Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
En mars dernier, alors que l’ancien Premier Ministre lançait son futur appel du 19 juin, j’avais tenté d’y voir plus clair, de la part d’un homme qui en condamnant le Gouvernement et en faisant fi des clivages droite/gauche marchait sur les plates-bandes du MoDem… Voici mon point de vue.
« Je suis mal à l’aise avec la politique du Gouvernement ». Revenir sur le paquet fiscal. Balayer les clivages politiques. Etre plus équitable socialement. Serait-ce martine Aubry ou bien François Bayrou qui se fait alors entendre ? Ni l’une ni l’autre. Et pour cause : ces prédications sont de Dominique de Villepin, qui sous la forme de teasing, est venu annoncer la création de son parti pour le 19 juin.
Le réquisitoire de l’ancien Premier Ministre est d’une écriture fine et acérée, une conviction et une rhétorique de qualité. L’Homme de Lettres qu’il est, féru de la poésie enivrante de Saint John Perse a ébloui les oreilles et ravi les papilles de ceux qui veulent un changement de cap à Matignon via l’Elysée.
Par moments, en fermant les yeux, l’on avait même l’impression qu’il pouvait, encore plus que la Gauche, en proie à ses problèmes d’ego, et que François Bayrou en pleine resttructuration, incarner l’Opposition à Nicolas Sarkozy.
Mais une anicroche vint gâcher la fête : une question de journalistes, eux qui avaient perdu l’habitude de poser les bonnes. Quand on demanda à l’orateur hors pair ce qu’il avait voté pour les Régionales, il répondit : « Je suis resté fidèle à ma famille politique ». Double faute. Non seulement il a voté pour le camp qui a subi une de ses plus lourdes défaites électorales depuis des décennies mais surtout il est en contradiction totale avec ce qu’il entend proposer : le refus des clivages. « Ma famille »… l’aveu est de taille. Faites ce que je dis et non pas ce que je fais. L’entreprise de Villepin ressemble donc à une impasse qui n’est as là pour réunir les Français quelle que soit leur étiquette politique, mais pour réunir les militants égarés de la Droite, qui n’ont plus que la défiance à l’égard du président en place.
Dès lors, comment imaginer que Dominique de Villepin puisse faire perdre sa famille au point de se présenter en 2012 contre Nicolas Sarkozy lui-même ? Comme dans les films de Claude Chabrol, les couteaux sont aiguisés, prêts à fonctionner, mais à table, le sourire est de guise. Plus le vernis est épais et plus la croûte est assurée… Le diner était presque parfait.