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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 20:53

La scène a secoué mercredi tous les auditeurs de France Inter et elle s’est propagée sur la toile à la vitesse de l’éclair. Louis Aliot, vice-président du FN, invité chez Pascale Clark, était interrogé sur l’IVG et sur l’expression "IVG de confort". L'entretien s'est déroulé dans une tension palpable jusqu’à ce que la journaliste, écœurée par ce qu’elle entendait, laissa échapper un "c’est dégueulasse".

 

Louis Aliot sur France Inter, le 07/03/2012. 

 

On le voit, Louis Aliot, avec de grands airs, sûr de lui, affirme que l’expression "IVG de confort" n’est pas la sienne, qu’il ne l’utilise pas. On voit aussi comment, au début de son intervention sur la question, il a pris soin de multiplier les périphrases pour ne pas employé l'expression "IVG de confort". Jusqu’à ce que son génie linguistique ne le lâche en plein milieu d’une phrase qu’il n’osa pas terminer. Un silence qui en dit long. Et un déni ensuite sur l’usage de l’expression. S’il mentait, on jurerait qu’il se montre alors arrogant.

 

Pas de chance. Louis Aliot était aussi invité de l'émission de France 2 Mots croisés, le lundi 30 janvier dernier. Gaëlle-Marie Zimmerman avait relaté ce moment qui lui leva elle aussi le cœur, et on la comprend :

 

 Louis Aliot sur le plateau de Mots croisés, le 30/01/2012.

 

La véhémence n’est jamais un gage de vérité, qu’on se le dise. Au FN, la question de l’avortement est pour le moins sensible. Dès la mise en place de la loi Veil en 1975, Jean-Marie Le Pen s’était opposé à la légalisation de l’IVG avec force. Neuf ans plus tard, il s’en était expliqué sur le plateau de L’heure de vérité, le 13 février 1984, en déclarant :

 

"La législation de l’avortement a été dans notre pays une régression de plusieurs siècles, peut-être même de plusieurs millénaires car les Romains, avant même le christianisme, avaient noté l’"infans conceptus" : c'est-à-dire que l’enfant conçu est réputé né chaque fois qu’il s’agissait de son intérêt."

 

Certains ont tendance à l’oublier en ces temps où Marine Le Pen prétend faire de la laïcité son cheval de bataille, mais le FN a pendant très longtemps été le repaire des catholiques intégristes de France. Et lors de cette fameuse émission de 1984, Alain Duhamel, qui officiait déjà, lui avait d’ailleurs demandé ce qu’il pensait du sobriquet qu’une de ses cadres avait accolé à Simone Veil, et qui, vous le verrez, ravira les amateurs de mots fins pétris de subtilité. Simone Veil était caractérisée du nom de "la tricoteuse de Giscard". Une expression que Jean-Marie le Pen n’utiliserait pas à l’entendre mais qui semble bien l’amuser au point, déjà, d’évoquer un "point de détail". Au FN, on aime le poids des mots mais on en occulte le sens.

 

Une proximité avec les associations "pro vie"

 

Toujours est-il que le fondateur du FN placera dans ses programmes présidentiels le projet funeste d’empêcher les femmes françaises d’avoir le choix, assouvissant ainsi le désir des ligues anti-avortement, qui par pudeur s’autoproclament pro vie. Projet écrit en toutes lettres dans le programme de 2002 : "Les lois sur l’IVG seront abrogées".

 

Pourtant, les années 2000 vont marquer un tournant. Le schisme mégrétiste et le départ de nombreux cadres laisseront des traces. Il faut dire qu'en 2006, Jean-Marie Le Pen avait en mis un peu d'eau dans son vin de messe :

 

"Je suis pour la défense de la vie, mais je pense qu’il y a des questions qui sont prioritaires et celle-là, en l’état actuel de l’opinion publique, ne me paraît pas prioritaire."

 

En 2007, dans son programme présidentiel, le FN évoquait l’IVG, non pour abolir la loi Veil, mais pour soumettre la question au référendum :

 

"En matière législative, il faut tenir compte de l’état d’esprit de l’opinion. Si je suis élu, je proposerai un référendum sur l’avortement (…) J’ai perdu l’illusion que l’on pouvait régler tous les problèmes par des lois."

 

Une inflexion quoi qu’on puisse en penser sur la question, puisqu’aujourd’hui Marine Le Pen ne souhaite pas remettre en question le droit à l’avortement ni même soumettre la question au référendum, réservant ce dernier pour la peine de mort. Question de priorité...

 

L'influence de l'aile traditionaliste

 

Mais on l’a vu la polémique sur l'"IVG de confort" montre que la question est loin d’être éclaircie, et s’il y a bien un homme qui représente parfaitement cette contradiction, c’est bien Louis Aliot, catholique pratiquant et boîte à idée du FN version Marine. Il est celui par qui la question de la laïcité a surgi.

 

C’est pourtant lui aussi qui a rédigé un communiqué, au lendemain du Congrès de Tours et du sacre de Marine Le Pen en 2011, pour inviter les militants du FN à se joindre à la "Marche pour la vie". La Marche pour la vie ? Inspirée par Madame Boutin, cette "marche" est loin d’être anodine puisqu’elle réunit autour de la cause pro vie, franchement traditionaliste, quantité d’évangélistes, de pentecôtistes… Inviter ses militants dans une marche où l‘on sanctifie le caractère sacré de la vie, où l’on compare l’IVG à un génocide "au nom de la vie qu’a donnée Dieu", n’est assurément pas une démarche aussi neutre que ne le voudrait la laïcité voulue par le nouveau FN…

 

Marine Le Pen affirmait ne pas soutenir officiellement la Marche tout en laissant la porte ouverte : "nous ne soutenons pas officiellement cette marche mais il y aura un certain nombre de cadres et d’élus du FN qui s’y rendront". Une déclaration qui laisse à penser qu’elle ne s’oppose pas à ce que des militants du FN et des cadres, y compris avec leur étiquette politique (elle parle d’élus et de cadres, pas de citoyens) puissent défiler dans un cortège qui parle de génocide en évoquant l’avortement.

 

On le voit, l’IVG et le FN, c’est un peu le caillou dans la chaussure de Marine Le Pen : elle ne marche assurément pas très droit mais elle semble bien s’en accommoder…

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 20:23

Dire que l’on nous avait vendu l’événement est le moins que l’on puisse dire. La venue de Marine Le Pen chez Laurent Ruquier samedi soir sentait le soufre et tout le monde avait son avis sur la question, quitte à estimer qu’il n'était pas raisonnable de contraindre l’animateur à recevoir sapersona non grata favorite au mépris de l’équité des temps de paroles en période électorale (car l’équité ne peut se voir de manière impressionniste sur l’ensemble d’une chaîne lorsque l'on prend en compte et l’audimat et la cible des émissions).

 

Marine Le Pen sur le plateau du Grand Journal le 22 mars 2011 (F. GUILLOT/AFP)

 Marine Le Pen sur le plateau du Grand Journal le 22 mars 2011 (F. GUILLOT/AFP)

 

Avant même que le débat ne commence, Laurent Ruquier a tenu à mettre les points sur les i : rappelant qu’il était tout à fait normal d’accueillir tous les candidats, dans le cadre du débat démocratique, l’animateur s’est même dit "ravi de (la) recevoir". Recevoir un parti qui se présente de manière démocratique dans des élections pour débattre démocratiquement de son programme ? Qu’il est saugrenu de voir qu’en 2012, cela reste quelque chose dont il faille s’enorgueillir et se satisfaire sur le service public.

