Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Le score est net et sans bavures : la Gauche réédite l’exploit de 2004 de remporter 20 régions sur 22, avec en option particulière la Languedoc Roussillon qu’il convient de Frêchement placer à part. 54% des voix au 2ème tour : le résultat est flatteur. Un peu trop même.
Commençons par les motifs de réjouissance.
La Majorité Présidentielle, arrogante au point de nier l’indéniable au soir du 1er tour s’est pris une claque monumentale qui fragilisera longtemps son discours, sa crédibilité et ses futures actions. Et le remaniement de pacotille annoncé ce soir ne va rien arranger à l’affaire. Inutile de verser la moindre larme de crocodile : ce revers est juste, justifié et pleinement mérité. Tout juste fallait-il un scrutin adéquat pour le matérialiser. Les Européennes ne convenaient pas. Les régionales furent le terrain idéal.
Le scrutin, justement, autre bonne nouvelle. Prônant un scrutin uninominal à un tour pour la prochaine réforme territoriale qui verra la fusion des conseils départementaux et régionaux, avec l’arrogance de croire pouvoir être en tête au 1er tour après la digestion des partis satellites du pouvoir, Nicolas va devoir revoir sa copie s’il ne veut pas effrayer ses élus locaux qui avec le résultat de dimanche peuvent imaginer un jour une opposition hégémonique, et le Droite quasi absente des instances locales. Un retour à la proportionnelle serait de nature à rassurer tout le monde… y compris les ardents défenseurs de la pluralité politique qui offre à chaque voix une correspondance sur le nombre d’élus. Il serait temps.
Las pour le reste, les raisons de s’inquiéter sont autrement plus nombreuses et significatives.
L’abstention tout d’abord : Un français sur deux n’est pas allé voter le 21 mars. Avec en outre des données contradictoires : une partie de ceux qui avaient boycotté le 1er tour sont bel et bien revenus aux urnes hier, mais dans le même temps, une quantité non négligeable a fait le parcours inverse (vote au 1er tour, abstention au second). Ce qui explique au final qu’avec 4 points de plus seulement, on ne peut clairement parler de sursaut démocratique.
La conséquence de cette massive abstention est bien évidemment le score du FN. Encore une fois, ce dernier fait des scores bruts bien inférieurs à ceux enregistrés en 2004. Même Marine LePen rassemble dans son fief la moitié de ce qu’elle fit aux Municipales. Le « printemps du FN » proclamé par Marine est manifestement factice. Il n’est que la résultante mathématique d’un défaut de votants. Et comme son électorat de base est autrement moins volatile le jour du scrutin que celui des partis plus traditionnels, l’on comprendra mieux le résultat du 2ème tour.
En tous cas, force est de constater que l’on ne retient rien de l’Histoire. Pendant près de 20 ans, Mitterand et la Gauche se sont amusés avec leur jouet, sous-estimant que tel un animal dangereux, il pouvait se retourner contre son maître de manière imprévisible. La sentence fut longue à tomber mais fut à la hauteur du temps écoulé : ce fut le 2ème tour de 2002 duquel fut écarté le PS. Sarkozy n’aura pas eu à attendre aussi longtemps. 3 ans après avoir siphonné les voix du FN, il s’est cru tout beau, et à grands coups d’identité nationale, de vidéo protection, et de débat sur la burqua, qui ne relevait d’aucune urgence, il a fait le lit de la campagne des Le Pen. Preuve de la confusion qui règne à droite, Frédéric Lefebvre s’est pris les pieds dans le tapis de la rhétorique en affirmant que le PS avait été élu avec les voix du FN (sic). « Non, le FN a voté pour le FN », rétorqua alors Fabius ! RIDICULE !
Enfin et surtout, c’est la Gauche qui inquiète. Car n’a-t-on jamais vu pareille coquille vide ? Le PS a-t-il eu un véritable programme ? Assurément non. A-t-il fait une campagne régionale ? Ce fut un réquisitoire contre Sarkozy. Les alliances avec Europe Ecologie et le Front de Gauche sont-elles naturelles et de nature à pouvoir gouverner de manière efficace ? Quand on voit que les Verts n’ont pas su faire cause commune en Languedoc Roussillon au 1er tour, en Bretagne au second, et que le Front de Gauche s’écarte de tout exécutif comme le fit Bocquet dans le Nord-Pas-de-Calais depuis 2004 et ce malgré la fusion (il était 73ème sur la liste de rassemblement de dimanche dernier, soit premier remplaçant !), il est permis d’en douter.
La gauche n’a d’ailleurs toujours pas réglé ses problèmes d’ego. Car les présidentialbles continuent de se bousculer au portillon : Martine, Dominique, Benoît, Manuel, Arnaud, Laurent ou encore Ségolène… Tous sont prêts au combat sans exprimer la moindre idée, sans esquisser le moindre programme. Car gagner c’est bien. Mais encore faut-il savoir pour quoi faire…