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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 15:29

Alors que le concert sur les retraites bat son plein, la Droite restant d’une fermeté sans égale quand la Gauche déploie ses arguments dans la rue, le MoDem n’existe pas. Il reste inaudible. Inquiétant à quelques mois d’une Présidentielle qui s’annonce plus ouverte que jamais. Une absence qui n’émeut malheureusement pas grand monde. Sauf un téléspectateur qui, lundi, s’est posé la question, suscitant l’intérêt des éditorialistes de C dans l’air qui durent répondre à la question qu’il faudrait se poser.

 

 

Le premier constat qui s’impose à nous est sans équivoque et à ce titre, il fait mal, voire très mal : le MoDem est donc complètement inaudible. Ce que l’on réprouvait lors des Régionales s’avère être une constante macabre. Plus personne ne sait ce que pense le Mouvement Démocrate. Plus personne ne sait où se positionne le Mouvement Démocrate. Mais surtout plus personne ne s’intéresse au Mouvement Démocrate. La pilule est dure à avaler mais il est un fait indéniable : quand le MoDem avait un poids électoral, et qu’il brouillait en quelque sorte le rapport de petit journalforce de la bipolarisation de par son autonomie, contrairement aux Verts ou néo-Verts rapatriés d’Europe Ecologie qui n’ont jamais fait de l’indépendance leur mode de fonctionnement, étant inféodés au Parti Socialiste, le dialogue s’instaurait et ses positions étaient reprises, débattues ou contestées. Aujourd’hui, ses points de vue se diluent, perméables aux deux discours dominants, en tous cas en termes de résonnance. Pire, la seule vision que l’on en a consiste en fil directeur sarcastique que le Petit Journal décline à l’envi, pour le plus grand plaisir des spectateurs, qui s’amusent de la dérision avec laquelle le Shadow Cabinet et son Président sont raillés jour après jour. Cette création se voulait singulière et un gage de sérieux ; elle n’est finalement que le prétexte à une guignolade sans fin, ni finesse.

D’autre part, le fait de lier par le destin des retraites le MoDem au FN a de quoi laisser perplexe. Ce n’est pas la première fois, me direz-vous, que le rapprochement s’opère. La première offensive fut sémantique quand de soi-disant analystes prétendirent avec bêtise que Bayrou, en jouant sur la dénonciation du traitement médiatique et la dictature des sondages, faisait du « Le Pen light », expression, que reprit assez servilement un certain Monsieur Bernard de la Villardière qui à coups surs, ne doit sa carte de presse qu’à un jour de pâques quand il découvrit avec béatitude son Kinder Surprise. « De la Villardière, journaliste light » persifflait non sans acuité Thibaut Lannoy, qui travaille aux côtés de deux de nos plus emblématiques élus du Nord, à savoir Olivier Henno et Jacques Richir. La seconde fut mise en scène un certain jeudi noir, dans une émission consternante, et à la ligne éditoriale inconséquente, à trois jours du scrutin  des Européennes, quand dénonçant maladroitement la mécanique et l’instrumentalisation des sondages (encore !), François Bayrou reçut un soutien appuyé et incommodant de Marine Le Pen, top contente de voir les thèses familiales de la victimisation trouver une caution légitime.

lepenPourtant le silence du FN et du MoDem n’ont pas du tout les mêmes raisons. Pour le parti de Saint-Cloud les raisons sont intrinsèques, pour le Mouvement de François Bayrou, elles sont extrinsèques. Le silence supposé du FN ne montre qu’une seule chose : le parti de Jean-Marie Le Pen n’a que faire du sort des retraites actuellement. Englué dans une lutte interne faite de querelles intestines et de népotisme traditionnel, dans un parti qui a toujours eu pour tradition de faire payer (chèrement !) le positionnement sur ses listes, ce qui fait que le haut du pavé est essentiellement tenu par des personnes aux ressources certaines, ce manque d’intérêt n’a rien de surprenant. Le FN le sait bien : ce n’est pas sur ce thème qu’il pourra faire campagne. En revanche, l’analyse de Krivine est bien trop caricaturale :

 

 

