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Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).

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Vincent Peillon sur France 2 : la rhétorique gouvernementale démasquée à ses dépens

Étonnante passe d’armes ce dimanche midi, sur le plateau de Laurent Delahousse, dans "13h15, le dimanche". Invités à débattre, Vincent Peillon, ministre de l’Éducation, les deux écrivains Alexandre Jardin et Daniel Picouly ainsi que Nathalie Schuck, journaliste du "Parisien", ils ne laissent pas augurer d’emblée que le moment sera particulièrement excitant, pour ce que l’on connaît d’eux.

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Une aimable conversation sur l’actualité semble même se dessiner jusqu’à ce qu’Alexandre Jardin se polissonne, d’abord en expliquant que "Barack Obama baise sa femme" (sic), pour rappeler que l’homme est dans le réel. Loin du factice. Loin de la mise en scène. Loin finalement de Vincent Peillon dont il va s’offrir le scalp, sous le regard amusé de Laurent Delahousse et de sa victime que l’on voit sourire en plan de coupe. Un rire jaune : 

"Juste avant d’entrer sur le plateau, vous étiez follement sympathique, à côté, parce que vous étiez complètement réel. Vous ne parliez pas de la même manière. Et quand tout à coup, je vous ai vu parler de la TVA, en disant ‘Nan, nan, c’est pas la même’, alors que tout le monde en France sait que Hollande a fait campagne pour casser la (hausse de la) TVA, qui était supposé être le truc de Sarkozy."

Et l’écrivain d’invectiver le ministre et le gouvernement dans son ensemble :

"Si vous disiez la vérité : ‘c’est la merde, on a pas le choix ‘ (…) Vous pouvez la dire la vraie vérité. J’adorerais que ce soit vrai, j’adorerais retrouver sur le plateau le mec avec qui j’ai discuté avant, lorsqu’on s’est fait maquiller."

Vincent Peillon est accusé en plein direct d’avoir un double discours, de porter un masque devant les caméras quand il s’épanche de manière plus franche dans les coulisses. Ne pouvant se permettre de faire tomber ce masque, le ministre décide alors dans la précipitation de rester dans "sa" vérité et de garder le cap :

"Je crois que la vérité, c’est comme ça. C’est la précision. Il y a une rigueur qui oblige à dire les choses telles qu’elles sont parce qu’on a une responsabilité particulière. Une TVA qui s’applique en 2014, ce n’est pas une TVA qui s’applique en 2012."

 

Le off dévoilé

 

L’argument est faible. Pour ne pas dire risible. Pris la main dans le pot de confiture, il explique que la tache rouge qu’il a autour de la bouche est une tache de naissance… Sentant le ministre empêtré, l’écrivain en appelle alors à la journaliste présente sur le plateau, la suppliant de dire "ce que les politiques disent en off." Et Nathalie Schuck du "Parisien" ne se laisse pas plus longuement prier :

"En gros quand vous discutez aujourd’hui avec Jean-Marc Ayrault ou même François Hollande, (ils) vous disent ‘oui et alors, c’était le choix entre la peste et le choléra. Soit on tapait le pouvoir d’achat en 2013, soit on décidait de faire une TVA différée et ça s’appliquait sur 2014.’ Et ils disent ‘oui, on assume. On est des socio-démocrates. On l’assume’."

Ce dialogue à trois est saisissant car rare. Voir accuser un homme politique de tenir un double discours est chose fréquente. Mais le faire confirmer par un journaliste qui révèle alors du off, et ce dans le même instant, c’est assez unique.

 

Subterfuges et omissions

 

Vincent Peillon est ici complètement démasqué et le gouvernement avec lui. Hollande a été élu avec un programme aux promesses généreuses fondées sur des projections de croissance déraisonnables. Il a été confronté, plus vite qu’il ne l’imaginait au réel. Et face à ce réel, qui consiste, en réalité, à une politique d’austérité quand il avait promis la générosité, il prétend ne pas changer de cap, usant et abusant de périphrases ou de subterfuges sémantiques pour tenter de faire avaler à la France des couleuvres. Une situation qui n’est pas sans rappeler l’ère Sarkozy quand il ne fallait surtout pas parler de récession, mais de "récession technique"…

L’écrivain Alexandre Jardin a, lui, trahi la bienséance traditionnelle et rompu avec la déférence que l’on montre habituellement sous les feux des projecteurs à un ministre en fonction. Le moment du maquillage est normalement placé sous le sceau du secret, comme l’avait dévoilé, mais avec davantage de pudeur, Christophe Barbier dans "Maquillage, la politique sans fards".

Pendant que les maquilleuses préparent le masque, les politiques expurgent les dernières traces d’authenticité et de sincérité, à travers des confidences qu’ils savent faire sans micros. L’homme s’estompe au rythme du pinceau qui étale le fond de teint et laisse place au personnage. Public.

La journaliste va, elle, plus loin. Car elle brise la loi du off que sa profession est censée respecter. Pour autant, elle ne viole pas les principes de sa corporation : Alexandre Jardin avait ouvert la voie. Il avait déjà expliqué l’essentiel. Les propos de Nathalie Schuck ne viennent donc que corroborer ce qui a été déjà dévoilé.

 

Le ministre piégé

 

Et voilà comment Vincent Peillon se retrouve finalement complètement piégé dans le dispositif qui n’aurait pas été possible sans la sincérité inattendue d’Alexandre Jardin. La sincérité de l’un fait face aux dissimulations de l’autre. Le bon rôle. D’autant plus, que la position d’Alexandre Jardin fait fi du pragmatisme qui fait que, parfois, la rhétorique doit se substituer au discours de vérité, ce que le ministre explique, bien après... mais trop tard :

"Si vous dites ‘c'est très dur, tout va mal’, il y a aussi par rapport à l’économie ce que l’on appelle l’anticipation et donc il y a un équilibre à trouver. Parce qu’il ne faut pas décourager les gens non plus. L’économie c’est à la fois une forme de rigueur, ce qui a été fait, et en même temps, il faut mettre de l’optimisme, de l’espérance et pas dire ‘on va mettre la clef sous la porte’. Sinon vous découragez tout le monde."

En d’autres termes, un discours de vérité peut flatter la confiance que l’on accorde à son peuple. Mais elle peut aussi inquiéter, et notamment ceux qui, chaque semaine, sans discontinuer, nous prêtent 8 milliards pour vivre. Sans confiance, il n’y a plus de prêt (ou alors avec des intérêts impossibles). Et sans prêt, la France ne peut plus payer ses fonctionnaires, ses allocations, son service de santé… Une banqueroute assurée.

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Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, le 11 octobre 2012 (WITT/SIPA)

Las, les explications de Vincent Peillon ne sont pas venues dans la spontanéité de sa première réponse. Et c’est pourtant là que jaillit justement la délicieuse incertitude la politique : un art subtil qui doit tordre la réalité pour faire passer un discours, sans pour autant sombrer dans la manipulation du mensonge. Un travail qui relève de l’équilibriste sémantique et syntaxique.

C’est bien connu, un magicien ne révèle jamais ses tours, et l’on voit aujourd’hui ce qui lui en coûte d’être contraint de le faire.

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