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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 13:55

Premier volet de notre série sur la dissection du programme du FN.

 

FNEduc-1L’état des lieux du FN est sans équivoque et rejoint de ce fait tous les partis : l’Education Nationale est en crise. Le FNJ explique que « son bilan est chaque année plus accablant », convoquant les classiques du genre avec raison l’illettrisme, PISA, le classement de Shanghai et évoquant même, plus rare quand on parle du sujet, du nombre de doctorants et de brevet, très en retrait par rapport à nos voisins allemands. Le site des séniors insiste quant à lui davantage sur le coût sur les finances publiques : 60 milliards d’euros par an et 1,3 millions de fonctionnaires en comptabilisant notamment les titulaires, les stagiaires et les personnels administratifs que le FN compare à la baisse de niveau, à l’illettrisme, la violence et bien évidemment… la pression des islamistes sur la vie quotidienne des enfants (difficile à dire car ça me démange mais je reviendrai sur ce point après puisqu’il est développé, vous pensez bien, dans ce « programme »).

Le programme se place, dès son état des lieux face à une ambigüité : il semble dire que le fonctionnement de l’Education Nationale pèse trop sur les finances publiques par rapport à sa piètre efficacité tout en réclamant comme le fait les FNJ « la restauration de l’école républicaine ». Cette impression est d’ailleurs renforcée sur l’argumentaire des FNJ qui dès les premières lignes évoque le « mammouth (…) tel défini par l’ancien ministre Claude Allègre ».  Une école saine et efficace serait-elle possible avec un budget moindre ou en restreignant un ministère « le plus dépensier et le plus consommateur d’emploi » ? Si l’on lit plus loin, les mesures sont agrémentées d’estimations sur le budget entre « coût estimé » et « gain estimé ». Sans pour l’instant se pencher sur la manière de chiffrer et sur le détail, notons qu’un rapide calcul donne un coût de mesures du FN à 3,229 milliards d’euros et un gain de 2,4 milliards d’euros, soit une balance des dépenses déficitaires de 800 millions d’euros… Il semble donc suspect d’insister aussi lourdement sur ce ministère « dépensier » et consommateur d’ « emplois » quand ses propres mesures n’inspirent guère à l’économie… Le FNJ renforce cette position en déclarant : « la logique actuelle de la politique éducative s’articule principalement autour des suppressions de postes de professeurs malgré que le nombre d’élèves ne cesse d’augmenter » (sic). Au FN on ne lésine pas sur les moyens : on dit que l’école va mal et on n’hésite pas à passer aux cas pratiques pour le démontrer !

 

FNEduc-3En tous cas, si l’école est moribonde, le FN a trouvé son coupable. Et sur ce coup, personne ne lui en voudra : les pédagogistes issus de Mai 68 et l’ultralibéralisme anglo-saxon. Philippe Mérieu, dont il rappelé qu’il est membre de EEV, est accusé d’avoir imposé « une conception de l’éducation centrée sur l’enfant », lui-même invité « à former son propre savoir ». Rappelant que ce pédagogisme est responsable de « la suppression de la sélection, des note et d’un savoir objectif », il a, selon le FN, encouragé « une vision égalitariste et uniformisatrice » en détruisant ce que les pédagogistes « appelaient de manière péjorative la culture bourgeoise ». Le site officiel dénonce aussi les « lieux de vie » que son devenus les établissements et le dévoiement de la mission des professeurs réduits à être des « animateurs sociaux ». Qu’ajouter de plus à cela ? Pas grand-chose pour être honnête ! Il est vrai que si les pédagogistes gardent un pouvoir de nuisance et d’influence non négligeable au sein de l’Education Nationale au regard de leur impopularité en dehors, force est de constater qu’ils sont en passe de perdre la bataille et que plus personne ou presque n’ose prétendre que le niveau monte sans passer pour un illuminé peu crédible. Même Mérieu est revenu sur sa théorie du « il ne faut pas comparer » (toutefois, le Monsieur persiste et signe en disant, concernant la maîtrise de la langue française, que si les élèves sont moins bons en orthographe, ils ont un vocabulaire plus riche que leurs aînés (sic !). Pire il attribue la responsabilités de ces échecs de l’Ecole à la société de consommation et certainement pas aux centres de formations qui durant des années ont empêché les professeurs d’enseigner la grammaire ou pire l’orthographe « les sciences des ânes »… Incurable Mérieu). De ce fait, le Front National ne prend pas un risque démesuré : il colle à la vindicte populaire qui estime à juste titre que l’école est en panne sans pour autant renier la stratégie de la dénonciation systématique. Pire : son argumentation est d’autant plus crédible que cette déliquescence de l’Education Nationale n’a jamais été enrayée par quelque ministre qu’il soit de droite ou de gauche (depuis 81, se sont succédés 5 ministres de gauche et 7 droite pour 15 années d’exercice pour chacune des sensibilités).

