Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 20:33

eveneGrand ménage sur le web en cette rentrée littéraire 2010 : le premier site culturel Evene.fr, qui pouvait s’enorgueillir de plus de deux millions de visiteurs uniques par mois (et même 3 millions en décembre 2009), voit sa rédaction se réduire comme peau de chagrin : il ne reste aujourd’hui qu’un seul des 30 membres qui composaient la rédaction après la notification du licenciement de 24 d’entre eux. Plus grave encore : 5 d’entre eux ont leur contrat d’auteur se terminer sans mesure de licenciement, et ce malgré l’illégalité de leur statut (contrat de « droit d’auteur » rendu illégal par leurs activités qui leur valaient un statut de pigiste en CDI). Alors que la rumeur courait depuis le printemps, l’officialisation du changement de cap fut annoncée hier par l’AFP qui interrogea à ce sujet Bertrand Gié, Directeur des nouveaux Médias du Figaro, groupe dans lequel s’inscrit Evene. A l’unisson, l’ensemble des médias reprit fidèlement les propos de Gié, comme parole d’Evangile omettant un procédé journalistique bien connu qui différencie l’opinion de l’information : le recoupement des déclarations. Faute d’une éthique et d’un professionnalisme dignes de ce nom, une tribune fut offerte à Bertand Gié qui entendait ainsi mettre fin aux rumeurs qui prêtait au Figaro l’intention de dissoudre une équipe de rédaction devenue progressivement hostile, au point de refuser la refonte du projet proposée par ses services et de décider d’un plan social collectif alors que  ce n’était « pas notre volonté au départ »précise-t-il. Et d’ajouter qu’ils avaient « envisagé une quinzaine de départs, mais le plan a été étendu à l’ensemble des salariés ». Et le Directeur des médias du Figaro de se justifier habilement par l’argument a contrario, digne de la plus rutilante des rhétoriques : « si Le Figaro a investi dans Evene.fr, c’est qu’il croit en son potentiel, c’est pas pour qu’une telle marque nous échappe ». Sauf que ces déclarations ne sont pas du tout du goût des anciens collaborateurs d’Evene qui crient à la manipulation.

Mais ne cherchez pas leur version du conflit : elle n’a pas été relayée. Incroyable conception du journalisme que de ne pas donner de contradicteurs quand la source est partie prenante. Cela relève de deux comportements aussi condamnables l’un que l’autre : l’incompétence ou le désir de propagande. L’un comme l’autre sont tout proprement inacceptables selon la déontologie du métier. Mais, là aussi, comme au Palais Brongniart, la Crise n’en finit plus de battre son plein. Les journalistes prétexteront la reprise difficile d’une rentrée qui s’annonce chaude, ou bien encore l’incongruité de contredire Bertrand Gié, quand il s’exprime avec tant de bonne foi. Il n’empêche qu’il aurait suffi à ces vecteurs « d’informations » de prendre leur téléphone et de recouper l’information pour apprécier plus justement l’affaire. Les Nouveaux démocrates se proposent de vous en faire la démonstration en vous exposant les faits.


figaroTout commence comme un joli conte de fées. Christophe Chenebault et Christelle Heurtault décident de créer alors un site, en 1999, à visée populaire baptisé citationsdumonde.com. La volonté d’étendre leur portée et de toucher au plus près de la culture les incite à transformer le site, pour explorer des horizons plus lointains : nait alors Evene.fr en 2001. Le succès que connaitra ce site s’explique par sa volonté de toucher à tous les niveaux de la culture, de la plus populaire à la plus élitiste, pour la rendre accessible à tous. La littérature et les spectacles, puis le cinéma ou encore la musique viennent compléter les rubriques du site. Le site, s’il ne gagne pas encore d’argent est en pleine évolution, et la voie du succès est toute tracée quand en 2006, il gagne un clic d’or pour le « meilleur site média 2006 ». Devenu entre-temps premier site culturel français, référencé en tête des recherches dès qu’un internaute tape le nom d’un auteur, Evene ne cesse de se développer, avec une vingtaine puis une trentaine de collaborateurs. Si bien qu’en 2007, craignant que ce beau projet ne supporte pas seul l’éventualité d’une crise, et souhaitant très certainement faire fructifier leur belle création, les deux créateurs laissent le Groupe Le Figaro acheter cette pépite que lorgnait déjà le groupe Lagardère. Pacte avec le diable ? Assurément pas selon, eux, épaulé par Pierre Conte, Directeur Général adjoint du Groupe Figaro et Président de Figaro médias qui tente de rassurer tout le monde en garantissant l’assurance au site de se donner « tous les moyens se poursuivre sa croissance de façon autonome et ambitieuse », souhaitant « faire d’Evene le référent pérenne du secteur, mais également relancer l’offre Figaroscope.fr ». Pour faire taire tout début de polémique et pour assurer la passation des pouvoirs, Pierre Conte laissa Christophe Chenebault et Christelle Heurtault à la tête de la rédaction. Un grand groupe sécurisant, une audience prospère, un web en croissance exponentielle, la jolie récompense sonnante et trébuchante des créateurs : tout était beau dans le meilleur des mondes. D’ailleurs les années 2007-2008 ne connurent pas d’affres particulières, Pierre Conte laissant les collaborateurs continuer le travail qui leur avait valu de trouver la clef du succès.

contrat Mais il y avait un ver dans le fruit. Et cela, le Figaro « ne pouvait pas l’ignorer » comme le confesse sous couvert d’anonymat, un des anciens collaborateurs du site : la rédaction se composait en large majorité de pigistes à temps partiel illégalement employés en droit d’auteurs. En 2007, au moment du rachat l’équipe de composait alors de 3 rédacteurs en CDI, à savoir Mélanie Carpentier, Jean-Nicolas Berniche et Michaël Demets, et d’une quinzaine de collaborateurs rémunérés en droit d’auteurs, ou stagiaires. De la même manière, l’année 2009 vit se succéder pas moins de 63 personnes sous contrat en droit d’auteurs, reconnu comme travail dissimulé aux yeux de la loi pour le travail de journaliste, Le Figaro ne renouvelant pas la moitié d’entre eux. Entre temps, et malgré un succès populaire jamais discuté, le chiffre d’affaires a fini par stagner (2,294 millions d’euros en 2008, 2,190 en 2009, et un prévisionnel 2010 de 2,283 millions) quand les charges ne cessèrent d’augmenter (2,5 millions en 2008, 2,8 pour la prévision 2010, notamment dues aux nouveaux locaux et à un projet de modernisation du site bien vain, la v3 ne voyant finalement jamais le jour). Stagner,  « ce qui est une gageure en période de crise », rappelle un ancien salarié du site. Mais ce fut trop au goût du Figaro et de Pierre Conte.