 

Marine Le Pen fidèle à elle-même

 

Et c’est bien ce qu’il faut retenir sur ce débat si redouté : d’affrontement, il n’y en eut point. Et à bien des égards, les échanges vifs qui précédèrent la venue de la présidente du FN furent autrement plus virils entre Marc Lièvremont et Audrey Pulvar, qui non contente de ne rien connaître au rugby et d’émettre des jugements péremptoires quelques peu déplacés pour une profane qui s’assume comme telle, a reconnu avoir établi son jugement sur des extraits de conférence de presse qu’on lui a fourni.

 

Cela veut-il dire que des sujets ont été évités ? Point du tout.

 

 

Les signatures ? Elles en sont à 415 et même si Marine le Pen reconnait qu’il y a une accélération, et comment pourrait-il en être autrement quand elle fut mis notamment par François Bayrou en face de ses responsabilités (reconnaître que le système fonctionne ou accepter l’aide du système), elle estime que le rythme n’est pas suffisant pour être rassurée.

 

Les purges au FN, alors que certains bannis étaient des pourvoyeurs de parrainages comme en témoigne un de ceux-là, Carl Lang ? Cela montre, selon Marine le Pen la "droiture de la direction de (son) mouvement", alors que ce n’était pas son "intérêt".

 

La valse scabreuse à Vienne ? "Si j’avais fait une erreur je l’aurais dit". Il faut dire que Marine Le Pen persiste à dire que le FPO (parti autrichien de la liberté) est un parti respectable sous le prétexte qu’il est une des deux grandes forces politiques du pays et omettant que ses militants abritent parmi eux quelques nostalgiques aux relents nauséabonds. Mais, pour la présidente du FN, tous ces arguments ne sont que manipulations proférées par SOS Racisme. Une marotte qui rappelle le sort qu’elle souhaite réserver à l’association si elle était élue.

 

Finalement, Marine Le Pen aura été fidèle à elle-même sur le fond, même s’il faut reconnaître qu’elle a pris la peine de laisser parler ses contradicteurs, et qu’elle n’a pas surjoué sa grosse voix pour interdire tout échange. Le décompte du temps de parole aurait-il un effet bénéfique à la démocratie du débat ?

 

Comme toujours Marine Le Pen explique que son programme est différent de celui de son père parce que le contexte a changé. Argument caduque lorsque Natacha Polony lui demande comment le FN pouvait promouvoir pendant des années le chèque-éducation, qui avait vocation à casser l’école publique, avant de faire de la défense de cette même école publique une quasi priorité dans son programme : l’échec de l’école n’a pas attendu 2008 pour être avéré et le programme du papa faisait déjà le constat d’une école en déliquescence pour justement promouvoir l’école privée. Par ailleurs, la crise n’a fait qu’ajouter à ce problème les difficultés à mettre de l’argent dans notre éducation, là où, avant la crise, cela aurait été possible. Mais puisque la présidente du FN dit que la situation a changé.

 

Comme toujours, Marine Le Pen détourne les questions et ne répond que sur les diagnostiques en fondant son argumentation sur ce que tout le monde sent. Elle ne répondra ni sur les moyens de rétablir l’autorité à l’école (elle répond que ses enfants sont dans le public, elle… La belle affaire ! Nul n’a jamais pensé que l’école publique de Saint-Cloud posait de vrais problèmes d’autorité et d’enseignement). Encore moins sur le coût que représenterait les reconductions massives à frontière. Ni enfin sur la dévaluation et l’augmentation de 3% sur les produits importés, point sur lequel elle s’était déjà fait épingler par Anne-Sophie Lapix, il y a peu.  

 

La candidate FN a la mémoire courte

 

Et que dire de sa proposition "révolutionnaire" de placer dans la Constitution que "la République ne reconnait aucune communauté" qui fait déjà écho à l’article qui déclare que "la République est une et indivisible" ? Marine Le Pen explique que cet ajout éviterait de créer des soins spécifiques pour les communautés comme cela se fait en Angleterre. Oui, comme cela se fait en Angleterre où l’article sur l’indivisibilité n’existe pas et c’est bien parce qu’il existe en France que ce type de loi ne peut exister dans notre pays : le fantasme de la peur comme essence de la campagne.

 

Enfin, Marine Le Pen a semble-t-il "oublié" quelques déclarations qu'elle a faites. Sur la laïcité, elle prétend que le FN n’a pas souhaité en 2004 la loi sur le voile à l’école parce que la démarche était purement électoraliste. Aurait donc-t-elle oublié ce qu’elle déclara au journal d'extrême-droite "Présent" le 22 novembre 2003 au sujet de cette loi, qu’elle condamnait non pas pour l’électoralisme, mais parce que le port du voile y compris à l’école pouvait présenter quelques avantages ? "La question du voile est un moyen de s’apercevoir de l’importance de l’immigration (…) Nous disons donc que si cela peut dessiller les yeux des Français de voir se multiplier les voiles, il peut être bon d’en passer par là".

 

Mais la mémoire courte de Marine le Pen est surtout une mémoire sélective. Et l’ombre de l’affaire de la croix gammée ou de l’étron de "Charlie Hebdo" a plané sur l’émission et notamment sur la fin où la présidente du FN expliquait qu’on ne pouvait pas insulter 20% des Français sur le service public qui rémunéraient, eux aussi, l’animateur. Laurent Ruquier rétorqua qu’ils pouvaient zapper s’ils le souhaitaient. Crispations finales pour un débat qui finalement a fait beaucoup de bruit pour rien. Voilà Laurent Ruquier tranquille pour une lustre. En attendant bien entendu des retrouvailles autrement plus pêchues devant la Justice.

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 20:27

Quel tour de force réussi ce dimanche ! Et devant les caméras qui plus est ! Un public enamouré qui n’en finit plus d’admirer l’artiste. Un verbe saillant, un rôle de composition, quelques boutades bien senties… Il n’y a pas à dire, dimanche, c’était le grand spectacle.


Mais si vous pensiez que je parlais de notre cher président, je pense qu’il y a méprise. Non, j’évoquais la prestation hors-norme d’une autre présidente, à l’électorat plus modeste (du moins, souhaitons-le…) qui a fait montre d’un talent digne des meilleures comiques que compte l’Hexagone, j’ai nommé Marine Le Pen. 

 

Marine Le Pen lors de son meeting à Perpignan, dimanche (AFP/ROIG)

Marine Le Pen lors de son meeting à Perpignan, dimanche (AFP/ROIG).

 

Silence dans la salle. Et oui, je vous comprends : il y a de quoi avoir peur ! Un nez rouge sur des idées brunes…  De quoi rire jaune en somme.


Finies les prestations scandées au micro et lues à la limite du déchiffrage. Marine Le Pen a décidé de renouer avec le Front familial, avec un patriarche qui déjà s’adonnait à des performances de tribuns qu’il est impossible de lui contester. Mais elle a décidé de mettre au cabinet (pour reprendre le bon mot d’Alceste du Misanthrope à propos du sonnet d’Oronte) les harangues dithyrambiques et la sémantique du style Troisième… R…épublique (oh les coquins qui imaginaient…) du Papa pour se vêtir des oripeaux de la comique que l’on invite (com)plaisamment le dimanche après midi sur le service public. Faites entrer l’artiste !

