D’aucuns pensaient, Christine Boutin, que vous aviez changé. Que vous n'étiez plus l'illuminée qui brandissait la Bible dans l’Assemblée Nationale, en griffant de son chapelet la
laïcité dans le ventre même de la République. À l’époque, enfiévrée à l’idée que la République puisse faire appliquer un de ses trois
piliers, à savoir l’égalité, au bénéfice de ceux qui, deux décennies auparavant étaient encore considérés comme des malades mentaux, relents bibliques de Sodome et Gomorrhe, vous aviez montré que
vous n'étiez pas tout à fait la sainte vierge, mais davantage un Léviathan…
Puis vous vous calmâtes, presque rentrée dans l’anonymat. Presque. Votre passage au ministère du Logement et de la ville fut surtout marqué par une collocation mal vécue avec Fadela Amara… la prospérité n'en retiendra peut-être pas autant...
Vous aviez même réussi à faire pleurer les chaumières en acceptant de travailler bénévolement après une violente polémique ou encore après vous être plainte du traitement que l'on vous réserva pour vous limoger sans égards...
Pour autant, vous priiez en silence, car, sous le voile, vous n'avez jamais cessé de penser à Lui. Lui qui est aux cieux. Au point de vous entourer d’un cabinet très catholique à en croire Le Monde. Mais pas de quoi nous émouvoir comme au temps du PACS… Vous aviez même refusé l’honneur d’être ambassadrice du Vatican, parce qu’à vous entendre, vous en aviez ras-le-bol d’être la catho de service… confession relevée dans un livre au titre qui revendiquait le droit de changer : "Je ne suis pas celle que vous croyez"…
Ah oui ?
Et pourtant, n’est-ce pas vous, Christine Boutin que l’on a vue camper sur des positions réactionnaires, condamnant tour à tour l’IVG et le mariage homosexuel, au prix d’un cinglant "pauvre garçon" dans une émission satirique à une heure de grande écoute ce lundi ?
N’est-ce pas vous que l’on entend évoquer les mêmes arguments que ceux que l’on entend à la Marche pour la Vie (vous ne saurez jamais s'il serait devenu le futur Einstein...), marche que vous avez inspiré avec votre appel en 1995 de l’Union pour la vie ? Des manifestations où l’on encense un professeur qui diffuse des tracts pro-vie en des films montrant des fœtus ensanglantés en cours, comme on le vit dans le reportage, Les petits soldats contre l'avortement, et où l’on ne laisse pas le choix, puisqu'on demande l’abrogation d’une loi qui le laisse lui aux femmes !
N’est-ce pas vous qui publiez sur votre blog, et dans le cadre de votre campagne présidentielle ces incroyables propagandes qui font croire que l’Education Nationale ferait un quelconque prosélytisme pour les Gender Théories, quand elle tente juste de montrer ce qu’est réellement la vie et non l’existence fantasmée dans le Jardin d’Eden ? "Tu seras une femme mon fils", dites-vous en parodiant Kipling.
Je vous accuse Madame, de vous faire le porte-parole des chrétiens intégristes.
Je vous accuse Madame de continuer le combat que vous avez commencé en brandissant une Bible dans l’Assemblée.
Je vous accuse Madame, en tant qu’élue, de ne pas respecter les piliers de la République que sont la liberté et l’égalité.
Et que dire de votre respect de la fraternité quand vos semblables ne sont pas les citoyens mais seulement ceux qui partagent vos idéaux ?
Et bien évidemment, je vous accuse, Madame, d'être le pire défenseur de la laïcité en France.Au point d'en être un des fossoyeurs les plus actifs à voir votre action politique gangrenée de la sorte.
Dans le Nouvel Observateurde Novembre 1998, vous affirmiez "je suis d’abord catholique avant d’être élue". Et vous prétendiez avoir changé ?
Non, madame, vous n’avez pas changé. Et il est inconcevable que vous puissiez, avec pareil passeport, prétendre représenter l’ensemble des Français. L’élection présidentielle n’est pas pour vous. Et coupables seront ceux qui vous accorderont leur signature de soutiens. Car il n’est plus question de liberté d’expression. Mais de séparation des pouvoirs (spirituel ici), d'éthique et finalement de morale, une question qui vous est pourtant si chère.
Publié dans Le Plus Nouvel Obs, le 13 septembre 2011
Il faut se méfier de l’eau qui dort. Et si Dominique Paillé n’avait qu’une notoriété vaguement parisienne dans le microcosme politique avant 2008, sa nomination en qualité de
porte-parole de l’UMP a fait de lui une star… du Petit Journal.
Dodo le gentil, qui peine à trouver une place derrière l’encombrant Frédéric Lefebvre, l’homme dont les trouvailles tant littéraires du côté de chez Zadig et Voltaire que sociologiques quand il explique sérieusement que l’augmentation du chômage en France s’explique par la hausse de la natalité, remettent en cause la recherche sur le cerveau, s’était offert une image débonnaire à peu de frais.
C’est pourtant mal connaître cet homme au CV assez surprenant. Ou au casier assez surprenant.
Mis en cause dans les conséquences de l’affaire du scandale de le MNEF, Dominique Paillé fut relaxé mais d’aucuns estiment qu’il traîne "la réputation d'avoir laissé quelqu'un d'autre payer à sa place", si l’on en croit un article du Monde daté de 2007 et dont le titre en dit long sur le personnage : "Dominique Paillé le centriste indocile"…
On notera aussi pêle-mêle une condamnation à une peine de dix mois de prison avec sursis et 30.000 euros d’amende, pour "abus de confiance" pour une triste histoire de confusion… En effet, il a juste prélevé 40.000 euros pour ses voyages privés et des dépenses personnelles dans les comptes de l'association Appel Europe, qu'il avait créée. Une bagatelle en somme. Ajoutez à cela une nouvelle condamnation par les Prud’hommes, après les poursuites d’un de ses collaborateurs. Sanction qui ne fut pas suivie d’un appel. Comme un aveu ?
Non décidément, Dominique Paillé n’a rien du gendre idéal. Il serait plutôt un homme de main, qui fait feu de tout bois de tout ce qui se trouve sur son chemin. Ou de celui de ses gourous.
Non qu’il n’apprécierait pas la gloire en solitaire, mais l’homme n’est pas assez talentueux pour tenir pareil rôle. Un homme de l’ombre qui s’épanouit tant dans le soufre des
coulisses qui lui sied davantage que les projecteurs. Ses maîtres ont eu pour nom Michel Rocard, François Bayrou, Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, il se prénomme Jean-Louis Borloo.
Parce qu’il faut bien avouer que Dominique Paillé c’est un peu le Eric Besson du centre… Centre de circonscriptions électoralistes, il va sans dire. Si Besson donna ses lettres de noblesse à la traîtrise en lui offrant son Ecole, l’Université Judas, il a incontestablement trouvé en Dominique Paillé le Doyen idéal, et fidèle - c’est un comble dans une telle institution - à ses idéaux.
Docteur es Agressivité pavlovienne, il manie si bien la rhétorique, qu’il lui suffit de changer l’ordre de ses chèques en bois, langue de bois s’entend, pour faire œuvre de nouveauté. Le disciple a un don tel, que l’on ne sait plus très bien qui des deux est le maître.
Ainsi en 2009, Nicolas Sarkozy lui confia une mission de poids pour écraser le moucheron qui l’empêchait de jouir en toute quiétude du blanc-seing qu’il estimait détenir depuis un fameux soir du 5 mai 2007.
Alors que François Bayrou allait sortir Abus de pouvoir,une charge aussi violente qu’argumentée sur les errances et les hérésies du premier président de notre Monarchie élective, on demanda depuis l’Elysée à Paillé d’être dans le feu de l’action et de faire feu de tout bois… Les Habits neufs des Faux-Centristes entendaitfaire la lumière sur la véritable personnalité de François Bayrou.