billetsMais les financements et la gestion des ressources humaines ne suffisent pas à expliquer la déroute. Le rachat d’un tel site supposait une vision commune entre la rédaction existante et les nouveaux propriétaires. Et c’est bien là que le bât blesse. Après le départ des deux créateurs en 2009, qui purent ainsi profiter de la plus-value que leur avait rapporté leur création, Anne Pican fut nommée Directrice d’Evene, tout en le restant pour TéléMagazine.fr et le Figaroscope.fr, Bertrand Gié, Directeur des Nouveaux médias pour le Groupe du Figaro chapeautant le tout. Commença alors un débat tragique, car voué à la perte, sur la portée du projet. Fidèle à sa tradition, l’équipe de rédaction a toujours soutenu un projet exigeant, en souhaitant proposer un champ large, du plus populaire au plus élitiste, sous les formes les plus diverses, de l’information « fast food culturel » sur le dernier best seller à l’entretien plus recherché avec un auteur au lectorat plus intimiste. Une gageure selon la nouvelle Direction qui souhaitait un projet moins ambitieux, allant jusqu’à proposer de faire du site une agrégation de contenus, et plus généralement de travailler davantage en desk (« en bureau », limitant ainsi les reportages, les séances de projections, allant même jusqu’à suggérer que l’on peut faire la critique d’un film sans l’avoir vu…), offrant les plus sombres perspectives à la rédaction. La suite des événements confirma la tendance. Souhaitant réduire coute que coute les effectifs pour rendre plus rentable l’investissement (d’où l’idée de déléguer certaines tâches à d’autres sites sous-traitant), la Direction mit fin, en décembre 2009,  à leur contrat de collaborateurs, sans que ces derniers ne puissent bénéficier des  dispositions prévues par la loi (absence de procédure de licenciement, pas de solde de tout compte, pas de congés payés, etc.)

Le décalage alla croissant quand, soudain,  l’Inspection du Travail s’en mêla. Purgatoire ou Deus ex machina ? Toujours est-il qu’elle constata que la majorité des contrats proposés étaient illégaux ! En effet le contrat en droits d’auteurs n’est pas reconnu par la loi pour ce type de mission, puisque le travail qui incombait à ces employés était celui d’un pigiste, classement qui impose le CDI de facto. Dès lors, Le Figaro est contraint de se lancer dans une requalification des contrats d’auteurs en CDI.

viré Une situation devenue intenable pour l’équilibre financier d’Evene, qui tenait au nom d’une gestion illégale de ses ressources humaines. On comprend mieux pourquoi la perte des bénéfices brandie comme un étendard pour justifier le plan social n’était qu’un leurre, comme le rappelle cet ancien collaborateur : « ce qui fait que notre bénéfice s'est amoindri pour être négatif en 2009 et 2010, c'est que l'entreprise a dû se mettre en conformité avec la loi et proposer des CDI aux contrats de droits d'auteur. » Et d’ajouter que la Direction leur avait expliqué de vive voix que si « Evene perd de l'argent, c’est parce qu'il ne doit plus donner de contrats illégaux... donc, il faut nous licencier pour enlever cette épine du pied. »

C’est donc bel et bien la négligence faite autour des ressources humaines et le manque d’implication dans la gestion du projet qui sont la cause de cette situation comme l’ont confirmé les aveux de Pierre Conte aux salariés d’Evene le même mois de Février 2010. Comment expliquer qu’un groupe comme Le Figaro puisse envisager un plan social parce qu’engager des salariés selon les termes de la loi coûte trop cher ? N’avait-il pas entière connaissance de la situation quand ils ont racheté Evene en 2007 ? La rédaction abritait en son sein du travail dissimulé. Les « appartements ravioli » d’Evene n’étaient donc pas connus de la Direction… celle-là même qui faisait signer les contrats ? Mais de qui se moque-t-on ?

croissance Selon des membres qui souhaitent préserver leur anonymat le temps que l’affaire soit jugée, le schisme entre la Direction et la Rédaction ne date pas d’hier. Au-delà des griefs de l’Inspection du travail, les divergences sur la ligne éditoriale et la vision du projet a amené certaines décisions pour le moins douteuse selon la rédaction. Les propositions de la Rédaction pour moderniser le site, dont le manque d’ergonomie et la structure vieillissante étaient patents (constats reconnus par Pierre Conte en personne devant l’ensemble de la rédaction, qu’il tentait de rassurer en assurant qu’il n’y aurait pas de plan social !) ont toujours reçu une fin de non recevoir. La Rédaction passa même pour être trop « ambitieuse », voire « trop prétentieuse », les jours où la parole se déliait davantage. « La décision du Figaro de "pourrir" Evene pour se débarrasser de nous date de très longtemps, pas seulement des derniers mois houleux entre nous et la Direction. En décembre 2009, Le Figaro a licencié le responsable des partenariats Evene, qui était garant de la marque et qui à ce titre ramenait à lui seul plus une grande partie des revenus publicitaire du site. Un poste clé, donc, pour qui souhaite pérenniser une situation économique... D'autant que ledit commercial était particulièrement doué. » Pourquoi se priver d’un tel élément quand selon Pierre Conte en 2007, rappelons-le, le but était donner au site « tous les moyens de poursuivre sa croissance de façon autonome et ambitieuse », souhaitant « faire d’Evene le référent pérenne du secteur » ? Etonnant paradoxe sur lequel il serait intéressant d’enquêter.

Encore une fois, cette situation est symptomatique du milieu journalistique actuellement en France : les journalistes sont corvéables à souhait tant qu’ils rapportent. La situation tourna à l’ubuesque quand, pris à la gorge, la Direction du Figaro re-qualifia 18 contrats en droits d’auteur en CDI… pour leur notifier leur licenciement 10 jours plus tard. Pour éviter de faire trop de vagues, on essaya bien d’attirer les mouches avec du vinaigre, en proposant un énième projet pour le site qui à coups sûrs ne répondaient pas aux exigences qui furent à la genèse du projet. Finalement, ce sont les derniers arrivés, les moins expérimentés, qui furent désignés pour tenir « la baraque ». Voilà pourquoi, l’ensemble de la rédaction décida de quitter Evene et demander un licenciement collectif. Car d’un point de vue éthique, la situation n’est plus supportable pour personne.

journaliste Aujourd’hui, le Groupe Figaro affirme 12 personnes sont restées chez Evene. « Du service Paye ou de la boutique Evene », précise en chœur ceux à qui on a imposé le départ. L’affaire est naturellement portée au Prudhommes, d’autant que l’Inspection du travail vient de constater que « le motif économique des licenciements n'existe pas », selon des sources qui souhaitent rester discrètes tant que l’affaire est en cours. La Direction du Figaro dément à tout va les « rumeurs » selon lesquelles Evene serait un site au rabais : « Evene.fr est un leader sur la culture, il est hors de question d’en faire un portail d’agrégation de contenus. On souhaite que ce soit un vrai site web, ouvert à tout ce qui touche à la culture ». Pourtant, depuis quelques semaines, ce sont bien deux personnes de RelaxNews qui s’occupent de réactualiser le site en ligne… Exactement ce que craignaient la Rédaction destituée…  Pour cet ancien collaborateur, « Le Figaro n’avait tout simplement plus besoin de journalistes pour faire ce qu’ils voulaient faire ».

