Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Disons-le tout net : c’est le couac de l’année.
Alors que François Bayrou a plutôt bien fait fructifier ses 19% en cette année post-présidentielles dans les médias, et ce même si l’on peut regretter que l’on a davantage médiatisé certaines prises de positions des éléphants du PS sur des sujets… initiés par le Président du Mouvement Démocrate, l’émission A vous de juger de décembre 2008 restera de sinistre mémoire. Elle aura au moins eu l’intérêt d’avertir François Bayrou sur trois points.
Le premier, c’est que le PS a de plus en plus de mal à montrer sa différence sur pléthore de sujets, sur le fond, puisque sur la forme, c’est « un grand virage à gauche »… De ceux qui font rire toute la galerie. Arnaud de Montebourg a été ce jour-là l’ombre d’un opposant, donnant l’impression qu’il ne parvenait pas à se convaincre lui-même. Confirmation s’il en était besoin que la crise du PS est avant tout une crise de valeurs et de positions, encore davantage qu’elle n’est crise de personnalités. C’est dire l’ampleur de la tâche qu’attend Martine Aubry.
Résolution première : Toujours avant le PS, position tu prendras.
Le deuxième point c’est le travail et la connaissance des dossiers. On le sait, François Bayrou n’a pas la réputation d’être un grand « préparateur de débat. Il vient sur les plateaux avec ses convictions, ses valeurs et sa rhétorique. Il n’empêche, ce jour-là dans A vous de juger, il n’avait de toutes évidences pas suffisamment préparer son intervention, et ce qui ne produisit aucune conséquence face à Montebourg fut autrement plus fâcheux face à Jean-François Copé, formidable rhétoriqueur, qui avait de surcroît bien préparer son affaire chiffres, éléments de programmes, réponses aux récentes attaques sur les dossiers, le chef du groupe de la majorité de l’Assemblée nationale a même eu l’audace d’y rajouter une once de fausse modestie en admettant qu’il y avait des dissensions au sein de son groupe et qu’elles étaient au final synonyme de démocratie.
Résolution deuxième : Tes dossiers, avec plus d’ardeur tu les travailleras.
Le troisième est plus inquiétant. Regardons pour commencer cet extrait :
Avez-vous noté la mine de François Bayrou quand Copé lui « balance » qu’il est un homme de droite. Mine amusée. Mais un rire jaune. De la confidence d’un proche, François Bayrou ne s’attendait pas à cet argument… et il n’a su finalement pas su s’en dépêtrer.
A cela plusieurs raisons. François Bayrou a l’habitude de cette argumentation quand elle vient de gauche. Quoi de plus normal, quand on sait que depuis 2007, le Mouvement Démocrate capte un grosse partie de ses voix depuis le « centre-gauche ».
Mais à droite, l’argument n’avait qu’assez rarement été proposé d’autant que Bayrou s’est déclaré ouvertement en place d’opposition, ce qu’il n’avait jamais encore exprimé en tant que tel.
Et voilà l’enjeu de demain : quelle position Bayrou doit-il prendre ?
A mon sens 2008 a marqué une erreur stratégique. Car si en 2007, il avait fait de la bipolarisation du paysage politique un ennemi mortel, prônant une troisième voie, il a ensuite délaissé sa monture pour en prendre une autre, autrement plus difficile à monter : celle de prendre la place du PS en pariant sur son échec. C’est une profonde erreur, à mon sens.
D’une part parce qu’il ne faut pas toujours écouter les pseudos spécialistes politiques qui courent tous les plateaux de télévision et de radio et qui ont asséné, ânonné et imposé l’idée selon laquelle il n’y avait pas de place pour trois dans le paysage français. C’était évidemment oublier que les deux dernières présidentielles de 1995 et 2002 avait tout de même vu 3 candidats se tenir à plus de 16%, l’UDF de Balladur et le FN de Le Pen, dans le rôle de la troisième force. Même si l’Assemblée ne concrétise pas ce rapport de forces, il se manifeste dans les urnes dès la tenue d’élections. C’est le système qui ne représente pas de troisième force mais il est faux de dire qu’une troisième force n’a jamais existé en France (d’autant qu’elle a toujours eu le « courage » d’exister en voix alors qu’elle était absente en sièges !)
D’autre part, il ne faudrait pas enterrer le PS « aussi-tôt ». Certes, il a de grandes chances de devenir le PC de demain. Mais dans combien de décennies encore ? Car aussi curieux que cela puisse paraître, malgré le démantèlement du 282, le PS risque de ramasser des lauriers immérités lors des Européennes et des Régionales qui confirmeront à n’en point douter le succès de 2004. Tout juste y aura-t-il du rififi pour la Constitution des listes… Dès lors, il sera impossible de laisser la place vacante car cette dernière ne l’est pas encore. Et c’est finalement courir le risque d’être troisième en 2012.
François Bayrou doit reprendre le credo qui l’a amené à voir se réunir autour de lui 7 millions de voix : une troisième voie est possible en France. Une autre politique qui enterre la vieille querelle stérile droite/gauche. Certes la pédagogie est difficile à mettre en place vis-à-vis du public et des médias. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile qu’il faut y renoncer pour autant.
Dès lors, en étant très clair sur cette position singulière, l’argument de Copé ne tient plus : depuis quand l’affaire des droits de succession est une affaire de droite ou de gauche ? Il y a dans le programme du Mouvement Démocrate des idées autours desquelles se rassembleront des personnes qui par ailleurs sont à droite ou à gauche, mais cela une seule idée ne permet pas de cataloguer un programme, a fortiori un homme.
Ultime résolution et non des moindres : la troisième voie, seule, tu emprunteras.