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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 20:36

Monsieur Guaino,

Jadis, quand vous fûtes la plume de Nicolas Sarkozy, nous avions tout supporté de votre part. Tout. Jusqu’à l’insoutenable quand vous estimiez, dans votre élan inconsidéré, que l'instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur. Ou encore quand vous aviez osé faire dire à un président de la République française que l’homme africain n’était pas entré dans l’Histoire.

L’insoutenable disais-je, qu’il était si simple de dissimuler en vous réfugiant dans l’ombre tutélaire de l’omniprésident. Un refuge.

Quand vous n’avez pu concurrencer Patrick Buisson, laissant la campagne de Nicolas Sarkozy s’enfoncer dans les limbes insoutenables des limons bleu Marine, vous prîtes votre courage à deux mains pour vous présenter devant le suffrage universel. Témérité sans égale puisque vous briguâtes la troisième circonscription des Yvelines, une des plus traditionnelles et conservatrices que la France compte. Jeannette Bougrab ne s’y trompa quand elle écrivit dans "Ma République se meurt" :

“On offre (à Henri Guaino) une circonscription en or dans les Yvelines, Le Chesnay, La Celle Saint-Cloud, où même un âne gagnerait s’il se présentait sous l”étiquette UMP.”

Adepte du parachutisme, vous décidâtes alors, en entrant au Palais Bourbon, de vous composer un rôle à la mesure de votre ego. Le ton haut, le verbe fort, les trémolos dans la voix, vous vous revêtites alors des oripeaux d’André Malraux, provoquant les quolibets et autres railleries mérités de la part de vos homologues, comme Alain Tourret le fit lors de la première séance sur la loi du "mariage pour tous".

Qui ne se souvient de votre ridicule discours en ouverture de la première lecture du texte, pétri de formules grandiloquentes, qui ressemblent à s’y méprendre à celles de Damon, le raisonneur dont Célimène brosse un portrait au vitriol dans "Le Misanthrope" :

C’est un parleur étrange, et qui trouve, toujours,

L’art de ne vous rien dire, avec de grands discours.

Dans les propos qu’il tient, on ve noit goutte,

Et ce n’est que du bruit, que tout ce qu’on écoute.

Pathétique spectacle : vous crûtes vous incarner en Molière et vous en fûtes réduit à jouer les figurants invisibles qui ne se meuvent que dans les mises à mort verbales des portraits brossés par l’un des premiers rôles.

Parce que dans ce débat du mariage pour tous, vous ne fîtes qu’apporter mensonges et hérésies sur le fonctionnement de notre Constitution, prétendant ainsi que les "questions sociales" et les "questions sociétales" étaient synonymes en termes juridiques pour vendre votre référendum anticonsitutionnel, poussant le vice jusqu’à citer le "Petit Robert" dans "Mots croisés" pour berner le chaland ignorant du Dalloz.

Bonimenteur, vous allâtes encore plus loin, si cela était possible, en décrétant que le Parlementn’était pas légitime pour légiférer (sic) sur la question du mariage pour tous, contredisant le Conseil constitutionnel – rien que ça ! – qui exprimait exactement le contraire un an plus tôt.

Mais le ridicule ne tue pas. Et vous sévissez encore aujourd’hui, en repoussant toujours plus loin les limites du supportable.

Feignant l’outrage, toutes grimaces dehors, trouvant les mots les plus forts en prétendant fournir les plus justes, vous avez fait voler en éclats ce vendredi l’indépendance de la Justice et la séparation des pouvoirs. Ad nauseam.

Prenant faits et cause pour Nicolas Sarkozy, alors que le Président du dernier lustre est mis en cause pour des faits d’une grande gravité, dans une affaire qui a déjà donné l’impression, depuis des mois, à bon nombre de Français que la clarté n’était pas de mise dans ce que vous considérez certainement être votre chef d’oeuvre, l’élection de 2007, vous avez commis l’irréparable.

 

Mais pour qui vous prenez vous Monsieur Guaino ?

 

Sur Europe1, vous commençâtes par un réquisitoire inique et insupportable pour les valeurs de notre République en déclarant sur l’affaire, à propos du juge Gentil qui avait mis en examen Nicolas Sarkozy :

“Je conteste la façon dont il fait son travail, je la trouve indigne, je le dis. Je trouve qu’il a déshonoré un homme, il a déshonoré les institutions, il a aussi déshonoré la justice."

  

Puis ce sera un festival de mots dans un concours d’indignité : "grotesque", "accusation insupportable", "invraisemblable" et "d’intolérable". Plus grave, vous avez appellé le juge à venir "s’expliquer publiquement" des "fondements, faits précis, concrets et irréfutables" qui lui a permis une telle incrimination.

"Il devrait communiquer ses éléments à tous les Français" avez-vous cru bon d’asséner.

Mais pour qui vous prenez vous Monsieur Guaino pour vous prétendre, ainsi, siéger au-dessus de la Justice notre pays, en juge impartial et supérieur, et pour demander, ainsi, des comptes à un juge d’instruction ?

Christophe Régnard, Président de l'Union Syndicale des Magistrats, a aussitôt réagi en déclarantvouloir porter plainte, comme le prévoit la loi, comme il vous le rappela sur le plateau du "Grand Journal" le soir-même :

"Le fait de jeter le discrédit publiquement sur un acte ou une décision de justice dans des conditions à porter atteinte à l'autorité de la justice" est puni de six mois de prison et de 7.500 euros d'amende."

Mais se maquiller en Malraux de supermarché ne vous suffisait pas : c’est Hugo que vous grimez, déclarant ne pas redouter le glaive de la Justice :

“Je suis prêt à aller devant les tribunaux et à faire six mois de prison si vous le pensez”.

Fin de la farce. Nous qui sommes censés en être les dindons. En vain. 

Monsieur Guaino, vous êtes la honte de la République. L’illustration même de ce qu’elle produit en violence, en non-sens et en infamie dans la classe politique dans un pourrissement que vous aurez alimenté, de la plume à la moelle, et qui portera, à ce rythme, les extrêmes au pouvoir.

Élu de la République, votre rôle est de penser pour le bien commun quand chacun de vos mots, chacune de vos formules n’abreuvent que votre destinée que vous croyez exceptionnelle.

Vous n’êtes que comédien, et de piètre qualité, et vos grimaces n’impressionnent sans doute que vous-même. Molière, génie du comique, peinait pourtant à prendre des fards tragiques, provoquant la risée.

Vous, vous faites suffoquer la terre entière que vous soyez tragique ou comique. Vos grands airs affectés se donnent de la hauteur mais vos mots et vos pratiques vous renvoient plus bas que terre, là où gisent les poubelles de la République.