 

FNEduc-4Toutefois, les attaques du FN se portent également sur l’ultralibéralisme anglo-saxon, critique assez peu entendue ou plutôt peu développée dans les médias « grand public ». Le FNJ dénonce ainsi une « autre vision tout aussi nuisible, et importée des Etats-Unis » : « la global culture ». Ses méfaits ? vouloir « rentabiliser l’apprentissage » et « écarter toutes les matières considérées comme coûteuses et impropres à la consommation ». Le Front National dénonce donc cette école de la « standardisation », s’appuyant sur le constat du philosophe Jean-Claude Michéa (NDLR : philosophe franchement engagé contre la gauche)  pour qui « les nécessaires adaptations au monde moderne ne sont qu’un paravent à la mise en place du capitalisme total ». Ainsi l’enseignement des techniques et des nouvelles technologies deviennent un enseignement prioritaire au détriment de l’histoire et de la littérature qui connaissent un allègement considérable. Là encore, difficile d’être en désaccord sur ce point. D’ailleurs c’est un argument qui est d’une redoutable efficacité contre la Gauche, qui, par la complaisance du pédagogisme, a fait entrer dans la bergerie, le loup anglo-saxon et son enseignement au rabais centré sur les TICE au détriment de la transmission des savoirs : les salles pupitres en sont la preuve la plus accablante, à hauteur de 35000 euros l’unité, à raison de une à deux salles par établissement, et à destination principalement des élèves en difficulté, c’est-à-dire ceux qui maîtrisent le moins la langue française… Dès lors, face à cette école publique qui refuse de remplir ses missions, quel autre recours existe-t-il que celui des cours particuliers, et la Droite cette fois-ci y a mis du sien avec la défiscalisation partielle des heures payées par les familles à cet effet ou encore une école à deux vitesse, l’une gratuite qui aboutit à une ghettoïsation et un dépérissement du savoir, et une autre, payante, qui forme les élites de demain… tout ce qu’en somme les Etats-Unis ont fait de pire dans leur système éducatif. L’argument est solide.

 

Une analyse incontestable, accablant tant à Droite qu’à Gauche. L’exercice n’était, encore une fois, guère périlleux pour le FN qui se retrouve dans son articulation rhétorique favorite. Mais alors que propose-t-il de neuf, de nouveau, de révolutionnaire pour réussir là où tous les gouvernements de droite comme de gauche ont échoué alternativement ?

Tout d’abord, le FN pioche ses mesures dans le clan des «républicains », à savoir Brighelli, Polony et tutti quanti. Un copier-coller conforme et qu’à présent ni à droite, ni à gauche on a osé appliquer à la lettre pour des raisons de lobbys idéologiques (à gauche, les pédagogistes tentent de faire passer l’égalitarisme pour du « progressisme » et à droite, on se dit que l’application de telles mesures ne feraient nullement diminuer le budget alloué à l’Education sans compter les défenseurs du capitalisme avant tout qui adulent le virage anglo-saxon qui tente de faire de l’éducation un outil de formation utilitariste pour les entreprises…) : « remise à plat de tous les programmes scolaires », « le coefficient de l’histoire relevé pour les classes S et STI »,  « méthode syllabique » abandonnée « totalement » (NDLR : il faut rappeler que si elle est en théorie abandonnée, dans la pratique, les professeurs de écoles adaptent plutôt une méthode mixte, laissant notamment la « globale » sévir en maternelle comme première approche à la lecture… avec comme conséquence inévitable l’accroissement de l’illettrisme, de la dyslexie avec la confusion de mots à la lecture, et bien évidemment l’anéantissement de l’orthographe…), la remise à l’honneur de la dictée jusqu’en seconde, la redécouverte des auteurs classiques et l’abandon de « l’étude poreuse d’auteurs médiocres contemporains », l’étude par auteur et mouvement littéraire au lieu de celle par genre actuellement en place. 

