Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 21:57

Mais qui est au juste Hervé-Marie Morelle ? Les citoyens du la 1ère circonscription du Nord connaissent-ils véritablement celui qui va se présenter au suffrage universel le 10 juin prochain ? 

Une petite recherche sur google sur le personnage donne rapidement le vertige : les occurrences sont nombreuses. Très nombreuses. Mais ce qui frappe l’œil, ce sont surtout les polémiques qui abreuvent les premières pages : héros d’un esclandre au conseil municipal de Lille, chef de fil des anti-blocage à Lille 3, des sobriquets peu avantageux comme « H meuh meuh » ou « troll »… Mais aussi, défenseur et soutien inconditionnel de son « ami » Benjamin Lancar, même quand ce dernier s’égare en faisant l’éloge de Pierre Laval, Président du Conseil sous le régime du maréchal Pétain et symbole de la collaboration, qu’il présente comme un membre "d'une classe politique autrefois courageuse" en lui reconnaissant d'avoir "redressé économiquement la France en 1932"… Délicat quand on revendique la légitimité pour incarner les jeunes "gaullistes". Il faut dire qu’Hervé-Marie Morelle est avant tout un homme d’image.

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Comme celles, filmées, qu’il déroba en plein conseil municipal lillois, malgré les avertissements répétés des appariteurs… Ce jour-là, Martine Aubry rappelle à l’impertinent que ses méthodes sont celles d’une autre époque. Puis, fait confisquer le matériel du réfractaire, avant de lâcher un importuné « petit facho », précisant qu’il était un indigne conseiller de quartier. Dérapage que s’empressa de relater très rapidement notre futur candidat à la cantonale, jugeant exquises les délices colériques de la Maire de Lille pour le servir en notoriété. Il fut épaulé pour l’occasion de fidèle façon par les cadres de son puissant parti, jusqu’à Laurent Wauquiez, alors secrétaire d’Etat chargé à l’emploi,  qui s’exprima dans Les 4 vérités, l’émission politique matinale de France 2. Quelle meilleure audience Hervé-Marie Morelle pouvait-il espérer ? Dans son blog, il relaya tout ce qu’il put de coupures de presse en relais-télé, se posant alors en victime. Coup double : il  tente alors de déstabiliser celle contre qui s’oriente systématiquement la moindre de ses critiques, et il se pose en candidat rêvé pour les cantonales dans la capitale des Flandres pour une droite locale qui peine à faire émerger des têtes d’affiche jusqu’à faire appel à la nièce du célèbre Pierre Mauroy pour donner de la consistance… patronymique à son groupe d’opposition.  

Il fallait le voir s’émouvoir, en tous lieux du Web, de ce « petit facho » qu’il a répété à l’envi comme pour retourner l’argument de Martine Aubry (« des méthodes d’une autre époque »…). Pourtant à  voir Monsieur Morelle censurer le moindre commentaire sur son blog et sur sa page facebook, refusant la moindre contradiction, même parmi les plus argumentées, qui oserait lui montrer qu’il fait fausse route, il n’est pas dit que le qualificatif qui fusa ce soir de conseil municipal fût si mal choisi que cela…

Et il faut bien dire qu’Hervé Marie Morelle a donné des gages pour le moins… extrêmes. Lors de la dernière cantonale, il est bouté hors du second tour par le FN, une désillusion pour lui alors que c’est l’UMP qui avait remonté le seuil à 12,5% des inscrits pour se maintenir afin de faire barrage au FN. L’histoire de l’arroseur arrosé. Ce qui ne l’empêcha pas de refuser de maintenir la digue républicaine sous le fallacieux prétexte de ne pas vouloir signer un blanc « sein » au PS… Cachez ce sein que je ne saurais voir…

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En gros plan s'il vous plait :

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Le tournant de Nicolas Sarkozy dans la présidentielle qui suivit n’a donc pas dû lui déplaire. Pourquoi s’offusquer de faire de l’islam un bouc émissaire, de piller le programme du FN en reprenant à son compte ses idées ou bien encore en distillant un panneau « douane » écrit en français et en arabe dans le spot de campagne, lourd de sous-entendu, quand soi-même on tracte à Wazemmes avec Eric Portejoie ancien candidat FN aux cantonales en 2004 ? Pour un homme qui est soucieux de son image, l’action est lourde de sens.

L’image, toujours l’image. Force est de constater que la vidéo est une marotte chez ce Sarkozyste revendiqué (enfin, beaucoup moins depuis qu’il est en campagne étrangement…). Et de voir Monsieur Morelle la proposer à tout bout de champ sous le vocable magique de « vidéo surveillance ». Véritable radotage institué par une véritable, elle, figure de la droite lilloise, Monsieur Christian Decocq, qui en use et abuse dans ses saillies plus ou moins heureuses en conseil municipal, il sert de refrain à son disciple Morelle qui tente d’imiter le Sage en conseil de quartier. Las, ses propositions font sourire, pour les plus indulgents de l’assistance, surtout quand elles visent à empêcher le dépôt sauvage d’ordures sur la voie publique… Peu importe que ces vidéos touchent à l’intimité et aux libertés publiques. Il n’en démord pas. En vain. Le Truman show à la Morelle n’a pour le moment pas encore eu lieu. Mais les électeurs de la 1ère circonscription du Nord sont prévenus.

 

Pourtant, nous avions connu un Hervé-Marie Morelle plus respectueux de ce droit à l’image jusqu’à faire preuve d’un peu trop de zèle comme lors des Européennes où il exigea d’un opposant qu’il retirât de son blog une prise de vue le montrant de dos (donc méconnaissable a priori), en plein tractage pourtant, revêtant fièrement un Tee-shirt d’un goût plus que douteux : « Moi je suis de la France d’en haut »… Réminiscence de ses origines notables du Douaisis qu’il aime rendre ostensibles, y compris sur ses tracts, comme celui qui inaugura sa cantonale sur lequel il paradait lunettes de soleil à la main, col roulé et chevalière au doigt. (voir plus bas) Ou encore dans la conversation, comme ce 9 juin 2009, lors du scrutin européen : alors que les électeurs se faisaient rares dans le bureau de vote qu’il présidait, quelques paroles fut échangées. Jusqu’à ce qu’une employée municipale qui ne savait plus où était la rue Brûle-Maison déclara : « Ah oui la rue de la CAF ! ». Hervé-Marie Morelle lança alors un retentissant « oui, chacun ses références »… Chacun appréciera l’à-propos de sa remarque qui en dit long sur le personnage. Il n’y a donc rien de surprenant à savoir que l’homme ne compte pas que des amis. Et c’est bien normal quand on le voit parler de l’une de ses collègues conseillères de quartiers en des termes assez peu élogieux qu’il adresse… à son fils sur le blog de Le journal de Geed  : « Votre maman ne s’exprime pas en conseil de Wazemmes, elle éructe en gesticulant sur son siège des inepties aussi vieilles qu’elle ! ». L’on comprend mieux à présent ce qu’il entend par « l’énergie de la jeunesse » sur son slogan de campagne… 

