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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 20:26

Samedi soir marquait la véritable rentrée politique de François Bayrou. Après sa défaite aux législatives, le président du MoDem avait promis de se retirer, et de s’imposer un jeun médiatique, estimant qu’il avait tout dit aux Français. Comme il s’en expliqua au Conseil national de son parti le 30 juin 2012

Cela ne l’avait pas empêché pour autant de revenir de temps en temps devant des micros pour donner son analyse de la situation. Comme la marée, venant et repartant, en déposant ses sédiments. Contribution forcément modeste pour cet homme déchu.

Mais la solitude lui sied si bien, comme il le rappela quand Aymeric Caron lui demanda de citer une faiblesse : "je suis assez facilement solitaire". Et comme souvent en pareille occasion, le Béarnais se réfugie dans sa pensée, n’écoutant que son petit cénacle pour lui rapporter des nouvelles du monde. Et il écrit. Écrire pour construire sa pensée. Et repartir en selle.


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"De la vérité en politique" en sera le fruit. Un livre porté aux nues par un Laurent Ruquier que l’on a connu moins bienveillant à l’égard de ses invités politiques. Un livre de François Bayrou n’est, il faut bien l’avouer, jamais une simple analyse brouillonne remaniée par un nègre complaisant : c’est une plume de velours qui virevolte dans l’encrier de son âme, avec exigence et précision, offrant ses lettres de noblesse à la langue française et dont on lui accordera, même en cas de désaccord, la sincérité.

C’est chargés de ce respect que l’on a retrouvé chroniqueurs et invités autour du président du MoDem. Respect pour l’intégrité et la probité du personnage. Sa simplicité sous, parfois, d’austères postures d’instituteur, comme lui rappela jovialement et avec tendresse Patrick Sébastien. Respect aussi pour celui qui fut le troisième homme et qui, une fois ses lauriers tressés, ne fut jamais en mesure de fructifier une victoire annoncée. Et c’est dans le sillon tortueux de cet itinéraire inachevé qu’il faut lire François Bayrou, comme tentèrent de lui expliquer le plateau d’"On n’est pas couché". En vain.

 

Les stigmates d'une double-défaite 

 

François Bayrou avait fait de sa présidentielle 2012 une ode à la vérité, citant notamment dans "2012, État d’urgence" George Orwell : "En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire". 

Seulement entre temps, il y a eu défaite. Lourde défaite. Double défaite. Celle de la présidentielle. Celle des législatives. Et que trouve à dire François Bayrou dans son livre ? Que c’est la vérité qui l’a crucifié alors qu’elle seule pourra sauver les peuples. Une posture selon Natacha Polony, qui a tenté de lui rappeler que s’il était effectivement le premier à avoir eu un discours de vérité sur les crises de notre pays, plus personne aujourd’hui ne le conteste et que la solution n’est donc plus dans le diagnostic mais bien dans la résolution du mal. Ce qu’elle illustra parfaitement avec l’exemple de l’école, à présent que la Direction de la prospective, crée par le Ministre Bayrou, reconnait enfin la gravité de la situation : 

"Cette instance niait les chiffres. Et maintenant qu’elle les reconnaît, eh bien il y a un débat pour savoir les causes. Il y a un débat fondamental parce que certains disent que si l’école française va mal c’est parce qu’elle est élitiste et d’autres disent que c’est parce qu’elle n’apprend plus à lire. Donc vous voyez le tout, ce ne sont pas les chiffres. Il n’y a pas de faits. Il n’y a que l’interprétation des faits. Il y a des choix politiques."

À cela, François Bayrou répond qu’il y a des opinions d’une part et des faits d’autres parts. Oubliant que Natacha Polony n’avait pas dit autre chose mais qu’une fois qu’il y avait consensus sur le diagnostic, l’essentiel est d’avoir les moyens de guérir le mal. De l’illustration d’une célèbre réplique de Patrick Timist dans un de ses anciens sketchs, qui ironisaient sur la "recherche" : "ah ben nous on est chercheurs, pas trouveurs".

Et cela fut le gimmick de la soirée, chacun expliquant au président du Modem que le problème ne résidait pas tant dans le diagnostic de la vérité, ce dont on lui sait gré, que dans les solutions à apporter. Et à chaque fois, ce fut une fin de non recevoir.

Patrick Sébastien lui expliqua ainsi qu’après dix minutes de discours, le spectateur risquait d’avoir envie de se suicider à l’écouter, lui demandant alors :

"Il n’y a pas un moment où justement le rapport du pouvoir au peuple ça serait un peu le rapport du docteur au malade, de justement, pour venir sur le propos, de ne pas dire systématiquement la vérité, et de donner de l’espoir. Je pense que quelqu’un qui est sur le point de mourir et qui souffre, le docteur ne lui dit pas  toujours la vérité, parce que ça l’aide. Et parfois ça l’aide même à guérir. (...) Je pense que c’est une question de méthode."

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Paroles de bon sens. Paroles d’électeurs aussi, les mêmes qui n’ont jamais pu être enthousiasmés par la campagne 2012 de François Bayrou car ils avaient en face d’eux le rapporteur des Pompes funèbres, quand, à côté, de Hollande à Sarkozy en passant même par Mélenchon, on brillait en bonimenteurs même à grandes prouesses démagogiques. Car il est une chose que François Bayrou n’a pas compris, c’est la différence entre une campagne et l’action, entre la période de séduction et celle de l’existence du pouvoir. C’est le manque de pragmatisme qui condamne Bayrou à une position de prédicateur, simple prédicateur, ce qui n’est pas la finalité de la politique comme lui rappela en théoricien Philippe Labro, après avoir ironisé sur le vocation du Béarnais, à "être crucifié au nom de la vérité" :

"On ne peut pas être un imprécateur toute sa vie. Vous ne pouvez pas être en permanence cet imprécateur-là. Donc il faut bien, d’une manière ou d’une autre revenir dans le jeu politique."

Mais le président du Modem nie, et prétend que sa posture suffit à faire de la politique :

"Ben c’est le jeu politique. C’est même pas le jeu : c’est la réalité politique la plus profonde".

Et Labro de le corriger :

"Vous dites des choses, des vérités évidentes sur lequel on est à peu près tous d’accord. Or la question, c’est François Bayrou aujourd’hui vous faites quoi ? Y a des institutions y a des élections, y a des échéances. Vous allez bien un jour ou l’autre vous représenter à quelque chose, non ?"

Une éventualité balayée par Bayrou qui rappelle alors qu’être dans l’opposition sert à quelque chose (oubliant qu'il n'y figure même pas à titre personnel) et que les périodes de vache maigre de Mendès France ou de De Gaulle n’ont pas été "nulles" pour autant.


Le problème de Bayrou ? Lui-même

 

Et voilà que se distille ici la politique selon Bayrou, la même que Vigny concevait pour la poésie : le penseur maudit, le Sage, que l’on respecte et qui vient donner bons et mauvais et points mais qui, finalement, ne se donne jamais les moyens d’être élu. François Bayrou n’est pas le chef d’un parti. Encore moins l’incarnation d’un président de la République : il est une muse, courtisée et écoutée, rôle qui lui sied bien davantage que celui qui l’obligerait à distendre quelque peu sa vérité pour tout simplement la rendre accessible au peuple.

Oui l’élection au suffrage universel implique des sacrifices, des simplifications. Mais on peut les effectuer sans berner les citoyens. Juste pour faire la pédagogie de son discours. Une concession qu’il a pourtant faite puisqu’il a déjà été élu. Et à de nombreuses reprises comme lui rappelle Aymeric Caron.

Procureur depuis quelques semaines, c’est à lui qui revint la seule question qui finalement brûlait les lèvres de tout à chacun : le problème de Bayrou ne serait-il pas lui même, ce monstre d’orgueil qui refuse la moindre remise en question :

"Est-ce que finalement ce n’est pas plutôt un refuge que vous avez trouvé en disant 'je suis le seul finalement à dire la vérité et c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai des difficultés', pour ne pas vous mettre réellement en question, pour éviter une introspection et vous dire simplement ‘mais où ai-je échoué ?"

"Ça serait une très bonne question si les autres réussissaient" rétorque alors François Bayrou, qui, orgueilleux, refusera bien évidemment de l’admettre sur le plateau quand il s’est déjà interdit de le faire même au sein de son parti.

 

Bayrou ombre

 

François Bayrou marque donc ici un vrai faux come back. Son retour n’appelle pas des lendemains qui chantent ou l’annonce d’un projet politique. Plus que jamais, il vient de démontrer qu’il est à la tête non pas d’une machine à gagner des élections mais d’un think-tank qui se veut être la conscience du bipartisme. L’éclaireur qui donne la voie à prendre. Il est dans la position rêvée de celui qui sait, et ses échecs viennent montrer que c’est parce qu’il dit la vérité qu’il est démenti dans les urnes.

Aujourd’hui, il le reconnaît enfin, pour la "première fois" admettra-t-il sur le plateau, il admet que la catastrophe d’une victoire d’un extrême dans de futures élections est plus probable que jamais. C’est sans doute pour avoir nié cette évidence qu’il s’était refusé de s’aventurer sur certains sujets lors de la présidentielle, estimant que "ça n’intéressait pas les Français". L’épée de Damoclès qui plane ainsi sur nos têtes saura-t-elle lui faire comprendre le poids de sa responsabilité ? Quitte à ce que cette union centrale qu’il souhaite de tous ses vœux ne le place pas justement au Centre, pour les raisons expliquées plus haut ? Et si tout l’enjeu de cette union était simplement l’orgueil de Monsieur Bayrou ?

 

Publié sur le Nouvel obs - Le plus, le 17 mars 2013

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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 10:15

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA)

Jean-Louis Borloo le 06/09/2011 (WITT/SIPA)

 

Arrivée dans la politique française fin juin, l’UDI ne cesse d’intriguer. François Bayrou qui se croyait seul au centre, et qui n’avait eu de cesse de minimiser les extravagances de Jean-Louis Borloo, trop velléitaire à son goût, a même dû se rendre à la raison : le président du parti Radical avait réussi son coup. Si l’OPA du centre n’est pas encore effective, disons que la greffe est sur le point de prendre. Et le MoDem de voir ses membres partir, les uns après les autres quand le Nouveau Centre, la Gauche Moderne, le CNIP, Alliance Centriste, Force européenne démocrate, Territoire en Mouvement, et même un député de Debout la République n’ont pas su résister au chant de la sirène Borloo.