La seule chose que l’on puisse souhaiter, c’est de vous voir condamné pour l’outrage fait à notre Justice. Il en va de l’honneur de nos Institutions.  

Monsieur, je vous salue… bien bas. Là où vous êtes.  

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 24 mars 2013

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 18:55

La matinée de mercredi a dû être longue dans certaines rédactions. Notamment celle du "Figaro" dont la manchette sombra dans l’obsolète sitôt imprimée.

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Il faut bien dire que titrer sur l'épisode rocambolesque de la succession de l’UMP revient à jouer à la roulette russe tant les rebondissements se succèdent, de jour en jour, d’heure en heure, voire de minute en minute. Ou risquer de tomber dans le "Morandinisme".

Pour autant, "Le Figaro" l’aura bien cherché. Parce que, depuis dix jours, c’est un véritable tsunami médiatique qui a déferlé sur nos ondes, nos écrans et nos réseaux sociaux. Les chaînes d’info en continu font des directs en prime time, en brandissant leurs micros à quiconque se présente à eux. Des commentaires sur les commentaires des commentaires se croisent et s’emmêlent. Une vraie mise en abyme de l’outil de communication ad nauseam. "C dans l’air" a consacré sept émissions consécutives sur l’affaire avant de faire relâche mercredi sur l’Afghanistan ! Pire encore que lors de l’affaire DSK, tant les acteurs sont ici démultipliés.

 

Crises de nerfs et syndrome de Stockholm

 

Ce mercredi, un journaliste de Direct 8 s’est même amusé à compiler les infographies de BFMTVfaçon otage : "10e jour de détention pour Hervé, de l'infographie de BFMTV. On pense à toi." 

 Capture-d-e-cran-2012-12-02-a--18.57.11.png

Seulement, dans l’affaire, deux conclusions s’imposent : si les cadres de l’UMP prennent incontestablement les médias en otage en intégrant sciemment leurs interventions dans leur stratégie, comment ne pas voir dans ceux qui relaient le syndrome de Stockholm ?

Pire, on se demande finalement qui kidnappe qui, quand on sait que les médias recherchent tous in fine leur buzz. Comme Xavier Bertrand qui pète un câble sur Europe 1 :

 

 

Ou, encore mieux, leur Olivier Mazerolle qui fait sa crise de nerf sur BFMTV, un rien surjoué :

 

 

Aujourd’hui, qu’aurait été cette guerre interne sans les micros tendus en permanence de ceux qui se comportent comme des amateurs des combats de boue ? On attend les cheveux tirés, les insultes. Et si le sang vient à couler, les vautours veillent.

 

Reproduire la réalité

 

Alors, comme d’habitude, on dira que les journalistes ne font que reproduire la réalité. Et nous revient la métaphore de Stendhal, qui parlait alors des écrivains réalistes dans la préface de son célèbre roman "Le Rouge et le Noir" :

"Eh, monsieur, un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l'azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l'homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé d'être immoral ! Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l'inspecteur des routes qui laisse l'eau croupir et le bourbier se former."

Mais à la différence du romancier réaliste, le journaliste a lui un devoir : celui de la hiérarchie. Il est de son devoir de savoir présenter au public un ordre de priorité. Et c’est donc de sa responsabilité de savoir, au bout d’un certain temps, si son travail relève de l’information ou s’il devient acteur à part entière de la scène qu'il décrit.

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Que la guerre de l’UMP occupe les trois jours qui ont suivi le scrutin, on peut le comprendre. Mais que l’affaire dure dix jours durant, quand on sait combien chacun des deux camps usent et abusent de la complaisance de cet éclairage, est tout proprement indécent. 

N’oublions pas qu'il existe des règles en France sur la pluralité. Et qu'à l’aune des élections, les partis politiques ont des temps de parole qui leur sont accordé. Et que fera le CSA si ce n’est, comme d’habitude rappeler les chaines et les médias à l’ordre, quand il constatera qu'en une dizaine de jours, le temps de parole de l’opposition pour un lustre a été grillé en plus d’une semaine ?

Au-delà de l’affaire, il serait temps, réellement temps que le pouvoir médiatique s’interroge sur son rôle, son influence et plus globalement sur ses devoirs. Il en va du fonctionnement de notre démocratie.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 10:12

Francois Baroin au Palais de l'Élysée le 08/02/2012 (CHESNOT/SIPA)

Francois Baroin au Palais de l'Élysée le 08/02/2012 (CHESNOT/SIPA)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’entretien accordé au présentateur de France 2 a parfaitement dissipé les doutes sur les motivations de François Baroin, qui sont loin d’être intéressées comme l’on a pu l’entendre ici ou là. Et ce ne sont pas tant les explications qui nous ont fourni la clef de l’énigme que sa réaction aux récentes déclarations de Jean-François Copé.

 

Baroin a clairement marqué sa désapprobation vis-à-vis de Copé

 

En effet, à Laurent Delahousse qui l'interrogeait quant à l'influence du choix stratégique de Copé ("racisme anti-blanc", affaire du "pain au chocolat") sur sa décision de soutien à François Fillon, François Baroin a répondu ceci :

 

"Mais évidemment, moi je suis un chiraquien, profondément. Et je suis un humaniste et un profond républicain. Et je sais d’où vient l’UMP, j’en ai été un des fondateurs, j’en ai été le porte-parole, j’en ai été le secrétaire général.

 

Je suis un responsable politique actif. L’UMP c’est la réponse de la droite et du Centre au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2002, avec Le Pen présent. Donc c’est la réponse de la droite et du centre au refus de tous les extrémismes. Tous ces discours, ces petites phrases sont toxiques. Elles sont dangereuses. Et elles altèrent le pacte républicain. Et j’ajoute que c’est une erreur d’analyse. Donc évidemment je ne partage pas l’analyse de Jean-François."

 

La réponse est forte et risque de peser dans l’élection à venir. Elle semble d'ailleurs dessiner deux clans : d’un côté, ceux qui respectent le pacte républicain originel de l’UMP, à savoir le combat sans ambiguïté contre l’Extrême droite, et de l’autre ceux qui sont prêts à piocher quelques idées ou quelques déclarations dans le répertoire du FN, quitte à rompre le pacte qui a fondé le parti.

 

Une nette condamnation des dérives extrémistes au sein de l'UMP

 

Deux courants antinomiques et incompatibles. Comme en attestent les maux de la discorde employés par l’ancien Ministre du budget : des petites phrases "toxiques", "dangereuses" qui "altèrent le pacte républicain". Des mots lourds de sens et que l’on croirait empruntés à la bouche de la majorité présidentielle actuelle.