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Preuve s’il en fallait que le bonhomme a du mal à canaliser cette énergie et plus précisément sa colère, Hervé-marie Morelle s’illustra avec encore plus de vigueur, et davantage d’incorrection lors de la campagne des régionales en mars dernier, quand Sciences-Po Lille l’invita à débattre au nom de l’UMP. Etant le seul représentant à ne pas figurer sur une liste, il était accompagné de fiches manuscrites par Valérie Létard elle-même qu’il exhiba non sans fierté. Sans doute aurait-elle dû insister plus encore sur le comportement à adopter devant l’adversité. L’impétueux, mal content de son fait, et des arguments incisifs de l’assistance, s’emporta vigoureusement contre une auditrice, à qui il demanda de justifier le bilan d’un maire PS d’une ville située à plusieurs centaines de kilomètres de notre campagne, lui aboyant même dessus. Puis, sommet de goujaterie, alors que Marine Tondelier, pour Europe Ecologie (et candidate aux législatives à Hénin-Beaumont, tout un symbole) lui proposait de relire le programme de son parti, en tentant de corriger les inepties que proférait Monsieur Morelle, ce dernier refusa de prendre le document et le jeta à terre avec dédain en hurlant qu’il ne lisait pas « ça ». Tous les témoins s’en souviennent encore, ahuris devant un tel esclandre, teinté d’impolitesse et d’irrespect pour ses contradicteurs. Le soir même interrogé sur son facebook, il confesse alors n’avoir pas eu la bonne attitude mais se justifie en précisant que « tout le monde était contre [lui] ».

Aujourd’hui, ce sont ses comptes de campagne qui s’abiment dans le rouge au point d’être dénoncés par son propre mandataire financier…

Mais Hervé-Morelle ne se prend pas toujours au sérieux. Du moins l’espère-t-on ! Car qui ne sait qu’Hervé-Marie Morelle fut costumier et accessoiriste du célèbre Lip Dub qui ridiculisa une bonne fois pour toutes l’UMP ! Changer le monde, entonnèrent-ils vêtus des oripeaux fournis par notre candidat aux cantonales. C’est cela aussi l’énergie de la jeunesse et l’expérience du terrain. Sans doute faut-il attendre un prochain clip de Monsieur Morelle pour la législative ? Ah ben il suffisait de le demander :

 

Par Yves Delahaie
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Jeudi 12 avril 2012 4 12 /04 /Avr /2012 10:18

debat.jpegJe le confesse : je fais partie des Français qui ne savaient pas que les deux soirées organisées par France Télévision suite à la demande de débat formulée par Nicolas Dupont-Aignan puis par François Bayrou allaient aboutir à cinq monologues. Comme quoi, l’on peut avoir la tête dans le guidon de la présidentielle et ne pas voir la route. Force est de constater que mon appétence à l’idée de voir un vrai débat démocratique animer ce premier tour en avait pris un coup. Pas au point de sombrer à l’anorexie citoyenne au point de m'astreindre à un énième épisode des Experts de Miami, Manhattan ou d’ailleurs.

Allait-on malgré tout assister à une émission d’intérêt, propre à donner aux citoyens les clefs entre ses mains pour faire un choix ? Allait-on voir des journalistes, compenser l’absence de débat refusé par deux candidats favoris trop pleutres à quelques jours du verdict, par des questions pointues et dérangeantes ? La montagne a, une nouvelle fois, accouché d’une souris… bien ennuyeuse.

 

Pourtant France 2 avait décidé d’allécher tout le monde toute la semaine fort d’un teasing qui cachait bien la pauvreté de la soirée qu’elle allait proposer, Pujadas omettant avec malice de préciser qu’aucun candidat ne se répondrait. Les coulisses furent ainsi le fil directeur de la soirée. Et qu’il fut passionnant de voir Eva Joly au maquillage, la porte entr’ouverte de la loge de François Hollande que l’on enchaîna avec son arrivée, tout sourire dans les studios… Quel scoop ! De la même veine que de rappeler que Eva Joly fut "vice Dauphine de Miss Norvège"… Marine Le Pen eut même la formule juste : "c’est la télé réalité dans le couloir, c’est ça ?". Pas mieux.

 

Et quelle aubaine pour le citoyen indécis à dix jours du scrutin ! Elles auront au moins permis de voir Philippe Poutou, tout impressionné de serrer la main à François Hollande et Valérie Trierweiler, tel l’enfant vient se faire photographier avec le père-noël pour la première fois, alors que Marine Le Pen était en train de parler, grâce à un plan d’ensemble essentiel pour le débat démocratique. La classe.


EVa Joly DPDAIl y eut bien tout de même une promesse vers 22h15. Alors que François Hollande venait de faire son exercice imposé, l’on annonça que Marine Le Pen avait envie de "secouer l’émission". Il faut dire que la présidente du FN a garanti une bonne audience en cette présidentielle. La promesse donc d’un spectacle en lieu et place d’un débat démocratique ? Même cet appât grossier n’attrapa point de larcins. Marine Le Pen fidèle à elle-même fut interrogée sur ses thématiques ou les thématiques qu’on aime lui soumettre comme l’immigration, la laïcité, l’avortement de confort. Autant de sujets sur lesquels elle a ravi des supporters et donner envie de vomir aux autres dont je fais partie. Alors certains auront noté qu’elle a fait fructifier ses nouvelles dispositions pour le stand-up avec quelques tours d’humour comme ces grandes croix que l’on voit déambuler dans les rues. Et aussi ses talents de prestidigitatrices en nous sortant un casse-tête géométrique qui lui permit d’éviter d’autres questions. Hop disparue la question ! Et de glisser que Nicolas Sarkozy a mis DSK au FMI sur le gong ! Quelle compétitrice !

 

Pour le reste, ce fut une litanie de réponse sans aucun relief, radotage d’une campagne, terne, si terne. Aucun véritable sujet. Les journalistes ont tenté avec le peu de temps qui leur était imparti de mettre les candidats devant de gentilles contradictions. Inoffensifs.

 

Un exemple à lui seul illustre à la perfection la stérilité de l’exercice proposé : on mit François Hollande face aux critiques pertinentes de Jacques Attali qui la veille face au même Pujadas, expliquait avec justesse que la Crise et notre dette mettrait le candidat socialiste dans l’obligation de renoncer à sa liste du Père-Noël. Des contorsions rhétoriques lui permirent sans mal d’esquiver la question qui aurait pu éclairer le citoyen : ses promesses n’engagent-elles que celle qui y croient comme le prophétisait Pasqua ? Plus que dommage.