L’histoire commence comme un conte de fées, écrivai-je… mais elle a viré au cauchemar. Plus qu’une sombre affaire d’argent et de contrat, l’exemple montre dans quel état de précarité travaillent les journalistes en France. En plus d’être exploités, ils doivent faire fi de leurs exigences professionnelles pour satisfaire la loi du marché et du grand public. Les réseaux d’information sont pratiquement tous voués à être détenus par les grands groupes et à respecter l’idée dominante, celle qui fait vendre. L’indépendance de l’information et la séparation des pouvoirs ne sont plus qu’un vague souvenir, qui font sourire, en cyniques, les grands magnats des Médias et qui remplissent les rares heures consacrée à la déontologie du métier dans les amphis de futurs journalistes. Enfin, journalistes… le vocable semble bien présomptueux de nos jours…

Par Yves Delahaie
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Lundi 23 août 2010 1 23 /08 /2010 22:14

Le « Voyou » de Sarkozy, le « trotskysme » d’Edwy Plenel, la presse gratuite, les soupçons de pressions des grands patrons… directeurs des principaux réseaux d’information… La presse est plus que jamais dans la tourmente en France. La crise de l’information est officielle. Petits Etats généraux de la presse en cette rentrée 2010 en trois parties : la crise de la presse, la crise de l’information et enfin la crise du journalisme.

 

Premier volet : la Crise de la Presse

Libé Ce n’est un secret pour personne : la presse écrite vit une terrible tourmente depuis quelques années. Les tirages se sont progressivement effondrés : Libération a perdu 26% de lecteurs en neuf ans, atteignant un tirage moyen de 125000 exemplaires et Le Monde 20% pour la même période pour ne donner que deux exemples. A l’inverse, les hebdomadaires dits d’information connaissent un certains succès comme Marianne qui continue de tirer à plus de 200000 exemplaires et L’Express qui tient le haut du pavé avec plus de 500000 exemplaires par semaine. Le paradoxe est entier : on ne s’est sans doute jamais autant intéressé à l’information… et la presse écrite quotidienne n’a jamais autant souffert. A cela plusieurs raisons.

Tout d’abord, l’arrivée d’internet a modifié considérablement la donne. Aujourd’hui les internautes peuvent consulter gratuitement les dépêches d’agence via les moteurs de recherches comme Yahoo ! ou Google. Les quotidiens ripostent avec leurs sites en ligne, en prenant d’assaut internet, le WAP, puis les smart phones. Mais le trafic engendré ne suffit pas à compenser la baisse du tirage papier.

20 minutesDans cette course à l’échalote, les gratuits ont terriblement nui à la presse écrite lors de leur apparition au début des années 2000. Car il ne faut pas oublier que la principale vente des quotidiens se faisait à proximité des quais des gares. A présent, dès 6h30, des présentoirs sont remplis, relayés par des petits hommes en casquettes pour distribuer la feuille de chou sans dépenser le moindre centime. Financés uniquement par la rente publicitaire, ces gratuits ont envahi les sièges des RER, TER et autres trains au détriment de la presse payante.

La télévision et la radio ont longtemps fonctionné en parallèle avec la presse écrite sans que les unes n’empiètent véritablement sur l’autre. Mais la TNT et le regain de succès de la radio qui a su particulièrement s’adapter en élargissant son public ont fini par ringardiser le journal en version papier. Aujourd’hui les podcasts rendent l’information plus ludiques et permettent la diffusion d’images mobiles ce que ne permet évidemment pas les quotidiens.

Enfin, une nouveauté est apparue il y a quelques années avec l’apparition de médias en ligne, sur abonnement autour de personnalités connues et reconnues, notamment pour avoir travaillé pour Le Monde : Daniel Schneidermann, qui privé d’images sur La Cinquième fit un arrêt sur le net, et Plenel avec Mediapart qui a fait grand bruit cet été avec ses révélations sur l’affaire Bettencourt.

On le voit, l’argent est le corollaire de la crise de la presse. Comment diffuser de l’information tout en pouvant survivre dans un marché aussi concurrentiel ? Et puis, il faut résoudre cette équation toute simple qui sonne comme une évidence pour le citoyen : pourquoi payer pour s’informer quand l’internet et la télévision remplit selon lui déjà ce rôle. Mais parle-t-on véritablement de la même information ? Incontestablement, la notion d’information est ambiguë. Pilier de la démocratie, elle a tendance à devenir protéiforme avec la multiplication des supports.

CdanslairLes quotidiens, comme les régionaux, Libération ou Le Figaro se consacrent à l’actualité du jour, avec la particularité pour Le Monde de sortir en pleine journée. Leurs ventes et les encarts publicitaires leur permettent d’employer à plein temps des journalistes et des envoyés spéciaux qui peuvent ainsi être au cœur de l’action, ce que ne se permet plus par exemple TF1 qui s’est passée depuis quelques années du service « étranger » comme le dénonçait le pamphlet rédigé en interne Madame, Monsieur, Bonsoir… Mais la situation est loin d’être aussi confortable qu’elle ne le fut. Les budgets deviennent de plus en plus serrés. Les stagiaires doivent faire le travail jadis dévolus aux journalistes sous contrat, et de nombreuses tâches ont disparu, dont certaines consacrée à la vérification des informations étaient tout de même essentielles. Daniel Schneidermann a déjà expliqué que son premier travail à la rédaction Le Monde était d’appeler toute la journée pour vérifier les brèves qui figuraient dans le quotidien… une tâche qui a bien évidemment disparu et qui montre que l’enjeu financier a fait fi de l’éthique de la presse. Aujourd’hui les journalistes de la presse régionale sont de loin les plus mal lotis, avec une paye légèrement supérieure au SMIC pour les débutants. Ajoutons à cela la crise de l’école publique et vous comprendrez que la qualité de l’écriture en pâtisse dans certaines rédactions…

barbierLa presse hebdomadaire sert davantage d’analyse. Prenant davantage de recul que la presse quotidienne, elle se permet des papiers plus étendus et peut faire une hiérarchisation de l’actualité plus drastique. Les rédacteurs de ces hebdos ont compris le rôle essentiel de la télévision, et depuis quelques années, ils envahissent les plateaux de télévision traitant de l’actualité : C dans l’air, qui les invite plusieurs fois par semaine (qui ne connait pas les têtes de Christophe Barbier, de Renaud Dély ou encore de Roland Carol…), les quotidiennes d’Itélé ou de LCI, Le Grand Journal pour ne citer que les plus connus… Non seulement, ils exposent leurs analyses et point de vue, mais la véritable raison de leur don d’ubiquité est évidemment de promouvoir leur hebdomadaire… et avec un succès qui ne se dément pas. Il n’y a qu’à voir Marianne qui tira à plus de 500000 exemplaires lors des présidentielles pendant quelques semaines quand leurs collaborateurs étaient 24 heures sur 24 sur le terrain….