Un brûlot annoncé. Un feu de paille au final, puisque la comparaison entre les deux livres ne tint que le temps de l’annonce médiatique de sa sortie… Dominique Paillé ne vendit qu’à peine plus de 1.000 exemplaires de son pamphlet quand François Bayrou dépassa les 64.000 exemplaires la même année…
Mais l’on aurait tort de mettre à la corbeille cette prose sous le seul prétexte qu'elle se sclérose dans le manichéisme. L’ouvrage vaut le détour. Ne serait-ce que pour
y savourer la subtile alliance infusée par une police de caractère faisant écho au célèbre Oui-Oui(qui laisse à penser que l’on a enfin pensé aux malvoyants en écrivant un livre !) et une pléthore de pages blanches précédant et succédant les chapitres
qui transforment cet opus en excellent compagnon de plage pour y écrire son journal intime ou la liste de ses courses.
Mais aussi, en y prenant le recul du temps. Horloge, Dieu sinistre, effrayant impossible, dont le doigt nous menace et nous dit Souviens-toi(nécessité des temps qui courent : ceci est un emprunt à Charles Baudelaire, une intertextualité sans tentative d’appropriation…). Car si Dominique Paillé confessait au fil des pages qu’il était athée, comme pour mieux se démarquer de sa victime, il mentait. Au fil des pages. Paillé avait alors un Dieu : Nicolas Sarkozy. En Sarkidolâtrie pieuse, nul ne lui arrivait alors à la cheville.
Il faut dire que bon prince, le Roi avait été généreux : Paillé, rougie par la fessée reçue aux législative de 2007, avait reçu, pour sécher ses larmes, un poste de responsable au sein de l’UMP… Un geste qui n’aurait pu rester impayé de retour… pas de virement via son association cette fois-ci mais un livre comme monnaie de singe.
Et puis il y eut cette fameuse page 142 (je peux me permettre de l’indiquer avec précision car il n’y a aucun risque que l’opus ne connaisse une réédition, a fortioride poche…). Il faut relire ces mots, accusateurs, qui pointèrent de la plume celui qui avait causé sa perte aux législatives. Son nom ? Jean-Louis Borloo !
"Les résultats du premier tour de l’élection législative n’avaient pour moi rien d’inquiétant, et pourtant ! Les annonces de la TVA sociale par Jean-Louis Borloo, le soir même de ce vote (…) m’ont très rapidement préoccupé".
Et Paillé de poursuivre : "Quand Jean-Louis Borloo m’a rendu visite deux jours après, il a comme moi mesuré les dégâts de son annonce".
Sans doute est-il nécessaire de rappeler au lecteur, que sa défaite tient sans doute autant à la bourde de Borloo, qu’au simple fait que sa vision de la politique locale a de quoi laisser perplexe : au fil des pages, Paillé s’enorgueillit de n’avoir jamais quitté Paris ou presque depuis ses années étudiantes… L’on comprendra davantage le choix des électeurs de la 4ème circonscription… des Deux-Sèvres !
Mais pour Paillé, il faut un responsable. Et en qualité de porte-flingue du Président, il se devait de rappeler les choses. D’ailleurs, est-ce pour cela qu’au début de cette année il avait sagement conseillé "à son ami" Borloo de ne pas se présenter à la Présidentielle ?
Sans doute. D’autant qu’il réservait l’exclusivité de sa déférence à Nicolas Sarkozy à l’en croire sur parole. Paroles d’évangile ?
Evangile selon Judas !
Quelques mois plus tard, il se rapprocha de l’homme de Valenciennes, celui qui lui fit perdre son siège de député, sans doute aidé par des sondages catastrophiques pour le sortant, qui laissaient entrevoir des négociations serrées pour les législatives 2012 en cas de victoire serrée, ou mieux pour lui, en cas de débâcle Sarkozyenne… Lui qui dénonçait les "Habits neufs des faux centristes" retourna sa veste plus vite que son ombre en se revêtant des oripeaux de l’opposition.
Mais faisant d’une pierre deux coups, il recycla de vieux discours sur son ancien gourou,
les dépoussiérant suffisamment pour offrir une place de taille à son
nouvel ennemi : Nicolas Sarkozy. Bayrou et
le locataire de l’Elysée auraient donc pactisé ! Et si le chaland n’avait pas été hameçonné, porté par les temps insouciants des vacances, le voilà au repêchage.
Hérésie à la vue du parcours de Béarnais qui l’a dit et le répète ne renie en rien de ce qu’il a écrit dans Abus de Pouvoir.
Qu’à cela ne tienne, porte flingue un jour, porte flingue toujours, Paillé jadis l’homme de main de Sarko, devient l’homme de paille de Borloo. Et toujours le sale boulot.
Ecran de fumée pour masquer les larcins, comme les vols les plus improbables, pour détrousser celui dont il prétend débusquer les accords secrets… Il ne faudrait pas avoir la mémoire courte, car il ne fait pas bon de faire les poches du Président du MoDem.
A force de jouer avec le feu,Dominique devrait prendre garde de ne pas rester sur la paille.Car rien ne dit que, du côté de Borloo, on aille au bout de la bataille. Et un porte flingue sans client à protéger, c’est un peu comme une paille sans allumette. Ca fait long feu…
Publié dans Le Plus Nouvel Obs, le 11 septembre 2011
C’est incontestablement un des best-sellers de l’été. En tête de gondole de toutes les grandes librairies des grandes villes,Les Intellectuels faussairesde Pascal Boniface cartonne avec 40.000 exemplaires mis en place de son essai, quand la saison est davantage propice aux romans de Marc Lévy ou autre Guillaume Musso. Un succès populaire donc, et qui, à en croire l’auteur est un juste retour des choses :
Boycotté, Pascal Boniface ? Étonnant. Car un rapide tour sur le net nous montre que, pour un vilain petit canard, Boniface patauge avec assiduité et allégresse dans le bain médiatique : Ruquier, qui n’est pas réputé pour faire baisser les ventes de livres, BFM Business, RMC. Et même sur France Culture qui compte pourtant dans son équipe quelques unes des victimes de son pamphlet. Et encore faut-il ajouter que cette revue de presse est loin d’être exhaustive… D’ailleurs, clin d’œil, devinez qui était invité lundi soir dans le C dans l’air spécial Libye ?
Il faut dire que Pascal Boniface a organisé sa communication sur le leitmotiv de la victimisation. Dès le 19 mai sur son blog, il annonce la naissance de son livre en y dévoilant une genèse des plus épouvantables : "14 refus d'éditeurs. Oui, vous lisez bien : il y a 14 éditeurs qui ont refusé de publier le manuscrit que je leur avais envoyé sur 'les intellectuels faussaires', ceux qui mentent sciemment au public et pourtant restent les stars des médias."
On aurait donc voulu bâillonner celui qui voulait dire la vérité ? Toujours est-il que, c’est fort de cet hymne que Boniface a entamé sa promotion.
Son jour du baptême est incontestablement sa prestation, quoique tardive car relayée en fin d’émission, chez Laurent Ruquier dans On n’est pas couchés, où il a été cajolé par les deux Éric aux yeux enamourés, devant celui qui avait osé donner la fessée à ceux qu’ils auraient bien aimé torcher eux-mêmes. Et Boniface savait à qui il avait à faire : Eric Naulleau lui-même en a appelé à la liberté d’expression, dont il s’est dit triste, pour regretter son limogeage de France 2 :
On le voit, l'objectivité est de mise et le sentiment de vengeance est parfaitement étranger à tout cela... Chez les deux chroniqueurs bien entendu mais pas seulement. Car Pascal Boniface a-t-il été parfaitement honnête dans sa grande tournée des médias, même si à l’entendre, il eut aimé qu’elle soit encore plus grande, à défaut d’être triomphale ?
Sa cible favorite : Caroline Fourest
Prenons la victime qu’il a préféré torturer lors de ses pérégrinations médiatiques: Caroline Fourest. Ce fut un moyen efficace pour Pascal Boniface de faire d’une pierre deux coups.