Eva Joly en profita malgré tout pour glisser un nouveau néologisme. Après la "bravitude" de Ségolène Royal et le "méprisance" de Nicolas Sarkozy place au "loyalisme" en guise de loyauté. Elle compensa par la seule formule-perle de la soirée : "la Gauche molle qui ne propose rien et la Gauche folle promet tout". Pour autant, elle rappela la position impossible des Verts face à la laïcité, en promettant une géométrie variable vis-à-vis des nourrices en niant l’influence que peut avoir un signe ostentatoire sur les jeunes enfants et en précisant qu’elle trouve la loi sur le voile intégral pertinente tout en disant qu’il ne fallait pas la faire voter. Allez comprendre.

 

Poutou-DPDA.jpgPour ceux qui seraient restés, la fin offrit un petit moment : le jour où Philippe Poutou tenta de claquer le baigneur à François Lenglet. Les supporters ont cru au but. Les réalistes ont certainement vu le hors-jeu : en quoi la vaine polémique sémantique sur "charges sociales" et "cotisations sociales" remet-il en question le graphique qui condamne sans contestation possible les projections du projet du NPA ? Laissons-lui ce moment de gloire qu’il croit avoir acquis de haute lutte.

Dernières secondes sur les confessions au "confessional" type "Secret Story". Il n’y a pas à dire, mercredi soir, dans "Des paroles et des Actes", les citoyens français auront appris au moins appris une chose : s’il y avait une touche à taper, pour éliminer quelqu’un, c’était celle de la télécommande.

Par Yves Delahaie
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:51

C’est fait. Enfin, Jean-Louis Borloo a fait une annonce officielle. Le voile est levé sur ses intentions. Il faut dire que cette semaine, tout son entourage y était allé de son petit coup de pression. Rama Yade dans le Grand Journal avait même affirmé que Borloo lui avait personnellement confié son désir d’y aller. Dominique Paillé, son porte-flingue, avait lui aussi montré la voie, notamment sur son compte twitter.

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Invité chez Claire Chazal ce dimanche soir, nous en étions sûrs, Jean-Louis Borloo allait annoncer sa candidature. Après des mois de débats sur celui qui incarnait le mieux le centre, d’enquêtes en émission spéciale, certains n’hésitant pas à mettre Dominique de Villepin, le chiraquien chez les Centristes, les Français allaient savoir. Intriguant.

Et puis…

 

Que dire ?

Certains vont jouer les étonnés. Pourtant, il serait bon d’emblée de rappeler qu’un seul homme, UN SEUL, n’a jamais cru en la candidature de Jean-Louis Borloo : François Bayrou. Et le béarnais de le répéter à l’envi, même quand il voulait parler programme, orientation et perspectives pour la France, comme ce fameux 9 juillet au Conseil National du MoDem, à l’issue duquel sous mes yeux, les journalistes n’avaient que l’ancien maire de Valenciennes dans la bouche.

Irritant spectacle de voir le Président du MoDem, venu proposer un projet et des idées, alors que son livre projet 2012 Etat d’urgence allait sortir, se voir, impuissant, imposer la danse macabre des vautours venus sentir le sang et les déclarations funestes (en vain), rôder, et tourner en rond avec les sempiternelles questions qui restèrent sans réponses. Cynisme.

Je me souviens aussi des Universités d’Eté du MoDem le week-end du 17 septembre à Giens. Et de cet article du "Point" dont le titre seyait si mal au contenu. Le samedi soir, la journaliste était dans tous ses états. Terriblement confuse, elle confia à quelques témoins qu’elle n’avait jamais voulu ce titre faussement accrocheur, mais que Paris avait estimé que c’était plus vendeur d’évoquer Borloo… Bulle médiatique.

Je me souviens aussi des Sénatoriales, dimanche dernier, à Hellemmes, dans la périphérie proche de Lille. Vers les midis, j’allais voter quand je fus nez à nez avec Jean-Louis Borloo, qui gesticulait beaucoup, en alignant cigarettes sur cigarettes. L’homme était agité et manipulait avec frénésie son portable. Tempête sous un crâne.

 

Penser à l'avenir

 

Dimanche 2 octobre, le sort en est jeté. Il est alors temps de penser à l’avenir. Comment interpréter cet abandon ? Dimanche soir, sur BFM, Nadine Morano l’interprétait comme un ralliement à Nicolas Sarkozy, en multipliant les arguments. Comme si elle tentait de se convaincre elle-même. Et pour cause : Jean-Louis Borloo n’a jamais laissé transparaitre pareille certitude hier soir, au moment où, pourtant, le Président parait plus affaibli que jamais.

D’autant que cet abandon survient alors que l’opportunité de faire un gros score, voire d’incarner la Droite Républicaine, face à la Droite Sarkozyste, paraissait plus crédible que jamais.  Le soir où l’ancien maire de Valenciennes, dans une lettre ouverte au Parti Radical dit clairement : "Je vais me continuer à me battre pour que l’on cesse d’opposer les Français aux uns et autres", quand, de son côté, cinq jours plus tôt, Nicolas Sarkozy s’était évertué à diviser pour mieux régner…  

Dominique Paillé avait lâché d’ailleurs trois tweets assez surprenants ces deux derniers jours :

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Autrement dit, rien ne dit que le retrait de la candidature de Jean-Louis Borloo ne soit, d’un point de vue purement arithmétique, une bonne nouvelle pour le Président sortant. Rien ne dit non plus, d’ailleurs, qu’elle en sera une pour François Bayrou, sachant que celui qui faillit devenir premier ministre, à un cheveu près, n’a jamais complètement coupé les ponts avec l’Elysée. Assurant même de sa fidélité au maître des lieux à en croire Rama Yade la semaine dernière sur Canal+.


Les dés sont jetés ?


Pourtant, samedi dernier, au Sénat, on a vu se constituer une Union centriste, qui selon Jean Arthuis ne se veut pas devenir une "écurie présidentielle". Une indépendance. Même si ce groupe parlementaire ne parlera pas comme un seul homme, les députés MoDem ayant tenu à rappeler qu’ils entendaient bien être indépendants… dans cette indépendance (sous entendu pour les amateurs de complots ou autres gauchistes suspicieux, que si l’Union Centriste venait à trop se complaire dans un camp, elle pourrait choisir une autre voie comme le montre d’ailleurs l’élection pour la présidence de Sénat pour laquelle M. Bel a obtenu des voix inattendues…) Mais on le voit, la volonté du centre-droit de se démarquer de la marque, voire de l’héritage sarkozyen est fort.