 

Borloo rajoute de la complexité à la complexité

 

La galaxie centriste est complexe, et l’arrivée de l’astre UDI n’ajoute qu’une ligne de plus à la complexité du système. Et le plus surprenant, c’est que les centristes eux-mêmes ne sont pas bien sûr de savoir ce qu’il propose exactement. A l'heure où le parti n'existe pas encore mais qui entend d'ores et déjà composer un "shadow cabinet", une visite guidée s’impose.

 

Le 18 septembre dernier, quelques jours avant les ouvertures des journées de rentrée du MoDem, Jean-Louis Borloo grille la politesse à François Bayrou et prend toute la couverture médiatique à lui, en lançant officiellement l’UDI, avec une série de ralliement pour le moins impressionnant : au total, ce ne sont pas moins de 30 députés, 31 sénateurs, 5 députés européens (groupe PPE), 105 conseillers régionaux, la présidence de 9 conseils généraux, sans compter les maires de grandes villes tels que Arras, de Valenciennes, de Bayonne, de Bures-sur-Yvette, de Faches-Thumesnil ou encore de Deauville. À vous donner le vertige.

 

En ce sens, l’UDI se veut l’exact inverse du MoDem, à savoir une armée d’élus de terrain. D’ailleurs, le pacte des fondateurs ne s’en cache pas : "Plus que toute autre formation, nous devons valoriser et nous appuyer sur les élus territoriaux."

 

Mais au-delà du CV copieusement rempli, qu’ont en commun tous ces élus ? L’analyse pourrait nous préciser quelques directions. Pour autant, à l’exception notable d’une "europhilie" exacerbée, que retenir des valeurs exprimées que bon nombre de partis appartenant au champ républicain pourrait épouser sans sourcilier : "la République, le respect de l'autre, l'écoute et le dialogue, la place des corps intermédiaires, la tolérance, la justice et l'équité, encourager la responsabilité et le mérite, valoriser les ressources humaines" ?

 

Un centre... à droite

 

Tout juste, l’UDI parvient-elle à éclaircir ce que les Français ont toujours demandé au MoDem, ne comprenant visiblement pas son statut indépendant : l’UDI est "une formation politique totalement indépendante et positionnée au centre droit, car l'indépendance n'est pas l'isolement." Un centre, à droite en somme. 


Logique, douce logique, que ta loi est tordue quand elle se recentre. 

 

Un parti du centre, placé donc à droite, et qui est composé d’une armée d’élus : les amoureux du teasing seront à coups surs séduits mais il n’est pas bien sûr que l’on puisse exactement savoir ce que l’UDI recouvre, si ce n'est une résurgence de l'UDF. Tout juste a-t-elle réussi son entrée médiatique, poussant François Bayrou à la reconnaître, jusqu’à appeler de ses vœux à la réunion des centres. Une précipitation bien surprenante quand on en sait aussi peu d’une nouvelle formation, à l’exception des personnalités qui la composent et que le président du MoDem appelle à la tolérance en respectant que l’on puisse ne pas vouloir se circonscrire au centre droit.

 

Sans plus attendre le congrès fondateur du 21 octobre, j’ai voulu en savoir davantage et j’ai eu la chance de rencontrer cette semaine Jean-Noël Verfaillie, secrétaire général du Parti Radical Valoisien, et donc proche de Jean-Louis Borloo, à qui il affirme avoir composé le fameux calcul qui avait fait du fondateur de l’UDI un pro du stand-up, attaché parlementaire de Dominique Riquet, député européen dans le cadre d’une réunion des jeunes centristes à Lille.

TSCG : le sketch de Jean-Louis Borloo à... par LeLab_E1

L'UDI, pas vraiment porté par des valeurs et un projet

 

Le jeune homme, qui est passé par l’UMP, explique malgré une affiche derrière lui qui regroupe tous les logos des partis qui l’ont rejoint, que l’UDI n’est pas une confédération mais est un parti. La nuance est d’importance car il n’est pas bien sûr que chacun, même chez les initiés, l’avaient entendu ainsi en juin.

 

Sémillant et pédagogue, il a commencé par expliquer son travail à Bruxelles, dessinant les contours d’un projet européen que l’UDI entend porter, et qui revendique fièrement une Europe fédéraliste, qui abandonnerait sa souveraineté nationale ce qui, à l’en croire, augmenterait la souveraineté citoyenne.

 

Un projet qui, s’il ne peut qu’intéresser l’Européen convaincu que je suis, me laisse dubitatif quand on sait que François-Xavier Villain qui fut vice-président de "Débout La République", le parti de Nicolas Dupont-Aignan, et qui n’est pas connu pour un européanisme forcené, a rejoint ses rangs. De même que le CNIP, le Centre national des indépendants et des paysans qui a fait notamment liste commune, justement, avec Debout la République lors des régionales…

 

Mais au-delà de l’Europe, Jean-Noël Verfaillie parle de la future UDI pour en définir clairement les contours. Ce parti se place clairement à droite d’un échiquier politique, refusant toute alliance avec le PS qui travaille main dans la main avec le Front de gauche (sic), et ce malgré la décision d'appeler du bout des lèvres à voter les emplois avenirs. Ainsi, pour les européennes de 2014, l’UDI aura vocation à se ranger dans le PPE (parti populaire européen, la droite de l’Assemblée), d’autant plus volontiers, que, précise-t-il, le groupe majoritaire pourra en 2014 décider à lui tout seul qui présidera la Commission européenne. Et le jeune homme de se réjouir sans pudeur de cette influence sur le pouvoir non négligeable.

 

Mais les européennes semblent donner du chagrin au jeune homme, qui explique, peiné, que le scrutin de liste risque de poser des problèmes car la déroute législative de la droite en juin dernier imposera de "recaser tous les losers" au détriment de députés compétents. Le propos a le mérite de la sincérité mais indique clairement une donnée fondamentale et que le pacte fondateur révélait en filigrane : l’UDI a vocation à être avant tout partisan, avant d’être un vecteur d’idées et de valeurs.

 

Ceux qui l'ont rallié respectent-ils le "pacte" ?

 

Et l’examen précis de ceux qui s’abritent déjà dans l’arche de Borloo ne résiste pas à ce constat implacable :

 

Alors que le pacte fondateur prône sans ambigüité "la République, le respect de l'autre, l'écoute et le dialogue, la tolérance, la justice et l'équité", comment accepter qu’Edouard Fritch puisse expliquer au sein de l’Assemblée nationale, le ventre même de la République, que "le christianisme est devenu une valeur de la société polynésienne" et que "la laïcité n’a pas la même prépondérance que dans l’hexagone" ?

 

Comment accepter que Jean-Christophe Fromantin ait annoncé qu’il préférait, en sa qualité de maire, s’en référer à sa liberté de conscience, plutôt que de faire appliquer une loi si elle venait à être votée, lui qui est représentant du pouvoir exécutif (et législatif par la même occasion depuis juin) ? Le maire de Neuilly qui n’est pas un simple "rejoignant" puisqu’il a été catapulté vice-président de l’UDI, responsable du projet politique du parti ! Lui qui entend ne pas respecter la loi ! Troublant projet.

 

Comment accepter que l'UDI puisse accepter les valeurs prônées par le CNIP, quand son président, le député-Maire de Chôlet, Gilles Bourdouleix, a apporté, au nom de son parti son "total soutien" à François Lebel maire du 8e arrondissement de Paris, pour qui homosexualité, inceste, pédophilie, consanguinité et polygamie sont du même ordre ?  Le CNIP ce fameux parti républicain, qui fit alliance en 1986, lors des législatives, avec le Front national de Jean-Marie Le Pen...

 

Car si l’UDI entend se placer à droite, qu’a-t-elle d’autres à apporter si ce n’est que faire barrage aux dérives extrémistes qui avaient causé en grande partie la rupture du Parti radical avec l’UMP ? Mais quelle légitimité accorder à un barrage lui même gangréné par des valeurs brunes ?

 

Quelles ambitions pour l'UDI ?

 

Comment en outre proposer une politique claire et franche, quand vos composantes ne composent pas la face d'une même pièce ? D'ailleurs l'affaire des "emplois d'avenir" annonce déjà la couleur de la gabegie annoncée quand il explique : "Cet après-midi, nous allons tous voter le texte des emplois d'avenir, en tout cas il n'y aura aucun vote négatif et la très large majorité des députés UDI voteront pour." 

 

Mais où veut réellement en venir l'UDI, qui semble davantage tenir à la personnalité rassembleuse de Jean-Louis Borloo qu'à des valeurs et un projet communs ? Où en est Borloo lui même quand on ne sait plus très bien si sa véritable rupture avec l’UMP provient d'une divergence de vision ou de la déception de ne pas avoir été nommé Premier ministre ?  

 

Les utopistes rêveront d'être calife à la place du calife, et Jean-Noël Verfaillie en parla à Lille, histoire de donner du rêve aux troupes.

 

Les plus pragmatiques, ou les plus cyniques, c’est selon, espéreront tout simplement peser suffisamment pour monnayer leur poids électoral.Sempiternelle légende de la politique, qui a l'outrecuidance de mettre en scène les mêmes personnages.

 

Car s’il est une chose qui est certaine, c’est que si l’UDI regroupe des personnalités sincères, et soucieuses de défendre un projet ambitieux, il y en d’autres, bien d’autres qui se revêtissent des oripeaux du centrisme, mais Tartuffe, cachent en eux l’adage selon lequel leurs futurs portefeuilles valent toujours plus que vos valeurs.

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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 10:00

François Bayrou lors de l'université d'été du Modem, à Guidel, le 28 septembre 2012 (GUMEZ/SIPA)

François Bayrou lors de l'université d'été du MoDem, à Guidel, le 28 septembre 2012 (GUMEZ/SIPA)

 

Traditionnellement, les universités de rentrée du MoDem fleurent toujours des lendemains qui chantent. Que ce soit celles de Seignosse qui en 2007 marquèrent la naissance du Mouvement démocrate, dans un puissant souffle d’espoir ou bien celles de 2011 à Giens qui annonçaient la présidentielle à venir. L’édition 2012 ne ressembla en rien aux précédentes. Quand 600 à 800 adhérents se réunirent à Guidel en Bretagne (contre 2000 habituellement), Jean-Luc Mélenchon transformait l’essai dans les rues parisiennes, avec une manifestation qui a réuni plusieurs dizaines de milliers d’opposants au traité européen. Sans oublier le hors-cadre politique avec l'interpellation spectaculaire de Nikola Karabatic...