Caroline Fourest bénéficie, il faut bien le dire, d’une aura et, revers de la médaille, d’une notoriété versatile. Elle suscite la fascination, qu’elle puise sa force dans l’admiration ou l’ostracisme le plus radical. Quelle meilleure locomotive Pascal Boniface aurait-il pu trouver pour partir dans le feu du starter ? D’ailleurs, ses saillies sur Caroline Fourest avaient été savamment préparées dans son livre, notamment sa fameuse comparaison avec Marion Jones qu’il étrenne, micro après micro, après l’avoir immortalisée en page 105 de son livre…
Oui mais voilà... Il eut été plus honnête de rappeler que les deux
avaient un antécédent, au sujet d'un prix littéraire attribué à Fourest. Mais ce
n'est pas tout.
Boniface et le "lobby" des Arabes et Musulmans
En 2008, à Alger, Pascal Boniface est invité à s’exprimer.
Voilà son discours, rapporté par un journaliste algérien : "Les Arabes et
les Musulmans ne disposent pas d’un lobby en Occident, capable de corriger l’image erronée de l’Islam, alors que des célébrités médiatiques s’emploient à ternir leur image (…) ces campagnes
hostiles à l’Islam sont commanditées par des intellectuels et des journalistes connus dans la sphère française, comme Bernard-Henri Lévy, Alain Finkielkraut et Philippe Val. Ce qui rend plus
facile d’injurier et d’insulter les musulmans. Ceci résulte aussi de l’absence d’un lobby musulman ou arabe en Occident, capable de défendre cette image à l’instar du lobby
juif."
Et le directeur d’IRIS d’ajouter, selon le journaliste algérien : "Ces gens disent qu’ils ne sont pas contre les musulmans, mais ils s’en prennent à l’Islam ! Ils entretiennent un discours contradictoire et diffusent la confusion et l’amalgame. D’ailleurs, ils ouvrent les portes à tous les musulmans qui regagnent leur rang et se trahissent comme Mohamed Sifaoui."
Elisabeth Lévy avait participé à rendre publique cette déclaration en France, ce à quoi Pascal Boniface avait répondu que les journalistes algériens auraient déformé ses propos…
Boniface, Fourest et la diffamation
Bref, suite à ces propos, Mohamed Sifaoui publia un article sur son blog intitulé : "Mais à quel lobby appartient Pascal Boniface ?", en référence aux propos tenus à Alger, tant sur la forme (le mot "lobby"),que sur le fond, puisqu’il a été lui-même mis en cause. On finit par déduire de la logorrhée de Boniface que ceux qui s’opposent à l’intégrisme musulman s’attaquent finalement à l’islam lui-même…
Boniface attaquera Sifaoui pour diffamation... Ce dernier aura donc, comme par hasard, une large part dans Les Intellectuels faussaires. Mais Sifaoui n'est pas le seul à être attaqué dans l'essai de Pascal Boniface. Caroline Fourest témoignera lors de ce procès en faveur de son ami et collègue journaliste Sifaoui. Boniface sera débouté de sa plainte pour diffamation. Et l’auteur desIntellectuels Faussairesde refaire donc le procès dans son livre à succès.
On pourra toujours dire que les fantômes du passé ne sauraient trahir la raison si les arguments de Boniface étaient irréfutables. Ce n’est pas faux. Mais il aurait pu, pour le moins en faire état, par pure honnêteté intellectuelle…
Boniface et les poils à gratter de l'islam
Quant à la qualité de l’argumentation de Boniface… Est-elle pertinente ?
J’avais déjà évoqué la théorie de l’arroseur arrosé quand Pascal Boniface accusait, à tort, Caroline Fourest de tronquer les citations, quand elle ne faisait que couper la partie à laquelle l’énonciateur ne s’identifiait pas, alors que lui-même, par une césure dont il a le secret, la faisait passer pour une anti-musulmane…
Mais, comment interpréter le fait qu’il ne s’attaque qu’à ceux qui s’apparentent au poil à gratter de l’Islam ? Et encore, faudrait-il rectifier en parlant d’islamisme, mais, on l’a vu, Boniface ne voit aucune différence dans ces combats. D’aucuns lui ont fait la remarque. Lui rétorque que ce sont ses victimes sont dans un vent porteur (voir la vidéo ci-dessous)… Mainstreamqui le porte si bien en tête de gondoles…
Caroline Fourest est passée à l’offensivedepuis, se demandant à l’appui de la prose de Pascal Boniface qui pouvait bien financer IRIS. Pascal Boniface a réagi en l’accusant de proférer des insinuations sans preuves, notamment sur ses accointances islamistes.
Mais alors, pourquoi revenir à la charge suite au débat qui opposa l’auteur de Frère Tariq à Marine Le Pen, en citant un article de Politis, qui reprend des discours qui raviront l’ensemble de la blogosphère islamiste : "Caroline Fourest, qui a bâti sa gloire médiatique depuis quelques années sur la stigmatisation de l'islam au nom de la laïcité", "La rhétorique de Caroline Fourest, affirmant dénoncer tous les intégrismes mais concentrant ses attaques sur les musulmans", "Caroline Forest(sic) a trusté radios, plateaux télé, comptes rendus de presse écrite, à peu près dans les mêmes proportions dont bénéficient les livres de Bernard Henri Lévy, par ailleurs l’un de ses mentors", ("livre de Fourest, en digne émule de BHL")…
Pascal Boniface se défend d’être pro-islamiste. Soit. Mais pourquoi alors se complait-il à brandir leurs arguments face à Caroline Fourest, tel un toréador agite le drapeau rouge face au taureau ?
Pour autant, la cerise sur le gâteau est à venir. Car, non content d’être on ne peut plus trouble quant aux véritables intentions
qui animent la plume de Pascal Boniface, ce dernier ne serait pas tout à fait un auteur comme les autres. Il est soupçonné d'emprunter quelques analyses à des auteurs sans qu’ils le sachent bien évidemment, pour les signer de sa main. Ce qui fait un peu désordre pour un pamphlétaire qui entendait donner des leçons aux "intellectuels
faussaires"…
Le 4 juillet, l’association Acrimed, un observatoire des médias bourdieusien, donnait sa vérité sur le livre de Pascal Boniface. Ce dernier se serait appuyé sur l’ensemble des travaux de ce collectif : "Acrimed ne bénéficie que d’une note de bas de page, et seulement comme source, très vague, d’une citation. Interrogé par nos soins, Pascal Boniface nous a assuré 'ne pas nier le travail antérieur accompli notamment par Acrimed', qui est l’une de '[ses] principales sources'."
Contacté par l’association, Pascal Boniface se justifie en accablant son éditeur… le même qui, on s’en souvient,
bénéficiait en public de tant de louanges de l’avoir publié quand tous s’y refusaient : "C’est l’éditeur qui a dû faire sauter des notes de bas de page", car il ne souhaitait pas faire de ce
livre un "ouvrage universitaire".
Et Acrimed de parler de Pascal Boniface comme d’un "intellectuel collectif" en expliquant : "Ce ne sont pas des attestations d’antériorité ou de paternité que nous revendiquons ici (encore que…), mais la rupture avec ces pratiques fort répandues dans les milieux intellectuels où des notoriétés consacrées s’approprient le travail d’inconnus sans l’évoquer".
Le collectif a même pris la peine de relater la réaction de Monsieur Boniface quand il découvrit l’intention d’Acrimed d’éclaircir quelques peu les zones ombrageuses de la genèse de son livre à succès : "Rédiger un tel article va réjouir les personnes mises en cause dans mon livre."
Chacun appréciera la rigueur de cet universitaire, cet intellectuel, deux titres dont se revendique ce cher Boniface, qui pour assouvir sa soif de vengeance, préfèrerait taire ses sources - et quelles sources, quand elles deviennent vitales sans quoi sa plume serait tarie - pour mieux inonder le lecteur de torrents acrimonieux.
Savoureux éclairage qui offre la lumière sans la moindre zone d’ombre à présent sur les véritables intentions de Pascal Boniface, cet authentique intellectuel faussaire…
Publié sur Le Plus Nouvel Obs, le 29 aout 2011.
Vingt-neuf ans et Vingt ans. Deux périodes que l’on peut regarder
aujourd’hui avec effarement, surtout quand on n’est pas né avant elles. Surtout quand on est citoyen français.