D’aucuns penseront que Borloo, en voyant la situation empirer pour Nicolas Sarkozy, n’allait plus rien avoir à négocier pour les législatives. Sauve qui peut et chacun sauve sa peau ?

Toujours est-il qu’aujourd’hui les dés sont jetés. Hervé Morin voudra-t-il à lui seul incarner le centre-droit comme il l’avait laissé entendre début septembre ? Lui y croit plus que jamais. Mais comment ne pas incarner alors la candidature de "témoignage" qu’évoquait et refusait justement Jean-Louis Borloo hier soir sur TF1 ? L’avenir nous le dira.

Alors la saison Borloo est terminée, mais la série des présidentielles continue. Le meilleur en somme. A présent, place aux programmes, place aux projets, place aux candidats. Aux vrais candidats.

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 3 octobre 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : Présidentielles 2012
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:45

Se présenter à la présidentielle n’est pas qu’une formalité. Si on se bat au PS pour choisir qui représentera le parti, qui, avec l’UMP joue au jeu de la chaise musicale hégémonique, Mélenchon, Bayrou, éventuellement Borloo (mais rien n’est fait en fonction des projections législatives… ), Joly ou encore Boutin n’auront aucun problème à trouver leurs 500 parrainages parmi les 45.000 élus qui peuvent le faire, grâce à une implantation locale et historique.

D’autres candidatures plus ubuesques n’auront aucun espoir. Ce sera notamment le cas de Kenza Drider, qui persiste à porter sa burqa malgré une loi qui l’interdit. Madame Drider diffuse et tente de légitimer une vision de l’émancipation de la femme contraire aux valeurs de République française. Candidature sous la forme d’une provocation à nos institutions, comme un énième coup de boutoir dans les portes de la laïcité, comme jadis les collégiennes voilées de Creil. La condition des 500 signatures trouve donc ici toute sa pertinence et son obligation.

On se souvient que Nicolas Dupont-Aignan et Corinne Lepage avaient jeté l’éponge en 2007 dans leur quête. La seconde, qui prétendait malgré tout pouvoir réunir les 500 parrainages, soutint d’ailleurs François Bayrou, alliance rentable puisqu’elle lui valut un poste de députée européenne (ce que son micro parti CAP21 ne lui aurait jamais permis) avant de claquer la porte au Mouvement qui l’a nourrie. Même pas la reconnaissance du ventre.

Mais qui dit 500 signatures, dit Front National. Plus qu’un épisode, une série à succès qui a permis à chaque élection au chef historique de jouer l’air de la victimisation. Comment cela ? Celui qui réunit 15% des voix, entre 3 et 4 millions d’entre elles, ne pourrait pas se représenter dans une démocratie ? Et le Breton de radoter sa crainte de ne pas réunir les parrainages avant d’y parvenir in extremis et de faire le plein de voix…

Sauf que Marine Le Pen ne pourra plus nous jouer le même air de pipeau. Et pour cause : les Sénatoriales ont rendu leur verdict dimanche dernier et ont montré que si ce parti n’a pu remporter aucun siège (et comment le pourrait-il avec si peu d’implantation locale), il a augmenté de 144% son score par rapport à l’élection précédente. Plus 1252 voix contre moins de 500. Et encore. Seulement sur 50 départements !

Alors certes, le cortège des grands électeurs comprend des délégués qui ne pourront pas donner leur parrainage pour la présidentielle. Mais l'augmentation des conseillers locaux, et des maires sans étiquettes, compatibles avec le discours de Marine Le Pen, et surtout déçus du Sarkozysme, est telle, que cette fois-ci il n’y aura aucun suspense.

Vous me direz, quand on est accrédité de 18% d’intentions de vote c’est bien normal. Mais il faudra que Marine Le Pen lance un couplet différent pour cette nouvelle présidentielle. Histoire de faire la rupture définitive avec le père. Et ce ne sera pas évident de trouver aussi efficace rythmique.

 

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 1er octobre 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:40

La valse des livres politiques a déjà commencé. Les candidats vont se bousculer pour tenter de convaincre le chaland, quitte à délocaliser la fabrication du produit. À boire et à manger en somme. Mais en cherchant bien, il y a de quoi se mettre en appétit. Cette semaine sortait ainsi "Sanguines" de Philippe Meyer. Avec l’art de présenter les menus par les épices. Portraitiste, il a affuté sa plume piquante pour nous délivrer douze "croquis politiques".

Et en cette période de primaire socialiste, il est une personnalité qui n’a pas échappé à l’œil de Meyer : Martine Aubry. La maire de Lille qu’il affuble du néologisme de "menteresse".

Il s’en explique dans l’Opinion.com :

"Elle ne sait ni ce qu’elle est, ni ce qu’elle veut. Donc, elle se retourne très agressivement contre les gens qui se souviennent de ce qu’elle a dit la semaine avant et elle nie. Les psychiatres, dont je ne suis pas mais auprès desquels j’ai travaillé au début de ma carrière, appellent cela la paraphrénie confabulatoire, c’est-à-dire la capacité à croire ses propres mensonges."

Martine Aubry ne serait donc pas tout à fait menteuse, mais énoncerait des vérités évolutives. Une vision que partageait en privé François Hollande dès 2009, à en croire L’Express.

Savoureux décryptage et qui sonne juste quand on se tourne vers le passé récent, même en faisant fi des déclarations fracassantes que fit François Fillon il y a quelques mois :

 

 

On se souvient de son lapsus "quand je serai candidate" relevé par "Le Petit Journal" :

 

 

Mais que dire aussi, de sa volte-face sur l’âge de la retraite, passant de 62 à 60 ans pour flatter les cortèges, avant de dire qu’il ne fallait pas lui faire dire n’importe quoi… Un comble.

Moins connue, cette enquête réalisée pour Arte, par Ted Anspach, et intitulée "Quand la République se voile la face" (Doc en stock/Arte, 2008), sur la laïcité au cœur de Lille, où, on le sait, Martine Aubry avait accepté de réserver des créneaux horaires pour les femmes (en réalité, personne ne fut dupe : étaient principalement concernées les femmes voilées). Un documentaire où la maire de Lille semble gênée, comme poussée à la limite du mensonge sur la question de la fermeture de la piscine pour cause de "ramadan"... La main prise dans le pot de confiture ?

  

Lors de l'entretien (ou la promotion) de DSK par Claire Chazal, Martine Aubry fut démasquée sur le pacte de Marrakech, elle qui le contesta auparavant, ce qui fit les délices de la vindicative Ségolène Royal.