Que dire des gratuits ? Ils ne font que reprendre les dépêches d’agence que l’on retrouve sur les moteurs de recherche, sans faire de vérification, en en se contentant d’illustrer leurs paragraphes à peine réécrits de photos libres de droit ou faites par les rares photographes qu’ils embauchent. Tout comme pour Yahoo ! et Google, il y a bel et bien un rédacteur en chef et une équipe qui décident de la hiérarchisation de l’information. Mais quand on voit qu’elle met sur un même plan actualité internationale, crise économique, et dernière overdose d’une star d’une télé-réalité, on peut s’interroger sur la qualité de celle-ci.

lagardere Aujourd’hui, la presse quotidienne a l’avantage de vérifier encore l’information avec de vrais journalistes qui sont sur le terrain. Tout comme pour les hebdomadaires, elle dépêche ses collaborateurs sur les plateaux de télévision (Raphaëlle Bacqué pour Le Monde, Laurent Joffrin pour Libération, etc.) mais sans connaître le même retentissement. Mais cette crise ne vient-elle pas d’ailleurs ? Pourquoi le citoyen considère-t-il comme information ce qui provient indifféremment de Virgin Télé, de 20 minutes ou du Monde ? Cette question de crédibilité est centrale surtout depuis que de grands médias sont devenus la possession des grands patrons du CAC 40 : Largardère détient notamment Europe 1, Europe 2, RFM, Paris Match, Bouygues quant à lui est patron de TF1, dont le 20 heures fut le plus regardé d’Europe pendant plus de 20 ans, Dassault possède Le Figaro, le premier site culturel français Evene quand Bernard Arnault détient entre autre La Tribune… De grands noms de la presse qui sont à la main des hommes les plus influents économiquement sur le pays, le continent et même le monde. N’y aurait-il pas un conflit d’intérêt à être à la fois financier, marchand et diffuseur d’une information neutre comme il se doit dans une démocratie ? Où est passée la fameuse éthique à la française ? La situation de la presse prétendument libre en France est tout simplement ubuesque entre les gratuits qui prétendent faire de l’information, et ceux qui devraient être les gardiens du Temple et qui sont tenus par nos plus Grands Patrons du Cac40. Cette situation est déplorable pour notre démocratie bien au-delà du caractère social, forcément tout aussi navrant. Tout le monde est finalement à la même ancienne : les gratuits sont tenus par leurs annonceurs, et les payants par leurs patrons : où se situe la différence ?

culturepub N’oublions pas qu’une émission comme Culture Pub sur M6 avait fini par mourir sur une chaîne qui ne supportait plus la critique des plus gros annonceurs de la chaîne. Ne parlons même pas de la critique du Cinéma sur des grandes chaînes… qui sont les plus gros investisseurs dans le domaine…. Le financier a donc un impact réel sur l’information elle-même. En proie à un problème d’éthique, la presse s’englue à dévoyer la notion d’information. Qu’est-ce qu’une information aujourd’hui ? Pourquoi est-elle confondue avec le vocable « média » ? Comment analyser le malaise profond que traverse la presse aujourd’hui : la crise de l’information ?

Par Yves Delahaie
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Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /2010 22:20

Le président a parlé. Enfin. Il était temps. Tout le monde le lui demandait. Depuis ses collaborateurs jusqu’à ses détracteurs. Un entretien fleuve, prévu sur une heure et qui déborda d’un bon quart d’heure. Des heures sup’ comme pour montrer l’exemple. Ou comment passer de la théorie à la pratique. Nul doute que personne ne restera insensible à cela. Reste la parole.

sarko1 Sur la forme tout d’abord, la tenue de cet entretien est toujours aussi scandaleuse. Bien qu’il ait sollicité France Télévision après ce long silence de plusieurs mois -ce qui est la moindre des choses à savoir que le Président s’exprime via le service public- Nicolas Sarkozy ne se rend pas dans les studios mais amène systématiquement la télévision à lui. Comme ce fut le cas auparavant. Comment pouvoir accepter que le Président réponde aux questions d’un journaliste à l’Elysée ? Comment peut-on encore accepter cette mise en scène ? Ce n’est plus le Président qui est « invité » comme il se plait à le dire, mais bien lui qui invite, voire qui « convoque »… le procédé est tout de même gênant. Mais, après tout, ces prédécesseurs en faisaient de même. Et l’actuel locataire des lieux de ne modifier en rien la donne puisqu’il entend s’exprimer à nouveau lors du remaniement, prévu en octobre, y compris face à Pujadas si ce dernier, précise-t-il, veut bien revenir à l’Elysée… D’ailleurs, le concours de politesse sera poussé par l’hôte jusqu’à l’obséquiosité, parfois ironique, la plus indigeste.

La prose de Sarkozy est par ailleurs toujours aussi assurée, leçons parfaitement apprises, avec des plans structurés made in Guéant… Exercice de style dans lequel il se sent à l’aise, ponctué de « vous savez » pour s’assurer la sympathie de l’auditoire. La rhétorique aristotélicienne brille de mille feux, question oratoire en joyau constant voire redondant, la langue de Molière dût elle en pâtir… Comme le rappelait Moscovici ce week-end dans l’émission Happy hour, diffusée sur Canal plus, « Nicolas Sarkozy parle mal le français, mais il parle aux Français… au moins en 2007 ». Car force est de constater que la maîtrise de la langue du chef d’état est chaotique : non concordance des temps (« le président faisait ce qu’il veut »), pléonasme grammatical (« voire même »), pataquès chiraquien (« Angela et moi, on a duZ apprendre à se connaître »)… Notons,  toutefois, une amélioration certaine de la double négation… de même qu’en maîtrise du Droit, sa spécialité, puisqu’après avoir fait fi de la présomption d’innocence lors de l’affaire Clearstream, il s’est posé en donneur de leçons, maître devant l’élève Pujadas, en rappelant qu’au pénal, la règle n’était pas systématique mais devait se traiter individuellement. Bref, le bulletin du Président indique un mieux mais avec des progrès à faire en langue…