 

Mais au-delà de l’aspect stratégique qui est exposé ici, la condamnation de François Baroin est d’autant plus puissante et convaincante qu’il déplore ce qu’il appelle une "erreur d’analyse", quand d’autres, dans son parti, y compris François Fillon dans l’affaire du "racisme anti-blanc" se contentent de protéger Jean-François Copé en expliquant qu’il n’y a pas sujet "tabou". Un réflexe qui semble étranger à François Baroin, qui lui en préfère un autre aux relents plus "républicains" : 

 

"Mais nous n’avons pas à aller sur ce terrain-là. Ce ne sont pas nos mots, ça n’est pas notre dictionnaire, et j’ajoute que ça nous affaiblit. Et j’ajoute que ce sont des discours de minoritaires. On doit rassembler."

 

La bataille sémantique promet d’être houleuse la semaine où certains revendiquaient justement l’usage de certains mots ou certaines expressions expliquant qu’ils n’étaient pas la propriété privée de Marine Le Pen. Ce qui rappelle la même périlleuse situation de Nicolas Sarkozy quand, dans l’entre-deux tours, il avait pillé le programme du Front national en proposant la présomption de légitime défense pour la police.

 

Copé mis à l'amende, Sarkozy innocenté : une indulgence suspecte

 

Nicolas Sarkozy justement et sa fin de campagne... Car si François Baroin condamne le tournant pris par Jean-François Copé, nul ne peut ignorer qu’il se place pourtant dans la droite lignée des derniers jours de la campagne présidentielle. Une analyse face à laquelle, encore une fois, François Baroin s'inscrit en faux :

 

"Certains pensent que Nicolas Sarkozy a monté à la fin de l’élection présidentielle avec ce type de discours. C’est pas vrai. Il est remonté profondément par sa force vitale exceptionnelle, par son énergie hors du commun, par son caractère de combattant infatigable, par la peur d’une aventure socialiste aussi."

 

Comment François Baroin peut-il clouer Copé au pilori et excuser Nicolas Sarkozy, pourtant passé maître dans l'art de siphonner l'électorat du Front national en empruntant sa sémantique, ses valeurs et des pans de programme ? Une mansuétude suspecte. Et qui prend tout son relief à la fin de l’interview :

 

"Quand on a été au gouvernement et qu’on a appartenu à la majorité dans la période qu’on a traversée, on assume tout et moi, comme Ministre de Nicolas Sarkozy et du gouvernement de François Fillon, j’assume tout ce qui s’est fait."

 

Puis quand Laurent Delahousse insiste en lui demandant : "Même cette dernière ligne droite qui était peut-être un peu trop droitière selon certains ?", François Baroin semble chercher ses mots, lui d'habitude si sûr de lui, dodelinant la tête, son corps trahissant son embarras, puis finissant par dire : "J’assume tout mais on a été battus."

 

La confidence en est presque troublante. Sans doute parce qu’elle est humaine. Oui François Baroin n’a pas le choix. Et François Fillon non plus. On ne peut renier un gouvernement auquel on a participé de la même manière que l’on ne peut renier une campagne que l’on a soutenue. On se souvient ce qu'il en a coûté au PS quand ses cadres avaient lâché Ségolène Royal après le second tour, certains n'ayant même pas attendu la fin du scrutin.

 

La fidélité avant les principes

 

La fidélité doit l’emporter parfois sur les principes. Et ce même si finalement, François Baroin, par son hésitation, montre à quel point il est difficile de TOUT assumer. Mais renier ce que l'on a soutenu serait très mal venu à un moment où il faut rassembler toutes les forces de droite. Sans ostracisme. 

 

La campagne pour la présidence de l’UMP ne peut se payer le luxe d’être oedipienne : on ne tue pas le père impunément. Alors il faut assumer l’héritage. La tête haute. Même si les joues sont au moins rouges que les fesses meurtries par la défaite.

 

Car François Baroin n’est pas dupe : "mais on a été battu". Comme pour rappeler que la dérive droitière n’a finalement pas triomphé. Comme pour montrer qu’il sera temps, sitôt la tête de la présidence de l'UMP décidée, de fixer d’autres caps et d’enterrer un patrimoine bien encombrant. 

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 10:12

JF Copé publie début octobre un livre-programme

Jean-François Copé et son livre "pour une droite décomplexée". Il y parle de "racisme anti-blanc". (FAYOLLE PASCAL/SIPA)

 

Cette fois c’est officiel : Jean-François Copé n’a pas seulement l’envie de briguer la présidence de l’UMP. Il entend désormais annexer le Front national, ses électeurs et surtout, surtout, son programme. Le disciple Copé veut dépasser le Maître Sarkozy.

 

Le racisme anti-blanc, en version "viennoiserie"

 

Après l’affaire du racisme anti-blanc, qui aura vu l’ensemble des cadres de la droite, Fillon en tête, perdre l’occasion de montrer une bonne fois pour toute que les errances de Sarkozy durant la présidentielle, qui avait fait un hold-up sur les valeurs du FN n’étaient que souvenirs macabres à oublier, Jean-François Copé a fait encore plus fort vendredi soir à Draguignan dans son meeting.

 

Déclinaison sur le même thème, mais en recette briochée cette fois-ci :

 

"Il est des quartiers, où je peux comprendre l’exaspération de certains de nos compatriotes, pères ou mères de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s’est fait arracher son pain au chocolat à la sortie du collège par des voyous qui lui expliquent qu’on ne mange pas pendant le ramadan. Il est des familles de France qui vivent en silence leur souffrance et à qui personne ne parle jamais autrement qu’en les stigmatisant et en les traitant de tous les noms au point qu’ils sont obligés aujourd’hui de baisser la tête et de partir s’ils le peuvent le plus loin possible alors qu’ils sont citoyens de la République française."

 

Déclaration faite à Draguignan, terre de Marion Maréchal Le Pen. Plus qu’un symbole : un programme.

 

L’argument par l’exemple. L’appel à l’émotion et au pathos. Flatter l’auditoire dans ses instincts primaires. Et surtout piéger ses adversaires en retournant contre eux leur argument, car combien de musulmans pourraient se sentir légitimement concernés par ce réquisitoire à double sens si on inversait la donne en utilisant la même phrase : "Il est des familles de France qui vivent en silence leur souffrance et à qui personne ne parle jamais autrement qu’en les stigmatisant et en les traitant de tous les noms au point qu’ils sont obligés aujourd’hui de baisser la tête et de partir s’ils le peuvent le plus loin possible alors qu’ils sont citoyens de la République française" ?