 

Lavage de linge sale en public

 

Mais au-delà de cette transparence médiatique, ces universités de rentrée resteront surtout celles du règlement de compte organisé le samedi soir en séance plénière et à laquelle, à la surprise de bon nombres d’adhérents, furent conviés les journalistes, tout heureux d’assister à ce lavage de linge sale que l’on réserve traditionnellement aux cercles familiaux à huis clos. 

 

 

Il faut dire que le moment était attendu. Les ateliers s’égrainèrent entre vendredi après midi et samedi soir sans qu’il ne soit question de la seule problématique qui occupait l’esprit des militants du MoDem : quel avenir pouvait-on envisager pour le parti centriste à l’heure où l’UDI est sur le point de réussir l’OPA de la décennie ? Les coulisses et les discussions informelles n’étaient obsédées que par cela.

 

Samedi soir donc, aux alentours de 19 heures, la séance débuta. Ne manquait le divan à en croire militants :

 

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ou bien encore les journalistes :

 

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Sur place, les intervenants se succédèrent un à un pour parler. De tout, de rien. Leur reproche. Leurs espoirs. Leurs volontés. Chacun y allant de bon cœur. Il faut dire que, depuis 5 ans, et l’enchaînement incessant et obsédant des défaites, qui vit le MoDem partir de presque 7 millions de voix et plus de 50.000 adhérents en 2007 pour aboutir à dix fois moins 5 ans plus tard, personne n’avait pu véritablement parler et oser parler. Parce qu’il y avait toujours la prochaine élection à construire.

 

Des militants déçus

 

Mais aussi et surtout parce que toute la stratégie du mouvement n’avait qu’un objectif, unique, et admis de tous : le destin présidentiel de François Bayrou. Toutes les échéances électorales furent ainsi minorées, improvisées avec amateurisme, occultant que le succès présidentiel se construit sur une armée d’élus.

 

Alors, chaque été, il ne fallait surtout pas tomber dans la sinistrose pour ne pas enrayer le nouvel élan à venir. Municipales 2008, européennes 2009, régionales 2010, cantonales 2011, présidentielles et législatives 2012 : un calendrier démentiel qui empêchait toute réflexion.

 

Septembre 2012 arrive donc à point nommé. Avec, à venir, plus de 20 mois sans scrutin. Une aubaine pour celui qui pense à construire ou reconstruire.

 

Alors les reproches tombent. Les regrets se dévoilent. Et l’animosité finit parfois par électriser l’atmosphère.

Les déroutes sont passées au crible sans concession :

 

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Les discours de nos cadres jugés avec sévérité :

 

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Capitaine abandonné

 

Et les appels se multiplient en toute contradiction, la salle se séparant en deux camps, fidèle à la fracture que connaît aujourd’hui le MoDem : ceux qui, dans le sillon de Jean-Marie Vanlerenberghe présent dans la salle, souhaitent que le MoDem rejoigne l’UDI, et se recentre à droite (sic) et ceux qui, dans celui de Jean-Luc Bennahmias, se revendiquent de la majorité présidentielle quand celle-ci n’a pas besoin de nous. Et François Bayrou, au centre, qui proclame indépendance et liberté, mais qui oublie qu’en capitaine abandonné, sa voix ne porte plus et ne peut plus influer.

 

Pour autant, l’on attend alors de François Bayrou, ou des cadres du Mouvement des réponses. En vain. Dans la salle, on s’étonne et s’impatiente. De réponses, il n’y en aura point encore :

 

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Le spectacle est effarant pour ceux qui, sur place ou à distance, le suivent : François Bayrou ne dit mot et regarde impassiblement les adhérents se contredire et s’entre-déchirer. Expliquer que la comédie a assez duré. Démontrer que leur cohabitation n’est plus possible. Au point de laisser transparaître sur les réseaux sociaux des animosités que l’on croyait réservées à des opposants politiques :

 

Capture d’écran 2012-10-30 à 11.02.09

 

Non, c’est bien au sein du MoDem que l’on ne se comprend plus. Que l’on explique tout simplement, avec toute la sincérité de ceux qui ont tant cru à cet idéal, que l’on ne peut plus continuer d’aller sur la même route avec des itinéraires qui défient les points cardinaux.

 

Alors François Bayrou allait-il ENFIN comprendre ? Allait-il enfin venir à bout de sa cécité pour voir que le point de non retour était arrivé, qu’il fallait à présent trancher ? Que nenni.

 

Capture d’écran 2012-10-30 à 11.02.16

 

Le pâtre demanda à ses brebis de rester groupées et s’enorgueillit de cette franche discussion comme seule la famille centriste ose le faire. Mais que valent ces "discussions" quand on approche du divorce ? François Bayrou fait mine de rien, persistant à dire que l’on peut penser différemment et vivre ensemble, fidèle à l’adage dont il est si fier quand, à la tribune de la création de l’UMP en 2002, il osa dire, malgré les huées et les quolibets : "Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien."

 

Pourquoi tant d'obstination ?

 

Seulement voilà, François Bayrou a oublié qu’il ne s’agit pas de pensées différentes qui pourraient être complémentaires. Il est question de directions contradictoires qui voient l’une soutenir le gouvernement Ayrault, quand l’autre entend entrer en opposition considérant qu’elle ne peut travailler qu’avec la droite.

 

Comment peut-on faire vivre sous le même toit des familles qui se disputent même les murs porteurs ? Au nom de quoi ? D’une sémantique qui permet à chacun de se protéger sous le si pratique vocable "centriste" ? Dans un mouvement, il est important d’être vigilant sur les valeurs qui rassemblent mais il est essentiel, sinon vital de l’être sur celles qui séparent.

 

Pourquoi cette obstination chez François Bayrou ? Sans doute peut-on relire les propos, un peu acides certes, de Maurice Leroy, cité dans "Bayrou l’obstiné" de Rodolphe Geisler, paru au printemps dernier :

 

"Il m’a fallu beaucoup de temps pour comprendre son système. En fait, je n’ai compris qu’après 2007 que François Bayrou ne voulait pas d’un vrai parti politique. Dans les autres partis, il y a de vrais bureaux politiques, de vrais conseils nationaux, etc. Pas chez Bayrou. Chez lui c’est la démocratie hall de gare. Il a conceptualisé le bordel. Comme ça, il garde le pouvoir. Et le candidat, c’est toujours lui !"

 

Et si le véritable problème, en effet, était bien cela ?

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 09:56

François Bayrou, lors du Conseil national du MoDem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA).

François Bayrou, lors du Conseil national du Modem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA)

 

La rentrée de François Bayrou était très attendue. Alors que l'université de rentrée du Modem se déroulera du 26 au 28 septembre à Guidel, le Président du Modem a tenu à briser le silence, quelques jours auparavant, contrairement à ce qu’il avait laissé entendre en juillet quand il avait expliqué qu’il avait tout dit et qu’il resterait à présent en retrait. La faute à l’UDI et à Jean-Louis Borloo, qui n’en finissent plus de prendre place dans l’univers centriste. À tel point que dimanche, au micro de Jean-Pierre Elkabbach, François Bayrou le reconnut… quitte à renier ce qu’il pensait il y a quelques mois :

 

"Il y a deux mouvements principaux maintenant du centre : y a cette organisation du centre droit qui est en train de se mettre en place et y a nous qui sommes, qui portons l’idée d’un centre indépendant."

 

François Bayrou, invité du Grand Rendez-vous sur... par mouvementdemocrate

 

Bayrou opère un surprenant revirement

 

Étonnant quand on sait que le président du Modem n’avait eu de cesse, notamment au cours de l’automne dernier avant que le velléitaire Borloo ne renonce à la présidentielle, de répéter à l’envi que le centre ne pouvait être ni de droite, ni de gauche et que l’on ne pouvait être du centre si l’on estimait que l’on ne pouvait travailler qu’avec l’une des deux formations. Et cette pensée revient d’ailleurs à lui telle une fulgurance, sans qu’il ne prenne conscience qu’il se contredisait d’une minute à l’autre : "Si vous dites le centre est d’un côté ou de l’autre, il n’y a plus de centre."

 

Comprenne qui pourra. Car il ne faudrait pas compter sur le silence qu’il s’est imposé dans sa Tour d’Ivoire, tel Alfred de Vigny, pour espérer une quelconque remise en question. Le Béarnais réaffirme qu’il a eu raison, qu’il a dit la vérité, même quand les urnes l’ont contredit et de quelle manière.

 

Argumentant sa conviction à grands coups de citations, qu’il prend tant de soin à choisir, davantage encore qu’à préparer clairement le fond de sa pensée quand il prépare ses discours, à en croire de nombreux proches qui l’ont accompagné de meetings en meetings pendant la présidentielle de 2012 : "Je ne crois pas qu’une défaite signifie une erreur. Pierre Dac disait autrefois : 'c’est pas parce que les gens qui se trompent sont plus nombreux qu’ils ont davantage raison'".

 

Voyez avec quelle fierté, voire avec quelle arrogance penseront certains, François Bayrou refuse de reconnaître ses erreurs. Et il en va au micro d’Europe 1, comme au Conseil national. Tôt ou tard le monde reconnaîtra qu’il avait raison...

 

Et ce, même si son discours de vérité cachait avec tant de mal des insuffisances. Comme par exemple ce "produire en France" qu’il n’entendait mettre en œuvre qu’avec un simple label. Comme ce retour de l’autorité à l’école, avec seulement la fermeté de le dire pour l’imposer. Comme cet arrêt brutal de campagne à partir de mi-février en estimant qu’il fallait attendre que Nicolas Sarkozy entre en campagne alors qu’il chatouillait les 15%...  se privant d’une équité de temps de parole qui lui manqua tant quand chaque seconde furent comptées dans les médias à son retour en meeting.

 

L'obligation de prendre l'UDI en compte

 

A la vérité, ces louvoiements ont une explication rationnelle. François Bayrou ne peut plus faire comme si l’UDI n’existait pas. La confédération voulue notamment par Jean-Louis Borloo, Jean-Christophe Lagarde et Jean Arthuis prend forme à présent et nul ne peut le nier, que l’on soit en accord ou non avec sa stratégie qui s’inscrit clairement dans une alliance à droite.

