Vendredi 8 juillet 5 08 /07 /Juil 11:50

Salle des profs d’un collège. Sur la table, une feuille de pétition est à la portée de tous les yeux.

  affiche

La veille, une mère de famille rentre chez elle. Elle voit une enveloppe à son nom. Elle l’ouvre puis voit une affichette :

SOS educ 6

 

Derrière, une invitation à signer la pétition et à renvoyer accompagné d’un chèque pour soutenir l’association. Elle hésite. Puis se rappelle de ces dictées que son professeur rechigne à faire.  Vingt euros, ce n’est pas grand-chose pour défendre une si noble cause. Elle va chercher son chéquier.

 

Le 13 avril 2011, dans un autre foyer, un père de famille zappe frénétiquement sur la TNT et tombe sur France ô, une chaîne qu’il ne regarde jamais. Mais ce jour-là, une jeune femme l’interpelle en parlant des violences à l’école. Jamais il n’avait pensé que la situation était si grave. Demain, c’est sur, il en parlera aux autres parents d’élèves lors de la réunion préparatoire pour la fête de l’école.

 

LOGOToutes ces anecdotes ressemblent à des bouts de vie, piochées ici ou là. Pourtant, elles sont toutes liées. Liées à une association : SOS Education. Crée en novembre 2001, sous la houlette de Sylvain Marbach et Domitille Létondo, elle n’en finit plus de s’inviter partout, dans vos boîtes au lettres, dans les manifestations, sur les plateaux de télévision, et même dans le bureau du Ministre de l’Education. Une omniprésence qui dérange. Beaucoup ont mené l’enquête : de Libération au Monde. On dit beaucoup de choses, on en soupçonne encore davantage. Pourtant, le seul mot qui revient, enquête après enquête, c’est « nébuleuse ». Difficile de savoir qui se cache derrière cette association, qui se revendique comme apolitique mais qui, dans les débats, est loin de n’avoir aucun avis sur la politique à mener. Nul besoin de faire de l’investigation sur les relations politico-philosophiques qu’entretiennent les cadres de SOS Education ou de se prêter aux suspicions sur la manne financière qui lui permet d’opérer avec une telle ampleur. Pour analyser le phénomène, il suffit de s’en tenir aux déclarations, aux revendications, aux méthodes employées. Histoire d’en avoir le cœur net.

Le sujet qu’affectionne tout particulièrement SOS Education c’est la violence scolaire. Il suffit d’aller sur le blog, ou pour les plus pressés par le temps, de parcourir les tweets qui sillonnent le compte de l’association pour s’en convaincre : « Violence à l’école, le Ministre s’est enfin décidé à réagir »  (27/06), « Elle risque sa vie en allant au collège » (24/06), « battue à mort devant son collège » (20/06), « Peur sur l’école » (16/06), « Il a voulu me tuer » (10/05), « Menacée par les élèves, abandonnée par ma hiérarchie » (09/05), « Je vis dans un monde de peur » (04/05)… Les écoles de France seraient-elles en passe de devenir l’annexe du Bronx ? L’exagération est de mise, même sur les plateaux de télévision :

 

 

 

Le message est martelé avec constance. De quoi faire frémir. Et comme un signal, une antithèse qui en dit long sur le rapport peur / intérêt : 

 

 

 

Les témoignages semblent arriver jour après jour. Comme si les langues de déliaient. Comme si l’omerta tombait.  Chaque témoignage invite ensuite à rejoindre « L’observatoire de la souffrance des professeurs », où l’on vous offre un ebook gratuit, intitulé «  La vérité sur la souffrance des professeurs » et où l’on découvre, ô surprise, tous les témoignages qui étaient alors twittés ! SOS éducation ne s’embarrasse pas et recycle ce qu’elle a déjà soigneusement collecté. Bien évidemment, on respecte l’anonymat des auteurs de ces témoignages, qui vivent dans la peur et le devoir de réserve lié à la fonction publique. Une situation idéale et pratique qui ne permet aucunement de vérifier la véracité des faits.

