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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:02

Reclus dans sa tour d’ivoire où il s’était imposé le silence pour seule résidence, François Bayrou descend, de temps à autre, revoir les humains, les Français, qui ne l’ont pas choisi, ni comme président, ni comme député. Avec l’arrogance des sages, le poète maudit du Béarn revient distribuer bons et mauvais points sur la scène médiatique, la certitude comme essence à son discours.

La crise devient son terreau, il fait ainsi la leçon à François Hollande dans "Les Echos", l’invectivant même :

"Assumez le choix réformiste que vous avez esquissé ! Tranchez ! Assumez l'urgence politique qui s'impose, à la Mendès ou à la Schröder. Il n'est plus temps de ruser ! Ne cherchez pas les mots à double sens."

Qui viendra sur ce terrain le contredire ? La crise et les multiples louvoiements du gouvernement – notamment dans l’affaire Florange – renforcent le trait de vérité et de lucidité de ces quelques mots. Mais qu'ils deviennent lourds et savoureux quand on les lit, non pas à la lueur de notre hiver économique mais à la loupe du dossier du "mariage pour tous". "Assumez, il n’est plus temps de ruser, ne cherchez pas les mots à double sens"…

 

Pas de mariage, une égalité des droits

 

Étonnant miroir que cette déclaration qui reflète les états d’âme sur une question sociétale sur laquelle le président du MoDem entretient un flou mallarméen. À la fois partisan de l’égalité des droits mais affirmant dans les colonnes des "Échos", que député, il n’aurait pas voté le texte. Il aurait pu s’abstenir. Mais non, il l’affirme comme il l’a déjà maintes fois affirmé à ses proches et aux cadres de son mouvement, il n’aurait pas voté la loi sur l’ouverture des droits du mariage et de l’adoption par les couples homosexuels.

Syndrome de ce malaise, dans les bureaux de Mediapart le 23 novembre dernier, quand son directeur de campagne présidentiel, Jean-François Martins, conseiller municipal de Paris, dut intervenir lors d'un débat sur le sujet, et représenter la position du MoDem, aux côtés de Jean-Christophe Fromantin de l’UDI, qui lui, ne cache pas son hostilité au projet en organisant à Neuilly les débats pour assurer une opposition massive dans les rues de la capitales le 13 janvier prochain.



Placé à ses côtés, donc dans les rangs des sceptiques ou des opposants, pour défier Martine Billard du Parti de gauche et Sergio Coronado d’Europe Ecologie-les Verts, on sentit la gêne du journaliste Frédéric Bonneau quand Jean-François Martins expliqua, qu’à titre personnel, il était pour le mariage et l’adoption contrairement à François Bayrou qui était seulement pour l’égalité des droits.

Le moins que l’on puisse dire est que le sujet du mariage pour tous est bien la seule question où l’on ne pourra se permettre de persifler, qu’au-delà de Bayrou, le MoDem n’est rien d’autre que son propre écho.

 

Une position constante

 

Le président du MoDem a l’avantage de la constance sur sa position. Comme il l’avait confié déjà à "Têtu" en novembre 2011, il bloque sur la sémantique du mot mariage, qu’il réserve à l’union d’un homme et d’une femme, brandissant même un argument boomerang sur la tolérance qu’il renvoie aux partisans du projet :

"Pendant très longtemps, le combat de la communauté homosexuelle était accepter la différence. Accepter la différence, au fond, ça vaut dans les deux sens."

Et le président du MoDem de préciser :

"Parmi nos concitoyens, il y a bien des différences de sensibilité, parfois venues d'autres traditions culturelles, parfois plus traditionnelles. Ceux-là aussi ont droit à la compréhension."

Bayrou ombre

Les couples homosexuels sont privés de la jouissance de l’égalité des droits mais sont invités à faire preuve de tolérance… Curieux positionnement que l’on a vite fait de pardonner quand on le voit être favorable à l’adoption et à la reconnaissance des enfants nés de la GPA.

En d’autres termes, François Bayrou est contre le mot mariage mais est favorable à l’égalité des droits, à l’adoption et à la protection de la loi pour les enfants nés d’une GPA. Ce qui, à l’exception de la brouille sémantique, va plus loin que certains à gauche…

Et pour résoudre son ambigüité, François Bayrou prétend détenir la solution :

"L'idée qu'on doit, sous le juste terme 'd'union', instituer pour les couples homosexuels reconnaissance et droits. Le nommer 'mariage', c'est tout à fait autre chose."

François Bayrou souhaite donc réserver une union pour les homosexuels, particularisme qui serait parfaitement anticonstitutionnel, et que Nicolas Sarkozy connait bien puisqu’il l’avait proposé à la présidentielle en 2007 et qui avait été dissuade de le mettre en œuvre après avoir été averti par le Conseil Constitutionnel. Et c’est bien normal : comment peut-on accepter que l’on obtienne l’égalité des droits par la création d’un particularisme ? À l’époque, Sophia Aram avait raillé la position de Bayrou, devant lui, sur France Inter en parlant de "mariage Canada Dry" et en le mettant devant sa contradiction :

 

Mais au-delà de cette ambigüité que seules ses dernières résistances à la laïcité expliquent, car en réservant le mot "mariage" au sacré tout en souhaitant le préserver pour les hétérosexuels au civil, nul doute que ce n’est pas la républicain, mais bien le croyant qui raisonne, le positionnement politique de François Bayrou sur la question dérange.

Quand il explique qu’il n’aurait pas voté le texte sur la question s’il avait été au Parlement, on l’a vu, alors qu’une abstention aurait, à la limite, pu panser la discorde sémantique.

Mais aussi quand il explique que le projet de loi ne tombe pas à point nommé en parlant de sujet explosif, déjà en novembre.

 

Un homme qui n'assume pas ?

 

Plus grave, il reprend l’argument des opposants les plus durs, selon lequel le gouvernement utilise ce projet de loi comme paravent sociétal pour cacher la misère des solutions sociales qu'il aurait à proposer :

"Le gouvernement croit habile d'utiliser des sujets de société tel le mariage homosexuel pour requalifier l'identité de gauche. Il n'obtiendra qu'une crispation de la société en des temps où il faudrait rassembler."

L’homme qui ne veut pas clairement prendre position au projet, refusant par exemple de défiler dimanche, refusant de voter pour s’il avait pu le faire, refusant le mot "mariage" tout en préconisant l’égalité des droits en proposant une solution qu’il sait anticonstitutionnelle (habile moyen pour faire une proposition qu’il n’aurait jamais mise en œuvre tout comme la question du droit de vote des étrangers qui figurait dans son programme mais dont il estime qu’elle ne viendrait pas au bon moment), mais qui vient faire sa leçon et expliquer quelle serait la bonne marche à suivre.

Je veux bien reconnaître, que, pour quelqu'un ayant longtemps porté l’étiquette d’un homme de droite, François Bayrou a fait un long chemin sur la question, et je ne renie pas une ligne de ce que j’avais écrit alors. Mais, force est de constater qu’à la lueur du pragmatisme, et au moment où il faut clairement prendre position et mettre les mains dans le cambouis, les convictions de François Bayrou se dérobent. Et sur la question du mariage pour tous, il est regrettable de constater la posture qu’il maintient a des faux airs d’imposture hypocrite d’un réac qui ne s’assume pas… ou qui ne s’assume plus.

 

Publié sur le Nouvel Obs, le 9 janvier 2013.

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 16:46

Énième scandale dans le long chemin de croix du projet de loi sur le mariage pour tous qui ressemble en tous points à une guerre de tranchée, tant les opposants ont décidé de tout mettre en œuvre pour pourrir un débat qu'ils prétendent attendre.

Depuis dimanche, les hérauts de l'opposition au projet font circuler la même vidéo de BFMTV montrant la porte-parole du gouvernement et par ailleurs ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, parler devant des collégiens pour, dit-on, faire la promotion du projet de loi sur le mariage pour tous.