Cela fait vingt-neuf ans, seulement, que la France, par la grâce de Badinter, lui-même père de l’abolition de la peine de mort, a cessé de pénaliser l’homosexualité. Et cela fait vingt ans que l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, a cessé de la ranger parmi les maladies mentales.
Rendez-vous compte ce que représentent deux et trois décennies sur l’échelle de l’Humanité ! Ce je ne sais quoi de dérisoire qui fait pourtant toute la différence.
De Stonewall à l’Europride parisienne de 1997 qui accueillit pas moins de 300.000 personnes, de la bataille du PACS au mariage de pacotille de Bègles, du coming out d’Ellen Degeneres aux révélations de Jean-Luc Romero, les dernières années sont allées à une vitesse… folle ! Incroyable accélération du temps qui compense les années de placard, de l’ombre et du non-dit.
La société vit avec son temps serait-on tenté de dire. La télévision en particulier et les médias en général ont participé à la normalisation. Sans éviter les clichés bien évidemment.
Pour autant, la politique, ou plutôt les politiques, ceux qui sont censés représenter les citoyens semblent étrangers à la chose. Tranchant pour les autres. Et non pas pour eux.
Combien en effet de personnalités politiques ont-elles révélées leur homosexualité officiellement ? Elles se comptent, en France, à la réalité, sur les doigts de la main. Et encore faut-il remarquer que seuls les hommes semblent concernés. Et les rares allusions saphiques sont réservées à des rumeurs à des fins obscènes. Bêtise quand tu nous tiens !
Cette semaine, le dernier numéro de Têtu s’intéresse au phénomène. Plus que la mise en lumière de ces hommes, car encore une fois, il n’est question que d’hommes, qui ont décidé de vivre leur homosexualité sans tabou, ni ostentation par ailleurs, l’article accouche de deux surprenantes informations.
Et pas d’où l’on pouvait l’attendre. Il ne s’agit ni d’une
révélation faisant suite à celle de Meynard, de Romero ou de Karouchi. Ni même du témoignage de Roselyne Bachelot qui après l’affaire du PACS et la chasse aux sorcières dont elle fut victime après le rejet
du projet de loi sur le mariage gay, annoncerait soudain qu’elle quitte l’UMP…
Mais de Benjamin Lancar ! L’initiateur du Lip Dub UMP. Le béotien dont on raille les maladresses. Le Président des Jeunes Pop si contesté lors de sa réélection.
Pour autant, le jeune homme détonne dans l’article de Têtu, dans un parti réputé pour son conservatisme diront les plus sobres, son côté "réac" oseront les pourfendeurs : "Je suis favorable au mariage à l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels". D’aucuns remarqueront la tournure choisir, un rien déviante d’une position plus affirmée "l’ouverture"… Il n’empêche : la ligne défendue est suffisamment rare à droite pour être relevée.
Et le jeune conseiller régional d’Ile-de-France d’aller plus loin, quitte à fâcher les fâcheux qui approcheraient trop les fachos en l’esprit, et à donner des noms en pâture : "Je regrette que le courant conservateur ait prévalu et je souhaiterais que l’UMP condamne plus fermement les derniers dérapages. Vanneste n’a plus sa place chez nous. Et arrêtons de croire, à droite, que le mariage homo fera perdre des voix."
Etonnant chant discordant dans un concert dominé récemment par une Droite populaire dont les influences ont de quoi inquiéter à en croire, dans le même article Olivier Dussopt, Député-maire PS d’Annonay en Ardèche, qui évoquait les questions sur le bioéthique :
"A l’Assemblée, on sait qu’il y a les lobbys religieux qui agissent. Mais jusqu’au texte sur la bioéthique, je ne m’étais jamais confronté à eux. Tous les députés ont été inondés de leurs documents. Et ceux qui soutenaient des thèses réactionnaires ont été habiles : ils n’utilisaient pas des arguments religieux explicites, mais, dans leurs interventions, on retrouvait exactement au mot près les argumentaires diffusés par les dignitaires religieux et des associations catholiques".
La Droite serait-elle sur le point de virer sa cuti ? L’avenir nous le dira.
La gauche a, elle moins de souci avec le sujet. S’il n’avait qu’elle le mariage gay aurait été voté. Pour autant, les coming-out ne font pas plus légion
à gauche qu’à droite. Et à l’exception notable de Bertrand Delanoë, peu de personnalités politiques se sont osés à l’évoquer.
Voilà pourquoi, la révélation de Bruno Julliard fait office de coup de tonnerre. Connu après son opposition farouche au CPE, le jeune homme était devenu l’adjoint au maire de Paris et avait accepté de devenir secrétaire national du PS. Deux mandats d’exception pour un homme de trente ans qui ne s’est encore jamais risqué au suffrage universel direct (en dehors de la liste municipale qu’il a intégrée à Paris en 2008). Des postes convoités et une carrière en construction.
Autant de bonnes raisons de rester terré dans l’ombre concernant sa vie privée. Jusqu’à ce que Têtu ne le sollicite : "Je réponds à la question quand on me ma pose, donc j’y réponds : oui je suis homosexuel."
On pourra toujours se poser la question du pourquoi et surtout pourquoi maintenant. Certains défendent la thèse que la vie privée doit le rester et que les pans de l’existence doivent être cloisonnés.
Mais comme le rappelle Ian Brossat, Président du groupe communiste au Conseil de Paris, dans Têtu : "L’argument que l’on doit sanctuariser la vie privée, quand on est homo, est une forme d’échappatoire et de petite lâcheté. Généralement, un élu informe ses électeurs qu’il est marié ou qu’il a des enfants. Dans cette situation, l’hétérosexualité relèverait de la vie publique et l’homosexualité de la vie privée ? C’est absurde."
Et puis, n’est-ce pas faire un pas de plus vers la normalisation que de considérer que même les politiques n’ont plus peur à présent de se dévoiler ? Dès lors qu’ils s’épanouissent, n’ont-ils pas envie de montrer à tous ceux qui n’osent pas encore, qu’être gay en 2011 en France n’est plus une tare sur le plan social ?
C’est sans doute pour toutes ces raisons que Bruno Julliard explique : "Pour la qualité du débat politique, les questions de la vie privée doivent rester fans le cadre de la vie privée, mais là je fais une entorse à ce principe car je pense que ça peut être bien pour des jeunes d’avoir des exemples de parcours de vie positifs".
Il est d’ailleurs rassurant qu’il n’ait pas souhaité s’étendre davantage à La Rochelle sur le sujet… et toujours regrettable que certains médias n’aient toujours pas la maturité pour le comprendre au point d’en faire des titres…
La décision de Bruno Julliard est en tous les cas exemplaire. Faite de simplicité. Mais aussi de nécessité, il l’a bien compris, à une période où la société semble être prête à franchir le pas. Il faudra toujours des courageux. Pour aller au front. Et puis ce sera toujours mieux que de laisser vivre, dans les bas-fonds, des rumeurs.
Jusqu’au jour où chacun, naturellement, répondra spontanément à un nouveau coming-out : la belle affaire !
Publié dans le Plus Nouvel Obs, le 28 aout 2011.
D’ici la fin du mois de septembre, les sénatoriales vont rendre leur verdict : le Sénat va-t-il enfin pour la première fois
de son histoire basculer à
gauche ?
Entre la relaxe pénale de DSK autour duquel reste le suspense, l’affaire Irène - non pas une nouvelle plaignante, mais un cyclone qui menace son retour imminent en Europe malgré la restitution de son passeport -, les Primaires socialistes qui promettent de ne surtout pas faire de vague, ou encore le vent de révolte qui semble aboutir en Libye, les Français ne semblent pas préoccupés par l’équinoxe du Palais du Luxembourg…
Pour autant, j’en serai. Cela m’a été confirmé par courrier. Puis par les nombreuses lettres intéressées des têtes de listes avides de voix : je serai grand électeur ce dimanche 25 septembre. Je vais pourvoir peser sur le renouvellement d’une partie du Sénat. Privilège d’appartenir à une minorité, orange, de la majorité municipale d’une grande ville.
Mais difficile d’en tirer fierté. D’une part, aucune liste ne se présente pour le MoDem, la faute à un bipartisme qui stérilise notre vie politique française.