 

Et ce même si François Bayrou a refusé d’admettre que des cadres du Modem l’avaient quitté. Mauvaise foi quand tu nous tiens : rien que dans le Nord-Pas de Calais, on compte Jean-Marie Vanlerenberghe, sénateur, Olivier Henno, maire de St André, et tous deux membres du bureau exécutif du MoDem, et enfin Frédéric Leturque, maire d'Arras et qui affirme ne pas regretter Bayrou.

 

Toujours est-il que, craignant l’isolement, et refusant de choisir une stratégie claire, alors que de nombreux militants le réclament, ne supportant plus cette obscure clarté qui semble animer le président du MoDem, François Bayrou a décidé de satisfaire tout le monde. En refusant par exemple de trancher les cas de ceux qui ont déclaré vouloir quitter l’UDI alors que le mouvement interdit le double encartage.

 

Mais aussi et surtout, en tendant clairement la main ce dimanche à Jean-Louis Borloo : "Faisons le ensemble. (…) Le centre sera uni quand tout le monde aura sa place sans être renié."

 

La proposition est sibylline, et les militants du MoDem durent réécouter plusieurs fois l’interview pour s’accorder sur la position qui allait être la sienne.

 

Cohabitation des sensibilités centristes : une utopie ?

 

François Bayrou veut bien unir les centres à la condition que toutes les sensibilités puissent cohabiter ensemble. Et qu’ainsi, Jean-Luc Bennahmias continue de se revendiquer de la majorité présidentielle, pendant que Borloo et ses amis, rejoints notamment par Eric Azière, estiment qu’on ne peut faire alliance qu’avec la droite. Tout en ayant Bayrou qui ne préconise aucune alliance.

 

Et enfin avec Olivier Henno qui a voté Hollande, participé à une coalition avec Martine Aubry depuis 2008 dans la Communauté Lilloise, proposant même d’être le candidat de la majorité présidentielle aux législatives de juin dernier, et qui finalement estime qu’il n’a jamais cru à l’indépendance du MoDem au dernier Conseil départemental et que finalement il n’y a qu’à droite que le centre peut travailler et exister.

 

Ce n’est plus l’auberge espagnole. C’est le marché aux puces !


Dans ces conditions, la proposition de François Bayrou a laissé plus d’un militant dubitatif. Ne serait-ce que parce qu’elle a été formulée de manière unilatérale sans aucune concertation de sa base, et ce alors qu’un grand rassemblement aurait pu poser la question de manière sereine quelques jours plus tard.

 

Mais aussi parce que certains élus Modem sont dans des majorités municipales de gauche, comme à Lille, et qu'il leur est invraisemblable de travailler avec ceux qui considèrent le PS comme un opposant systématique. Une vision pavlovienne qui entre en profonde contradiction avec le MoDem qui refuse de déconsidérer un projet sous le fallacieux prétexte qu’il vient du camp d’en face.

 

Enfin et surtout parce que l’UDI abrite des personnalités qui n’ont pas nécessairement des valeurs communes avec le Modem. Comme Edouard Fritch qui, dans  le cadre de l’ouverture du mariage aux homosexuels, a estimé dans un discours prononcé à l’Assemblée nationale que "le christianisme est devenu une valeur de la société polynésienne” et que "la laïcité n’a pas la même prépondérance que dans l’hexagone”. Comme Jean-Christophe Fromantin qui, lors de l’affaire du Piss Christ, avait estimé sur Itélé que l’on avait pas le droit de blesser les croyants et donc de blasphémer, et qui a affirmé vouloir garder sa liberté de conscience en tant que maire si la loi sur mariage des homosexuels venait à être votée.

 

Et que dire de la participation du CNIP à l’UDI, ou encore de François-Xavier Villain, vice-président de Debout la République en 2009, qui a fait du rejet de l’Europe une pierre d’angle de son programme ?

 

Cette union n’a en réalité qu’un point commun à faire partager : celui du vocable "centre" dont tout le monde se revendique. Et l’on ne construit pas une vision politique autour d’une question de sémantique.

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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 09:45

Des militants MoDem lors d'un meeting de François Bayrou le 25 mars 2012 à Paris (CHESNOT/SIPA)

 Des militants MoDem lors d'un meeting de François Bayrou le 25 mars 2012 à Paris (CHESNOT/SIPA)

 

L’été a déjà fait son œuvre. Les corps et les esprits ragaillardis par les rayons de soleil se rassemblent, comme chaque année pour la rentrée politique. Procession rituelle qui oscille, sans jamais trancher, entre l’envie de faire de l’image, lisse et belle à déguster sur papier glacé, et celle de faire entendre sa voix pour ouvrir de nouvelles discussions. Eternel débat entre ceux qui veulent nettoyer leur linge sale en famille et ceux qui osent, au moins durant la trêve que représente ce moment, exposer des problématiques qui font diverger les pensées sans séparer l’essentiel de ce qui les regroupe.

 

La guerre des maux

 

Europe Ecologie - les Verts ne s'est jamais posé la question. Leurs débats n’ont toujours eu d’internes que le nom. Chacun, libre de sa parole, évoque son point de vue, son analyse de la situation, son ressenti face aux performances de leur part. Sans censure. Quitte à le faire imprudemment, même pendant les périodes électives. Les autres s’en réjouissent, se gaussent et les raillent, préférant les éléments de langage qui, à vouloir tout polir, finissent par ne plus rien dire. Langue de bois, réjouis-moi.

 

Cette semaine, pour le tenue des journées d’été d’EELV, les médias ont tout particulièrement tenu à mettre en exergue la guerre des maux entre Daniel Cohn-Bendit, trublion devant l’éternel, et Eva Joly, candidate malheureuse à la dernière élection présidentielle, qui semble davantage dénoncer un bashing à son égard, plutôt que de faire sa propre autocritique.

 

Pourtant, il est une tribune plus discrète, publiée dans  "Libération", que l’œil du conseiller national MoDem que je suis, a trouvé autrement plus intriguante. Sous le titre "Démocrates et écologistes, à quand le premier dialogue ?", Christine de Crémiers, ancienne vice-présidente du MoDem Paris et membre à présent du conseil d’orientation politique d’EELV semble appeler de ses vœux une collaboration entre les forces du centre et celles de écologistes.

 

Pourtant, au-delà de la querelle de personnes qu'engendrera la proposition d'un ancien membre de l'équipage qui a quitté le navire quand le MoDem commençait à prendre l'eau pour rejoindre des ponts plus accueillant électoralement parlant, il convient tout de même de se pencher sur cette possibilité. Surtout à un moment où le bipartisme se partage avec vorace gourmandise tous les pouvoirs de l’exécutif et du législatif, presque sans partage, laissant au seul FN la possibilité de voir la politique autrement. Hérésie républicaine.

 

Dans sa tribune, l’actuelle membre du conseil d’orientation politique d’EELV rappelle qu'"écologistes et démocrates ne se sont presque jamais parlés", expliquant :

 

"Beaucoup de valeurs les rapprochent. Pourtant, les démocrates issus de l’ancienne UDF et les écologistes, aujourd’hui presque tous rassemblés dans EELV, ne se fréquentent pas. Un certain nombre de barrières ont empêché leur rencontre."

 

Au rang des valeurs communes, l’ancienne vice-présidente du MoDem Paris cite pêle-mêle une attirance pour la décentralisation, la méfiance vis-à-vis de l’Etat jacobin, la dénonciation de la dette (qu’elle soit financière ou écologique, précise-t-elle tout de même) que l’on fait peser sur les générations à venir, celle de la déviance ultralibérale…

 

À l’inverse, elle tente de définir deux barrières : la première, sociétale, explique que  "la droite modérée, surtout version chrétienne démocrate" considère trop souvent l’écologiste comme un "hippie des années 60, irresponsable utopiste aux mœurs dissolues", tout en précisant que l’évolution des mentalités notamment sur l’homosexualité ou l’égalité hommes/femmes avait, en partie comblé le fossé. La seconde, économique, rappelle avec justesse que les tenants de la décroissance s’accommodaient assez mal des visées de ceux qui préféraient canaliser le capitalisme. Même si Christelle de Crémiers se veut optimiste sur ce dernier point, assurant en Cassandre que la Chine et l'Inde précipiteront " le choc pétrolier final".

 

Des interrogations communes

 

Enfin, d’un point de vue politique, elle montre que les deux courants "se posent les mêmes questions existentielles au moment où ils doivent prendre la décision douloureuse de s’allier avec un des deux grands partis pour avoir des élus. Ils savent que toute alliance réduit la qualité démocratique et la production d’idées nouvelles, mais ils savent aussi que, pour faire vivre leurs idées, un réseau d’élus et un groupe parlementaire sont nécessaires."

 

Aussi séduisante que soit la proposition de Christelle de Crémiers, et que beaucoup au MoDem, parmi les anonymes actifs qui participent à la vie du Mouvement, sans nécessairement être entendus du haut de la pyramide, impassible, partagent depuis de nombreuses années, il semblerait pourtant que l’ancienne vice-présidente du MoDem Paris ait omis quelques aspects qui semblent rendre la tâche plus ardue qu’elle ne semble l’envisager (et la rumeur qui court, qui court à Paris depuis juillet d’un rêve à deux entre Bayrou et Cohn Bendit pour les Européennes de 2014 n’y est sans doute pas pour rien).

 

D’une part, quand il s’agit de réconcilier, ou plutôt de réunir les deux courants, il faudrait tout de même savoir de qui l’on parle. Christelle Crémiers prétend ainsi que les écologistes sont "aujourd’hui presque tous rassemblés dans EELV". Affirmation péremptoire qui est au moins doublement suspecte. Il existe d’autres écologistes, qu’ils soient indépendants (et Nicolas Hulot sait ce que cela lui aura coûté) ou bien qui n’aient pas réussi à se greffer comme CAP21 (Et Corinne Lepage sait aussi ce que cela lui aura coûté).

 

Quelle représentativité ?

 

Par ailleurs, une question reste fondamentale : combien de militants se sentent-ils représentés par les députés ou leur ministre qui ont bénéficié d’un accord sur lequel le mouvement écologiste aura tant perdu sur le fond, pour s’enorgueillir de la forme ? Se sentent-ils encore comme militants d’EELV ou plutôt, et c’est sans doute la question qui fâche le plus, considèrent-ils Duflot et consorts comme faisant encore partie de leur formation politique ?