Un document qui tombe mal au moment même où Vincent Peillon vient légitimement rappeler que l'école doit rester un endroit de neutralité et que l'appel au débat lancé par le secrétaire général de l'Enseignement catholique était pour le moins déplacé.

Si Laurent Wauquiez fut celui qui montra la plus grande ferveur pour fustiger Vincent Peillon, c'est Christine Boutin qui est montée le plus rapidement au créneau concernant Vallaud-Belkacem : "Non seulement on stigmatise et on montre du doigt l’enseignement privé mais on fait un traitement différent pour l’enseignement public, ce qui est naturellement scandaleux", implore la passionaria du Pacs.

Il faut dire que, depuis quelques jours, la présidente du Parti chrétien démocrate fait tout pour reprendre la main sur le débat, et surtout la place qu'elle avait rêvé avoir avant que Frigide Barjotne vienne s'imposer médiatiquement. Déjà le 24 décembre, devant un sapin tout illuminé, elle avait déclaré à i>Télé que les homosexuels pouvaient déjà se marier... avec un partenaire d'un autre sexe, avec l'assurance de celle qui croyait avoir la primeur sur un argument éculé pourtant depuis six longs mois.

 

Aucune dérogation au principe de neutralité


Mais au-delà de cette lutte d'influence que se livrent Madame Boutin, Frigide Barjot et Civitas, qui défilera à part le 13 janvier, il est tout de même nécessaire de se poser la question qui fâche : Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle dérogé au principe de neutralité lors de sa visite dans un collège du Loiret filmée par BFMTV ?

Lundi, Vincent Peillon a été ferme et clair : il n'y a pas pour lui d'entorse à la neutralité. "Vous ne voyez pas la différence entre organiser 8.000 débats dans toutes les classes et répondre à la question précise d'un enfant en quelques secondes ?"

L'argument est juste mais il faut tout de même rappeler que le secrétaire général de l'Enseignement catholique, Eric de Labarre, n'avait pas demandé non plus à organiser des débats partout mais écrivait qu'un établissement pouvait "prendre des initiatives".

 

Les opposants au projet commettent une erreur

 

Et quitte à entrer dans le détails, puisque les hérauts de l’opposition au projet parlent de dérapage inacceptable au regard de la lettre et des préconisations de Vincent Peillon, intéressons-nous à ce que dit Najat Vallaud-Belkacem. La ministre l'explique parfaitement : l'objectif principal de la séance était de faire "la chasse aux préjugés".

NVB.jpg

D'ailleurs, lorsque les collégiens sont sollicités pour dire ce qu'ils ont retenu, nul message de prétendue propagande ne semble être resté puisque seul l'approche par rapport à l'homosexualité est relevée : "on a appris qu'il fallait pas se moquer des gays", "les gays, ils sont normals (sic), ils sont comme nous, c'est des êtres vivants mais qui aiment le même sexe".

 

Pas de citoyens de seconde zone

 

Christine Boutin, Laurent Wauquiez et consorts oseraient-ils dire que ces propos relèvent de la propagande ? Oseraient-ils affirmer que lutter contre l'homophobie relèverait de la propagande ? Préfèrent-ils les propos rassurants d'un Alain Escada qui en marge de son défilé barbare, qui, se solda dans la violence, déclara au sujet de l'homosexualité qu'elle était un "mauvais penchant qui nécessite d'être corrigé et une personne qui a de tels penchants devrait être abstinente" ?

Que reproche-t-on finalement à Najat Vallaud-Belkacem ? D'expliquer le projet de loi ? Non. Ce qu'on lui reproche c'est d'avoir osé dire que cette loi serait "une avancée", comme l'a rappelé dimanche soir Laurent Wauquiez au Grand Jury RTL/Le Monde.

Comment nier que ce projet de loi serait une "avancée" pour les homosexuels eux-mêmes ? Pouvoir jouir des mêmes droits que les hétérosexuels, ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone serait évidemment une avancée. Qu'est-ce qui choque les opposants ? Passer pour des rétrogrades ? C'est bien, ils tiennent sans doute là le bon bout du problème...

 

Publié sur le Nouvel Obs, le 7 janvier 2013

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 16:37

Alors que se rapprochent deux manifestations parisiennes, "la manif pour tous" du 13 (et celle de Civitas qui fera bande à part à 50 mètres) et celle des partisans du projet de loi le 27, la tension monte autour du "mariage pour tous", dont le texte devrait être discuté à partir du 29 janvier à l’Assemblée nationale.

Étonnamment, les opposants ne cessent de répandre un sondage, commandé par le collectif de la "manif pour tous", qui montre que ce projet n’est pas la priorité des Français.

Pourtant, même s’ils chantent à tue tête que tout le monde s’en moque, on ne les a jamais entendus autant et de manière aussi forte. Un paradoxe de plus, comme il y en a déjà tant chez ceux qui s’opposent coûte que coûte à la correction du pilier central de notre devise républicaine, l’égalité.

 

L'idée de referendum est un leurre

 

Aussi, tous les moyens sont bons pour contourner la voie législative qui est en route. Car nul n’ignore que les deux assemblées sont majoritairement à gauche, et que débat ou pas, mécaniquement, et puisque les Français ont placé aux commandes ces majorités, la loi sera votée. Seule la question des amendements a un véritable enjeu.

Mais les opposants préfèrent faire mentir la vérité elle-même. Ainsi, Henri Guaino a "giflé" la République elle-même ce vendredi matin sur Europe 1 en déclarant :

"Ce n'est pas au parlement tout seul d'en décider, c'est au peuple. Monsieur le président de la République, donnez la parole au peuple ! Voilà pourquoi moi, je descendrai dans la rue le 13 janvier."



Et il ressort l’idée d’un référendum sur la question. La proposition n’est pas neuve puisque c'est Christine Boutin l’avait réclamé dès cet été et sans discontinuer depuis...  

D’ailleurs, un sondage Ifop, commandé par "Valeurs actuelles", dont la ligne éditoriale est favorable aux hérauts de l’opposition au projet, témoigne de cette idée qui fédère les Français, puisque 69% des Français se déclarent favorables au référendum. Plus surprenant encore, à gauche ils sont 55% à y être favorable, et plus encore 51% de ceux qui ont voté pour Hollande et 67% des électeurs de Mélenchon, soit deux points de plus que ceux qui ont voté pour Bayrou !

Preuve s’il en fallait de l'intense lobbying orchestré par les opposants au "mariage pour tous". Car c’est bien de lobbying dont il est question, comme l’avouait sans pudeur Frigide Barjot dans son clip précédant la manifestation du 17 novembre, où elle expliquait que l’objectif est d’investir les médias. L’omniprésence au détriment de la pédagogie : quel meilleur adage pouvait définir ce que l’on appelle le lobbying ?


Sauf que cette idée du référendum est une fausse idée. L’objectif des opposants est grossier : en guise de débat, qu’ils appellent de tous leurs vœux alors qu’il ne cesse de se prolonger, la volonté est d’imposer un leurre à la République.

Un leurre, car une campagne pour un référendum est nécessairement manichéenne (oui ou non) et la position a priori majoritaire a souvent tout à perdre dans ce genre de situation, ce qui est le cas depuis des années du "mariage pour tous". Ainsi en avait-il été pour le Traité européen de 2005 où le oui était annoncé gagnant…

D’ailleurs, alors que les opposants font une campagne sur tous les médias, les partisans ont eux tardé à se réveiller, et l’on a vu les opinions favorables "se tasser" et même baisser concernant l’adoption.

 

Impossible constitutionnellement et techniquement

 

Alors, il faut faire preuve de pédagogie et rappeler que le référendum est impossible. Comme le rappelait simplement Christiane Taubira sur France Inter, le 8 novembre dernier :

"Nous avons une constitution, une loi fondamentale, qui en son article 11, détermine les matières pour lesquelles le président de la République peut convoquer un référendum. Je suppose que nous sommes tous respectueux de notre Loi fondamentale."