Alors, approximative, maladroite ou menteresse Martine Aubry ? Le peuple de gauche sera-t-il prêt à choisir une candidate à la vérité évolutive ? À lui de juger...

 

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 29 septembre 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : De l'opposition à l'alternance bipartite
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:29

Ah ! Elle est belle la sortie de Nicolas Sarkozy dans l’Oise ! Magnifique envolée dont lui seul a le secret.

Les enseignants parviennent à effacer leur différence, entre privé et public, et s’associent pour exprimer leur désarroi, leur malaise et disons le tout net leur ras-le-bol ? Qu’à cela ne tienne ! Le Président s’improvise apprenti sorcier ou médecin véreux c’est selon. A coups de grand discours, son scalpel, il creuse avec délectation et cynisme dans la plaie béante, pour rouvrir la fracture qui alimente les conversations de café, la guéguerre stérile entre privé et public.

Ecoutons notre président :

 


"Mon devoir de chef de l'Etat, c'est d'abord de penser aux ouvriers, aux salariés, aux cadres qui sont lancés dans la compétition internationale et qui ont besoin du soutien de l'Etat, plus que de penser à ceux qui ont un travail difficile mais qui ont un statut qui les protège."

Les professeurs n’auraient donc pas un travail difficile ? Pire, ils n’auraient à l’entendre pas "tant de travail" ? La sécurité de l’emploi devient-elle un soutien quand on arrive le matin la boule au ventre parce que l’on a peur, peur des élèves, peur de travailler, peur d’être muté loin de son foyer ou de devoir faire 40 heures de présence, car oui Monsieur, certains collègues sont sur plusieurs établissements et remplissent la digne tâche de bouche-trous ?

Etre humilié au sein de la classe, quand la porte est fermée, que les quolibets volent autant que les craies et les bouts de gomme, puis à nouveau en passant le portail quand certains de ceux que vous voulez nous opposer, viennent chercher leur charmante tête blonde, enivrés par votre rhétorique diabolique,  vous regardent de haut en lâchant : "regarde moi cette feignasse"… Tout ceci n’exposerait donc pas les enseignants !

Mais quelle obscénité ! Oui, Monsieur Sarkozy vos propos sont indécents. Indignes et populistes. Provenant d’un homme à bout de souffle qui n’en finit plus de prendre soufflet sur soufflet. Une attitude désespérée et pathétique.

Est-ce donc cela le rôle d’un président ? De traiter avec mépris une profession qui est exaspérée et dont la vocation est un investissement pour l’avenir de la jeunesse ? De mettre les Français dos à dos ? Mais quelle conception avez-vous de la digne fonction, sacrée, que les Français, pas moi, mais une majorité de Français vous ont permis d’exercer ?

"Diviser pour mieux régner" serait-il devenu la nouvelle devise de la République puisque celle qui proclame "Liberté, Egalité, Fraternité" est traînée avec constance dans la boue au point de paraître dérisoire voire méprisable pour vous, simple locataire vacant de l’Elysée ? Auriez-vous l’impudence de trahir nos valeurs quand vous ne pouvez au mieux prétendre qu’à un bail renouvelable une fois ?

Séparation !  Vous n’avez que ce mot à la bouche. Enfin, que ce mot... quand cela vous arrange. Parce qu’à voir Monsieur Hortefeux faire fi du secret d’instruction, après avoir déjà cru bon, quand il fut Ministre, d’estimer que la Justice ne faisait pas son travail, en digne héritier dans la droite ligne de vos prouesses… et en guide de son successeur, Monsieur Guéant, à propos notamment de la Cour des Comptes, on se dit que Montesquieu doit se retourner dans sa tombe !

Et ne parlons pas des atteintes portées à la liberté de la presse, entre les affaires de fadettes et de chasse à l’homme, ou encore quand on sait les connivences que vous entretenez avec les grands Industriels qui détiennent les grands groupes de presse, symbolisées par cette fameuse soirée du Fouquet's où pas un ne manquait.

Et ne parlons pas des affaires...

Mais dans quelle République vit-on ? Monsieur le Président, vous êtes le Président des Français. De tous les Français. Vos partis pris font honte à notre héritage et à nos valeurs.


Séparez les pouvoirs au lieu de séparez les Français.


Mais ne vous inquiétez pas, on ne vous oubliera pas.

 

Et surtout, vous, n’oubliez pas d’exaucer le vœu que vous confessâtes à un cénacle quand vous étiez alors postulant à la fonction suprême, et qui est immortalisé dans le film La Conquête : ne faites qu’un mandat et allez faire du fric !  Allez diviser pour mieux régner. Et surtout, loin de nous.

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Parti de la Monarchie
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:25

Aujourd’hui est un jour historique. Pour la première fois depuis les années 1980, enseignants du public et du privé sont appelés à faire grève. Un appel unitaire rare. Pour ne pas dire unique.

Un moment que Luc Chatel préfère banaliser, ringardiser et même ironiser avec l’irrespect d’un barbare qui n’a rien compris et qui n’a pas les mots pour le dire : "Une grève fin septembre dans l'Éducation nationale, ce n'est pas révolutionnaire."

Révolutionnaire ! L’homme n’a visiblement pas peur des fards trop rouges pour façonner sa caricature. Ministre cosmétique de l’Éducation, Luc Chatel s’enorgueillit du maquillage qui tient lieu de feuille de route pour l’école, en prétendant assumer les suppressions. Fond de teint tapageur sur un visage émacié sous lequel on distingue le squelette dépecé de l’Éducation nationale. Bientôt il ne restera plus rien de l’os.

Et pourtant, il aurait dû comprendre que cette grève, elle le vaut bien (pour reprendre l’adage de son ancien employeur qui n’aurait pas dû se séparer de ce cadre, précieux, pour qui la gestion comptable l’emporte sur la qualité). Une aubaine pour le marketing. Une irresponsabilité dès lors que l’on touche l’éducation de nos futures générations.

Aujourd’hui, l’argument brancardé depuis 2002 par la droite comme quoi il y aurait trop de profs ne tient plus. La rentrée de septembre annonce encore et toujours moins de professeurs quand il y a plus d’élèves, notamment au collège, conséquence du baby boom du début des années 2000.

D’ailleurs, comment expliquer que l’on ait recruté davantage d’enseignants dans le primaire jusqu’en 2009, et qu’une fois devenus adolescents, les collégiens voient le nombre d’enseignants diminuer au collège ? Le mirage de la démographie n’a dès lors plus de sens.