 

Des accusations d'autant plus douloureuses que le candidat à la présidence de l'UMP accusent ses bourreaux des maux mêmes dont ils souffrent. La rhétorique selon Copé est redoutable. Les sophistes doivent applaudir dans leur tombeau.

 

Donc si l’on résume bien, ceux qui ne sont pas français volent des consoles de jeux dans certains quartiers. Mais en outre, ceux qui font le ramadan volent les pains au chocolat des pauvres enfants français… Mais alors c’est donc bien sûr : le problème en France, c’est que les Français sont terrorisés par ceux qui les volent et les soudoient et qui ne peuvent donc qu’être musulmans puisqu’ils respectent le ramadan.

 

Une stigmatisation qui n'a qu'un seul nom : le racisme

 

Jean-François Copé ne peut se réfugier derrière une lutte contre l’intégrisme ou encore celle contre la délinquance. Personne ne serait assez manichéen pour nier en effet qu’il existe dans certains quartiers des zones de non-droit où des terroristes de la pensée prônent un racisme anti-blanc ou tentent d’imposer la charia.

 

Mais c’est une chose que de considérer que cela existe et il en est une autre de faire comme si cela était un problème existentiel et primordial en ces temps de crise. Ces digressions n’ont aucun rapport avec les maux actuels de notre République qui ont davantage à faire contre la dette et l’absence de croissance.

 

Ce détournement est caricatural, grossier et vulgaire. C’est clairement l’expression d’un ostracisme à l’encontre des citoyens qui pratiquent une religion. C’est même à y regarder de plus près, une véritable atteinte à la laïcité, puisque Jean-François Copé différencie un culte plutôt qu’un autre, suggérant implicitement que ceux qui volent seraient nécessairement musulmans. Il pourra toujours rétorquer qu’il n’a jamais dit que tous les musulmans étaient voleurs mais la ficelle serait sans doute un peu trop grosse.

 

Une vision manichéenne de la société

 

Les Français et le pain au chocolat, les musulmans et le vol : voilà la vision binaire et manichéenne de la société qu’a à offrir Jean-François Copé pour la droite française. Cette fameuse droite qui se réclame du Général de Gaulle qui a lui-même combattu les Nazis qui n’ont pas eu d’autres discours à l’encontre des Juifs. Cette fameuse droite qui a déjà cautionné Nicolas Sarkozy qui, dans son deuxième clip de campagne des présidentielles, avait distillé de manière subliminale un panneau douane écrit en arabe.

 

Cette même droite qui, à l’image de Fillon, préfère protéger les siens plutôt que de dénoncer des clichés racistes insupportables. Cette même droite que l’UDI de Jean-Louis Borloo continue de ne considérer comme seul interlocuteur possible et qui attire tant de militants du MoDem. Cette même droite qui abrite le maire du 8ème arrondissement de Paris et qui amalgame homosexualité, pédophilie, polygamie ou encore inceste.

 

Cette droite-là n’est assurément pas républicaine. Cette droite-là n’est qu’un cheval de Troie dans notre République. Une imposture qui cache des idées nationalistes et xénophobes et qui confirme à Marine Le Pen que plus que jamais 2017 sera son heure, surtout à un moment où les électeurs de l’UMP pensent que l’alliance avec le FN est nécessaire.

 

Jean-François Copé n’a pas seulement tenus des propos dégueulasses : il a sali la France, sali la politique, sali les valeurs républicaines.

 

Ne reste à Fillon que la condamnation. Sans états d’âme. A moins de ne considérer que l’UMP ne devienne bientôt l’UMPN.  

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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 19:52

Le marché de l’immobilier est en émoi. VIIIe arrondissement de Paris. Le locataire le plus célèbre de la capitale remet en jeu son bail. C’est une belle demeure située en plein centre de la capitale.

 

La crémaillère fit grand bruit, il y a quatre ans, place de la Concorde. Un ballet ininterrompu de chanteurs morts ou de chanteurs à mourir (d’ennui), ou encore destinés à mourir (artistiquement), ne s’étaient pas fait priés pour inaugurer le nouveau bail.

 

Nicolas Sarkozy, président de la République, lors de la remise de la Médaille de la Famille au Palais de l’Élysée, Paris, le 30 septembre 2011 (J.MARS/SIPA)

Nicolas Sarkozy lors de la remise de la Médaille de la Famille au Palais de l’Élysée, Paris, le 30 septembre 2011 (J.MARS/SIPA)

 

À l’époque, l’état des lieux mentionnait une bâtisse vieillissante, poussiéreuse, archaïque dans ses fondations. Tenu par un roi fainéant, chuchotait-on. "À rénover", avait-on pris la peine de marquer sur l’annonce, relevé par un slogan rempli d’espoir, "Ensemble, tout devient possible".


Des travaux depuis, il y en a eu. Des tas. Des tonnes. Sans que l’on en comprenne toujours le cheminement. Souvent, le projet a été modifié pour laisser place à la même chose, quand il n’en est pas resté au simple devis, faute de financement. Si bien qu’au terme de ce bail, il serait temps de se poser la véritable question : le bail présidentiel est-il renouvelable en l’état ou la recherche d'un nouveau locataire s’avère-t-elle nécessaire ?

 

État des lieux : l'état de grâce, c'est fini


Certains se veulent aveuglément confiants. "Ai-je perdu tout esprit critique ?" s’interroge même un promoteur qui se revendique "irréductiblement UMP". On peut le craindre tant les travaux de décoration ont fait l’effet d’un tsunami sur notre petite République. On nous promettait un architecte à l’œuvre ; nous eûmes Attila qui pratiqua une politique de la terre brulée, avec le goût si raffiné de Valérie Damido. Rien de surprenant à ce que la demeure soit actuellement cotée bien en-dessous du marché… État des lieux.


La visite s’ouvre sur un patio superbe, qui rappelle les débuts, l’état de grâce. À l’époque, par cette porte dérobée, sur la droite, se trouvait le passage conduisant vers les cuisines du restaurateurFouquet's, remercié depuis parce que cela jasait au-delà du thuyas, dans la rue. D’ailleurs, c’est tout le personnel de maison qui a connu des va-et-vient impromptus : Fillon I, Fillon II, Fillon III ; sans compter les mini-remaniements, dus au personnel devenu dérangeant comme la petiteMichèle.