 

 

Marine Le Pen, ze one woman show Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Ah ! Incontestablement, on reconnaît la patte d’une Muriel Robin ou d’une Florence Foresti des grands jours ! La voix minaude avant de devenir rauque pour engendrer les rires gras de toute l’audience. Le mimiques ne sont pas en reste pour accompagner le verbe. Et la métaphore se file avec l’adresse des funambules… Car, elle n’est pas immobile. Loin s’en faut. Et se meut avec dextérité pour apprivoiser les planches en véritable bête de scène :

 

 

Marine sans pupitre Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Sans pupitre vous disais-je. N’est-ce pas là, la naissance d’une star ? Et puis, point de sclérose en ne s’inspirant que des mêmes Muses. Quand Florence et Muriel ont épuisé leur pouvoir, place aux imitatrices. Qui de Liane Foly ou de Sandrine Alexi faut-il ici voir un hommage ?

 

 

Marine imitatrice Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Et puis, on convoque les mainstream… Et quand on sait que Anne Roumanoff squatte plus de chaînes télévisées en simultané certains soirs sur la TNT que Nicolas Sarkozy lui-même dimanche soir, autant y aller franchement dans le Sarkostique…

 

 

Marine Le Pen en mode Roumanoff Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Mais que serait une artiste sans communiquer avec son public ? Des aficionados qui n’hésitent pas à lui souffler son texte pour la faire rebondir... toujours plus haut.

 

 

Marine communique avec son public Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Ah, c’est toujours réjouissant un nez rouge. Sauf que, à l’image des clowns tristes, il se cache toujours une fêlure. Et celle-ci se terre dans les rires et les âmes qui se gaussent quand le vernis du comique cache des idées toujours aussi nauséabondes, des vraies priorités des Français qui devraient être l’immigration et l’insécurité (comme si ces thèmes étaient responsables de nos maux actuels…) à SOS Racisme et l’UEJF (Union des étudiants juifs de France) qui sont sifflées copieusement dès lors qu’elles sont simplement évoquées avant même d’être lynchées…

 

 

Le FN reste le FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

On le voit, un nez rouge ne pourra jamais cacher des idées brunes. Qu’on se le dise.

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 19:54

Grand moment de professionnalisme hier sur Canal Plus : alors qu'on avait l’habitude de voir des journalistes servir la soupe à Marine Le Pen, ou la contredire mollement en lui ressortant les vieux dossiers du père (tactique inefficace auprès de l’électorat flottant, qui tend à être séduit par ce qu’il considère être un nouveau FN), Anne-Sophie Lapix a offert hier une prestation de choix.

 

Préparée à riposter à la rhétorique de la nouvelle présidente du Front national, pointue sur le chiffrage du projet et très au fait des dossiers abordés, la présentatrice de Dimanche Plus a offert à la France entière une leçon de journalisme. Extrait :


Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo

 

Voilà ce que l’on appelle faire échec et mat. Dans les cordes, on a enfin vu Marine Le Pen en face de ses aberrations, sans qu'elle ne sombre dans la caricature. Des faits, rien que les faits. Et la démonstration fait mouche. 

 

Sur le revenu familial, elle avoue avoir lancé une idée avant même de savoir sa faisabilité. Et affirme, sans même le garantir, que sa mesure serait effective dès 2013 (après la sortie de l’euro, sans doute ?).


Concernant la suppression des allocations familiales des étrangers, Lapix met au jour une ambigüité concernant les enfants nés sur le sol français qui pourraient se voir priver ides sociales malgré le droit du sol.


Mais la cerise sur la gâteau reste l’augmentation de 200 euros pour tous les salaires de moins de 1500 euros net par mois, qui met en lumière l’amateurisme de Marine Le Pen, incapable de faire une simple multiplication pour rectifier un chiffrage ubuesque.

 

On n’est plus, vous me direz, à quelques milliards près. Et Marine Le Pen enchaîne en disant que la calculatrice, dont elle aurait au passage bien besoin, oublie l’augmentation de la TVA sur les produits importés qui, au final, sera payée par les mêmes qui auront vu leur salaire augmenter.

 

Prise la main dans le pot de confiture, Marine Le Pen digresse sur les salaires : "Ce n’est pas parce que l’on fait une augmentation des taxes de 3% que les prix augmentent de 3%." Logique, non ?


Groggy, la présidente du FN tente la riposte du pauvre en prétendant que la journaliste mélange tout, qu'elle enchaîne trop de sujets à la fois... alors qu'elle ne fait que reprendre son propre raisonnement ! Mauvaise foi quand tu nous tiens !

 

Alors Marine le Pen s’énerve et fait tomber le masque avec sa phrase "puisque vous êtes une grande économiste". Diantre, Anne-Sophie Lapix a osé poser une question pertinente et voilà l’arrogance et la condescendance qui arrivent ? 


Et le passage on ne peut plus tendu de se conclure par le "pas orientées, des questions simples" de l’animatrice et le sourire figé, jaune, de Marine Le Pen qui rétorque un "bien sûr" qui cache mal une colère froide.


Marine Le Pen a vu son programme économique, ainsi que le chiffrage annoncé en grande pompe cette semaine, complètement décrédibilisés en quelques minutes.

 

Preuve est faite qu’avec un minimum de préparation et de pugnacité, on parvient à démontrer avec pédagogie l’imposture proposée par Marine Le Pen. Du grand art. Bravo, Madame Lapix.

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18 décembre 2011 7 18 /12 /décembre /2011 19:39

Dernièrement, de nombreux reportages sont diffusés à la télévision pour évoquer le parcours de Marine Le Pen ou l’histoire du Front National, depuis "Le Diable de la République, 40 ans de Front National" diffusé mercredi 30 novembre sur France 3, jusqu’à celui que propose Canal Plus ce dimanche à 12H45 intitulé "La face cachée du nouveau Front".

 

Et n'oublions pas le film réalisé par Caroline Fourest et Fiammetta Venner "Marine Le Pen , l’héritière" relégué malheureusement en troisième partie de soirée jeudi avec pourtant une audience moyenne impressionnante (1,2 millions de téléspectateurs pour un documentaire qui débuta avec vingt minutes de retard à 23h30 !), force est de constater que le phénomène intrigue.

 

Marine Le Pen donne une conférence au National Press Club à Washington le 2 novembre 2011 - Jose Luis Magana/AP/SIPA

Marine Le Pen - conférence au National Press Club à Washington le 2/11/2011 (Jose Luis Magana/AP/SIPA)

 

Marine Le Pen ne se cache pas, et le Front national courtise les médias

 

En complément de la stratégie de la dédiabolisation, Marine Le Pen a ouvert grand les portes de son parti aux journalistes, qui n’en demandaient pas tant pour faire… leur travail. Pendant des années, seul le portail de Montretout (la propriété si opportunément nommée, qui servit d’arbre cachant la forêt durant les heures brunes affichées) s’ouvrait au tout venant, à partir du moment où vous montriez patte blanche. Pour cela, il fallait revêtir les oripeaux de la belle société, ou bien être disposé à venir costumé pour s’y enivrer de champagne en discutant le bout de gras avec Alain Delon…  

 

Alors quand Marine Le Pen dit qu’elle a souffert du racisme patronymique dans son enfance, confidence faite dans sa biographie "A contre flots", on la comprend…

 

Mais les temps ont changé. Contrairement à son père, Marine Le Pen joue volontiers le jeu médiatique, sur la base d'un calcul simple : mieux vaut une mauvaise presse que pas de presse du tout. Et puis le parti s’est chargé d’abreuver ses propres réseaux, comme le révélait l’impressionnante invasion de sites, agences de presse et autres associations à la gloire et au bénéfice intégral des idées et des valeurs frontistes, information révélée par Linkfluence (dont on peut certes contester la méthodologie et certaines des analyses, mais dont la cartographie n’en révèle pas moins la part prise par les frontistes ou crypto-frontistes sur le net).