Et la Garde des Sceaux de préciser au journaliste Pierre Weill qui la relançait :

"Mais la Constitution ne le prévoit pas. Est-ce que nous sommes bien dans un État de droit où nous respectons la loi fondamentale ainsi que les lois qui sont adoptés par le Parlement ?"

Alors que dit précisément cet article ? Il existe deux moyens de proposer un référendum aux Français. Le président de la République peut en être à l’initiative. Auquel cas l’article 11 de notre Constitution précise :

"Le président de la République peut soumettre au référendum tout projet de loi portant sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique ou sociale de la Nation et aux services publics qui y concourent, ou tendant à autoriser la ratification d'un traité qui, sans être contraire à la Constitution, aurait des incidences sur le fonctionnement des institutions."

refer.jpg

Or le projet de loi du "mariage pour tous" et de l’adoption par les couples homosexuels ne relève nullement de l’organisation des pouvoirs publics, de la politique économique ou sociale ou des réformes liées aux services publics. Comme en convenait dès septembre dernier Didier Maus, professeur de droit constitutionnel à l'université Paris I.

La seconde possibilité serait d’organiser un référendum d’initiative populaire, ce qui aurait l’avantage de ne pas être restreint par les thèmes.

Mais la condition sine qua non est alors de réunir réunir un cinquième des membres du Parlement, soutenu par un dixième des électeurs inscrits sur les listes électorales, soit plus de 4 millions de signatures, ce qui semble impossible à mettre ne œuvre sur une question, qui, les opposants ne cessent de le rappeler, n’intéresserait que si peu de Français…

 

Un "cheval de Troie" ?

 

Le référendum sur la question n’est ni constitutionnel pour le premier cas, ni techniquement possible dans le second. Pourquoi alors s’entêter à le promouvoir de la sorte, si ce n’est pour imposer un cheval de Troie visant à faire croire aux Français qu’on ne respecte pas leur choix, qu’on leur impose quelque chose ?

Une sorte de boomerang à ceux qui, avec un manque d’audace et même de pertinence, se bornaient à dire que la loi devait être votée car elle était dans le pacte présidentiel à l’engagement 31.

On ne peut résumer la pertinence d’un projet de loi sur ce simple habillage à moins de croire que l’on est en accord avec tout ce que dit un programme quand on vote pour lui. D’ailleurs, Frigide Barjot a fait de cet argument de pacotille une réplique métaphorique :

"Dans un menu, même si on paye, on n’est pas obligé de tout manger."

La preuve, au moins, que l’on n’est pas contraint de manger toutes ses salades non plus…

 

Publié sur le Nouvel obs le 4 janvier 2013.

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 16:31

Le messie. Ainsi pourrait être qualifié Mark Regnerus, auteur de l'étude préférée des tenants de la croisade contre le projet de loi ouvrant les droits du mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. Alors que, depuis des années, l’immense majorité des études sur la question de l’éducation et de l’épanouissement des enfants élevés dans les familles homoparentales montraient que leur situation ne provoquait aucun désordre particulier, cette étude publiée en juillet 2012 est venue à point nommé pour ceux qui, en France, ont décidé de s’opposer coûte que coûte au projet.

 

Une étude vantée par Escada et Boutin

 

Le premier à l’avoir brandi médiatiquement en France n’est autre qu’Alain Escada. Normal, puisqu’il fut le premier dans les starting-blocks et la fin de l’histoire montrera que, s’il s’est fait doubler dans la dernière ligne droite dans l’éclairage de la fronde des antis, c’est bien lui qui aura fourni l’ensemble des arguments de ceux qui tentent, tant bien que mal, de s’en démarquer.

Ainsi, sur LCP, dans l’émission "Ca vous regarde" le 5 juillet 2012, ou encore sur France Culture le 13 du même mois, il offrit en pâture les résultats de cette étude, éclairante à ses yeux :

"Les études publiées aux États-Unis sont parfois contradictoires et je ne vous citerai que la dernière étude publiée par l'Université du Texas et réalisée par le professeur Regnerus qui, au contraire, souligne à quel point, les enfants qui ont été élevés par des duos homosexuels sont beaucoup plus souvent que la moyenne drogués, dépressifs, boulimiques, anorexiques, voire qu'il y a beaucoup plus de situations d'abus sexuels dans le cadre de ses situations familiales."

 

Regnerus.jpg

On oubliera, comme d’habitude, les provocations du héraut de la cause intégriste qui refuse le mot "couple" aux homosexuels pour leur attribuer celui de "duo", pour s’attarder sur les conclusions alarmantes de cette étude qui semblerait sceller le destin des homosexuels en France et leur volonté de voir leurs familles reconnues par l’État.

Christine Boutin, bien informée elle aussi, est moins précise, mais semble avoir elle aussi avoir entendu parler de cette étude, quand elle fut interrogée par Ruth Elkrief, insistant sur le caractère "très scientifique" de la méthode employée.


Depuis, d’autres acteurs ont monopolisé l’attention des médias.

Frigide Barjot, gouailleuse préférée des médias depuis peu, évoqua, elle aussi, l’étude Regnerus chez Paul Amar notamment. 

Xavier Bongibault, alibi homosexuel, la lance à tours de bras tant sur RTL, face à Yves Calvi, que dans "La Manche Libre", sans que tout ceci ne soit exhaustif.

En réalité, vous pouvez faire le tour des opposants au mariage pour tous, et vous verrez apparaître, comme par magie, la fameuse étude du Texas qui vient contredire ce que des centaines d’études ont, elles, démontré depuis décennies.

Et chacun avec l’argument marteau pour celui qui viendrait opposer le "un contre tous" : celle de Regnerus se fonderait sur un échantillon de plus de 3000 personnes quand toutes les autres ne le seraient sur des échantillons 10 à 100 fois moins représentatifs.

 

Une étude "miracle" ?

 

On pourrait s'émouvoir que l'étude provienne du Texas, la terre de George W. Bush, un État qui n'est pas forcément réputé pour son ouverture d'esprit, et qui reconnaît encore dans sa législation la sodomy lawqui proscrit donc la sodomie sur ses terres, même si ce texte législatif a été reconnu anticonstitutionnel voilà neuf ans.

Pour autant, il ne faudrait pas considérer que l'intolérance reconnue de cet État puisse avoir influencé en quoi que ce soit les études provenant de son Université de peur d'être accusé de se rattacher à des clichés.

Aussi, afin de ne pas être suspecté de la lire de manière détournée, lisons ce qu'en dit le site d'Alliancevita, anciennement l'Alliance pour les droits de la vie, association fondée en 1993 par Christine Boutin dans la lignée de la Marche pour la vie, qui conteste l’application de la loi Veil sur l’avortement, qui est loin d’épouser les arguments des partisans du projet, en témoigne, un de ses porte-paroles, Tugudal Derville, devenu un des piliers du comité de "la manif pour tous".

Dans l'émission "Ça vous regarde"Alain Escada insistait lourdement sur le fait que l'échantillon portait sur 3000 cas, quand il est communément admis qu'une étude démontre sa fiabilité à partir de 1000 réponses représentatives, et Christine Boutin, pour sa part, évoquait son caractère "très scientifique".

 

Des chiffres manipulés

 

Pour autant, l'étude du professeur Regnerus ne porte pas sur 3000 familles issues de l'homoparentalité, ce qui serait le seul outil apte à renseigner sur la question qui nous importe. La question qui était posée était celle-ci : "Est-ce que l'un de vos parents biologiques a eu, entre votre naissance et l'âge de vos 18 ans, une relation amoureuse avec quelqu'un de son propre sexe ?"

Notons déjà qu'il fallait que les enfants aient connaissance de cette information, ce qui n'a rien d'une évidence.