 

FNEduc-7Concernant les évaluations, le FN propose un test de maîtrise de la langue et de l’écriture Française et la validation des acquis en calcul des quatre modes opératoires, qui doivent être imposés à la fin du CM2 pour conditionner ainsi le passage en sixième, mesure déjà réclamée par… Jean-François Copé. Par ailleurs, « l’obtention du brevet doit conditionner le passage des élèves en seconde ». Enfin, la revalorisation du baccalauréat passe selon le FN par l’abandon de l’objectif des 80% d’une classe d’âge au bac (puisque ce n’est pas, selon le FN un objectif, mais un des critères de correction), « l’instauration d’une note plancher pour une base de savoirs fondamentaux non compensable », et la fin des options « inutiles » (qui soit dit en passant permet à une trentaine de bacheliers d’obtenir plus de vingt sur vingt en moyenne…).

Par ailleurs, le FN entend faire en sorte « que le système scolaire retrouve les mérites de la sélection » avec notamment l’attribution « des bourses au mérite en fonction des notes », dont le coût est estimé à 19 millions d’euros.

 

Mais parmi ces propositions alléchantes, qui répondent en grande parties aux exigences du clan des Républicains, se cachent quelques mesures pour le moins ubuesques, cocasses, et pour certaines franchement douteuses :

 

En histoire, la remise à plat du programme implique des précautions pour le moins suspectes : « tous les thèmes devront être dépolitisés et cesser de nourrir les amalgames douteux qui justifient une quelconque haine à l’égard de la France ». Ce qui revient à dire qu’actuellement, l’étude de l’histoire en France nourrit des amalgames douteux qui justifient la haine à l’égard de la France ? La pensée se veut tout aussi suspicieuse par la suite en estimant que cette refonte de programmes devait être entreprise par des « chercheurs et des professeurs soucieux de transmettre un savoir plutôt qu’un endoctrinement idéologique ». Le FNJ accuse donc de manière explicite les professeurs d’histoire de ne pas être respectueux de la neutralité en cours… un discours que l’on entendait fréquemment dans la bouche de Jean-Marie Le Pen, notamment au sujet d’un de ses sujets favoris : la décolonisation. Plus récemment, Louis Aliot s’est ému le 31 mars dernier face aux « Les principales fédérations de l’Education viennent de lancer un appel anathème contre les « thèses de l’extrême droite » car elles estiment que celles-ci n’ont pas leur place à l’Ecole ». Tout en précisant que « Le Front National récuse toute appartenance à l’extrême droite et a toujours montré son attachement aux règles démocratiques et aux valeurs de la république française », Louis Aliot s’offusque (mais pourquoi puisqu’il le dit lui-même, le FN n’est pas d’extrême droite…) en « s’inquiétant de plus en plus de ces prises de position discriminatoires qui visent à exclure aujourd’hui plus de 20 % de Français »… Et le vice-président du Parti d’affirmer que « la neutralité dans l’Education recouvre aussi la neutralité politique de son personnel ».


FNEduc-13Que faut-il donc comprendre au juste ? Que l’école républicaine n’a pas à condamner les thèses de l’extrême droite, comme celles qui par exemple ont remis en cause pendant des années la shoah ? Ou celles qui estiment que la décolonisation était une erreur et que la France n’a pas à rougir de la guerre d’Algérie ? Ne peut-on pas, tout bêtement, estimer en France que nous n’avons pas à vivre comme Œdipe avec le poids de colonialisme sur nos épaules qui feraient des Français des coupables éternels comme l’argumentent benoitement les idiots utiles des fondamentalistes, j’ai nommé certains (irr-)responsables Verts, tout en reconnaissant que la parenthèse coloniale a été aussi la conséquence du commerce indécent et immoral des hommes, que les Historiens ont rebaptisé « triangulaire » ? Plus que cette divergence sur l’appréciation historique, les accusations du FN sur l’enseignement de l’Histoire sont non seulement, fallacieuses, graves, mais elles ne sont rien à côté de ce qu’ils proposent : la refonte des programmes. Avec quel angle de vue ? Celui de la vision historique du FN ? Un parti construit à l’origine autour de nostalgiques de Vichy, de révisionnistes, d’anti-décolonisation ou encore de ceux qui proclament que la France est la fille aînée de l’Eglise, prenant pour origine le baptême de Clovis, en sous-estimant le souffle des Lumières et la Révolution française ? Est-ce cette version de l’Histoire que les « éducateurs » du FN veulent inculquer à nos élèves ? On se souvient alors du laboratoire de Vitrolles où à sévi Madame Mégret et surtout son mari, son cerveau inéligible, qui surent, à leur manière, revisiter l’Histoire façon FN, comme le soulignait Renaud Dély dans son livre publié il y a douze ans, Histoire secrète du Front National  à propos du changement du nom de rues de la ville nouvellement conquise :