 

D’aucuns se sont dit que c’était sans doute le majordome qu’il fallût changer. Mais le locataire n’en démordit pas. Il avait, il faut dire, fait du choix de son petit personnel un véritable enjeu de cour. Débauchant à sa gauche, détroussant le centre et déboussolant sa droite, il avait imaginé une petite équipe au garde-à-vous, qui lui jurerait allégeance, affidés qu’ils étaient tous, jusqu’à renier leurs valeurs.

 

François Fillon lors des vœux du président de la République aux parlementaires, Palais de l'Élysée, Paris, le 11 janvier 2012 (CHAMUSSY/SIPA)

François Fillon lors des vœux du président de la République aux parlementaires, Palais de l'Élysée, Paris, le 11 janvier 2012 (CHAMUSSY/SIPA)

 

Mais revenons-en au patio. Sur les murs trônent encore les unes et les éditos élogieux qui foisonnaient. Il n’en figure qu’une maigre partie ici, tant les dithyrambes ne cessèrent de s’enchaîner des semaines durant. Même les plus railleurs, qui accusèrent leurs homologues de servir la soupe présidentielle en monopolisant l’espace médiatique autour d’un seul personne, se mordirent la queue en ornant leur une du nouveau locataire, semaine après semaine. Une sorte de fascination.


En avançant un peu plus loin, vous découvrez la pièce principale de cette construction bourgeoise, un rien baroque par son côté m’as-tu-vu et sa pendule Rolex qui trône majestueusement à côté de la bibliothèque verte (tous les exemplaires de la Pléiade, si ennuyeux et inutiles quand on veut travailler véritablement, ont été classés sans suite au grenier ; ne restent que cet exemplaire deZadig & Voltaire et un disque de Renaud "Tous coupables... sauf Carlos Ghosn ?"). C’est dans cette pièce que le locataire y a rangé ses plus beaux trophées : la réforme des universités, celle des droits de succession, celle de la Constitution

 

Du bouclier fiscal aux redoutables molosses : besoin de protection

 

En revanche, au-dessus de la cheminée, la chose déglinguée que vous voyez là était un bouclier, le bouclier fiscal. Branlant comme pas un depuis son érection sur le mur, il finit par tomber comme on le pressentait un beau matin. Car c’est peu de dire que le séjour ressemble parfois à un véritable champ de ruine : la table dite du "travailler plus pour gagner plus", pierre d’angle de la nouvelle décoration, fut annoncée avant même l’emménagement. Notre nouveau locataire fit feu de tout bois pour l’imposer. Las, elle coûta bien plus qu’elle ne rapporta. Il n’en reste à présent que quelques copeaux qui raviveront la cheminée dès les premières lueurs de l’automne.

 

La porte-fenêtre donne une belle vue, malheureusement gâchée aujourd’hui par les écuries d’Augias, anciennement baptisées Bercy. Le nettoyage se fit attendre. En vain : il se fait attendre. Et se fera attendre. Pire, la dette devient abyssale. Attenantes à la maison principale, les écuriesmenacent les fondations. L’édifice est à surveiller de près.


Dans la cour, l’on voit aussi une cage où deux molosses, muselière rangée, s’acharnent sur deux os presque entièrement déchiquetés. Un long filet de salive perle sur leur collier où l’on parvient encore à lire Fredo et Nado. Pavlov est le nom du maître chien. Deux mâtins redoutés et redoutables, qui sauteraient sur quiconque ne serait pas de la maison et oserait salir ne serait-ce que le tapis de l’entrée.

 

Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé, alors porte-parole de l'UMP, lors d'une de leurs conférences de presse hebdomadaires, le 19 juillet 2010 (F.DUPUY/SIPA)/1007191544

Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé, alors porte-parole de l'UMP, lors d'une de leurs conférences de presse hebdomadaires, le 19 juillet 2010 (F.DUPUY/SIPA)


À l’étage, les chambres… Enfin moins une. En effet, la première chambre nuptiale fut très vite condamnée. Les fenêtres étaient restées grandes ouvertes et un vent venu d'outre-Atlantique y fit des ravages.


La seconde est beaucoup plus harmonieuse. Complètement insonorisée. On eut juré que le locataire y avait élu villégiature sur l’aile gauche de la résidence avant de constater, sans le moindre doute possible, qu’elle se plaçait parfaitement à droite.

 

La chambre d’ami, elle, a vu de nombreux visiteurs. Certains reviennent avec assiduité comme Brice ou, la pièce rapportée du trottoir d’en face, le petit Eric (n’allez tout de même pas dire qu’il travaillait sur le trottoir !), ou encore Claude, qui se fait de plus en plus présent au domaine. En revanche, d’anciens locataires, pourtant favoris, n’y ont plus accès comme le grand Eric, banni pour Banier.

 

Salle de jeu et cave, les pièces qui ont abîmé l'Élysée


La salle de jeu est fermée à double tour. Trop bruyante. Trop turbulente. Trop dangereuse ? Les enfants de la Droite populaire s’y époumonent. Le petit Luca griffonne sur son affiche Banania avec un masque de cochon, le petit Mariani joue avec sa Barbie Jeanne D’arc, le petit Mothron s’amuse à faire exploser des boules puantes, tandis que le moins jeune Vanneste découpe frénétiquementdes drapeaux arc-en-ciel en hurlant "aberration anthropologique"… Mais, à part cela, les promoteurs les plus zélés ne peuvent plus supporter le soupçon d’alliance que la droite ferait avec l’extrême-droite.


Enfin, la porte du bureau attenant s’ouvre et une vidéo-surveillance vous observe. Une affiche du roman d’Orwell "1984" y tient une place inratable, même à l’œil attentif. Big brother is watching youbrille à la force d’une encore rouge. C’est la pièce des petits pour leurs devoirs. Un crucifix rappelle à l’étourdi que l’instituteur ne remplacera jamais le pasteur ou le curé. Pensée qui vous amènera naturellement à regarder par la fenêtre pour admirer la noblesse du jardin.


Scrutant le spectacle, vous apercevrez au-delà des feuillages et des arbustes si parfaitement taillés, une splendide chapelle. Jamais assez remplie et honorée pour notre hôte. De Latran àRyad, en passant par la béatification de Jean-Paul II, elle se remplit à chaque occasion avec ferveur laissant parfois un couloir communiquant avec la propriété principale, ce que les anciens locataires s’étaient pourtant toujours refusé à faire.