 

Effort démocratique donc qui rend difficilement acceptables les exactions de la Porte Dauphine, quand des étudiants l’empêchèrent, la semaine dernière, de débattre, ce qui provoqua chez Laurent Joffrin une légitime condamnation :


"Le Front national défend souvent des positions inadmissibles. Mais en démocratie, on les combat par la réfutation, par la contradiction, par la polémique. En aucun cas par la contrainte physique. C’est en défendant les principes de liberté qu’on peut contrer le plus efficacement l’intolérance, dès lors que son expression reste dans le cadre légal."

 

Ostraciser le Front national est un mauvais calcul

 

Ainsi, on ne peut pas défendre la démocratie en utilisant les armes qu’elle renie : la fin ne justifie pas les moyens et ce proverbe aurait dû guider la plume, mal inspirée pour une fois, de Dominique Sopo, Président de SOS Racisme, dans une lettre ouverte au Rédacteur en Chef du Nouvel Observateur :

 

Pourquoi alors, me demanderas-tu, avoir mené cette action, si l’expression même de Marine Le Pen eut suffi à la décrédibiliser ? Pour une raison finalement assez simple et dont j’ose espérer qu’elle continue à faire l’objet d’un certain consensus : le Front national n’est pas un parti comme les autres.

 

C’est vrai, Monsieur Sopo, le FN n’est pas un parti "comme les autres". Mais jusqu’à preuve du contraire, et les tribunaux sont tout ouïe pour en décider ainsi dès lors qu’on leur en fournit les preuves, le FN entre dans le champ démocratique, puisque ni ses propos, ni ses actions connues et ostensibles ne tombent sous le coup de la loi et ne justifient d'interdiction.

 

Et ce n’est pas parce que Monsieur Louis Aliot, Vice-Président du parti, a promis une sombre destinée aux subventions de votre association, si le FN venait à être aux affaires, tout en portant des accusations qu’il devra certainement justifier devant la Justice, puisque légitime plainte il y aura de votre côté, qu’il faut céder aux sirène du F comme fasciste et N comme Nazi qui n’empêcha nullement un sombre 21 avril, chant entêtant et contreproductif comme il n’en faut plus.

 

Combien de fois faudra-t-il rappeler qu’on ne combat pas le FN en l’ostracisant, en lui refusant le jeu de la démocratie ou en disqualifiant ses électeurs, mais en démontant, sur le fond, un par un ses arguments, pour mettre en exergue les insuffisances et l’inanité de son programme ?

 

Cécile Duflot, invitée sur le plateau qui suivi la diffusion du documentaire Le Diable de la République le 30 novembre dernier sur France 3,en avait parfaitement convenu :

 

FN un parti comme les autres Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

La liberté d'expression assaisonnée à la sauce "Front national"

 

Pour autant, il faut tout de même de se poser une question pour le moins capitale dans cette polémique : peut-on aisément débattre avec le Front national ? Car il serait trop facile de faire croire que Marine Le Pen et sa cohorte soient les seuls défenseurs de la démocratie, et qu’en face on met tout en œuvre pour éviter que la vérité n’éclate. 

 

Position victimaire qu’a affectionné son père pendant presque quatre décennies. D’autant que certains s’en donnent à cœur joie, comme Bruno Gollnisch, qui cette semaine s’en est allé sur son blog sous un titre qui fait doucement sourire, "Pourquoi tant de haine",  quand on sait que c’est celui que j’utilisai pour faire le portrait de Caroline Fourest

 

Lui qui l’accuse ici d’acharnement, de condamnation sans preuve. Cocasse quand on sait que le même Gollnisch avait déjà eu l’audace de me citer quand j’expliquai, et je ne retire pas une virgule de ce que j'ai écrit, que la blague de mauvais goût de Ruquier qui illustra l’arbre généalogique de Marine Le Pen avec des branches en formes de croix gammée était contre-productive et d’autant plus répréhensible qu’elle s’accompagnait du refus d’inviter la présidente du FN sur son plateau (entre temps, l’on apprit que l’animateur de l'émission "On n’est pas couché" devra de toute façon revoir sa copie).

 

Puisque j’inspire tant Monsieur Gollnisch, je l’invite à me citer dans les grandes lignes quand je décris de manière clinique combien la laïcité prônée par Madame Le Pen est factice,  quand elle use et abuse de la rhétorique pour détourner les questions dérangeantes ou bien évidemment quand je condamne fermement les dérives des intégristes catholiques que le même Gollnisch ne cesse de protéger et de légitimer.

 

Marine Le Pen libre de s'eprimer, face au monde (invité à se taire)

 

Alors, de quelle liberté d’expression parle Marine Le Pen ? De celle qui est au cœur de son programme ? Qui assène que  "Les manifestations de clandestins ou de soutien aux clandestins seront interdites" ? Celle qui garantit l’indépendance et la neutralité de la Magistrature en demandant, pour les magistrats "la suppression du droit d’être syndiqué, de la possibilité de s’engager politiquement ou d’être candidat, d’écrire ou de témoigner au sujet d’une quelconque affaire ayant trait à leur fonction" ?

 

Ajoutons à cela un budget de la défense à hauteur de 2% du PIB pour 201740000 places de prison crées et bien évidemment "la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre" (sic ! Marine Le Pen qui déclare à propos du risque d’abus d’un tel dispositif : "Moi, je préfère compter un mort chez les criminels qu'un mort chez les forces de l'ordre" !) et l’on aura compris ce que les mots "liberté" et "liberté d’expression" recouvrent dans la bouche de Marine Le Pen !

 

Pour ce qui est du débat, il est facile de trouver des passages éclairants sur les nouvelles dispositions du FN, en puisant dans les archives, et pas les plus anciennes. Il y a un peu plus d’un an, dans feue "Semaine Critique", Marine Le Pen s’était illustrée en étant parfaitement accompagnée, de sorte à avoir "le public" dans sa poche. Par exemple :

 

Marine Lepen face à Caroline Fourest (1er round) par prochoix

 

Lors du débat déjà évoqué du mercredi 30 novembre, suite à la diffusion du Film "Le Diable de la République, 40 ans du Front National", on se souviendra aussi longtemps des 30 premières secondes de l’émission, et du respect incarné par les nouveaux amis-nouveau alliés du Front National.

 

De débattre avec le FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Au sortir de l'enregistrement de l'émission, Caroline Fourest publia d'ailleurs sur son mur Facebook : "Le débat qui suit (déjà enregistré) a été impossible à cause d'un numéro de cirque de l'insupportable Gilbert Collard. Candidat aux législatives pour le FN mais sans officiellement partager ses idées (il veut bien le poste et les paillettes mais pas défendre des convictions). Ce qui ferme la porte à tout échange sur le fond. Très pénible."

 

Etrange capacité à dialoguer quand votre seul crédo est de ne pas répondre pour accabler l’autre, et de retourner la question dans un rythme qui s’apparente à un inquiétant : "il y a pire que nous"… un slogan pour le moins suspect quand on débat dans une démocratie.

 

FN calominer et faire diversion Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Que dire aussi d’un parti qui multiplie les procédures en justice au point de protester avant même d’avoir vu une image du film Marine Le Pen l’héritière ? Des procès pour intimider comme le rappelle Caroline Fourest dans son blog tout en précisant que Marine Le Pen est courageuse, mais pas téméraire, et lorsqu’elle sent que la partie lui échappe, elle botte en touche.

 

Ainsi, concernant la biographie Marine Le Pen, l’accusatrice éponyme a demandé un renvoi pour juillet 2012, alors que le procès était prévu pour décembre 2011… Plus pratique quand le dossier est branlant et qu’il pourrait faire de l’ombre à la présidentielle, et plus encore aux législatives où la moindre voix se monnaye en écus sonnants et trébuchants, subventions de l’Etat obligent.