Certains évoquaient des économies nécessaires. Mais cet argument tient-il la route quand on connaît le budget de la France (160 milliards par an), sa dette (1600 milliards) et quand on compare cette montagne de chiffres à la goutte d’eau dérisoire qu’a représenté la suppression de postes sous la lustre sarkozyenne, comme le souligne fort justement François Bayrou dans son dernier livre : 500 millions d’euros ! Une goutte d’eau pour les finances publiques, un abîme pour l’investissement pour l’avenir.

Pour autant, le malaise des enseignants se résumerait-il à une question de moyens comme le claironnent les socialistes depuis des années, Hollande proposant même de rétablir sur cinq ans les 70.000 postes supprimés ?

Ne faudrait-il pas, en premier lieu, revaloriser une profession qui, tout comme les médecins, peine à trouver des volontaires, puisqu’en 2011, 1000 postes au CAPES sont restés non pourvus ? La vocation ne fait pas légion. C’est dire l’état de crise.

Humiliés, rabaissés plus bas que terre, assimilés au chancre de la société, les enseignants ont vu véhiculer sur eux tant de clichés nauséabonds, du fainéant, au refus d’évoluer, en passant par les gracieuses vacances ("et ils voudraient encore se plaindre", entend-on…) qu’ils n’ont plus la foi.

L’idéologie portée aux nues par Jospin, Chevènement et insufflée par Mérieu, l’élève au centre, a fait une victime collatérale : le professeur qui n’était plus qu’un écrou dans le montage que l’on pouvait placer, remplacer et même façonner comme bon leur semblait.

Et la gauche semble être elle aussi atteinte d’anosognosie quand elle prétend n’être nullement responsable des maux de l’école, attribuant l’entière responsabilité de la déchéance du système scolaire sur la droite.

Un symbole et non des moindres : dans son livre Lionel raconte Jospin, l’ancien ministre de l’Éducation évoque, dans l’incipit, sa jeunesse. Et quelle ne fut pas ma surprise d’y lire une confession pour le moins étrange : "En sixième, j’étais dans 'une classe nouvelle', avec des méthodes non directives. Cela ne m’a pas réussi."

Ah oui ? Parce que les méthodes non directives ont réussi aux élèves après les réformes pédagogiques de 1989 ? L’autorité s’est-elle affirmée dans l’école républicaine du XXIe siècle ? Pourquoi avoir fait appliquer cinquante ans plus tard ce qui ne fonctionnait déjà pas à l’époque ? Mystère.

 

La question de l’école et des enseignants n’est donc pas qu’une question de moyens :

- Il est devenu depuis trente ans interdit de parler d’emploi du temps qui conviendrait à l’enseignant, car ce qui compte, c’est l’élève.

- Il est interdit de parler de liberté pédagogique, car l’enseignant est un exécutant qui doit appliquer à la lettre les directives ministérielles, même quand celles-ci ont asséché la transmission des savoirs au profit de notions abstraites, au jargon ronflant qui met tant en valeur les pédagogues en herbe. À tel point qu’un élève de troisième sait reconnaître un narrateur omniscient… mais il ne sait pas conjuguer le verbe être au passé simple.

 

Le professeur a perdu sa liberté pédagogique, et rien à l’horizon ne peut le rassurer, quand droite et gauche s’accordent comme larrons en foire pour changer la mission des enseignants, et proposent que l’autonomie des établissements passe par le transfert des responsabilités pédagogiques, des inspecteurs aux chefs d’établissement. On imagine un ancien CPE ou un ancien professeur de SVT devenu personnel de direction avoir un avis sur la pédagogie à mener en cours d’anglais…

Alors il est temps de le rappeler inlassablement quitte à se répéter. Non, le malaise des professeurs ne se résume pas à une question de moyens. Non, le malaise des professeurs ne provient pas seulement du dépeçage opéré par les Sarkoboys. C’est bien plus profond que cela.

Et la gauche qui s’estime naturelle et légitime sur la question de l’éducation ferait bien de s’interroger sur sa part de responsabilité. Car ce n’est pas parce que l’on fait partie du camp des progressistes que l’on est dispensé de se remettre en question.

 

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 27 septembre 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : De l'éducation
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:22

La Sénatoriale a rendu son verdict. Et le constat est amer pour la majorité présidentielle : pour la première fois de l’Histoire, la gauche devient majoritaire au Sénat.


La droite est plus moribonde que jamais. Les 5 ans de Sarkozysme n’auront connu finalement qu’un seul bol d’air : les européennes de 2009. l’UMP s’en sortit sans trop de dégâts quand le PS buvait une tasse historique face au tsunami Verts.

A huit mois de la présidentielle, l’avertissement est clair d’autant que les sénatoriales concernent les grands électeurs, composés notamment des élus et de leurs délégués. La droite ne maîtrise même plus sa base d’élus, devenue incontrôlable. Même les zones rurales, habituellement proches de la droite, ont manifesté leur mécontentement. Un lourd tribut payé aux échecs successifs aux élections intermédiaires et notamment aux municipales 2008, une droite qui ne se retrouve pas dans la marque présidentielle et une réforme territoriale qui a beaucoup fâché.

Le PS et à un degré moindre les Verts sortent grand vainqueurs et ragaillardis pour la dernière ligne droite des présidentielles. Jamais sénatoriale n’aura autant fait de bruit. Et à vrai dire, jamais elle n’avait pu annoncer des lendemains qui chantent…

Pour autant, la gauche devra bien se garder de tout triomphalisme.

D’une part, elle doit désigner un candidat, même si Jean-Pierre Bel semble bien parti pour être celui-ci, et veiller à ce que le vote au Sénat se passe comme l’imaginent les projections, ce qui rappelons n’est pas aussi clair que dans les conseils municipaux et généraux, car bon nombre d’élus sont sans étiquette ou en tout cas sans l’étiquette PS (classés "divers gauche" voire "non inscrits").

D’autre part, si quantité d’élus accompagnés de leurs délégués n’ont pas rallié la cause de l’UMP, s’engouffrant dans le tumulte d’une droite séparée parfois sur plusieurs listes, la gauche a donc profité d’un scrutin à la proportionnelle. De la même manière, la poussée de la gauche est mécanique puisqu'elle a remporté toutes les élections locales intermédiaires.

Les grands électeurs n’ont donc pas signé un blanc-seing à la gauche. Ils ont juste mis en lumière l’état de la droite après cinq années de Sarkozysme. Valétudinaire. De quoi donner des forces à tous ceux qui ne partagent pas les valeurs portées par le président de la République depuis la dernière lustre. Mais la gauche le sait bien, elle n’est pas la seule à être légitime sur ce créneau…

 

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 26 septembre 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : De l'opposition à l'alternance bipartite
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:16

Il fait partie de son cercle. Celui des gars de la Marine. Et même plus. Et pour cause : en plus d’être Mariniste, Louis Aliot est le compagnon de la présidente du FN. Et ils ne souhaitent pas s’étendre trop sur la question, même si c’est un secret de polichinelle. Mais plus que cet aspect de la vie privée, qui ne revêt aucune importance (encore qu’avec le Front national, on reste comme toujours en famille au point d’en faire un Front familial comme le remarquent judicieusement Fiametta Venner et Caroline Fourest dans Marine Le Pen), il est intéressant de noter que ce personnage discret nationalement, prend une place de plus en plus importante dans le parti. 