Par ailleurs, sur les 15.000 personnes interrogées de manière aléatoire, 175 ont répondu que c'était le cas pour leur mère, 73 pour leur père. Ce qui ne fait donc au total que 248 personnes, auxquelles on a rajouté un échantillon représentatif comprenant tous ceux qui n'étaient pas concernés par la question pour parvenir au chiffre de 2988 personnes interrogées. Au total, ce ne sont donc pas 3000 familles issues de l'homoparentalité qui ont été sondées, mais moins de 250 dont les enfants savent qu'un de leur parent a déjà eu au moins une fois dans sa vie une relation amoureuse homosexuelle.

Il est toujours très instructif de d'attarder sur la méthodologie et ici, en y regardant de plus près, deux points cruciaux relativisent fortement les résultats de l'étude : l'échantillonnage est trop peu représentatif (moins de 250 et non 3000) et surtout la question posée porte sur une attitude sexuelle non chronique ("avez-vous déjà eu..."), dont aurait pu avoir connaissance l'enfant (ce qui réduit encore le champ) quand il fallut s'intéresser aux enfants vivant dans une famille homoparentale fixe.

Dès lors, on peut faire dire n'importe quoi aux chiffres obtenus puisqu'ils ne représentent aucunement la situation voulue par le projet de loi qui nous préoccupe : un couple homosexuel, stable, assumé, qui décide de se marier aux yeux de la loi et avoir un enfant.

Regn.jpg

D’ailleurs, le site "Alliancevita"dont on a vu les potentielles accointances avec les thèses d'Alain Escada et Christine Boutin, met lui-même en garde contre cette étude :

"Cette étude ne dit rien sur l'expérience de grandir dans des foyers homoparentaux dans la période actuelle, et ce pour deux raisons : 1. Avoir un parent ayant eu une relation homosexuelle n'est pas synonyme d'avoir grandi dans un foyer homoparental. 2. Cette étude porte sur une génération aujourd'hui adulte, pour laquelle le fait homosexuel était peut-être moins bien accepté socialement qu'aujourd'hui."

Alors étude miracle que cette étude Mark Regnerus ? En tout cas, sa dernière publication ne va certainement lui apporter l’once de légitimité que le néant scientifique de cette étude brandie par tous les opposants annihile puisqu’elle conclut que les partisans du mariage pour les homosexuels doivent leur faveur au projet à un intérêt trop prononcé pour la pornographie… Bref, un grand scientifique que ce Mark Regnerus.

 

Publié sur le Nouvel obs, le 3 janvier 2013

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 16:32

Frigide Barjot. Il ne se passe pas un jour, que dis-je, une demi-journée sans que sa tête n’apparaisse à l’écran, le corps bardé de ce gilet à capuche rose et de sa chaîne à l’effigie des trois religions monothéistes. Hypnotique. Elle qui regrettait, à la veille de sa désormais célèbre "manif pour tous" du 17 novembre, qu’ils n’avaient "pas encore assez investi les médias de masse. Et les médias de masse commencent à se bouger quand on est très nombreux, très nombreux dans la rue". Visionnaire ou simple observatrice de la frénésie de l’éphémère des mass-médias ?

 

Un personnage à l'identité trouble

 

Frigide Barjot a construit en peu de temps sa légende. La catho branchée est devenue la référence incontournable pour les opposants au projet, un alibi parfait pour les homophobes, elle qui s'exprime rarement sans rappeler qu’elle est "une fille à pédés". "Egérie", ose une journaliste de BFM tv lors de la manifestation du 8 décembre à Lille : "Ca me semble un peu exagéré", feint la fausse modeste. "Je ne suis rien du tout qu’une maman".

Pour autant, cette mère semble fédérer autour de sa sainte parole des fidèles passionnés, enfiévrés qui boivent cette dernière comme ils s’abreuveraient du vin de messe. Alors Frigide brode. Elle brode tant et encore, jusqu’à réclamer le retrait du projet de loi. Mais tissu de mensonges aussi car les affabulations de Frigide Barjot sont grosses, si grosses qu’elles passent inaperçues. Profitant d’un climat médiatique qui préfère le bruit au contenu, la ferveur aux fondements de la foi.

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Même Paul Amar lui demanda dans son émission les raisons de son pseudonyme. Celle-ci expliqua que cela provenait de l’humour de son mari. Il faut dire que Basile de Koch, de son véritable nom Guy Tellenne, frère de Karle Zéro, est un homme facétieux il est vrai, de ceux qui pourraient faire rire du côté de Montretout à Saint-Cloud par exemple quand, certainement par farce, il adhéra au GUD, le tristement célèbre Groupe Union Défense, cette organisation étudiante d’extrême droite, dont le service d’ordre fut notamment à l’origine du tabassage des Femen lors du cortège de Civitas le 18 novembre dernier.

 

Persistance dans l'inexactitude

 

Étonnant de voir Frigide se réfugier derrière la farce de son mari pour donner son identité, de même qu’elle nomme ses enfants Bastien De Koch et Constance Barjot dans l’émission des "Grandes Gueules" sur RMC le 13 décembre dernier, quand le nom de la famille est Tellenne. Pourquoi se dissimuler de la sorte quand on est si attachée à la vérité des origines, quand on crie à tout va que le projet de loi sur l’adoption et la filiation est un mensonge ? 

 

 

 

Frigide Barjot, dont l'image et l'identité sont finalement assez peu claires, joue les Cassandre à propos de nos futurs papiers officiels quand, dans son clip "Pourquoi participer à la manif pour tous" elle explique :

"Si cette loi passe, il n’y aura sur vos papiers d’identité plus 'sexe : homme ou femme' mais 'genre et genre'. Ce sera soit 'homo', 'hétéro', 'trans', 'bi' ou 'autre', on ne sait pas encore ce qu’on peut être, c’est selon son orientation sexuelle au moment où on veut bien la vivre, où on ne veut pas la vivre. Et ça, personne ne vous le dit".

Oui, mais il y a une raison pour que personne ne le dise : c’est que tout ceci n’est que pure fantasmagorie alors que dans sa bouche, dans ce clip, le ton péremptoire prétendait donner la vérité absolue, le futur version Orwell. La preuve en fut donnée par Frigide elle-même quand, placée face à ses propos par Mouloud Achour, sur le plateau du "Grand Journal" le 20 décembre dernier, qui la somma de dire si elle était sure de ce qu’elle disait, fut contrainte de répondre : "Sure, non. Mais ça peut venir à ça".

Dans la même émission, face à Najat Vallaud Belkacem, elle prétendit encore que les enfants des familles homoparentales, voyant la mention "père et père" ou "mère et mère" sur leur livret de famille verraient donc niées leurs origines puisque le document indiquerait qu’ils seraient "issus" de deux personnes du même sexe, la ministre coupa court au fantasme en corrigeant l’amalgame volontaire de Barjot : "Non, on parle de l’adoption, là".

Frigide Barjot, Cassandre à la vue déformée qui n’hésite donc pas à parier sur l’avenir, quitte à user de sa conviction personnelle pour assommer la vérité elle-même comme lorsque, dans le "Grand débat d’Europe 1" le jour de la fin du monde programmée, déjà, Alexis Corbière, conseiller municipal de Paris pour le Front de Gauche, lui dit : "Souffrez aussi que personne ne demande à l’Eglise de célébrer des mariages homos" et qu’elle répond effrontément "Attendez ça va venir" (sic). Ou encore quand le 18 décembre, dans "C dans l’air", on lui rétorque que l’adoption par les célibataires n’a rien destructuré et qu’elle répond sans gêne, un peu comme la ménagère tiendrait une bavette à sa bouchère : "mais si tout s’en va"… Sagesse populaire.

Il faut dire que la question de l’adoption par les célibataires semblent poser quelques problèmes à la présidente de la "manif pour tous" puisqu’elle affirma sans vergogne dans les "Grandes Gueules" de RMC, que la loi fut passée en France parce qu’après la guerre il n’y avait plus d’hommes au pays… quand la loi fut votée en 1966, soit 20 ans après la guerre, parce que le nombre d’enfants adoptés étaient supérieurs aux couples demandeurs… Que de confusions... Il faut dire que sur ce type de plateau, elle se retrouve face à des contradicteurs contrairement à ses réunions publiques où elle déroule, dans un fil ininterrompu de paroles, sa litanie.