 

Difficile enfin de débattre et de mener la fronde contre le Front, quand vous échappez aux velléités procédurière de ses cadres mais que sont à vos trousses de sombres illuminés prêts à tout pour vous réduire au silence comme Sophia Arram menacée par les aficionados de la Madone de Saint Cloud… enfin la Madone d’Hénin, selon que c’est le jour du travail ou le jour de la messe.

 

Tant que le Front national s'exprime, prenons la parole pour le combattre

 

Difficile mais pas impossible. Pour cela, il faut du courage, du talent et de l'abnégation. Alors Caroline, Fiammetta, Sophia, Laurent (...Joffrin !), Abel et Caroline (Mestre et Monnot), Renaud (Dély)... Merci. Merci d'oser l'intelligence de la démocratie. Merci de continuer à nous informer, à décrypter, et à formuler l'indicible qui se terre dans les non-dits.

 

Certains diront qu'ils sont parti pris. C'est vrai. Mais tant que la démocratie ne muselle pas les membres du FN (d'où l'importance de ne surtout pas glisser sur ce terrain-là...), leur combat ne s'inscrit que dans une contrepartie équitable qui laisse le citoyen libre à sa réflexion. C'est aussi cela le service public. Ou pour ceux qui n'en dépendent pas, le service rendu au public.

 

Enfin, comme le rappelle Caroline Fourest, narratrice dans son film : "un seul obstacle peut bloquer l'ascension de l'héritière : la démocratie, la vigilance et le vote des Français". Citoyens, c'est à vous de jouer à présent.

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 19:07

L’intégrisme. Marine Le Pen ne semble n’avoir que ce mot à la bouche. Avec celui de communautarisme aussi, quand ils ne sont pas, à l’entendre, synonymes. Mais attention ! Pas tous les intégrismes. Non. L’intégrisme musulman exclusivement.

 

Car pour la présidente du Front national, c’est le seul qui vaille la peine d’être combattu. Un sentiment malheureusement partagé par certains qui font des échelles des intégrismes, en estimant qu’ils sont inégaux entre eux. Prenez par exemple l’homme qui devrait être exemplaire sur la question, et pour cause, il est ministre des Cultes. Eh bien à l’écouter l’intégrisme chrétien est inoffensif comparé au diable vert, se contentant de protester quand d’autres passent à l’acte :  

 

"Les intégristes chrétiens, comme vous les qualifiez, protestent, ils expriment aussi des opinions, il ne brûlent pas. En l'occurrence [l'incendie chez Charlie Hebdo, ndlr], nous avons affaire à un attentat."

 

Monsieur Guéant a une excellente mémoire, d’autant que ce n’est pas comme si en 1988 des intégristes chrétiens avaient mis le feu à un cinéma de Saint-Michel pour avoir "osé" diffuser La Dernière tentation du Christ. Cela date, en outre, me direz-vous ? Oui vous avez sans doute raison. D’autant qu’en 2011, Monsieur Guéant, les intégristes chrétiens ne brûlent pas. Et pour cause : les lames de couteaux peuvent seulement égorgiller, pour reprendre le néologisme hugolien…

 

Il faut bien dire que les intégristes chrétiens ne sont pas dangereux, comme le montre le témoignage diffusé ce dimanche sur Canal+ de ces deux fervents de Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui parlent de rechristianiser la société comme à l’époque des croisades pour le premier intervenant, le second étant d’une lucidité qui n’a rien d’inquiétante ("je ne suis pas intégriste, je peux mourir martyre !") :

 


Je ne suis pas intégriste... je peux mourir en... par snoopyves1

Et puis prenez le grand chef de St-Nicolas-du-Chardonnet. Observez avec quel pacifisme il parle de son action !

 

 

 prières de rues catho Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Marine Le Pen a bien raison : c'est insupportable de voir ces musulmans être les seuls à occuper la rue... Non vraiment, les intégristes chrétiens n’ont rien à voir avec la violence des intégristes musulmans.

 

intégrisme chrétien Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Mais revenons-en à notre parti le plus laïque de France (à en croire ceux qui auraient interprété les propos d’Elisabeth Badinter qui s’offusquait seulement, et à juste titre, que personne n’ose parler, notamment à gauche, de la laïcité sous le fallacieux prétexte que défendre les valeurs laïques reviendrait à être racistes).

 

On disait Marine Le Pen en rupture avec les tradi ? C’est tellement évident qu’elle ne fait aucune différence entre les religions à présent. Aucune :  

 

 

Marine Le Pen au secours des cathos intégristes par snoopyves1

 

Le "deux poids deux mesures"… Amusant : cela ressemble à l’argument qu’emploient les intégristes musulmans pour parler du traitement des juifs dans les médias et la caricature. Coïncidence, forcément.

 

Et puis ce n’est pas comme si Bernard Anthony était encore au FN ! Non d’ailleurs le tournant laïque a beaucoup déçu chez les tradi qui votaient le Pen. Aujourd’hui il l’y a plus personne pour défendre leur paroisse, pas même Bruno Gollnisch pour justifier l’occupation illégale de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, paroisse prise en otage depuis le schisme lefebvriste, pour dénoncer lachristianophobie, ou encore pour affirmer que contre les cathos tout est permis… Non plus personne.

 

Le vice-président du parti, et par ailleurs conjoint de Marine Le Pen, Louis Aliot, ne s’est en outre pas chargé quant à lui d’appeler tous les militants de rejoindre la marche pour la vie au mois de janvier, une célébration qui ne réunit que des enfants de chœur et que les plus modérés de l’Église catholique.

 

Et sinon sur quoi va porter la campagne présidentielle de Marine Le Pen ? Ah oui sur la laïcité ! Ben oui, forcément, quand on est tellement irréprochable sur la question, on aurait tort de s’en priver !

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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 19:08

Laurent Ruquier serait-il, cette fois, allé trop loin ? La semaine dernière dans l’émission On n’est pas couché, il a fait preuve d’un humour que l’on peut qualifier de douteux à l’encontre de Marine Le Pen, concernant ses origines :


Ruquier Marine le Pen et la croix gammée par snoopyves1

Ah ! On les attend les réactions de ceux qui vont dire qu’il y a deux poids deux mesures ! Que l’humour de "Charlie Hebdo" qui touche l’islam choque moins que l’antisémitisme supposé des Le Pen. Oui, mais à la différence des caricatures de Charlie qui s’attaquent à l’intégrisme, le trait d’humour de Ruquier s’attaque là ad hominem,  à la personne et à ses origines. Et ce n’est clairement pas la même chose.

 

Une attaque déplacée

 

Marine Le Pen a d’ailleurs décidé de porter plainte. Et elle a sans doute raison. Pour une fois. Oui, pour une fois  car s’il est bien une manie que l’on notera chez la présidente du Front national c’est bien celle qui consiste à porter plainte contre tout le monde, comme le révèle sa biographie non autorisée écrite par Caroline Fourest et Fiammetta Venner… contre qui elle a décidé de porter plainte !

 

Mais encore une fois, concernant l’affaire Ruquier, elle a bien raison. D’une part, parce que l’assimilation de Marine Le Pen à l’antisémitisme est déplacée, elle qui n’a eu de cesse de marquer ses distances sur ce thème avec son père. Autant la blague eut été pertinente avec Jean-Marie, autant elle est inepte vis-à-vis de sa fille, même si l’arbre généalogique avait vocation à évoquer toute la famille.

