendre la plume, à propos de la motion déposée par François Bayrou sur les langues régionales. Ou de l’importance de la diversité culturelle au service d’une nation.
L'assemblée nationale a inscrit dans le projet de loi sur la réforme la Constitution une motion : "Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la Nation"
http://afp.google.com/article/ALeqM5gGJvbkbZXXbchRRVO3lPlGHZpSNw
Un coup de tonnerre important. L'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539, de François Ier ordonnant l'usage du Français comme unique langue administrative) n'est pas remis en cause, rassurons-nous : La France ne deviendra pas Babel. C'est néanmoins à mes yeux une victoire majeure, obtenue à l'unanimité de la classe politique française dont évidement le mouvement démocrate.
Un peu d'histoire des langues en France ...
Tout d'abord il y eu Villers-Cotterêts, j'en ai parlé. Richelieu fonde en 1635 l'Académie française (plus ancienne de nos institutions) dans le but de veiller sur la langue française et d'en faire la promotion.
La République naissante dans une volonté d'uniformisation (qui aboutit à la création du système métrique) enrichit et généralise l'usage du français sans pour autant chercher à imposer cette langue autrement qu'en langue véhiculaire.
La défaite en 1870 et la IIeme République vont changer tout ça. Lors de la guerre franco-prussienne les généraux français se méfient des minorités linguistiques (les soldats bretons sont parqués dans un camp de misère à Conlie car Gambetta se méfie d'eux). Jules Ferry va rendre l'école obligatoire avec une mission civilisatrice, une sorte de colonialisme intérieur. Le Français devient la langue de l'enseignement public (bien qu'à ma connaissance rien ne l'oblige : si vous êtes renseignés sur le sujet n'hésitez pas à me confirmer ou m'infirmer).
La seule exception arrivera avec les écoles Diwan crées en 1977. Ces écoles bretonnantes sont un exemple de réussite de l'enseignement en langue régionale : d'une seule école en 1977, les écoles Diwan totalisent maintenant près de 3000 élèves aujourd'hui.
En 1900, dans les flandres française, le flamand est la langue véhiculaire de plus de 300 000 français. Aujourd'hui ils ne sont plus que 20 000 locuteurs. En 1900 deux millions de personnes parlent breton. Ils ne sont plus que 200 000 aujourd'hui.
La loi Toubon (1994) vise à la protection du français contre les autres langues. Elle fait suite à une modification de la Constitution en 1992 stipulant que le français est la langue de la République. Une initiative louable, qui force à traduire les slogans en anglais et à
enrichir la langue française en néologisme. Cette loi vise à protéger le français du colonialisme culturel anglo-saxon mais ne protège pas les langues régionales du colonialisme culturel français. Pourquoi le français seul devait-il être défendu ?
C'est là que la prise de conscience commence. En 1999, le rapport Cerquiglini commandé par le ministère éducation nationale et le ministère de la culture parle des langues en France. Je vous recommande la lecture de ce très bon document qui invite à ne pas se focaliser sur les ressentis du passé pour se tourner vers l'avenir possible pour les langues régionales. Ce rapport reconnait 18 langues (ou groupes de langues) sur les départements français (j'y inclus les DOM, la majorité des DOM étant des territoires français depuis plus longtemps que les départements du Nord, de Savoie, ou du Haut et Bas Rhin) :http://www.dglf.culture.gouv.fr/lang-reg/rapport_cerquiglini/langues-france.html
Et il y a eu le frémissement récent. L'Union Européenne reconnaît l'importance des langues régionales (dix millions de catalans ont le droit à leur reconnaissance...). Jean Lasalle chante en basque à l'Assemblée Nationale.
Mais pourquoi est-ce important de reconnaitre les langues régionales ?
Pourquoi diable se compliquer la vie alors que nous pourrions tous parler français ? Ou comme le disait benoîtement Claude Allègre : "la France a besoin de fabriquer des informaticiens parlant anglais et on va fabriquer des bergers parlant breton ou occitan" !
Merci M. Allègre, la réponse à votre inquiétude est dans votre question. Vous auriez pu réfléchir à plusieurs fois avant de sortir cette magnifique réflexion de pilier de comptoir.
Je ne m'attaquerai pas au berger qui parle breton et l'informaticien qui parle français.
L'informaticien ne peut-il pas parler breton
http://www.drouizig.org http://www.pointbzh.com)
…et le berger le français ?
http://images.google.fr/images?hl=fr&q=Jos%C3%A9%20Bov%C3%A9&um=1&ie=UTF-8&sa=N&tab=wi)
Pourquoi parler français ? Pourquoi s'embêter de français d'allemand de chinois ou d'anglais ? Choisissons une langue internationale et parlons la tous. Prenons le temps de gommer les gouts locaux (même McDonald’s® doit adapter sa gamme d'un pays à l'autre ! Seul le BigMac® ne varie pas) et uniformisons la planète !
Sus au français, langue compliquée et n'ayant jamais fait sa réforme de l'orthographe contrairement à l'allemand ou l'espagnol ! Parlons anglais ! Dès la maternelle plus un mot de français, et dans 70 ans nous ne conserverons de notre langue d'origine que nos prénoms, nos noms et quelques gros mots, comme pour les polonais arrivées dans les années 30 en France.
Protéger le français et protéger le flamand tient du même combat : celui de la diversité culturelle. Le droit de français de manger des Royal Cheese® à la place de « Quarter pound® with cheese ». Le droit des Dunkerquois à chanter et se bousculer en bande pendant que les niçois se jettent des fleurs en suivant un cortège.
C'est le droit à être soi-même.
Ce n'est pas parce que je prononce le "t" de vingt, que le wagon est un "ouagon" et que je ne comprends qu'un mot sur deux dans l'accent Marseillais que je souhaite que ma région rejoigne la Wallonie. Ce n'est pas parce que le beffroi de Lille joue le petit quinquin à
chaque heure que je ne connais pas la Marseillaise :)
Les séparatismes modernes tiennent des rancoeurs historiques (écossais contre anglais) ou de raisons économiques (flamand contre wallon). La Suisse avec 4 langues (allemand, français, italien et romanche) est un état sans volontés indépendantistes.
La reconnaissance des langues régionales ne tient pas du séparatisme mais de la diversité culturelle.
Et il faudra, à mes yeux, aller plus loin : Redonner la possibilité à ces langues de vivre en autorisant l'enseignement de ces langues ou l'enseignement en ces langues, car nos langues ne doivent pas devenir des souvenirs poussiéreux, mais rester vivantes et évoluer. Chacune
des langues devrait bénéficier de sa loi Toubon et de son Académie française en quelque sorte ...
La République sera grandie quand cette reconnaissance sera définitivement inscrite dans la constitution.
Par Philippe Pary.