 

 

 

Un mensonge qu’elle répète inlassablement, quelle que soit l’émission et que Christiane Taubira a déjà rectifié à de nombreuses reprises, projet de loi à la main.

Frigide Barjot. Mais comment fait-elle pour assourdir son auditoire, pour qu’il suive sans broncher ou si peu. En rhétorique, la recette est connue depuis Aristote et se nomme l’ethos : c’est l’image que l’orateur donne de lui même à travers son discours, avec la volonté d’attirer la bienveillance des destinataires en redoublant d’attentions envers le destinataires. En passant pour la fille "à pédés", elle casse la présomption d’homophobie.

Machine de comm'

Mais elle va plus loin en usant et abusant des familiarités pour attirer la connivence et désamorcer toute initiative belliqueuse chez ses opposants : au "Grand Journal", C’est Jean-Michel Apathie qui avait été gratifié d’un "oui, Jean-Michel, cher Jean-Michel", aux Grandes Gueules, ce fut un "mon cher" puis chez Paul Amar, Mathieu Nocent, Porte-parole de l'Association des parents gays et lesbiens (APGL) avait eu son "cher Mathieu" (4’21), puis un "cher ami" (5’38), avant de passer à la promiscuité du tutoiement "Mathieu, écoute-moi" (7’27).

 

 

 

Frigide Barjot dit donc tout et n’importe quoi. Mais plus graves et beaucoup plus impardonnables sont les amalgames scandaleux qu’elle peut faire entre le projet de loi et l’inceste. Elle qui prétend se démarquer de Civitas (notamment chez Paul Amar) et de leurs arguments nauséabonds, oubliant au passage que Xavier Bongibault, son alibi homo, explique à Yves Calvi sur RTL, que l’"idéologie" du gouvernement de faire croire que les homosexuels sont forcément partisans du projet "est dans la droite ligne d’un homme que l’Allemagne a bien connu à partir de 1933, à savoir que les homosexuels n’étaient capables de réfléchir politiquement que par instinct sexuel".

L’amalgame avec l’inceste fut commis lors d’une assemblée à Nancy, disponible sur son blog (vers 12’30) :

"L’anonymat du son de sperme en France est total. Vous n’avez pas le droit de savoir si votre donneur, votre père-géniteur est vivant ou mort. Vous savez, eh bien il a fait des dons de sperme eh bien il y a des frères et des sœurs, et vous pouvez tomber sur un frère ou une sœur et coucher avec. En France, on peut pas vous dire NON. Ça s’appelle de l’inceste. Alors voyez-vous, quand Monseigneur Barbarin parlait d’inceste, il avait raison. Demain, on va vers ça." 

 

 

 

Frigide Barjot brocarde le projet quand c’est l’insémination qui semble responsable du scénario évoqué… Ou l’on voit comment Frigide Barjot remet en question par la même occasion l'insémination artificielle pour justifier les propos inqualifiables de Monseigneur Barbarin. Ad nauseam.

Alors Frigide Barjot a beau revêtir ses oripeaux d’égérie catho branché, de strass, de paillettes et de rose endiablé, Frigide a beau dire qu’elle veut faire la nique aux nauséabonds pour ne pas qu’ils squattent le débat, tentant même de rejeter Civitas hors de son cortège du 13 janvier, il ne sert à rien de se réjouir de gagner face aux forces obscures quand on s’abreuve dans le même ruisseau.

 

Publié sur le Nouvel Obs, le 2 janvier 2013

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 16:09

Au lendemain de l’immense manifestation réunissant à Paris les partisans du projet de loi désireuse d’ouvrir les droits du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels, l’heure est à la comparaison impossible. 

Calculette à la main, les opposants pèsent les manifestations et posent les additions pour savoir qui a la plus grosse. Comme si la réussite d’une manifestation ne tenait qu’à son influence. Les mêmes qui contestent d’autres chiffres, ceux de l’opinion, qui vague après vague, continuent de conclure que les Français sont prêts à accepter le mariage des homosexuels, en expliquant que les chiffres ne peuvent décider de la légitimité d’une loi.

 

Les chiffres de la discorde

 

Alors quand ces données ne leur suffisent plus, il ne tient aux hérauts du NON que de s'arranger avec les chiffres. Ainsi "Le Figaro" n’a pas attendu le lendemain pour sortir un papier au titre ravageur, inspiré par les délices vespérales : "mariage gay, les partisans perdent le match de la rue". Histoire de faire écho à son titre du 17 novembre : "La manif pour tous gagne le pari de la mobilisation". Pour sortir pareil verdict, "Le Figaro" n’hésite pas à brandir les chiffres de la discorde :

"Un mois après les manifestations des opposants au projet de loi, qui avaient mobilisé plus de 100.000 personnes dans toute la France, 60.000 militants, selon la police – 150.000, selon les organisateurs – ont défilé dimanche à Paris pour manifester en faveur du mariage homosexuel."

Ces premières lignes sont d’une mauvaise foi qui dépasse l’entendement. Que "Le Figaro" ait pris fait et cause contre ce projet de loi, que ce soit par la plume d’Yves Thréard, ou bien plus acérée et réac encore celle d’Ivan Rioufol est tout à fait envisageable. Après tout, "Libération" n’a-t-il pas de son côté fait œuvre pour les partisans samedi notamment à travers sa une sans ambiguïté ?

Que la presse soit d’opinion ne pose pas de problème en soi. Mais quand la fin justifie les moyens et que le quotidien se permet de comparer deux chiffres qui n’ont pas lieu d’être... Car, il faudra demander au "Figaro" pourquoi il donne les chiffres de la police et ceux des organisateurs pour dénombrer le rassemblement de dimanche et qu’il ne fournit que celui des organisateurs pour celui de Frigide Barjot.

mari

Si l’on s’en tient aux chiffres officiels de la police, qui suffisent pour tenter toute comparaison, il est question de 70.000 personnes pour le 17 novembre et de 60.000 pour le 16 décembre. Très loin de ce qu'exprime en substance le chapô de l’article : "Ils étaient 60.000 à Paris, beaucoup moins que les opposants en novembre."

Comble de malchance, "Le Figaro" n’est pas le seul ce week-end à avoir été pris la main dans le pot de confiture. Civitas a lui carrément avalé le pot en entier en annonçant "l’échec" de la manifestation avec… 10.000 participants. Sans la moindre source, si ce n'est l'interprétation, sans doute, de la parole divine. Une hérésie pour celui qui a pris la peine de battre le pavé dimanche, le premier cortège partant de Bastille à 14h et le dernier après 16h30 du fait de la densité de la foule.  

Civitas nous avait habitué à travestir la vérité à grands renforts d’études scientifiques véreuses, avec des échantillons non représentatifs, comme les rapports Tasker et Golombok ou encore Cameron & Cameron (moins de 30 cas analysés chacun) [1] pour démontrer la nocivité de la famille homoparentale, mais il faut bien avouer que là c’est la bouquet !

 

Le nombre suffit-il ?

 

Étonnant parallèle entre Civitas et "Le Figaro" qui ont trouvé dans un même élan l’irrépressible besoin de montrer que le nombre suffisait à débattre d’un sujet qu’ils se plaignent de ne pas voir débattre (sic) sur le fond. Preuve s’il en fallait de la peur qui les saisit quand on les voit prêts à toutes les turpitudes jusqu’à distordre la vérité elle-même.

"Le Figaro" va même encore plus loin dans son article en interrogeant un enfant embarqué dans la manifestation de dimanche :

"Victor, 7 ans, une pancarte à la main, fait la moue. ‘Moi, je voulais pas venir’. Ses deux mères ne referont pas d'autres enfants, regrettant d' ‘avoir été obligées d'aller en Belgique pour faire ça’. Et Victor, il en voudrait des frères et sœurs? ‘Moi, je préférerais en avoir un vrai’."