sarko2 Le fond quant à lui fut affreusement prévisible. Schizophrène devant l’éternel, le Président confond toujours la fonction de Président et de chef du Gouvernement. Le lapsus vient couronner le tout en fin d’entretien, lorsqu’à propos de la nomination du Président de France Télévision, il affirme que « Le CSA a validé le choix du gouvernement », alors qu’il a validé le choix… du président ! Tous les dossiers le mettent en avant devant le premier Ministre, nommé par sa fonction seulement, puis les heureux nommés Eric Woerth et Brice Hortefeux, qui bénéficièrent de la brosse à reluire, malgré les affaires éthiques de l’un et les chiffres catastrophiques sur la violence de l’autre rebaptisés en résultats spectaculaires. En plus de cours de français, le Président aurait-il besoin de cours de mathématiques… A moins qu’il ne s’agisse de la presbytie qui pointe le bout de son nez.

sarko3 Les dossiers se sont égrainés à grande vitesse, selon le même modèle : une question faussement dérangeante, la réponse qui débute par une question oratoire ou une onomatopée empathique avec le spectateur, quelques chiffres que décidément les journalistes sont incapables de corriger faute de connaissances et de travail, et la redite, à la fois souple dans la voix mais ferme sur le fond, de sa position que les manifestations ne feront pas infléchir. Retraites, Fonte de la dette, G20, diminution des fonctionnaires (avec un appel marqué aux régions… à 95% socialistes pour ne pas remplacer un fonctionnaire sur 2 dans les collectivités territoriales… chacun appréciera). Souvent, Nicolas Sarkozy s’arroge du tic de la célèbre émission « Capital », puisque la France est souvent le pays du monde « où il y a le plus de… », ou le pays d’Europe « qui est le plus… »… Plus toujours plus et davantage encore. Bien évidemment le recul de l’âge du départ en retraite sous Mitterand, de même que les 35 heures portent à eux seuls la responsabilité de la situation actuelle… la Gauche est ainsi rhabillé pour l’hiver dès les Soldes d’été !

Quant à l’affaire nommée « Woerth-Bettencourt », forte du rapport de l'IGF ce week-end, elle fut balayée d’un trait, en renouvelant l’affirmation de la probité de son Ministre, en martelant qu’il était « innocent », preuve que sa conception de la présomption d’innocence est bien revenue, puis en rappelant que L’Oréal représentait 64000 employés et 17 milliards de chiffre d’affaire et qu’il ne faudrait pas que cette manne échappe à la France… Le message est bien passé.

sarko4 Alors que retenir ? Le Président ne cèdera pas un iota  sur les retraites, notamment concernant l’égalité de traitement entre public et privé et sur l’âge de 62 ans. La mise en exergue du modèle économique allemand, dressé sans nuance au rang le plus élevé et sur lequel il entend calquer sa politique. Sa croyance en la baisse de la dette, du chômage combinée à une croissance revenue. On peut toujours rêver.

Les agriculteurs ont dû se sentir très soutenus, car le chef de l’Etat n’a eu de cesse de les citer en faisant de leur cause une priorité lorsqu’il dirigera le G20. Malheureusement, ils resteront sur la faim sur les moyens d’y parvenir et les méthodes à employer. Paroles, paroles, paroles ?

Sinon quelques idées qui sont loin d’être inintéressantes : la responsabilisation pénale des parents pour les délits des délinquants des 12-13 ans qui font leurs forfait tard dans la nuit (sujet polémique mais qui existe et qui pose la nécessaire question de la responsabilité des parents quant à l’éducation de leurs enfants, n’en déplaisent à certains qui n’habitent pas de toute évidence près les zones de non-droit), la prise en compte des exclus du Conseil de Sécurité de l’ONU à savoir l’Amérique latine, l’Afrique et l’Inde bientôt pays le plus peuplé du Monde, qui ont le droit de pouvoir s’exprimer et influer sur un Monde qu’ils peuplent en part conséquente. L’obligation pour les 16-18 ans, sortis du système scolaire d’avoir soit une formation, soit un travail. Enfin la création des établissements à encadrement renforcé pour ceux que « personne ne veut », parce qu’ils empêchent les autres de travailler. Une vingtaine pour la rentrée 2010 dont 3 en Seine Saint-Denis. A suivre…

Finalement l’entretien était surtout attendu à propos des « affaires » : les Français ont dû rester sur leur faim à l’heure du dîner, d’autant que le sujet fut abordé dès les premières minutes. Le reste n’apporta rien de révolutionnaire ni de profondément révoltant. Tout juste les contours d’une politique dont on ne veut pas dans sa grande globalité. Ce n’est déjà pas si mal. Notre combat des valeurs n’est pas vain et est plus que jamais d'actualité. 

Par Yves Delahaie
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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /2010 20:27

La semaine dernière, suite à son séjour touristique en banlieue parisienne, Nicolas Sarkozy s’est fait insulter par un autochtone. Grave blasphème : il sera condamné à des heures d’intérêt général trois jours plus tard…

Rapide justice. Et Justice surtout !

Car quid des professeurs qui sur le terrain se font insulter chaque jour, et qui, pour ceux qui osent faire la démarche de porter plainte, voient leur affaire classer sans suite, quasiment systématiquement ? Les représentants de l’Etat ne sont apparemment pas tous traités de la même manière.

Par Yves Delahaie
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Mercredi 23 juin 2010 3 23 /06 /2010 21:32

Enfin ! L’équipe de France a définitivement mis fin à sa longue agonie hier soir. Laissons aux spécialistes, consultants et autres experts s’exaspérer de la performance sportive. La débâcle est telle qu’il y aura finalement que peu de choses à ajouter. En revanche, le retentissement pris par les déboires des Bleus a de quoi laisser dubitatif.

foot-copie-1 Que la Coupe du Monde de football polarise les esprits n’a rien de surprenant. 1998 fit passer ce sport à la sulfureuse réputation de « beauf » pour un incontournable spectacle digne de l’intérêt national. Impossible d’ignorer la discipline. Tout le monde DOIT aimer le foot. En quelques années, il est devenu un enjeu économique, social et politique. « Le Sport est LA réponse à la Crise » martelait Nicolas Sarkozy lors de la désignation du pays hôte des Championnats d’Europe pour 2016. Ainsi le Président a-t-il misé sur une hypothétique victoire afin de pousser à la consommation à grands coups de bières, de pizzas et d’écrans plasma. Histoire de regonfler le moral des ménages et par là-même doper sa côte de popularité.