 

De la même manière, Christine de Crémiers propose une définition pour le moins floue de ce qu’elle appelle "démocrates" et ce à plusieurs reprise dans sa tribune : "La droite modérée, dite orléaniste", "assemblés dans l’UDF, puis dispersés, les héritiers de la droite modérée", "démocrates, se sont répartis dans plusieurs formations politiques de la droite et du centre, le Modem, le Nouveau Centre, l’Alliance centriste, le courant centriste de l’UMP, le PRV". Droite orléaniste ? UDF ? Héritier de la droite modéré ? Alliance Centriste ? Nouveau Centre ? Courant centriste (sic) de l’UMP ? Autant de noms de baptême que je récuse, en ma qualité de conseiller national du MoDem. Une énumération qui se veut exhaustive, sans doute pour ne froisser personne, mais qui ressemble à une auberge espagnole qui abrite tout et son contraire, jusqu’au plus improbable des bonimenteurs venus refourguer sa camelote.

 

Qu’on se le dise : le "démocrate" en France était, jusqu’en 2012, cette force insufflée par François Bayrou, qui s’inscrivait dans l’indépendance et l’autonomie face au bipartisme pour proposer une vision "apartisane" de la politique française, fixant ses valeurs et ses objectifs non autour de dogmes impénétrables (le salarié ou l’entreprise, la finance ou la décroissance, la production ou le dialogue social), mais autour d’une seule obsession : sert-elle avant tout les citoyens ?

 

Jusqu’en 2012… Car la problématique du MoDem était circonscrite à la réussite présidentielle de son leader. L’échec de 2012 sonne donc la fin de cette volonté d’indépendance. Et aujourd’hui la question qui se pose pour les militants du MoDem est la même que celle que se posent les Verts : il y a ceux qui s’obstinent à l’indépendance quand le verdict du bipartisme a sommé un jugement sans concession quitte à se résoudre à ne jamais être en position d’agir en élu, il y a ceux qui veulent garder leur indépendance mais travailler à gauche, leur alter ego mais à droite, ceux qui veulent faire revivre l’UDF, quand les parcours de chacun ont varié à l’infini y compris sur l’échelle des valeurs. Une mère n’y retrouverait plus ses petits… Sauf François Bayrou qui entend, pourtant, être le garant de chacun, et qui prétend que l’on peut s’abriter sous le même toit quand tous les membres de cette famille se disputent jusqu’aux murs porteurs…

 

Les militants "démocrates" ont au moins ce point commun avec les écologistes : ils ne savent plus où ils en sont. Sauf que leurs leaders ont choisi Hollande plutôt que Nicolas Sarkozy. Au-delà de ce choix qu’ils partagent en effet, l’imbroglio est total, la tête de chacune des deux formations étant au moins autant supportée que contestée.

 

Mais au-delà de ce désordre, qui n’est que la conséquence du bipartisme cannibale et qui laisse une alternative peu satisfaisante aux autres, à savoir participer et renoncer à son identité, ou faire vivre ses valeurs et ne plus exister, quid des valeurs qui nous séparent, écologistes et démocrates, et que semble occulter Christelle de Crémiers ?

 

Quels objectifs ?

 

EELV regrette-t-il de ne pas avoir voté la loi contre les signes ostentatoires à l’école en 2004 ou contre la dissimulation du visage dans l’espace public en 2009 ? Dans la même veine, veulent-ils toujours faire du multiculturalisme la réponse à nos impasses républicaines plutôt que de proposer l’universalisme, ce qui implique un combat sans concession contre le communautarisme et l’intégrisme ?

 

Dans un autre domaine, les Verts continent-ils de voir en Mérieu l’homme qui a tout compris à l’école ? De prétendre que l’école française est élitiste ? Trop concurrentielle ? Que l’école est un lieu de vie ?

 

Les Verts continent-ils de penser qu’il faudrait supprimer le 14 juillet ? Que la dépénalisation du cannabis est la seule manière de lutter contre ce fléau ? Et quid du nucléaire ?

 

La liste serait longue encore s’il l’on voulait s’astreindre à l’exhaustivité. Vouloir travailler ensemble, autour de valeurs communes, et écologistes et démocrates en possèdent, n’est pas dénué de sens. Assurément. Mais quid de nos différences qui semblent si profondes ? Avec quels objectifs : réfléchir ou gouverner ? Critiquer ou mettre les mains dans le cambouis ? Et surtout qui sont réellement ces écologistes ou ces démocrates ? Les bayrouistes ? Les Mamèristes ? Les Cohn-Benditistes ? Ou bien encore leurs détracteurs qui n’en veulent plus ? Ceux qui en veulent encore mais avec une autre stratégie ?

 

Autant de questions, si vastes et sans réponses, qui montrent que la réflexion peut évidemment se poursuivre. Mais que le jour où écologistes et démocrates, uniront leur force pour présenter un projet commun, n’est sans doute pas pour demain matin. Tant qu’ils ne sauront pas eux-mêmes qui ils sont et où ils vont.

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 09:39

François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 

Alors que l’été ensorcelle les citoyens en sommeil, en distillant ses (rares) rayons de soleil pour les plonger dans une torpeur méritée après une année si agitée, les vice-présidents du MoDem appliquent à la lettre les recommandations de leur chef. Au dernier Conseil national, le 30 juin dernier, François Bayrou leur avait passé le relais… Sans pour autant laisser vacante la présidence du mouvement contrairement aux rumeurs qui avaient circulé après sa défaite aux législatives :

 

"Les déclarations ne servent plus à rien : ce que nous avions à dire a été dit. Les Français l’ont acté qu’ils l’aient suivi ou pas. Mais désormais c’est le réel qui va trancher. Le réel qui va être plus éloquent que tous les discours. J’ai donc envie de ne plus être en première ligne pendant les mois qui viennent. Je ne sais pas combien de temps durera cette période. Je continuerai à exercer une fonction de président c’est-à-dire en charge des grandes orientations du Mouvement qui est le nôtre."

 

Et le Béarnais d’en conclure :

 

"Je demanderai aux vice-présidents d’assumer leur fonction de médiation, c’est-à-dire de présence en première ligne médiatique, car il va falloir que notre présence soit incarnée."

 

Pour autant, on attendait que les cadres du MoDem s’expriment sur les sujets qui ont agité la classe politique cet été, comme l’affaire des heures supplémentaires dont la fiscalisation a failli être rétroactive, le plan de licenciement de PSA, ou bien encore l’ouverture du mariage aux homosexuels sur lequel Dominique Bertinotti, secrétaire d’État déléguée à la famille, a reconnu jeudi 2 août sur Europe1 que le débat promettait d’être animé. Mais il n’en fut rien ou si peu.

 

Une question de survie

 

Au contraire, c’est sur la stratégie du MoDem que se répandent ceux dont on attendait du fond et qui finalement se singularisent sur la forme. Une vétille pour les Français. Une question de survie pour un mouvement qui a connu un échec retentissant lors des dernières élections légilatives, avec notamment la défaite de son créateur.

 

Le premier à lâcher les chevaux fut Robert Rochefort. Et quoi de plus normal quand on sait que l’homme a cru jusqu’au dernier moment que Jean-Marc Ayrault allait faire appel à lui pour composer son gouvernement. La rumeur dit même qu’il avait fait ses cartons dans son bureau de Bruxelles. En accordant un entretien au quotidien "La Croix", il n’a fait que reformuler ce qu’il avait déjà exprimé par ailleurs : il est disponible pour participer à l’action gouvernementale si jamais l’on voulait faire appel à lui, comme il l'explique lorsqu'on lui demande si le MoDem pouvait travailler avec François Hollande :

 

"La réponse est oui. Il y a suffisamment de questions importantes pour trouver des points de rencontre. C’est dans l’intérêt de la France que François Hollande élargisse son équipe. Nous sommes la première pièce politique disponible pour son élargissement. (…) Les possibilités sont là, il faut juste que François Hollande exorcise sa peur de mécontenter Jean-Luc Mélenchon."

 

On ne saurait être plus clair. Si clair que d’autres vice-présidents au MoDem ont peu goûté le met proposé par Rochefort, c’est le moins que l’on puisse dire. Jean-Marie Vanlerenberghe a même exprimé, avec la retenue rhétorique qu’il convient en pareille situation, histoire de ne pas faire croire que l’on lave son linge sale sur la place publique, un profond désaccord, et, bien au-delà un désengagement du mouvement dans un tel désir :

 

"J'appelle Robert Rochefort à plus de prudence : il ne peut s'exprimer qu'à titre personnel, notre dernier conseil national n'ayant jamais validé un rapprochement avec la gauche. Au nom du MoDem, je suis d'ailleurs en contact avec d'autres centristes pour, je l'espère, créer une formation politique libre et indépendante."

 

La situation pourrait désoler les militants du MoDem. Elle n’en demeurait pas moins inéluctable.

 

Le fameux conseil national auquel fait référence le sénateur et ancien maire d’Arras avait délivré les clefs à ceux qui avaient pu y assister. Dans son allocution liminaire et dans tous les discours qui suivirent, François Bayrou avait composé la problématique et éludé l’énigme :

 

"Réfléchissez aux alliances, je suis en accord avec cela. Est-ce que ces alliances doivent être dans un seul sens ? Alors on entendra des gens qui pensent que réellement il faut franchir le pas et aller à gauche, des gens qui pensent que maintenant il faut vraiment franchir le pas et aller à droite, on discutera, on débattra de ce sujet. Vous pensez bien que tel n’est pas mon sentiment. Abandonner notre idée que la bipolarisation est nuisible pour la vie politique française, me paraîtrait une faute à l'encontre de l’idée que nous nous faisons du pays. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’entendre."

 

Une équation impossible

 

Même si la démarche de Robert Rochefort, fidèle à celles de Jean-Luc Bennahmias, et Jean-Marie Vanlerenberghe, puisent leur vie dans la même sève, à savoir admettre que les vélléités maintes fois déclinées par le MoDem de créer une troisième voie libre et indépendante ont échoué – compte-tenu de nos institutions et de son calendrier –, comment peuvent-elles se coupler au sein d’une même formation ? Équation impossible, utopique même, à laquelle tente de se raccrocher François Bayrou.