On se frotte les yeux à lire ce seul témoignage d’enfants quand on sait à quel point ils sont surexposés dans les manifestations contre le projet, y compris en poussettes, rappelant l’instrumentalisation de ceux que l’on fait défiler tous les mois de janvier à la Marche pour la vie, qui milite, elle, contre le droit à l’avortement. Cette année, elle aura lieu le 20 janvier. Sept jours après celle des opposants au projet de loi sur le mariage qui rempileront juste avant l’ouverture des débats à l’Assemblée nationale.

L’UMP (enfin laquelle...) a d’ores et déjà appelé ses militants à rejoindre Frigide Barjot. Civitas a décidé de se joindre au cortège. Une grande messe noire dans les rues de Paris pour combattre l’égalité des droits accordés aux homosexuels. Tous mains dans la mains. De la droite aux intégristes, du FN au GUD, des fachos aux Barjots, à faire le recensement de ceux qui ont participé de manière séparée aux manifestations des 17 et 18 novembre dernier. Une belle famille recomposée qui viendra faire la morale dans les rues de la capitale.

Rien de surprenant finalement de voir "Le Figaro" exposer certains arguments repris par Civitas dès cette semaine, la plume à la main. Plus qu’un mois, et ce sont leurs talons Richelieu qui se feront écho sur les pavés parisiens.

Publié sur le Nouvel Obs le 17 décembre 2012.

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 20:18

PMA. Ces trois lettres qui font tant et tant parler. Procréation médicalement assistée. Un sujet sensible dans le cadre du projet de loi de l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les homosexuels. Sensible, car, comme à son habitude, celui qui est devenu notre président de la République n’a jamais été clair sur la question. Et, comme le dirait sa rivale des primaires, quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup… Avant de hurler dans les bois, il est nécessaire de revenir en arrière.

 

Tours et détours de François Hollande sur la PMA

 

Son projet présidentiel en lui-même, à travers des 60 engagements, ne fait nullement état de la PMA. L'engagement 31 dit : "J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels." Point n’est question de la PMA, dont la réglementation est encadrée depuis 2004, autorisant seulement les couples hétérosexuels "en âge de procréer, mariés ou en mesure d'apporter la preuve d'une vie commune d'au moins deux ans" à y avoir recours.


PMA.jpg

 

Et quand le 12 septembre dernier, Christiane Taubira, sans que le Parlement et les membres du gouvernement n’aient procédé à la moindre commission, affirma que le projet de loi "ne prévoit pas d’élargir l’accès à la procréation médicalement assistée", les associations LGBT crièrent à l’escroquerie. Rappelant que François Hollande l’avait promis. En réalité, cette croyance provient des déclarations de François Hollande faites à "Têtu" en février 2012 dans la folie de la présidentielle qui l’a poussé à promettre tant et encore, où il s'est exprimé sur la question de l'accès des lesbiennes à la PMA :

"Oui, je l’ai dit. Aux conditions d’âge, bien sûr. Je suis très précis là-dessus. Il faut que ce soit un projet parental. Et je suis aussi très soucieux du respect de l’anonymat du don des gamètes."

Comme trop souvent malheureusement, le désir de consensus, que d’aucuns nomment par pudeur "synthèse", pousse le président de la République à marier la carpe et le lapin, quitte à faire des deux le dindon de la farce.

Aussi, alors que les tenants du non au projet ont squatté l’espace médiatique à l’envi, et pour certains ad nauseam, certains députés, Bernard Roman, député du Nord, en tête, ont décidé deproposer un amendement sur la question de la PMA. Le député du Nord me racontait il y a peu en avoir pris "plein la tête" depuis la publication de la tribune, mais se disait décidé et fier de l’avoir fait. Me confiant même qu’au sein du gouvernement on lui avait demandé de confirmer qu’ils étaient un nombre significatif pour présenter pareille requête. Preuve d’une certaine frilosité face aux manifestations ostensibles des opposants.

 

Le président lâche du lest... aux opposants

 

Aussi, juste après son faux pas désastreux sur la liberté de conscience des maires, déclaration sur laquelle il est revenu, François Hollande a voulu donner un signe ce mercredi 12 décembre, alors que se prépare une gigantesque manifestation pour le projet dans les rues de Paris ce 16 décembre. Mais quel signe ?

D’un côté, François Hollande a déclaré que le Parlement serait souverain, le laissant libre de choisir d’intégrer la PMA au projet. Un signe que "Le Figaro" entend comme une main tendue aux partisans. Pour autant, l’interprétation du "Figaro", qui ne cesse d’être le héraut des opposants au mariage gay, paraît pour le moins suspecte quand on entend ce qui accompagne cette main tendue :

"Si j'avais été favorable (à cette mesure), je l'aurais intégrée dans le projet de loi."

Ce qui revient à dire, en relisant l’engagement 31, qu’il n’y est donc pas favorable… Finalement, François Hollande en arrive à exaspérer tout le monde : les opposants qui fulminent de voir le projet discuté fin janvier avec une majorité de gauche à l’Assemblée nationale et au Sénat, mais aussi les partisans du projet, avec son éternel "un pas en avant deux pas en arrière", qui fait pâle figure quand on voit tous les pays qui ont déjà légiféré, liste à laquelle il conviendrait, à ce rythme, de rajouter l'Angleterre, qui semble prête à faire passer le projet comme une lettre à la poste.

Certains prétextent qu’il n’y a pas urgence, que le contexte est morose et que la priorité est à l’économie. Mais faut-il attendre la prospérité pour faire du pilier central de notre devise une priorité ? Et puisque la récession nous guette, quid d’une loi qui ne coûterait pas le moindre denier à l’État ? Pourquoi tant de louvoiements sur une loi qui n’a déstructuré aucune société depuis qu’elle a été votée ?

De la part d’un président et d’un gouvernement qui n’est pas dans l’ombre d’une échéance électorale à moins de 17 mois, l’on arrive toujours pas à comprendre comment une telle peur peut les prendre au ventre, si ce n’est une terreur irrationnelle…

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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 20:15

Il faut bien le dire, le débat qui s’est ouvert sur le mariage pour tous (et avec quelle mauvaise foi, les opposants du projet osent prétendre le contraire !) n’aura pour l’instant pas été à la hauteur. La raison en est simple : les partisans du projet ont tout simplement délaissé l’espace médiatique.

Les opposants eux veillaient au grain. Dès juin, Christine Boutin, la bigote qui radote le PaCS et le sulfureux Alain Escada pour la très tranquille association Civitas avait ouvert le feu. Depuis, ils sont nombreux à avoir exprimé leur point de vue : Ivan Rioufol, Monseigneur Vingt-Trois, Monseigneur Barbarin, François Lebel, Alain Juppé, François Fillon, Jean-François Copé, Marine Le Pen, l’UOIF, le Grand rabbin de France Gilles Bernheim, Eric Zemmour, Philippe Ménard, Frigide Barjot,  Xavier bongibault… La liste n’est pas exhaustive et donne le tournis.

 

Un mépris persistant

 

Dès que le micro est brandi et la caméra au poing, les opposants donnent de la voix. Et, bien évidemment, se défendent de toute homophobie. Car évoquer pêle-mêle l’inceste, la zoophilie, la pédophilie, la polygamie, la nature, l’altérité, la déstructuration de la société, faire des jeux de mots tels que "Non à l’homofolie", ne sont en rien montrer du mépris à l’égard des homosexuels...


taubira.jpg

 

En revanche, plus discrets sont ces hérauts du "NON" au mariage et l’adoption pour tous dès lors que les auditions commencent… Pourquoi participer vraiment au débat quand le tumulte, la fureur et le capharnaüm médiatique portent à merveille leur message ?