Las. A force de croire que les Footballeurs avaient la réponse à la récession, qu’ils allaient réussir là où le Gouvernement échouait depuis des mois, la France s’est abîmé. Ce fut même, après les Régionales, un nouveau fiasco pour le Gouvernement. Un de ces camouflets qui laisse une trace rouge indélébile sur la joue. Les joueurs ont finalement dû subir une pression digne de celle d’un Homme d’Etat. Comme Boutin, Blanc ou Estrosi, ils ont dû subir les affres de leur train de vie plus ou moins scandaleux, Rama Yade se transformant en canard enchaîné de l’Equipe de France. Jusqu’au climax du surréalisme : l’allocution de Nicolas Sarkozy sur les propos d’Anelka… à St Petersbourg aux côtés de Medvedev. Et pourquoi pas De Gaulle commentant à l’Elysée les Interclubs de badminton de 1964 !

Les Bleus, mutés en Hommes d’Etat, à la manière de Frédéric Lefebvre, ont défilé aux micros, reclus dans leur hôtel et leur rhétorique sèche, à la méthode Coué, sans saveur, ni odeur, tentant de convaincre la Foule en proie à la Nostalgie de la Gloire passée. Des sportifs revêtus des oripeaux des politiques : un sport national depuis quelques mois. On a vu le résultat : le costume était trop large pour eux. Mais ils en garderont les poches bien remplies. Don’t worry !

Et pendant ce temps-là, à l’Elysée, se mijote en catimini le projet de loi sur la réforme des retraites, slalomant entre les affaires d’appartements, de cigares ou d’évasion fiscale. Nos indignes représentants, balles aux pieds, qui ont durant ce week-end faire pire pour la France que trois années de Sarkozysme (c’est dire !), seront, eux, à la retraite à 35 ans. Avec en moyenne pour l’Equipe de France 20 ans de salaire en un seul mois, en période d’activité (mais peut-on parler d’activité quand on marche sur le terrain ?). Rassurez-vous, leurs beaux jours sont garantis. Crise ou pas.

Par Yves Delahaie
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Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /2010 20:14

En mars dernier, alors que l’ancien Premier Ministre lançait son futur appel du 19 juin, j’avais tenté d’y voir plus clair, de la part d’un homme qui en condamnant le Gouvernement et en faisant fi des clivages droite/gauche marchait sur les plates-bandes du MoDem… Voici mon point de vue.

« Je suis mal à l’aise avec la politique du Gouvernement ». Revenir sur le paquet fiscal. Balayer les clivages politiques. Etre plus équitable socialement. Serait-ce martine Aubry ou bien François Bayrou qui se fait alors entendre ? Ni l’une ni l’autre. Et pour cause : ces prédications sont de Dominique de Villepin, qui sous la forme de teasing, est venu annoncer la création de son parti pour le 19 juin.

Le réquisitoire de l’ancien Premier Ministre est d’une écriture fine et acérée, une conviction et une rhétorique de qualité. L’Homme de Lettres qu’il est, féru de la poésie enivrante de Saint John Perse a ébloui  les oreilles et ravi les papilles de ceux qui veulent un changement de cap à Matignon via l’Elysée.

Par moments, en fermant les yeux, l’on avait même l’impression qu’il pouvait, encore plus que la Gauche, en proie à ses problèmes d’ego, et que François Bayrou en pleine resttructuration, incarner l’Opposition à Nicolas Sarkozy.

113531-aaa-villepin-begag-une 29012Mais une anicroche vint gâcher la fête : une question de journalistes, eux qui avaient perdu l’habitude de poser les bonnes. Quand on demanda à l’orateur hors pair ce qu’il avait voté pour les Régionales, il répondit : « Je suis resté fidèle à ma famille politique ». Double faute. Non seulement il a voté pour le camp qui a subi une de ses plus lourdes défaites électorales depuis des décennies mais surtout il est en contradiction totale avec ce qu’il entend proposer : le refus des clivages. « Ma famille »… l’aveu est de taille. Faites ce que je dis et non pas ce que je fais. L’entreprise de Villepin ressemble donc à une impasse qui n’est as là pour réunir les Français quelle que soit leur étiquette politique, mais pour réunir les militants égarés de la Droite, qui n’ont plus que la défiance à l’égard du président en place.

Dès lors, comment imaginer que Dominique de Villepin puisse faire perdre sa famille au point de se présenter en 2012 contre Nicolas Sarkozy lui-même ? Comme dans les films de Claude Chabrol, les couteaux sont aiguisés, prêts à fonctionner, mais à table, le sourire est de guise. Plus le vernis est épais et plus la croûte est assurée… Le diner était presque parfait.

Par Yves Delahaie
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Samedi 29 mai 2010 6 29 /05 /2010 12:11

Un marronnier. Le débat est sans cesse remis au goût du jour. Sans originalité. Sans saveur. Ni odeur… si ce n’est celle nauséabonde de la mauvaise foi.

Trois associations de Parents d’élèves, la FCPE, classée à gauche, la PEEP, plutôt à droite, et l’APPEL (enseignement privé) sont donc montées au créneau cette semaine, en réclamant l’abolition des notes, coupables selon elles d’un surcroît de pression sur les épaules de leurs ouailles. Les pédopsychiatres et autre pédagogoles en herbe, toujours en mal d’amour médiatique leur ont emboîté le pas pour nous faire ingurgiter leur logorrhée moralisante et misérabiliste sur la fragilité des élèves. La polémique ne date pas d’hier : la notation à la française sur vingt a toujours suscité un débat paradoxal. Car les rares expériences qui amènent certains établissements voire certaines classes à évaluer par compétences acquises et non par notes ont tendance à déboussoler les parents qui réclament… le retour des notes ! Tentons de rationaliser.

lesprofs Qui est véritablement touché par « le stress » de la note en 2010 ? Pour faire de l’humour, en ces jours de Roland Garros, rappelons ce qu’aimait répéter Yannick Noah quand on le questionnait sur la pression, histoire de l’évacuer : « la pression, c’est ce que l’on met dans les pneus ». C’est un peu le cas pour l’école. Plus personne, en primaire ou au collège ne ressent la pression des notes. C’est davantage la pression des parents qui peut éventuellement agir. Et encore. Seuls les élèves en excellence scolaire craignent l’échec. Or leur crainte ne se vérifie quasiment jamais, à en juger par leurs notes. Les seuls à qui pourraient profiter une modification du système sont les élèves en très grandes difficultés. Or, ce sont justement ceux qui se retrouvent le plus souvent désensibilisés par la note. Manquant de repères éducatifs parentaux, ils ne redoutent pas grand-chose et surtout pas le sermon qui suit habituellement un mauvais résultat. On a même longtemps prétendu que la valorisation de ces élèves par une bonne note pouvait leur être bénéfique. Et par « on », il faut lire « ceux qui à présent veulent abolir le système de notation ». Allez comprendre.