« A François Mitterrand, au président sud-africain Nelson Mandela, à l’ancien Premier Ministre suédois Olof Palme, à l’ancien chef d’Etat chilien Salvador Allende, ou à la militante anti-apartheid assassinée Dulcie September, succèdent, pour baptiser avenues, places ou squares, les noms de Marguerite de Provence (reine de France, 1221-1295), de Mère Teresa, des Tambourinaires (musiciens traditionnels provençaux à ou encore des Ségobriges (nom des Celtes qui peuplaient autrefois la Provence…). »


FNEduc-8On se souvient aussi de l’affaire des bibliothèques de Vitrolles et ce cri d’alarme de la CGT de l’époque, cité sur un groupe Yahoo :

« Le syndicat CGT des fonctionnaires territoriaux de Vitrolles souhaite alerter les professionnels et amis des bibliothèques et de la lecture publique sur la volonté exprimée par l'élue à la culture de la municipalité Mégret de prendre le contrôle direct des acquisitions de la bibliothèque municipale. » L’élue en question, « Madame Marandat, Adjointe à la Culture » souhaitait alors organiser des réunions avant chaque commande de livres » et mettre en place « un comité de lecture, dont elle assumera personnellement la présidence. »

Cette même Madame Marandat qui s’expliquait :

« Il s'agit de combler les carences. Le pluralisme est un devoir. Il s'agit d'offrir l'éventail des sensibilités. La bibliothèque est très bien pourvue en ouvrages d'une certaine sensibilité et très mal en ouvrages d'une autre sensibilité. Dans le domaine des sensibilités politiques il y avait un gouffre dans lequel il fallait aller. »

C’est donc cela la refonte des programmes version FN ? N’est-ce pas davantage une « révision » de l’Histoire qui est proposée ici même ? Et on dit que le Front National a changé ? Certaines de ses idées semblent pourtant tenaces.

 

Autre « subtilité » du programme Education :

FNEduc-9« Le FNJ défend avec ardeur l’investissement de l’école dans les langues anciennes comme le grec et le latin, mais également les langues « émergentes », et c’est là que cela tourne à la faribole : « telles le russe, permettant tout à la fois de contrecarrer le monopole de l’anglais, celui de la culture globish, et d’accompagner en actes, même auprès de notre jeunesse, le nécessaire partenariat stratégique français avec la Fédération de Russie si le Front National parvenait à arriver au pouvoir en 2012 »

Le russe, une langue émergente ? Un partenariat stratégique français avec la Fédération de Russie si le FN arrivait au pouvoir ? Prenez le programme de l’Education Nationale et vous avez celui de la stratégie des Affaires Etrangères vue par le FN !

Il est vrai que les attitudes de la Russie envers la Tchétchénie, méchant opposant indépendantiste musulman, et donc islamiste (sic, au cas où on oserait me citer hors contexte et surtout hors compréhension de l’ironie…), ses accointances avec les personnalités les plus fréquentables du monde économique et diplomatique, et ses vétos successifs à l’ONU en partenariat avec la Chine, ont tout pour rassurer les Français… Apprenez donc le russe, jeunes prodiges !

 

Autre mesure phare, la suppression pure et simple de la carte scolaire qui « a montré son échec ». Encore une belle manière de rectifier les inégalités sociales ! Un dispositif qui selon le FN « devrait permettre d’accroître une certaine mixité sociale conditionnée par un retour à l’élitisme » ! Mais comment la suppression de la carte scolaire pourrait-elle favoriser la mixité sociale et permettre aux plus défavorisés d’atteindre l’excellence ? Réponse du FN « Les enfants de toutes les couches sociales doivent pouvoir accéder aux établissements publics d’excellence à condition qu’ils satisfassent au niveau requis ». Facile ! Et comment fait-on quand on n’a pas eu Voltaire ou Molière au biberon ? N’est-il pas assurément plus aisé d’avoir le « niveau » quand on habite dans un quartier où le mètre carré excite les banquiers ? A cela, rien n’est dit. La méritocratie au FN, tu l’as ou tu ne l’as pas. La loi génétique.