D’autre part, cette révélation n’émeut guère et pour cause.
"Ah oui il y a des élections en septembre ?", me lancent l’air dubitatifs certains. D’autres un rien amusés, un rien condescendants aussi, tentent de me raisonner : "Mais non tu confonds : c’est en 2012 les élections…".
Enfin les rares éclairés de notre République semblent circonspects : "En même temps ça sert à quoi les sénatoriales ?"… A cela, ma verve habituellement intarissable s’assèche…
Alors je me confesse et vous le confesse : il est vrai que je ne
suis pas bicamériste. De quoi en rester coi.
"Ah mais tu sais c’est ta vie privée…". "Tu sais je ne suis pas cinéphile". "Ah bon tu filmes ça toi"…
On le voit : dès que l’on touche le Sénat… on ne touche pas les Français…
Alors je reste seul, bien seul devant un amas de propositions, de discours, de listes d’anonymes, anonymes pour le commun des Français. Des promesses, et des certitudes. Une élection comme une autre. Enfin presque. Il n’y aura que moi qui me rendrai aux urnes dans le quartier…
En tous cas je me fais une promesse. Je ne voterai pas Verts. Non par idéologie politique. Mais parce que je ne voudrais pas qu’un enfant soit privé d’un accès à un internat par une réélection qui empêcherait son inscription. La dure loi des minimas sociaux...
Ah ? Les votes sont organisés par département ? Qu’à cela ne tienne. Je serai solidaire de la région parisienne !
Publié sur Le Plus du Nouvel obs, le 27 aout 2011
PS : Madame Bouledienne Thiéry a dépuis perdu son siège. Très bonne nouvelle elle pourra donc scolariser son
bambin !
Décidément il a le vent en poupe en ce moment. Au point d’avoir fait l’objet d’un C dans l’air qui
lui fut entièrement consacré mardi soir.
Fort des Universités d’été et de son discours de clôture qui a marqué les esprits, le Béarnais apparait plus que jamais comme le Monsieur Propre de la politique.
Un vent d’air pur dans ce torrent de merde, pour plagier l’expression de Monsieur Valls en d’autres circonstances. Et cet air « pur », Nicolas Domenach l’a illustré non sans humour sur Canal, hier midi, dans la Nouvelle Edition. Appréciez !
La classe politique est impitoyable. Ceux qui tutoient les sommets pour exercer le pouvoir sont épiés dans leurs moindres gestes, leur moindre silence, pour être
pris à la gorge, puisque notre pays a choisi le combat frontal et stérile du bipartisme. Ceux qui prennent du recul, le temps de la réflexion, à l’inverse, traversent le désert et n’existent plus
aux yeux de ce monde-là.
Mais dès qu’ils reviennent, et que leur voix se fait entendre, voire se fait reprendre, en bref, dès q u’ils recommencent à compter, on leur saute à la gorge avec une frénésie qui dissimule mal la peur du danger…
François Bayrou a l’habitude de ces figures imposées. Et pour cause. Son entrée en politique ne date pas d’hier : il est devenu conseiller général à l’âge de 30 ans… il y a presque 30 ans justement… Aussi, des coups il en a pris. Des adversaires il en a connu. Et des polémiques il en a surmonté.
Mais depuis qu’il a décidé de son indépendance, il est un leitmotiv qui s’invite au débat politique qu’il entend porter. Comme une sorte de toc que ses adversaires prennent un malin plaisir à voir se manifester. Dès que François Bayrou occupe l’espace médiatique, dès que son discours séduit l’oreille, dès que son verbe chatoie une langue devenue universellement de bois, il voit ressurgir la réécriture de son passé, la sur-interprétation de ses positions, la mise en légende de son personnage. Et comme il fait peur, on efface l’impression du héros en quête de vérité pour le grimer grossièrement en ogre opportuniste. La fable est alors sommée d’endormir tout le monde.
En 2007, pointé à 24% dans les sondages, à quelques dixièmes de Ségolène Royal, il avait subi un acharnement méthodique
rappelant
qu’il avait toujours été à droite…
En 2008, Nicolas Domenach rappelait comment le Président était irrité par le Béarnais, et quelle énergie il déployait pour écraser ce moucheron qui lui empoisonnait la vie…
En 2009, alors qu’il perce à 14% d'intentions de vote lors des européennes, et que son livre Abus de pouvoirdevient un vrai phénomène de librairie, et une référence qui ne laisse planer plus aucun soupçon sur son rôle d’opposant à Nicolas Sarkozy, on l’attaque au bas de la ceinture sur ses croyances…
Aujourd’hui, en plein mois d’août, il sort un livre à valeur présidentielle. Pas un programme. Mais un engagement sous la forme d’un projet d’idées, qui tente de dire la vérité et d’apporter quelques directions qu’il estime capitales à la survie de notre pays. Il revient dans le jeu médiatique. Et l’on s’acharne, déjà, à réécrire sa biographie, avec raccourcis et mauvaise foi, pour tuer dans l’œuf tout emballement éventuel à l’heure où chacun peaufine encore sa peau dorée par le soleil.
Alors il faut faire preuve de pédagogie. Expliquer. Rappeler les faits. Évoquer la parole des hommes. Ces mots sans lesquels les actes sont manipulables à souhait.
François Bayrou est-il un homme de droite ? Son parcours en lui-même ne permet nullement de procéder à un tel raccourci. Participer à un gouvernement de droite ferait donc de vous un homme de droite ? Alors Françoise Giroud était de droite. Elle qui fut ministre sous la présidence de Giscard d’Estaing, elle qui appela à voter… François Mitterrand en 1974. De la même manière, Martin Hirsch, qui fut président d’Emmaüs France, est forcément un homme de droite, lui qui participa activement à l’ouverture orchestrée par Nicolas Sarkozy.
Et puis après tout, jouons de l’absurde : François Mitterrand lui-même n’a-t-il pas participé au gouvernement des secrétaires généraux voulu par le Général de Gaulle avant l’installation du gouvernement provisoire à Paris dès 1944 ? Il est assurément un homme de droite lui aussi…
Soyons sérieux. François Bayrou n’a toujours revendiqué qu’une seule étiquette : celle du centrisme.Qu’elle ait été baptisée CDS, FD, UDF ou bien encore MoDem.
Inutile de se mentir. Pendant plusieurs décennies, le centre claudiquait en ne marchant que d’une seule patte : celle de droite. Et certains en sont apparemment nostalgiques…
Pour autant, il faudrait tout de même rafraîchir la mémoire de ceux qui l’ont un peu trop sélective. Dès 2002, François Bayrou marque sa rupture avec l’ère Chirac. La raison de son ire : la création d’un parti unique, l’UMP, qui visait à absorber en son sein toute les sensibilités, pour les broyer, les centrifuger, en un smoothiecensé tout emporter sur son passage.
Dès 2004, les députés UDF quittent le groupe parlementaire de droite, le PPE, à Bruxelles. Alors que son opposition au gouvernement de Dominique de Villepin se fait de plus en plus pressant, François Bayrou concrétise l’indépendance de l’UDF, lors du congrès extraordinaire de Lyon, qui fit alors de l’UDF un "parti libre", quand Gilles de Robien en appelait à revenir à une alliance à droite. Et, cerise sur le gâteau, le 16 mai 2006, François Bayrou vote la motion de censure déposée par le groupe PS à l’Assemblée nationale à l’encontre du gouvernement de Villepin. Une première pour un député centriste.
Pourtant, de ces années de rupture, qui montrent et démontrent le changement de cap opéré par François Bayrou, ses opposants ne veulent rien en dire ou presque. Pire, ceux qui lui concèdent le mettent sur le compte de l’opportunisme. Mais qu’avait-il à gagner personnellement de cet isolement qui lui valut d’être abandonné par ses cadres ? On ne cesse de l’entendre comme si cela montrait son erreur, quand cela montre surtout le cynisme ambiant. Point de maroquin possible dans cette stratégie.