Paradoxalement également, ce sont ceux qui réclament l’abolition des notes qui ont milité pour instituer la note de Vie scolaire en 2006, une note (eh oui) de comportement et d’assiduité… sur vingt ! Plus grave encore, cette simple note trimestrielle vaut sur le bulletin autant qu’une moyenne de 10 notes de français ou de mathématiques. Soudain, la notation sur vingt n’était plus si archaïque.

Profs.jpg A vrai dire, le débat sur la note est biaisé. Car si des lobbys s’évertuent à détruire le système actuel, c’est pour une raison simple et simpliste : cacher l’échec scolaire de nos élèves. Quel meilleur moyen a-t-on trouvé pour enfouir le problème, en rejetant la faute sur un bouc-émissaire tout trouvé, la note ? De la même manière que l’on conteste la pertinence d’une évaluation, le contenu d’un cours ou même la pédagogie de l’enseignant pour mieux occulter l’absence d’apprentissage, chancre de la modernité scolaire. La notation n’est ni un épouvantail, ni une sanction et encore moins une question de chance : c’est l’évaluation à un temps T d’une compétence ou d’un savoir. Ni plus, ni moins. Et ce n’est certainement pas dans la notation qu’il faut tenter d’expliquer les raisons de l’échec de notre Ecole. D’ailleurs, preuve s’il en était que le combat contre les notes était factice, les trois associations ont également demandé que les interrogations soient évaluées par compétences et surtout… systématiquement prévues et programmées ; De l’art du bachotage sur le retour… A se demander qui est au fond le plus rétrograde.

 

Première Illustration : Les Profs, BD.

Par Yves Delahaie
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Mercredi 19 mai 2010 3 19 /05 /2010 20:32

plumeStakhanoviste je fus… en jachère je devins. L’actualité, accablante, a beau égrainer ses macabres nouvelles, ses funestes perspectives, ses morbides messages, ma plume s’assèche. Je ne comprends pas. Je ne comprends plus.

Je ne comprends plus cette Europe, qui a tant tardé à voter un plan d’urgence. La fraternité n’est apparemment pas la devise de Bruxelles. Sa seule devise : l’Euro. Et chacun pour soi.

Je ne comprends pas comment Papandréou puisse encore tenir la barre de la Grèce après avoir corrompu à ce point les finances publiques tout en dissimulant l’ampleur de la catastrophe et mentant sur le déficit.

Je ne comprends pas comment les inopportunément dénommés progressistes de l’Europe, Gauche et centre réunis, peuvent à ce point enchaîner les défaites électorales comme des perles, quand les Conservateurs en place excellent dans leur incapacité à résister à la crise. Certains évoqueront les Régionales françaises. La belle affaire. Faute d’opposants, il y a peu de gloire à ramasser les lauriers. Rappelons qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Je ne comprends plus les journalistes et les politiques qui jouent au boomerang de la rigueur. Rhétorique, tic, tic. Vaine glose dont tout le monde se moque éperdument.

Je ne comprends plus la presse française, arrogante, qui n’accepte plus la moindre remise en question au nom de la liberté de la presse. Cela signifie-t-il pour autant qu’elle n’a aucun compte à rendre ? A quand une Institution morale sur les lignes éditoriales ? Aie, ouille ! Je me sens déjà flagellé et accusé de fascisme et de censure. Pourtant la crise… de la presse est grave. Le « off » est devenu sa substantifique moelle. Sa matière principale et  préférée. Coefficient le plus élevé. Anicroches, rumeurs et vie privée s’invitent en manchettes et titres de JT. Hommage revisité à Fabius à propos de sa joute sur Ségolène Royal : ce n’est plus « voici le journal, mais le journal c’est Voici : »

Je ne comprends pas ce Gouvernement qui de déconvenues en débandades tente de garder le Cap à coups de méthode Coué. Leur discours est aussi éloigné de la vérité que le mensonge. Sophistes de pacotille. Moutons de Sarkurge qui souffle à tous vents ce qu’il faut penser. Ce qu’il faut dire. Ce qu’il faut taire. Le cap. Garder le Cap. Ou gagner près du Cap. Pour aguicher les courbes et les marchés. Rien de telle qu’une victoire en Coupe du Monde pour occulter les vraies difficultés. Seul problème : il est une coutume en France de mal gérer les équipes. Las qu’elles soient faites de footeux ou de Ministres, la mayonnaise ne prend pas. La faute à pas de chance. Ce n’est pas bien grave. Tant que l’on réunit plus de 30% de voix au 1er tour, on peut regarder tranquillement l’horizon.

Et que dire de Martine Aubry, que je ne comprends plus non plus. Elle qui envisageait le report de la retraite à 62 ans, s’emmêle dans son argumentation, et prétend qu’on l’a mal comprise. Et la Secrétaire du PS de se corrompre en déclinant le programme du NPA pour résoudre l’équation. Jusqu’à maintenant, la PS n’avait pas d’idées ? Aujourd’hui il pique celle des autres en proclamant haut et fort qu’il a peur qu’on les lui pique. Pique et pique et collé gram. La gauche a beau être un adulte par l’âge, elle n’en demeure pas moins infantile. Pétrie de bêtise. Triste, triste.

 

Alors pourquoi ma plume s’assèche-t-elle  et s’épuise-t-elle, quand notre monde pourrait lui donner des envies de se vider, sans s’épuiser sur le papier ? Pourquoi  s’est-elle imposée une jachère, une chaos quand il faut plus que jamais trouver des solutions aux problèmes insolubles qui nous sont posés ? Sans doute s’est-elle épuisée, abîmée, naufrage programmé. Sans doute qu’à force de crier d’expliquer, et de faire la pédagogie, sans être entendu, écouté et respecté, la force n’est plus. Avec le Mouvement Démocrate, nous n’avons de cesse de dénoncer et de proposer une autre manière de vivre et de gouverner. Mais les journalistes ont décrété que l’on n’était pas lisible. Et les Français ont suivi. Certes, nous avons certainement commis des erreurs. Mais l’ampleur de l’échec est-il proportionnel à la sincérité et à la véracité de nos propositions ? Notre probité est-elle pour autant remise en cause ? C’est lasse que ma plume s’est remise à dissimuler de l’encre sur le papier aujourd’hui. Retrouvera-t-elle autant que mon esprit suffisamment de courage pour repartir au combat ? je veux y croire. Mais seul le temps parlera. Pour moi.

