Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Enfin ! L’équipe de France a définitivement mis fin à sa longue agonie hier soir. Laissons aux spécialistes, consultants et autres experts s’exaspérer de la performance sportive. La débâcle est telle qu’il y aura finalement que peu de choses à ajouter. En revanche, le retentissement pris par les déboires des Bleus a de quoi laisser dubitatif.
Que la Coupe du Monde de football polarise les esprits n’a rien de surprenant. 1998 fit passer ce sport à la sulfureuse réputation de « beauf » pour un incontournable spectacle digne de l’intérêt national. Impossible d’ignorer la discipline. Tout le monde DOIT aimer le foot. En quelques années, il est devenu un enjeu économique, social et politique. « Le Sport est LA réponse à la Crise » martelait Nicolas Sarkozy lors de la désignation du pays hôte des Championnats d’Europe pour 2016. Ainsi le Président a-t-il misé sur une hypothétique victoire afin de pousser à la consommation à grands coups de bières, de pizzas et d’écrans plasma. Histoire de regonfler le moral des ménages et par là-même doper sa côte de popularité.
Las. A force de croire que les Footballeurs avaient la réponse à la récession, qu’ils allaient réussir là où le Gouvernement échouait depuis des mois, la France s’est abîmé. Ce fut même, après les Régionales, un nouveau fiasco pour le Gouvernement. Un de ces camouflets qui laisse une trace rouge indélébile sur la joue. Les joueurs ont finalement dû subir une pression digne de celle d’un Homme d’Etat. Comme Boutin, Blanc ou Estrosi, ils ont dû subir les affres de leur train de vie plus ou moins scandaleux, Rama Yade se transformant en canard enchaîné de l’Equipe de France. Jusqu’au climax du surréalisme : l’allocution de Nicolas Sarkozy sur les propos d’Anelka… à St Petersbourg aux côtés de Medvedev. Et pourquoi pas De Gaulle commentant à l’Elysée les Interclubs de badminton de 1964 !
Les Bleus, mutés en Hommes d’Etat, à la manière de Frédéric Lefebvre, ont défilé aux micros, reclus dans leur hôtel et leur rhétorique sèche, à la méthode Coué, sans saveur, ni odeur, tentant de convaincre la Foule en proie à la Nostalgie de la Gloire passée. Des sportifs revêtus des oripeaux des politiques : un sport national depuis quelques mois. On a vu le résultat : le costume était trop large pour eux. Mais ils en garderont les poches bien remplies. Don’t worry !
Et pendant ce temps-là, à l’Elysée, se mijote en catimini le projet de loi sur la réforme des retraites, slalomant entre les affaires d’appartements, de cigares ou d’évasion fiscale. Nos indignes représentants, balles aux pieds, qui ont durant ce week-end faire pire pour la France que trois années de Sarkozysme (c’est dire !), seront, eux, à la retraite à 35 ans. Avec en moyenne pour l’Equipe de France 20 ans de salaire en un seul mois, en période d’activité (mais peut-on parler d’activité quand on marche sur le terrain ?). Rassurez-vous, leurs beaux jours sont garantis. Crise ou pas.