Au point de faire de lui la véritable tête pensante de ce nouvel FN dédiabolisé, pour lequel il œuvre tant. Mais qui est véritablement Louis Aliot ? En quoi incarne-t-il à la perfection ce nouveau FN, à la cosmétique impeccable, mais dont la rhétorique ne sert que de tapis pour cacher la poussière, lourd héritage des fondamentaux sulfureux de la ligne dure du parti ?

Première impression : un homme débonnaire à l'accent d'ovalie

Tous les articles qui évoquent cet homme venu de l’Ariège n’y échappent pas : la première chose qui marque les esprits en voyant Louis Aliot, c’est le rugbyman, l’accent d’ovalie qui chatoie les oreilles, son caractère débonnaire en somme. Plus intéressantes restent les raisons qui l’ont poussé à venir au FN. Des raisons personnelles tout d’abord, puisque sa mère est originaire de Bab El-Oued, "le quartier du petit peuple à Alger-, un milieu où l’on voue une reconnaissance éternelle à Jean-Marie Le Pen pour sa défense de l’Algérie française dans les rangs des parachutistes. Elle fait partie de ces pieds-noirs qui considèrent que ‘Le Pen ne [les] a jamais lâchés’" apprend-on dans Le Système Le Pen, livre co-écrit par Caroline Monnot et Abel Mestre, journalistes au Monde, publié la semaine dernière. 

Mais aussi, un fait divers qui fit tant de bruit en 1990 : la profanation des cimetières juifs de Carpentras. Le FN est alors mis en cause… non sans raison. Car non content d’abriter alors tout ce qui se fait de plus sombre dans l’extrême droite française, le FN fut marqué éternellement au fer rouge par la célèbre saillie de son président sur le détail de l’histoire. Une accusation qui révolta Louis Aliot déjà marqué par les crachats qu’il avait reçus des contre-manifestants lors d’un meeting de Le Pen lors des présidentielles de 1988 : "Je me rendais bien compte que ce n’était pas le FN qui était à l’origine de cette affaire. Tenter de manipuler l’opinion sur une affaire aussi dégueulasse, et tenter de coaliser contre un parti politique qui n’avait aucun pouvoir, ça m’a toujours paru détestable" confie-t-il aux journalistes du Monde.

 

L’homme parait donc en rupture avec l’antisémitisme qui semblait coller à la peau du Front national, un peu à l’image de Marine Le Pen qui se lasse d’avoir à justifier les dérives de son père. D’ailleurs, il tient à préciser que son adhésion au FN intervient après l’affaire du "détail". Pour autant, comme sa compagne, sa fidélité est sans faille pour celui qui est et demeure le Président d’honneur du parti : "c'est compliqué. Moi, je suis rentré au Front après le 'détail' parce que je considère que dire ce que Jean-Marie Le Pen a dit ne remettait pas en cause le reste." Au point de renverser la vapeur et d’affirmer sans nuance que Le Pen n’a qu’un mot à se reprocher quand Mitterrand a lui mis les mains dans le cambouis de la collaboration. L’histoire selon Monsieur Aliot, ça se prend avec des gants.

 
Raciste ?

Une autre image qui colle à l’image de ce parti est celle du racisme. Un poncif, selon lui, qu’il réprouve bottant en touche : "Faux. Sinon, on serait interdits." Et Aliot de tenter la transformation de l’essai : "On apparaissait comme un parti de fachos, on ne l’a jamais été".

Pourtant, sous ces airs d’enfant de chœur, Louis Aliot se révèle être plus tourmenté sur la question. C’est en tous cas ce qu’affirme sans la moindre ambigüité Jean-Claude Martinez, qui fut, ancien vice-président du parti et suspendu en 2008 pour félonie, comme son ennemi intime dix ans auparavant Bruno Mégret :  "Il ne sait pas dire une phrase sans ‘melons’. Un jour, il a piqué une colère terrible contre Bompard, parce qu’on le voyait en photo avec des Arabes, ‘au milieu des melons’ comme il dit. C’est rupestre chez lui. Pariétal" confie-t-il à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Il n’est pas bien sûr que le terme de "melons" pour qualifier les Arabes fasse de vous un raciste oseront certains, mais il est encore moins sûr que vous passiez pour quelqu’un d’immensément tolérant…

Par ailleurs, cet homme que l’on décrit comme propre sur lui, le FN version VRP, comme le titrait même les Inrocks, cache une nature pour le moins bouillante… Lors du Congrès de Tour, il faillit en venir aux mains comme le révèlent Caroline Monot et Abel Mestre : "Plusieurs personnes ont dû le calmer, lorsqu’au Congrès de Tours, le cadre frontiste Farid Smahi a accusé la nouvelle présidente d’être 'racialiste' et de 'rouler pour le lobby'. Louis Aliot n’était pas loin d’intervenir physiquement."


Déjà en 2009, Monsieur Serrano qui était en campagne pour le MPF contre Monsieur Aliot dut subir des tourments au point de porter plainte contre lui, se réservant d’en faire autant contre sa mère, qui est venue lui prêter main forte pour l’occasion : "Le MPF déplore que, sans vérification préalable des faits, le nom et les coordonnées de M. Serrano aient été jetés en pâture à la presse et aux militants frontistes, dont les plus excités s’en sont déjà pris à son épouse de façon particulièrement injurieuse."


Et le communiqué d’évoquer "des attaques personnelles d’une violence rarement atteinte dont ils dont l’objet de la part d’un site Internet placé sous la responsabilité directe de M. Aliot, (…) des injures dont Mme Aliot les a agonis, lesquelles, adressées à d’autres, seraient qualifiées d’homophobes."

Des méthodes quelque peu radicales tout de même, qui dressent le portrait d’un homme complexe. Les souvenirs de ses adversaires politiques l’ayant côtoyé dans les différentes assemblées laissent cette même impression, entre l’un qui évoque un "personnage assez banal, sans grand charisme, mais sans outrance", un autre qui précise que ses "dossiers étaient bien préparés. Il n’était pas dans la provocation comme certains de ses collègues", quand un dernier, plus suspect lâche : "sous ses dehors lisses et affables, c’est un théoricien dur de la vieille droite maurassienne et Action française. ll met mal à l’aise par cette capacité à défendre des idées excluantes avec une approche 'sympathique'."