 

Le président du MoDem a d'ailleurs balayé d’un revers toute tentative visant à contredire sa ligne politique, sa destinée :

 

"Mais moi tant que je serais vivant, je ne renoncerais pas à l’idée que notre courant politique n’est pas soluble dans l’un ou dans l’autre des deux camps."

 

Et l’homme du Béarn d’occulter les débacles électorales. Des péripéties à l’entendre :

 

"Moi, comme homme, je dis qu’il faut être de la race des de Gaulle et des Mendès et des Churchill et de ceux-là. Que ce qui compte, ce n’est pas tant l’intérêt, si c’était l’intérêt on avait autre chose à faire. Ce qui compte c’est : est-ce que tu es enraciné dans la vérité de ce que tu crois et de ce que le pays attend ? Alors, si tu es enraciné dans ce que tu crois, et dans ce que l’Histoire va imposer, alors va au combat, prends tous les risques, va jusqu’au bout et qu’est-ce que ça peut foutre après tout qu’électoralement, momentanément, cela soit une difficulté ? Qu’est-ce que ça peut faire ?"

 

Le verbe est haut. La tribune émeut provoquant alors un tonnerre d’applaudissement. L’envolée touche la grâce. Mais le politique n’atteint pas en pragmatisme, même pas de la pointe de la plume, le poète.

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont été de la chair à candidats, et j’en fais partie (j'étais candidat aux législatives dans le Nord), et qui se sont ramassés, faute d’un leader assez humble pour prendre son téléphone et expliquer qu’il allait soutenir Hollande ? On aurait dit : "il est passé à gauche" rétorque-t-il lors du même conseil national : la belle affaire !

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont cru que le MoDem voulait faire de la politique autrement ? Qui faisait qu’une idée n’était pas de droite ou de gauche mais qu’elle n’était que parce qu’elle était au service des Français ? Qui voulait redonner au citoyen sa force de décision politique en replaçant le Parlement à sa juste place, celle qui décide ?

 

Bayrou, l’éternel incompris 

 

 

À quel moment Bayrou a-t-il tout fait pour sanctifier l'élection présidentielle, la rencontre d’un homme et son peuple, renonçant à l’audacieux pari d’une Ve République, se réconfortant dans la promesse d’un destin qui tenait au mysticisme ? Tout, dans le programme du MoDem et dans ses valeurs, dirigeait Bayrou vers un régime parlementaire quand il n’a proposé, en guise de programme, que le gage de n’avoir été qu’un Cassandre soi-disant visionnaire. Un titre honorifique, point de programme en cette reconnaissance. 

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont travaillé au siège, et qui, au moment de faire les bilans, se sont faits remercier sans même que François Bayrou et Marielle de Sarnez n’aient daigné affronter de face la réalité de LEUR échec ?

 

Derrière l’ombre de président de MoDem se cache en vérité celle d’Alfred de Vigny chez François Bayrou. Sainte-Beuve avait décrit le poète, reclus seul dans sa tour d’ivroire, en philosophe reculé du monde, engendrant ses plus belles oeuvres. François Bayrou n’est pas différent. Philosophe face au sophiste Nicolas Sarkozy, il a fait jaillir de sa plume l’encre de la fureur dans la justesse, dénonçant comme aucun autre les affres de l’enfant barbare dans "Abus de pouvoir".

 

Mais l’homme est une hydre à deux têtes. Vigny laisse sa place à Mallarmé qui s’appitoie auprès d’Eugène Lefébure en juillet 1865 :

 

“Si tu savais quelle douleur j’ai quand il me faut délayer ma pensée et l’affaiblir, pour qu’elle soit intelligible, de suite, à une salle de spectateurs indifférents”.

 

Bayrou, l’éternel incompris. Trop supérieur pour le scutin universel. "Pour lui, l’idéal serait d’être nommé", me confiait récemment un collaborateur du mouvement. L’élu d’ailleurs choisi par le commun des mortels, le mystique n’en finit plus de dire, qu’un jour ou l’autre, le monde reconnaîtra qu’il avait raison :

 

"Désormais c’est le réel qui va trancher. Le réel qui va être plus éloquent que tous les discours. (…) C’est pourquoi la période de silence que je vais traverser avec plaisir dans les mois qui viennent, elle doit mis à profit pour approfondir, pour que les gens au fond se demandent si ce que nous auront à dire de l’avenir quand ils auront découvert que c’était nous qui disions la vérité."

 

Entre temps, le MoDem reste attaché à SA destinée, celle de son président, les tentatives de dépassement étant vite absorbées pour l'"intérêt commun". Prétexte pour museler tout le monde. Comme d’habitude.

 

Entre fan club et idéologie égocentrée, le MoDem s’abime et se déchire. Car il est une certitude, Monsieur Bayrou, ne vous en déplaise :  non, assurément non, dans de tels antagonismes, nous ne pourrons pas nous entendre. 

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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 09:31

Jean-Christophe Lagarde le 24 avril2007 à Paris pendant la campagne de François Bayrou (M. FEDOUACH/AFP)

 Jean-Christophe Lagarde le 24 avril2007 à Paris pendant la campagne de François Bayrou (M. FEDOUACH/AFP)

 

Voilà à présent que Jean-Christophe Lagarde, du Nouveau centre, membre de l’UDI à l’Assemblée nationale, veut créer un nouveau parti : Force européenne démocrate (FED). Ce mouvement aura vocation à participer à une confédération centriste menée par… Jean-Louis Borloo ! Une mère n’y retrouverait plus ses petits.

 

Rendu minoritaire aux élections législatives (un peu plus de 5% quand on additionne toutes les étiquettes), le centre n’en finit plus de se démultiplier à un rythme effréné. À tel point que, quel citoyen peut, en toute honnêteté, comprendre ce marais que représentent ceux qui se revendiquent du centre ?

 

L'identité multiple du centre

 

Il est temps de recomposer l’identité multiple que représente en 2012 une famille politique qui ne date pas de la IVe République mais d’un certain Mirabeau, comme le rappelle Jean-Pierre Rioux dans son ouvrage "Les Centristes".

 

- Le parti le plus connu du grand public, né des cendres de l’UDF après le congrès de Villepinte de décembre 2007 et qui fit voter la motion selon laquelle l’UDF devenait le "Mouvement Démocrate" (MoDem), est bien évidemment le mouvement fondé et présidé par François Bayrou en 2007. Comptant jusque 60.000 adhérents en 2007, ils étaient moins de 20.000 aux dernières consultations internes. Avec 3 députés, 4 sénateurs et 5 députés européens.

 

- Le Nouveau centre fut fondé en 2008 des mécontents du MoDem par Hervé Morin qui quitta François Bayrou, sitôt le 1er tour achevé, pour accepter un poste de Ministre auprès de Nicolas Sarkozy. Il put ainsi obtenir un groupe parlementaire bien qu’ayant recueilli 3 fois moins de voix que le MoDem aux législatives de 2007. Ce parti est davantage un parti d’élus que de militants puisqu’il n’a jamais compté plus de 8000 adhérents. Aujourd’hui il compte 12 députés et autant de sénateurs ainsi que 3 députés européens.

 

- Alliance centriste est un parti fondé en 2009 et présidé par Jean Arthuis, sénateur et qui s’est surtout construit sur une petite dizaine d’autres Sénateurs venant de l’ancienne UDF. Elle se veut le lien entre le MoDem que certains estiment le plus à gauche du centre et le Nouveau centre qui revendique par la voix de son Président de ne gouverner qu’à droite.

 

- Le Parti Radical valoisien créé en 1901, son président est Jean-Louis Borloo. On estime même que ses vraies origines remontent à la Monarchie de Juillet. Aujourd’hui il représente 12 députés, 7 sénateurs et 3 députés européens. Le parti s’est associé à l’UMP dès sa création en 2002.

 

- Et donc aujourd’hui, Jean-Christophe Lagarde entend fonder Force européenne démocrate. Lui qui fut en son temps président de Jeunes de l’UDF, avec la participation d’élus du Nouveau centre et d’Alliance centriste… Des élus qui ne se trouveraient pas représentés par Hervé Morin, à qui l’on reproche d’avoir voulu se présenter à l’élection présidentielle et en Jean Arthuis dont les tergiversations avec François Bayrou lui ont coûté très cher aux législatives puisque son parti n’a pas récolté les 1% dans 50 circonscriptions au minimum nécessaires pour obtenir des financements publics.

 

Deux labels

 

Autour de cette création, deux autres labels sont encore à expliquer : l’UDI, l’Union des Démocrates indépendants, qu’a lancé… Jean-Louis Borloo le 20 juin dernier et qui a permis de créer un groupe parlementaire revendiqué "centriste" à l’Assemblée nationale (et que n’ont pas rejoint les deux élus du MoDem) et une confédération des "centre droit" qui permettrait donc de fédérer toutes ces forces du centre et dont Jean-Louis Borloo – encore lui – serait le leader naturel.

 

Si l’on rajoute à cela Philippe Folliot, qui a soutenu François Bayrou pour 2012, tout en étant dans Alliance centriste de Jean Arthuis et qui appelle à présent à fonder un… autre parti (encore !) de Centre-droit, vous comprendrez aisément comment j’ai réussi l’exploit d'égarer autant de lecteurs en quelques lignes que le centre n’a perdu ses électeurs en moins de temps qu’il ne lui en faut pour se reproduire en partis.

 

Une guerre des ego ?

 

Cet amoncellement donne le vertige et l’impression que l’on se sert davantage de la politique pour soi. Or, la politique doit servir à quelque chose et surtout servir les Français. La guerre des centres serait-elle donc avant tout une guerre des ego ?

 

Pendant trois décennies, ce que l’on a appelé le centre, et qui se présentait, pour résumer, sous l’étiquette UDF, était un force d’appoint de la droite, un parti godillot, inféodé au RPR, qui permettait de rassembler au plus large dans une France qui est structurellement majoritairement à droite, et ce de tout temps.

 

Le centre ne se posait pas alors la question de savoir s’il fallait travailler avec la droite ou la gauche, mais comment il pourrait négocier, au mieux, et au prix fort, son engagement au second tour des élections. 