Par Yves Delahaie
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Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /2010 20:56

Quand le policier a arrête la voiture la semaine dernière, avait-il pris conscience que son acte allait être la genèse d'un gigantesque typhon médiatique ? Entre arrêter une femme au volant parce qu'elle porte un voile intégral pouvant nuire a sa visibilité et déchoir un Francais naturalise par le mariage de sa nouvelle nationalité, il y a un pas qui a été franchi plus que rapidement.

Pour l'histoire du voile intégral, je n'aurais pas assez de mots durs pour rappeler la règle : que cela ne concerne que 30, 2000 ou un million de femmes, le principe reste le même, celui de la République. Or la Burqua n'étant pas un précepte religieux indique dans les textes sacres, il demeure un signe ostentatoire et communautariste dont certaines femmes se revêtent, contraintes ou forcées par la tradition, même si cd n'est pas le cas de toutes. Dans un pays ou l'égalité Homme/Femme est de fait, cette simple suspicion est absolument intolérable. Quant à ceux qui revendiquent la liberté de s'habiller, rappelons deux choses : dans l'espace public, les visages doivent être découverts afin d'être identifies, ce qui doit être le cas au volant d'une voiture (privilège qui est interdit dans les pays pratiquant ka châtia soit dit en passant !) ; d'autre part la burqua n'est pas qu'un simple accessoire lie a la coutume mais bien un tissu visant a contrer la potentielle concupiscence des Hommes, acte avilissant qui vise a cacher l'objet du désir pour mieux se l'accaparer dans une société qui offre aux seuls hommes la polygamie...

Reste l'affaire qui finalement a fait le plus grand bruit : celle de la prétendue polygamie du mari. Le problème est épineux car les trois autres femmes vivent d'allocations "femmes seules", ce qui semble être abusif selon les voisins qui les voient défiler dans la résidence principale. Qu'il y ait une ambigüité dans notre système social et que certains en profitent n'est pas une première, et le fait d'être Musulman n'a rien a voir là-dedans. Il n'empêche qu'un neo-français qui profiterait d'un tel système pour instituer en toute légalité une polygamie en pratique doit pouvoir faire l'objet d'une enquête sérieuse. Faut-il alors modifier la loi ? Ce sont aux spécialistes du Droit d'en décider. Mais ce n'est assurément pas a messieurs Besson ou autre Hortefeux d'en parler devant la presse moins de 24 heures après le PV initial pour faire du petit feu de cette affaire. Il n'y avait nul besoin d'alerter de la sorte toute la population sur la place publique pour évoquer la possibilité de voir l'homme déchu de sa nationalité (le professeur de lettres que je suis ne manquera pas de rappeler que l'infinitif dérive de "déchu" est bien "déchoir" et non "déchuer" comme cela a été entendu ce weekend...). Le résultat de cette amplification est la reprise par les Communautaristes, tel Tarik Ramadan, de l'affaire et la stigmatisation par certains d'une religion au sein de la république, qui n'avait pas besoin de cela. Cela revient a tendre le bâton pour se faire battre et souffler sur les braises ardentes quand ce débat nécessiterait calme, patience et lucidité. A force de vouloir sauter sur tous les sujets sans réfléchir, le Gouvernement parvient à tout faire sauter. Si seulement c'était la première fois...

 

Par Yves Delahaie
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Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /2010 13:50

On ne parle plus que de ça : Le coup de gueule de Mélenchon face à l’étudiant en journalisme de Science-Po a fait le tour du net, des médias et les commentaires pleuvent averse.

Pour ceux qui auraient hiberné depuis quelques jours l’objet du délit :

 

Depuis pas un spécialiste, expert ou autre journaliste n'est assez prolixe et virulent pour s'offusquer des propos de Mélenchon. La condamnation est unanime et totale. Le lever de bouclier est tel qu’il en devient douteux… et pour cause.

Sur la forme, il est incontestable que le Sénateur est indéfendable. L’insulte ne fait jamais honneur, même sous le coup de la colère et a fortiori quand on est un homme politique. Les noms d’oiseaux sont d’autant plus regrettables qu’ils sont souvent formulés par pure stratégie : avec démagogie, on sait qu’ils font passer l’auteur pour un homme au « franc parler », un homme vrai… Ce n’est pas une vision de la politique acceptable et c’est avec ce genre de méthode que George Frêche règne sans partage dans sa région.

Pour autant, les journalistes et autres spécialistes de l’actualité font ils état d’autre chose ? Auraient-ils pris la peine, sous la couche crasseuse, de gratter et de découvrir la véritable teneur du message ? Aucunement ! Et c’est bien là le problème.

Aucun journaliste n’a osé remettre en question sa profession. Personne n’a osé dire à quel point les journalistes nationaux ont cassé le débat des régionales et qu’ils ont vidé cette campagne de ton son essence même quand ceux qui le désiraient voulaient parler de programme. Pas un professionnel n’a rappelé à quel point les médias eux-mêmes ont peoplisé la dernière Présidentielle en promouvant un casting de choc. Mais de qui se moque-t-on ? Tout le monde se croit journaliste et l’information devient un capharnaüm le plus total entre rumeur et actualité qui se confondent pour le plus grand malheur de tous. Et force est de constater que les vrais professionnels sont responsables de cette situation même s’ils se cachent derrière l’intérêt du public. C’est trop facile. Jamais en France on n’ose remettre en question les journalistes. Mais je le dis et je le crie : à quelques expressions près, le journalisme est MORT en France. On privilégie la polémique de pacotille, l’image sur papier glacé, on réduit les phrases habilement rédigées de peur de n’être pas compris, on abêtit le peuple en réduisant toujours et toujours en croyant aller à l’essentiel, on utilise de moins en moins de vocabulaire, et l'on use et abuse de commentaires comme si tout un peuple devait se rallier à un prétendu bon sens... (Et l'émission de Bruce Toussaint, L'Edition spéciale, le midi sur Canal plus en est l'illustration la plus frappante, d'autant que l'emission de par son titre se veut être de l'actualité quand elle ne fait que ressasser Yahoo ! Actualités... Pathétique !)

Alors Mesdames et Messieurs les journalistes, vous pouvez toujours vous offusquer sur la forme. Je vous le dis : Mélenchon a sur le fond 100 fois raison. Et vous êtes une corporation bien pleine d’hypocrisie.

Par Yves Delahaie
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  • : 07/04/2008

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Blog d’un militant du Mouvement Démocrate.

Je suis Yves Delahaie, membre du Bureau de la section de Lille et du Conseil Départemental.

Ce blog a pour vocation de donner ma pensée personnelle sur l’actualité. Il n’est en aucun cas la reproduction de la parole officielle du parti. Même si nécessairement, puisque je suis militant actif, mes pensées bien que personnelles, sont porteuses des valeurs que je partage : celles du Mouvement Démocrate.

 
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