Alors, ceux qui glosent à n’en plus finir sur l’opportunisme en sont pour leurs frais : leur argument n’aura de force que s’il est répété à l’envi, en priant Coué par tous les Saints.
Leur reste alors de savonner la planche que le Béarnais s’est employé à découper contre vents et marées. Rappeler que la réforme de la loi
Falloux lui valut un million de manifestants dans la rue. Certes. Mais
occulter de dire que la réforme voulue par François Bayrou ne concernait que les bâtisses vétustes, et que depuis il a assumé ce qu’il considère être un quiproquo, en prenant sa
part de responsabilité. Une rareté pourtant, ce mea culpa, chez les politiques.
Ses détracteurs répètent aussi qu’il "fait en effet partie de ceux qui ont toujours soutenu la construction de l'U.E. libérale"sous le prétexte qu’il a voté pour Maastricht et le traité de Lisbonne.Mais dans ce cas, combien d’hommes politiques français ont œuvré à cette construction "libérale" ? Étonnant comme les temps ont changé : jadis, on se cachait de ne pas avoir voté contre l’Europe en 1992. Aujourd’hui, on fait la chasse aux sorcières pour débusquer ceux qui ont toujours gardé le cap sur la question…
Les détracteurs de l’Europe ont beau jeu de crier au loup : il est toujours plus facile de pratiquer la politique de la terre brûlée en prenant l’Europe comme bouc-émissaire, plutôt que travailler pour corriger les défauts de celle qui, jusqu’à preuve du contraire, nous protège plus qu’elle nous asphyxie.
Dire que François Bayrou n’est pas légitime quand il parle de la dette, parce qu’il a participé au gouvernement Balladur en rappelant que pendant cette période (1993-1995) "le déficit a toujours été supérieur à 3% et
la dette est passée de 46 à 55,5% du P.I.B". Et oubliant bien évidemment que le Béarnais n’y a pas été
en qualité de ministre des Finances et/ou de l’Économie mais en qualité de ministre de l’Éducation, à une époque où la France traversait déjà, on l’a oublié, une des plus grandes crises économiques qu’elle ait eu à gérer en trente ans. Et puis c’est bien connu : on
n’a rien à apprendre du passé, y compris éventuellement de ses erreurs, puisqu’on vous ressert des pages jaunies par le temps pour discréditer vos idées pour le futur.
Enfin et surtout, dénoncer l'alliance du MoDem avec le PS à Lille lors des municipales de 2008, quand le maire d’Arras fait la démarche inverse pour les sénatoriales à venir. Éreintante rengaine qui est ressortie à toutes les sauces et qui a tout du syllogisme. Tu fais alliance à gauche à Lille, tu fais alliance à droite ailleurs, alors tu es une girouette.
Dans ce monde manichéen du bipartisme, qui s’arroge toute la puissance du pouvoir du jeu des chaises musicales, dans cette fête éternelle où l’on est sûr d’être servi, puisque l’on déçoit à tous les coups, et que si l’on repart bredouille au local, on récupère le glaive au national, les Français sont aveugles. Et les borgnes sont les rois.
Mais notre système politique serait-il devenu à ce point stérile, vain et inutile qu’il est inenvisageable de considérer que l’on puisse avoir de bonnes idées, un bon programme même s’il l’on n’est pas du même bord politique ?
C’est étonnant comment ceux qui se revendiquent des valeurs républicaines, et qui savent parfois
(pas toujours) s’associer pour lutter contre
le FN, utilisent finalement des arguments de la même veine, pour accabler ceux qui refusent de voir perdurer la politique politicienne des batailles partisanes. Il faut choisir son camp. Coûte
que coûte. Et l’on va reprocher au côté de la force obscure de mettre les Français les uns contre les autres ? Êtes-vous légitimes à faire la morale quand dans votre propre camp, celui des
républicains, vous êtes incapables de reconnaître les qualités et le vrai, même quand il vous brûle la cornée ?
La plume de François Bayrou en appelle à la poésie d’Aragon pour raisonner ceux qui s’abreuvent dans l’encre noire du manichéisme, Styx du bipartisme : "Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat". Et de rappeler aux imprudents : "Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie."
Quant aux impudents qui font des caricatures, et qui à propos d’autres en déduisent le dérisoire, ils montrent à coup sûr qu’une telle fougue dans le blâme cache mal la peur qui les ronge. Décidément, François Bayrou est un homme qui fait peur… Comme l’épée de Damoclès qui menace les certitudes des bien-pensants.
La laïcité est devenue, on le sait, le nouveau cheval de bataille du Front national. En tous cas dans les discours. Car dans les faits, on le sait en auscultant au plus près
les positions et autres déclarations des cadres de ce parti : c’est avant tout une croisade contre l’islam qu’il engage.
Les preuves s’accumulent. Mais il est toujours plus savoureux d’en sortir une de derrière les fagots, bien terrée.
Mercredi 17 août, Stéphane Ravier, Membre du Bureau Politique du FN, Conseiller régional de PACA, a pris la plume pour discréditer l’ancienne candidate PS à l’élection présidentielle, toujours en lice pour les primaires, Ségolène Royal, sous le titre péremptoire "Ségolène Royal, candidate à la Présidence de la République communautaire de France".
Mais que lui reproche-t-il au juste ?
"Ségolène Royal s’est d’ores et déjà discréditée auprès des fils et filles de la République et enfants de la Bonne Mère, après s’être rendue dans les quartiers nord de Marseille dans le but exclusif de rompre le jeûne du Ramadan avec les associations musulmanes". Et Monsieur Ravier d’en déduire : "Ségolène Royal sort du cadre politique et donc laïc qui est le sien pour se joindre à la pratique partielle mais publique de l’un des cinq piliers de l’Islam".
Sa condamnation tombe sans coup férir : "Ségolène Royal foule ainsi aux pieds le principe constitutionnel de laïcité en adoptant une attitude communautariste à la fois irresponsable et dangereuse !"
Mais en quoi le fait de se rendre auprès d’une communauté musulmane pour parler notamment des enjeux de la présidentielle et certainement de ses rapports avec la laïcité devrait-il être une entrave au principe de la laïcité sous la fallacieux prétexte que la présidente de la Région du Poitou-Charentes a décidé de profiter du moment de la rupture du jeune pour ce faire ? En quoi est-elle à ce moment-là en contradiction avec la laïcité ? Cette dernière empêche-t-elle tout lien avec le religieux ? Ou empêche-t-elle tout simplement l’influence que l’une, la sphère publique, pourrait avoir sur l’autre notamment financière ? Partager un repas fût-il la rupture du jeûne, et fussiez-vous une élue du peuple, vous amènerait-il à mélanger les genres ?
L’anecdote est d’autant plus savoureuse que Stéphane Ravier ne fut pas aussi regardant le 15 août 2010 quand il encourageait tous
les Français à fêter l’assomption, en titrant… "Fièrement Français" : "En cette sombre période de repentance obligatoire, de dénigrement de notre Histoire, d’encouragement au
communautarisme source de racisme anti-français, de rejet de notre identité nationale, de négation de nos racines chrétiennes au profit d’un islamisme conquérant conséquence d’une immigration
massive […] Stéphane Ravier […] souhaite à tous les patriotes, à tous les nationaux, à tous les catholiques, à toutes celles et ceux qui ont la France au cœur et aux tripes, un 15 août de fierté
nationale !"
Et l’élu du sud de conclure : "Que cette journée, symbole de Grandeur et de Spiritualité, soit une journée de fête et de joies pour tous nos compatriotes attachés à leur culture, à leurs traditions, à leur identité, à leur fierté d’être Français !"
On le voit, la fierté d’être Français c’est donc de fêter un rite catholique. Le catholicisme est donc, selon Monsieur Ravier, la culture française, sa tradition, son identité… Et cette fois-ci, il n'est nulle question de s'offusquer qu'un élu y prenne part.
On le voit, le combat pour la laïcité débute là où commence l’islam.
En choisissant la laïcité comme cheval de combat, le FN se croyait bien armé. Las, en guise de destrier, il n’a enfourché qu’un cheval de Troie…
En intégralité l’article paru le 17 août dans une version customisée sur Le Plus Nouvel Obs pour respecter la charte éditoriale. Découvrez ici sa version non coupée avec davantage d'extraits tirés du nouveau livre de François Bayrou, sorti ce jour 2012, Etat d’urgence.