Pendant ce temps, qu’ont fait les partisans du projet ? Force est de constater que certains ont brillé par leur absence. Ou presque. Ont-ils cru trop vite que le projet allait passer sans l’ombre d’un doute fort de sondages favorables ? Toujours est-il que cet excès de confiance pourrait laisser des traces à l’arrivée. Car, au moment du sprint final, les opposants ont indéniablement un coup d’avance.

 

Couacs

 

Et, parmi ces partisans, le PS, qui avait pourtant porté ce projet à bout de bras tant à la présidentielle qu’aux législatives, a fait la carpe pendant de nombreuses semaines. Et pour cause : la première sortie à la rentrée se solda par une catastrophe. Christiane Taubira grilla clairement la politesse à Marisol Touraine et Dominique Bertinotti, cette dernière devant se justifier comme elle le put sur le plateau de Laurent Ruquier. Une source me confiait il y a peu que la rédaction de "La Croix", qui avait organisé l’interview, n’avait pas vu le coup venir…

Après ce qu’il convient d’appeler un couac du gouvernement, vint celui du président lui-même, lui qui, selon Nicolas Domenach dans de nombreuses interventions dans l'émission "La Nouvelle édition" le midi sur Canal Plus, ne cessait d’exprimer ses doutes grandissant sur l’opportunité de légiférer en ce moment. Arriva ce qui devait arriver lors du Congrès des maires. Certes, François Hollande revint en arrière mais désormais les partisans du projet commencèrent eux-mêmes à douter des velléités de celui qu'ils pensaient être l’homme de la situation.

 

L'offensive

 

Aussi, le PS a décidé de passer à l’offensive. Histoire de casser la spirale infernale.

Après le succès en nombre des manifestations du week-end du 17 et 18 novembre, les partisans du projet ont décidé d’organiser eux aussi une immense manifestation, dimanche prochain le 16 décembre. Et le PS de devenir le héraut de la manifestation.

Entre temps, Bernard Roman, déjà artisan du projet du Pacs, a lancé un manifeste de 100 députés en faveur de la PMA, que semblait avoir laissé sur le carreau Christiane Taubira. Une initiative courageuse alors que l’adoption elle-même semble en danger. Le député PS de la première circonscription du Nord que j’ai rencontré cette semaine m’expliquait en avoir pris "plein la tête" depuis la parution de la tribune. L’air amusé et gêné, d’un petit polisson qui aurait pu commettre une bêtise. Mais l’homme est de conviction et d’un air généreux, il m'a confié: "Je ne lâcherai pas. C’est vraiment un beau projet que cette loi. J’y tiens vraiment". Les partisans du projet savent qu'ils pourront compter sur lui dès le 29 janvier.

 

La riposte

 

Valérie Trierweiler, elle, a tenté, autant qu’elle le put, de rectifier la bourde de son compagnon en déclarant vouloir être témoin d’un des premiers mariages qui unira deux homosexuels. Une initiative conspuée par l’UMP. Mais il faut dire que la moindre expiration nasale de la femme au tweet tueur est assimilée à une prise de position inacceptable de la part des tenants de l’autre rive bipartite.

Enfin, cette semaine, le PS a décidé de riposter avec les méthodes des opposants au mariage pour tous, qui n’hésitent plus à transmettre les mails des députés qui croulent sous des milliers de mails par jour déclamant par homélies redondantes leur farouche déclaration de guerre. Des méthodes qui rappellent SOS éducation. Qui rappellent elle-même celles d’Avenir de la Culture. Pratiques de l’intégrisme par excellence. Une pétition pour sensibiliser les citoyens.

Puisque la raison, les sondages, et les programmes votés ne suffisent plus, autant se mettre au niveau de leurs adversaires : la pétition ! Jacques Bompard qui peine à atteindre les 2100 signatures (certes d’élus, mais si loin des 15.000 signatures de maires de la pétition de Michel Pinton de 1999) pourra toujours faire œuvre de comparaison.

Un manifeste pour la PMA, l’engagement de la compagne du président de la République, une pétition et surtout une grande manifestation le 16 décembre ? Cette fois-ci, c’est certain, les partisans du projet sont dans l’arène. Le débat avait commencé. Place au combat. 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 18:50

Alors qu’Anne-Sophie Lapix organisait un troisième round à son combat toute catégorie avec Marine le Pen ce dimanche dans "Dimanche Plus" (avec une première partie on ne peut plus tendue, accusation de népotisme comprise), l’émission a proposé un sujet sur le projet de loi ouvrant les droits des homosexuels au mariage et à l’adoption intitulé "La guerre des lobbies". Au programme, le "débat" sur la question, traité avec équilibre, puisque focalisé sur les lobbies de part et d’autre de chaque camp.

 


S’il fut parfaitement convenu de voir Alain Escada déclamer son homélie, avec à la clef un amalgame déjà éculé sur la pédophilie, il fut autrement plus instructif de voir la réunion qui se tint à la mairie du quatrième arrondissement de Paris sur la question, organisée par Christophe Girard, le maire, revendiqué homosexuel et partisan. Une réunion dans laquelle il a tenu à inviter Christine Boutin.

L’occasion de faire la nique à deux idées reçues : d’une part, les partisans du projet ne refusent pas le débat, comme le montre cette invitation, qui en répond à tant d’autres dans toute la France. D’autre part, ce n’est pas parce que l’on est partisan du projet que l’on refuse d’entendre tout autre point de vue, fût-ce-t-il celui de la passionaria de PaCS, qui a fondé "Alliance Vita", une association ostensiblement anti-avortement et qui, de ce fait, rassemble bon nombre de hérauts de la cause intégriste.

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Or, le reportage nous montre deux aspects du débat, car débat il y a, contrairement à ce que répètent certains. L’un qu’il faut à tous prix éviter, l’autre qu’il convient d’adopter.

L’écueil, c’est l’accueil qui fut fait à Christine Boutin. Le plus et vous, lecteurs, m’êtes témoins du peu de cas que je fais à la bigote qui radote. Et avec quelle exigence je traite chacune de ses sorties caricaturales. Pour autant, il ne me viendrait jamais à l’esprit de l’empêcher de s’exprimer.

Et ce jour-là, des militants trop zélés se sont laissés aller à un tohu-bohu loin des rives républicaines et démocratiques, jetant la pierre à celle qui n’eut même pas le loisir de se fourvoyer puisque sa présentation se limita à un laconique : "Alors moi, je suis Christine Boutin… ". Un peu faible pour jeter l’opprobre dans le cadre d’un débat. "Plus de débats, on veut des droits", annonça un accusateur, "Boutin homophobe". Encore une fois, que celui qui a déjà vu sous ma plume une simple chatouille à la présidente du parti démocrate chrétien me jette la première pierre... Pour autant, en quoi l’empêcher de parler donne-t-il un signe démocratique au débat ? En quoi cet empêchement est-il productif ?

Gêné, Christophe Girard expliqua qu’il n’avait pas de leçons à recevoir, ayant été considéré par les impétrants de "complice". Ces caricatures de la cause auraient-ils lu et compris Voltaire, à qui on aurait attribué à tort ou à raison, cette maxime pétrie de sagesse "je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ". Le maire aura la sagesse d’ailleurs de rappeler : "C’est aussi mon droit d’inviter des personnes qui ne pensent pas comme moi." Plus qu’un droit, Monsieur le Maire, c’est même un devoir.

 

Le débat doit exister

 

À l’inverse, par la suite, une citoyenne prend la parole et déclare : "Les homosexuels sont des personnes comme tout le monde. Ils ont des orientations sexuelles qu’ils ont choisies." Outre le fait que cette femme ait pu s’exprimer, l’ineptie de son propos provoque la désapprobation de la salle. Et non, les homosexuels ne choisissent pas d’être homosexuels comme les hétérosexuels ne choisissent pas d’être attirés par les femmes. Même Nicolas Sarkozy, qui n’a pourtant pas porté le même projet que François Hollande, l’a reconnu.

