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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 20:35

008 - PailléIl faut se méfier de l’eau qui dort. Et si Dominique Paillé n’avait qu’une notoriété vaguement parisienne dans le microcosme politique avant 2008, sa nomination en qualité de porte-parole de l’UMP a fait de lui une star… du Petit Journal.

Dodo le gentil, qui peine à trouver une place derrière l’encombrant Frédéric Lefebvre, l’homme dont les trouvailles tant littéraires du côté de chez Zadig et Voltaire que sociologiques quand il explique sérieusement que l’augmentation du chômage en France s’explique par la hausse de la natalité, remettent en cause la recherche sur le cerveau, s’était offert une image débonnaire à peu de frais.


C’est pourtant mal connaître cet homme au CV assez surprenant. Ou au casier assez surprenant.

 Mis en cause dans les conséquences de l’affaire du scandale de le MNEF, Dominique Paillé fut relaxé mais d’aucuns estiment qu’il traîne "la réputation d'avoir laissé quelqu'un d'autre payer à sa place", si l’on en croit un article du Monde daté de 2007 et dont le titre en dit long sur le personnage : "Dominique Paillé le centriste indocile"

 

On notera aussi pêle-mêle une condamnation à une peine de dix mois de prison avec sursis et 30.000 euros d’amende, pour "abus de confiance" pour une triste histoire de confusion… En effet, il a juste prélevé 40.000 euros pour ses voyages privés et des dépenses personnelles dans les comptes de l'association Appel Europe, qu'il avait créée. Une bagatelle en somme. Ajoutez à cela une nouvelle condamnation par les Prud’hommes, après les poursuites d’un de ses collaborateurs. Sanction qui ne fut pas suivie d’un appel. Comme un aveu ?

 

Non décidément, Dominique Paillé n’a rien du gendre idéal. Il serait plutôt un homme de main, qui fait feu de tout bois de tout ce qui se trouve sur son chemin. Ou de celui de ses gourous.

 

009b - PailléNon qu’il n’apprécierait pas la gloire en solitaire, mais l’homme n’est pas assez talentueux pour tenir pareil rôle. Un homme de l’ombre qui s’épanouit tant dans le soufre des coulisses qui lui sied davantage que les projecteurs. Ses maîtres ont eu pour nom Michel Rocard, François Bayrou, Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, il se prénomme Jean-Louis Borloo.

Parce qu’il faut bien avouer que Dominique Paillé c’est un peu le Eric Besson du centre… Centre de circonscriptions électoralistes, il va sans dire. Si Besson donna ses lettres de noblesse à la traîtrise en lui offrant son Ecole, l’Université Judas, il a incontestablement trouvé en Dominique Paillé le Doyen idéal, et fidèle - c’est un comble dans une telle institution - à ses idéaux.

 

Docteur es Agressivité pavlovienne, il manie si bien la rhétorique, qu’il lui suffit de changer l’ordre de ses chèques en bois, langue de bois s’entend, pour faire œuvre de nouveauté. Le disciple a un don tel, que l’on ne sait plus très bien qui des deux est le maître.

Ainsi en 2009, Nicolas Sarkozy lui confia une mission de poids pour écraser le moucheron qui l’empêchait de jouir en toute quiétude du blanc-seing qu’il estimait détenir depuis un fameux soir du 5 mai 2007.

 

Alors que François Bayrou allait sortir Abus de pouvoir,une charge aussi violente qu’argumentée sur les errances et les hérésies du premier président de notre Monarchie élective, on demanda depuis l’Elysée à Paillé d’être dans le feu de l’action et de faire feu de tout bois… Les Habits neufs des Faux-Centristes entendaitfaire la lumière sur la véritable personnalité de François Bayrou.

 

Un brûlot annoncé.  Un feu de paille au final, puisque la comparaison entre les deux livres ne tint que le temps de l’annonce médiatique de sa sortie… Dominique Paillé ne vendit qu’à peine plus de 1.000 exemplaires de son pamphlet quand François Bayrou dépassa les 64.000 exemplaires la même année…

 

009c - PailléMais l’on aurait tort de mettre à la corbeille cette prose sous le seul prétexte qu'elle se sclérose dans le manichéisme. L’ouvrage vaut le détour. Ne serait-ce que pour y savourer la subtile alliance infusée par une police de caractère faisant écho au célèbre Oui-Oui(qui laisse à penser que l’on a enfin pensé aux malvoyants en écrivant un livre !) et une pléthore de pages blanches précédant et succédant les chapitres qui transforment cet opus en excellent compagnon de plage pour y écrire son journal intime ou la liste de ses courses.