On le disait discret. Absent. Dans le désert. Bien évidemment, l’actualité l’invitait à revenir de temps en temps sur les plateaux ou dans les colonnes de journaux. Mais François Bayrou,
pour dire la vérité, a pris le temps de la réflexion. Son dernier livre, Abus de pouvoir remontait à Mai 2009. Dénonçant la politique menée par
Nicolas Sarkozy, et plus généralement égrainant les raisons pour lesquelles les valeurs défendues par le locataire de l’Elysée n’étaient pas celles du Président du MoDem, ce livre qui fut un véritable succès de librairie, connut aussi la rançon de sa gloire. Sorti en pleine campagne européenne, il alimenta la critique des
adversaires politiques qui accusèrent François Bayrou, qui n’était pourtant pas candidat, à faire campagne contre Sarkozy quand il se devait de la faire pour l’Europe. Daniel Cohn Bendit en tête,
lui qui, avec d’autres, firent fi d’un programme et des idées déclinés chaque soir par ceux qui postulaient effectivement à siéger à Strasbourg et Bruxelles. Le jeu politique est parfois cruel,
surtout quand il grossit le dérisoire et occulte l’essentiel. Ce fut, ce soir du 9 juin, le véritable début de la traversée du désert qu’on lui prédisait tant depuis 2007.
Pourtant, alors que la rentrée politique se prépare en coulisse, François Bayrou a décidé de revenir dans l’arène. Tout l’été. Sans discontinuer.
Rappelant qu’il fut le premier à s’inquiéter de la candidature de Christine Lagarde au FMI, quand l’UMP tout entier et une bonne partie du PS, de concert, vantaient les mérites de celle qui sera, et c’était prévisible, éclaboussée dans les énièmes rebondissements du tribunal « arbitraire » de l’Affaire Tapie.
Qu’il fut aussi en première ligne quand cette décision fut prise à la hâte, au détriment des principes d’égalité que garantit la Justice française.
Que l’euro était la seule voie possible pour résister à la Crise et que ceux qui crient au loup en voulant en sortir sont inconscients au mieux, menteurs au pire.
L’heure est d’importance. Pour le monde secoué par la crise, qui n’épargne personne, même les plus forts, en témoignent les Etats-Unis qui ont vu leur note dégradée et les Chinois, leurs créanciers, qui s’inquiètent de voir compromis leurs investissements. Pour l’Europe moderne, qui traverse sa première crise économique et qui se voit tester sur ses principes fondamentaux de solidarité. Pour la France aussi, puisque 2012 sera marquée par la Présidentielle, élection centrale de la Cinquième République, la seule qui offre la majorité pour gouverner un pays depuis l’inversion du calendrier et surtout la seule qui semble encore concerner tous les citoyens.
C’est avec la conscience de la gravité du moment que François Bayrou, sort alors ce jeudi 18 août, 2012, Etat d’urgence. L’occasion pour lui de revenir un peu sur le passé. Et
notamment sur 2007, quand on le dépeignait en Cassandre, lui qui, finalement, y voyait assez clair :
« Dans la campagne 2007, j’ai voulu mettre au centre des débats la dette et les déficits qui l’alimentent. Certains considéraient que c’était pour une élection présidentielle un bien noir message. Pourtant, sept millions de Français l’ont entendu. »
Quatre ans plus tard, Nicolas Sarkozy tente de faire adopter sa règle d’or… François Bayrou n’est donc plus seul sur la question de la dette, rejoint sur les chemins de la vérité par ceux qui se sont trompés. D’ailleurs, il n’a jamais été seul comme il tient à le préciser :
« On m’a dit seul. C’était faux. Mes amis, les vrais, mes compagnons d’âme et de combat, les vrais, ne m’ont jamais manqué. Mais être taxé de solitude, c’est plutôt bon signe. »
Il y aura toujours ceux qui rappelleront au Béarnais que bon nombre d’amis, et d’élus, l’ont délaissé au cours de ses années. Et François Bayrou ne s’en cache pas, même pour y décrire sa peine :
« Nombre des parlementaires qui m’accompagnaient en 2007, offusqués que je ne suive pas le nouveau pouvoir, se sont, au moins pour un temps, séparés de moi. Ce ne fut ni agréable ni réjouissant. Mais si tu n’es pas capable de tout risquer quand l’essentiel est en jeu, à quoi bon la politique ? »
Et s’il reconnait volontiers que s’il fut « une seule chose difficile, c’était de ne pouvoir me faire comprendre de ceux qui avaient partagé mes
combats », il ajoute, sur de son fait : « Mais à mes compagnons qui ne me suivaient pas, qui ne me comprenaient pas, je n’en ai pas
voulu (…) J’ai toujours cru qu’une fois le chemin fait et les écailles tombées des yeux, nous nous retrouverions, bien
contents. »
Mais alors, qu’est-ce qui peut bien rendre si confiant François Bayrou ? Serait-il simplement guidé par une conviction intime, comme aiment à le railler ses détracteurs ? Aurait-il changé de cap ? Ou tout simplement détiendrait-il la clef que semble chercher en vain, candidats, postulants, ou participants à la primaire ?
Rien de tout cela. A ceux qui croient encore aux promesses, aux solutions prêtes à penser, aux programmes qui ouvrent les yeux des citoyens, François Bayrou offre une leçon de réalisme et de vérité :
« Il y a deux conception de la démocratie : la démocratie de séduction (…) et la démocratie de conscience. »
Pour François Bayrou, la première se complait en des temps de prospérité quand la seconde s’impose d’elle-même dans l’état d’urgence. La crise actuelle n’offre donc pas d’autre choix.
On pourra toujours lui reprocher un manque de magie, un manque de rêve. Mais est-ce donc cela la politique, vendre du rêve ? Ou serait-ce davantage guider le peuple vers davantage de raison, surtout en ces temps où la Crise ne donnera aucune chance aux bonimenteurs et aux faiseurs de miracles ? « Nous avons choisi une ligne de conduite : nous dirons la vérité. ». Et le président du MoDem d’en invoquer Orwell : « En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire »
Pour autant, la bonne appréciation d’une situation ne fait pas un programme et apporte encore moins des solutions. On a souvent reproché à Bayrou d’exceller dans la dénonciation, usant et abusant de l’élégance de sa prose pour condamner avec finesse et fermeté, plume de fer dans un encrier de velours, ce qui se détachait de la raison et du bon sens, et Abus de Pouvoir pût-il en témoigner dans sa charge contre les errances sarkozyennes. 2012, Etat d’urgence rectifie le tir. Avec précision. Et au-delà du diagnostique, offre des solutions. Plus qu’un programme, un engagement.
A ses yeux, la gravité de la situation impose des choix draconiens en termes de priorité. Et à ceux qui multiplient les idées et les propositions en les déclinant de
mille faux, à ceux qui choisissent de privilégier le dérisoire pour mieux faire oublier ses manquements, ou encore à ceux qui choisissent la stratégie éternelle du bouc émissaire, François Bayrou
n’évoque que deux thèmes. Deux domaines pour remédier immédiatement à l’état d’urgence que la France traverse. A court terme, la production, à moyen terme l’éducation.
« Je suis arrivé à la conclusion que nous avons devant nous deux questions d’urgence nationale, et deux seulement. La première : produire en France. Retrouver la production dont nous avons perdu des pans entiers, pour reconquérir l’emploi et pour équilibrer nos comptes. Et le seconde : rendre à la France la meilleure éducation du monde. (…) Toute les difficultés qui nous paraissent insurmontables proviennent de ce double échec. »
Les autres questions prendront leur place, naturellement dans le débat public, mais François Bayrou tient à préciser :
« Je connais leur importance et ne les perdrai pas de vue, même si je les sais dépendants des deux questions de notre survie, la production et l’éducation ».