L’homosexualité fait partie de l’identité et non pas de la pratique (même s’il peut exister des pratiques homosexuelles qui ne participent pas de la volonté de fonder un couple, comme le cible le projet de loi).

Et cette fois-ci, la démocratie reprend ses droits. La foule nie les propos avec justesse, avec cette interpellation pleine de justesse sur la notion d’identité : "Et vous, Madame, avez-vous choisi d’être noire ?" De la même manière que l’on ne choisit ni sa couleur de peau, ni le sexe que la nature nous a attribué, on ne choisit pas son orientation sexuelle.

Ces deux exemples montrent à quel point il convient d’accepter le débat. Il n'est nulle question de nier qu'il puisse y avoir un débat de société autour de ce projet de loi. Ce n'est pas parce que la proposition était dans le programme de François Hollande et dans ceux des députés issus de la majorité qui a été élue à l'Assemblée nationale qu'une telle modification n'invite pas à en parler. La légitimité du vote n'est pas contestée, mais elle ne suffit pas à faire l'économie d'un véritable travail de pédagogie. Car tout passage en force sur un tel sujet de société n'aboutirait qu'à une incompréhension des Français. Il est donc nécessaire de laisser parler ceux qui ne partagent pas votre point de vue. Quitte à les contester de visu. 

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Pour autant, cette ouverture du débat est irrésistiblement attendue par d'autres citoyens, moins impatients de pédagogie, mais surtout, avides de tout mettre en oeuvre pour faire avorter le projet. Et le souvenir douloureux du PaCS, qui avait plongé la France dans une violente homophobie, a laissé des cicatrices dans les mémoires de ceux qui l'ont vécu.

Raison de plus pour accepter de parler, de discuter et de débattre. Quitte à faire saigner ses oreilles. Car ce n’est qu’avec la pédagogie du discours que l’on finit par convaincre les indécis ou les moins informés. Pas en singeant les attitudes caricaturales et pavloviennes.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 15:53

Au mois de juin et au début du mois de juillet, nous avons vu les hérauts de l'intégrisme catholique défiler sur tous les plateaux et devant tous les micros qui se tendaient pour rappeler leur farouche opposition au projet de loi sur le mariage ouvert aux homosexuel et l'homoparentalité. Certains n'y voient que folklore. Mais l'on aurait tort de sous-estimer leur influence à moyen terme : l'on se rappelle que durant le PaCS, ils étaient parvenus à mettre à sac les rues de Paris à coups de slogan d'une violence sans précédent et que la pétition initiée par Michel Pinton avait contraint le gouvernement Jospin à faire machine arrière sur la signature en mairie.

Et nul doute qu’en 2013, la Droite Populaire, qui va désormais afficher sans complexe ses positions, leur prêtera main forte au sein de l'Assemblée Nationale, ses membres partageant des accointances incontestables.

C'est aussi parce que ces derniers mois, du Printemps 2011 à Avignon, en passant par l'affaire du Théâtre de la Ville à l'automne dernier, ont vu l'émergence médiatique d'Alain Escada, dont la rhétorique et l'argumentation sont suffisamment habiles pour être appréhendées avec méthode, qu'il faut se préparer. L'homme est devenu l'interlocuteur privilégié dès qu'il faut mettre en place un débat contradictoire et ce "passeport médiatique" risque, à coups surs, fait de lui "LE" représentant des opposant au projet de loi, quand l'homme est surtout à la tête d'un Institut Intégriste, se revendiquant de la Fraternité St Pie X, dans la droite lignée de St Nicolas Du Chardonnet.

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C'est dans ce contexte que je me suis plongé dans toutes les interviews et autres émissions où ont été invités Christine Boutin, la pasionaria du PaCS, qui prolonge le rôle qu’elle avait déjà joué 1999 et Alain Escada. De la  même manière, je suis allé sur leurs sites respectifs afin de produire un contre-argumentaire pédagogique face à leur rhétorique et afin, aussi, de débusquer le double discours de ceux qui prétendent, en outre, réfuter l’accusation d’homophobie.

La rhétorique d’Alain Escada et de Christine Boutin est déjà parfaitement rodée et peut s'avérer d'une redoutable efficacité dans le feu d'un débat ou à l'égard de citoyens sans opinion ou indécis. Ainsi ai-je tenté de désamorcer quelques arguments comme la question de la polygamie que se plait à agiter Alain Escada en expliquant que si l'on remet en cause une des deux conditions du mariage, rien n'empêche d'en faire autant avec la seconde, comme celle sur la différence entre « les droits à l'enfant » et « les droits de l'enfant », ou encore la fameuse étude du Texas qui serait LA réponse scientifique qui donnerait raison au clan des opposants… 

Chacun des douze arguments est cité, avec référence à la clef, puis analysé pour enfin se terminer par la contre-argumentation qui permet de leur répondre.

 Mon essai commence aussi par retracer l'itinéraire de Civitas et de son président, Alain Escada et des douze derniers moins de la plus connue du grand public Christine Boutin pour contextualiser le débat.

 Puis il dissèque tous les arguments utilisés par les hérauts de la cause intégriste, qui loin de se réduire à la caricature que l’on avait vue en 1999, ont vocation à contaminer le débat public. Certains se garderont bien de montrer quelconque accointances avec eux, mais ils ne se priveront pas d’utiliser leurs arguments pour se les approprier. De la même manière que le FN n’a pas eu besoin de siéger à l’Assemblée Nationale pour voir son programme et ses idées reprises y compris par Nicolas Sarkozy, notamment dans l’entre deux tours de la présidentielle. Civitas, Alain Escada et Christine Boutin auront beau jeu de prétendre qu’ils auront alors “ fait avancer le débat ”. Et déja, Civitas se félicite de la tribune d’Ivan Roufiol dans Le Figaro qui reprend l’argument selon lequel si on autorise aux homosexuels de se marier, rien n’empêchera les revendications en faveur de la polygamie ressurgir.

 

Il n’est nulle question de nier qu’il puisse y avoir un débat de société autour de ce projet de loi. Ni même de discréditer systématiquement ceux qui ne seraient pas en accord avec le projet de loi. Ce n’est pas parce que la proposition était dans le programme de François Hollande et dans ceux des députés issus de la majorité qui a été élue à l’Assemblée Nationale, qu’une telle modification n’invite pas à en parler. La légitimité du vote n’est pas contestée mais elle ne suffit pas à faire l’économie d’un véritable travail de pédagogie. Car tout passage en force sur un tel sujet de société n’aboutirait qu’à une incompréhension des Français. Un tel sujet nécessite que l’on prenne le temps.

 Il ne s’agira donc pas de rester sourd aux véritables doutes et peurs de ceux qui seront peut-être réticents à l’idée de voir s’étendre le mariage avec tous les droits que cela entraine sur l’homoparentalité. Mais il s’agit d’éviter de voir l’exercice pédagogique qui est proposé à notre République se métamorphoser en tribunal caricatural, où les mensonges et les manipulations triompheraient sur le bûcher de la religion, ou plutôt de sa représentation telle que la voient ceux qui tentent de l’instrumentaliser.

 La croix et la bannière. Symboles de la foi et du drapeau arc-en-ciel. Mais symbole aussi d’une lutte qui s’avèrera plus difficile que ne le laisse paraître une opinion favorable. Qu’en sera-t-il quand les opposants les plus caricaturaux auront distillé leur venin, au lieu tout simplement de reconnaître que le projet ne cherche qu’à faire respecter que le pilier central de notre République, l’égalité ? Mon essai vise donc à apporter de la raison dans l’attirail argumentatif de ceux qui seront prêts à tout, jusqu’à l’émotion, pour troubler un débat légitime dès qu’il s’agit de révolution sociétale.

Yves Delahaie, La Croix et la bannière, Editions Golias

Novembre 2012. A commander en support physique (12 euros) ou en numérique (6 euros).

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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