 

Le centre indépendant de François Bayrou

 

François Bayrou est celui qui a rompu avec cette alliance systématique. Depuis qu’il est devenu président de l’UDF en 1998, il n’a eu de cesse de rendre ce centre indépendant de toutes alliance. Plus encore en 2002, quand de nombreux cadres UDF ont fui vers le parti unique de l’UMP, le Béarnais a rappelé que ce n’était pas là la vocation du centre que de se fondre dans une pensée unique : "Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien", s’écrie-t-il à la tribune du congrès fondateur de l’UMP, devant une foule qui le conspue.

 

Chaque nouvelle construction a ainsi engendré des déçus, qui, de leurs côtés, ont conçu leurs propres édifices. Ainsi est née la galaxie centriste.  

 

En regardant de plus près la carrière de François Bayrou, on s’aperçoit qu’il a cherché à définir ce qu’était le centre et c’est sans doute la raison pour laquelle il a fondé tant de partis, comme le rappelle Eric Azières, aujourd’hui chargé des élections au MoDem et qui confiait à Rodolphe Geisler dans "Bayrou l’obstiné" :

 

"À ma connaissance, sur l’échiquier politique actuel, François doit être l’un de ceux qui ont le plus démonté et remonté de structures politiques ; Du CDS à l’UDF, au MoDem en passant par la nouvelle UDF, il n’a fait que ça".

 

Le centre est difficilement saisissable pour le citoyen lambda comme pour celui qui s’en revendique. Quelles valeurs représente le centre ? Être au "Centre", revient-il à n’être ni de gauche, ni de droite ? René Rémond dans "Les Droites d’aujourd’hui", paru en 2005, questionnait sous la forme d’un dilemme la réalité du centre :

 

"S’il existe bien une proportion importante de citoyens qui ne se reconnaissent pas dans la division droite-gauche, est-ce par une volonté claire de ne pas se laisser embrigader ou une impuissance à se déterminer ? Centre ou marais ?"

 

Il faut pour autant en revenir à la sémantique : "être au centre", c’est nécessairement se situer par rapport à quelque chose. Le centre n’existe que parce que la gauche et le droite existent elles aussi, en reprenant la réciproque de l’équation esquissée par Marcel Gauchet dans "Les beaux jours de la division gauche-droite", publié en 2007 dans "La Revue des Deux mondes" : "Pour qu’il y ait une droite et une gauche, il faut qu’il y ait au moins un troisième terme, le centre".

 

Et si l’on regarde nos formations à l’aune de ces définitions, force est de constater que chacune d’elles est dans une impasse.

 

Le Nouveau centre, Alliance centriste ou encore Force démocrate européenne, qu’elles soient régies sous l’UDI ou sous une nouvelle confédération s’entendent sur un point précis : leur politique ne s’entrevoit que dans une alliance politique avec la droite. Dès lors, comment peuvent-elles encore se revendiquer du centre ? C’est un non-sens que les médias entretiennent notamment vis à vis de Jean-Louis Borloo avec une complaisance difficilement explicable. Quand on se sent naturellement à droite, l’on ne peut parler au nom du centre, cela va sans dire.

 

Le MoDem, pas vainqueur

 

Le MoDem n’en sort pas pour autant vainqueur. L'absence du chef au parti et les récents licenciements n'aident pas. En 2007, François Bayrou avait rompu avec le mot centre pour lui préférer les adjectifs "démocrate" et "humaniste". Mais voyant que ces mots résonnaient mal, pour ne pas dire qu’ils ne résonnaient pas dans l’opinion, le premier supposant que les autres formations n’étaient pas démocrates – pure hérésie – le second étant galvaudé par une sur-utilisation.

 

Le "centre" est redevenu le territoire de François Bayrou. Mais que représente-t-il quand toute l’énergie de François Bayrou est employée à enterrer le bipartisme, à expliquer que la France ne se résume à cette hydre à deux têtes gauche/droite, que leur affrontement n’aboutit qu’à un crétinisme ? Et le MoDem serait au "centre" de ce crétinisme-là ?

 

Et qu'est-ce qu'a représenté "Le centre pour la France", l’étiquette sous laquelle les candidats MoDem aux législatives en 2012, si ce n’est une ultime tentative, avortée, de remettre sous une même étiquette les candidats de Jean Arthuis et les siens ?

 

Le centre devient une étiquette qui réconcilie quand il devrait être une famille de pensée.

 

Se revendiquer du centre c’est donc finalement entériner le bipartisme, le reconnaître et par là même participer à sa préservation. Si la volonté est de sortir du sérail du bipartisme, alors aucune de ces formations, qu’elles soient du MoDem ou de l’UDI, ne parviendra à ses fins. Aucune d’elle ne pourra vivre indépendante et libre de ses choix. Elle sera tôt ou tard à la merci des deux "grands".

 

La seule manière de parvenir à créer une autre voie que celle du bipartisme, qui n’empêche pas de travailler avec la droite ou avec la gauche, mais qui préserve l’identité, réside dans une autre appellation et une autre conception de la politique. De celle qui posera les bases d’une VIe République. Celle qui fera des étiquettes partisanes un moyen de rassembler des citoyens autour d’idées et non une finalité en soi. Celle qui cassera le mythe selon lequel le social serait l’apanage de la gauche et l’entreprise celui de la droite.

 

Et force est de constater qu’en se baptisant sur les ruines du centre, aucune formation ne peut prétendre aujourd’hui incarner un tel souffle

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 09:29

François Bayrou, lors du Conseil national du MoDem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA).

 François Bayrou, lors du Conseil national du MoDem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA).

 

Le Conseil national du MoDem, qui s'est tenu samedi à Paris, a ravivé le feu médiatique autour de François Bayrou. En témoignent les nombreux journalistes qui se sont amassés devant le siège du mouvement, rue de l'Université, dès 10 heures le matin.

 

Il faut dire que le site d'informations "Mediapart" s'était fait des gorges chaudes d'une rumeur provenant d'un conseil stratégique qui avait eu lieu quelques jours plus tôt : François Bayrou et Marielle de Sarnez allaient se mettre en retrait pour laisser place à une présidence collégiale.

 

La rumeur avait enflé sur les réseaux sociaux et tous les conseillers nationaux étaient interpellés par les militants pour en savoir davantage. Nous, nous ne savions rien et attendions non sans impatience et quelques inquiétudes ce Conseil national du 30 juin.

 

Quelles alliances à l'avenir ?

 

Au-delà des rumeurs sur l'organisation interne, de nombreux événements nous amenaient à imaginer tout et son contraire. A l'Assemblée nationale, seul le député Jean Lassalle a décidé de rester en "non inscrit" puisque Thierry Robert a rejoint les rangs du groupe des Radicaux de gauche (PRG).

 

Pendant ce temps, Jean-Louis Borloo a pris la tête du groupe de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), une auberge espagnole qui est au centre ce que la ville de Vintimille est aux grandes marques du prêt-à-porter : un petit paradis de la contrefaçon.

 

Point de centristes ici, tous ne jurent que par la droite. Ils ont attendu le verdict des urnes pour s'inquiéter du fait que Nicolas Sarkozy avait fait les poches du FN. Si on mesurait le courage à l'aune de la sagacité et de la célérité dans l'analyse, gageons que ces centristes n'en mèneraient pas large.

 

Entre temps, chez les vice-présidents du MoDem, deux tendances ont vu le jour. Partant du constat de l'échec de la tentative d'indépendance du mouvement et enjoignant celui-ci à un partenariat autour de projets et de valeurs, certains ont proné un rapprochement avec la gauche de la majorité présidentielle, comme Jean-Luc Bennahmias (une démarche qui était mienne), ou avec la droite pour Jean-Marie Vanlerenberghe, par exemple.

 

Un mouvement dans le flou

 

C'est donc dans un flou artistique que nous sommes arrivés samedi matin, craignant des règlements de compte comme on en entendit de manière brutale à l'UMP. Mais preuve s'il en fallait encore que le MoDem ne lui ressemble en rien, nous avons assisté à quatre heures de discussions franches et sans animosité.

 

En ouverture, François Bayrou est apparu fidèle à lui-même. Fataliste face à sa situation, il a fait front, expliquant qu'il pouvait se regarder dans la glace. A aucun moment, il n'a semblé regretté un seul instant sa décision d'avoir voté pour François Hollande, laissant même passer un lapsus révélateur : "quand j'ai appelé à voter François Hollande", alors qu'il n'avait en réalité donné aucune consigne de vote.

 

Rappelant les traversées du désert du général de Gaulle ou encore les défaites aux législatives dans le passé d'Aubry, de Mitterrand, de Juppé et d'autres encore, il s'est dit fier de s'en être tenu à ses valeurs, qui sont selon lui plus importantes encore que le reste et notamment son destin à l'Assemblée nationale.

 

Pour autant, le Béarnais a évoqué le besoin d'un retrait médiatique. Si certains ont cru lire en ce jeûne l'envie de se ressourcer dans les forêts luxuriantes de sa région et auprès de ses chevaux, le président du MoDem a toutefois tenu à préciser qu'il ne quittera pas pour autant la présidence du mouvement.

 

Le choix du mutisme

 

Il a cru bon de tordre le cou à un autre canard. Alors que "Mediapart" suggérait que les finances du mouvement étaient exsangues, François Bayrou a tenu à rappeler que, s'il est vrai que le mouvement a peu d'argent, il n'a pas de dette.

 

Mais alors pourquoi se résoudre au mutisme pour quelques temps ? Tout simplement parce que François Bayrou estime qu'il n'a plus rien à ajouter au débat public. Sa vision politique ? Tout le monde la connaît. Le clivage droite/gauche est selon lui à son apogée et n'en demeure pas moins une aliénante réduction de l'offre politique qui s’abîmera dès lors que les échecs s’enchaîneront avec déterminisme.

 

Ses analyses à l'égard de la politique de Hollande ? Qui ignore encore que si le Béarnais se sent bien plus en phase avec la vision de la France de l'actuel résident de l’Élysée qu'avec le précédent, il ne partage pas les promesses dispendieuses annoncées lors de la campagne présidentielle ?

 

Et c'est non sans fierté qu'il regarde l'actuel gouvernement se résoudre à voir appliquer son propre programme avec notamment le gel des dépenses publiques. Pas rancunier pour un sou.

 

Une action auprès de Borloo ? Qui ose encore croire que l'UDI pourrait représenter le centre, voire pourrait représenter tout simplement quelque chose ?

 

Arrogance ou subtile intuition ?