Il est loin le temps où le programme social se résumait en une politique nataliste à l’exclusive de la préférence nationale, la libre négociation des salaires ou encore la liberté de licenciement propre à l’économie anglo-saxonne. Son volet social s’est étoffé, et même s’il se circonscrit dans des perspectives discriminatoires pour celui qui n’a pas la chance d’ être français (excluant même ceux qui travaillent et payent leurs impôts sur notre territoire), force est de constater que le rapprochement avec le Medef est d’une simplicité voire d’un simplisme qui en dit long sur le discours populiste et réducteur auxquels s’adonnent les anciens responsables de la LCR et les nouveaux notables du Parti Anticapitaliste. Résumer la ligne politique du FN à celle du Medef, c’est faire le jeu du FN en le plaçant à l’extrême droite, et donc rationnaliser un éventuel rapprochement avec la droite républicaine comme ont tenté de le faire sur le terrain de la préférence nationale Philippe De Villiers ou sur le terrain des mœurs et de la morale Christine Boutin. C’est en somme fortifier son électorat, le parti n’ayant pas besoin d’une telle aubaine pour bien figurer dès que le scrutin n’est plus local. krivineLe PA, comme naguère la LCR n’apprend rien de son passé : qui s’en étonnera de la part de ceux qui se revendiquent du trotskysme en 2010… Devant un tel manichéisme et une telle vision aussi caricaturale du champ politique, il était vain d’attendre de Krivine une analyse sur le positionnement du MoDem, à moins d’entendre la litanie selon laquelle François Bayrou est de droite, et de montrer une fois de plus l’aveuglement bête et méchant dont fait preuve le parti du plus célèbre facteur de France, pour le pas dire l’onanisme. Car à rester seul, c’est bien connu, cela peut rendre sourd…

 

La réponse apportée par Guillaume Roquette, Directeur de Valeurs Actuelles est autrement plus instructive :

 

 

En rappelant clairement le positionnement du François Bayrou, Guillaume Roquette met le doigt sur la problématique : la position du Mouvement Démocrate sur les retraites est nuancée et technique. Quoi de plus normal sur un sujet aussi épineux. Soyons francs, si un problème d’une telle difficulté et qui prenait une telle ampleur dans l’âpreté des débats pouvait se circonscrire à une réponse simple et claire, nul doute que des millions de personnes ne manifesteraient pas actuellement dans la rue et que l’affaire n’aurait pas pris plus de quelques jours. Mais à la manière d’Arlette Chabot qui lança un tonitruant « que c’est technique et compliqué » sur le plateau d’A vous de juger à une Martine Aubry qui tentait d’y voir clair dans les propositions de la Gauche, il faut aller au plus simple. Sans pédagogie. Sans précision. Un brouhaha sonore an quelque sorte.

Arlette-Chabot pics 390Et c’était d’autant plus compliqué pour la Secrétaire du PS que sa réponse, qui, pour la résumer, admettait que pour avoir un taux plein, l’on était contraint d’admettre que 41 annuités et demi étaient nécessaires, accordait donc du crédit à la réforme menée par Eric Woerth en terme d’années de cotisation, ce sur quoi finalement peu de manifestants et de « bloqueurs »  sont en accord. Ce que ne manqua pas de souligner la frange gauche du PS, Hamon en tête, depuis quelques jours. « Affirmer une position sur les 41 ans et demi, c'est nous mettre en décalage avec la mobilisation sociale », explique Pascal Cherki, maire du XIVè arrondissement de Paris, qui précise : «Tactiquement cette position est une faute car elle résonne comme une gifle claquée à la face de millions de salariés mobilisés contre le projet de Nicolas Sarkozy et de François Fillon». Pas de véridique en politique mais de la tactique. En d’autres termes, peu importe la raison, c’est l’opinion de la rue qui l’emporte. Melenchon n’est plus le seul à se revendiquer du populisme.

PSCar il est une donnée indéniable dans cette politique moderne : l’on est manichéen ou l’on n’existe pas. C’est tout pour, ou tout contre. Sans quoi l’on vous taxe de ne pas savoir trancher. Noir ou blanc, point de gris. Et c’est ainsi que l’on prétend résoudre la si précieuse et délicate mécanique de la République. Razzy Hammadi, secrétaire national aux services publics, en fait l’illustration la plus probante quand il explique : «La différence avec la droite ne peut pas être une question de curseurOser dire que l’on a des convergences avec l’autre parti, c’est nécessairement faire le deuil de milliers de voix. Et la quête de la vérité ne vaut pas cette perte du pouvoir pour la gauche. C’est la raison pour laquelle, Martine Aubry avait tenté de crier à la méprise quand elle annonça au journal de 20 heures qu’elle envisageait l’âge du départ à la retraite à 62 ans. Elle répéta à l’envi que ce n’est pas ce qu’elle avait voulu dire. Car à présent, il y a ce que les politiques disent et ce qu’il faut comprendre qu’ils disent avoir dit en écartant ce qu’ils ont dit sans avoir voulu le dire. C’est le genre d’argumentation qu’aurait très bien pu utiliser Jean-Paul Guerlain, quand il avait prétendu que les nègres étaient paresseux, vendredi midi au journal d’une Elise Lucet étonnamment silencieuse après une telle dérive.