 

FNEduc-11Evidemment je pourrais parler des mesures pour l’université, de la formation professionnelle (qui se dit valorisée mais quand on dit que le brevet conditionne le passage en seconde, cela suppose que ceux qui n’ont pas le niveau, iront donc, comme actuellement dans les filières professionnelles… Encore une fausse bonne idée qui sanctifie au pilori la mal-aimée depuis plus de trente ans déjà ! ). Mais comme il m’est impossible d’être exhaustif (quel courage à vous lecteurs d’en être déjà arrivés là !), je vais bien évidemment m’intéresser à la grande marotte de Marine Le Pen et du FN version 2011 : le communautarisme et la gangrène islamiste qui souillent notre école, comme je vous l’avais fait miroiter en teasing (ne cèderais-je pas par cet anglicisme à la globish culture ? Diantre !)

 

« L’école est devenue l’otage des revendications communautaires. Ces dernières s’exercent aussi bien

sur les tenues vestimentaires et dans les cantines que dans les manuels d’histoire, de français et de sciences, alors que ce sont elles qui doivent s’imposer à tous les Français, quelle que soit leurs origines culturelles ou leurs convictions religieuses. Le rapport Odin rendu par l’inspection de l’Éducation nationale en 2006 avait mis en lumière de graves atteintes aux règles élémentaires de laïcité : il est plus que temps d’en prendre acte. »

 

Alors avant toute chose, rendons à César… et corrigeons : le rapport dont il est question n’est pas l’œuvre d’un mystérieux Monsieur Odin mais Jean-Pierre Obin, intitulé Les signes et manifestations d'appartenance religieuse dans les établissements scolaires et publié en juin 2004… Passons sur ces approximations mais qui nous laissent précautionneux quant aux sources du FN. Notons que ce dit rapport avait bien mis en lumière des atteintes à la laïcité, mais il précisait :

 

« Le panel d’établissements visités ne constitue donc en aucun cas un échantillon représentatif des établissements français, ni sur le plan de l’étude ni d’ailleurs sur aucun autre. Tel n’était pas en effet notre choix »

 

Et le rapport de préciser :

 

« Cette étude ne peut donc prêter à généralisation et à dramatisation excessive : les phénomènes observés l’ont été dans un petit nombre d’établissements. » (NDLR : Le soulignement n’est pas de mon fait).

 

FNEduc-10Alors s’il n’est pas question de minorer les coups de canifs faits à la laïcité, comme je l’avais expliqué il y a trois ans à propos de l’analyse de ce rapport (peu importe le nombre : toute atteinte à la laïcité est une atteinte de trop), il ne faudrait pas non plus dramatiser, comme le dit l’auteur du rapport. L’école de la République fonctionne parfaitement concernant la laïcité dans son immense majorité comme le montrent deux exemples de 1995 et de 2004, quand il aura fallu un simple rappel de la loi à François Bayrou et Jacques Chirac pour dissiper les polémiques sur le voile à l’école (la promulgation de la loi proposée par Jacques Chirac n’était qu’une exégèse de la loi de 1905…)

 

En d’autres termes, s’il faut être vigilent et contrer toute tentative d’atteinte à la laïcité, ces exactions ne sont pas telles en nombre qu’elles puissent figurer dans un programme politique car ce serait leur donner une importance qu’elles n’ont pas dans les faits. Aussi quand le programme du FN ose dire que l’école est « l’otage » des communautarismes, le FN ne se contente pas de caricaturer. IL MENT.

 

Les programmes et les tenues vestimentaires : il suffit de renforcer les règlements intérieur sur les identités nationales sur les T-shirts (notamment les drapeaux érigés pour se « faire identifier ». Pour le reste la loi sur la laïcité dans les établissements publics suffit amplement à assurer dans 99% des cas en France la neutralité.

« Dans cette arène des luttes, seules les traditions d’enseignement françaises sont occultées » : calomnies et pur mensonge. La Bible est à l’étude des cours de français de sixièmes, les jours fériés suivent le calendrier judéo-chrétiens et les absences confessionnelles sont de rares exceptions (mais il est normal d’accepter l’absence pour L’aïd quand on accepte le lundi chômé pour les communiants ; à moins de le refuser pour tous !)