C’est du reste ce que l’on retient de lui quand il évoque les limites de la dédiabolisation : "Il y a une bonne et une mauvaise diabolisation. Être décrié pour notre discours sur l’immigration et l’islam, ça ne me pose absolument aucun problème !"

Défenseur d'une ligne laïque dure

Difficile de cerner donc ce personnage qui fait dire aux journalistes du Monde : "mélange à la fois ‘moderne’ et ’tradi’". Singulier en effet que cet homme qui défend une ligne laïque dure, et qui affirme "je suis catholique mais je le garde pour moi", coupant avec l’héritage sulfureux de Bernard Anthony… tout en invitant les militants du Front national à défiler à la marche pour la vie en janvier dernier :  "Louis Aliot demande aux sympathisants et aux adhérents du Front national de se joindre à la Marche pour la Vie organisée le dimanche 17 janvier (14h30 place de la République), à l’initiative du collectif En marche pour la Vie , regroupant de nombreuses associations de défense de la Vie et de la famille."


Étonnante invitation, envoyée le lendemain du Congrès de Tours où il avait terrassé Bruno Gollnisch, un fidèle de cette marche inspirée par Madame Boutin. Une marche loin d’être dénuée de religiosité puisqu’elle réunit autour de la cause provie, franchement traditionaliste, quantité d’évangélistes, de pentecôtistes et autres traditionalistes… Inviter ses militants dans une marche où l‘on sanctifie le caractère sacré de la vie, où l’on compare l’IVG à un génocide "au nom de la vie qu’a donnée Dieu" n’est assurément pas neutre…

L'incarnation d'un Front national lissé.

Louis Aliot est donc bien à l’image de ce nouveau Front national. Une plastique aguichante, un verbe plus chatoyant que les diatribes style troisième empire de l’ancien chef, un antisémitisme disparu (point commun chez les cadres les plus en vue)… mais à côté de cela une odeur nauséabonde entoure toujours certaines idées brunes qui ne correspondent pas tout à fait à ce que l’on attend de nos représentants de notre République. 

La haine semble toujours présente, même terrée dans le discours du FN, comme le montre cette déclaration pour le moins choquante qu’il fit à Lampedusa, le 14 mars 2011 aux cotés de Marine Le Pen, comme le révèlent Caroline Monnot et Abel Mestre : "Les clandestins dans leurs barques vous les plaignez, vous ne plaigniez pas les rapatriés de 1962". Œil pour œil, dent pour dent ? On soupçonnait Jean-Marie Le Pen de régler ses comptes avec l’Histoire. Il n’est pas bien sûr que Louis Aliot, son, nouveau gendre, en fasse autrement.

 

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 20 septembre 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Vendredi 16 mars 2012 5 16 /03 /Mars /2012 20:12

En janvier dernier, Plantu avait créé une polémique sans précédent, en signant une caricature mettant côte à côte Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon pour dénoncer un front commun du populisme. Une grande émotion s'en était suivie.

Le croqueur du Monde avait-il dépassé les bornes ? Sans doute. Car cela revenait à prétendre qu’au-delà de la forme, il y avait connivence sur le fond. Or jusqu'à preuve du contraire, les nauséabonds restent toujours du même côté de la barricade.

Pour autant, l'épisode aurait dû inciter le leader du Front de gauche, choisi entre temps pour représenter également le Parti communiste à la présidentielle, à davantage de nuance dans le discours.

L'été est passé. Mais Mélenchon est resté le même. Incurable.

La fête de l'Huma a marqué, ce week-end, sa véritable rentrée politique. Mise en scène de rigueur. Alors qu'il craignait certainement les retombées désastreuses pour sa mise en lumière du débat des socialistes qui sembla passionner les Français, il commença par attribuer ses bons et ses mauvais points en appréciant l'assiduité de ses anciens collèges de la rue de Solférino.

Mais que dire de l'interview qu'il donna à la presse ce samedi ? Il suffit de lire et relire, interloqué, le titre de l'article de Libération pour en avoir le cœur net : "Mélenchon appelle les Français à 'allumer le feu dans tout le continent'."

Phrase sortie du contexte pour accrocher le lecteur ? Pas du tout ! Le leader du Front de gauche qui glisse une prétérition de taille, "Je ne vous parle pas comme un tribun" (sic !), annonce la couleur : "Nous avons des mesures techniques pour dompter la finance et la prendre à la gorge (…) Lorsque je vous parle de ces sujets, je ne vous parle pas comme un tribun ou un propagandiste (…) mais comme quelqu’un qui gouvernera ce pays (…) et qui appliquera ce qu’il y a à faire."

Puis Mélenchon de conclure : "Nous allons non seulement lancer une révolution citoyenne pour notre patrie (mais) nous allons allumer le feu dans tout le continent !"

Allumé Monsieur Mélenchon ! Mais comment accepter de lire pareille métaphore dans la bouche d'un candidat qui aspire à la présidence de la République ? N'y avait-il pas un choix plus judicieux de l'image que celle du feu qui rappelle de funestes souvenirs, encore si vifs dans nos esprits ?

La formule de Monsieur Mélenchon est parfaitement irresponsable et viendra encore alimenter ceux qui glosent à l'envi sur les affres du communisme dans l'histoire pour l'appliquer sur le PCF et le Front de gauche. Comparaison n'est pas raison, mais où est la caricature ? Surtout que la phrase survient le week-end où des employés se sont cru légitimes à séquestrer des responsables d'un groupe industriel.

La fin justifie-t-elle les moyens ? L'épisode est d'autant plus savoureux que samedi soir, dans On n'est pas couché, Monsieur Mélenchon a été questionné sur un slogan du Parti communiste utilisé à la Fête de l'Huma, à propos d'une boite d'allumettes au titre vaguement ressemblant... L'émission fut enregistrée vendredi, et le président du Front de Gauche n'en avait pas encore eu écho... mais ne tardait pas à justifier pareil message et, pire, à renvoyer à Audrey Pulvar le cliché lui-même insufflé par le PCF ! Un comble !


Serait-ce le message "citoyen" envoyé par l'extrême gauche pour la présidentielle ? Parce qu'il ne fait aucun doute que la métaphore n'a pas été choisie au hasard au regard de ces images : Mélenchon a nourri lui-même cette ambiguïté. Lui qui refuse la vision de ceux qui prédisent du sang et des larmes pour combattre la crise n'avait pas encore dit qu'il était prêt à retenir tout de même la moitié de la formule...

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 18 septembre 2011

Par Yves Delahaie - Publié dans : Présidentielles 2012
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