 

Mais aussi, en y prenant le recul du temps. Horloge, Dieu sinistre, effrayant impossible, dont le doigt nous menace et nous dit Souviens-toi(nécessité des temps qui courent : ceci est un emprunt à Charles Baudelaire, une intertextualité sans tentative d’appropriation…). Car si Dominique Paillé confessait au fil des pages qu’il était athée, comme pour mieux se démarquer de sa victime, il mentait. Au fil des pages. Paillé avait alors un Dieu : Nicolas Sarkozy. En Sarkidolâtrie pieuse, nul ne lui arrivait alors à la cheville.

 

Il faut dire que bon prince, le Roi avait été généreux : Paillé, rougie par la fessée reçue aux législative de 2007, avait reçu, pour sécher ses larmes, un poste de  responsable au sein de l’UMP… Un geste qui n’aurait pu rester impayé de retour…  pas de virement via son association cette fois-ci mais un livre comme monnaie de singe.

 

Et puis il y eut cette fameuse page 142 (je peux me permettre de l’indiquer avec précision car il n’y a aucun risque que l’opus ne connaisse une réédition, a fortioride poche…). Il faut relire ces mots, accusateurs, qui pointèrent de la plume celui qui avait causé sa perte aux législatives. Son nom ? Jean-Louis Borloo !

"Les résultats du premier tour de l’élection législative n’avaient pour moi rien d’inquiétant, et pourtant ! Les annonces de la TVA sociale par Jean-Louis Borloo, le soir même de ce vote (…) m’ont très rapidement préoccupé".

Et Paillé de poursuivre : "Quand Jean-Louis Borloo m’a rendu visite deux jours après, il a comme moi mesuré les dégâts de son annonce".

 

Sans doute est-il nécessaire de rappeler au lecteur, que sa défaite tient sans doute autant à la bourde de Borloo, qu’au simple fait que sa vision de la politique locale a de quoi laisser perplexe : au fil des pages, Paillé s’enorgueillit de n’avoir jamais quitté Paris ou presque depuis ses années étudiantes… L’on comprendra davantage le choix des électeurs de la 4ème circonscription… des Deux-Sèvres !

 

Mais pour Paillé, il faut un responsable. Et en qualité de porte-flingue du Président, il se devait de rappeler les choses. D’ailleurs, est-ce pour cela qu’au début de cette année il avait sagement conseillé "à son ami" Borloo de ne pas se présenter à la Présidentielle ?

 

 

 


Sans doute. D’autant qu’il réservait l’exclusivité de sa déférence à Nicolas Sarkozy à l’en croire sur parole. Paroles d’évangile ?

 

Evangile selon Judas !

 

Quelques mois plus tard, il se rapprocha de l’homme de Valenciennes, celui qui lui fit perdre son siège de député, sans doute aidé par des sondages catastrophiques pour le sortant, qui laissaient entrevoir des négociations serrées pour les législatives 2012 en cas de victoire serrée, ou mieux pour lui, en cas de débâcle Sarkozyenne… Lui qui dénonçait les "Habits neufs des faux centristes" retourna sa veste plus vite que son ombre en se revêtant des oripeaux de l’opposition.

 

009 - PailléMais faisant d’une pierre deux coups, il recycla de vieux discours sur son ancien gourou, les dépoussiérant suffisamment pour offrir une place de taille à son nouvel ennemi : Nicolas Sarkozy. Bayrou et le locataire de l’Elysée auraient donc pactisé ! Et si le chaland n’avait pas été hameçonné, porté par les temps insouciants des vacances, le voilà au repêchage.

Hérésie à la vue du parcours de Béarnais qui l’a dit et le répète ne renie en rien de ce qu’il a écrit dans Abus de Pouvoir.

 

Qu’à cela ne tienne, porte flingue un jour, porte flingue toujours, Paillé jadis l’homme de main de Sarko, devient l’homme de paille de Borloo. Et toujours le sale boulot.

Ecran de fumée pour masquer les larcins, comme les vols les plus improbables, pour détrousser celui dont il prétend débusquer les accords secrets… Il ne faudrait pas avoir la mémoire courte, car il ne fait pas bon de faire les poches du Président du MoDem.

 

A force de jouer avec le feu,Dominique devrait prendre garde de ne pas rester sur la paille.Car rien ne dit que, du côté de Borloo, on aille au bout de la bataille. Et un porte flingue sans client à protéger, c’est un peu comme une paille sans allumette. Ca fait long feu…

 

Publié dans Le Plus Nouvel Obs, le 11 septembre 2011

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Published by Yves Delahaie - dans L'important c'est la rose
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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