 

« Le FNJ exige que l’enseignement de l’histoire ne soit plus sujet des pressions communautaires tant sur la période de l’esclavage et de la colonisation que dans l’apprentissage de la Deuxième guerre mondiale. Ainsi, toutes les caricatures d’une France esclavagiste, colonisatrice et collaborationniste doivent cesser pour faire place à la complexité des faits, ordonnée dans un esprit de neutralité. »

 

Que ce soit bien clair : l’enseignement public ne subit aucune pression communautaire. A peine perçoit-on des tentatives, vivement réprouvées par une loi déjà existante. Nul besoin d’en rajouter une louche. Le prétendre, c’est MENTIR (même si comme partout, dans l’éducation nationale comme dans la poste, la police, les banquiers ou les épiciers, il y a des brebis galeuses…)

Ensuite il est toujours intéressant de voir que le FN s’offusque des caricatures sur l’esclavage, la colonisation ou la collaboration… Des sujets qui pourraient fâcher un certain électorat ?

Mais à part cela, l’électorat du FN a changé...

 

« La littérature ne doit plus être l’otage de pressions idéologiques émanant d’associations communautaires ou de laïcards extrémistes » : Encore un mensonge… Appréciable de voir le vocable "laïcards" est appliqué à certains professeurs… Défendre la laïcité au FN c’est surtout être neutre…. Dès lors que les traditionnalistes catholiques ne s’en trouvassent pas dindon de la farce !

 

« Pas de viande hallal dans les cantines » : argument recevable mais rappelons ces initiatives sont rares, isolées même si elles doivent être réprouvées et condamnées, par la justice s’il le faut.

 

« Interdiction du port du voile ou des kippas dans l’enceinte de l’école. » : Hérésie puisque la loi l’interdit déjà. Cela revient au pléonasme de Marine Le Pen qui veut que la Constitution française indique qu’elle interdise le communautarisme quand elle se déclare déjà une et indivisible…. Pourquoi ne pas alors avoir évoquer l’interdiction des croix catholiques qui pendent autour du cou ?

 

FN08 - 29725-manif-anti-fn-7Pour conclure, que retenir de cette explication de textes ? D’une part, le diagnostic du FN sur l’Education Nationale ne souffrira d’aucune polémique et pour cause : s’inscrivant dans la droite ligne d’une pensée main-stream, elle-même fortement inscrite dans une dénonciation très marquée, le FN s’épanouit là dans sa rhétorique naturelle qui vise à critiquer à gros boulets rouges, avec l’art de tirer sur les ambulances. Les méthodes pour y remédier ont au moins le courage de prendre à bras-le-corps celles proposées par les initiateurs de ces critiques, le clan des Républicains,  ce que ni droite ni gauche ne peut faire, compte-tenu des lobbys et des idéologies qui emprisonnent leurs pensées et qui se placent tel un boulet à leur pied. Pour autant dire que le FN propose des solutions adaptées aux maux que vit l’Education Nationale serait d’un enthousiasme exagéré et surtout d’une grande malhonnêteté intellectuelle : Non l’école n’est pas cernée en permanence et partout par l’islamisme, non toutes les cantines de France ne sont pas tentées par des menus hallal, non le russe n’est pas une langue émergente et un partenariat rapproché à la Russie ne serait pas compatible avec nos valeurs républicaines, non les cours d’histoire dispensés en France ne sont pas en majorité gangréné par une partialité visant à dénigrer l’héritage, l’influence ou la culture de la France, non l’abolition de la carte scolaire ne favorisera pas la mixité sociale…

 

En faut-il davantage pour montrer l’inefficacité, la dangerosité et la posture opportunément alarmiste du programme du FN et de Marine Le Pen en matière d’éducation ?

 

PS : notons pêle-mêle parmi d’autres mesures que je n’ai pas eu l’occasion de développer ici : supprimer les heures de vie de classe, la réforme de la loi Falloux et Astier afin « que les collectivités territoriales ne soient pas limitées dans le financement des travaux et des équipements (matériels pédagogiques des classes) » des établissements privés bien évidemment (et donc de confession catholique dans 90% des cas), le fonctionnement des conseils d’administration des universités devront se passer des représentations qualifiée d’« injustifiées » comme syndicats d’étudiants ou le  personnel administratif (!), les chèque scolaire et formation… 

 

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Published by Yves Delahaie - dans Du Front National
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commentaires

alex67 17/06/2011 09:45


Pour le hallal, je pense qu’on ne peut pas tenir les enfants pour responsables de se qui se passe indépendamment de leur volonté. Que le hallal donne lieu à des financements occultes pour le grand
public n’est pas de la faute en enfants et ils ne doivent pas en payer le prix.