 

Alors il se retire des projecteurs. On imagine parfaitement la préparation d'une réflexion qui bientôt séduira sa plume, qui de fer dans un encrier de velours sous Sarkozy, devra certainement changer de ton. Nécessairement.

 

Mais tout autour de lui, le MoDem se donne du temps. Au moins celui de l'été. Les universités d'été viendront alors à point nommé pour faire le point. L'heure n'est visiblement pas aux motions tranchées et aux grandes décisions.

 

Chacun semble camper sur sa vision stratégique en expliquant que l'on peut parfaitement continuer à œuvrer ensemble, voulant appliquer à la lettre l'adage lancé par Bayrou à la tribune lors de la création de l'UMP en 2002 : "si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien".

 

Mais qui ne sait qu'à la longue, entre ceux qui veulent travailler avec la majorité présidentielle, et ceux qui le veulent avec l'opposition, même sans renier leur identité, les mêmes qui aujourd'hui parlent en communion finiront par prendre des trajectoires opposées ?

 

Pourquoi François Bayrou fait-il mine de ne pas le voir ? Sans doute parce qu'il est animé d'un autre feu, persuadé que la situation de crise n'en est pas à son acmé, et que déjà, l'action gouvernementale lui donne raison. Et qu'il reviendrait au centre des préoccupations, au moment même où ses troupes dispersées reviendraient au centre, tout naturellement.

 

Arrogance ou subtile intuition ? Pari insensé ou analyse fine ? Acuité ou aveuglement ? Le Conseil national du MoDem n'en sait pas davantage. Lui aussi, il réfléchit. Avec l'espoir que le temps lui donnera raison.

 

Et en politique comme ailleurs, l'espoir fait vivre. Non, le MoDem n'est pas encore mort.

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 09:24

François Bayrou, le soir du premier tour des législatives, à Bizanos (G.COLLET/SIPA)

François Bayrou, le soir du premier tour des législatives, à Bizanos (G.COLLET/SIPA)

 

Au MoDem, l’heure est au bilan. Les cyniques pensent même qu’elle est au dépôt de bilan. Toujours facile de tirer sur les ambulances à la manière de la "courageuse" Roselyne Bachelot, qui ferait mieux de méditer sur les raisons qui ont poussé son parti et ses nombreux amis à faire les poches du Front national pour tenter de rester coûte que coûte accroché à leurs sièges. Les candidats du MoDem peuvent, eux, se regarder dans la glace chaque matin.

 

Pour autant, faire comme si de rien n’était et croire que l’on ne pourra pas tomber plus bas, leitmotiv ressassé après chaque échec depuis les municipales de 2008, serait de la candeur et de l’incompétence. Mais pour s’atteler à refonder quoi que ce soit, encore faut-il faire le bilan, le plus objectif qui soit, pour tenter d’y voir clair.

 

Le centre n'est pas un parti godillot rattaché à la droite

 

Depuis 2002, François Bayrou avait tenté de faire du centre une force libre et indépendante, au grand dam de la droite. Lors du congrès fondateur de l’UMP, il s’était laissé allé à dire à la tribune, devant une assistance médusée : "Si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien." Rodolphe Geisler, dans sa biographie intitulée "Bayrou l’obstiné", rappelle qu’à l’époque un cadre avait parfaitement résumé l’amertume ressentie dans les rangs de la majorité présidentielle d’alors, la délicatesse de la formule en sus : "Il nous fait cocu et en plus il nous fait payer la chambre."

 

Refusant de voter les budgets à l’assemblée à partir de 2005, le Béarnais franchit le Rubicon en mai 2006 en votant avec le PS la motion de censure contre le gouvernement de Villepin. La fracture était entamée.

 

La présidentielle de 2007, et ses presque 7 millions de voix (18,57 %), lui donnent alors la légitimité par les urnes pour entamer la vraie révolution du centre : celui d’une force déracinée de son inféodation à la droite depuis les années VGE. Bayrou entendait alors cesser avec l’hémiplégie que continue pourtant de porter avec insouciance Borloo et Morin pour qui le centre est de "droite".

 

Parier sur l'implosion du PS ? 

 

Toutefois, pour incarner une troisième voie dans ce monde politique dominé par l’hydre bipartite, il n’y a que deux solutions : soit l’un des deux s’affaiblit, soit il faut faire des alliances. La seconde option ayant été enterrée après trois décennies de loyaux services, François Bayrou tenta d’emprunter la seconde : attendre l’implosion du PS.

 

Seulement, l’implosion ne vint jamais. François Bayrou n’osa pas, en 2007, aller au bout de sa démarche, à savoir ne pas voter pour Nicolas Sarkozy, et n’accepta pas la proposition de Ségolène Royal de devenir son Premier ministre dans un épisode que l’imaginaire de la présidente du Poitou a suffisamment brodé pour le rendre légendaire. Certes, cela n’aurait pas empêché Nicolas Sarkozy de gagner la présidentielle. Mais cela aurait totalement explosé l’appareil du PS entre ceux qui défendaient la ligne d’ouverture de Ségolène Royal, et ceux qui souhaiter en rester à une ligne exclusivement clanique de gauche.

 

L’occasion se représenta un an plus tard. Mais cette fois-ci, François Bayrou fut un simple spectateur du Congrès de Reims. Et cette fois-ci, c’est Martine Aubry qui vînt contrarier les urnes et les plans du Béarnais. La messe était dite. Aujourd’hui, le PS peut remercier sa secrétaire d’avoir sauvé la mise du clan socialiste.

 

Que fit le MoDem pour tenter d’exister ? Rien, ou presque

 

Le mouvement sacrifia toutes les échéances intermédiaires à l’exception des municipales, durant lesquelles la main tendue à Aubry à Lille, et celle tendue à Juppé à Bordeaux, furent incomprises par les électeurs et pour cause : quelle pédagogie leur avait-on offert pour comprendre que l’on se positionnait sur des programmes, et non sur des étiquettes partisanes ?

 

Toutes les élections locales furent alors de vains combats, où il fut bien difficile de trouver de vaillants soldats pour représenter les couleurs "orange". L’opération "chair à candidats" s’imposa cyniquement. Avec les résultats que l’on sait.

 

François Bayrou après sa défaite aux législatives à Bizanos, le 17 juin 2012 (P.Andrieu/AFP)

François Bayrou après sa défaite aux législatives à Bizanos, le 17 juin 2012 (P.ANDRIEU/AFP)

 

La seule stratégie de François Bayrou, et de Marielle de Sarnez, car ce duo, il faut désormais le dire, a systématiquement tranché sans nécessairement être en accord avec le reste du mouvement, fut de tout sacrifier pour le destin présidentiel du Béarnais. Avec comme seul argument celui de dire que dans la Ve République, tout part de la présidentielle. Mais occultant le fait que pour gagner le combat de la présidentielle, seule une armée prête à la bataille d’élus locaux permet de rivaliser. La défaite était en route.

 

La campagne de 2012, à l’exception notable de l’élan de décembre sur le thème du "Made in France", ne décolla jamais. François Bayrou avait beau ramasser des lauriers dans les enquêtes qualitatives, les intentions de vote s’affaissèrent régulièrement et surement. Se reposant sur le thème "j’avais prédit le problème de la dette", François Bayrou était respecté en Cassandre quand on attendait de lui des solutions.

 

Symbole parmi les autres, dans son ultime face à face avec Pujadas, ce dernier le somme de donner des solutions et non des diagnostics. Et le Béarnais de lui répondre sous la forme d’un pléonasme accablant : "Ce n’est pas un diagnostic, c’est l’analyse des causes." Tout était dit.

 

Ajoutez à cela que l'on ne reconnut plus l'auteur d' "Abus de pouvoir", François Bayrou pensant qu'il ne devait pas froisser l'électorat de droite, et oubliant dans la fureur de la campagne, que la droite ce n'était pas le sarkozysme, lui qui n'en est une excroissance cancéreuse, et vous comprenez pourquoi les Français n'ont jamais réellement su où se plaçait la candidature du Béarnais, et, plus grave encore, avec qui il serait susceptible de travailler, même s'il gagnait. 

 

Et maintenant... que va-t-il faire ?

 

Aujourd’hui, le temps de l’indépendance n’est plus d'actualité : on n’est pas indépendant et libre quand on n'est plus rien. Reste la question des alliances, à condition de ne pas y laisser son âme, et donc son identité. Et deux solutions s’offrent alors au MoDem et à François Bayrou :

 

Soit on accepte de refonder la droite, en espérant que l’UMP implose après la fracture idéologique des idées et surtout des valeurs frontistes qui se sont confondues aux valeurs républicaines de la droite. Ce pari, qui avait échoué sur la gauche en 2008, ne pourrait se faire sans réconcilier le "centre". Mais comment travailler avec les gens qui ont cautionné pendant cinq ans la politique et le discours des valeurs prônées par Nicolas Sarkozy sans avoir rien à y redire ? Se réunir autour d’une sémantique (l’étiquette floue "le centre") plutôt que de se réunir autour des valeurs qui nous rassemblent serait-il véritablement "la" solution ?

 

Soit on se décide de travailler avec la gauche, en convenant que malgré nos désaccords, même profonds, sur la dette et le budget, notre vision morale et sociale de la France sont en harmonie. Et il y a au-delà des considérations économiques bien des débats qui vont compter pour la France, comme le vote des étrangers ou encore le mariage homosexuel. Autant de sujets sur lesquels MoDem et PS sont en accord. Et le MoDem a toujours eu pour adage de faire valoir les valeurs aux lubies partisanes.

 

Certains diront que le PS n’a pas besoin de nous. Pour autant, le potentiel électoral doit-il guider les lignes politiques de notre mouvement ? Les prochains jours verront notamment se réunir un Conseil national le 30 juin prochain : permettra-t-il de trancher le débat ? 

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 19:32

M-sieur-propre.jpgDécidément il a le vent en poupe en ce moment. Au point d’avoir fait l’objet d’un C dans l’air qui lui fut entièrement consacré mardi soir.

Fort des Universités d’été et de son discours de clôture qui a marqué les esprits, le Béarnais apparait plus que jamais comme le Monsieur Propre de la politique.

Un vent d’air pur dans ce torrent de merde, pour plagier l’expression de Monsieur Valls en d’autres circonstances. Et cet air « pur », Nicolas Domenach l’a illustré non sans humour sur Canal, hier midi, dans la Nouvelle Edition. Appréciez !

 

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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