 

Il faut dire que notre résident a besoin d’espace depuis que sa cave est occupée. Cinq fois par jour. Et tous les vendredis à l’en croire. Il l’a même désignée comme la cause de tous ses problèmes d’installation, de tous les défauts de fabrication de la maison et de toutes les incuries dont il était pourtant le seul responsable. À force d’y raviver la braise, il risque à terme d’y mettre complètement le feu. La vague Marine s’imposera alors comme le seul recours. Et le déluge après un incendie a toujours représenté un risque pour les fondations…

 

Marine Le Pen, candidate du Front national à la présidentielle 2012, lors d'un meeting, Nanterre, le 12 janvier 2012 (J.BRINON/SIPA)

Marine Le Pen, candidate du Front national à la présidentielle 2012, lors d'un meeting, Nanterre, le 12 janvier 2012 (J.BRINON/SIPA)


Alors, bien évidemment, la demeure fait envie. Terriblement envie. Mais les copropriétaires, plus de 44 millions, sont amenés à se réunir d’ici quelques mois pour savoir s’il faut renouveler le bail. On l’a vu, les agents du locataire en place n’en finissent plus de peaufiner leurs plus beaux arguments et, n’en doutons pas, en y ajoutant une sincérité somme toute parfaitement authentique.

 

Mais la demeure, dont les fondations ne remontent pas à Clovis, n’en déplaise à notre hôte, mais à nos révolutionnaires, est fragile. Aménager n’est pas dynamiter. Il en va de la nature même des lieux. Et il est une chose dont on peut être sûr : dans trois mois, le prochain locataire aura dans ses mains les clefs d’une maison non pas changée, mais bel et bien abîmée.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 19:07

Décidément, l’ère Sarkozy nous aura tout fait. Tout ! Et dire qu’il existe au sein de la majoritéune droite sociale ! Un véritable oxymore !

 

Nicolas Sarkozy au G20 à Cannes le 5 novembre 2011 (ALFRED/WITT/SIPA)

Nicolas Sarkozy au G20 à Cannes le 5 novembre 2011 (ALFRED/WITT/SIPA). 

 

Quel festival ! Après les "salauds" de chômeurs qui piquent donc, selon la Droite sociale incarnée par Wauquiez, les logements de ceux "qui se lèvent tôt", au tour de ceux qui souffrent de maladies. Que dis-je  ! De ceux qui "volent la Sécurité sociale". Oui qui volent ! A quand la prison pour la grippe ?

 

La Sécurité sociale est en déficit ? Déremboursons les médicaments ! Cela ne suffit pas (et bien évidemment que cela était inefficace quand on sait que l’essentiel du coût est porté sur les hospitalisations) ? Eh bien une journée de carence pour tout le monde !

 

Nicolas Sarkozy : Discours sur la fraude sociale par publicsenat

 

Tout ça pour quoi ? Pour lutter contre les fraudes ? Quitte à faire passer à la caisse tout le monde ? Quitte à faire en sorte que le riche qui a de l’argent devant lui ne regardera pas à se faire signer un arrêt, et à se faire soigner alors que les emplois précaires n’en n’auront pas les moyens ? Et finiront par travailler en étant malade ! Et par contaminer tout le monde ! Ce qui coûtera d’autant plus à la Sécurité sociale : mais elle est où l’économie ?

 

Sarkozy est décidément plus atlantiste que jamais… au point de vouloir décalquer le système de protection d’assurance maladie, qui fut pourtant décrié avec certes quelques outrances cinématographiques par Mickaël Moore

 

Bravo, Monsieur Sarkozy ! Mais ajustez votre viseur : la fraude est votre crédo ? Eh bien, intensifiez vos contrôles ! Ce qui n’est pas sans rappeler le discours hugolien sur la peine de mort : "À quoi bon la mort ? Vous objectez qu’on peut s’échapper d’une prison ? Faites mieux votre ronde". Oui Monsieur Sarkozy : faites mieux votre ronde. Et cessez de saigner aux quatre veines ceux qui n’ont déjà plus de souffle pour espérer travailler.

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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 18:13

Nouvelle sortie tonitruante mercredi du ministre de l’Enseignement Supérieur et de la recherche. Toujours aussi loin du domaine de compétence pour lequel la République le rémunère (mais cela devient une vilaine habitude en Sarkozie), Laurent Wauquiez, par ailleurs leader du club politique UMP inopportunément nommé Droite sociale (de l’art de l’oxymore ou du paradoxe, c’est selon…),a estimé qu’il fallait "réserver une partie des logements sociaux à ceux qui travaillent." Salauds de chômeurs qui bénéficient en plus des logements sociaux !

 

Laurent Wauquiez au Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche le 30 juin 2011 - Crédit : T. SAMSON / AFP

 Laurent Wauquiez au Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche le 30 juin 2011 (T. SAMSON / AFP)

 

Même s’il s’est défendu, en anticipant la polémique, au point de dire : "Je ne dis pas qu'il ne faut plus s'occuper des chômeurs, (...) ce n'est pas l'un contre l'autre", nul doute que la déclaration risque de ravir les classes populaires et tous ceux qui veulent les soutenir, c’est-à-dire à scruter la dernière lustre, tous ceux qui ne sont pas à l’UMP.

 

Alors évidemment d’aucuns diront que cette sortie risque de faire polémique et qu’il va y avoir du couac dans l’air. Comme ce fut le cas pour des immigrés qu’il fallait remettre dans un bateau jusqu’au débat sur la laïcité, de la suppression du bouclier fiscal à celle de l’ISF, d’une laïcité "ouverte" prête à financer des mosquées jusqu’au rétablissement d’un concours d’entrée en sixième type "certificat d’étude", des salles de shoot jusqu’à la possibilité envisagée de faire composer des étudiants juifs la nuit pour cause de Pâques juive, de la destitution possible de la nationalité française au sentiment de ne plus être chez soi, de la croisade en Lybie à l’embauche à vie des fonctionnaires.

 

Toutes ces sorties médiatiques qui ont alimenté la chronique et provoqué tollé sur tollé ne sont pas toutes l’œuvre d’anonymes députés de l’UMP en mal d’images, comme l’excentrique et non moins extrémiste Chantal Brunel ou encore l’inutile Christian Jacob. Non. Ils ont pour la plupart des noms biens connus, des fonctions parmi les plus hautes placées, des responsabilités qui montrent la confiance que Nicolas Sarkozy leur porte : Valérie Pécresse pour l’histoire des étudiants juifs, Jean-François Copé pour le certif’ et le débat sur la laïcité, Roselyne Bachelot pour la salle de shoot,Benoist Apparu pour la laïcité light ou laïcité zéro selon vos goûts, Brice Hortefeux pour la destitution, et Claude Guéant pour… l’ensemble de son œuvre.