La production répond à des enjeux imminents : celui de nos finances publiques, de la balance commerciale et plus largement de la dette. Dans sa mire, l’Allemagne. Notre voisin outre rhin, était au plus bas dans les années 2000, quand la France prospérait encore des fruits d’une croissance retrouvée. L’état d’urgence fut alors décrété sous la forme de l’agenda 2010, initié par Schröder, avant que Angela Merkel ne confirme son orientation. En 2011, ironie du sort, François Bayrou rappelle que la France n’en finit plus de voir le chômage grimper quand « Ceux qui licencient en Allemagne aujourd’hui ce sont les agences pour l’emploi » !
Les propositions avancées par Bayrou s’inspirent donc de la recette allemande, dont l’industrie n’a jamais cessé de se diversifier et d’offrir un label de qualité à l’image des messages publicitaires qui vantent le sérieux à l’allemande et qui s’est fondée en grande partie sur l’assainissement des finances publiques.
Le lecteur pourra à sa guise en découvrir le cheminement en lisant le livre, mais à ceux qui seraient avides de propositions, en ces temps de y’a qu’à et il faut, en voici un petit concentré qui délectera les palais les plus délicats : encourager la production en France en simplifiant l’administratif et en détruisant le barrage fiscal des moyennes entreprises créatrices d’emplois, créer un label comme il en existe pour le commerce équitable ou encore l’agriculture Bio pour sensibiliser le consommateur et responsabiliser des achats qui garantiront ses emplois, deux points de TVA supplémentaires, plus de flexibilité dans l’embauche, l’ajout de deux tranches imposables pour les revenus les plus élevés…
A ceux qui l’accuseraient de parler d’entreprise, François Bayrou les accuse de manichéisme :
« Il n’y a pas de reconquête possible du produire en France sans reconquête de la confiance entre salariés et entreprises. Chefs d’entreprise, encadrement, organisations patronales, syndicats, dans ce grand pays où l’on parle tant, paraissent incapables de s’asseoir autour d’une table, de débattre et de négocier, dès qu’il s’agit de décisions collectives. Tout y est vécu sur le mode du soupçon, de l’affrontement, du conflit. La compréhension mutuelle paraît interdite. C’est une immense faiblesse. Cela empêche des audaces sociales qui sont pourtant la clef des grandes réussites. »
Une position d’autant plus équilibrée que François Bayrou n’omet surtout pas de préciser :
« Je ne crois guère, chiffre à l’appui, à la diminution drastique du nombre de fonctionnaires. »
Mais il ne peut y avoir de sursaut sans une population correctement formée. L’Education est alors auscultée dans ses moindres détails… Là aussi, le diagnostique est inquiétant. Mais combien de livrent glosent sur cette déchéance. François Bayrou va plus loin en proposant des solutions. Qui risquent de ne pas passer inaperçu, surtout qu’il n’avance pas masqué : « On m’accusera d’être « réac ». Tant mieux. »
Rappelant que c’est « un choix de priorité que de protéger l’éducation en maintenant, sur une longue période, les moyens qui lui étaient alloués », il lance aux fossoyeurs de l’éducation nationale, qui préfèrent mettre en valeur ses faiblesses plutôt que de résorber ses faiblesses : « dois-je rappeler, à ceux qui trouvent que l’enseignement est trop cher, quel serait le coût de l’ignorance ? »
Puis il propose quelques pistes, qui dénotent déjà avec les orientations prises tant à droite qu’à gauche : la fin de l’idéologie des perpétuels petits groupes quand la vocation de
l’école est d’amener à l’autonomie des élèves, des programmes stabilisés pour la cohérence et votés par le Parlement pour en soustraire l’amphigouri jargonneux, un collège qui ne contente pas
d’être unique, « inique », mais qui des recours effectifs aux décrocheurs non pour les exclure définitivement mais pour ne pas grossir encore davantage le rangs de ceux qui quittent
l’école sans savoir lire, écrire et compter, la réévaluation des objectifs et non le nivellement par le bas auquel on procède pour cacher la misère de nos résultats, une Terminale en forme de
propédeutique à l’Université, la détection des enseignants qui réussissent pour transmettre leurs expériences tout en garantissant la liberté pédagogique de chaque professeur qui pourra adapter
sa propre méthode sans se voir imposer une idéologie par un ministre…
Reste la question qui se pose pour gouverner : avec quelle majorité Bayrou pourrait-il travailler s’il venait à être élu ? Le Président du MoDem n’élude pas cette interrogation légitime.
D’une part, il rappelle qu’en cet état d’urgence, le clivage droite/gauche est une alternative obsolète, faite pour animer les débats politiques en temps de prospérité. Dénonçant les promesses intenables déjà faites par la droite et la gauche, entre la réduction d’impôt et l’improbable appel à la croissance sans solutions des uns, et la dépense toujours accrue avec pour seule recette la Providence pour les autres, François Bayrou n’y va pas par quatre chemins : « Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie. ».
Il précise :
« Les deux camps (…) sont avec le temps devenus prisonniers de groupes de pression qui ne leur laissent pas le choix. ». avant de prédire : « Si la guerre des deux perdure, c’est la certitude de l’échec et, partant, la certitude du clash. ».
Pour voir chacun des deux troupes s’affronter dans l’hémicycle, avant de déclamer de manière moins mécanique dans les couloirs quand les masques de la comédie sont tombés, François Bayrou sait qu’individuellement, une bonne majorité de chacun des deux clans rejoignent sa vision et les idées qu’il propose.
Et
ce qui était séduisant en 2007, devient impératif pour 2012 : l’opposition pavolovienne clan à clan provoquera la perte de la France, qui ne s’en sortira qu’avec une union
nationale :
« Quand on sait que des efforts devront être consentis, chacun des citoyens doit avoir la certitude que les décisions prises ne seront ni partiales ni partisanes, qu’elles ne serviront ni intérêts de groupe, de classe ou d’idéologie. Le pluralisme de la majorité garantira que les décisions seront nécessairement d’intérêt général ».
Bayrou en réfère même à Aragon pour illustrer la nécessité d’une telle union : « Quand les blés sont sous la grêle, fou qui fait le délicat, fou qui songe à ses querelles au cœur du commun combat ». Rappelant que le redressement de l’Allemagne ne put se faire qu’en faisant travailler, main dans la main, les ennemis jurés de la CDU et du SPD… « Les politiques abandonnent leur confort et leurs habitudes, leurs préventions et leur égotisme, acceptent de partager l’effort et même la possible impopularité. ».
Mais pour ce faire, il faudra bien évidemment que certains acceptent de délaisser la politique des clans, sans pour autant se renier. Un enjeu ambitieux. Mais pour François Bayrou, c’est à ce prix, et seulement à ce prix, que l’état d’urgence, qui « est précisément le temps pendant lequel on peut encore faire quelque chose » laissera sa place à des temps plus apaisés.
On pourra toujours reprocher à François Bayrou de ne pas avoir chiffré ses propositions, et même de ne pas avoir tranché notamment concernant le financement de la CSG par la TVA comme le préconise depuis des années Jean Arthuis, mais 2012, Etat d'urgence n'est pas un programme. Pas même un acte de candidature. Juste un engagement qui laisse entrevoir un projet. La voie qu'il espère voir la France emprunter. De là à se voir en guide, il y a un pas que François Bayrou ne franchit pas encore...
Et n'oubliez pas l'article consacré à la partie Education du livre, commenté et analysé ICI.
Blog d’un militant du Mouvement Démocrate.
Je suis Yves Delahaie, membre du Bureau de la section de Lille et du Conseil Départemental.
Ce blog a pour vocation de donner ma pensée personnelle sur l’actualité. Il n’est en aucun cas la reproduction de la parole officielle du parti. Même si nécessairement, puisque je suis militant actif, mes pensées bien que personnelles, sont porteuses des valeurs que je partage : celles du Mouvement Démocrate.
Parce que ma prose est le fruit d’une réflexion et d’une écriture personnelle, reproduction non autorisée sauf partielle(max : 10%) suivie d’un lien avec mention de la source :
© www.lesnouveauxdemocrates.over-blog.fr.
Car se faire vampiriser quand bien même l'orange est sanguine n'est pas correct...
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