 

Ostraciser plutôt que débattre

 

Mais ce qui est plus grave finalement c’est que Laurent Ruquier s’est toujours refusé à inviter Marine Le Pen. Et quand il dit qu’il n’invite pas de gens qui font de "mauvais films", on est en droit de se poser des questions quand on a vu depuis des années des artistes se faire littéralement humilier par les chroniqueurs le samedi soir. Ses deux corbeaux les plus illustres, anciens complices, Naulleau et Zemmour s’en sont rappelé à leur bon souvenir, se vengeant indirectement de leur départ qu’ils estimaient, non sans immodestie doublée de mégalomanie, comme un coup de poignard à la liberté d’expression (sic) :

 


Marine non grata chez Ruquier par snoopyves1

Sur le service public, on ne peut pas d’un côté tirer à boulets rouges sur une candidate qui représente suivant les sondages jusqu’à 19% d’intentions de vote, jusqu’à l’insulte, et par ailleurs refuser de l’inviter. Tout cela manque singulièrement de cohérence. Et surtout d’éthique.

 

Las, Ruquier semble reprendre les bonnes vieilles recettes qui consistent à faire du FN, un parti de "fachos", et à botter en touche tout débat sur le fond. Pourtant le plat s’est avéré aigre en avril 2002…

 

Combien de fois faudra-t-il rappeler qu’on ne combat pas le FN en l’ostracisant, en l’insultant, ou en disqualifiant ses électeurs, mais en démontant, sur le fond, un par un ses arguments, pour mettre en exergue les insuffisances d’un programme fondé sur la séparation des Français, la peur, la haine de l’autre et une imposture laïque ?

 

L’inanité de ses solutions suffit à elle seule à combattre sans craindre la défaite du débat démocratique, à condition d’y mettre de la pédagogie nécessaire et de ne pas céder au tout aussi entêtant qu’improductif chant entonné par l’extrême gauche "F comme fasciste et N comme Nazi". L’histoire ne nous apprendrait donc rien ?

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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 19:11

L’affaire dite du Théâtre de la Ville, où se joue actuellement une pièce de  Romeo Castellucci intitulée "Sur le concept du visage du fils de Dieu" est en train de prendre une ampleur digne de ses ancêtres : le "Piss Christ" d’Andress Serrano ou encore "La Dernière Tentation du Christ" de Scorsese. Un scandale que les intégristes chrétiens empoignent avec vigueur avec sur des banderoles le néologisme "cathophobie" qui y règne avec majesté et une certaine rage.

 

Les manifestants devant le théâtre de la ville le 27 octobre 2011 (A. KLEIN/AFP)

 Les manifestants devant le théâtre de la ville le 27 octobre 2011 (A. KLEIN/AFP)

 

Alors que l’on a trop souvent tendance à croire que l’intégrisme ne touche que l’islam, aveuglés par le symbole si puissant des attentats du 11 septembre, on aurait tendance à occulter l’intégrisme chrétien. Certes moins virulent et surtout moins influent qu’outre-atlantique, il n’en demeure pas moins parfaitement organisé, prêt à se faire entendre quand il en ressent le besoin.

 

Ces derniers jours, la polémique enflant, on a tenté de comprendre comment la famille nationale-catholique pouvait trouver tant de forces. Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite croit y voir les conséquences de la mutation du Front National :  "marginalisés au sein d'un FN version Marine qui manifeste peu de sympathie pour les thèmes intégristes, certains sympathisants d'extrême droite plus traditionalistes, proches de Bruno Gollnisch - lequel a apporté son soutien au mouvement -, se seraient reportés sur une lutte directe contre le mariage homosexuel, le pacs, l'avortement, ou l'art blasphématoire" analyse le journaliste du Point à l’aune de l’analyse de Camus.

 

Pour autant, cette analyse ne se vérifie pas dans les faits. D’une part, alors que le FN vocifère à qui veut l’entendre dès que le spectre de l’intégrisme, du communautarisme voire de la pratique ostentatoire pointe le bout de son nez dès lors que l’islam est en cause, il reste muet pour condamner l’intégrisme chrétien.

 

Une rupture pas consommée

 

Nulle condamnation pour qualifier les exactions de ces intégristes qui détruisirent le "Piss Christ". Nulle condamnation du squat organisé par les Lefebvristes à Saint Nicolas du Chardonnet depuis maintenant plus de 20 ans, surtout quand on sait que Bruno Gollnisch continue de défendre cette "occupation"…  Ce même Gollnisch qui évoque l’affaire qui nous occupe du théâtre de la Ville en faveur des manifestants. Ce même Gollnisch qui, s’il a perdu la bataille interne avec Marine Le Pen, n’en demeure pas moins représentant de 32% des militants du FN, membre du Bureau politique du parti et membre du Comité central. Alors certes le départ forcé de Bernard Anthony, alias Romain Marie, a sonné le glas des amours fusionnelles entre le FN et les cathos tradi mais dire que la rupture est consommée serait quelque peu hâtif.

 

Louis Aliot et Marine Le Pen / Meeting FN à Bompas le 11 mars 2011 / LANCELOT FREDERIC/SIPA

 Louis Aliot et Marine Le Pen lors d'un meeting FN à Bompas le 11 mars 2011 (F.LANCELOT/SIPA)

 

D’autant que l’on a souvent lu trop unilatéralement le discours du Congrès de Tours de Marine Le Pen. La plupart des observateurs n’y ont vu qu’une page qui se tournait notamment vis-à-vis de la frange catho tradi avec un discours républicain qui dénotait avec ceux du père. Cela n’est pas faux pour la tonalité d’ensemble. Mais il fallait aussi savoir lire entre les lignes. Et ceux qui estiment que Marine Le Pen a rompu définitivement avec les traditionnalistes se trompent lourdement. Il suffit de le relire pour s’en convaincre :

 

"Que visaient si ce n’est la construction et la consolidation de l’unité nationale le Baptême de Clovis, l’œuvre des rois unificateurs, Henri IV et son 'Paris vaut bien une messe', les bâtisseurs de nos cathédrales, les codes de Bonaparte, les hussards noirs de la troisième république, les résistants de 40 ou les soldats de notre empire ? Nous sommes les héritiers de cette œuvre millénaire, et nous en bénéficions chaque jour, sans même nous en rendre compte !"

 

Les profanes n’y verront que du feu, mais il est tout de même remarquable que dans la longue énumération des fondations de notre Nation française ne figure pas la Révolution Française, mais figure en toute première place le Baptême de Clovis. Clovis, qui est pour les Catholiques, le premier roi chrétien de France, véritable naissance spirituelle du pays, voire le "baptême de la France", comme le note Fiammetta Venner dans son étude "Extrême France", publiée en 2003. Le 1500e anniversaire de son baptême fut fêté en grande pompe en 1996 avec la venue de Jean-Paul II, accueilli par le bigot Jacques Chirac, événement qui choqua tous les défenseurs de la laïcité (anniversaire fut bien évidemment très suivi par les membres du Front National comme le rappelle Fiammetta Venner dans son livre).

 

Dans l’hommage de Marine Le Pen aux "pères" fondateurs de la Nation, les Révolutionnaires, eux, sont tous simplement occultés, eux qui sont honnis par les traditionnalistes pour avoir osé abolir la Royauté (n’oublions pas qu’à l’époque, le Roi représentait Dieu…) et initier ce qui deviendra la loi de 1905. Si Marine Le Pen n’est pas catholique traditionnaliste, disons qu’elle leur donne les gages d’une Histoire partagée.