 

La politique du faible

 

Et croyez-vous que tout ce joli monde se permettrait autant de dérapages, autant de polémiques, porteurs d’opprobre publique et de baisse dans les sondages avec la mansuétude de Nicolas Sarkozy ? Pensez-vous vraiment que tout ceci ne serait que le fruit d’un hasard et d’une totale improvisation ?

 

Alors, en exclusivité mondiale, je vais lire dans le marc de café, et vais vous dire ce qu’il va se passer pour la proposition de Wauquiez à l’aune de l’affaire du cancer de la société, j’ai nommé l’assistanat.  

 

Dès aujourd’hui, des sons discordants vont se faire entendre à droite. On va alors parler de couac et de désordre propres à nuire à l’image de la majorité. Puis quelques jours plus tard, un sondage va sortir comme par hasard pour mesurer l’opinion suite à ce "dérapage". Et si les Françaisl’approuvent, alors on laissera passer trois ou quatre semaines avant de revenir à la charge, avec plus de rondeur mais un contenu identique. Comme si de rien n’était, la polémique a eu le temps d’être testée au sein de l’opinion avant d’être adoptée.

 

C’est la théorie du fusible : on crée un électrochoc, et on réagit de toutes les façons pour ne choquer personne. Si l’opinion approuve, on dit que le fusible était un peu tendu mais qu’il avait vu juste. Si elle réprouve, haro sur le fusible qu’il faut faire sauter.

 

Facile, non ? Ou comment Nicolas Sarkozy, pyromane devant l’éternel s’en remet au fusible pour couvrir son court-circuit. Trop fort, vraiment trop fort…

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 18:14

Mercure et Sosie. Deux personnages qui se ressemblent trait pour trait au point de duper tout le monde au détriment du second. Oui mais voilà : Mercure est le fils de Jupiter. Rien que cela. A lui le pouvoir.

BHL avec des soldats du Conseil national de transition à Tripoli le 15 septembre 2011 ERIC FEFERBERG/AFP BHL avec des soldats du Conseil national de transition à Tripoli le 15 septembre 2011 (ERIC FEFERBERG/AFP).

 

Hier soir, sur le plateau de France 2l’Amphitryon de Molière est revisité avec comme intrigue, la mort de Kadhafi.

 

BHL s’était déjà présenté comme le ministre des Affaires étrangères bis en mars dernier,toujours pour le dossier libyen. Hier il a montré que sur les relations internationales, il pouvait remplacer tous les ministres.

 

Pensez donc ! Un philosophe, mais aussi romancier, essayiste, metteur en scène, acteur, homme d’affaires, éditorialiste et cinéaste à ses heures perdues, l’homme à tout faire médiatique en somme, qui est invité au même titre qu’un ministre de la République pour commenter la mort de Kadhafi ! Lui le lecteur de Botul !

 

Pensez donc ! C’est BHL qui semble le plus informé alors que Longuet fait de la présence, langue de bois comprise.

 

Pensez donc ! Alors que David Pujadas prend congé de Gérard Longuet, il demande à BHL de rester pour continuer à commenter l’actualité libyenne.

 

Molière peut être fier de ce remake. La comédie du ridicule est intacte trois siècles plus tard. A ce rythme là, nul doute n’est permis : Nicolas Sarkozy pourra bientôt exhiber BHL pour parler de son bilan en politique extérieure histoire de cacher la misère de son quinquennat à l’intérieur…

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 18:15

Depuis quelques jours, les cadres de l’UMP, Copé en tête, faisaient le tour des plateaux pour se lamenter de l’hégémonie médiatique du PS. Avec justesse sur le fond. Mais l’UMP était-elle la mieux placée pour dénoncer les conséquences du bipartisme ? Et comme si la mauvaise foi légendaire de Copé ne suffisait pas, l’UMP a trouvé subtil d’organiser une convention sur le thème du projet socialiste.

 

Quel meilleur gage de crédibilité pouvaient-ils donner à la primaire socialiste au point de lui proposer, sitôt la candidature de François Hollande acquise, une contre-offensive intégralement à sa gloire ?

 

Et s’il fallait une preuve que le projet du PS a, lui au moins, le mérite d’exister, malgré ses défauts et notamment ses promesses de dépenses qui seront insoutenables, l’UMP n’a RIENPas même un candidat officiel. Tout juste des contestations. Avec la même argumentation et la même rhétorique que le PS employait pour dénoncer les réformes de Sarkozy… et que l’UMP raillait en affirmant que la gauche n’avait aucune proposition à faire valoir. Un cas pratique du  crétinisme du bipartisme, comme l’a baptisé François Bayrou dans son dernier ouvrage 2012, Etat d’urgence.

 

Le téléthon de l'UMP

 

Il faut revoir ces images, guignolesque de ce panneau lumineux, chiffrant les dépenses virtuelles d’un gouvernement Hollande (encore une fois, l’envisager c’est déjà lui donner de la consistance…) à la manière du Téléthon, avec Copé dans le rôle de Gérard Holtz et Nadine Morano dans celui de Sophie Davant… Ridicule mise en scène ressemblant à s’y méprendre à une séance de vaudou pour exorciser un PS ressuscité. On imagine Nadine, Roselyne, Luc et Xavier et leurs poupées de chiffon rose qu’ils piquent non sans frénésie avec des aiguilles bleues. Wes Craven a déjà trouvé le scénar' de son prochain opus.

 

La convention de l'UMP contre le projet PS, le 18 octobre 2011 à Paris (AFP / ALEXANDER KLEIN)

La convention de l'UMP contre le projet PS, le 18 octobre 2011 à Paris (AFP / ALEXANDER KLEIN) 

 

Pas de programme ? Ne vous inquiétez pas : l’UMP n’en a pas perdu complètement perdu le nord. Et sa boussole : la Droite populaire, a vite retrouvé des sentiers connus, battus, pour se donner du cœur à l’ouvrage. De quoi rendre nostalgique Patrick Buisson : en couverture de Minute,Thierry Mariani s’affiche fièrement en une pour lancer sa pétition contre le droit de vote des immigrés. Minute, le journal de l’extrême droite. Un signe fort. Un signe brun. Nausée.

 

Le ministre des Transports assume : "Marre du terrorisme idéologique, de ces arbitres (sic) d’élégance. Quand Mme Aubry et Mme Royal vont à la fête de l’Humanité, ça ne vous émeut pas ? Aller à la fête du dernier parti communiste quand on prétend diriger la France, moi, ça me choque !"