BayrouEt François Bayrou alors ? Eh bien sa position est assurément plus complexe. Car il n’y a pas de solution miracle à un domaine aussi technique que le système de répartition des retraites. Et c’est bien là que  le bât blesse : la politique française semble de désintéresser profondément des nuances et de la subtilité qui différencie une bonne idée d’une pensée démagogique et électoraliste. La quête de la vérité ne semble plus être la priorité de nos politiques. Seules comptent les voix, quitte à simplifier ou à mentir : « Je ne souhaite pas et ne nous souhaite pas revivre une quatrième désillusion lors de l’élection présidentielle de 2012 » rappelle d’ailleurs Pascal Cherki sur son blog. Seulement, Monsieur Cherki et autres disciples de la machine à voix, la politique ne se résume pas à gagner des élections. Il ne faudrait pas confondre la finalité et les moyens d’y parvenir. L’objectif de la politique est avant tout d’être au service de la vérité et du citoyen. Cela nécessite une importante part de risques, notamment quand le bien de tous s’oppose à l’opinion générale. L’abolition de la peine de mort était elle populaire en 1981 quand Badinter la fit voter ? Assurément pas. Pourtant qui oserait le remettre en question trente ans plus tard avec l’espoir raisonnable d’être suivi en masse ? Pour faire de la politique, il ne faut pas être dogmatique au risque de se scléroser. Le PS en sait quelque chose. Mais les velléités comme celle de Delanoé qui osa un « je suis libéral » en 2008 sont assez rares et éphémères. Le payant très cher lors des élections internes pour le poste de secrétaire général, il fit machine arrière… à grandes enjambées.

bayrou-different1Faut-il enfin rappeler qu’en politique, la nuance ne doit pas être perçue comme l’affirmation d’un non-positionnement mais comme celle d’un non-alignement ? Il faut rompre ces tics et ces tocs qui consistent à épouser une cause et des valeurs qui ne sont pas siennes pour espérer en être payé de retour. Mieux vaut perdre avec ses valeurs que de triompher dans le déshonneur. Le MoDem, en nuançant sa position sur les retraites, fait l’audacieux pari de l’honnêteté (il ne ment pas en prétendant que la réforme est vaine et inutile) et de la fraternité (il refuse que l’âge de 67 ans pour une retraite à taux plein soit uniformisé notamment pour ceux dont la pénibilité du travail et le morcellement de la carrière représentent déjà de lourds handicaps). Au risque d’être inaudible. Mais finalement, le problème n’est pas que l’on n’entend pas le MoDem et François Bayrou mais bien qu’on ne VEUT pas l’entendre quand on tend au manichéisme dans un concert qui réduit la tessiture à ses notes les plus aigues et les moins subtiles. Par facilité. Et il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

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commentaires

P

Nuance in-ouïe, histoire de sourde-oreille... Tu aurais pu rappeler que le débat interne a eu lieu "à huis-clos", ce qui explique, peut-être, en partie au moins, le décalage entre la position du
MoDem et les critiques de l'opinion et des syndicats.

Il me semblait pourtant que la Conférence nationale était le lieu pour élaborer un diagnostic et débattre des solutions. Il me semblait même y avoir été élu pour ça ! Erreur : le Conseil national
en débattra à huis-clos.

Comme militant, élu à la Conférence nationale, donc, j'ai envoyé 5 propositions au Conseil national. Je n'en ai même pas reçu un accusé de réception et j'ignore même si mes propositions ont été
présentées ou soumises à débat...

In-ouïe, soude-oreille & huis-clos... Voilà pour la forme.

Mais pour répondre à la question -- pourquoi est-on inaudibles ? -- il faudrait s'intéresser au débat de fond.
Ce n'est peut-être pas l'endroit idéal pour rouvrir le débat...


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Y

Merci de la précision Arnaud ! C'est vrai que c'était De la Villaridère, maintenant que tu le précises. Pourquoi ai-je donc accablé ce si "professionnel" Guy Lagache :o))


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A

Très bon article, excellente analyse. En tout cas, le Sénat a voté cette nuit un amendement qui ouvre la voie à la retraite par points que seul Bayrou défendait en 2007. Juste un correctif: ce
n'est pas Guy Lagache qui a traité Bayrou de "Le Pen light" mais Bernard de la Villardière ("journaliste" de M6 aussi)


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Y

Oui mais on raillait à l'époque sur le cynisme de Chirac. Pas sur son caractère ingénu voire puéril...


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F

Ton analyse est très intéressante et corrobore ce que je ressens sur le terrain où même des amis me disent qu'on n'entend plus FB, alors que, à défaut d'être des "MoDemistes" convaincus, ils
prêtent une oreille attentive à ce qu'on dit de nous ou à ce que nous disons. C'est clairement un problème.
Quant au Petit Journal, doit-on se réjouir qu'au moins il parle du MoDem ou craindre l'effet dévastateur ? La marionnette de Chirac aux Guignols n'avait pas, loin de là, porté préjudice à
l'original. A suivre...


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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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