Sur les écoles privées, ma question était toute différente.
Les écoles privées sont-elles vraiment catholiques à 90% ?
En ce qui concerne les écoles hors contrat, plus de 60% de ces écoles sont non-confessionnelles. Seulement 25% d’entre elles sont catholiques et 15% sont juives, protestantes ou musulmanes.
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2011/05/panorama-des-%C3%A9coles-hors-contrat.html


Yves Delahaie 17/06/2011 20:59



En quoi les enfants payeraient un prix à la loi de la laïcité ? Le halal n'est pas bon pour la santé en particulier ! Et n'a rien à voir avec la qualité de la nourriture ? Elle est le produit
d'un rituel qui rémunère un culte. Donc incompatible avec la loi de la République. CQFD.


Concernant les écoles et les collège, oui une écrasnte majorité (90%) sont de confession catholiques.



alex67 26/05/2011 20:43


Hum…

Si je peux me permettre la comparaison, ce programme du FN sur l’école est digne de celui du Modem : je ne trouve rien qui me rende enthousiaste et je ne trouve rien que je rejette vraiment…

Mais quelques commentaires quand même :

*** « Ainsi l’enseignement des techniques et des nouvelles technologies deviennent un enseignement prioritaire au détriment de l’histoire et de la littérature qui connaissent un allègement
considérable. Là encore, difficile d’être en désaccord sur ce point. »

Comme toi, je suis d’accord. Mais il y a un problème. Pour enseigner l’histoire et la littérature, il faut d’abord former des professeurs. Or, il s’agit de filières universitaires dans lesquelles
il n’y a justement pas beaucoup de débouchés professionnels.
D’un côté, il faut des étudiants en histoire et littérature pour devenir professeurs, mais de l’autre côté, un bon nombre des étudiants s’engagent dans une impasse…
C’est un cercle vicieux.


*** Sur la question du communautarisme, je suis très inquiet : je vois mal comment l’Etat peut lutter contre le communautarisme sans s’attaquer aux libertés individuelles des citoyens : quelle
langue on doit parler, comment on doit s’habiller, avec qui on doit se marier, dans quelle école on doit envoyer nos enfants, qu’est ce qu’on doit manger, dans quel magasin on doit faire nos
courses, à quelle fréquence on doit aller dans notre lieu de culte, qui doit être notre médecin de famille, etc…

Parce que concrètement, lutter contre le communautarisme, c’est permettre à l’Etat de répondre à ces questions à la place des individus.

Le hallal dans les cantines scolaires : je suis pour si c’est une option, je suis contre si c’est une obligation.
Beaucoup d’élèves ne mangent pas certains aliments pour diverses raisons (personnelles, médicales, religieuses, etc…) Varier les menus et proposer des plats de substitution, c’est un gage de
qualité et ça devrait faire partie des objectifs de chaque cantine scolaire.

Quant au voile islamique à l’école publique, je suis contre.
Je me demande pourquoi les femmes musulmanes n’ont jamais eu l’idée d’imiter les femmes juives pratiquantes. Elles doivent avoir la tête couverte mais c’est interdit à l’école ou sur leur lieu de
travail. Ce n’est pas un problème : elles remplacent leur couvre-chef pour une perruque.


*** « établissements privés bien évidemment (et donc de confession catholique dans 90% des cas) »

Vraiment ?

Je ne connais pas les chiffres pour l’ensemble du privé, mais pour le privé hors contrat, les établissements catholiques sont largement minoritaires, la plupart étant non-confessionnels.


Yves Delahaie 12/06/2011 19:13



Pour la halal : il faut être contre sans concession, ni autre option. Chaque nourriture estampillée halal reverse une partie de sa valeur au Culte musulman. Le service public ne saurait même de
manière indirecte financer un culte religieux (loi de 1905...)


Sinon, oui le FN met tout en oeuvre pour favoriser les écoles confessionnelles notamment par la mise en place du chèque aux familles...



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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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