Une méthode pour le moins suspecte et qui en appelle d’autres. Avant l’explosion d’internet, l’association invitait les détenteurs de tracts à signer une pétition souvent accompagnée d’un appel au don pour la valider. Un moyen efficace de récolter des fonds. C’est en substance ce qu’expliquait le site Sauver les lettres en 2006 : « nous dénonçons avec la plus grande vigueur les méthodes et les objectifs de SOS-Education.(…) Les 64000 adhérents dont se prévaut SOS-Education sont, pour la plupart, les victimes d'une opération de publipostage massif et ciblé. (…) Sur la base d’affirmations tronquées ou mensongères, SOS-Éducation les invite alors à participer à de faux " référendums ", lance des campagnes d'intimidation contre diverses maisons d'édition, exerce des pressions incessantes et de toutes natures auprès des pouvoirs publics, des élus, des responsables politiques, des journalistes et des familles ». Une attaque en règle puisque SOS Education a poursuivi Sauver les Lettres contre ces accusations, et perdit son procès en première instance et en appel.


C’est d’autant plus intéressant que le communiqué indique qui a inspiré à SOS Education ses méthodes : « Cette association a engrangé des moyens financiers considérables en copiant la recette d' " Avenir de la Culture ", » Etonnant parallèle, car si Avenir de la Culture est peu connue du grand public, elle l’est en revanche davantage de ceux qui s’intéressent de près ou de loin à certaines questions de société comme l’avortement ou l’homosexualité, comme Fiammetta Venner et Caroline Fourest, qui dans Les Anti Pacs ou la dernière croisade homophobe, paru en 1999 évoquent les méthodes de ADC : « Doté d’importants moyens et d’une poignée de militants, ADC commence par racheter des fichiers en tous genre : abonnés d’hebdomadaires etc. A la moindre occasion, à la moindre apparition homosexuelle, le groupe est prêt à lâcher ses chiens. Pas besoin d‘une foule de bénévoles (…) : il suffit de financer l’envoi d’un premier courrier (environ 2000 Frs), de l’envoyer au hasard, bien rédigé et demandant à corps et à cris de l’argent pour financer la suite pour que la grande chaîne posta de la haine s’autofinance.  Jouant sur la fibre populiste et garantissant l’anonymat à ceux qui peuvent ainsi se défouler à moindre risque, chaque sympathisant signe de deux mains plusieurs lettres-type et l’opération peut commencer ».

 

SOS educ 5A part le nom et la mention à l’homosexualité, et vous avez l’impression d’entendre parler de SOS Education ! D’ailleurs, nul besoin de faire abstraction de la mention de l’homosexualité.

Car si SOS Education s’est surtout faire connaître par une campagne acharnée sur la méthode syllabique, l’association s’est aussi singularisée par des prises de positions pour le moins réactionnaires et puritaines en matière de morale. Ainsi, l’association s’est offusquée à ce que deux syndicats enseignants participent à la Gay Pride (le lien du communiqué officiel a été crypté pour n’être accessible qu’aux adhérents de l’association, mais Wikipédia en relate une partie) avec en guise d’explication qu’il n’est « pas acceptable que des professeurs organisés, représentants (sic) l’Education nationale, se mettent à soutenir les revendications contestables des minorités. (…) qui tentent de marteler dans la tête de nos enfants des valeurs controversées ».

 

En 2007, l’association monte au créneau après la tenue de l’exposition du Zizi sexuel, illustrée par Titeuf à la Cité des Sciences. Le communiqué prend la forme d’une lettre d’un parent d’élève (une grande spécialité, on l’a vu…) qui confesse que son enfant de neuf ans n’est pas « taraudé par le sexe » et qu’il « joue au mécano, il lit le « Club des Cinq », et il rêve de devenir pilote d’hélicoptère «  ou bien jockey « depuis qu’il va au poney club »… L’enfant de tous les jours quoi ! Et la lettre de conclure tout en finesse : « Que faudra-t-il pour que nous régissions ? Que les professeurs notent nos enfants en classe sur la mise en pratique de ce qu’ils ont vu à l’exposition ? Qu’on leur montre des films pornographiques en maternelle ? ». La missive n’est pas signée par un anonyme mais par Vincent Laarman