Formidable tour de passe-passe qui considère que le parti communiste, aujourd’hui associé au Front de Gauche, n’aurait pas changé depuis Georges Marchais… D’aucuns diront que le FN a changé lui aussi. Allons donc : papa s’occupait des immigrés et des Juifs, la fille a juste substitué ces derniers par les Musulmans en rhabillant son ravalement sous les oripeaux d’une laïcité factice

 

Battre Marine Le Pen

 

Pire. Le ministre de la République ose une comparaison des plus cyniques, expliquant sans ambigüité que l’objectif de l’opération est de battre Marine Le Pen mais pas pour autant de combattre ses idées. Traité on ne peut plus clair de siphonnage de voix. Nausée.


 

Mariani a tout faux. Parce qu’en 2011, les Français, comme les Européens, et même comme tous les citoyens du monde n’en ont que faire de ces vaines polémiques, à la limite de la xénophobie et qui n’ont pour objectif de créer une unité sur le dos de boucs émissaires dans une éternelle déclinaison de l’adage "diviser pour mieux régner".

Stratégie de la division

A l’heure où des cortèges d’Indignés défilent partout dans les rues, l’UMP envoie un signe fort, puisque Mariani sous-entend qu’il a eu le feu vert du probable futur candidat de la droite : face à la crise, au chômage et à la pauvreté, la seule solution est la division des humains, le rejet et l’exclusion. Et après la droite vient faire des leçons de morale sur l'interprétation des principes de la Ve République quand elle-même prostitue les valeurs de la République.

Et le plus ridicule dans l’histoire, c’est que cette stratégie est vaine. On pourra toujours reprocher beaucoup de choses à la primaire socialiste mais il est un fait notable : alors que la pré-campagne faisait craindre une Star Academy politique, nous eûmes le droit à un vrai débat d’idées, avec du fond et des projets en opposition, au sein d’une même sensibilité. Au point que l’UMP a cru bon organiser une convention entière pour tenter de la décrédibiliser. Et quelle conséquence cela a-t-il eu ? Marine Le Pen est aujourd’hui encore plus à la baisse en pointant cette semaine à 16% en chute de deux points.

Pour combattre le FN, rien ne sert de rivaliser sur son terrain nauséabond. Ni même de s’arranger avec la démocratie comme l’insuffle, avec une fraîche bêtise, Terra Nova. Encore moins d’être un opposant à la proportionnelle dans les élections, élément fondamental pour réconcilier les Français avec la politique. Il suffit de parler des vrais problèmes des Français. Mais ça de toute évidence, l’UMP ne l’a pas du tout compris.

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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 19:37

Ah ! Elle est belle la sortie de Nicolas Sarkozy dans l’Oise ! Magnifique envolée dont lui seul a le secret.

Les enseignants parviennent à effacer leur différence, entre privé et public, et s’associent pour exprimer leur désarroi, leur malaise et disons le tout net leur ras-le-bol ? Qu’à cela ne tienne ! Le Président s’improvise apprenti sorcier ou médecin véreux c’est selon. A coups de grand discours, son scalpel, il creuse avec délectation et cynisme dans la plaie béante, pour rouvrir la fracture qui alimente les conversations de café, la guéguerre stérile entre privé et public.

Ecoutons notre président :

 


"Mon devoir de chef de l'Etat, c'est d'abord de penser aux ouvriers, aux salariés, aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l'Etat, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège."

Les professeurs n’auraient donc pas un travail difficile ? Pire, ils n’auraient à l’entendre pas "tant de travail" ? La sécurité de l’emploi devient-elle un soutien quand on arrive le matin la boule au ventre parce que l’on a peur, peur des élèves, peur de travailler, peur d’être muté loin de son foyer ou de devoir faire 40 heures de présence, car oui Monsieur, certains collègues sont sur plusieurs établissements et remplissent la digne tâche de bouche-trous ?

Etre humilié au sein de la classe, quand la porte est fermée, que les quolibets volent autant que les craies et les bouts de gomme, puis à nouveau en passant le portail quand certains de ceux que vous voulez nous opposer, viennent chercher leur charmante tête blonde, enivrés par votre rhétorique diabolique,  vous regardent de haut en lâchant : "regarde moi cette feignasse"… Tout ceci n’exposerait donc pas les enseignants !

Mais quelle obscénité ! Oui, Monsieur Sarkozy vos propos sont indécents. Indignes et populistes. Provenant d’un homme à bout de souffle qui n’en finit plus de prendre soufflet sur soufflet. Une attitude désespérée et pathétique.

Est-ce donc cela le rôle d’un président ? De traiter avec mépris une profession qui est exaspérée et dont la vocation est un investissement pour l’avenir de la jeunesse ? De mettre les Français dos à dos ? Mais quelle conception avez-vous de la digne fonction, sacrée, que les Français, pas moi, mais une majorité de Français vous ont permis d’exercer ?

"Diviser pour mieux régner" serait-il devenu la nouvelle devise de la République puisque celle qui proclame "Liberté, Egalité, Fraternité" est traînée avec constance dans la boue au point de paraître dérisoire voire méprisable pour vous, simple locataire vacant de l’Elysée ? Auriez-vous l’impudence de trahir nos valeurs quand vous ne pouvez au mieux prétendre qu’à un bail renouvelable une fois ?

Séparation !  Vous n’avez que ce mot à la bouche. Enfin, que ce mot... quand cela vous arrange. Parce qu’à voir Monsieur Hortefeux faire fi du secret d’instruction, après avoir déjà cru bon, quand il fut Ministre, d’estimer que la Justice ne faisait pas son travail, en digne héritier dans la droite ligne de vos prouesses… et en guide de son successeur, Monsieur Guéant, à propos notamment de la Cour des Comptes, on se dit que Montesquieu doit se retourner dans sa tombe !

Et ne parlons pas des atteintes portées à la liberté de la presse, entre les affaires de fadettes et de chasse à l’homme, ou encore quand on sait les connivences que vous entretenez avec les grands Industriels qui détiennent les grands groupes de presse, symbolisées par cette fameuse soirée du Fouquet's où pas un ne manquait.

Et ne parlons pas des affaires...

Mais dans quelle République vit-on ? Monsieur le Président, vous êtes le Président des Français. De tous les Français. Vos partis pris font honte à notre héritage et à nos valeurs.


Séparez les pouvoirs au lieu de séparez les Français.


Mais ne vous inquiétez pas, on ne vous oubliera pas.

 

Et surtout, vous, n’oubliez pas d’exaucer le vœu que vous confessâtes à un cénacle quand vous étiez alors postulant à la fonction suprême, et qui est immortalisé dans le film La Conquête : ne faites qu’un mandat et allez faire du fric !  Allez diviser pour mieux régner. Et surtout, loin de nous.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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