 

D’ailleurs, que fit Louis Aliot, son compagnon et alors tout fraichement nommé Vice-Président du Parti, le lendemain du Congrès de Tours, censé rompre avec la branche tradi du parti ? Inviter les militants à participer à… La Marche pour la Vie :

 

"Louis Aliot demande aux sympathisants et aux adhérents du Front national de se joindre à la Marche pour la Vie organisée le dimanche 17 janvier (14h30 place de la République), à l’initiative du collectif En marche pour la Vie , regroupant de nombreuses associations de défense de la Vie et de la famille." 

 

Quelle laïcité ?

 

Etonnante invitation de la part d’un parti qui se revendique comme défenseur de la laïcité et qui demande à ses adhérents de cautionner un mouvement pro-vie, franchement traditionnaliste, intégristes, qui renferme quantité d’évangélistes et de pentecôtistes et autres milices anti-avortement qui n’hésitent pas à envoyer des cœurs de bœufs ensanglantés aux partisans de la loi Veil, qui prônent pour le choix de chacun et à faire des opérations commando dans les cliniques, "au nom de la vie qu’a donnée Dieu" comme l'expliquent Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans leur ouvrage "Tirs croisés" à propos de l'intégrisme chrétien.

 

Cette même marche qui célebra cette même année le sinistre Philippe Isnard, professeur d’Histoire-Géographie et d’Education civique à Manosque, qui força des élèves à regarder le film "No need to argue", montrant "morceaux de fœtus",  "des seaux de sang" ou encore des "embryons morts que l’on secoue par les pieds", tout en distribuant à la fin du cours des tracts pour abroger la loi Veil, comme le montra les images du reportage "Les Petits soldats contre l’avortement" diffusé par Canal Plus en avril dernier…

 

Et après l’on dira que le FN a rompu avec les traditionalistes chrétiens ? Marine Le Pen habituellement si prompte à dénoncer les dérives de l’intégrisme musulman est étrangement muette et les accointances restées vives avec l’intégrisme chrétien tendent à montrer bien au contraire que qui ne dit rien consent. Et pourquoi romprait-t-elle définitivement le lien quand elle a plus que jamais besoin de son socle à l'approche de l'élection présidentielle. Elle tente le grand écart encore inédit chez les Le Pen : garder la base et séduire au-delà de celle-ci.

 

Cachez cet intégrisme que je ne saurais voir… Le FN jusqu’à preuve du contraire tend à pardonner les dérives des uns pour condamner celles des autres. Et ce n’est sans doute pas le père, président d’honneur du FN, qui dira le contraire. En attendant son commentaire hebdomadaire dans son prochain Journal de bord.

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 19:36

Se présenter à la présidentielle n’est pas qu’une formalité. Si on se bat au PS pour choisir qui représentera le parti, qui, avec l’UMP joue au jeu de la chaise musicale hégémonique, Mélenchon, Bayrou, éventuellement Borloo (mais rien n’est fait en fonction des projections législatives… ), Joly ou encore Boutin n’auront aucun problème à trouver leurs 500 parrainages parmi les 45.000 élus qui peuvent le faire, grâce à une implantation locale et historique.

D’autres candidatures plus ubuesques n’auront aucun espoir. Ce sera notamment le cas de Kenza Drider, qui persiste à porter sa burqa malgré une loi qui l’interdit. Madame Drider diffuse et tente de légitimer une vision de l’émancipation de la femme contraire aux valeurs de République française. Candidature sous la forme d’une provocation à nos institutions, comme un énième coup de boutoir dans les portes de la laïcité, comme jadis les collégiennes voilées de Creil. La condition des 500 signatures trouve donc ici toute sa pertinence et son obligation.

On se souvient que Nicolas Dupont-Aignan et Corinne Lepage avaient jeté l’éponge en 2007 dans leur quête. La seconde, qui prétendait malgré tout pouvoir réunir les 500 parrainages, soutint d’ailleurs François Bayrou, alliance rentable puisqu’elle lui valut un poste de députée européenne (ce que son micro parti CAP21 ne lui aurait jamais permis) avant de claquer la porte au Mouvement qui l’a nourrie. Même pas la reconnaissance du ventre.

Mais qui dit 500 signatures, dit Front National. Plus qu’un épisode, une série à succès qui a permis à chaque élection au chef historique de jouer l’air de la victimisation. Comment cela ? Celui qui réunit 15% des voix, entre 3 et 4 millions d’entre elles, ne pourrait pas se représenter dans une démocratie ? Et le Breton de radoter sa crainte de ne pas réunir les parrainages avant d’y parvenir in extremis et de faire le plein de voix…

Sauf que Marine Le Pen ne pourra plus nous jouer le même air de pipeau. Et pour cause : les Sénatoriales ont rendu leur verdict dimanche dernier et ont montré que si ce parti n’a pu remporter aucun siège (et comment le pourrait-il avec si peu d’implantation locale), il a augmenté de 144% son score par rapport à l’élection précédente. Plus 1252 voix contre moins de 500. Et encore. Seulement sur 50 départements !

Alors certes, le cortège des grands électeurs comprend des délégués qui ne pourront pas donner leur parrainage pour la présidentielle. Mais l'augmentation des conseillers locaux, et des maires sans étiquettes, compatibles avec le discours de Marine Le Pen, et surtout déçus du Sarkozysme, est telle, que cette fois-ci il n’y aura aucun suspense.

Vous me direz, quand on est accrédité de 18% d’intentions de vote c’est bien normal. Mais il faudra que Marine Le Pen lance un couplet différent pour cette nouvelle présidentielle. Histoire de faire la rupture définitive avec le père. Et ce ne sera pas évident de trouver aussi efficace rythmique.

 

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 1er octobre 2011

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 19:35

Il fait partie de son cercle. Celui des gars de la Marine. Et même plus. Et pour cause : en plus d’être Mariniste, Louis Aliot est le compagnon de la présidente du FN. Et ils ne souhaitent pas s’étendre trop sur la question, même si c’est un secret de polichinelle. Mais plus que cet aspect de la vie privée, qui ne revêt aucune importance (encore qu’avec le Front national, on reste comme toujours en famille au point d’en faire un Front familial comme le remarquent judicieusement Fiametta Venner et Caroline Fourest dans Marine Le Pen), il est intéressant de noter que ce personnage discret nationalement, prend une place de plus en plus importante dans le parti. 


Au point de faire de lui la véritable tête pensante de ce nouvel FN dédiabolisé, pour lequel il œuvre tant. Mais qui est véritablement Louis Aliot ? En quoi incarne-t-il à la perfection ce nouveau FN, à la cosmétique impeccable, mais dont la rhétorique ne sert que de tapis pour cacher la poussière, lourd héritage des fondamentaux sulfureux de la ligne dure du parti ?

Première impression : un homme débonnaire à l'accent d'ovalie

Tous les articles qui évoquent cet homme venu de l’Ariège n’y échappent pas : la première chose qui marque les esprits en voyant Louis Aliot, c’est le rugbyman, l’accent d’ovalie qui chatoie les oreilles, son caractère débonnaire en somme. Plus intéressantes restent les raisons qui l’ont poussé à venir au FN. Des raisons personnelles tout d’abord, puisque sa mère est originaire de Bab El-Oued, "le quartier du petit peuple à Alger-, un milieu où l’on voue une reconnaissance éternelle à Jean-Marie Le Pen pour sa défense de l’Algérie française dans les rangs des parachutistes. Elle fait partie de ces pieds-noirs qui considèrent que ‘Le Pen ne [les] a jamais lâchés’" apprend-on dans Le Système Le Pen, livre co-écrit par Caroline Monnot et Abel Mestre, journalistes au Monde, publié la semaine dernière. 