 

SOS educ En 2005, l’association s’était révoltée contre un sujet du bac de SVT qui demandait à partir de documents de « dégager des arguments en faveur de l’autorisation légale de l’IVG en France ». Toujours sur le thème de l’IVG, en 2007, l’association s’offusque que Monsieur Darcos ait cédé au Planning familial d’avoir accepter la diffusion dans les établissements scolaires du film 4 mois, 3 semaines et 2 jours, lauréat du Prix de l’Education Nationale, Palme d’or à Cannes, narrant l’histoire d’un avortement clandestin en Roumanie à l’époque communiste qui offre « un plan de fœtus insoutenable, sanglant et long, mais surtout inanimé ». Etonnamment pourtant en novembre dernier quand Philippe Isnard, professeur d’Histoire-Géographie et d’Education civique à Manosque, force des élèves à regarder un film No need to argue, montrant « morceaux de fœtus »,  « des seaux de sang » ou encore des« embryons morts que l’on secoue par les pieds », tout en distribuant à la fin du cours des tracts pour abroger la loi Veil, l’association reste étrangement muette sur ce manquement à la neutralité, quand l’affaire fait grand bruit en France. Il faut dire qu’il y a une grande différence entre les deux films : le premier montre les méfaits d’une loi qui ne donne pas le choix aux femmes d’avorter quand le second exhibe « le génocide silencieux » de la loi Veil…

 

Puis c’est une nouvelle croisade contre les éditions Nathan pour leur littérature au rabais, qui ne parlent  en 6ème « ni de Montaigne, ni Racine, ni Balzac, ni Flaubert, ni la plupart, de nos grands auteurs. » et leur préfèrent « Boule et Bill et (..) Harry Potter ».  Normal répond l’éditeur qui attaque en justice l’association, puisque ces auteurs ne font pas partie du programme de 6ème… Comment cela, des élèves de douze ans n’ont toujours pas lu les Essais et ne se réjouissent pas d’avoir La Comédie Humaine complète en Pléiade sous le sapin… Diantre !

L’on comprendra qu’avec des méthodes si proches d’Avenir de la Culture, et des thématiques si « modernes » que ses combats contre l’homosexualité, l’IVG ou encore le déclin de la culture française, l’association ravit des spectateurs attendris par les discours traditionnalistes, crypto-frontistes voire franchement xénophobes. 

 

superpedagoAutre point commun avec le Front National (mais attention au amalgames, l’association se revendique apolitique bien évidemment !), sa campagne effrénée pour la promotion du voucher , venant des pays anglo-saxons, autrement appelé le « chèque éducation ». Ce chèque permettrait notamment aux familles les plus défavorisées de placer leurs enfants dans l’établissement de leur choix. Sous entendu de pouvoir donc le placer dans une école… privée ! Marotte quand tu nous tiens. Il faut dire que l’association a la réputation de vouloir démanteler l’école publique. Et le Délégué Général d’ouvrir une conférence en 2007 sur le nombre d’enseignants pléthorique en rapport à leur efficacité. Mais à part cela, Vincent Laarman se défend de vouloir détruire l’école publique…

 

Des pages et des pages pourraient à nouveau se noircir pour éclaircir votre pensée, mais n’en avez-vous pas déjà le cœur bien net ? Aujourd'hui, l'association est loin d'être inoffesnsive. Elle s'attribue les décisions des ministres quand ils vont dans son sens, ce qui fait dire à Cédelle que c'est une marque de fabrique des groupes de pression, et revendique le soutien de 144 députés (enfin 143 depuis que David Douillet a obtenu son maroquin en promotion pendant les soldes du FMI...). SOS Education est là et bien là et compte bien s'inviter aux Présidentielles de 2012. A présent, quand vous verrez un tract ou une pétition de SOS Education, vous n’aurez plus l’excuse de ne plus savoir.  

 

Publié par Yves Delahaie, en version courte sur Le Plus – Nouvel Obs le 8 juillet 2011.

Par Yves Delahaie - Publié dans : De l'éducation
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  • : 07/04/2008

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