Mais aussi, un fait divers qui fit tant de bruit en 1990 : la profanation des cimetières juifs de Carpentras. Le FN est alors mis en cause… non sans raison. Car non content d’abriter alors tout ce qui se fait de plus sombre dans l’extrême droite française, le FN fut marqué éternellement au fer rouge par la célèbre saillie de son président sur le détail de l’histoire. Une accusation qui révolta Louis Aliot déjà marqué par les crachats qu’il avait reçus des contre-manifestants lors d’un meeting de Le Pen lors des présidentielles de 1988 : "Je me rendais bien compte que ce n’était pas le FN qui était à l’origine de cette affaire. Tenter de manipuler l’opinion sur une affaire aussi dégueulasse, et tenter de coaliser contre un parti politique qui n’avait aucun pouvoir, ça m’a toujours paru détestable" confie-t-il aux journalistes du Monde.

 

L’homme parait donc en rupture avec l’antisémitisme qui semblait coller à la peau du Front national, un peu à l’image de Marine Le Pen qui se lasse d’avoir à justifier les dérives de son père. D’ailleurs, il tient à préciser que son adhésion au FN intervient après l’affaire du "détail". Pour autant, comme sa compagne, sa fidélité est sans faille pour celui qui est et demeure le Président d’honneur du parti : "c'est compliqué. Moi, je suis rentré au Front après le 'détail' parce que je considère que dire ce que Jean-Marie Le Pen a dit ne remettait pas en cause le reste." Au point de renverser la vapeur et d’affirmer sans nuance que Le Pen n’a qu’un mot à se reprocher quand Mitterrand a lui mis les mains dans le cambouis de la collaboration. L’histoire selon Monsieur Aliot, ça se prend avec des gants.

 
Raciste ?

Une autre image qui colle à l’image de ce parti est celle du racisme. Un poncif, selon lui, qu’il réprouve bottant en touche : "Faux. Sinon, on serait interdits." Et Aliot de tenter la transformation de l’essai : "On apparaissait comme un parti de fachos, on ne l’a jamais été".

Pourtant, sous ces airs d’enfant de chœur, Louis Aliot se révèle être plus tourmenté sur la question. C’est en tous cas ce qu’affirme sans la moindre ambigüité Jean-Claude Martinez, qui fut, ancien vice-président du parti et suspendu en 2008 pour félonie, comme son ennemi intime dix ans auparavant Bruno Mégret :  "Il ne sait pas dire une phrase sans ‘melons’. Un jour, il a piqué une colère terrible contre Bompard, parce qu’on le voyait en photo avec des Arabes, ‘au milieu des melons’ comme il dit. C’est rupestre chez lui. Pariétal" confie-t-il à Caroline Fourest et Fiammetta Venner. Il n’est pas bien sûr que le terme de "melons" pour qualifier les Arabes fasse de vous un raciste oseront certains, mais il est encore moins sûr que vous passiez pour quelqu’un d’immensément tolérant…

Par ailleurs, cet homme que l’on décrit comme propre sur lui, le FN version VRP, comme le titrait même les Inrocks, cache une nature pour le moins bouillante… Lors du Congrès de Tour, il faillit en venir aux mains comme le révèlent Caroline Monot et Abel Mestre : "Plusieurs personnes ont dû le calmer, lorsqu’au Congrès de Tours, le cadre frontiste Farid Smahi a accusé la nouvelle présidente d’être 'racialiste' et de 'rouler pour le lobby'. Louis Aliot n’était pas loin d’intervenir physiquement."


Déjà en 2009, Monsieur Serrano qui était en campagne pour le MPF contre Monsieur Aliot dut subir des tourments au point de porter plainte contre lui, se réservant d’en faire autant contre sa mère, qui est venue lui prêter main forte pour l’occasion : "Le MPF déplore que, sans vérification préalable des faits, le nom et les coordonnées de M. Serrano aient été jetés en pâture à la presse et aux militants frontistes, dont les plus excités s’en sont déjà pris à son épouse de façon particulièrement injurieuse."


Et le communiqué d’évoquer "des attaques personnelles d’une violence rarement atteinte dont ils dont l’objet de la part d’un site Internet placé sous la responsabilité directe de M. Aliot, (…) des injures dont Mme Aliot les a agonis, lesquelles, adressées à d’autres, seraient qualifiées d’homophobes."

Des méthodes quelque peu radicales tout de même, qui dressent le portrait d’un homme complexe. Les souvenirs de ses adversaires politiques l’ayant côtoyé dans les différentes assemblées laissent cette même impression, entre l’un qui évoque un "personnage assez banal, sans grand charisme, mais sans outrance", un autre qui précise que ses "dossiers étaient bien préparés. Il n’était pas dans la provocation comme certains de ses collègues", quand un dernier, plus suspect lâche : "sous ses dehors lisses et affables, c’est un théoricien dur de la vieille droite maurassienne et Action française. ll met mal à l’aise par cette capacité à défendre des idées excluantes avec une approche 'sympathique'."


C’est du reste ce que l’on retient de lui quand il évoque les limites de la dédiabolisation : "Il y a une bonne et une mauvaise diabolisation. Être décrié pour notre discours sur l’immigration et l’islam, ça ne me pose absolument aucun problème !"

Défenseur d'une ligne laïque dure

Difficile de cerner donc ce personnage qui fait dire aux journalistes du Monde : "mélange à la fois ‘moderne’ et ’tradi’". Singulier en effet que cet homme qui défend une ligne laïque dure, et qui affirme "je suis catholique mais je le garde pour moi", coupant avec l’héritage sulfureux de Bernard Anthony… tout en invitant les militants du Front national à défiler à la marche pour la vie en janvier dernier :  "Louis Aliot demande aux sympathisants et aux adhérents du Front national de se joindre à la Marche pour la Vie organisée le dimanche 17 janvier (14h30 place de la République), à l’initiative du collectif En marche pour la Vie , regroupant de nombreuses associations de défense de la Vie et de la famille."


Étonnante invitation, envoyée le lendemain du Congrès de Tours où il avait terrassé Bruno Gollnisch, un fidèle de cette marche inspirée par Madame Boutin. Une marche loin d’être dénuée de religiosité puisqu’elle réunit autour de la cause provie, franchement traditionaliste, quantité d’évangélistes, de pentecôtistes et autres traditionalistes… Inviter ses militants dans une marche où l‘on sanctifie le caractère sacré de la vie, où l’on compare l’IVG à un génocide "au nom de la vie qu’a donnée Dieu" n’est assurément pas neutre…

L'incarnation d'un Front national lissé.

Louis Aliot est donc bien à l’image de ce nouveau Front national. Une plastique aguichante, un verbe plus chatoyant que les diatribes style troisième empire de l’ancien chef, un antisémitisme disparu (point commun chez les cadres les plus en vue)… mais à côté de cela une odeur nauséabonde entoure toujours certaines idées brunes qui ne correspondent pas tout à fait à ce que l’on attend de nos représentants de notre République. 

La haine semble toujours présente, même terrée dans le discours du FN, comme le montre cette déclaration pour le moins choquante qu’il fit à Lampedusa, le 14 mars 2011 aux cotés de Marine Le Pen, comme le révèlent Caroline Monnot et Abel Mestre : "Les clandestins dans leurs barques vous les plaignez, vous ne plaigniez pas les rapatriés de 1962". Œil pour œil, dent pour dent ? On soupçonnait Jean-Marie Le Pen de régler ses comptes avec l’Histoire. Il n’est pas bien sûr que Louis Aliot, son, nouveau gendre, en fasse autrement.

 

Publié sur Le Plus du Nouvel Obs le 20 septembre 2011

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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